Psychanalyse en France

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Cet article fournit diverses informations sur la psychanalyse en France.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Histoire[modifier | modifier le code]

La « germanophobie » ambiante dès 1870 et le rôle de Pierre Janet, à l'époque très présent dans les universités, a sans doute joué un rôle dans le « freinage » pour la diffusion des œuvres de Sigmund Freud selon Alain de Mijolla[2]. D'octobre 1885 à février 1886, Sigmund Freud séjourne à Paris, il est reçu par Jean-Martin Charcot aux leçons sur l'hystérie de la Salpêtrière. En France, en 1911, Franz Hessel fait découvrir à Pierre Roché, en allemand, L'Interprétation des rêves[3], dont les idées sont discutées, avec celles de Charcot et Weininger, dans le milieu de l'avant-garde artistique du Montparnasse de la Belle Époque qui gravite autour d'Apollinaire et Marie Laurencin. La même année, le Dr Morichau-Beauchant, professeur de médecine à Poitiers, écrit un premier texte sur la psychanalyse dans la Gazette des hôpitaux militaires, parallèlement à une correspondance amicale avec Freud et des liens avec Ferenczi, Jung et Jones[4].

En 1913, la traduction d'un de ses textes en français est passé inaperçue, elle avait paru dans un journal italien. En 1914, le premier ouvrage de Angelo Hesnard sur la psychanalyse. Puis en 1920, un commentaire dans la Gazette de Genève sur le même sujet.

L'antisémitisme prendra ensuite la place de l'antigermanisme, à propos de Freud, Hesnard le voit éloigné de "l'esprit français", avec Laforgue il souhaitera que la psychanalyse de Freud soit soumise « à l'esprit latin de mesure ».

Les critiques diverses et nombreuses rejoignent en nombreux points les actuelles, des philosophes comme Henri Delacroix qui en 1923 dénonce une méthode : « périlleuse à force d'être subtile et qui fait songer par moment à la virtuosité des oniromanciens grecs ». Un autre n'y voit rien qui corresponde à une loi scientifique (1924)[5]. Léon Daudet, dans L'Action Française, parle quant lui d'un « bobard dangereux »[6] et en appelle à Mussolini pour « répondre à tout ce qui vient de la Bochie »[6]. On[Qui ?] accuse les psychanalystes d'être des malades obsédés par des préoccupations sexuelles, d'autres reprochent à Freud son « areliogiosité ». Paul Mathies en 1923 dénonce lui un « savant boche », le Dr Émile Adam[7] souhaite en 1923 qu'on n'oublie pas de se préoccuper de la « psychologie du catholicisme », André Savoret écrit de son côté que les psychanalystes ont la volonté de nuire et qu'elle est "d'origine luciférienne"[8].

En 1920 Eugénie Sokolnicka s'installe en France comme psychanalyste, elle est engagée par le professeur Henri Claude comme consultante. Pendant la Première Guerre mondiale André Breton, étudiant interne en neuropsychiatrie, se passionne pour les idées de Freud qu'il découvre dans les ouvrages des français Emmanuel Régis et Angelo Hesnard[9]. Une pièce de théâtre de Henri-René Lenormand met en scène les idées psychanalytiques, les médecins René Allendy, René Laforgue et Eugène Minkowski s'y réfèrent explicitement. Les groupes qui créent la Revue française de psychanalyse et l'Évolution psychiatrique diffusent les idées de Freud, chacun à leur manière. Marie Bonaparte exerce une influence décisive sur la transmission des écrits de Freud en France et elle marque de son empreinte la création de la Société psychanalytique de Paris. C'est en 1934 qu'est créé l'Institut de psychanalyse qui, à l'instar de la Policlinique psychanalytique de Berlin devait permettre l'initiation clinique à la psychanalyse pour de jeunes psychiatres et psychanalystes.

La Deuxième Guerre mondiale et l'occupation[modifier | modifier le code]

Durant la période d'occupation, l’exercice de la psychanalyse en France a été entravé. Juliette Favez-Boutonier écrit que « Toute existence officielle de la psychanalyse bien entendu, suivant le conseil donné de bouche à oreille, est disparue, sans référence à un texte ou une correspondance […] »[10]. Certains psychanalystes étaient juifs et donc interdits d’exercice[11], puis menacés dans leur personne, les œuvres de Freud étaient clairement bannies. Certains psychanalystes tels René Laforgue, Angelo Hesnard et Georges Mauco coopèrent avec les autorités de Vichy, tandis que d'autres entrent en résistance.

Sophie Morgenstern se suicide en réaction à l'arrivée des Allemands en 1940, Daniel Lagache et Jacques Lacan rejoignent la zone non-occupée. Georges Parcheminey gère un département psychanalytique de l'hôpital Sainte-Anne et John Leuba consulte tout comme Philippe Marette, frère de Françoise Dolto[1]. Bergeret, Lebovici, André Lévy, Paul Schiff, et Sacha Nacht se sont eux situés du côté de la Résistance[12],[13]. Des psychanalystes résistants, avec l'apport de François Tosquelles, participent à la mise en œuvre de la psychiatrie de secteur en réaction au délabrement général des institutions asilaires, pour certaines laissées à l'abandon le plus total sans parler de la mort de patients psychiatriques complètement négligés dans l'ancien système[14].

Depuis 1950[modifier | modifier le code]

Le grand tournant pris dans l'histoire de la psychanalyse en France est celui du retour à Freud auquel appelle Lacan dans les années 1950. Le mouvement créé par Jacques Lacan prend son essor jusqu'à la scission. En 1958, l'Association d'hygiène mentale et de lutte contre l'alcoolisme du XIIIe arrondissement (ASM13) a été une expérience pilote pour la psychiatrie de secteur, elle a été fondée par le psychiatre Philippe Paumelle et les psychiatres psychanalystes Serge Lebovici et René Diatkine[15]. Le traitement psychanalytique des patients psychotiques sera alors pratiqué, soit en psychiatrie ambulatoire soit en institution avec les expériences du psychanalyste Paul-Claude Racamier[16].

Les revues françaises de psychanalyse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Revue française de psychanalyse.
Article détaillé : Évolution psychiatrique.
Article détaillé : Nouvelle Revue de psychanalyse.
Articles détaillés : Topique (revue) et Topique.

Organisations actuelles françaises[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écoles de psychanalyse.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Angelo Hesnard et René Laforgue : Aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1925) et À propos de l'aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1927), rééd.: in l'Évolution psychiatrique, 2007, no 72
  • Alain de Mijolla
    • Freud et la France, 1885-1945, éd. Presses Universitaires de France, 2010, (ISBN 2-13-054515-7)
    • La France et Freud T.1 1946-1953, éd. Presses Universitaires de France, 2012, (ISBN 978-2-13-058295-3)
    • La France et Freud T.2 1954-1964, éd. Presses Universitaires de France, 2012, (ISBN 978-2-13-060787-8)
  • Élisabeth Roudinesco
    • Histoire de la psychanalyse en France, vol. 1, Paris : Le Seuil, 1982 (réédition Fayard 1994)
    • Histoire de la psychanalyse en France, vol. 2, Paris : Le Seuil, 1986 (réédition Fayard 1994)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Article de Michel Cénac : « "Psychiatrie et psychanalyse. L'apport de la psychanalyse à la psychiatrie".»
  2. Alain de Mijolla: Freud et la France, 1885-1945, Ed. : Presses universitaires de France, 2010, 0. 60, 2e paragraphe, 1re et 2e ligne, ISBN 2130545157
  3. C. du Toit, Les déboires d’un séducteur surmené, in Actes des Rencontres internationales Jules & Jim, p. 74, Association Jules et Jim, Couzon-au-Mont-d’Or, 2003.
  4. Christian Hoffmann : La résistance française à la découverte freudienne, lettre du professeur R. Morichau_Beauchat à Sigmund Freud, in Topique, no 115, 2011, (ISBN 9782847952056)
  5. Cités in Topique: Jacques Sédat : La Réception de Freud en France durant la première moitié du XXe siècle. Le freudisme à l'épreuve de l'esprit latin, Éd.: l'Esprit du temps, no 115, 2011, ISBN 9782847952056
  6. a et b Léon Daudet, « Un bobard dangereux : Freudisme et Psychanalyse », L'Action Française du jeudi 4 février 1926 - voir aussi Serafino Malaguarnera, Critique du Crépuscule d’une idole de M. Onfray, 2010.
  7. Thèse pour le doctorat en médecine, par Emile Adam, interne de Charenton, Le Freudisme. Étude historique et critique de méthodologie psychothérapeutique, 1923
  8. André Savoret : L'Inversion psychanalytique, 1939. Dans le même texte il ajoute : « En ce qui concerne l'attitude anti-religieuse, il est au moins curieux de constater le touchant accord, quant au fond, entre le Juif Sigmund Freud et le super Aryen Hitler »
  9. Mark Polizzotti, André Breton, Gallimard, 1999, p. 62.
  10. Lettre de J. Favez-Boutonier à Alain de Mijolla, 27 mars 1987, cité in Freud et la France, 1885-1945, éd. PUF, 2010, ISBN 978-2-13-054515-6
  11. Décret de 1940 modifié par le n° 2332 de 1941.
  12. Alain de Mijolla, La Seconde Guerre mondiale, in Freud et la France, 1885-1945, éd. PUF, 2010, ISBN 978-2-13-054515-6
  13. Annick Ohayon: L'impossible rencontre. Psychologie et psychanalyse en France : 1919-1969, Éd.: La Découverte, 1999, ISBN 2707130923
  14. Isabelle von Bueltzingsoewen. L'Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques sous l'Occupation, Éd.: Flammarion, Coll. : Champs Histoire, (2007) 2009 ISBN 9782081224797
  15. Site de l'ASM13
  16. Paul-Claude Racamier, René Diatkine, Serge Lebovici et Philippe Paumelle : Le Psychanalyste sans divan, Payot, (ISBN 2228886203)

Voir aussi[modifier | modifier le code]