Affaire Rachel

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Ne doit pas être confondu avec Affaire Rachel Singer.

L'affaire Rachel est une affaire judiciaire française, qui a démarré en 2015 à la suite de la dénonciation d'une mère de trois enfants auprès de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Isère, suivie par la décision du tribunal de Grenoble de placer les trois enfants de cette mère de famille divorcée, habitant à Saint-Marcellin, en famille d'accueil. Rachel est accusée par les services de protection infantile d'inventer des troubles du développement à ses enfants, en raison d'un syndrome de Münchhausen par procuration. Deux des enfants et leur mère sont diagnostiqués avec une forme d'autisme, au Centre Ressources Autisme de leur région, mais la décision de placement reste maintenue.

Cette affaire est fortement médiatisée par les associations françaises du domaine de l'autisme, en particulier dans la presse, et a mobilisé l'opinion publique, notamment sur le réseau social Facebook. Elle s'inscrit dans le contexte de la bataille de l'autisme. Les associations et l’avocate de Rachel y voient une affaire emblématique de la méconnaissance de l'autisme en France, et de l’influence des théories psychanalytiques. La secrétaire d'état Ségolène Neuville a déclaré publiquement son soutien à Rachel ; Sophie Cluzel, également secrétaire d'état, a fait référence à Rachel le au palais de l'Élysée.

Déroulement[modifier | modifier le code]

L'affaire Rachel débute en 2015, lorsqu'une mère de famille de 29 ans, Rachel, originaire de Saint-Marcellin en Isère, fait l'objet d'un signalement préoccupant auprès de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de son département. Le service hospitalier concerné l'accuse « d'évoquer un faux diagnostic d'autisme pour ses trois enfants »[1]. La décision de placement des enfants de Rachel s'appuie sur une expertise psychiatrique par une pédopsychiatre demandée par le juge, conclut que les trois enfants ne sont pas autistes, et que Rachel souffre d'un syndrome de Münchhausen par procuration, signifiant qu'elle provoque ou imagine elle-même des troubles chez ses enfants[2],[3]. Un syndrome d'aliénation parentale est également retenu contre Rachel dans la décision judiciaire[4], qui évoque un « comportement maternel inquiétant, emprunt de nomadisme médical »[5]. Les trois enfants (âgés de 4, 6 et 8 ans) sont placés en pouponnière et en famille d'accueil[1]. L'avocate de Rachel, spécialisée dans les questions juridiques relatives à l'autisme, Maître Sophie Janois, fait appel de cette décision, sans succès[1],[6].

Rachel et son avocate reçoivent le soutien d'associations de parents d'enfants autistes[6]. Dans le cadre de cette affaire, Rachel obtient un diagnostic de trouble du spectre de l'autisme pour ses deux plus jeunes enfants[2],[5] et de syndrome d'Asperger pour son aînée et elle-même[7].

Le 26 février 2016, la décision judiciaire de placement est maintenue par la cour d'appel du tribunal de Grenoble, qui estime dans le jugement rendu que « les mineurs doivent être protégés de la représentation invalidante et alarmiste que la mère a de ses enfants »[7]. Le placement est de nouveau prolongé par le tribunal de Grenoble le [8], la cour le justifie par une « bonne évolution globale des enfants »[5]. Le , un troisième jugement reconnaît les diagnostics d'autisme, mais prolonge le placement jusqu'au , au motif « qu'un retour à la maison entraînerait des effets sur les enfants, qui peuvent encore facilement s'inquiéter pour leur mère »[9].

Contexte[modifier | modifier le code]

L'affaire Rachel s'inscrit dans le contexte de la bataille de l'autisme en France, et des théories psychanalytiques appliquées aux affaires judiciaires. De nombreux placements d'enfants autistes sont dénoncés comme abusifs par des associations de parents. L'avocate de Rachel et ces associations accusent la psychanalyse en France d'être responsable de l'assimilation de l'autisme à une psychose infantile, et de promouvoir la théorie scientifiquement invalide selon laquelle l'autisme peut être causé par une mauvaise relation mère-enfant[10]. Sophie Janois, l'avocate de Rachel, estime que la décision du tribunal de valider « une vision psychanalytique de l'autisme en retard de 50 ans », en accusant Rachel de provoquer les troubles de ses enfants, s'effectue au détriment de l'expertise du Centre Ressources Autisme, qui a diagnostiqué deux des trois enfants comme autistes et le troisième avec TDAH, et constitue une erreur judiciaire grave[6]. Elle s'étonne que le rapport du professeur Joaquin Fuentes, un pédopsychiatre pour enfants et adolescents membre de l’association internationale de psychiatrie, ait été ignoré, alors que d'après lui « une maman atteinte du syndrome de Münchhausen par procuration ne fabule pas sur l’autisme »[8]. Sophie Janois s’exprime dans l'ouvrage Autisme la grande enquête, en mettant en cause l'influence des théories psychanalytiques présentes dans le rapport retenu par le juge, imputant la responsabilité de la mère dans les comportements « préoccupants » de ses enfants[11].

Un autre élément du contexte est celui du fonctionnement de l'aide sociale à l'enfance (ASE) en France. Danièle Langloys, présidente de l'association Autisme France, a dénoncé des « dysfonctionnements » de l'ASE et une « vision préhistorique de l'autisme » faisant de la mère la coupable[12]. Le rapport d'Autisme France rendu en juin 2016 propose de « sanctionner les dérives des experts judiciaires et des juges des enfants ou juges en appel qui se permettent de contester les diagnostics d’autisme pour enlever les enfants à leurs mères », et de « demander au comité scientifique de l’Association des Centres de Ressources Autisme une mise au point sur le syndrome de Münchhausen par procuration, diagnostic que les juges, en violation du Code de Santé Publique, se permettent de poser en audience »[13].

Dans son article sur le site Handicap.fr, la journaliste Emmanuelle Dal'Secco a demandé qu'une meilleure formation à l'autisme soit dispensée aux professionnels de l'ASE, car « certains comportements peuvent en effet être interprétés comme la conséquence de maltraitance alors qu'ils sont spécifiques aux troubles du spectre de l'autisme »[14]. Le service de protection infantile de l'Isère n'a pas fait de commentaires, évoquant un dossier « sensible »[3].

Il y a également un conflit familial, dû au divorce entre Rachel et son mari, influençant tout le contexte de cette affaire[6].

Soutiens à Rachel[modifier | modifier le code]

Un soutien à Rachel s'est organisé, en particulier sur le réseau social Facebook[1]. Dans ce cadre, cette mère de famille a reçu le soutien d'un collectif de 127[10], puis de 145[15], et en juin 2016, de plus de 200[5] associations du domaine de l'autisme en France, qui ont souhaité ériger cette affaire en emblème des discriminations contre les personnes autistes, notamment en organisant des happenings[3],[16],[17]. Elle a également reçu le soutien de militants de l'autisme, tels que Hugo Horiot[18], Rudy Simone[19] et Josef Schovanec[20]. D'autres femmes ont témoigné être des mères d'enfants avec troubles envahissants du développement accusées d'être responsables de l'état de leurs enfants par les services sociaux[21], notamment pour les besoins d'un rapport de l'association Autisme France à propos des droits des femmes, rendu en juin 2016[13].

Danièle Langloys a dénoncé la pression mise sur « des mamans seules, vivant avec le RSA, qui trinquent », précisant qu'elle n'avait « jamais vu une telle cruauté mentale à l'égard d'une femme » en vingt ans[12]. L'avocate Sophie Janois a souligné que le syndrome d'Asperger de Rachel la rend vulnérable lors d'un débat oral dans un tribunal en raison de son « ton monocorde et sa prise de contact froide, sans émotion »[8].

La secrétaire d'état aux personnes handicapées Ségolène Neuville s'est déclarée « totalement mobilisée pour que cette maman puisse le plus rapidement possible retrouver ses trois enfants » le , lors du congrès annuel de l'association Autisme France[3],[7]. Le 6 juillet 2017, lors du lancement du 4e plan autisme, Danièle Langloys a de nouveau demandé la restitution des enfants, et la secrétaire d'état Sophie Cluzel a déclaré que Rachel « vient de se voir une nouvelle fois séparée de ses trois enfants avec autisme »[9]. Une pétition a été lancée par plusieurs associations en juillet 2017, pour demander notamment une délocalisation de cette affaire[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d Philip 2016, p. 133.
  2. a et b Elsa Maudet, « Dans ce dossier, tout le monde nie l'autisme alors qu'on a les diagnostics », Libération, (consulté le 17 décembre 2017).
  3. a, b, c et d « Autisme: Rachel privée de ses enfants, "emblème" des associations », Le Nouvel Observateur, (consulté le 17 décembre 2016).
  4. Julien Deschamps, « Je fais le procès de l'ignorance des symptômes de l'autisme », Place Gre-net, (consulté le 16 mars 2017).
  5. a, b, c et d AFP, « Grenoble: les trois enfants autistes de Rachel restent placés », France Télévision, (consulté le 19 janvier 2016).
  6. a, b, c et d Véronique Saviuc, « Maman de trois enfants autistes, elle se bat devant la justice pour les récupérer », France Bleu, (consulté le 17 décembre 2016).
  7. a, b et c Franck Grassaud, « Autisme. La cour d'appel de Grenoble confirme le placement des enfants de Rachel », France 3, (consulté le 17 décembre 2016).
  8. a, b et c « Rachel, dont les trois enfants ont été placés en foyer, est-elle victime d'une incroyable erreur judiciaire ? », LCI, (consulté le 17 décembre 2016).
  9. a et b « Justice pour Rachel : ses 3 enfants autistes toujours placés », Handicap.fr,‎ (lire en ligne).
  10. a et b « Placements abusifs d'enfants autistes : 127 associations dénoncent ».
  11. Le Callenec et Chapel 2016, p. 134-135.
  12. a et b Antoine Agasse, « Placement abusif : Rachel, privée de ses 3 enfants autistes », Handicap.fr, (consulté le 17 décembre 2016).
  13. a et b http://www.autisme-france.fr/offres/doc_inline_src/577/Rapport_sur_les_droits_des_Femmes_Autisme-France_vweb.pdf
  14. Emmanuelle Dal'Secco, « La justice face à l'autisme : une formation s'impose ! », Handicap.fr, (consulté le 17 décembre 2017).
  15. http://blogs.lexpress.fr/the-autist/2015/08/08/grenoble-145-associations-denoncent-le-placement-de-3-enfants-autistes-par-lase/
  16. AFP, « Plus de 100 associations dénoncent le placement abusif d'enfants autistes », Libération, (consulté le 17 décembre 2016).
  17. AFP, « Autisme: Rachel privée de ses enfants, "emblème" des associations », Le Point, (consulté le 17 décembre 2016).
  18. Hugo Horiot, « Autisme : l'affaire Rachel est symptomatique. En France, ces enfants sont abandonnés », Le Plus - blog du Nouvel Observateur, .
  19. Rudy Simone, « A propos de Rachel – Un message pour la communauté autistique française », Agoravox, (consulté le 17 décembre 2016).
  20. « Débat sur l'autisme avec Zohra Meghraoui », RTSF93, , évoqué dans le podcast à partir de h 25.
  21. Sophie V., « Autisme : comme Rachel, j'ai failli perdre la garde de mon fils. Une monstrueuse injustice », Le Nouvel Observateur, (consulté le 16 janvier 2017).
  22. « "Justice pour Rachel" : pétition pour qu'une mère retrouve ses enfants autistes, placés », Europe 1,‎ (lire en ligne)

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Philip 2016] Christine Philip, « Analyse d’une situation emblématique de l’autisme dans le cadre des réseaux sociaux (facebook) : l’affaire Rachel », La nouvelle revue de l’adaptation et de la scolarisation, no 75,‎ (présentation en ligne)
  • [Le Callenec et Chapel 2016] Sophie Le Callenec et Florent Chapel, Autisme la grande enquête, Les Arènes, , 245 p. (ISBN 2352045290 et 9782352045298)