Narcissisme

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Le narcissisme est un investissement de soi-même, une attention exclusive portée à soi, synonyme d’égotisme. Il peut être compris comme le fondement de la confiance en soi. Lorsqu'il est défaillant, le terme peut désigner l'importance excessive accordée à l'image de soi.

La notion « narcissus like » est due au médecin et psychologue britannique Havelock Ellis, qui réfère au mythe grec de Narcisse, jeune homme qui serait tombé amoureux de son reflet dans l’eau, au point d’en mourir. Le mot de « narcissisme » (Narcismus) ayant été formulé à la suite d'Ellis par le psychiatre Paul Näcke, c'est surtout Sigmund Freud qui va définir le concept de « narcissisme » en psychanalyse, dans son essai Pour introduire le narcissisme (Zur Einführung des Narzissmus, 1914).

Le terme est aussi utilisé d'une manière plus générale dans d'autres disciplines. Il est ainsi employé dans le langage sociologique et, comme entité, dans le manuel de classifications psychiatriques : le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5).

Mythologie[modifier | modifier le code]

Le terme de narcissisme provient du mythe grec de Narcisse. Il ne reste que quelques traces de ce mythe dans la littérature grecque antique[1]. C'est le poète latin de l'époque augustéenne Ovide qui a donné au mythe la version la plus connue au livre III de ses Métamorphoses[2]. Il a également eu le génie d'avoir lié deux mythes à l'origine distincts : ceux de Narcisse et d'Écho. Narcisse est né du viol de la nymphe Liriope par le fleuve Céphise[3]. Narcisse est un jeune homme dont s'éprend la nymphe Écho. Comme Écho ne sait que répéter la dernière syllabe des mots qu'elle entend, elle est incapable de lui exprimer son amour. À défaut de pouvoir lui parler, pour entrer en contact avec lui, elle veut le toucher. Après qu'il repousse ses avances, elle meurt. Face à cette impossible communication, Narcisse se croit indigne d'amour et incapable d'aimer. Il vient près d'une source limpide et pure pour apaiser sa soif. En regardant le reflet de son visage il s'extasie devant lui-même ; (…) il admire tout ce qui le rend admirable. Sans s'en douter, il se désire lui-même ; il est l'amant et l'objet aimé (…)."(3) Désespéré de ne pouvoir assouvir son amour, de l'impossible étreinte, Narcisse dépérit et mourut. Il est alors transformé en un narcisse, la fleur qui porte son nom.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

En 1914, Sigmund Freud publie dans sa « rédaction définitive » l'essai Pour introduire le narcissisme (Zur Einführung des Narzissmus), dont il avait élaboré l'esquisse l'année précédente « lors de son séjour à Rome en septembre 1913 »[4]. Il avait entrepris en 1909, dans une discussion à la Société psychanalytique de Vienne de définir le narcissisme comme « un stade de développement nécessaire dans le passage de l'auto-érotisme à l'amour d'objet »[4]. D'après la notice des OCF.P, le terme de « narcissisme » est introduit en 1910 « dans une note ajoutée à la deuxième édition des Trois essais sur la théorie sexuelle »[4]. Dans le « long article » que représente Pour introduire le narcissisme, texte qui, selon Jones, suscita « l'effervescence » parmi « les élèves de Freud, déconcertés par la densité et la nouveauté de son contenu », Freud « met [...] en place non seulement l'opposition nouvelle entre la libido du moi et la libido d'objet, mais aussi les notions de moi idéal et d'idéal du moi »[4].

Lou Andreas-Salomé a souhaité valoriser le bon côté du narcissisme : « Le narcissisme au sens créateur n'est plus un stade à franchir, c'est plutôt un accompagnement durable de toutes les expériences profondément vitales - d'une part toujours présent, de l'autre encore très au-delà de toutes les possibilités de creuser, à partir de notre conscience, divers stades de notre inconscient »[5].

Psychiatrie[modifier | modifier le code]

Havelock Ellis (1859-1939)

Au début de Pour introduire le narcissisme, Freud fait référence à Paul Näcke (1851-1913), psychiatre et criminologue allemand. Celui-ci a intégré le concept de narcissisme à la psychologie clinique en 1899 pour définir une forme de perversion : le terme de « narcissisme » désignait alors « un comportement par lequel un individu traite son propre corps de la même manière qu'on traite d'ordinaire celui d'un objet sexuel; il le contemple en y trouvant un contentement sexuel, le caresse jusqu’à ce qu'il parvienne par ces pratiques à une pleine satisfaction »[6]. Le narcissisme a dans cette perspective « la signification d’une perversion qui a absorbé la totalité de la vie sexuelle de la personne »[6]. Freud signale dans une note que le terme de « narcissisme » avait été utilisé en premier par Havelock Ellis (« Autoerotism; a Psychological Study ») en 1898. Paul Näcke substitue au terme « narcissus-like » de Ellis celui de « Narcismus »[6].

De nos jours, le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5) classifie les troubles dits « narcissiques »[7].

Sociologie[modifier | modifier le code]

Le concept de narcissisme est investi par plusieurs auteurs pour décrire l'évolution récente des sociétés contemporaines. Christopher Lasch centre ses interrogations sur les évolutions de la société américaine sur la question du narcissisme[8]. Dans une perspective anthropologique, Pierre Legendre, construit sa critique des processus à l'œuvre dans les sociétés ultramodernes autour du développement du narcissisme : autofondation du sujet, abolition du discours de la limite, destitution des figures séparatrices de l'autorité. Comme il l'écrit : « Ainsi la fonction sociale de l’autorité a-t-elle pour visée un désenlacement, d’infliger au sujet qu’il renonce au totalitarisme, à sa représentation d’être tout, c'est-à-dire en définitive de le limiter » (Leçons VI, 1992, p. 52). Une telle analyse permet par exemple de porter le regard sur des phénomènes emblématiques de nos sociétés urbaines : « Si la notion de narcissisme social a un sens, cela comporte que la question du père se trouve posée d’emblée, à cette même échelle de la culture et de la société. Posée, mais comment, sur quel mode ? Je dirai : sur le mode de l’image et de la symbolisation de l’image. Un exemple va le faire comprendre : les « tags », ces inscriptions murales désordonnées, qui sont à la fois essais et déchets esthétiques dans les sociétés occidentales d’aujourd'hui. Que font les jeunes taggers ? Ils inscrivent une énigme, l’énigme de leur demande, de cette demande de séparation qui constitue la créance généalogique de tout sujet ; mais ils l’inscrivent comme demande non fondée, désespérée donc et condamnée par avance. Les laissés-pour-compte de la symbolisation symbolisent ainsi leur position, qu’il faut bien appeler légale, de déchet, en l’inscrivant partout, sur les murs et les objets en représentation de cette légalité de la demande dont ils sont bannis. À la manière des condamnés de la Colonie pénitentiaire décrite par Kafka, sur la peau desquels était tatouée leur sentence de condamnation, les taggers recouvrent les murs, cette peau de la ville, d’un tatouage : la société ultramoderne porte le tatouage de la condamnation du Père » (Leçons VI, p. 205).

Bernard Stiegler utilise également ce concept pour proposer une interprétation de la violence politique des sociétés contemporaines. Dans aimer, s'aimer, nous aimer, il introduit la notion de narcissisme primordial, combinaison de l'amour de soi et des siens, et montre que sa destruction par l'uniformisation des comportements induite par la société industrielle, peut conduire à la haine et à la violence[9].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Strabon, Géographie, livre IX ; Pausanias Description de le Grèce, livre IX et Photius, Bibliothèque, III.
  2. OVIDE. Métamorphoses. Texte édité et traduit par Georges Lafaye. Paris : Les Belles Lettres, 1928 (t. I et II) - 1957 (t. III). (Coll. des Universités de France). Le mythe de Narcisse se situe au livre III, v. 339-510.
  3. « Le transsexualisme, une manière d'être au monde. » Marie-Laure Peretti, Éditions L'Harmattan, 2009, p. 222.
  4. a, b, c et d Notice à Freud, Pour introduire le narcissisme, dans OCF.P, XII, PUF, 2005, p. 214-215.
  5. L. Andreas-Salomé, À l'école de Freud, journal d'une année 1912-1913.
  6. a, b et c Freud, Pour introduire le narcissisme, dans OCF.P, XII, PUF, 2005, p. 217.
  7. Référence pour la liste ci-après : American Psychiatric Association, DSM-IV Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux : Le sujet (homme ou femme) a un sens grandiose de sa propre importance. Il surestime ses réalisations et ses capacités, s'attend à être reconnu comme supérieur sans avoir accompli quelque chose en rapport.
  8. Il en fera un ouvrage, intitulé La culture du narcissisme; publié aux États-Unis en 1979, il sera traduit en français en 2000 et publié aux éditions Climats.
  9. Bernard Stiegler, Aimer, s'aimer, nous aimer : du 11 septembre au 21 avril, Paris, éditions Galilée, , 91 p. (ISBN 978-2718606293).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Lien externe[modifier | modifier le code]