Donald Winnicott

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Donald Woods Winnicott
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à PlymouthVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
à LondresVoir et modifier les données sur Wikidata
Pays de nationalité Royaume-UniVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint Clare Winnicott (à partir de ) et Alice Buxton Winnicott (en) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Jesus College et St Bartholomew's HospitalVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Pédiatre (d), psychanalyste et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata

Donald Woods Winnicott, né le à Plymouth et mort le à Londres, est un pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Son père, J. Frederick Winnicott, est un homme d'affaires méthodiste qui dirige une affaire familiale de quincaillerie. Il s'intéresse à la politique et à la vie publique, et est anobli à titre personnel en 1924. Il fait deux mandats comme maire de Plymouth et finance la stèle du monument commémoratif dédié aux Pilgrim fathers, partis de Plymouth en septembre 1620 sur le Mayflower[1]. Sa mère, Elizabeth Woods, fille d'un pharmacien et anglicane jusqu'à son mariage, sans doute dépressive, meurt en 1925[2]. Donald Winnicott passe ses premières années dans un univers domestique très féminin, troisième de sa fratrie et unique garçon, jusqu'à la poursuite de sa scolarité comme pensionnaire, à 14 ans, en 1910. Il étudie à la Leys School, première « public school » méthodiste, située à Cambridge, où il participe à la chorale, joue dans l'équipe de rugby et fait du scoutisme[3]. À la suite d'une fracture de la clavicule et de son hospitalisation, il décide de devenir médecin, et s'inscrit en année préparatoire au Jesus College (Cambridge), en 1914, renonçant ainsi à prendre la succession de son père à la tête de l'affaire familiale. Il obtient une licence de biologie, puis il est d'abord dispensé de service actif pendant la Première Guerre mondiale, du fait de son statut d'étudiant en médecine, mais il est affecté comme médecin stagiaire en uniforme, à Cambridge en 1916. Il s'engage en 1917 dans la marine britannique, comme médecin militaire, sur le destroyer HMS Lucifer. En novembre 1917, il reprend ses études au St. Bartholomew's Hospital Medical College de Londres, où il obtient son diplôme de médecin en 1920. Il devient membre du Royal College of Surgeons et du Royal College of Physicians en 1922 et se spécialise en pédiatrie en 1923-1924[Notes 1]. Il devient interne, à l'hôpital St. Bartholomew, fonction à laquelle s'ajoutent, en 1923, deux postes, au Queen's Hospital for Children (Bethnal Green) jusqu'en 1934, et au Paddington Green Children's Hospital[4] où il reste jusqu'à sa retraite en 1963 et peut développer son intérêt « pour les aspects psychologiques de la pédiatrie »[5]. Il décrit ses expériences dans plusieurs articles rassemblés en un ouvrage, Clinical Notes on Disorders of Childhood (1931)[6].

Il fait remonter son intérêt pour la psychanalyse à ses années universitaires. Plusieurs sources rapportent que s'étant rendu compte qu'il oubliait ses rêves[7], il a lu un ouvrage d'Oskar Pfister[8], puis L'Interprétation des rêves. Il témoigne de cet intérêt dès 1919, année où Ernest Jones fonde la Société britannique de psychanalyse, dans une lettre à sa sœur Violet[Notes 2], qu'il conclut en exposant qu'il « n'aborde dans son travail aucun sujet qui autorise la psychothérapie » et qu'il lui reste « à mettre à l'épreuve ce qu'[il] est en train d'apprendre ». En 1923, il décide d'entreprendre une analyse, et consulte Ernest Jones pour le choix de l'analyste[9]. Finalement, c'est avec James Strachey, membre du Bloomsbury Group et éditeur de la Standard Edition, qu'il commence une analyse interrompue seulement en 1933, tout en commençant à tenir des consultations en pédiatrie[10]. Il se forme pour devenir analyste de 1927 à 1934, en même temps que Susan Isaacs et Nina Searl, au British Institute for Psychoanalysis où il est supervisé par Ella Freeman Sharpe[11], puis il est qualifié comme analyste pour enfants en 1935, en présentant une contribution consacrée aux défenses maniaques[12].

Il reçoit des patients en ville, dans son cabinet de Queen Anne Street, et fait une supervision avec Melanie Klein. Il est devenu membre de la Société britannique de psychanalyse en 1935, et reprend une analyse avec Joan Riviere, peut-être à la suggestion de Klein, en 1935-1939[13].

En 1939, il publie, avec John Bowlby et Emanuel Miller[14], une lettre dans le British Medical Journal, dans laquelle ils évoquent l'évacuation des enfants de 2 à 5 ans : ils estiment que cela provoque chez eux des problèmes majeurs[15]. Durant la Seconde Guerre mondiale, il est nommé psychiatre consultant pour l'évacuation, dans le comté d'Oxford pour les foyers où sont accueillis les enfants évacués. Il y travaille les vendredis, et continue à exercer le reste de la semaine à Londres, à l'hôpital de Paddington Green. C'est à Oxford qu'il est amené à collaborer 1943-1944 avec Clare Brittons, assistante sociale diplômée en 1937 de la London School of Economics, née en 1906 à Scarborough, également consultante. Ils co-écrivent un article sur leur travail en 1944[16]. Winnicott ne se sépare pourtant de sa première épouse qu'en 1949, et épouse Clare Brittons en 1951.

Relations avec Melanie Klein[modifier | modifier le code]

En 1925, il est incité à rencontrer Melanie Klein par James Strachey avec qui il est en analyse, à cause de son intérêt pour les cas d'enfants[17]. Il est en relation avec elle dès 1926, est en supervision avec elle entre 1935 et 1940, et le texte qu'il présente pour devenir membre en 1936, La défense maniaque, indique une connaissance des idées kleiniennes. Il est considéré comme un partisan de Melanie Klein durant les Controverses scientifiques (1941-1945), et ce n'est que progressivement qu'il prend ses distances. Melanie Klein estime qu'il fait partie des cinq analyste kleiniens de Londres, bien que lui-même estime qu'il n'appartient pas au premier cercle kleinien, malgré ses affinités avec les idées de Melanie Klein et son admiration pour ses apports[18], écrivant, bien plus tardivement (en 1962), : « je n'ai jamais été en analyse avec elle ni avec aucun de ses analysants, aussi je n'ai jamais été habilité à faire partie de son groupe de “Kleiniens choisis” »[18], malgré son analyse avec Joan Riviere qui appartenait au groupe kleinien. Il souhaite reprendre une analyse avec Klein, mais celle-ci lui demande plutôt d'analyser son fils, Eric Clyne, analyse à propos de laquelle Klein et lui échangent plusieurs lettres. Il est possible que Winnicott ait sollicité en échange que Klein analyse son épouse, Clare Winnicott[19]. C'est bien plus tardivement que Winnicott évoque les différends théoriques qui existent entre lui et Klein. Ainsi, à propos de la fonction de l'environnement pour le bébé, il écrit en 1956 à Joan Riviere : « Je trouve qu'elle n'a montré en aucune façon qu'elle avait compris le rôle que la mère joue au tout début »[20]. L'expérience en pédiatrie de Winnicott s'appuie sur son observation de mères et de bébés et le rend très attentif au rôle de l'environnement dans le développement du jeune enfant et il s'appuie sur cette expérience pour développer une pensée et le traitement de troubles du développement ayant leur origine dans cette relation initiale[21]. Son expression « un bébé en lui-même n'existe pas » souligne le différend qui l'oppose à Melanie Klein, qui insiste sur la prise en compte du monde interne du bébé, plutôt que du monde extérieur.

Il suit « sa propre voie »[22] et rejoint le groupe des Indépendants au sein de la Société britannique de psychanalyse, et en devient un membre éminent, avec notamment Michael Balint.

Il fait une thrombose coronarienne en février 1949, puis un deuxième infarctus vers octobre 1949, et un troisième syndrome coronarien durant l'été 1950[23]. Le premier accident coronarien et la tension qui l'accompagne l'incite à hâter les modifications de sa vie maritale, et il se sépare définitivement d'Alice. Il ne peut présenter son texte Transitional objects and transitional phenomena[24] devant la Société britannique de psychanalyse comme cela était prévu, et la présentation est repoussée au .

Il fait un premier mariage, le , avec Alice Buxton Taylor, née à Birmingham en 1892, fille d'un poète et gynécologue, président de la British Gynaecological Society, et sœur de Jim Taylor, médecin également et qui devient un grand ami de Winnicott. Alice Taylor a fait ses études à Cambridge, et est très perturbée sur le plan neurologique et émotionnel. Ils se séparent en 1949. Winnicott a rencontré en 1943 Clare Winnicott, assistante sociale et psychanalyste[25], avec qui il supervise les soins donnés aux enfants évacués dans le comté d'Oxford[26]. Ils se marient le et Winnicott réunit son domicile familial et son cabinet professionnel dans le quartier de Belgravia, au 87 Chester Square.

Domicile de Winnicott au 87 Chester Square, Belgravia

Les années d'après-guerre sont consacrées à l'écriture de plusieurs textes, notamment « Primitive emotional Development » (1945)[27], « Hate in the Countertransference » (1947), dans lequel il évoque la haine de l'objet et l'hypothèse que la mère puisse haïr son enfant, « sans le rejeter pour autant », ce qui permettra à l'enfant de « supporter l'étendue de sa propre haine »[28], « Pediatrics and Psychiatry » (1948) présenté à la section médicale de la British Psychological Society[29]. Le texte sur les objets transitionnels, « Transitional Objects and Transitional Phenomena », assure la notoriété des idées de Winnicott. Il ne conceptualise la notion de « self » que dans les années 1960, mais le terme apparaît dans plusieurs articles, « Birth Memories » ou « Mind and its Relation to Psycho-Soma »[30]. Dans son article « Reparation in Respect of Mother's organized Defence against Depression » (1948), il évoque le besoin de réparation de l'enfant dont la mère est dépressive et propose l'hypothèse que la dépression de l'enfant puisse être « le reflet de la dépression de la mère »[31]. Tout en faisant travailler les notions kleiniennes de culpabilité, réparation en lien avec la dépression, c'est aussi la période où il peut affirmer une pensée théorico-clinique autonome à l'égard de Melanie Klein. Ella Freeman Sharpe, psychanalyste kleinienne qui s'est rapprochée du Groupe des Indépendants, introduit auprès de lui Masud Khan, postulant à la Société de psychanalyse, qui devient un proche et participe à l'édition de plusieurs textes de Winnicott.

En 1954, il développe l'idée, dans son article “Mind and its Relation to Psycho-Soma”, que le petit enfant s'adapte à son environnement, transformant un environnement « suffisamment bon » en un environnement parfait[32], ce qui rend pour lui la mère parfaite non nécessaire, et allège sa dépendance à la mère réelle tout en soulageant la mère réelle de la nécessité d'être une mère parfaite. En 1963, il travaille à son texte « La Crainte de l'effondrement » (“Fear of Breakdown”)[33], étude publiée à titre posthume, dans laquelle il développe l'idée que l'effondrement psychique redouté par la patiente dont il évoque le cas a déjà eu lieu[34].

En juillet 1950, une de ses patientes se suicide, après avoir menacé de le faire durant des mois, ce qui avait provoqué son hospitalisation à la demande de Winnicott[35]. Cette tragédie, rapportée par Margaret Little[36] est également mentionnée par Michael Balint dans une lettre adressée à Winnicott[37]. Winnicott a un troisième infarctus en août suivant, vraisemblablement imputable au choc produit sur lui par ce suicide[35]. La présentation de son texte « Transitional Objects »[38], est prévue le 30 mai 1951. Dans ce texte, il expose comment la mère rencontre les besoins de son enfant en mettant à sa disposition un objet, morceau de tissu ou peluche, ou un comportement (un rituel, tel une berceuse). Il développe sa conception du « trouvé-créé » qui amène l'enfant à penser qu'il a « créé » l'objet disposé pour lui par sa mère, alors qu'il l'a « trouvé ». L'enfant selon lui doit rester dans l'illusion qu'il a créé l'objet, et ce sentiment de toute-puissance doit être provisoirement préservé. C'est là que se développerait l'aire de jeu et de créativité où l'enfant se voit offrir la possibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation psychique. Il propose de donner ce papier pour le livre d'anniversaire de Melanie Klein édité par Hanna Segal, puis se désiste. Il s'en explique dans une longue lettre envoyée à Melanie Klein le , dans laquelle il exprime ses réserves à l'égard du groupe kleinien, son éloignement, tout en réaffirmant sa confiance envers elle en tant que théoricienne de la psychanalyse[39].

La publication dans les années 1950 de trois recueils d'articles, The Child and the Family (1957)[40], The Child and the Outside World (1957)[41] et Collected Papers : Through Paediatrics to Psycho-Analysis (1958)[42], ainsi que des conférences sur la BBC participent à la diffusion de ses théories. Il élabore des éléments autour de la régression, et théorise des conceptions sur le vrai self et le faux self.

Pour lui la régression se produit dans la cure analytique, lorsque le patient cherche à se réapproprier des expériences précoces où son développement s'est interrompu du fait d'un traumatisme. La possibilité d'autoriser une régression dans une perspective thérapeutique avait été conceptualisée dans les travaux de Sándor Ferenczi, auxquels Winnicott ne fait jamais référence explicitement[43] puis par Michael Balint, contemporain de Winnicott et également membre du Groupe des Indépendants à la Société britannique de psychanalyse.

Phénomènes transitionnels[modifier | modifier le code]

Les phénomènes dits «transitionnels» sont au fondement des activités de penser et de fantasmer. Ils correspondent à des complexes d'activités[pas clair] et aux expériences du bébé lorsque, dans son développement, il commence à intégrer des objets «autre-que-soi» à ses activités «main-bouche». Le phénomène transitionnel désigne : « l'aire d'expérience qui est intermédiaire entre le pouce et l'ours, entre l'érotisme oral et la relation objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance de celle-ci »[44]. De l'ensemble des phénomènes transitionnels, l'enfant extrait parfois un fragment particulier avec lequel il aura un rapport électif, c'est l'objet transitionnel. L'objet en lui-même importe moins que son usage. Il peut s'agir d'un bout de tissu, comme d'une petite mélodie, voire de la mère elle-même.

« The good enough mother »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mère suffisamment bonne.

La fonction du jeu chez l'enfant[modifier | modifier le code]

La source des préoccupations théoriques de Winnicott se trouve déjà chez Freud à propos du jeu et de la créativité, S. Freud écrit en 1908 : « Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité[45] ».

Vrai et faux self[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Self (psychanalyse).

L'origine du « faux self » se situe à une période où le bébé ne différencie pas encore « moi » et « non-moi ». Il est la plupart du temps non intégré, et lorsqu'il l'est, il ne l'est pas complètement. Il arrive parfois qu'alors, le bébé esquisse un geste spontané (qui « exprime une pulsion spontanée » [46] Celui-ci manifeste qu'existe un vrai self, potentiel. Selon l'aptitude de la mère à jouer son rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou, au contraire, du faux self.

Si la mère répond à ce qui se manifeste comme l'expression de l'omnipotence du nourrisson, à chaque occasion, elle lui donne une signification et participe à l'établissement du vrai self. Ainsi, elle permet à son bébé de faire l'expérience de l'illusion, de l'omnipotence. Cette expérience de l'illusion, qui a comme condition la possibilité de l'adaptation active de la mère, est le préalable à l'expérience des phénomènes transitionnels, d'où s'origine la créativité.

Si, au contraire, la mère est incapable de répondre à cette manifestation, elle substitue le sien au geste spontané du bébé, auquel ce dernier est contraint de se soumettre. Cette situation, maintes fois répétée, participe à ce qu'un faux self se développe.

Travaux et apports de Winnicott[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Winnicott est principalement composée de textes, de compte rendus de communications à des sociétés de psychanalystes, des transcriptions de chroniques qu'il donna à la BBC, des conférences faites devant des publics variés (éducateurs, infirmiers, etc.). Aucun des livres publiés n'a été composé comme tel, il s'agit de recueils de textes, certains ayant éventuellement été réécrits (comme pour Jeu et Réalité par exemple), avec quelques parties inédites. Le livre, en tant que tel, Winnicott s'y est essayé et l'a laissé inachevé (La nature humaine)[47].

Chacune de ces ponctuations, abordant un point précis de sa pensée, est formulée en fonction du public spécifique auquel Winnicott la destine, ce qui peut permettre de considérer quatre axes :

  • Technique : en tant que pédiatre et psychanalyste, Winnicott utilisait différentes techniques dans un souci de pragmatisme[48], par exemple avec la technique des squiggles, mêlant la psychanalyse avec le dessin dans une forme de co-construction psychothérapeutique adaptable à la situation et aux co-élaborations avec ses patients.
  • Clinique : il travaille à soigner les effets les plus pathogènes des « failles » de l'environnement des personnes qu'il rencontre en consultation, car sa préoccupation majeure c'est la santé psychique de la personne. Celle-ci est «...le résultat des soins ininterrompus qui permettent une continuité du développement affectif personnel. »[49]. Le développement affectif va être inlassablement théorisé, dans un va-et-vient d'avec le travail clinique.
  • Théorique : il va préciser, affiner, les caractéristiques de ce qu'il appelle « l'environnement », de ce qui le rend convenablement bon ou non ainsi que les conséquences de telle ou telle de ses faillites, c'est-à-dire lorsqu'il n'a pas été convenablement bon, du point de vue de l'enfant. Il va également décrire l'ensemble des processus à l'œuvre dans le développement de l'enfant qui l'amènent progressivement vers l'état d'une personne indépendante ayant le sentiment d'être réelle et «... que la vie vaut la peine d'être vécue. »[50]. Parmi ses importantes contributions à la théorie, on peut souligner le dégagement des phénomènes transitionnels, à l'origine de l'espace potentiel, lieu de la créativité et de l'expérience culturelle, c'est-à-dire en fin de compte, le lieu qui signe l'humanité de l'humain.
  • Prophylactique : tout au long de sa carrière, Winnicott n'a cessé de diffuser des idées : à ses collègues, à toutes les personnes travaillant auprès d'enfants, afin de prévenir les faillites pathogènes de l'environnement dont il peut observer les conséquences dans son activité clinique. Il s'agit d'une action lucide et délibérée. D. Winnicott semble avoir toujours été soucieux d'élargir le plus possible le champ d'intervention de la psychothérapie. Il fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l'intermédiaire des parents parce qu'il n'était pas possible à l'enfant de suivre une thérapie (habitant trop loin, celle-ci étant trop chère...). Comme il le rappelle : « Il ne faut pas oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés. Ainsi, diffuser ses idées participe d'une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin de psychothérapie, d'apporter sa contribution personnelle à la société.

Influence théorique[modifier | modifier le code]

André Green, dans son ouvrage Jouer avec Winnicott[51], souligne l’intuition du travail du négatif présente dans l’œuvre winnicottienne et la relation qui existe entre les idées de Winnicott et les siennes à cet égard. Il estime que l'intuition winnicottienne a été « l’une des sources qui [l]’avaient guidé dans cette élaboration », et exprime qu'il lui est « redevable » à cet égard[52].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

(Classement par date de parution de la traduction en langue française)

  • La Haine dans le contre-transfert, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2014 (ISBN 9782228910552)
  • Lectures et portraits, Gallimard, 2012 (ISBN 9782070134359)
  • La Relation parent-nourrisson, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2011 (ISBN 978-2-228-90630-2)
  • La Famille suffisamment bonne, Payot, 2010 (ISBN 9782228904926)
  • Les Objets transitionnels, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2010 (ISBN 978-2-228-90542-8)
  • La Mère suffisamment bonne, Payot, coll. «Petite Bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 2228901164)
  • Fragment d'une analyse, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 222888555X)
  • L'Enfant et sa famille, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006 (ISBN 2228883433)
  • Jeu et réalité, l'espace potentiel, Gallimard, 1975 (Playing and Reality, 1971), réédité en folio, 2004 (ISBN 2070419843)
  • Agressivité, culpabilité et réparation, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 (ISBN 2228898422)
  • Les Enfants et la guerre, Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2004 (ISBN 2228898414)
  • Dialogue avec Sammy, avec Joyce McDougall et Serge Lebovici, Payot, 2001 (ISBN 2228894680)
  • La Crainte de l'effondrement, Gallimard, 2000 (ISBN 2070733629)
  • Conseils aux parents, Payot, 1995 (ISBN 222888880X)
  • Déprivation et délinquance Payot, 1994 (ISBN 222888796X)
  • Le Bébé et sa mère, Payot, 1992 (ISBN 2228883522)
  • La Nature humaine, Gallimard, 1990 (ISBN 2070720861)
  • Lettres vives, Gallimard, 1989, (ISBN 207071571X)
  • De la pédiatrie à la psychanalyse (1969), Payot, 1989 (ISBN 2228881171)
  • La Petite « Piggle ». Traitement psychanalytique d'une petite fille, Payot, 1988 (ISBN 2228881201)[53].
  • Conversations ordinaires (Home is where we Start from - Essays by a Psychoanalyst, 1986), Gallimard, 1988 (ISBN 2070711749)
  • L'Enfant et le monde extérieur, Payot, 1988 (ISBN 222888118X)
  • Processus de maturation chez l'enfant (1965), Payot, 1988 (ISBN 222888121X)
  • La Consultation thérapeutique et l'enfant, Gallimard-poche, Tel, 1979 (ISBN 2070286266)

Articles[modifier | modifier le code]

(Classement par date de parution de la traduction en langue française)

  • Le destin de l'objet transitionnel, Journal de la psychanalyse de l'enfant 1/2016 (Vol. 6), p. 17-24 
  • Notes sur le jeu, Journal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 37-42
  • Le jeu du squiggle, Journal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 29-36
  • Jeu dans la situation analytique, Journal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 25-28
  • La thérapie comportementale, La lettre de l'enfance et de l'adolescence, no 87 (2012) . - p. 127–129
  • Appétit et troubles émotionnels, Revue française de psychanalyse 1/2010 (Vol. 74) , p. 89-109 [lire en ligne]
  • Note complémentaire sur le trouble psychosomatique, Che vuoi ? 2/2006 (No 26) , p. 227-230
  • L'appétit et les troubles affectifs, Che vuoi ? 1/2006 (No 25) , p. 191-212 
  • Trois inédits : D.W.W on D.W.W. ou le psychanalyste guéri. Question de technique. Psychogenèse d'un fantasme de fustigation, Fait de l'analyse, no 8 (2000),  p. 71–90
  • Un cas de psychiatrie infantile illustrant une réaction en après-coup à la perte, «Le Deuil», coll. «Monographie de psychanalyse», Paris, Puf, , 1998, p. 51–75.
  • Les aspects positifs et négatifs de la maladie psycho-somatique, Devenir, no 1, 1990, p. 92–109
  • Souvenirs de la naissance, traumatisme de la naissance et angoisse, Psychothérapies, vol. 8, no 3 (1988)  p. 115–128
  • À propos du self.  Psychanalyse à l'université, vol. 11, no 42 (1986), p. 211–214
  • Liberté, Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 30 (1984) . - p. 69–76
  • Le concept d'individu sain, L'Arc, no 69, Aix-en-Provence, 1977, p. 13–27
  • La crainte de l'effondrement, Nouvelle revue de psychanalyse, 1975, no 11, p. 35–44
  • Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l'enfant,  Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 10 (1974) p. 79–88
  • Clivage des éléments masculins et féminins chez l'homme et chez la femme, Nouvelle revue de psychanalyse, no 7, 1973, p. 301–314
  • Le corps et le self, Nouvelle revue de psychanalyse, 1971, no 3,  p. 37–52
  • La localisation de l'expérience culturelle, Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 4 (1971) . - p. 15–24
  • La schizophrénie infantile en termes d'échec d'adaptation, Recherches, n° spécial de décembre (1968) p. 27–31
  • Réflexions sur la névrose obsessionnelle et Frankie, Revue française de psychanalyse, vol. 31, no 4 (1967), p. 558–559
  • La théorie de la relation parent-enfant : remarques complémentaires II, Revue française de psychanalyse, vol. 27, no 4-5 (1963),  p. 487–527
  • La première année de la vie : conceptions modernes du développement affectif au cours de la première année de la vie, Revue française de psychanalyse, vol. 26, no 4 (1962)
  • Discussion sur la contribution de l'observation directe de l'enfant à la psychanalyse, Revue française de psychanalyse, 1958, no 22/2, p. 205–211
  • Régression et repli,  Revue française de psychanalyse, vol. 19, no 1-2 (1955),  p. 323–330
  • Addendum à La place de l’expérience culturelle, [lire en ligne]]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Selon F.R. Rodman, sa réception dans le Royal College of Physicians l'autorise à exercer la médecine au Royaume-Uni, bien qu'il n'ait pas passé le diplôme plus élevé de docteur en médecine (MD), Rodman 2008, p. 65.
  2. « Maintenant venons-en à la psychanalyse. Ce long mot qualifie une méthode développée par Freud, au moyen de laquelle les désordres psychiques peuvent être guéris sans l'aide de l’hypnose et avec un résultat durable […] »Rodman 2008, p. 65

Références[modifier | modifier le code]

  1. Rodman 2008, p. 54
  2. Donald Winnicott devient lui-même anglican à l'âge adulte.
  3. Rodman 2008, p. 48 & 52
  4. Paddington Green Children's Hospital, Paddington Green, W2 1LQ, cf. [1]
  5. Rodman 2008, p. 79
  6. Clinical notes on disorders of childhood, London, William Heinemann (medical Books) Ltd., 1931 [2].
  7. Rodman 2008, p. 64
  8. Oskar Pfister, The Psychoanalytic Method, Londres, 1913.
  9. Rodman 2008, p. 103
  10. Perry Meisel & Walter Kendrick (ed.), Bloomsbury/Freud. The letters of James and Alix Strachey 1924-1925, London, Chatto & Windus, 1986 (ISBN 978-0465007110)
  11. Rodman 2008, p. 21
  12. The Manic Defence (1935), trad. « La défense maniaque », in De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris, Payot, 1969.
  13. Phillips 2007, p. 47
  14. Pédopsychiatre britannique, exerçant notamment à la clinique de Harley House, à Londres. Cf D. Thom, « Miller, Emanuel (1892–1970) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, 2004.
  15. Phillips 2007, p. 62
  16. The Problem of Homeless Children, The New Era, 1944.
  17. Rodman 2008, p. 147
  18. a et b Rodman 2008, p. 156
  19. Phyllis Grosskurth,
  20. Rodman 2008, p. 171
  21. Rodman 2008, p. 175
  22. Rodman 2008, p. 160
  23. Rodman 2008, p. 189-190
  24. Repris dans Les Objets transitionnels, Payot, 2010 (ISBN 978-2228905428)
  25. Fiche biographique de Clare Winnicott, consultée en ligne le 3.10.15.
  26. Rodman 2008, p. 22
  27. « Primitive emotional Development », Int J Psychoanal. 1945; 26(3-4):137-43.
  28. « La Haine dans le contre-transfert », cité par Rodman, p. 196.
  29. British Journal of Medical Psychology, vol. 21, no 4, 2011.
  30. “Mind and its Relation to Psycho-Soma”, British Journal of Medical Psychology. 1954; 27(4):201-209.
  31. « « Reparation in Respect of Mother's organized Defence against Depression » (1948), cité par Rodman, p. 197.
  32. Rodman 2008, p. 210
  33. « La Crainte de l'effondrement » (nd) in La crainte de l'effondrement et autres situations cliniques, p. 205-216, Paris, Gallimard, 2000
  34. Rodman 2008, p. 212
  35. a et b Rodman 2008, p. 213
  36. Rapporté par Margaret Little, in Psychotic Anxieties, citée par F.R. Rodman.
  37. Lettre du 20 juillet 1950 « J'ai entendu parler du suicide de votre patiente. J'en suis vraiment désolé […] De tels événements soulèvent le grand problème de l'analysibilité, sur lequel nous avons beaucoup de fantasmes, mais si peu de connaissances ». Citée par F.R. Rodman, p. 214.
  38. “Transitional Objects and Transitional Phenomena”
  39. Rodman 2008, p. 228-232
  40. The Child and the Family, London, Tavistock, 1957, L'Enfant et sa famille. Les premières relations, Paris, Payot, 1971.
  41. The Child and the Outside World, London Tavistock, 1957, trad. fr. L'enfant et le monde extérieur. Le développement des relations, Paris, Petite bibliothèque Payot, 1980.'
  42. Collected Papers : Through Paediatrics to Psycho-Analysis, London Tavistock, 1958 (1re éd.), trad.fr De la pédiatrie à la psychanalyse
  43. Charlotte de Parseval, « De Ferenczi à Winnicott : le “nourrisson savant” et le faux self », Le Coq-Héron, 2007/2, no 189, p. 122-141, [lire en ligne].
  44. « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », De la pédiatrie à la psychanalyse, p. 170.
  45. S. Freud, cité par Maud Mannoni, La théorie comme fiction, Paris, Seuil, 1979, p. 62)
  46. « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self », in Processus de maturation chez l'enfant, p. 121.
  47. La nature humaine, Paris, Gallimard, 1990
  48. Jeanine Chamond, « Continuité d’être et primitive agony: le bébé winnicottien et le psychotique », Nat. hum., São Paulo, no v.11 n.1,‎ jun. 2009 (lire en ligne)
  49. D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 188
  50. D. Winnicott, Jeu et réalité, op.cit., p. 91.
  51. Jouer avec Winnicott, Paris, Puf, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 2011 (ISBN 9782130585701).
  52. Chapitre II. L’intuition du négatif dans Jeu et réalité, in Jouer avec Winnicott.
  53. Jocelyne Siksou, « Piggle revisitée », Revue française de psychanalyse, 2008/3 (Vol. 72), p. 747-759, [lire en ligne]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • « Actualité de Winnicott », Journal de la psychanalyse de l'enfant, no 2, vol. 5, 2015, PUF [lire en ligne]
  • Jan Abram, Le Langage de Winnicott. Dictionnaire explicatif des termes winnicotiens, Éditions Popesco, 2001.
  • M. Davis, M. Wallbridge, Winnicott. Introduction à son œuvre, Paris, PUF, coll. « Quadridge », 2002 (ISBN 2130526306)
  • Anne Clancier, Jeanne Kalmonovitch, Le paradoxe de Winnicott, de la naissance à la création, Paris, In Press, 1999 (ISBN 2912404258)
  • François Duparc (dir.), Winnicott en quatre squiggles, Paris, In Press, 2005 (ISBN 2848350660)
  • André Green, Jouer avec Winnicott, Paris, PUF, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », 2005, (ISBN 2130546498)
  • Jennifer Johns, « Winnicott, Donald Woods », p. 1823-1825, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  • Laura Dethiville, Donald W. Winnicott. Une nouvelle approche, Campagne Première/en question, 2008. (ISBN 9782915789423)
  • Jean-Pierre Lehmann, La clinique analytique de Winnicott, Eres, 2003.
  • « D. W. Winnicott », L'Arc, no 69, Aix-en-Provence, 1977.
  • Winnicott avec Lacan, ouvrage collectif dirigé par Catherine et Alain Vanier, Éditions Hermann, coll. « Hermann Psychanalyse », 2010.
  • (en) Adam Phillips, Winnicott, London, Penguin Books, , 180 p. (ISBN 9780141031507) (Winnicott ou le choix de la solitude, trad. de l'anglais par Michel Gribinski, Paris, L'Olivier, 2008).
  • Jean-Pierre Lehmann :
    • Comprendre Winnicott, Paris, Armand Colin, 2009.
    • Développements de la clinique de Winnicott, Avatars des régressions et masochisme féminin, Ramonville Saint-Agne, Erès, 2007.
  • F. Robert Rodman (trad. Danièle Faugeras & Sonia Hermellin), Winnicott, sa vie, son œuvre, Toulouse, Érès, coll. « La maison jaune », , 538 p. (ISBN 9782749209913) Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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