Institut psychanalytique de Berlin

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Institut psychanalytique de Berlin
Image illustrative de l'article Institut psychanalytique de Berlin
Institut psychanalytique de Berlin
29 Potsdamer Straße, Berlin
Nom original Berliner Psychoanalytisches Institut
Fondation 1920
Disparition 1933
Discipline Psychanalyse
Pays Allemagne
Ville Berlin
Adresse 29 Potsdamer Straße
10 Wichmannstraße
Langue Allemand
Fondateur Max Eitingon
Ernst Simmel
Protecteur Karl Abraham

L' Institut psychanalytique de Berlin (Berliner Psychoanalytisches Institut / BPI) fut « créé par Max Eitingon, Karl Abraham et Ernst Simmel » en 1920 « dans le cadre de la Polyclinique du même nom »[1].

Depuis 1970, l'Institut psychanalytique de Berlin, refondé en 1950 après sa disparition en 1933, ajoute à son nom celui de Karl Abraham, considéré comme le « fondateur de la psychanalyse en Allemagne »[2], et s'appelle dorénavant le Berliner Psychoanalytisches Institut. Institut-Karl-Abraham.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondé en 1920, l'Institut psychanalytique de Berlin disparaît dans l'Allemagne nazie.

Le B.P.I. sera à nouveau fondé en 1950/1951 en relation avec l'Association allemande de psychanalyse (de) (Deutsche Psychoanalytische Vereinigung / D.P.V.) fondée par Carl Müller-Braunschweig, et qui se sépare de la D.P.G.

Années 1920[modifier | modifier le code]

Les psychanalystes Max Eitingon et Ernst Simmel présentent en 1919 un projet de polyclinique à Karl Abraham, alors président de l'Association psychanalytique de Berlin (Berliner Psychoanalytische Vereinigung / BPV, fondée par Abraham en 1910). Leur projet prévoit de créer un lieu où les cures analytiques seront gratuites, à la portée de tous. Ce projet est complété par l'ouverture d'un institut de formation des analystes, au 29, Potsdamer Straße, inauguré le .

Cet institut, dont le bâtiment est conçu par l'architecte Ernst Freud et dont Max Eitingon est le directeur et le propriétaire, fut le premier lieu de formation psychanalytique. D'autres polycliniques furent ouvertes, notamment celle de Budapest, créée par Sándor Ferenczi, puis dirigée par Michael Balint. En 1928, l'institut s'installe au 10 Wichmannstrasse, dans des locaux plus grands.

En 1923, la polyclinique et l'institut se réunissent sous le nom de Berliner Psychoanalytisches Institut. S'y adjoignent, comme le précise Michelle Moreau Ricaud, « un centre de formation et de recherche[…] une salle de cours, une salle de réunions et une bibliothèque analytique (avec des ouvrages et tirés-à-part de Freud et des disciples, et des ouvrages généraux) »[3]. « Abraham prend en charge les cours théoriques d’introduction à la psychanalyse, ainsi que des cours pour les élèves avancés (jusqu’en 1924), alors qu’Eitingon enseigne la pratique. Hanns Sachs, Karen Horney et Ernst Simmel participent également à l’enseignement. Plus tard des invités feront des conférences. »

Années 1930[modifier | modifier le code]

En 1930, Il y avait 94 thérapeutes exerçant dans l'Institut, dont une soixantaine appartenaient à l'Association psychanalytique internationale[4], soit un petit quart des effectifs de l'API qui comptait alors 400 membres, ce qui montre l'importance du mouvement psychanalytique allemand dans l'immédiat avant-guerre. Dès les années suivantes, le nombre d'élèves diminua : 74 analystes furent forcés à l'émigration, du fait des Lois de Nuremberg qui interdisaient l'exercice de professions libérales aux juifs, et de menaces directes liées à l'idéologie du régime nazi. En 1935, il y avait encore 14 psychanalystes en Allemagne, lorsque l'Institut Göring, dirigé par Matthias Göring (cousin de Hermann Göring), s'empara des biens de l'Institut psychanalytique de Berlin.

« Le BPI fut intégré à l'Institut allemand » sous la direction de Matthias Heinrich Göring: « servant ainsi à la sinistre comédie de l' “aryanisation” de la psychanalyse, c'est à dire à sa destruction systématique en tant que “science juive” », commentent Élisabeth Roudinesco et Michel Plon [5].

Années 1950 et contemporaines[modifier | modifier le code]

Disparu sous le national-socialisme, l'institut fut refondé en 1950, à la suite de la fondation en 1950 de l' « Association allemande de psychanalyse » (Deutsche Psychoanalytische Vereinigung / DPV), groupe dissident, autour de Carl Müller-Braunschweig, de la DPG (Deutsche Psychoanalytische Gesellschaft), la Société allemande de psychanalyse). Ce groupe formé autour de Müller-Braunschweig, à l'origine de la DPV, « cherchait à revenir de manière décisive à la psychanalyse de Freud en se démarquant sciemment des engagements compromettants de la période nazie »[6].

L'« Institut psychanalytique de Berlin. Institut Karl Abraham » (Berlin 1950: Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI) e. V. Karl-Abraham-Institut), refondé dans l'esprit de l'ancien B.P.I. des années 1920, est aujourd'hui un institut de l' « Association allemande de psychanalyse » (Deutsche Psychoanalytische Vereinigung / DPV)[7]: depuis 1970, pour le 50e anniversaire de sa fondation, l'« Institut psychanalytique de Berlin » a ajouté à sa désignation le nom «  Karl-Abraham-Institut »[8].

La formation des psychanalystes à l'ancien B.P.I.[modifier | modifier le code]

Le parcours de formation des futurs psychanalystes au B.P.I. se déroulait de la manière suivante:

  • Les candidats étaient acceptés en formation après trois entretiens préliminaires.
  • Ce cursus, élaboré par Max Eitingon, Müller-Braunschweig et, plus tard, Sándor Radó, repose sur trois principes :
    • la réalisation d'une analyse didactique de six mois au moins ;
    • le suivi d'un enseignement théorique ;
    • après deux semestres de cet enseignement théorique, la réalisation d'un stage à mi-temps, d'une durée minimale de deux ans, avec une supervision.

À l'issue de cette formation et sous réserve de leur acceptation, les candidats pouvaient exercer comme psychanalystes. Les candidats à l'analyse d'adultes devaient avoir réalisé un cursus d'études de médecine, même incomplet, alors que la pratique psychanalytique n'était pas réservée aux médecins en Allemagne. Les candidats à l'analyse d'enfants devaient attester quant à eux d'un cursus pédagogique.

Hans Sachs en a été le premier analyste didacticien, il fut rejoint plus tard par d'autres analystes, Sandor Rado, Michael Balint et son épouse Alice Balint, Franz Alexander ou encore Melanie Klein. Des analystes viennois se sont aussi joints à ce groupe, Wilhelm Reich, Theodor Reik, Otto Fenichel, etc. Cette liste non-exhaustive donne une idée de l'importance que prit Berlin et cet institut pour le développement de la psychanalyse jusqu'à la main-mise des nazis sur l'institut, en 1933.

Prestige et postérité[modifier | modifier le code]

Selon É. Roudinesco et M. Plon, le Berliner Psychoanalytisches Institut des années 1920, reconnu comme « le plus grand centre de formation psychanalytique du monde », était devenu en 1930, « au moment où Eitington publia son “Rapport original sur les dix ans du BPI”, Berlin », et selon le mot de Jones cité par les deux auteurs: « “le cœur de tout le mouvement psychanalytique international” »[9].

Cet institut modèle de formation des psychanalystes qu'était l'ancien B.P.I. a servi de base à tous les instituts de formation élaborés ultérieurement par l'Association psychanalytique internationale, à Londres, au sein de la Société britannique de psychanalyse, comme dans les autres sociétés psychanalytiques.

Annexes[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Regine Lockot, « Berliner Psychoanalytisches Institut », p. 193-194, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1); dans l'édition revue et augmentée chez Hachette Littératures, 2005, p. 203-205.
  • Michelle Moreau Ricaud, «La Policlinique de Berlin (1920-1933) : une “organisation nouvelle” », Le Coq-Héron, no 201, 2010/2, [lire en ligne]. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI) », Paris, Fayard Le Livre de Poche, La Pochothèque (2011) / 1997, 2000, 2006 et 2011, (ISBN 978-2-253-08854-7) - 1e publication LGF.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

  • Bernard Roland, Les instituts de formation des psychanalystes: Berlin, Vienne, Budapest, Essaim [lire en ligne]
  • Anna M. Antonovsky : Des analystes aryens dans l’Allemagne nazie : les questions d’adaptation, de désymbolisation et de trahison, Revue française de psychanalyse, 2008/4 (Volume 72), [lire en ligne]
  • Homepage des Berliner Psychoanalytisches Institut der Deutschen Psychoanalytischen Vereinigung, Karl-Abraham-Institut, Zweig der Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung e.V.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI) », p. 152.
  2. Voir sur le site du BPI au paragraphe Geschichte (« Histoire » de l'« Institut »): Homepage des Berliner Psychoanalytisches Institut der Deutschen Psychoanalytischen Vereinigung, Karl-Abraham-Institut, Zweig der Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung e.V. Site consulté le 8 mai 2016.
  3. Michelle Moreau Ricaud, cf. bibliographie.
  4. Chiffres avancés par Régine Lockot, cf. sources, p.193.
  5. É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « Berliner Psychoanalytisches Institut (BPI) », p. 152.
  6. Homepage des Berliner Psychoanalytisches Institut der Deutschen Psychoanalytischen Vereinigung, Karl-Abraham-Institut, Zweig der Internationalen Psychoanalytischen Vereinigung e.V. consulté le 8 mai 2016. Citation traduite, extraite du paragraphe « Histoire » (Geschichte) de l'Institut.
  7. Regine Lockot, Entrée « Berliner Psychoanalytisches Institut », Dictionnaire international de la psychanalyse (Dir. A. de Mijolla), édition Hachette Littératures, 2005, p.  204.
  8. Festsitzung der Gedenkfeier des BPI. Ansprache (mp3; 738 kB) von Hans-Joachim Bannach, 1970.
  9. É. Roudinesco et M. Plon, p. 152.