Antipsychiatrie

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L’antipsychiatrie est un courant qui défend le point de vue que les traitements psychiatriques sont plus nuisibles que thérapeutiques, et représente aussi un mouvement de contestation qui s'opposait à de tels traitements depuis presque deux siècles. Elle considère que la psychiatrie est un instrument coercitif voire oppressif, en raison de la distribution inégale du pouvoir dans la relation médecin-patient, combiné avec un processus diagnostique qui lui paraît très subjectif[1],[2].

L'antipsychiatrie est issue des objections aux traitements, par exemple l'électroconvulsivothérapie[2]. Toutes les sociétés modernes autorisent les traitements imposés (sous justification psychiatrique) et les internements sous contrainte aux patients psychiatriques[1].

Des problèmes contemporains de l'antipsychiatrie incluent la liberté face à la coercition, l'esprit face au cerveau, inné contre acquis, la liberté individuelle et le droit d'être différent. Il y a des groupes d'anciens patients devenus "antipsychiatriques", s'identifiant parfois comme étant « les survivants » de la méthode psychiatrique plutôt que des patients[1].

Elle peut interpréter la maladie mentale dans une perspective sociologique, économique, voire spirituelle. Elle eut des développements sensiblement différents selon le contexte institutionnel, en France, en Italie ou en Grande-Bretagne par exemple.

Histoire[modifier | modifier le code]

Durant la décennie 1960-1970, plusieurs psychiatres remettent en cause la prémisse de la psychiatrie classique, qu'ils caractérisent comme répressive. Parmi eux, Jacques Lacan, Thomas Szasz, Giorgio Antonucci, R. D. Laing, Franco Basaglia, Theodore Lidz, Silvano Arieti, et David Cooper. Y participent aussi les contributions du philosophe Michel Foucault et du sociologue Erving Goffman. En 1967, Cooper invente le mot « antipsychiatrie » puis, en 1971, écrit son livre La psychiatrie et l'antipsychiatrie (Psychiatry and Antipsychiatry, 1971)[1],[2],[3]. En 1961 dans son livre Le mythe de la maladie mentale (The myth of mental illness, 1961), Szasz affirme que la maladie mentale n'existe pas.

Le contenu de la théorie[modifier | modifier le code]

Pour certains, la conviction centrale sur laquelle convergent les grands courants de l’antipsychiatrie est que l’asile devrait disparaître et les malades retrouver tous leurs droits de citoyen dans une société qui pourrait les accueillir, prendre en compte leurs potentialités créatrices.

Pour d’autres, généralement peu convaincus par les théories psychiatriques, la psychiatrie est une institution non pas médicale, mais plutôt politique et/ou religieuse médicalisée s’attachant à résoudre non pas les problèmes ou les maux des patients qu’elle traite, mais bien les problèmes posés à la collectivité par le comportement de ces mêmes patients, et ce au moyen de procédés coercitifs (internements, traitements, mensonges) contraires aux principes de l’État de droit[4].

Pour certains, le cheval de bataille de l’antipsychiatrie est la question de la « relativité du normal et du pathologique » (Thomas Szasz). Pour d’autres, l’objet de l’antipsychiatrie est l’invalidation de la dichotomie « sain »/« pathologique » qui institue la notion de « norme » comme paradigme anatomique et sanitaire plutôt que comme variable sociale, sociétale, morale, philosophique et/ou politique, et consacrant de ce fait la confiscation, par les psychiatres, de problématiques politiques et sociales comme mesure de salubrité publique.

Des influences de la théorie[modifier | modifier le code]

Par ailleurs, les thèses antipsychiatriques ont également grandement influencé les « thérapies familiales », qui, sans totalement s’affranchir de la terminologie de l’hygiène mentale, abordent « la folie » sous l’angle de victime émissaire, sorte de rôle de « fou du roi » qui, par sa conduite, dénoncerait entre autres les mythes familiaux en vigueur dans un système donné. C’est cette dénonciation qui serait désignée de « folie » et stigmatisée. Il en est de même du « dissident » soviétique qui doit avoir une bonne dose de « folie » pour dénoncer le mythe du « Paradis des travailleurs ».

Déclassification de l'orientation sexuelle et l'identité sexuelle en psychiatrie[modifier | modifier le code]

Pour les droits et dignité des personnes LGBT qui ont subi la stigmatisation psychiatrique, le 18e principe des principes de Jogjakarta affirme que « en dépit de toute classification allant dans le sens contraire, l'orientation sexuelle et identité de genre d'une personne ne sont pas en soi des maladies et ne doivent pas être traitées, soignées ou supprimées »[5].

Les Principes de Jogjakarta en Action affirment qu'il est important de noter que l'orientation sexuelle est déclassifiée dans beaucoup de pays, alors que l'identité de genre ou le trouble de l'identité sexuelle est resté en considération[6].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Tom Burns (2006). Psychiatry: A very short introduction. Oxford University Press. p. 93–99.
  2. a, b et c Henry A. Nasrallah (December 2011). "The antipsychiatry movement: Who and why" (PDF). Current Psychiatry.
  3. Mervat Nasser (1995). "The rise and fall of anti-psychiatry" (PDF). Psychiatric Bulletin.
  4. Vol au-dessus d'un nid de coucou, film tourné en milieu psychiatrique, avec en partie des figurants malades mentaux, exprime parfaitement cette critique du monde asilaire. Le succès du film (il fut primé aux Oscars) reflète d'ailleurs l'intérêt du public pour le sujet ainsi que la réceptivité des masses à l'idée selon laquelle le monde asilaire perdait en pertinence.
  5. Principe de Jogjakarta, Principe 18. Protection contre les abus médicaux
  6. Un Guide des activistes aux Principes de Jogjakarta

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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  • (it) Giorgio Antonucci, Il pregiudizio psichiatrico, Eleuthera, 1989, (ISBN 88-85861-10-5)
  • (it) Giorgio Antonucci, I pregiudizi e la conoscenza critica alla psichiatria (introduction par Thomas S. Szasz), ed. Coop. Apache, 1986
  • Franco Basaglia, L’Institution en négation, Seuil, 1970
  • Lucien Bonnafé, Dans cette nuit peuplée, Éditions sociales, 1977
  • Lucien Bonnafé, Psychiatrie populaire, par qui ? Pour quoi ?, Éditions du Scarabée, 1981
  • Giuseppe Bucalo, Dictionnaire antipsychiatrique, 1997 (extraits)
  • David Cooper, Mort de la famille, Seuil, 1972
  • David Cooper, Psychiatrie et antipsychiatrie, Seuil, 1970
  • David Cooper, Le Langage de la folie, Seuil, 1978
  • Christian Delacampagne, Antipsychiatrie. Les voies du sacré, Grasset, 1974
  • Gilles Deleuze et Félix Guattari, L'Anti-Œdipe, Les Éditions de Minuit, 1972
  • Mony Elkaïm, Réseau Alternative à la psychiatrie, UGE, 1977
  • Michel Foucault, Histoire de la folie à l’âge classique, Gallimard, 1972
  • Bernard de Fréminville, La raison du plus fort : Traiter ou maltraiter les fous ?, Paris, éditions du Seuil, coll. « Combats » (no 42), , 189 p. (ISBN 2020045885).
  • Harold Heyward/Mireille Varigas, Une Antipsychiatrie ? La Folie en questions, Psychothèque, 1971
  • Giovanni Jervis, Le Mythe de l’antipsychiatrie, Solin, 1977
  • Ronald Laing, La Politique de la famille, Stock, 1972
  • Louis Le Guillant, Quelle psychiatrie pour notre temps ?, Erès, 1984
  • (it) Gian Franco Minguzzi, Dinamica psicologica dei gruppi sociali, il Muliono, 1973
  • Thomas Szasz, Le Mythe de la maladie mentale, Payot,
  • Thomas S. Szasz, Le Mythe de la psychanalyse, Payot, 1976
  • Thomas S. Szasz, Karl Kraus et les docteurs de l’âme, Hachette, 1985

Liens externes[modifier | modifier le code]