Eugen Bleuler

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Eugen Bleuler
Portrait de Eugen Bleuler
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à ZollikonVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 82 ans)
à ZollikonVoir et modifier les données sur Wikidata
Pays de nationalité SuisseVoir et modifier les données sur Wikidata
Enfants Manfred Bleuler (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Université de ZurichVoir et modifier les données sur Wikidata
Profession Psychiatre, médecin et professeur d'université (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Employeur Université de ZurichVoir et modifier les données sur Wikidata
Membre de LeopoldinaVoir et modifier les données sur Wikidata

Eugen Bleuler, né à Zollikon (canton de Zurich, en Suisse) le et mort dans la même ville le , est un psychiatre suisse. Il est connu pour avoir inventé et introduit dans le vocabulaire psychiatrique les termes de schizophrénie[1] et d'autisme[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

La maison de naissance d'Eugen Bleuler à Zollikon.
Johann Rudolf et Pauline Bleuler, les parents d'Eugen.
Eugen Bleuler et sa sœur Pauline en 1872.

Eugen Bleuler obtient son doctorat de médecine en 1881. De 1881 à 1883, il est assistant en psychiatrie à Waldau (près de Berne), sous la direction de Wilhelm von Speyr. En 1884, Bleuler voyage en Angleterre et en France ; il suit notamment les cours de Jean-Martin Charcot à la Salpêtrière. Après avoir travaillé comme assistant à Munich, dans le laboratoire de Johann Bernhard Aloys von Gudden, il est engagé comme assistant à la clinique psychiatrique du Burghölzli, en 1885, par Auguste Forel. À la suite de ses divers voyages et conformément à l'époque dans laquelle il vit, il devient un adepte de l'idéologie eugéniste[3].

De 1886 à 1898, il sera le directeur d'une clinique psychiatrique à Rheinau (près de Zurich). En 1889, il publie Zur Psychologie der Hypnose, livre dans lequel il rend compte des expériences qu'il a faites lorsqu'il a été hypnotisé par von Speyr et Forel. Succédant à ce dernier, de 1898 à 1927, il est directeur de la clinique psychiatrique du Burghölzli et professeur de psychiatrie à Zurich.

Poul Bjerre Eugen Bleuler Maria Moltzer Maria Gincburg Lou Andreas-Salomé Beatrice M. Hinkle Emma Jung Maria von Stach Toni Wolff Martha Sigg-Böddinghaus Franz Riklin Otto Rank Ludwig Binswanger Debout première rangée, 3e depuis la gauche Isidor Sadger Oskar Pfister Sándor Ferenczi Carl Gustav Jung Debout première rangée, 5e depuis la droite Debout première rangée, 4e depuis la droite James Jackson Putnam Ernest Jones Wilhelm Stekel Jan Nelken Ludwig Jekels Max Eitingon Sigmund Freud Karl Abraham Debout deuxième rangée, 4e depuis la droite Debout deuxième rangée, 3e depuis la droite Debout deuxième rangée, 2e depuis la droite Johannes Jaroslaw Marcinowski Debout troisième rangée, 1er depuis la gauche Debout troisième rangée, 2e depuis la gauche Alphonse Maeder Debout troisième rangée, 4e depuis la gauche Debout troisième rangée, 4e depuis la droite Debout troisième rangée, 3e depuis la droite Debout troisième rangée, 2e depuis la droite Debout troisième rangée, 1er depuis la droite Abraham A. Brill Debout quatrième rangée, 4e depuis la droite Paul Federn Debout quatrième rangée, 2e depuis la droite Debout quatrième rangée, 1er depuis la droite Eduard Hitschmann Debout cinquième rangée, 2e depuis la gauche Debout cinquième rangée, 3e depuis la gauche
Image cliquable du 3e congrès international de psychanalyse en 1911. Eugen Bleuler apparaît assis au premier rang.vdm

On compte notamment parmi ses assistants Carl Jung (de 1900 à 1909), Karl Abraham (de 1904 à 1907) et Ludwig Binswanger (de 1907 à 1910). Bleuler sera également le professeur de Hermann Rorschach. Bleuler rencontre Sigmund Freud en 1904 et en 1906 demande à Carl Jung de présenter aux membres du Burghölzli le livre de Freud, L'interprétation des rêves. Il participe au premier congrès psychanalytique international à Salzbourg, en 1908, et contribue à la création de l'Association psychanalytique internationale en 1910. Il entretient une correspondance épistolaire avec Freud[4],[5].

En 1920, il participe à des expériences avec le médium autrichien Rudi Schneider (en) avec Carl Jung et Albert von Schrenck-Notzing.

Opera originale di Eugen Bleuler sulla Dementia praecox (1911)

Eugen Bleuler a deux fils, Manfred Bleuler (en) (né en 1903, lui aussi psychiatre et directeur de l’asile du Burghölzli (1942-1969) et Richard Bleuler (1905-1973), agriculteur et agronome[6].

Recherches et théories[modifier | modifier le code]

Le groupe des schizophrénies[modifier | modifier le code]

En 1911, dans La démence précoce ou le groupe des schizophrénies, il récuse le terme de démence précoce d'Emil Kraepelin, et le remplace par celui de schizophrénie pour illustrer l’idée d’une fragmentation de l’esprit[7]. Pour Bleuler, les schizophrénies correspondent à un groupe de syndromes cliniques, d’origines différentes mais toujours organiques, où l'affaiblissement intellectuel n'est pas toujours présent mais qui sont réunis par des mécanismes psychopathologiques communs, en particulier une défaillance du mécanisme associatif.

Ce mécanisme permet, selon une théorie partagée avec Freud, d'organiser les émotions issues de l'histoire de vie. Il est décrit comme une "étroitesse de conscience" qui se crée normalement au moment d'agir, pour permettre une fixation des idées en rapport avec le but poursuivi[HdA 1]. Dans le groupe des schizophrénies selon Bleuler, l'absence de cet élément régulateur fait que la personne reste en prise avec des émotions diverses coexistant parallèlement. Il décrit sur cette base un morcellement de la personnalité en fragments, en utilisant le terme « spaltung », traduit en français par « clivage », ce qui définit aussi le syndrome dissociatif[HdA 2].

Signes primaires et signes secondaires[modifier | modifier le code]

Selon Bleuler, à la base de la schizophrénie se trouve un processus biologique (l'altération basale des fonctions associatives) qui fait émerger les signes primaires de la maladie par-dessus lesquels apparaissent des signes secondaires (réactions psychologiques du sujet face à sa souffrance) qui constituent de véritables stratégies de lutte contre le processus biologique de base. Il écrit « la symptomatologie qui nous saute aux yeux n'est sûrement en partie (et peut être globalement) rien d'autre que l'expression d'une tentative plus ou moins ratée de sortir d'une situation insupportable. »[HdA 3].

Parmi les signes primaires, Bleuler intègre le blocage de la pensée et des signes apparaissant lors des poussées aiguës sans aucune raison externe : états d'obtusion, épisodes d'excitation ou de dépression, prédisposition aux hallucinations, le syndrome catatonique et quelques signes physiques.

Bleuler a montré que la psychanalyse permet de trouver le sens des signes secondaires, symptômes provenant d’une psychogenèse inconsciente. Tous les signes de la sphère instinctivo-affective ci-dessous sont des signes secondaires. Bleuler parlait de charge affective des complexes ...

Ces signes secondaires s’opposent donc aux signes primaires qui, résultant d'un processus biologique, ne peuvent pas être interprétés.

Ceci constitue une réelle introduction à la psychopathologie, à la compréhension des signes et de leur sens.

L'autisme comme un signe secondaire[modifier | modifier le code]

Il distingue dans ces symptômes secondaires trois "stratégies" de confrontation avec la réalité (collective, extérieure, unitaire, commune).

  • L'écarter ou l'ignorer. C'est ce qu'il appelle l'autisme.
  • La reconstruire. (Il parle de psychoses hallucinatoire de désir.)
  • La fuir. (Comportement de désocialisation ou de plainte somatique (hypocondrie.)

Bleuler précise que pour le "schizophrène autiste", le « défaut de rapport affectif » ne correspond pas à une « perte de la fonction du réel », mais du maintien d'un monde à soi, d'où le terme autisme du grec auto, soi-même[HdA 4].

L'ambivalence[modifier | modifier le code]

Article détaillé : ambivalence.

En 1910, il utilise cette terminologie pour caractériser un aspect de l'état psychique des schizophrènes « qui, à la même idée, réveille deux émotions opposées et à la même pensée, deux pensées de force opposée »[8].

Son entendement de la terminologie ne restera pas, et sera notamment remplacé par celui de Freud qui le réutilise dans un sens sensiblement différent, rattaché à la névrose.

Publications[modifier | modifier le code]

Traductions en français
  • Affectivité, suggestibilité, paranoïa, 1906
  • La découverte de l'autisme, 1912
  • Histoire naturelle de l'âme, 1920
  • Les problèmes de la schizoïdie et de la syntonie, trad. P. von Massow in L'Information psychiatrique, vol 87, n0 1, janvier 2011 p. 37 à 51
  • La schizophrénie en débat, avec Henri Claude, Paris, L'Harmattan, (ISBN 2-7475-1258-4)
  • Sigmund Freud-Eugen Bleuler, Lettres 1904-1937, Paris, Gallimard, coll. « Connaissance de l'inconscient », Michael Schröter (éd.), Dorian Astor (trad.), 2016 (ISBN 2070101312).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Pour le 70e anniversaire de Siegmund Freud, « La psychanalyse en Suisse, une histoire agitée », Le Coq-Héron, 2014/3, n° 218, p. 41-45.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « schizophrénie » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 25 juillet 2016].
  2. Définitions lexicographiques et étymologiques d'« autisme » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 25 juillet 2016].
  3. Dictionnaire historique de la Suisse : Eugénisme
  4. Elisabeth Roudinesco, « Lettres du Burghölzli, terre freudienne », Le Monde des livres, 15 décembre 2016 [lire en ligne].
  5. Mahieu Eduardo, « Analyse de livre », L'Information psychiatrique, 2017/3, vol. 93, p. 255-257.
  6. [1]
  7. [2]
  8. ambivalence par le centre national des ressources textuelles
  1. p 202
  2. P 203
  3. p 203
  4. p205

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kaspar Weber, «Eugen Bleuler (30 avril 1857-15 juillet 1939)», «La psychanalyse en Suisse, une histoire agitée», Le Coq-Héron, 2014/3 (n° 218, p. 38-40.

Liens externes[modifier | modifier le code]