Donald Winnicott

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Donald Winnicott
Biographie
Naissance
à Plymouth
Décès (à 74 ans)
à Londres
Nationalité(s) Britannique
Conjoint(e) Clare Winnicott (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Études Docteur en médecine
Pédiatre
Formation King's CollegeVoir et modifier les données sur Wikidata
Titres Royal College of Physicians (1922)
Profession(s) Pédiatre (d), psychanalyste et psychiatreVoir et modifier les données sur Wikidata

Donald Woods Winnicott, né le à Plymouth et mort le à Londres, est un pédiatre, psychiatre et psychanalyste britannique.

Biographie[modifier | modifier le code]

Donald Winnicott naît dans une famille de la bourgeoisie britannique. Il est pensionnaire durant ses études secondaires puis étudie à l'université Cambridge et sert comme médecin pendant la Première Guerre mondiale, sur un destroyer de la marine britannique (1917). Il obtient son diplôme de médecin en 1920 et devient member du Royal College of Physicians en 1922.

Il épouse en 1951 Clare Winnicott (en), travailleuse sociale et psychanalyste[1].

Parcours[modifier | modifier le code]

Il se spécialise en pédiatrie en 1923-1924, spécialité qui lui permet « de traiter l'individu entier et de situer l'enfant dans le contexte familial et social[2] ».

Il a lu les ouvrages de Freud lors de ses études universitaires, et commence sa formation d'analyste en 1923 avec James Strachey, en même temps qu'il commence à tenir des consultations en pédiatrie.

Il est un membre influent du groupe des Indépendants, avec notamment Michael Balint.

Winnicott présente ses avancées comme complémentaires de celles de Freud et de Melanie Klein et il « ne tarda pas à apparaître aux analystes comme un collègue créatif, parfois révolutionnaire et embarrassant, ce qu'avaient déjà pensé les pédiatres [3] ».

L'aire transitionnelle et l'objet transitionnel[modifier | modifier le code]

Il a théorisé les notions d'« aire transitionnelle » ou d'« espace transitionnel », « ni intérieur ni extérieur », situé entre le bébé et sa mère. C'est là que se développerait l'aire de jeu et de créativité où l'enfant se voit offrir la possibilité de faire des expériences fondamentales pour sa maturation psychique. Il a aussi théorisé la notion d'objet transitionnel.

Phénomènes transitionnels[modifier | modifier le code]

Les phénomènes dits «transitionnels» sont au fondement des activités de penser et de fantasmer. Ils correspondent à des complexes d'activités et aux expériences du bébé lorsque, dans son développement, il commence à intégrer des objets «autre-que-soi» à ses activités «main-bouche». Le phénomène transitionnel désigne :

« l'aire d'expérience qui est intermédiaire entre le pouce et l'ours, entre l'érotisme oral et la relation objectale vraie, entre l'activité créatrice primaire et la projection de ce qui a déjà été introjecté, entre l'ignorance primaire de la dette et la reconnaissance de celle-ci[4].  »

De l'ensemble des phénomènes transitionnels, l'enfant extrait parfois un fragment particulier avec lequel il aura un rapport électif, c'est l'objet transitionnel. L'objet en lui-même importe moins que son usage. Il peut s'agir d'un bout de tissu, comme d'une petite mélodie, voire de la mère elle-même.

Remarques philosophiques[modifier | modifier le code]

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Sur le plan philosophique, il est possible de rattacher Winnicott (comme les autres membres du groupe des Indépendants) à la tradition britannique de l'empirisme, comme le fait Gilles Deleuze. Son inventivité clinique met en avant l'importance de l'expérimentation («Les empiristes ne sont pas des théoriciens, ce sont des expérimentateurs.»[5]). De même, la logique de relations complexes souvent présente chez les psychanalystes du groupe des Indépendants découle de «la» question des empiristes, à savoir, précisément, la question des relations[6].

Quant à la forme topologique qu'a pris la conceptualisation par Winnicott des phénomènes transitionnels, notamment la notion d'espace potentiel, lieu de la fantaisie et de la créativité, Deleuze le rapprochait de ce que, notamment pour Hume, l'imagination est moins une faculté qu'un lieu[7]. On ne peut, par ailleurs, négliger l'importance qu'a eu, pour Winnicott, la lecture de Charles Darwin dont la théorie repose sur un jeu d'interactions individu / milieu / espèce dans lequel la question de l'adéquation entre le milieu et l'individu est centrale (l'adaptation).

La « mère suffisamment bonne » ou « Good-enough mother »[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mère suffisamment bonne.

La fonction du jeu chez l'enfant[modifier | modifier le code]

La source des préoccupations théoriques de Winnicott se trouve déjà chez Freud à propos du jeu et de la créativité, S. Freud écrit en 1908 : « Chaque enfant qui joue se conduit comme un écrivain, dans la mesure où il crée un monde à son idée, ou plutôt arrange ce monde d'une façon qui lui plaît… Il joue sérieusement. Ce qui s'oppose au jeu n'est pas le sérieux, mais la réalité[8] ».

Vrai et faux self[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Self (psychanalyse).

L'origine du « faux self » se situe à une période où le bébé ne différencie pas encore « moi » et « non-moi ». Il est la plupart du temps non intégré, et lorsqu'il l'est, il ne l'est pas complètement. Il arrive parfois qu'alors, le bébé esquisse un geste spontané (qui « exprime une pulsion spontanée » [9] Celui-ci manifeste qu'existe un vrai self, potentiel. Selon l'aptitude de la mère à jouer son rôle, elle favorisera l'établissement du vrai self ou, au contraire, du faux self.

Si la mère répond à ce qui se manifeste comme l'expression de l'omnipotence du nourrisson, à chaque occasion, elle lui donne une signification et participe à l'établissement du vrai self. Ainsi, elle permet à son bébé de faire l'expérience de l'illusion, de l'omnipotence. Cette expérience de l'illusion, qui a comme condition la possibilité de l'adaptation active de la mère, est le préalable à l'expérience des phénomènes transitionnels, d'où s'origine la créativité.

Si, au contraire, la mère est incapable de répondre à cette manifestation, elle substitue le sien au geste spontané du bébé, auquel ce dernier est contraint de se soumettre. Cette situation, maintes fois répétée, participe à ce qu'un faux self se développe.

Travaux et apports de Winnicott[modifier | modifier le code]

L'œuvre de Winnicott est principalement composée de textes, de compte rendus de communications à des sociétés de psychanalystes, des transcriptions de chroniques qu'il donna à la B.B.C., des conférences faites devant des publics variés (éducateurs, infirmiers, etc.). Aucun des livres publiés n'a été composé comme tel, il s'agit de recueils de textes, certains ayant éventuellement été réécrits (comme pour Jeu et Réalité par exemple), avec quelques parties inédites. Le livre, en tant que tel, Winnicott s'y est essayé et l'a laissé inachevé (La nature humaine)[10].

Chacune de ces ponctuations, abordant un point précis de sa pensée, est formulée en fonction du public spécifique auquel Winnicott la destine, ce qui peut permettre de considérer quatre axes :

  • Technique : en tant que pédiatre et psychanalyste, Winnicott utilisait différentes techniques dans un souci de pragmatisme et d'éclectisme[11], par exemple avec la dite technique des squiggles, mêlant la psychanalyse avec le dessin dans une forme de co-construction psychothérapeutique accommodée à la situation et aux difficultés de chacun de ses interlocuteurs.
  • Clinique : il travaille à soigner les effets les plus pathogènes des « failles » de l'environnement des personnes qu'il rencontre en consultation, car sa préoccupation majeure c'est la santé psychique de la personne. Celle-ci est « ...le résultat des soins ininterrompus qui permettent une continuité du développement affectif personnel. »[12]. Le développement affectif va être inlassablement théorisé, dans un va-et-vient d'avec le travail clinique.
  • Théorique : il va préciser, affiner, les caractéristiques de ce qu'il appelle « l'environnement », de ce qui le rend convenablement bon ou non ainsi que les conséquences de telle ou telle de ses faillites, c'est-à-dire lorsqu'il n'a pas été convenablement bon, du point de vue de l'enfant. Il va également décrire l'ensemble des processus à l'œuvre dans le développement de l'enfant qui l'amènent progressivement vers l'état d'une personne indépendante ayant le sentiment d'être réelle et « ... que la vie vaut la peine d'être vécue. »[13]. Parmi ses importantes contributions à la théorie, on peut souligner le dégagement des phénomènes transitionnels, à l'origine de l'espace potentiel, lieu de la créativité et de l'expérience culturelle, c'est-à-dire en fin de compte, le lieu qui signe l'humanité de l'humain.
  • Prophylactique : tout au long de sa carrière, Winnicott n'a cessé de diffuser des idées : à ses collègues, à toutes les personnes travaillant auprès d'enfants, afin de prévenir les faillites pathogènes de l'environnement dont il peut observer les conséquences dans son activité clinique. Il s'agit d'une action lucide et délibérée. D. Winnicott semble avoir toujours été soucieux d'élargir le plus possible le champ d'intervention de la psychothérapie. Il fait à plusieurs reprises allusion à des « cas » soignés par l'intermédiaire des parents parce qu'il n'était pas possible à l'enfant de suivre une thérapie (habitant trop loin, celle-ci étant trop chère...). Comme il le rappelle : « Il ne faut pas oublier qu'il n'y aura jamais assez de psychothérapeutes pour traiter tous ceux qui ont besoin d'être soignés. Ainsi, diffuser ses idées participe d'une volonté de réduire le nombre de personnes ayant besoin de psychothérapie, d'apporter sa contribution personnelle à la société.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

(Classement par date de parution de la traduction en langue française)

Articles parus dans des revues françaises[modifier | modifier le code]

(Classement par date de parution de la traduction en langue française)

  • Le destin de l'objet transitionnel, Journal de la psychanalyse de l'enfant 1/2016 (Vol. 6), p. 17-24 
  • Notes sur le jeu, Journal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 37-42 
  • Le jeu du SquiggleJournal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 29-36 
  • Jeu dans la situation analytique, Journal de la psychanalyse de l'enfant 2/2015 (Vol. 5), p. 25-28
  • La thérapie comportementale, La lettre de l'enfance et de l'adolescence, no 87 (2012) . - p. 127–129
  • Appétit et troubles émotionnels, Revue française de psychanalyse 1/2010 (Vol. 74) , p. 89-109
  • Note complémentaire sur le trouble psychosomatique, Che vuoi ? 2/2006 (No 26) , p. 227-230
  • L'appétit et les troubles affectifs, Che vuoi ? 1/2006 (No 25) , p. 191-212 
  • Trois inédits : D.W.W on D.W.W. ou le psychanalyste guéri. Question de technique. Psychogenèse d'un fantasme de fustigation, Fait de l'analyse, no 8 (2000),  p. 71–90
  • Un cas de psychiatrie infantile illustrant une réaction en après-coup à la perte, Monographie de psychanalyse, Le Deuil, 1998, p. 51–75
  • Les aspects positifs et négatifs de la maladie psycho-somatique, Devenir, no 1, 1990, p. 92–109
  • Souvenirs de la naissance, traumatisme de la naissance et angoisse, Psychothérapies, vol. 8, no 3 (1988)  p. 115–128
  • À propos du "self".  Psychanalyse à l'Université, vol. 11, no 42 (1986), p. 211–214
  • Liberté, Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 30 (1984) . - p. 69–76
  • Le concept d'individu sain, L'Arc, no 69, Aix-en-Provence, 1977, p. 13–27
  • La crainte de l'effondrement, Nouvelle revue de psychanalyse, 1975, n°11, p. 35–44
  • Le rôle de miroir de la mère et de la famille dans le développement de l'enfant,  Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 10 (1974) p. 79–88
  • Clivage des éléments masculins et féminins chez l'homme et chez la femme, Nouvelle revue de psychanalyse, no 7, 1973, p. 301–314
  • Le corps et le self, Nouvelle revue de psychanalyse, 1971, no 3,  p. 37–52
  • La localisation de l'expérience culturelle, Nouvelle Revue de Psychanalyse, no 4 (1971) . - p. 15–24
  • La schizophrénie infantile en termes d'échec d'adaptation, Recherches, n° spécial de décembre (1968) p. 27–31
  • Réflexions sur la névrose obsessionnelle et Frankie, Revue française de psychanalyse, vol. 31, no 4 (1967), p. 558–559
  • La théorie de la relation parent-enfant : remarques complémentaires II, Revue française de psychanalyse, vol. 27, no 4-5 (1963),  p. 487–527
  • La première année de la vie : conceptions modernes du développement affectif au cours de la première année de la vie, Revue française de psychanalyse, vol. 26, no 4 (1962)
  • Discussion sur la contribution de l'observation directe de l'enfant à la psychanalyse, Revue française de psychanalyse, 1958, n°22/2, p. 205–211
  • Régression et repli,  Revue française de psychanalyse, vol. 19, no 1-2 (1955),  p. 323–330

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Fiche biographique de Clare Winnicott, consultée en ligne le 3.10.15.
  2. D. Winnicott, « The Association for Child Psychology and Psychiatry Observed as a Group Phenomenon (President's Address) », cité dans M. Davis & D. Wallbridge, Winnicott, Introduction à son œuvre, op. cit., p. 20)
  3. Masud R Khan, « Une certaine intimité », préface à La consultation thérapeutique et l'enfant, op. cit., p. XIII).
  4. D. Winnicott, « Objets transitionnels et phénomènes transitionnels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 170.
  5. G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, Paris, Flammarion, 1977, p. 69.
  6. G. Deleuze & C. Parnet, Dialogues, op. cit., p. 69.
  7. G. Deleuze, Empirisme et subjectivité, Paris, PUF, 1953, p. 3.
  8. S. Freud, cité par Maud Mannoni, La théorie comme fiction, Paris, Seuil, 1979, p. 62)
  9. D. Winnicott, « Distorsion du moi en fonction du vrai et du faux self », dans Processus de maturation chez l'enfant, op. cit., p. 121.)
  10. D. Winnicott, La nature humaine, Paris, Gallimard, 1990
  11. Jeanine Chamond, « Continuité d’être et primitive agony: le bébé winnicottien et le psychotique », Nat. hum., São Paulo, no v.11 n.1,‎ jun. 2009 (lire en ligne)
  12. D. Winnicott, « Psychose et soins maternels », dans De la pédiatrie à la psychanalyse, op. cit., p. 188
  13. D. Winnicott, Jeu et réalité, op.cit., p. 91.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jan Abram, Le Langage de Winnicott. Dictionnaire explicatif des termes winnicotiens, 2001, Éditions Popesco
  • M. Davis, M. Wallbridge, Winnicott. Introduction à son œuvre, Paris, PUF, coll. « Quadridge », 2002 (ISBN 2130526306)
  • Anne Clancier, Jeanne Kalmonovitch, Le paradoxe de Winnicott, de la naissance à la création, Paris, In Press, 1999 (ISBN 2912404258)
  • François Duparc (dir.), Winnicott en quatre squiggles, Paris, In Press, 2005 (ISBN 2848350660)
  • André Green, Jouer avec Winnicott, Paris, PUF, coll. «Bibliothèque de psychanalyse», 2005, (ISBN 2130546498)
  • Paul Bercherie, De Sándor Ferenczi à Winnicott. Examen des fondements de la psychanalyse, L'Harmattan
  • Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette, 2005, (ISBN 201279145X)
  • Laura Dethiville. Donald W. Winnicott. Une nouvelle approche, Campagne Première/en question, 2008. (ISBN 9782915789423)
  • F. Robert Rodman, Winnicott, sa vie son œuvre, Eres, 2008, (ISBN 2749209919)
  • Jean-Pierre Lehmann, La clinique analytique de Winnicott, Eres, 2003.
  • « D. W. Winnicott », L'Arc, no 69, Aix-en-Provence, 1977.
  • Winnicott avec Lacan, ouvrage collectif dirigé par Catherine et Alain Vanier, Éditions Hermann, coll. « Hermann Psychanalyse », 2010.
  • Adam Phillips, Winnicott ou le choix de la solitude, trad. de l'anglais par Michel Gribinski, Paris, L'Olivier, 2008.
  • Jean-Pierre Lehmann, Comprendre Winnicott, Paris, Armand Colin, 2009.
  • Jean-Pierre Lehmann, Développements de la clinique de Winnicott, Avatars des régressions et masochisme féminin, Ramonville Saint-Agne, Erès, 2007.
  • « Actualité de Winnicott », Journal de la psychanalyse de l'enfant, no 2, vol. 5, 2015, PUF [lire en ligne]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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