Paul Federn

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Paul Federn
Biographie
Naissance
à Vienne
Décès
à New York
Nationalité Autrichienne puis américaine
Enfants Ernst FedernVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Formation Médecine
Titres Doctorat
Profession Médecin, psychanalyste et psychologueVoir et modifier les données sur Wikidata
Approche Psychanalyse
Œuvres principales La Psychologie du moi et les psychoses (1979)

Paul Federn (né à Vienne en 1871 et mort à New York en 1950) est un médecin et un psychanalyste d'origine autrichienne. Il appartient à la première génération des psychanalystes, et est un proche de Sigmund Freud. Il est psychanalyste à New York à partir de 1938.

Biographie[modifier | modifier le code]

Poul Bjerre Eugen Bleuler Maria Moltzer Maria Gincburg Lou Andreas-Salomé Beatrice M. Hinkle Emma Jung Maria von Stach Toni Wolff Martha Sigg-Böddinghaus Franz Riklin Otto Rank Ludwig Binswanger Debout première rangée, 3e depuis la gauche Isidor Sadger Oskar Pfister Sándor Ferenczi Carl Gustav Jung Debout première rangée, 5e depuis la droite Debout première rangée, 4e depuis la droite James Jackson Putnam Ernest Jones Wilhelm Stekel Jan Nelken Ludwig Jekels Max Eitingon Sigmund Freud Karl Abraham Debout deuxième rangée, 4e depuis la droite Debout deuxième rangée, 3e depuis la droite Debout deuxième rangée, 2e depuis la droite Johannes Jaroslaw Marcinowski Debout troisième rangée, 1er depuis la gauche Debout troisième rangée, 2e depuis la gauche Alphonse Maeder Debout troisième rangée, 4e depuis la gauche Debout troisième rangée, 4e depuis la droite Debout troisième rangée, 3e depuis la droite Debout troisième rangée, 2e depuis la droite Debout troisième rangée, 1er depuis la droite Abraham A. Brill Debout quatrième rangée, 4e depuis la droite Paul Federn Debout quatrième rangée, 2e depuis la droite Debout quatrième rangée, 1er depuis la droite Eduard Hitschmann Debout cinquième rangée, 2e depuis la gauche Debout cinquième rangée, 3e depuis la gauche
Image cliquable du congrès international de psychanalyse de 1911. Paul Federn y figure à l'avant-dernier rang au centre.vdm

Petit-fils de rabbin et fils d'un médecin généraliste très réputé à Vienne, Paul Federn est « issu de la bourgeoisie juive libérale », sa mère appartenait à une famille de riches marchands[1]. Élisabeth Roudinesco évoque une « humeur dépressive » dès sa jeunesse, « ce qui ne l'empêcha pas d'être un fringant officier de la cavalerie impériale, d'aimer les femmes et de remporter auprès d'elles de beaux succès. Sa stature imposante, sa voix tonitruante, ses yeux vifs et sa grande barbe noire lui donnaient l'allure d'un calife des Mille et Une Nuits »[2]. Après s'être installé comme médecin interniste à Vienne en 1902, il épousa en 1904 Wilma Bauer (1884-1949) qu'il connaissait pour l'avoir soignée. « Elle venait d'une famille protestante » et « comme de nombreux Juifs viennois, Federn envisagea de se convertir et éleva ses trois enfants dans la religion de leur mère »[3].

Ayant fait des études de médecine pour obéir à son père, il avait obtenu son diplôme de médecine en 1895, et c'est au cours de son internat avec Hermann Nothnagel qu'il fut présenté par ce dernier à Freud. « Avec Freud, il fit une sorte d'analyse avant la lettre, au cours de laquelle il parvint à contrôler son humeur mélancolique. » Mais, si « ses crises dépressives furent moins fréquentes », rapportent Roudinesco et Plon, « il songeait à se suicider en cas de rechute ».

Il fut « l'un des piliers » de la Société du mercredi[4]. « Profondément marqué par la lecture de L'interprétation des rêves, il se voua dès 1904 à la psychanalyse, constituant avec Alfred Adler, Wilhelm Stekel et Rudolf Reitler le premier cercle de disciples de Freud »[5]. Il a présidé la Société psychanalytique de Vienne (WPV: Wiener Psychoanalytische Vereinigung).

Médecin militaire pendant la Première Guerre mondiale, il devint après la défaite de l'Allemagne, « membre du parti social-démocrate »[6]. Il s'est beaucoup intéressé aux applications sociales de la psychanalyse et a défendu l'ouverture de centres ambulatoires. Du fait de son intérêt pour le travail social et la Heilpägagogik, il noua des relations avec August Aichhorn. Il ne s'intéressa pas seulement « à la délinquance juvénile », mais aussi « à l'éducation sexuelle, à l'émancipation des femmes »[6]. Dans un essai publié en 1919 « Zur Psychologie der Revolution: die Vaterlose Gesellschaft (“Sur la psychologie de la révolution: la société sans père”), il analyse la contestation de l'autorité par la génération d'après-guerre comme un parricide inconscient ambitionnant d'instaurer une “société sans père” »[7].

Son « intérêt porté à la folie n'était pas sans relation avec sa situation personnelle ». Le premier fils de Paul Federn, Walter, né en 1910, était « un enfant difficile », et « malgré de brillantes études d'égyptologie, qui lui permirent de faire une belle carrière universitaire, il sombra progressivement dans la schizophrénie »[6]. Walter Federn se suicida en 1968 « en se laissant mourir de faim »[8].

Paul Federn émigra avec sa famille aux États-Unis en 1938. Quelques mois avant son départ, son fils Ernst Federn « avait été arrêté par la Gestapo », puis déporté à Buchenwald. Ernst et Paul Federn « ne se reverront outre-Atlantique qu'en 1946 » [9].

Resté « fidèle à la doctrine classique », mais engagé « dès l'entre-deux guerres, comme beaucoup de freudiens de la deuxième génération, dans la révision de la théorie du moi et dans la refonte de la deuxième topique, travail qui déboucha sur la distinction du moi (ego) et du soi (self), premier pas vers la Self Psychology », Paul Federn fut « très affecté de ne pas être vraiment reconnu par les représentants de l' Ego Psychology, qui ne citent jamais ses travaux »[6].

C'est seulement en 1946, après avoir « enfin réussi à faire homologuer son diplôme de médecin obtenu en 1914, qu'il sera officiellement reconnu comme analyste didacticien à l'Institut de psychanalyse de New York. La récidive d'un cancer dont il ne croyait pas pouvoir réchapper le conduisit à se donner la mort »[10].

Paul Federn et la théorie du moi[modifier | modifier le code]

D'après Roudinesco et Plon, c'est « à partir d'une réflexion sur le narcissisme et la clinique des psychoses » que Paul Federn « élabora sa conception des “frontières du moi” »[11].

À partir de la théorie du moi de Freud[modifier | modifier le code]

Selon Maria Teresa de Melo Carvalho, « les élaborations de P. Federn, si elles ne constituent pas une théorie achevée du moi, contiennent néanmoins des éléments féconds qui peuvent fonctionner comme point de relance de la conception du moi »[12]. Au sein de « la critique lacanienne »[13], cette psychanalyste latino-américaine, constamment confrontée dans le « contexte brésilien » à l'importance prise par Lacan quant à la conception élaborée par celui-ci d'une « essence imaginaire du moi »[13], se réfère dans sa recherche à « l'affirmation de Laplanche selon laquelle les travaux de Federn définissent le point théorique et historique très exact d'où il faudrait repartir pour reprendre la théorie freudienne du moi, là où elle a été laissée en jachère, avant d'être déviée par ce qu'on appelle l'ego psychology »[14].

Le moi et le narcissisme[modifier | modifier le code]

L'intérêt de Paul Federn « pour la nature et le fonctionnement du Moi » s'accompagne d' « une réflexion en profondeur sur le narcissisme »[15], notamment en ce qui regarde la clinique des schizophrènes: « Dans ses études sur ses patients schizophrènes, Federn en arriva à la conclusion que, loin d'être excessivement investi de libido, leur Moi disposait au contraire d'une énergie d'investissement insuffisante. Contrairement aux hypothèses de Sigmund Freud et de Karl Abraham, c'est donc une carence, non un excès de libido narcissique, qui détermine pour lui la difficulté objectale du psychotique »[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Publications de Paul Federn[modifier | modifier le code]

En allemand et en anglais[modifier | modifier le code]

  • (de) Zur Psychologie der Revolution: Die vaterlose Gesellschaft. Suschitzky, Leipzig 1919.
  • (de) Einige Variationen des Ichgefühls, 1926.
  • (de) Narzissmus im Ichgefüge, 1927.
  • (de) Das Ich als Subjekt und Objekt im Narzissmus, 1929.
  • (de) Hygiene des Geschlechtslebens für den Mann. Hippokrates, Stuttgart 1930.
  • (de) Bis der Arzt kommt. Hippokrates, Stuttgart 1930
  • (de) Gesundheitspflege für Jedermann. Heft 1–2. Hippokrates, Stuttgart 1930
  • (en) The Analysis of psychotics, 1934.
  • (de) Das psychoanalytische Volksbuch. Seelenkunde. Hygiene. Krankheitskunde. Kulturkunde. Hippokrates, Stuttgart 1926 u. : Huber, Bern 1939.
  • (en) Ego Psychology and the psychoses, 1952, Basic Books, Inc. New York.

Traduction française[modifier | modifier le code]

Sur Paul Federn[modifier | modifier le code]

  • Maria Teresa de Melo Carvalho, Paul Federn, une autre voie pour la théorie du moi, Presses Universitaires de France, 1996, Collection « Voix nouvelles en psychanalyse », ISBN 2130473962
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A-L, (dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette Littératures, 2005, Entrée « Paul Federn » par Anna Maria Accerboni, p. 593-595 (ISBN 2-0127-9145-X).
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « FEDERN Paul (1871-1950) — Psychiatre et psychanalyste américain », Paris, Fayard, Collection « Le Livre de Poche », 2011, (ISBN 978-2-253-08854-7)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « FEDERN Paul (1871-1950) — Psychiatre et psychanalyste américain », p.  444
  2. É. Roudinesco et M. Plon, p.  444.
  3. Roudinesco et Plon, p.  444.
  4. Roudinesco et Plon, p.  445.
  5. Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Paris, Hachette Littératures, 2005, Entrée « Paul Federn » par Anna Maria Accerboni, p. 623.
  6. a, b, c et d Roudinesco et Plon, p.  445
  7. A. M. Accerboni dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), p. 623.
  8. Roudinesco et Plon, p.  446.
  9. Roudinesco et Plon, p.  446
  10. A. M. Accerboni dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Entrée « Paul Federn », p. 623.
  11. Roudinesco et Plon, p. 445
  12. M. T. De Melo Carvalho, Paul Federn — Une autre voie pour la théorie du moi, p. 6.
  13. a et b M.T. De Melo Carvalho, Paul Federn, p. 1.
  14. Jean Laplanche, Nouveaux fondements pour la psychanalyse, Paris, PUF, 1987, p. 134. Cité (en italique) par T.M. De Melo Carvalho, Paul Federn, p. 6.
  15. Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. A. de Mijolla), tome I, Entrée « Paul Federn » (par Anna Maria Accerboni), p. 624.
  16. A. M. Accerboni, dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), Entrée « Paul Federn », p. 624-625

Liens extérieurs[modifier | modifier le code]