Le Mur (film, 2011)

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Le Mur
Réalisation Sophie Robert
Sociétés de production Océan Invisible Productions
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Documentaire
Durée 52 minutes
Sortie 2011

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Mur ou la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme est un documentaire français qui traite de l'approche psychanalytique de l’autisme en France, en se basant sur des entretiens.

Le documentaire[modifier | modifier le code]

Le Mur est un documentaire réalisé en 2011 par Sophie Robert et produit par la société Océan Invisible Productions, en partenariat avec Autistes sans frontières, une association qui milite en faveur d’une prise en charge comportementale éducative des personnes autistes et contre la prise en charge psychanalytique.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

  • Titre original : Le Mur
  • Sous-titre : La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme
  • Réalisation : Sophie Robert
  • Scénario : Sophie Robert
  • Image/son : Peterson Almeida, Jeremy Lepelley, Nicolas Bitaud
  • Montage : Peterson Almeida, Jonathan Rio
  • Musique : Marc Bour
  • Société de production : Océan Invisible Productions
  • Pays d'origine : France
  • Langue originale : français
  • Genre : Documentaire
  • Durée : 52 minutes
  • Date de sortie :

Résumé[modifier | modifier le code]

La réalisatrice s'entretient avec dix psychanalystes et un pédiatre d'orientation lacanienne, qui exposent leur point de vue sur l'autisme. Ce film entend exposer ce qu'est le point de vue psychanalytique sur l’autisme, en interviewant dix psychanalystes et un pédiatre, pour certains strictement freudiens, pour d’autres lacaniens. Ces professionnels sont montrés comme expliquant leurs théories et décrivant leur pratique dans un langage accessible.

Le film, à sa sortie a été l'objet de fortes polémiques et d'épisodes notamment juridiques.

Controverses[modifier | modifier le code]

Dès l'origine, le documentaire a provoqué de nombreuses controverses

Le point de vue de la réalisatrice du film[modifier | modifier le code]

Sophie Robert indique dans un entretien au journal Le Cercle Psy[1] qu'elle voulait être psychanalyste, avant de s’orienter vers l’audiovisuel et se définit comme « une anthropologue de la psychanalyse, en amateur ». Sophie Robert justifie le choix du thème de l'autisme ainsi :

« Je ne voulais pas travailler spécifiquement sur l’autisme, mais il est considéré comme la pire des psychoses pour la psychanalyse, ce qui est vraiment une spécificité française puisque le reste du monde le définit depuis 30 ans comme un trouble neurologique, et qu’à l’étranger les patients sont diagnostiqués très tôt et pris en charge non pas en psychiatrie, mais avec des méthodes comportementales et éducatives adaptées. Il m’a paru intéressant d’extraire ce sujet pour lui consacrer un volet à part entière[1]. »

Le point de vue de la psychiatre Loriane Brunessaux[modifier | modifier le code]

Dans un article publié en 2012 par la revue L'Information psychiatrique[2], la psychiatre Loriane Brunessaux déclare : « « Le Mur » est [...] un film de propagande dont le manque de rigueur et la malhonnêteté ne peuvent échapper à aucune personne s’intéressant un tant soit peu à l’état actuel des connaissances et des pratiques dans le champ de l’autisme ».

Elle reproche au film d'avancer une explication scientifique de l’autisme réductrice et non-confirmée, voudrait faire croire que la psychiatrie est sous l’influence de la psychanalyse, qu'elle ignorerait les recherches récentes, et que la psychose — qui n'est pas la seule causalité mise en avant par les psychanalystes — résulterait pour eux d’une mauvaise relation maternelle, point de vue « absolument réducteur et présomptueux », et autres effets d'un « montage grossier ». Elle rappelle que ce sont des psychanalystes qui ont contribué à faire évoluer des méthodes de prise en charge de l'autisme.

Elle s'étonne des choix et des non-dits : ne pas interroger « Pierre Delion [...] sur ce qu’il prône, à savoir une pédopsychiatrie intégrative, associant les neurosciences, le cognitivisme, la psychanalyse, le comportementalisme » ni « Bernard Golse [...] sur sa conception d’un « modèle polyfactoriel » dans l’origine de l’autisme, prenant en compte les facteurs organiques, neurologiques, génétiques, environnementaux ». Elle s'étonne également que ne soient pas interrogés des psychanalystes appartenant à des courants notoirement spécialisés dans l’autisme, pour certains ouverts aux neurosciences et au cognitivisme.

Les aspects de la bataille juridique : interdiction et levée de l'interdiction de diffusion[modifier | modifier le code]

Dès sa sortie en septembre 2011, Le Mur a cristallisé des oppositions vives entre deux camps, celui des associations de familles qui soutenaient la réalisation du film et celui de milieux psychanalytiques.

En septembre 2011, Le Mur est diffusé en accès libre sur le site internet de l'association Autistes sans frontières qui a contribué au financement du film et dans quelques salles de cinéma. En octobre 2011, trois des onze psychanalyses interviewés, Éric Laurent, Esthela Solano-Suarez et Alexandre Stevens entreprennent une action en justice, demandant l'arrêt de la diffusion du documentaire et notamment la saisie des rushes, afin de faire établir que leurs propos ont été dénaturés par le travail de montage[3],[4] et assignent Sophie Robert en justice[5], demandant l'interdiction de la diffusion du film. Ils s'estiment avoir été « piégés » par la réalisatrice, dont le film serait « une entreprise polémique destinée à ridiculiser la psychanalyse » et qui présenterait leurs propos de façon dénaturée[6],[7],[8],[9].

Le , le tribunal de grande instance de Lille donne raison aux plaignants et condamne Sophie Robert à 30 000 euros de dommage et intérêts et à retirer les extraits d'interviews contestés[10],[11],[12],[13],[14]. La juge, Elisabeth Polle Seunaneuch, conclut que la réalisatrice a dénaturé le sens des propos des trois psychanalystes, portant ainsi atteinte à leur image et leur réputation[10]. La décision du tribunal ayant un effet immédiat, la société de production est contrainte de retirer le film d'internet. Sophie Robert fait appel de ce jugement.

Le film reste interdit pendant près de deux ans, jusqu'à la décision de la cour d'appel de Douai[15] du , qui lève l'interdiction frappant Le Mur. Les juges infirment le premier jugement, invoquant la liberté d'expression et constatant que si les propos des trois psychanalystes « tels qu'ils apparaissent après montage sont incomplets et parfois dépourvus des nuances d'origine »[16], ils n'ont pas étés dénaturés ; les juges estiment que l'action en justice engagée par les psychanalystes contre le film Le Mur a « causé un préjudice moral à sa réalisatrice » et a « jeté le discrédit sur le travail réalisé par Mme Robert »[15]. Cependant « selon la cour d'appel de Douai [...] le visionnage du film Le Mur « met en évidence l'intention finale de sa réalisatrice de contester les méthodes utilisées par les psychanalystes dans le traitement de l'autisme », et « il n'est pas contestable que ce résultat final et le sens de la démonstration ainsi réalisée par Mme Sophie Robert étaient ignorées, à l'origine, des psychanalystes qui ont été interviewés ». Piégés, donc. Mais pas ridiculisés, ont estimé les juges, qui considèrent également qu'« aucune dénaturation fautive » de leurs propos ne peut être retenue contre la réalisatrice »[16]. Les trois psychanalystes ne se pourvoient pas en cassation.

Point de vue de la société de production[modifier | modifier le code]

La société de production défend le travail réalisé et exprime que « Le Mur est le premier volet d’une série de trois longs métrages — La Psychanalyse dévoilée — dont l’objectif est de permettre à chacun de comprendre les fondamentaux de la théorie et de la pratique psychanalytique, par la bouche de 27 psychanalystes. »[17]

Reporter sans Frontières[modifier | modifier le code]

L'association Reporters sans frontières a exprimé sa « profonde inquiétude » concernant le jugement de janvier 2012, espérant qu'en appel « la justice prendra cette fois-ci en compte le principe, à valeur constitutionnelle, de la liberté d’expression »[18].

Le contexte : prises de positions de la HAS concernant la prise en charge des enfants autistes en France[modifier | modifier le code]

Les critiques ou soutiens apportés au film, peuvent être envisagés dans le contexte de la publication controversée des recommandations de la Haute autorité sanitaire en défaveur de la psychanalyse[19].

Presse[modifier | modifier le code]

  • Plusieurs médias anglo-saxons, comme Le Herald Tribune exposent les faits, dans lesquels ils voient un nouvel épisode des antagonismes entre des orientations différentes en ce qui concerne l'appréhension de l'autisme[20],[21] Le New York Times lui a consacré un long article[22], et soulignant que ses lecteurs trouveront probablement « démodée » « l'idée que l'autisme puisse être traitée à l'aide d'une thérapie verbale. » L'article cite aussi Élisabeth Roudinesco qui déclare : « Le film est injuste. Il est fanatiquement antipsychanalytique. Mais je ne crois pas qu'elle [Sophie Robert] ait manipulé le film pour les rendre ridicules. Je pense plutôt qu'elle a choisi de parler à des psychanalystes très dogmatiques qui apparaissent ridicules. »[22]
  • La journaliste Catherine Vincent affirme dans Le Monde qu'« il aurait été utile que ce documentaire aborde de plain-pied la prise en charge institutionnelle de l’autisme, et le rôle réel qu’y tient en France la psychanalyse. Une enquête, en somme, plutôt que ce procès simpliste et caricatural » et que Sophie Robert se consacre désormais à la promotion de la méthode ABA[23]. Elle affirme également que « les rushs versés au débat durant ces deux procès successifs montrent que les propos de "psys" recueillis par la réalisatrice, bien que parfois fort abscons, sont beaucoup plus nuancés que son énoncé introductif, en voix off, qui s'achève par cette affirmation : "Pour les psychanalystes, l'autisme est une psychose, autrement dit un trouble psychique majeur résultant d'une mauvaise relation maternelle." »[16].

Psychanalystes interviewés[modifier | modifier le code]

Les dix psychanalystes et le pédiatre interviewés dans le film[17] sont les suivants :

  • Alexandre Stevens, psychiatre-psychanalyste, École de la Cause freudienne (ECF), fondateur de l'institution pour enfants autistes Le Courtil ;
  • Eric Laurent, psychanalyste, (ECF) ;
  • Esthela Solano-Suarez, psychologue-psychanalyste (ECF), spécialisée dans l'autisme ;
  • Bernard Golse, pédiatre-psychanalyste (APF), chef du service pédopsychiatrie de l'hôpital Necker ;
  • Pierre Delion, psychanalyste, chef du service pédopsychiatrie de l'hôpital Fontan (CHRU Lille métropole) ;
  • Geneviève Loison, psychiatre-psychanalyste (ALEPH), pédopsychiatre référente de la métropole lilloise ;
  • Laurent Danon-Boileau, linguiste et psychanalyste, psychanalyste au centre Alfred Binet pour enfants autistes ;
  • Daniel Widlöcher, psychanalyste (APF), ancien chef du service psychiatrie de l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière ;
  • Jacqueline Schaeffer, psychanalyste (SPP), auteurs d'essais multiples sur la féminité ;
  • Yann Bogopolski, psychanalyste d'orientation kleinienne, spécialiste de l'inceste et la pédocriminalité ;
  • Aldo Naouri, pédiatre d'orientation lacanienne, auteur d'essais sur la relation maternelle.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-François Marmion, « Sophie Robert : La psychanalyse doit débattre de l'autisme », sur Le cercle Psy, (consulté le 8 février 2015)
  2. Loriane Brunessaux, « À propos du documentaire « Le mur » », L'information psychiatrique, John Libbey Eurotext, vol. 88, no 3,‎ , p. 177-179 (ISSN 0020-0204, lire en ligne)
  3. Christine Legrand, « Des psychanalystes veulent faire interdire un documentaire sur l’autisme », sur Site du journal La Croix, (consulté le 26 juillet 2014)
  4. Léa Giret, « Des psychanalystes veulent interdire un documentaire sur l'autisme », sur TF1 News, (consulté le 1er février 2015)
  5. Estelle Saget, « Autisme: des psychanalystes attaquent en justice une documentariste », sur Site de L'Express, (consulté le 1er février 2015)
  6. Catherine Vincent, « Un documentaire sur l'autisme suscite la controverse dans le milieu de la psychanalyse », sur Le Monde, (consulté le 1er février 2015)
  7. Jacqueline de Linares, « Autisme : feu sur la psychanalyse », sur L'Obs, (consulté le 1er février 2015)
  8. Peggy Sastre, « Autisme : la psychanalyse touche-t-elle le fond ? », sur Slate.fr, (consulté le 26 juillet 2014)
  9. Stéphanie Mauricee, « Autisme: la réalisatrice du film "Le Mur" condamnée », sur Libération.fr, (consulté le 1er février 2015)
  10. Joël Ignasse, « Autisme: la réalisatrice du film "Le Mur" condamnée », sur Sciences et avenir Santé, (consulté le 1er février 2015)
  11. Estelle Saget, « Un documentaire sur l'autisme interdit », sur Libération.fr, (consulté le 1er février 2015)
  12. a, b et c Catherine Vincent, « Le Mur, la psychanalyse à l'épreuve de l'autisme » à nouveau libre de diffusion, sur Le Monde, (consulté le 15 septembre 2015)
  13. a et b « Le Mur ou La psychanalyse à l'épreuve de l'autisme - Le film emblématique de la cause de l'autisme en France », sur Site de Dragon Bleu TV, la WebTV des gens différents, (consulté le 21 décembre 2015)
  14. « Affaire « Le Mur » : le genre documentaire menacé »
  15. « Autisme : la psychanalyse mise sur la touche par un rapport de la Haute Autorité de santé - France - RFI », RFI,‎ (lire en ligne)
  16. « Autism in France », sur BB World Service, (consulté le 1er février 2015)
  17. « Furor over treating autism in France », International Herald Tribune,‎
  18. a et b David Jolly et Stephanie Novak, « A French Film Takes Issue With the Psychoanalytic Approach to Autism », sur The New York Times, (consulté le 1er février 2015)
  19. Catherine Vincent, « L’autisme sous l’objectif », LeMonde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]