Psychanalyse en France

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Chronologie[modifier | modifier le code]

Marie Bonaparte, cofondatrice de la première société de psychanalyse en France

Histoire[modifier | modifier le code]

La « germanophobie » ambiante dès 1870 et le rôle de Pierre Janet, à l'époque très présent dans les universités, a sans doute joué un rôle dans le « freinage » de la diffusion des œuvres de Sigmund Freud[1]. En France, en 1911, Franz Hessel fait découvrir à Pierre Roché L'Interprétation des rêves en langue allemande[2], dont les idées sont discutées, avec celles de Charcot et Weininger, dans le milieu de l'avant-garde artistique du Montparnasse de la Belle Époque qui gravite autour d'Apollinaire et Marie Laurencin. La même année, le Dr Morichau-Beauchant, professeur de médecine à Poitiers, écrit un premier texte sur la psychanalyse dans la Gazette des hôpitaux militaires, parallèlement à une correspondance amicale avec Freud et des liens avec Ferenczi, Jung et Jones[3]. En 1913, la traduction d'un de ses textes en français est passé inaperçue, elle avait paru dans un journal italien. En 1914, le premier ouvrage de Angelo Hesnard sur la psychanalyse. Puis en 1920, un commentaire dans la Gazette de Genève sur le même sujet.

L'antisémitisme prendra ensuite la place de l'antigermanisme, à propos de Freud, Hesnard le voit éloigné de l'«esprit français», avec Laforgue il souhaitera que la psychanalyse de Freud soit soumise « à l'esprit latin de mesure »[réf. souhaitée].

Les critiques des philosophes comme Henri Delacroix qui en 1923 dénonce une méthode : « périlleuse à force d'être subtile et qui fait songer par moment à la virtuosité des oniromanciens grecs ». Un autre n'y voit rien qui corresponde à une loi scientifique (1924)[4]. Léon Daudet, dans L'Action Française, parle quant lui d'un « bobard dangereux »[5] et en appelle à Mussolini pour « répondre à tout ce qui vient de la Bochie »[5]. Paul Mathies le présente comme un « savant boche », le Dr Émile Adam[6] souhaite en 1923 qu'on n'oublie pas de se préoccuper de la « psychologie du catholicisme », André Savoret écrit de son côté que les psychanalystes ont la volonté de nuire et qu'elle est "d'origine luciférienne"[7].

En 1920 Eugénie Sokolnicka s'installe en France comme psychanalyste, elle est engagée comme consultante par le professeur Henri Claude[Où ?]. Pendant la Première Guerre mondiale André Breton, étudiant interne en neuropsychiatrie, se passionne pour les idées de Freud qu'il découvre dans les ouvrages des français Emmanuel Régis et Angelo Hesnard[8]. Une pièce de théâtre de Henri-René Lenormand met en scène les idées psychanalytiques, les médecins René Allendy, René Laforgue et Eugène Minkowski s'y réfèrent explicitement. Les groupes qui créent la Revue française de psychanalyse et l'Évolution psychiatrique diffusent les idées de Freud, chacun à leur manière. Marie Bonaparte exerce une influence décisive sur la transmission des écrits de Freud en France et impulse la création de la Société psychanalytique de Paris. C'est en 1934 qu'est créé l'Institut de psychanalyse qui, à l'instar de la Policlinique psychanalytique de Berlin, devait permettre l'initiation clinique à la psychanalyse pour de jeunes psychiatres et psychanalystes.

La Seconde Guerre mondiale et l'occupation[modifier | modifier le code]

Durant la période d'occupation, il n'y eut « aucune activité ouvertement psychanalytique en France ». Juliette Favez-Boutonier écrit que « Toute existence officielle de la psychanalyse bien entendu, suivant le conseil donné de bouche à oreille, est disparue, sans référence à un texte ou une correspondance […] »[9]. Certains psychanalystes tels René Laforgue, Angelo Hesnard et Georges Mauco collaborèrent avec les autorités de Vichy. Sophie Morgenstern se suicide à l'arrivée de l'armée nazie en juin 1940, Daniel Lagache et Jacques Lacan rejoignent la Zone libre. Georges Parcheminey gère un département psychanalytique de l'hôpital Sainte-Anne et John Leuba consulte tout comme Philippe Marette, frère de Françoise Dolto. Jean Bergeret, Serge Lebovici, André Lévy, Paul Schiff, et Sacha Nacht rejoignent la Résistance[10],[11]. Des psychanalystes résistants, avec l'apport de François Tosquelles, participent à la mise en œuvre de la psychiatrie de secteur en réaction au délabrement général des institutions asilaires, pour certaines laissées à l'abandon le plus total sans parler de la mort de patients psychiatriques complètement négligés dans l'ancien système[12].

Depuis 1950[modifier | modifier le code]

Les activités psychanalytiques reprennent après-guerre, autour de nouvelles personnalités[13]. L'histoire de la psychanalyse en France d'après-guerre est marquée par un renouveau et par des divisions, notamment à propos de la formation des nouveaux analystes, qui font éclater la Société psychanalytique de Paris, à l'issue de trois années de conflits[13]. Trois leaders s'affirment : Sacha Nacht, Daniel Lagache et Jacques Lacan[13]. Daniel Lagache à la tête d'un petit groupe, quitte le premier la Société, le 16 juin 1953 pour créer la Société française de psychanalyse, il est suivi par Jacques Lacan et la moitié des analystes en formation. Cette nouvelle société se trouve, de fait, exclue de l'Association psychanalytique internationale. Sacha Nacht, quant à lui, inaugure le nouvel Institut de psychanalyse de Paris, au sein de la SPP, le [13]. La place prise par Jacques Lacan dans la SFP produit à son tour des dissensions, et place la SFP en porte-à-faux à l'égard de l'API, lorsque la SFP négocie sa réadmission dans le mouvement international. L'API pose comme conditions, lors de son XXIIe congrès international à Édimbourg (1961) que la SFP s'engage à « respecter les normes de l'analyse didactique et de la formation des élèves »[13]. Malgré l'action diplomatique de « la troïka », les analystes, Wladimir Granoff, Serge Leclaire et François Perrier, Jacques Lacan et Françoise Dolto sont exclus de la liste des didacticiens de la SFP en novembre 1963, ce qui provoque l'éclatement de la SFP : un groupe donna naissance à l'Association psychanalytique de France, dont Daniel Lagache prend la direction et qui réintègre l'Association psychanalytique internationale en 1965.

Jacques Lacan, quant à lui, fonde, le , l'École freudienne de Paris, qui constitue jusqu'en 1980, « l'un des pôles spécifiques du mouvement psychanalytique français ».

Article détaillé : École freudienne de Paris.

D'autres expériences sont menées, notamment la création, en 1958, de l'Association d'hygiène mentale et de lutte contre l'alcoolisme du 13e arrondissement (ASM13), une expérience pilote pour la psychiatrie de secteur. Fondée par le psychiatre Philippe Paumelle et les psychiatres psychanalystes Serge Lebovici et René Diatkine[14], elle propose le traitement psychanalytique des patients psychotiques, soit en psychiatrie ambulatoire soit en institution avec les expériences du psychanalyste Paul-Claude Racamier[15].

Organisations actuelles françaises[modifier | modifier le code]

Schéma indiquant les fondations, scissions et relations d'associations de psychanalyse.
Le mouvement psychanalytique en France, entre 1926 et 2006.

Sociétés d'histoire de la psychanalyse[modifier | modifier le code]

Élisabeth Roudinesco indique que « deux sociétés d'histoire, destinées à récolter des archives et à favoriser des colloques et des travaux, voient le jour après 1980 » : la première « créée sous l'impulsion de Jacques Postel et de Michel Collée prend en 1981 le nom de “Société internationale d'histoire de la psychiatrie et de la psychanalyse” », René Major en est le président; « la deuxième, “l'Association internationale d'histoire de la psychanalyse”, est fondée en juin 1985 par Alain de Mijolla », également membre de la SPP[16].  

Psychanalystes célèbres[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Psychanalyste#France.
Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Psychanalyste français.

Les revues françaises de psychanalyse[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Angelo Hesnard et René Laforgue : Aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1925) et À propos de l'aperçu de l'historique du mouvement psychanalytique en France (1927), rééd.: in L'Évolution psychiatrique, 2007, no 72.
  • Alain de Mijolla
    • Freud et la France, 1885-1945, éd. Presses Universitaires de France, 2010, (ISBN 2-13-054515-7).
    • Alain de Mijolla, La France et Freud, t. 1 : Une pénible renaissance, 1946-1953, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-130-58295-3, OCLC 816572808).
    • Alain de Mijolla, La France et Freud, t. 2 : D'une scission à l'autre, 1954-1964, Paris, Presses universitaires de France, (ISBN 978-2-130-60787-8, OCLC 816629048).
  • Élisabeth Roudinesco
    • Histoire de la psychanalyse en France, vol. 1, Paris : Le Seuil, 1982 (réédition Fayard 1994).
    • Histoire de la psychanalyse en France, vol. 2, Paris : Le Seuil, 1986 (réédition Fayard 1994).
  • Jacques Sédat
    • « La réception de Freud en France durant la première moitié du XXe siècle. Le freudisme à l'épreuve de l'esprit latin », Topique, 2011/2 (no 115), p.  51 - 68, [lire en ligne].
    • « Mouvement lacanien français », p. 1059-1060, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Alain de Mijolla: Freud et la France, 1885-1945, Ed. : Presses universitaires de France, 2010, 0. 60, 2e paragraphe, 1re et 2e ligne, ISBN 2130545157
  2. C. du Toit, Les déboires d’un séducteur surmené, in Actes des Rencontres internationales Jules & Jim, p. 74, Association Jules et Jim, Couzon-au-Mont-d’Or, 2003.
  3. Christian Hoffmann : La résistance française à la découverte freudienne, lettre du professeur R. Morichau_Beauchat à Sigmund Freud, Topique, no 115, 2011, [lire en ligne]
  4. Cités in Topique: Jacques Sédat, «La réception de Freud en France durant la première moitié du XXe siècle. Le freudisme à l'épreuve de l'esprit latin », Topique, no 115, 2011 [lire en ligne]
  5. a et b Léon Daudet, « Un bobard dangereux : Freudisme et Psychanalyse », L'Action Française du jeudi 4 février 1926 - voir aussi Serafino Malaguarnera, Critique du Crépuscule d’une idole de M. Onfray, 2010.
  6. Thèse pour le doctorat en médecine, par Emile Adam, interne de Charenton, Le Freudisme. Étude historique et critique de méthodologie psychothérapeutique, 1923
  7. André Savoret : L'Inversion psychanalytique, 1939. Dans le même texte il ajoute : « En ce qui concerne l'attitude anti-religieuse, il est au moins curieux de constater le touchant accord, quant au fond, entre le Juif Sigmund Freud et le super Aryen Hitler »
  8. Mark Polizzotti, André Breton, Gallimard, 1999, p. 62.
  9. Lettre de J. Favez-Boutonier à Alain de Mijolla, 27 mars 1987, cité in Freud et la France, 1885-1945, éd. PUF, 2010, ISBN 978-2-13-054515-6
  10. Alain de Mijolla, La Seconde Guerre mondiale, in Freud et la France, 1885-1945, éd. PUF, 2010, (ISBN 978-2-13-054515-6)
  11. Annick Ohayon: L'impossible rencontre. Psychologie et psychanalyse en France : 1919-1969, Éd.: La Découverte, 1999, (ISBN 2707130923)
  12. Isabelle von Bueltzingsoewen. L'Hécatombe des fous. La famine dans les hôpitaux psychiatriques sous l'Occupation, Éd.: Flammarion, Coll. : Champs Histoire, (2007) 2009 (ISBN 9782081224797)
  13. a, b, c, d et e Alain de Mijolla, « France », p. 631-638, in A. de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  14. Site de l'ASM13
  15. Paul-Claude Racamier, René Diatkine, Serge Lebovici et Philippe Paumelle, Le Psychanalyste sans divan, Payot, (ISBN 2228886203)
  16. Élisabeth Roudinesco, Histoire de la psychanalyse en France.2 1925-1985, Paris, Fayard, 1994, p. 698.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]