Psychanalyste

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Psychanalyste
FREUD'S SOFA.jpeg

Le divan, symbole de la cure psychanalytique
(Freud Museum, Londres).

Appellation
Psychanalyste
Secteur d'activité
Niveau de formation
Professions voisines
Codes
ROME (France)
K1104 (psychologie)

Un psychanalyste est un professionnel formé sur le plan pratique et théorique à diriger des cures psychanalytiques[1].

L'exercice de psychanalyste correspond à la reconnaissance d'une formation théorique et clinique, au sein d'une école de psychanalyse, à laquelle le psychanalyste reste en règle générale affilié au-delà de sa formation. Le titre de psychanalyste n'est pas un titre protégé, toutefois, avoir soi-même fait une cure analytique est le prérequis essentiel dans le cadre d'une école membre d'une association psychanalytique.

Principe de l'analyse didactique[modifier | modifier le code]

Institut psychanalytique de Berlin

Les psychanalystes effectuent une cure psychanalytique puis se forment, sur le plan théorique et par une pratique clinique. La distinction entre analyse didactique et cure analytique a été formalisée à l'Institut psychanalytique de Berlin dans les années 1920 : il s'agissait alors de professionnaliser et d'institutionnaliser l'activité d'analyste, alors que la deuxième génération de psychanalystes n'appartenait plus au cercle viennois qui avait vu les tout débuts de la psychanalyse : Michael Balint était hongrois, Melanie Klein a été formée à Budapest et Berlin, etc.

Cette exigence de formation est d'autant plus forte que l'institutionnalisation de la psychanalyse se fait dans le cadre d'une double difficulté :

  • Il s'agit de défendre le statut naissant de psychanalyste face à la pratique de l'analyse sauvage, de praticiens non-diplômes ;
  • les premiers psychanalystes sont confrontés à des contestations de leur statut, notamment de la possibilité d'exercice de la psychanalyse par des non-médecins, l'analyse profane ou laïque. Cette question divise la plupart des associations habilitées, elle se pose en France lors de l'affaire Margaret Clark-Williams.

Pratique sous supervision ou « contrôle »[modifier | modifier le code]

L'Institut de Berlin impose que le candidat soit recruté par l'institution et qu'il suive une formation préalable théorique, avant de réaliser, des stages qui le conduisent à avoir une activité clinique. Au terme de cette formation, il est habilité comme analyste et peut se revendiquer comme tel. Ces critères, contestés par certains psychanalystes lorsqu'ils ont été adoptés sont finalement largement repris par l'Association psychanalytique internationale.

Cursus théorique[modifier | modifier le code]

Alfred Adler

La formation de psychanalyste s'effectue après des études universitaires, de médecine, en particulier dans les spécialités de psychiatrie, ou de psychologie. La formation comporte une étude approfondie des textes théorico-cliniques de Sigmund Freud. Selon les écoles, la formation porte davantage sur les écrits des membres de l'école anglaise de psychanalyse, Melanie Klein, Donald Winnicott, Wilfred Bion, pour les candidats de Association psychanalytique internationale, de Jacques Lacan et de Jacques-Alain Miller pour les écoles d'orientation lacanienne, etc.

Le psychanalyste en formation étudie aussi, selon ses intérêts et les orientations du groupe auquel il appartient, les écrits des psychanalystes contemporains. Ce travail d'étude théorico-clinique se poursuit durant toute la carrière professionnelle des psychanalystes.

Formation clinique[modifier | modifier le code]

Clinique du Burghölzli

La formation clinique des psychanalystes s'effectue généralement sous contrôle de la société psychanalytique auprès de laquelle le candidat fait sa formation théorique : il s'agit souvent pour celui-ci de mener une ou plusieurs cures, pour lesquelles il est supervisé par un analyste didacticien.

Débats sur les formations[modifier | modifier le code]

La question de la formation initiale des psychanalystes a donné lieu à d'importants débats au cours du siècle dernier, notamment sur la question de la nécessité d'une formation initiale en médecine. Si l'essentiel des écoles et courants psychanalytiques s'accordent à juger nécessaires les trois prérequis que constituent une cure psychanalytique, plusieurs cures supervisées et un cursus d'études théoriques, les modalités pratiques et les procédures d'habilitations peuvent différer.

L'Association psychanalytique internationale[modifier | modifier le code]

Logo de l'API

Pour des raisons historiques, épistémologiques et politiques l'Association psychanalytique internationale, fondée en 1910 par Freud et les premiers freudiens, pour fédérer le mouvement psychanalytique international, ne regroupe pas l'ensemble des sociétés analytiques. Cette association reconnaît une diversité de modes de formations en fonction des pays ou des orientations analytiques, comme ce fut le cas par exemple au Royaume-Uni durant les « Grandes controverses » des années 1941-1945, entre les kleiniens les annafreudiens,qui ont abouti à faire admettre plusieurs parcours de formation, au sein de la Société britannique de psychanalyse.

En France[modifier | modifier le code]

Marie Bonaparte

Du fait de divergences théoriques et de scissions historiques, il existe de nombreuses associations psychanalytiques.

Pratique[modifier | modifier le code]

Fonction du psychanalyste dans le dispositif analytique[modifier | modifier le code]

L'Interprétation des rêves

Le psychanalyste a pour fonction d'écouter de manière dite « égale », c'est-à-dire toujours avec la même attention neutre, les associations libres de l'analysant qu'il reçoit, selon les termes consacrés, avec « neutralité » et « bienveillance ». Ses interventions se font sous la forme d'interprétations, formulées d'une façon indirecte ou directe, qui révèlent le contenu latent (inconscient) à partir du discours manifeste du patient incluant les récits de rêves. Il interprète aussi en fonction de la dynamique du transfert[4] — qui a été décrite par Freud comme la « pierre angulaire » du traitement et de ses progrès[5] — et celle du contre-transfert.

Modalités d'exercice du psychanalyste[modifier | modifier le code]

Le contrat analytique comporte les modalités, rythme et durée des séances, vacances et paiement. Ce dernier constitue directement le revenu de l'analyste ou est parfois de nature symbolique dans les cas où la cure est financée par un tiers-payant. Les tarifs pratiqués peuvent varier dans certaines fourchettes, en fonction du marché, mais aussi souvent des moyens du patient. Le traitement peut sous certaines conditions être remboursé par la Sécurité Sociale ou des assurances du même type dans d'autres pays. Selon l'indication thérapeutique, l'analyste peut modifier d'une manière plus ou moins importante le cadre de la cure. On en vient alors à parler de psychothérapies (- psychanalytiques) [6]. Le fait que les psychothérapies psychanalytiques s'adressent plutôt à des personnes souffrant de symptômes et les cures types plutôt réservées à des personnes "bien portantes" est une question polémique. Le dispositif de la cure classique est souvent proposé à des personnes très symptomatiques afin de les aider à surmonter les mécanismes sous-jacents aux symptômes.

L'introduction par Jacques Lacan d'une distinction conceptuelle entre pratique psychanalytique pure et pratique psychanalytique appliquée à la thérapeutique permet de résoudre cette apparente difficulté en distinguant entre l'adaptation parfois nécessaire du cadre à la situation ou aux moyens du patient et ce qui ressort aux différentes modalités de l'investissement du désir de l'analyste (thérapie, formation, recherche etc.) dans le projet et le processus de la cure. Quel que soit le cadre proposé, la garantie du caractère psychanalytique d'une pratique repose en dernière analyse sur la qualité de psychanalyste de celui qui la met en œuvre, ce qui pose, de manière circulaire, le problème de sa formation. En effet, si l'on peut dire que l'analyste est le produit de sa propre psychanalyse, il faut aussi affirmer qu'une cure analytique est la cure proposée et pratiquée par un psychanalyste.

Générations de psychanalystes[modifier | modifier le code]

Sigmund Freud (1905)

Il existe différentes manière de classer les psychanalystes. Une de ces manières consiste à distinguer différentes générations d'analystes.

Le comité secret : Rank, Freud, Abraham, Eitingon, Ferenczi, Jones, Sachs (1922)
  • La première génération est celle des contemporains de Freud, au début du XXe siècle, notamment les premiers membres du «comité secret»[7], Sándor Ferenczi à Budapest, Otto Rank et Hanns Sachs à Vienne, Karl Abraham et Max Eitingon à Berlin et Ernest Jones à Londres ; d'autres psychanalystes tels Carl Gustav Jung à Zurich, Alfred Adler, etc.
  • La seconde génération est surtout active entre les deux guerres mondiales : Melanie Klein, Anna Freud, Sabina Spielrein, Marie Bonaparte...
  • La troisième génération est surtout active après la deuxième guerre mondiale, elle comprend par exemple Donald Winnicott, Esther Bick, Wilfred Bion, Hanna Segal, Herbert Rosenfeld, à Londres ; Françoise Dolto, Jacques Lacan, Jean Laplanche, J.-B. Pontalis à Paris ; Raymond de Saussure et Marcelle Spira en Suisse romande, etc.

Quelques psychanalystes renommés[modifier | modifier le code]

Une autre manière de les classer consisterait à mettre en avant leur appartenance à des courants théoriques. On peut distinguer ainsi des psychanalystes freudiens, jungiens, kleiniens ou post-kleiniens, ego-psychologues, lacaniens, freudo-marxistes etc.

Une autre forme de typologie, adoptée ci-dessous, consiste à les classer par pays d'exercice.

Allemagne[modifier | modifier le code]

Lou Andreas-Salomé (1914)
Max Eitingon

Argentine[modifier | modifier le code]

Autriche[modifier | modifier le code]

Viktor Tausk

Belgique[modifier | modifier le code]

Canada[modifier | modifier le code]

Chili[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

France[modifier | modifier le code]

Hongrie[modifier | modifier le code]

Sándor Ferenczi

Italie[modifier | modifier le code]

Inde[modifier | modifier le code]

Maroc[modifier | modifier le code]

Royaume-Uni[modifier | modifier le code]

Russie[modifier | modifier le code]

Suisse[modifier | modifier le code]

Carl Gustav Jung

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sigmund Freud disait sous forme de métaphore et pour souligner la difficulté de cette pratique qu'il y avait trois métiers « impossibles » : « éduquer, gouverner et soigner » in analyse avec fin et analyse sans fin 1937 (cf. les textes de Michel Fain, Eugène Enriquez, Mireille Cifali, Jean Cournut: in Les 3 métiers impossibles, Ve rencontres psychanalytiques d'Aix-en-Provence 1986, éd. : Les belles lettres, coll. : Confluents psychanalytiques, ISBN 2251334378). Pour l'histoire de cette boutade de S. Freud, cf. l'article de Mireille Cifali, Métier « impossible » ? une boutade inépuisable, Le Portique, 1999/4, dossier «Éduquer : un métier impossible ?» Article en ligne.
  2. Annick Ohayon : Psychologie et psychanalyse en France : L'impossible rencontre (1919-1969), Éditions La Découverte, Coll.: La Découverte/Poche, ISBN 2707147796
  3. Bref historique des circonstances de la scission, sur le site de l'Association psychanalytique de France.
  4. Heinrich Racker : Transfert et contre-transfert. Études sur la technique psychanalytique, Cesura Lyon, 2000, ISBN 2905709790. Préface de Leon Grinberg et Rebecca Grinberg.
  5. Citation de Sigmund Freud: Quiconque a reconnu que le transfert et la résistance constituent le pivot du traitement appartient sans retour à notre horde sauvage, lettre à Georg Groddeck du 5 juin 1917
  6. François Richard et al.: Le travail du psychanalyste en psychothérapie, préface d'André Green, Ed. Dunod, coll. : Inconscient et culture, 2020, ISBN 2100065742
  7. Cf. P. Grosskurth (1995) Freud, l'anneau secret, coll. «Histoire de la psychanalyse», PUF
  8. Cf. Edward Erwin, The Freud Encyclopedia: Theory, Therapy, and Culture, Routledge, 2002, p.83.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

  • Être psy, série d'entretiens filmés entre 1983 et 2008, réalisation Daniel Friedmann et Jérôme Blumberg, Ed. Montparnasse, Paris, 2009, 14 DVD + livret

Liens externes[modifier | modifier le code]

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