Cure psychanalytique

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La cure psychanalytique, communément nommée psychanalyse (ou encore cure type[1]), désigne la pratique psychothérapeutique élaborée par Sigmund Freud (puis par ses successeurs). Elle est organisée en séances selon un protocole, une durée et une fréquence définis.

Postulat théorique[modifier | modifier le code]

La psychanalyse repose sur l'hypothèse de base du déterminisme psychique. Une pensée, un rêve, un acte manqué, un lapsus, un symptôme, voire une action ne surviennent jamais par hasard et ils expriment et traduisent toujours – parfois symboliquement – un conflit psychique inconscient. Ce conflit interne est vu comme la résurgence du passé plus ou moins archaïque d'un désir ou du besoin qui s'est déjà et originellement heurté à une impossibilité (censure, surmoi, moi-idéal, etc.). Devant cet interdit, la dynamique pulsionnelle implique le principe de répétition qui fait que le désir ou le besoin se répète sous une forme symptomatique ou, plus allégée comme par un rêve ou lapsus. La répétition est ce qui fait que la cure, si elle est menée dans les règles de l'art, reproduira immanquablement le(s) conflit(s) qui pourra alors être rendu conscient, interprété par l'analyste dans le cadre de la dynamique « transféro-contre-transférentielle » et perlaboré par le patient.

Évolution historique du procédé[modifier | modifier le code]

La psychanalyse classique a elle-même évolué[2], du temps de Freud et par la suite. Au début de ces cures, Freud était assis en face du patient, puis il s'est assis de manière à ne plus être vu par le patient, afin d'éviter que des attitudes inconscientes de l'analyste puissent influencer le patient. Freud considéra, en un premier temps, le transfert comme un obstacle à la cure, avant de se mettre à l'étudier et à l'utiliser. De même, le contre-transfert lui parut d'abord négatif, mais il est à présent utilisé par les psychanalystes comme un moyen de comprendre le transfert du patient et d'avoir accès à ses propres réactions inconscientes. Ainsi d'une cure à l'autre, le psychanalyste n'est jamais « identique à lui-même », il évolue par la progressive découverte de son propre inconscient et de la compréhension plus profonde des phénomènes de transfert et de leurs évolutions. Ceci explique la grande difficulté de comparer des cures entre elles, soit menées par des psychanalystes différents soit pour un même psychanalyste d'une période à l'autre.

Les indications de la psychanalyse ont été et sont l'objet de nombreux débats théoriques. Freud la concevait principalement pour les adultes névrosés, bien que, dès ses premières publications, il décrit un cas d'enfant (Le petit Hans, le père d'Hans mène la cure et Freud n'intervient qu'à quelques reprises auprès de l'enfant). Les psychanalystes exploreront d'autres indications (psychoses, borderline, patients psychosomatiques ou enfants), ainsi la liste des indications évoluera considérablement au cours de l'histoire de la psychanalyse. La première de ces indications se constitue par le désir du patient de surmonter sa souffrance psychique. Ce désir peut se constituer, soit avant la première rencontre avec un psychanalyste soit se construire dans des rencontres préparatoires qui peuvent revêtir plusieurs formes.

Cadre[modifier | modifier le code]

La situation analytique est structurée par des règles fondamentales ainsi que par un cadre particulier.

Règles fondamentales[modifier | modifier le code]

Le travail de la cure est défini par des règles fondamentales

Association libre[modifier | modifier le code]

Article détaillé : association libre.

La règle de l' association libre signifie pour le patient qu'il peut et doit dire à l'analyste tout ce qui lui vient à l'esprit pendant la séance, avec les mots tels qu'ils viennent. La psychanalyse est une cure par la parole (talking cure) ; seul le patient peut retrouver ou donner un sens - ou, d'un point de vue lacanien, les signifiants (mots eux-mêmes), qui structurent sa vie psychique. Cette règle est venue historiquement, alors que Freud avait abandonné l'hypnose, d'une patiente qui lui a demandé de l'écouter et de ne pas l'interrompre par des questions. Voici ce qu'il disait à ses patients : « Une chose encore et avant que vous ne commenciez. Votre récit doit différer, sur un point, d'une conversation ordinaire. Tandis que vous cherchez généralement, comme il se doit à ne pas perdre le fil de votre récit et à éliminer toutes les pensées, toutes les idées secondaires qui gênerait votre exposé et qui vous ferait remonter au déluge, en analyse vous procédez autrement. Vous allez observer que, pendant votre récit, diverses idées vont surgir, des idées que vous voudriez bien rejeter parce qu'elles ont passé par le crible de votre critique. Vous serez alors tenté de vous dire : « ceci ou cela n'a rien à voir ici » ou bien : « telle chose n'a aucune importance » ou encore : « c'est insensé et il n'y a pas lieu d'en parler ». Ne cédez pas à cette critique et parlez malgré tout, même quand vous répugnez à le faire ou justement à cause de cela. Vous verrez et comprendrez plus tard pourquoi je vous impose cette règle, la seule d'ailleurs que vous deviez suivre. Donc, dites tout ce qui vous passe par l'esprit. Comportez-vous à la manière d'un voyageur qui assis près de la fenêtre de son compartiment, décrirait le paysage tel qu'il se déroule à une personne placée derrière lui. Enfin, n'oubliez jamais votre promesse d'être tout à fait franc, n'omettez rien de ce qui pour une raison quelconque, vous paraît désagréable à dire (...) » [3].

Cette association libre vise d'abord à reconstruire les schémas inconscients et se fonde premièrement sur l'analyse de rêves. Dans ce cas, la libre association permet de retrouver les éléments agrégés par le puissant travail de condensation du rêve : beaucoup d'éléments s'enchevêtrent, se dissimulent les uns derrière les autres et il faudra les dégager, les reconnaître, un par un. La question de savoir si l'analysant retrouve la véritable origine du rêve ou bien s'il en reconstruit une, est une question de peu d'intérêt pour la cure : de toute façon ce sont des associations qui appartiennent à l'analysant et c'est lui qui leur attribue un sens.

La première règle fondamentale se heurte avant tout à la résistance : le refoulement se maintient (silence de l'analysant qui n'a "rien à dire" ou dont "le cerveau est vide") et le psychanalyste va essayer d'aider l'analysant à les élaborer pour qu'il puisse s'en libérer.

Neutralité[modifier | modifier le code]

L'engagement du psychanalyste repose sur le principe intangible de « la neutralité et la bienveillance ». Il n'a ni à être le « maître à penser » (il n'est ni philosophe ni gourou) ni le maître des pensées de ses patients. « Son rôle plus modeste et plus noble à la fois, c'est celui d'un élément extérieur mais profondément humain de liaison et de compréhension destiné à réconcilier le sujet avec lui-même et ses objets, à travers une originalité profonde et authentique recouvrée. »[4].

Règle d'abstinence[modifier | modifier le code]

La règle d'abstinence comporte deux versants : dans la cure et hors de la cure. Dans la cure cette règle interdit tout passage à l'acte visant à la décharge pulsionnelle : les désirs amoureux et/ou agressifs doivent être parlés et non agis. Cette règle s'applique de fait aussi bien à l'analysant qu'à l'analyste qui ne peut intervenir dans la réalité de la vie de l'analysant. En particulier, toute dérogation à cette règle par l'analyste signifie une rupture du contrat analytique.

Hors la cure, la règle recommande d'être prudent avant toute prise de décisions importantes (changements dans la vie conjugale, professionnelle, etc.) pendant la durée du traitement. Les premiers analystes étaient très fermes à cet égard mais cette règle vise à s'adapter dans la mesure où elle n'implique en principe que les résistances par « acting out » de l'analysant. La durée des cures actuelle, entre 3 et 6, 7 voire 8 ans implique aussi une adaptation de cette règle. Il s'agit donc alors et avant tout que l'analysant élabore avec son analyste toute décision importante avant d'agir dans la réalité extérieure. Les bouleversements pulsionnels consécutifs à la cure peuvent en effet entraîner l'analysant dans des agirs défensifs qu'il pourrait notamment regretter.

Règle de l'attention flottante[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Attention flottante.

La règle de l'association concerne l'analysant, celle de l'attention flottante renvoie à l'analyste. Elle consiste dans le fait de ne pas diriger l'attention vers un mot ou phrase du discours du patient car tout ce qu'il dit doit être perçu avec la même importance, son discours n'a pas d'importance à priori. Ce n'est que dans le déroulement de l'entretien que le discours prendra cette valeur d'importance.

Cadre spatio-temporel et matériel[modifier | modifier le code]

En dehors de ces règles, le cadre de temps et d'espace ainsi que les payements sont définis. Elles sont exposées clairement et discutées avant le début de la cure :

Le lieu et la durée[modifier | modifier le code]

Le lieu et la durée des séances sont des variables fixes. Les séances ont lieu généralement trois à quatre fois par semaine (les séances manquées sont dues) et la durée des séances, soit de 45, soit de 50 minutes. Freud écrivait (...) il faut impérativement fixer une heure déterminée. Chacun de mes malades se voit attribuer une heure disponible de ma journée de travail ; cette heure lui appartient[5]. Elles ont lieu au cabinet de l'analyste. Pour les lacaniens, toute séance peut être interrompue par l'analyste quand il le juge bon. Cette position des lacaniens a fait et fait l'objet de violentes controverses[6].

Honoraires[modifier | modifier le code]

Le paiement doit se faire en liquide pour des raisons symboliques et thérapeutiques : l'aspect concret de l'argent liquide lui permet d'être intimement relié à de nombreux motifs inconscients que la cure vise à rendre conscients afin qu'ils puissent y être élaborés. Selon les habitudes, la séance doit soit être payée lors de la dernière du mois soit, essentiellement pour les lacaniens, « sur le champ » dans l'idée que l'analysant est libre de venir ou de ne pas revenir.[réf. insuffisante]

Selon Freud, les honoraires doivent être suffisamment élevés pour que le patient accorde une valeur subjective à sa cure. Ils sont donc fixés au cas par cas de manière proportionnelle aux moyens de l'analysant[7].

Divan[modifier | modifier le code]

Divan, musée Freud (Londres)

Le patient s'allonge sur un divan, il ne voit pas son analyste. Ce dispositif, inauguré par Freud, permet de valoriser l'expression verbale, moyen privilégié d'une prise de conscience et d'une perlaboration inhérents au processus psychanalytique. L'utilisation du dispositif face à face est utilisable en psychothérapie psychanalytique lorsqu'il est plus adapté aux possibilités du patient[8].

Analysant et analyste[modifier | modifier le code]

Le patient est parfois appelé « analysant » et le thérapeute « analyste ». Le mot « analysant », introduit par Jacques Lacan, souligne le rôle central et actif du patient. C'est en effet l'analysant qui parle en se soumettant à la règle de l'association libre (dire tout ce qui vient à l'idée, sans omettre ce qui parait de peu d'importance, inconvenant ou bien ou mal intentionné à l'égard de l'analyste). L'analyste, lui, écoute cette parole qui lui est adressée et peut interpréter, c'est-à-dire donner sens aux symptômes à partir des théories psychanalytiques, aux rêves et aux actes manqués de l'analysant qui sont racontés au cours de chaque séance d'analyse. Toutefois, les analystes lacaniens n'interprètent pas le discours du patient. Ils soulignent ce qui se révèle important, équivoque, malentendu, dans les paroles de l'analysant. Ce procédé vise à faire entendre ce qu'elles peuvent pointer de l'inconscient.

Francis Pasche est opposé à l'usage de ce mot parce que "ça ne veut rien dire" et que donne l'illusion que la relation est horizontalisée artificiellement, il conserve donc l'usage du mot analysé[9].

Analyse[modifier | modifier le code]

La cure psychanalytique s'avère complexe puisqu'elle réunit des objectifs divers, que son cours peut varier, qu'elle passe par plusieurs étapes et repose sur diverses méthodes. Il faut passer en revue ces différents aspects.

Objectifs[modifier | modifier le code]

L'objectif premier sera de retrouver les associations inconscientes de l'analysant dans un mouvement régressif induit par la cadre de la cure. Le refoulement doit être levé, le passé sera reconstruit et mis en relation avec le présent. Ceci passe notamment par l'analyse de la dynamique « transféro-contre-transférentielle ».

La cure peut déboucher sur plusieurs modifications, dont la plus souhaitable selon Freud est l'amélioration de la capacité de sublimation. L'objectif de l'analyse n'est pas forcément la suppression de symptômes, ce qui distingue l'analyse, par exemple, de la psychiatrie. Voir plus bas fin de l'analyse.

Freud s'appuie en partie sur le modèle de la « régression ». Pour lui, la levée du refoulement fait cesser la régression. Ainsi, l'analyse rend l'individu capable d'accéder à une sexualité psychique plus élaborée. L'analysant deviendra capable de « choix amoureux » et de « choix professionnels » débouchant sur une satisfaction réelle, dans le long terme, là où le symptôme ne propose qu'une satisfaction immédiate et détournée. Freud dit que l'analyse est terminée quand « le patient est repris par la vie, c'est-à-dire qu'il peut travailler et avoir une sexualité épanouie » (dans cet ordre). L'ego-psychology reprend ce modèle pour en faire un idéal adaptatif. Le Moi doit être renforcé, devenir capable de composer avec la situation dans laquelle il se trouve, aussi bien dans le réel que dans la réalité psychique. Pour Jacques Lacan, la cure doit déboucher sur une parole pleine, celle qui reconnait la place que le sujet a occupé dans le désir parental, (s'il a été ou non un enfant désiré, et avec quels mots ce désir s'est manifesté). Cette parole doit franchir le leurre d'une relation de moi à autre moi, et permettre une relation du sujet à l'Autre.

Interprétation des rêves[modifier | modifier le code]

L'Interprétation des rêves
Article détaillé : Interprétation des rêves.

Si une telle interprétation constitue une voie royale menant vers l'inconscient, il faut l'entendre ici comme investigation clinique. La cure se fonde donc en partie sur l'analyse des rêves, le patient associant librement. L'analyste propose des interprétations, dont la nature et la fréquence varient selon l'école, puisque ces interprétations s'opposent au laisser aller d'un transfert qui se doit de s'établir afin que la cure progresse.

Élaboration, perlaboration[modifier | modifier le code]

L'élaboration est un travail psychique spontané : les excitations que reçoit l'appareil psychique ne sont pas seulement subies, mais élaborées et donc associées à des représentations. L'élaboration figure un travail imaginaire et symbolique. Elle désigne finalement une tendance spontanée, tendance à la construction psychique.

Si Rome, abritant des monuments récents (figurant la conscience) et des monuments de l'antiquité (figurant l'inconscient dans sa dimension infantile), l'élaboration se compare à la construction de monuments, qu'ils soient infantiles ou non.

Dans la cure, la perlaboration en est une extension ; il s'agit cette fois d'une élaboration allant à l'encontre du symptôme - il pourrait alors être question d'un surcroît d'élaboration. Le trouble psychique est dû à un manque d'élaboration et la cure doit apporter une « surface » adaptée à un regain de travail psychique, travail associatif, travail de reconstruction : le patient « établit des liens », il se remémore, donne du sens aux événements de sa vie.

Transfert et contre-transfert[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Transfert.
Article détaillé : contre-transfert.

Le transfert est la réédition de relations infantiles, éprouvées cette fois envers l'analyste. L'analysant prête à l'analyste des caractéristiques qu'il n'a pas, qui sont celles de personnes de son entourage infantile. Les différentes écoles lui ont donné une valeur inégale. Pour certains, le transfert est encore vu avant tout et uniquement comme une résistance. Pour d'autres, les kleiniens particulièrement, il constitue le moteur de la cure et la cible de toutes les interprétations. Pour les lacaniens, il est une brisure dans les déroulement du discours qu'il faut contourner et évacuer. L'analyste est investi, comme objet pulsionnel. L'analysant transfère des qualités et défauts tirées de ceux de ses représentations, son imaginaire ou « imagos » infantiles. L'analyste doit analyser ce mouvement pour permettre à l'analysant de nouer des rapports plus réalistes à ses objets pulsionnels et bien sûr à ses objets réels actuels.

Le transfert n'est pas que positif (transfert d'amour ou d'admiration) : quand l'analyste refuse d'adhérer à cette image et de se comporter de la manière qu'attend l'analysant, celui-ci retourne son sentiment positif en sentiment négatif, en un transfert négatif, voire haineux, en volonté de détruire l'analyste. Freud distingue le transfert positif modéré, celui qui convient, des transferts positifs excessifs et des transferts hostiles. Mais ces deux-là sont inévitables, la cure ne peut se dérouler sans eux. Le transfert, comme répétition, s'oppose, en masquant le passé, à la remémoration. Depuis Freud, les idées sur le transfert ont encore beaucoup évolué notamment avec les apports de Heinrich Racker, Michel Neyraut, Horacio Etchegoyen, etc.

Le contre-transfert désigne l'éprouvé transférentiel de l'analyste envers l'analysant. Pour être utilisable dans la cure, le contre-transfert doit être une conséquence du transfert (sont aussi définit comme contre-transférentiels les seuls mouvements psychiques issus du transfert). À partir de sa propre élaboration du contre-transfert en grande partie inconscient, l'analyste comprend ce qui se joue dans le transfert, ce qui lui permet de l'interpréter, cette interprétation du transfert se posant comme point essentiel de la cure analytique.

Particularités clinico-théoriques de Lacan et ses élèves[modifier | modifier le code]

Pour Lacan, la question du contre-transfert diverge de celle des approches freudienne ou kleinienne classiques. Il le voit avant tout comme une résistance personnelles du psychanalyste bloquant le travail de l'analysant. C'est pour cela qu'il abandonne ce terme pour celui de « désir du psychanalyste ». C'est à partir d'un texte de Lucie Tower intitulé «Contretransfert» (référence souhaitée) qu'il élabore ce terme de l'algèbre lacanienne qu'il désigne comme désir du psychanalyste. Dans ce texte, l'auteure décrit comment à partir du repérage de ses propres positions œdipiennes, qu'elle avait remises en jeu dans l'analyse de son analysant, en se mettant en rivalité avec sa femme et en tentant de protéger son analysant des entreprises de sa femme pour entraver l'analyse, elle a pu modifier quelque chose de ce qui se passait dans cette analyse. Elle lui avait en effet permis de se comporter comme un homme, de s'inscrire de ce côté-là de la fonction phallique, de « la plier à son désir ». Une fois ce repérage effectué, c'est là que Lacan parle du désir du psychanalyste, un désir maintenu en quelque sorte hors jeu par rapport à l'analysant, mais pourtant mis en jeu au cœur même de son analyse, en tant que « désir de l'Autre ». (références à noter)

Fin de l'analyse[modifier | modifier le code]

La question de la fin de l'analyse est complexe. On[Qui ?] considère généralement un noyau du refoulé, et l'analyse n'ira pas jusqu'à lever tout refoulement. Dans Analyse avec fin et analyse sans fin, Freud pose cette question en notant plusieurs points :

  • L'analyse se termine lorsque le refoulement a été suffisamment levé pour raisonnablement pouvoir penser que la névrose ne reprenne pas ses droits. Mais, note-t-il, ceci vaut pour des conditions normales, une situation traumatique pouvant par exemple tout de même compromettre la santé (Cf. Réaction thérapeutique négative).
  • Sándor Ferenczi s'étant plaint que dans sa cure l'analyse du transfert n'ait pas été jusqu'à son terme, le transfert négatif n'ayant pas été traité, Freud répond (sans mentionner qu'il s'agit de lui et de Ferenczi), que ce conflit n'était pas alors en vigueur. L'analyse ne peut traiter que les conflits au présent, conséquences de l'élaboration d'un traumatisme passé. Elle ne peut anticiper sur de futurs conflits qui ne s'étaient pas alors présentés. Si l'analyste les évoque, l'analysant ne l'entendra pas. Si l'analyste voulait provoquer ce conflit, ce qui poserait un large problème déontologique, alors le conflit ne serait pas traitable, puisque pas élaboré - et le moi dépenserait toute son énergie à travailler ce nouveau conflit plutôt qu'à l'analyse. Freud recommande donc de s'en tenir à la seconde règle fondamentale, quitte à ne pas analyser ce qui ne peut l'être.
  • L'analyse vise-t-elle la santé psychique, l'analysé accédant, par l'analyse, à ce que les autres ont élaboré sans aide, ou l'analyse vise-t-elle à former un analysé aux capacités d'introspection (insight supérieures à la normale ? Là encore il s'agirait d'une question en discussion.
  • Toute névrose possède également un noyau psychotique (W.R. Bion parle de la partie psychotique de la personnalité)[10], supposée par Freud inanalysable. Depuis Freud beaucoup de chemin a été parcouru sur le sujet, l'analyse strictement réservée aux « névrosés » est un credo qui s'est révélé par trop limitatif. Plusieurs des patients de Freud seraient d'ailleurs aujourd'hui regroupés sous l'appellation « cas limite » (Concept de limite (psychanalyse)) (L'Homme aux loups, Dora, etc.). La théorie kleinienne et celles de ses successeurs (Wilfred Bion, Herbert Rosenfeld, Hanna Segal et Donald Meltzer par exemple, ont montré que l'analyse devait aussi porter sur les aspects archaïques de la psyché avec des défenses comme la projection, l'identification projective, le clivage et le déni. Toute psychose recèle par ailleurs une partie que Bion appelle la partie névrotique de la personnalité. La question des indications par diagnostic a été traitée par Horacio Etchegoyen dans son ouvrage sur les Fondements de la technique, elle reste encore largement débattue.

Analyse didactique et/ou «cure psychanalytique de formation»[modifier | modifier le code]

La formation d'un analyste se déroule selon plusieurs modalités selon les courants théoriques (cf. l'article psychanalyste). Pour Freud, l'essentiel réside dans la propre cure, à l'époque relativement superficielle et courte, de l'analyste. Il refusait par ailleurs que la psychanalyse soit "récupérée" par la médecine notamment pour la question de la formation et il défendra aussi explicitement - et à plusieurs reprises - la pratique d'analystes non-médecins qui avaient été accusés de pratique illégale de la médecine, notamment aux États-Unis (cf. l'article l'analyse profane). Plus tard, particulièrement à l'instigation du groupe d'analystes berlinois et de Carl Gustav Jung, la formation et son pilier, l'analyse personnelle - que quelques-uns appelaient et appellent encore analyse didactique - se complexifiera. Les «analyses de formation» s'assimilèrent de plus en plus la cure psychanalytique avec en particulier un allongement de sa durée. Des instituts se sont créés autour de l'API, et des sociétés nationales affiliées. Freud avait promu la création de l'API, qui devait entre autres régir la formation des analystes. Les diverses sociétés qui composent l'API ont des pratiques parfois assez différentes, certaines sélectionnent encore les futurs analystes avant qu'ils commencent leur propre cure alors que d'autres, estimant qu'une analyse ne peut être décrétée formatrice qu'après coup sélectionnent donc les candidats après qu'elle est terminée ou bien avancée.

Jacques Lacan, aux prises avec les exigences de l'API qu'il critique, propose la procédure de la passe qu'il abandonne par la suite, la considérant comme un échec. Sa pratique repose sur l'idée extrêmement controversée que l'analyste s'autorise de lui-même.

Pour le Quatrième groupe (OPLF), il y a « analyse quatrième » : d'abord l'analysant suit une analyse - deux personnes sont donc mises en jeu. Puis le nouvel analyste prend son premier patient, troisième personne impliquée. Enfin, le praticien débutant se fait superviser par un autre analyste et c'est là le quatrième protagoniste, d'où le nom d'analyse quatrième.

Évolutions[modifier | modifier le code]

La psychanalyse évolua d'abord du temps de Freud. Elle reconnut dans un premier temps le transfert comme s'opposant à la progression de la cure. De plus, celle-ci semblait restreinte aux névroses. Puis, le transfert sera reconnu comme fondant une névrose de transfert analysable et utile. Le contre-transfert, de même, apparaît d'abord comme un obstacle puis se manifeste de plus en plus comme un outil dont dispose l'analyste. Les évolutions de l'analyse dépendent notamment d'analystes autres que Freud.

Anna Freud et Melanie Klein établissent la psychanalyse des enfants, suscitant un débat dès 1927, sur la question de décider s'il s'agissait d'une adaptation de l'analyse et de ses objectifs ou d'une transposition.

Des analystes s'efforcent de fonder une analyse de la psychose, notamment Herbert Rosenfeld, W.R. Bion.

«Analyse active» et «analyse mutuelle»[modifier | modifier le code]

Sándor Ferenczi, Otto Rank, Wilhelm Stekel proposent, chacun à leur manière et avec des pratiques singulières, une technique dite active. La neutralité bienveillante qui est déjà un concept dont l'énoncé est paradoxal, y est mise entre parenthèses en faveur d'une technique plus active (interventions fréquentes, éventuels conseils, manifestations «amicales», etc. Ferenczi, quant à lui, ne reculait pas devant les injonctions et les interdictions qu'il donnait à certains de ses patients, notamment alcooliques et toxicomanes. Sándor Ferenczi a encore été l'expérimentateur de l'analyse mutuelle technique à laquelle il renoncera. Les raisons de ces modifications du cadre, soit visent à raccourcir la durée de la cure soit à la rendre plus accessible pour des patients qui souffriraient trop d'une règle d'abstinence trop stricte. Malgré la tentative malheureuse de Freud dans sa cure de l'Homme aux loups, Rank et Steckel ont aussi suggéré de fixer un temps limite de la cure. Ces tentatives parfois maladroites, discutables et contestables ont été faites la plupart du temps pour accélérer le travail psychothérapeutique dans une visée de "guérison" des symptômes. Freud les a réprouvées parce qu'il considérait que rien ne pourrait remplacer une cure type et que toutes tentatives d'activer le processus psychanalytique était vouée à l'échec. Il pensait aussi que l'engagement personnel de Ferenczi dans ses traitements était trop marqué et surtout pas très pertinent au vu des résultats qu'il produisait. Plus personne ne songerait aujourd'hui à les utiliser telles quelles mais on[Qui ?] retrouve leur trace dans les techniques des psychothérapies psychanalytiques adaptées à des patients comme les cas-limites, etc.

Lacan : Scansion et passe[modifier | modifier le code]

Concepts proposés par Jacques Lacan propose la scansion des séances, ainsi que la passe qui sont devenues le propre des psychanalystes lacaniens.

  • La scansion consiste en une pratique de la fin de séance pensée comme ponctuation[11] afin de souligner un dire du sujet, une manifestation de l'inconscient. Cette scansion est un acte du psychanalyste. C'est de cette pratique que découle le fait que les durées des séances chez le psychanalyste lacanien puissent varier de façon importante et tendent en tout cas à ce que celles-ci soient plutôt courtes[12].
  • Cette pratique a introduit la scission entre les psychanalystes de l'API et ceux se réclamant de Lacan.

Autres psychothérapies et évaluation de la cure psychanalytique[modifier | modifier le code]

Évaluation[modifier | modifier le code]

La question de l'évaluation des différentes psychothérapies est posée ainsi que celle des agents du succès d'une cure. Des études sont en cours et les conclusions amènent l'item de l'alliance comme facteur prédictif essentiel et indépendant du modèle de référence. L'étude de 2004 de l'INSERM retirée du site par décision ministérielle est aussi remise en question par quelques-uns des participants, notamment par le psychiatre Jean-Michel Thurin[13] qui préconise d'engager la question sous un angle différent[14]. Des recherches sont en cours sous un angle moins polémique. Le sujet n'est pas facile à traiter sans prise en compte de l'angle qualitatif[15].

Critiques[modifier | modifier le code]

Le vocable de cure psychanalytique s'applique plus largement à toute une série de traitements plus ou moins dérivés de la psychanalyse au point que Jean Bergeret parlera d'« abus de langage fait par certains de la qualité de psychanalyste ». Cet usage élargi du terme psychanalyse constitue donc un abus de confiance à l'égard des patients et peut contribuer à expliquer le scepticisme ou les craintes à l'égard du développement des bases de la pensée, de la clinique ou de la technique psychanalytiques. »[4]

Le psychiatre et psychothérapeute français Édouard Zarifian, dans son ouvrage Les Jardiniers de la folie (1988), considère que si « La théorie psychanalytique demeure, encore aujourd’hui, la description la plus satisfaisante de l’organisation de la vie psychique. Elle permet une évaluation de la structure de la personnalité et de la dynamique des énergies qui animent la vie psychique d’un individu. » Il dénie, en revanche, toute valeur à la cure psychanalytique comme thérapie : « Une autre revendication de la psychanalyse est d’être un outil thérapeutique. C’est là que le bât blesse le plus. Si c’était vrai, depuis plus de cent ans, cela finirait par se savoir […] [La cure psychanalytique] ne constitue pas à proprement parler une thérapeutique. C’est même, parmi les différentes formes de psychothérapies, celle qui s’en éloigne le plus. » (Les Jardiniers de la folie, p. 162).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Sigmund Freud,
    • Cinq psychanalyses (Dora, L'homme aux Loup, L'homme aux rats, Petit Hans, Président Schreber), rééd, traduction révisées, PUF Quadrige, (ISBN 2130561985)
    • « Le maniement de l'interprétation des rêves en psychanalyse », (1911) ; « La dynamique du transfert » (1912) ; « Conseils aux médecins sur le traitement psychanalytique », (1912) ; « Le début du traitement » (1913) ; « Remémoration, répétition, et élaboration » (1914) in La technique psychanalytique, Éd. : Presses Universitaires de France, 2007, coll. : Quadrige Grands textes, (ISBN 2130563147)
    • Analyse avec fin et analyse sans fin, PUF
  • Mélanie Klein :
    • Psychanalyse d'enfants, Éd. : Payot, Coll. : Petite Bibliothèque Payot, (ISBN 2228899992)
    • La psychanalyse des enfants, Éd. : Presses Universitaires de France, 1998, Coll. : Bibliothèque de psychanalyse, (ISBN 2130458289)
    • La psychanalyse d'un enfant (Richard), 1973 Tchou
  • Jacques Lacan : « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », in Écrits, Seuil, p. 585.Seuil.
  • Maurice Bouvet : La cure psychanalytique classique, Éd. : Presses Universitaires de France, 2007, Coll. : Le fil rouge, (ISBN 2130550851)
  • Wilfred Bion : L'attention et l'interprétation, PUF, 1987, (ISBN 2228883050)
  • Sous la dir. de Jean Bergeret : La cure psychanalytique sur le divan, Éd. : Tchou, 1980, (ISBN 2710701898)
  • Francis Pasche : Le passé recomposé : Pensées, mythes, praxis, Éd. : Presses Universitaires de France, 2000, Collection : Le fil rouge, (ISBN 2130502210)
  • Horacio Etchegoyen : Fondements de la technique psychanalytique, Préface de Daniel Widlöcher et Jacques-Alain Miller, Éd. : Hermann, 2005, (ISBN 270566517X)
  • Roger Perron : Une psychanalyse, pourquoi ?, Interedition, 2006, (ISBN 2100493809)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maurice Bouvet : La cure type (1954) in La cure psychanalytique classique, Éd. : Presses Universitaires de France, 2007, ISBN 2130550851
  2. Horacio Etchegoyen, Fondements de la technique psychanalytique, Éd. Hermann, 2005. (ISBN 2-7056-6517-X)
  3. La technique psychanalytique, Éd. : Presses Universitaires de France, 2007, coll. : Quadrige Grands textes, ISBN 2130563147
  4. a et b Sous la dir. de Jean Bergeret (psychanalyste) : La cure psychanalytique sur le divan, Éd. : Tchou, 1980, ISBN 2710701898
  5. La technique psychanalytique, Ed. : Presses Universitaires de France, 2007, coll.: Quadrige Grands textes, ISBN 2130563147
  6. Horacio Etchegoyen : Fondements de la technique psychanalytique, Éd. : Hermann, 2005, ISBN 270566517X
  7. Quelques recommanda­tions sur la technique de la psychanalyse.
  8. François Richard et coll. Le travail du psychanalyste en psychothérapie, Préface d'André Green ; Dunod, 2002, ISBN 2100065742
  9. La fonction parentale de l'analyste, entretien avec Denys Ribas in Francis Pasche : "Le passé recomposé", Éd. : PUF, coll. Fil rouge, 1999, ISBN 2130502210
  10. Wilfred Bion : Différenciation des personnalités psychotiques et non psychotiques in Réflexion faite, PUF, 1983, ISBN 2130376045
  11. Arthur Mary, Mon verre s'est brisé comme un éclat de rire, la scansion, un acte poétique
  12. Elisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Paris, Fayard, coll. « La Pochothèque », (1re éd. 1997) (ISBN 978-2-253-08854-7), p.  1546
  13. Site de J.M. Thurin et coll.
  14. Jean-Michel Thurin & Monique Thurin : Évaluer les psychothérapies : Méthodes et pratiques, Éd. : Dunod, 2007, Coll. : Psychothérapies, ISBN 2100507087
  15. Les recherches