Travail du rêve

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Dans L'interprétation du rêve (1900) de Freud, le travail du rêve (Traumarbeit) est l'opération par laquelle un rêve, tel qu'il se présente au rêveur dans son contenu manifeste, se forme à partir de représentations inconscientes qui constituent son contenu latent que l'interprétation met à jour: le rêve est ainsi pour Freud « la voie royale menant à l'inconscient » (Freud, L'interprétation du rêve).

Définition[modifier | modifier le code]

Le travail du rêve consiste en un ensemble d'opérations « qui transforment les matériaux du rêve (stimuli corporels, restes diurnes, pensées du rêve) en un produit: le rêve manifeste. La déformation est l'effet de ce travail ». Les auteurs du Vocabulaire de la psychanalyse signalent qu' « à la fin du chapitre IV de L'interprétation du rêve (Die Traumdeutung, 1900), Freud écrit: “Le travail psychique dans la formation du rêve se divise en deux opérations: la production des pensées du rêve, leur transformation en contenu [manifeste] du rêve” ». C'est la seconde de ces deux opérations « qui constitue au sens strict le travail du rêve dont Freud a analysé les quatre mécanismes: Verdichtung (condensation), Verschiebung (déplacement), Rücksicht auf Darstellbarkeit (prise en considération de la figurabilité), sekundäre Bearbeitung (élaboration secondaire) »[1].

Les procédés du travail de rêve[modifier | modifier le code]

Le travail du rêve met donc en jeu différentes étapes, brouillant les pistes et permettant à la satisfaction hallucinatoire de désirs inconscients de se déguiser, de différentes manières, jusqu'à former un compromis entre les différentes exigences de la personnalité.

Condensation[modifier | modifier le code]

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Chaque élément du rêve renvoie à de nombreuses représentations. Ces représentations se condensent pour échapper à la critique ; il y a là déguisement, réduction, compression du rêve. Mais la condensation appelle également une autre remarque.

C'est dire que d'après cette thèse de la psychanalyse le rêve n'est pas simplement déterminé, mais bien plus surdéterminé, chaque élément du rêve renvoyant à plusieurs éléments inconscients. Il y a donc satisfaction de tendances de plusieurs registres ; l'interprétation d'une même scène se composera de plusieurs interprétations, se situant à différents niveaux.

Plus simplement, ce sont deux images qui se superposent en une.

Déplacement[modifier | modifier le code]

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Le déplacement, c'est le déplacement de l'intérêt, ou plutôt un semblant de déplacement de l'intérêt. L'affect se voit décoller d'une représentation : donc les délégations psychiques de la pulsion se divisent. À la suite de cette isolation, l'affect sera déplacé sur une représentation auparavant anodine, sans intérêt particulier, et surtout ne contredisant pas les valeurs du Moi.

À la suite du déplacement, ce qui semble essentiel au rêveur n'est qu'anodin ; l'essentiel lui échappe complètement. Le déplacement est un mécanisme de défense.

Jacques Lacan travaillera le déplacement comme métonymie.

Figuration[modifier | modifier le code]

La figuration est le procédé par lequel les pensées du rêve sont transformées en images visuelles[2]. Freud emploie le terme en allemand de Darstellung du verbe darstellen: « présenter », à ne pas confondre avec vorstellen, « représenter », et Vorstellung, « représentation ». Dans la « Terminologie raisonnée » de Traduire Freud, Jean Laplanche écrit: « La traduction classique de Darstellung hésite entre les deux termes: présenter et figurer ». Il distingue « présenter », connoté objectivement, et « (se) représenter » qui correspond à « une activité plus subjective voire réflexive[3] ».
Freud considère une prise en considération de la figurabilité, traduction de l'allemand : Rücksicht auf Darstellbarkeit. Les OCF.P traduisent plus littéralement Darstellbarkeit par « présentabilité »[4].
L'inconscient ne peut faire passer un message, un contenu dans le rêve qu'en présentant ce message sous forme d'image ou de scène animée, et de telle sorte que le contenu soit acceptable par la censure du rêveur. L'expression freudienne de Rücksicht auf Darstellbarkeit indique que l'inconscient tient compte du fait que les contenus oniriques ne peuvent être abstraits, doivent être figuratifs pour être (re)présentables. Donc, par cette expression, Freud entend que le rêve cherche à revêtir un aspect cohérent, à se présenter sous la forme d'un scénario digne d'intérêt, alors que l'histoire que relate le rêve masque l'histoire inconsciente, le théâtre du Je.[réf. souhaitée] La figuration fera adopter des représentations connues de la conscience, et fera éventuellement intervenir des éléments diurnes non refoulés. Cette figuration-là est narration vide, elle ne relate pas l'histoire du sujet comme sujet du désir ; elle s'attarde sur la logique, le discours cohérent, et masque complètement la parole irrationnelle qui tient pourtant lieu de sujet[réf. souhaitée].

Élaboration secondaire[modifier | modifier le code]

L'« élaboration secondaire » représente « un deuxième temps du travail (Arbeit) du rêve; elle porte sur des produits déjà élaborés par les autres mécanismes (condensation, déplacement, figuration) »: selon Laplanche et Pontalis, l' « élaboration secondaire » est pour Freud un « effet de la censure » et « peut être rapprochée de la rationalisation » [5].

Travail du rêve et interprétation[modifier | modifier le code]

L'interprétation du rêve s'efforcera donc, à partir du contenu manifeste, de retrouver le contenu latent du rêve « masqué » par le « travail du rêve ».

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Freud[modifier | modifier le code]

Vocabulaire de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Autres études sur le « travail du rêve »[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, entrée: « Travail du rêve », Paris, P.U.F., 1re éd.: 1967, 8e édition: 1984, p.  505.
  2. Cf. la définition du mot en psychanalyse dans le dictionnaire français Larousse: [1]
  3. Traduire Freud (A. Bourguignon, P. Cottet, J. Laplanche, F. Robert), « Terminologie raisonnée » par J. Laplanche, Paris, P.U.F., 1989, p. 128-129.
  4. F. Robert, dans Traduire Freud, Glossaire par François Robert: à « présentation », p.  312.
  5. J. Laplanche et J.-B. Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse, entrée: « Élaboration secondaire », 1984.

Voir aussi[modifier | modifier le code]