Narcissisme primaire

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Le narcissisme primaire fait suite dans la théorie de Freud au stade auto-érotique.

Théorie de Freud[modifier | modifier le code]

Paul Näcke, psychiatre et criminologue allemand, introduit le terme de narcissisme en 1899[1], pour désigner les idées de Havelock Ellis, médecin britannique, exprimées dans ses monographies[2]. Freud l'utilise pour la première fois en 1914 et désigne ainsi le moment de la constitution psychique de l'enfant où, les pulsions réunifiées prennent comme objet le Moi. Le narcissisme primaire lui correspond à une autosuffisance (illusoire) du nourrisson facilitée par l'indistinction entre lui-même et le monde extérieur. Le narcissisme primaire est un temps de la construction de l'autoérotisme et de la relation d'objet où la libido va investir dans des zones du moi et de l'autre.

Le stade du narcissisme primaire (ou « narcissisme originaire ») : c'est au moment du narcissisme primaire que se forge le Moi idéal.

Le narcissisme primaire correspond à la période où la libido du jeune enfant est complètement portée sur lui-même, tout ce qu’il fait est pour servir son narcissisme à lui (libido du moi). Le moi doit avoir été suffisamment constitué avec un minimum de l'idée de son existence propre. C'est un état précoce de l'enfant où il va investir toute la libido sur lui-même. Puis il grandit et acquiert la capacité de se différencier des objets autres (de sa mère) et de les investir ; il porte alors sa libido sur d’autres objets (libido d’objet). Ce n'est qu'après avoir investi les objets, que la libido peut faire retour sur le moi : c’est le narcissisme secondaire. C'est un processus de désinvestissement de l'objet, c'est-à-dire que l'extérieur n'a plus d'importance d'où le retour sur le moi. Entre la libido qui est sur les objets et la libido qui est sur le moi, il y a des transferts, comme une sorte de balance. Plus l'une absorbe, plus l'autre s'appauvrit. La libido est extrêmement mobile, on parle de plasticité de la libido (c'est-à-dire, la capacité de la libido à changer plus ou moins facilement d'objets et de mode de satisfaction).

Cependant Freud au cours de son œuvre a varié considérablement quant au moment où il situe l'apparition du narcissisme primaire. Dans ses textes de 1916-1917, il renvoie la notion de narcissisme primaire à un état primitif de la vie, antérieur même à la constitution du moi, dont la vie intra-utérine serait l'archétype.

Lacan et le narcissisme primaire[modifier | modifier le code]

Lacan a fait un sort au terme de « narcissisme primaire », en remarquant que « le narcissisme secondaire est le narcissisme radical, celui qu'on appelle primaire est exclu[réf. souhaitée]. » En effet, le narcissisme, comme tel, suppose toujours et par définition, la constitution du moi et son image (stade du miroir) ; le savoir-y-faire avec l'idée de soi comme corps. Michel Bousseyroux (1988), suggère plutôt les termes « auto-érotisme » ou « satisfaction primaire » pour situer les choses du côté de la question du réel pulsionnel, par rapport à l'objet vocal en particulier. Cependant, Lacan n'a pas hésité à employer ce terme après l'avoir dénoncé : il affirme (Le Sinthome, 11 5 76) « qu'il y a une étape de narcissisme primaire et que ce narcissisme primaire se caractérise de ceci, non pas qu'il n'y ait pas de Sujet, mais qu'il n'y a pas de rapport de l'intérieur à l'extérieur ».

Les développements du concept[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (de) Paul Näcke, « Die sexuellen Perversitäten in der Irrenanstalt », Wiener klinische Rundschau, no 27–30,‎
  2. (en) Henry Havelock Ellis, Studies in the psychology of sex, Londres, University Press, , 204 p. (OCLC 23281700)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bernard Auriol, Bio-psychologie du Narcissisme Primaire, Synapse, 65, 27-35, 1990
  • L. Andréas-Salomé, « le narcissisme comme double direction » in l'Amour du narcissisme, Gallimard, Paris, 1980.
  • S. Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle, Gallimard, Paris, 1923.
  • S. Freud, « Remarques psychanalytiques sur l'autobiographie d'un cas de paranoïa » in Cinq Psychanalyses, P.U.F., Paris, 1954.
  • S. Freud, Totem et tabou, Payot, Paris, 1967.
  • S. Freud, Névrose, psychose et perversion,P.U.F., Paris, 1973.
  • S. Freud, « Pour introduire le narcissisme » in la Vie sexuelle, P.U.F., Paris, 1966.
  • S. Freud, « Contribution à l'histoire du mouvement psychanalytique » in Cinq leçons sur la psychanalyse, Payot, Paris, 1954.
  • S. Freud, Introduction à la psychanalyse, Payot, Paris, 1949.
  • P. Kaufmann, L'apport freudien, Bordas, Paris, 2003.
  • Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis, Le Dictionnaire de la Psychanalyse,  éd. PUF, collection “Quadrige Dicos Poche”, 2007, (ISBN 2130560504)
  • Claude Le Guen, Dictionnaire freudien,  éd. Presses Universitaires de France, collection “Grands dictionnaires”, (ISBN 2130551114)