Wilfred Bion

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Wilfred Bion
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Wilfred Bion

Biographie
Naissance
Mathura (Inde)
Décès (à 82 ans)
Oxford
Nationalité Britannique
Thématique
Formation Médecin, psychiatre, psychanalyste,
Approche Psychanalyse
Intérêts Psychanalyse de groupe
Œuvres principales

Aux sources de l'expérience (1962) Éléments de psychanalyse (1963)

L'Attention et l'interprétation (1970).
Auteurs associés
Influencé par Melanie Klein

Wilfred Ruprecht Bion, né le à Mathura, au Penjab et mort le à Oxford, est un psychiatre et psychanalyste britannique, pionnier de la psychothérapie de groupe, de la psychanalyse groupale et de la théorisation sur la psychose.

Biographie[modifier | modifier le code]

Mathura

Wilfred Bion naît dans une famille anglaise, aux lointaines origines huguenotes, à Mathura, ville d'Inde alors sous administration britannique, le 8 septembre 1897[1]. Son père est ingénieur en charge de l'irrigation. Il a une sœur plus jeune, Edna. Son enfance se déroule en Inde, dont il garde la nostalgie[1], puis, à partir de ses huit ans, dans un pensionnat en Angleterre. Il étudie au collège Bishop's Storford[2]

Formation[modifier | modifier le code]

Wilfred Bion (1916)

Il participe comme officier à la Première Guerre mondiale, s'engageant le 4 janvier 1916, à l'âge de 18 ans, au Royal Tank Regiment (1916-1918)[3]. Capitaine à 21 ans, il reçoit le DSO et la médaille de chevalier de la Légion d'honneur[3]. Grâce à son expérience de chef de char, il découvre « sa capacité d'entrer en relation avec ses pairs et ses supérieurs et à devenir le leader d'un groupe »[1]. On retrouve certains des objets personnels et des notes de cette période dans une vitrine consacrée à la Guerre de 1914-1918 du musée des blindés de Saumur.

Après la guerre, il étudie l'histoire deux années au Queen's College d'Oxford (1919-1921), où il obtient une licence. Sa lecture des textes de Sigmund Freud et sa détermination à devenir psychanalyste trouve son origine durant cette période. Il passe l'année suivant à l'université de Poitiers, en cursus de langue et littérature françaises[1], puis il poursuit ses études en médecine, à l'University College de Londres (1924-1930) et se qualifie en médecine et en chirurgie, puis il s'installe comme médecin libéral à Londres. Il commence sa formation de psychanalyste à la Tavistock Clinic, où il a l'occasion d'analyser Samuel Beckett entre 1934 et 1936, analyse interrompue par le départ de Beckett pour Dublin[4].

En 1937-1939, Bion entreprend une analyse avec John Rickman, puis il travaille avec Rickman sur la notion de groupe et de leadership, se faisant pionnier de la dynamique de groupe.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, les psychiatres de la Tavistock Clinic, parmi lesquels John Bowlby, John Rickman, Siegmund H. Foulkes, et Bion, sont sollicités par les services psychiatriques de l'armée[1]. Ils sont chargés de la sélection des officiers, de leur formation. Bion occupe ces fonctions à York, comme psychiatre de secteur, responsable de la sélection des cadres de l'armée, puis à Northfield (Écosse), en 1942, où il soigne des soldats victime de traumatismes liés à la guerre. C'est là qu'il commence ses recherches sur la psychologie des petits groupes, qu'il mettra en œuvre à la Tavistock après guerre.

Article détaillé : Tavistock Clinic.

En 1945, Bion reprend une analyse avec Melanie Klein, qui dure jusqu'en 1953 et il devient membre associé de la Société britannique de psychanalyse en 1950. En 1961, paraît son premier ouvrage, Recherches sur les petits groupes, qui connaît un grand succès.

Il occupe plusieurs postes institutionnels, directeur de la London Clinic of Psychoanalysis (1956-1962) et président de la Société britannique de psychanalyse (1962-1965). Il est président du Melanie Klein Trust et membre du bureau de la SBP jusqu'à son départ pour la Californie.

Alors qu'il a déjà 70 ans, Bion s'installe et travaille en Californie durant 10 ans (1968-1979). Cette période est surtout marquée par des invitations à tenir des séminaires dans d'autres pays, dont beaucoup sont publiés : notamment les séminaires à New York et São Paulo[5], à Los Angeles[6], à la Tavistock[7], à Paris, en Italie[8], ou encore en Argentine. Ces échanges avec d'autres psychanalystes lui permettent de poursuivre et d'approfondir sa réflexion sur la relation analytique[1].

Il rentre en Angleterre en août 1979, où il meurt d'une leucémie, à Oxford, le .

Vie privée[modifier | modifier le code]

Il épouse en 1939 l'actrice Betty Jardine, qui meurt en 1945, en donnant naissance à leur fille, Parthenope, nom grec de la ville de Naples, en l'absence de Bion. Parthenope Bion Talamo est elle-même devenue une psychanalyste réputée en Italie[9]. Il se remarie avec Francisca Bion, qui travaille à la Tavistock, et ils ont un garçon, Julian, médecin, et une fille, Nicola, éditrice.

Wilfred Bion écrit des textes à portée autobiographique, publiés dans deux recueils, The Long Week-End 1897-1919: Part of a Life[10] où il évoque son enfance en Inde, sa vie de pensionnaire et sa mobilisation comme soldat durant la Première Guerre. All my sins remembered[11] est composé d'un certain nombre de souvenirs des années 1920-1950 et de nombreuses lettres.

Concepts[modifier | modifier le code]

Les travaux de Wilfried Bion sont suffisamment originaux et aboutis pour qu'on relie à son nom une théorie particulière de la pensée. De cette vision globale, il ressort des concepts : les éléments alpha et bêta, une prolongement de la notion d'identification projective dans une perspective post-kleinienne, et les objets bizarres, ainsi que des approches singulières de concepts préexistant, comme dans le cas de la psychose.

Éléments alpha et bêta[modifier | modifier le code]

Bion reformule ce que l'on peut rapprocher de ce que l'on nommait jusque-là processus primaire (inconscient) et processus secondaire (préconscient et conscient). Il ne distingue pas conscient et inconscient, mais fini et infini, idée déjà avancée par Sigmund Freud dans Analyse avec fin et analyse sans fin.

Dans ce cadre, il désigne des niveaux de pensée, ces pensées étant divisées en éléments alpha et bêta :

  • les éléments alpha sont des impressions sensorielles mises en image, que l'on peut dire assimilées par la psyché, elles sont organisées et réutilisables.
    La fonction alpha traite les phénomènes, des impressions sensorielles, au-delà de ce que l'on peut en penser. Cette fonction est liée aux rêves, aux souvenirs, ou encore aux pensées oniriques. Les éléments alpha sont absents de la pensée psychotique ;
  • 'les éléments bêta sont des impressions sensorielles non assimilées.
    La fonction bêta correspond à la gestion des émotions brutes, qui sont « encaissées » et qui « cherchent à être assimilées ». Une trop grande accumulation d'éléments bêta provoque une « indigestion mentale », un refoulement de l'apprentissage en raison du trop d'information à traiter.

C'est pourquoi, selon lui, le rêve préserve l'individu de l'état psychotique, en permettant de traduire des impressions sensorielles (bêta) en images assimilables (éléments alpha).

Psychose[modifier | modifier le code]

Wilfried Bion approche la notion de personnalité psychotique en postulant que toute personnalité individuelle possède une fraction psychotique, correspondant aux éléments bêta non élaborés psychiquement. Selon lui, cette fraction est plus ou moins importante selon les individus. Elle coexiste avec une part non psychotique qui est conservée quel que soit le stade d’envahissement de la psychose, maintenant le lien avec la réalité extérieure.

Pour Bion, la psychose se définit par « la capacité de déliaison et d’attaque des liens en particulier au sein de l’activité de penser, expulsant dans l’acte ou dans la réalité extérieure le matériel psychique non intégré ».

Bion identifie certains traits dominants de la fraction psychotique, dont l’intolérance à la frustration, la crainte de l’anéantissement, la violence des pulsions destructrices et la lutte menée par ces pulsions contre la réalité, les perceptions sensorielles et la conscience.

Identification projective[modifier | modifier le code]

Le sujet, tributaire de la violence de ses pulsions dévastatrices, tenterait selon lui, par le biais de l’identification projective, de rejeter les ressentis de déplaisir comme la frustration ou la douleur. Par ailleurs, le mécanisme de projection vers l’extérieur viserait à expulser le contenu de l’appareil psychique et à y empêcher l’établissement de liens, ce qui pourrait avoir une influence directe sur les capacités à penser du sujet.

Objets bizarres[modifier | modifier le code]

Pour se protéger des réalités qu'il ne peut accepter, le sujet les projette à l'extérieur. Ce statu quo dans l'assimilation se fait au prix d'une déformation de la perception de ces objets, investis de caractéristiques projetées. Le Moi pourrait alors aller jusqu’à se décomposer, expulsant des parties du Moi clivées dans des objets environnants extérieurs, ce qui provoquerait chez le sujet une impression d’être entouré d’objets « bizarres », menaçant de l’envahir en retour.

Fonction alpha et rôle de la mère[modifier | modifier le code]

Bion postule également l’existence d’une fonction alpha comme « fonction de liaison symbolique des impressions sensorielles et des ressentis émotionnels très primitifs ». Cette fonction serait assurée par la mère, dans l’idée que celle-ci joue un rôle primordial dans l’établissement de la capacité à penser du nourrisson et du petit enfant. Les ressentis violents du nourrisson, reconnus et recueillis par la mère, transiteraient par son psychisme afin d’y être transformés en éléments alpha, affects moins violents, réintégrables par le nourrisson. Pour ce faire, la mère use de sa « capacité de rêverie ». Une « barrière de contact » se forme peu à peu : elle est constituée d’éléments alpha, séparant les fantasmes et émotions d’origine interne des perceptions de la réalité, et permettant au sujet de passer de l’un à l’autre sans perdre le contact avec l’un d’entre eux.

Éléments et écran bêta[modifier | modifier le code]

Si la mère n’est pas apte à être le réceptacle des ressentis violents de l’enfant, les affects pulsionnels et impressions sensorielles non élaborés ne peuvent être transformés en éléments alpha et deviennent des éléments bêta, éléments non intégrés, dont le sujet essayera de se défaire par le biais de l’identification projective.

L’accumulation d’éléments bêta constitue par la suite « l’écran bêta », caractéristique de la structure psychotique. Toujours selon Bion, c'est lui qui engendre une indistinction entre conscient et inconscient et l’incapacité à créer des liens symboliques, origine des troubles de la pensée.

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Recherches sur les petits groupes (1961) Paris, PUF, 1965 (ISBN 2-13-052731-0)
  • Aux sources de l'expérience (1962), Paris, PUF, 1979 (ISBN 2-13-053486-4)
  • Éléments de la psychanalyse, (1963, Paris, PUF, 1979 (ISBN 2-13-053501-1)
  • Transformations. Passage de l'apprentissage à la croissance (1965), Paris, PUF, 1982 (ISBN 2-13-036983-9)
  • Réflexion faite (1967), Paris, PUF, 2001 (ISBN 2-13-052061-8)
  • (Article) « Notes sur la mémoire et le désir » 1967), Revue française de psychanalyse, vol.53/5, 1989, 1449-.
  • L'Attention et l'interprétation (1970), Paris, Payot, 1990 (ISBN 2-228-88305-0)
  • Entretiens psychanalytiques (1973 et 1974) suivis de La Grille et Césure, éd. Gallimard, 1980 (ISBN 2-07-029591-5)
  • Une mémoire du futur t.1, Le rêve (1975), Lyon, Césura, 1989 (ISBN 2-905709-33-2)
  • Une mémoire du futur t.2, Le passé au présent, (1977), Lyon, Césura, 1989, (ISBN 978-2-905709-34-9)
  • Pensée sauvage, pensée apprivoisée (1997) éd. du Hublot, 1998 (ISBN 2-912186-05-6)
  • Mémoires de guerre Juin 1917 - Janvier 1919, éd. du Hublot, 1999 (ISBN 2-912186-10-2)
  • (Article) À propos d'une citation de Freud, Revue française de psychanalyse, T.53/5), 1989.
  • Séminaires italiens, éd. In Press, 2005 (ISBN 2-84835-078-4)
  • Cogitations (1991), éd. In Press, 2005 (ISBN 2-84835-079-2)
  • Quatre discussions avec Bion, Textes établis par Francesca Bion, préface d'André Green, éd. d'Ithaque, 2006, (ISBN 2-916120-00-9)
  • Bion à New York et à São Paulo, Textes établis par Francesca Bion, préface d'Amaro de Villanova, éd. d'Ithaque, 2006, (ISBN 2-916120-01-7)
  • La Preuve & autres textes, Articles réunis par Francesca Bion, Postface Pierre-Henri Castel, éd. d'Ithaque, 2007, (ISBN 2-916120-05-X)
  • Séminaires cliniques, Textes établis par Francesca Bion, préface de François Lévy, éd. d'Ithaque, 2008, (ISBN 978-2-916120-06-5)
  • Bion à la Tavistock, Textes établis par Francesca Bion, préface de A. Goyena et J. L. Goyena, éd. d'Ithaque, 2010, (ISBN 978-2-916120-12-6)
  • Un Mémoire du Temps À Venir, Traduction et présentation par Jacquelyne Poulain-Colombier, Postface de Parthénope Bion Talamo, éd. du Hublot, 2010, (ISBN 2-912186-35-8)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Parthenope Bion Talamo, « Wilfred Ruprecht Bion », p. 209-210, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  • Thierry Bokanowski et Florence Guignard (dir.), Actualité de la pensée de Bion, Paris, In-Press, 2007, (ISBN 978-2-84835-117-9)
  • Antonello Correale, Paola Fadda et Claudio Neri, Lire Bion, Ouvrage traduit de l’italien par Patrick et Danièle Faugeras, éd Érès, 2006 (ISBN 2-7492-0684-7)
  • Leon Grinberg, Dario Sor, E. de Bianchedi, Nouvelle introduction à la pensée de Bion, préface de Joyce McDougall, Lyon, Césura, 1996 (ISBN 2-905709-75-8).
  • Donald Meltzer : Études pour une métapsychologie élargie. Applications cliniques des idées de Wilfred R. Bion, ed. Hublot, 2006 (ISBN 2-912186-26-9)
  • Nicolas Geissmann : Découvrir W. R. Bion : Explorateur de la pensée, éd. Erès, 2001 (ISBN 2-86586-951-2)
  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Elsa Schmid-Kitsikis, Wilfred R. Bion, Paris, PUF, coll. « Psychanalystes d'aujourd'hui », 1999 (ISBN 2-13-049791-8), recension Angela Goyena et Florence Leclerc, Revue française de psychanalyse, T.65, 2001/5, p. 1727-1736 article en ligne
  • Didier Anzieu, « Beckett et Bion », Revue française de psychanalyse, 1989, T.53/5, p. 1405-1415, en ligne sur Gallica.
  • Haydée Faimberg, « Sans mémoire et sans désir : à qui s'adressait Bion ? », Revue française de psychanalyse, T.53/5, 1989, p. 1453-1461.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Elsa Schmid-Kitsikis, Wilfred R. Bion, Paris, PUF, coll. « Psychanalystes d'aujourd'hui », 1999
  2. The Long Week-End, référence d'E. Schmid-Kitsikis.
  3. a et b Parthenope Bion Talamo, « Wilfred Rurecht Bion », p. 209-210, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  4. Didier Anzieu, « Beckett et Bion », Revue française de psychanalyse, 1989, vol. 53, no 5, 1405-1415
  5. Bion à New York et à São Paulo, Paris, Ithaque, 2011, 226 p. (ISBN 978-2916120010) et Séminaires cliniques (Brésil) Paris, Ithaque, 2011 (ISBN 978-2-916120-06-5).
  6. Quatre Discussions avec Bion, Paris, Ithaque, 2011 (ISBN 978-2-916120-00-3).
  7. Bion à la Tavistock, Paris, Ithaque, 2010 (ISBN 978-2-916120-12-6).
  8. Séminaires italiens, éd. In Press, 2005 (ISBN 2-84835-078-4).
  9. Notice de la SPI, consultée en ligne le 16.07.15. Parthenope Bion Talamo, née le 27.02.1945, à Bournemouth, étudiante à Florence en 1963, traductrice des œuvres de son père en italien, psychanalyste de la Société psychanalytique italienne à Turin. Elle épouse le musicien Luigi Talamo, et a deux enfants. Elle meurt dans un accident de voiture le 16.07.1998.
  10. (en) The Long Week-End 1897-1919: Part of a Life, London, Karnack Books, 1982, 288 p. (ISBN 9781855750005).
  11. (en) All my sins remembered, London, Karnack Books, 1991, 254 p. (ISBN 9781855758452).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Psychanalyste

Liens externes[modifier | modifier le code]