Clément Ier

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Clément Ier
Image illustrative de l'article Clément Ier
Biographie
Décès vers 99
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat vers 88
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Saint Clément de Rome (en latin Clemens Romanus) est une personnalité du christianisme ancien issue du judaïsme hellénistique. Il est considéré, selon la tradition catholique, comme le premier des Pères apostoliques[1] et le 4e évêque de Rome[2], à la fin du Ier siècle, succédant à Anaclet.

Il est surtout connu pour une lettre qu'il adressa à la communauté chrétienne de Corinthe, raison pour laquelle la tradition le range parmi les pères apostoliques. Il est vénéré comme saint et martyr par nombre d'églises chrétiennes, et liturgiquement commémoré le 23 novembre.

Historicité[modifier | modifier le code]

Clément Ier est le quatrième évêque de Rome, selon la liste d'Irénée de Lyon écrite en 180, responsable de la communauté chrétienne de Rome de 88 à 97 selon la chronologie d'Eusèbe de Césarée au IVe siècle.

Irénée de Lyon dit qu'il avait vu les bienheureux apôtres et conversé avec eux[3], et Origène et Jérôme considèrent que Clément est le disciple de Paul de Tarse mentionné dans l'Épître aux Philippiens[4]. Pour d'autres il s'agit plutôt là d'un affranchi de T. Flavius Clemens, qui fut consul en même temps que son cousin, l'empereur Domitien. Clément Ier a également été assimilé par certains auteurs des premières années du christianisme à ce consul Flavius Clemens, assassiné par Domitien mais cette identification n'est pas plus probante, même si l’exécution pour cause de mœurs juives, du consul a pu influencer les récits du martyre de Clément.

Le texte chrétien du IIe siècle Le Pasteur d'Hermas[5] évoque un Clément qui avait pour fonction de maintenir le contact entre les différentes communautés.

En Lorraine, la tradition en faisait le fils d'un dénommé Faustinus, le frère de l'évêque Clément de Metz (assimilé lui-même au consul Flavius Clemens)[6].

Lettres aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

Vision de la Trinité du pape Clément, toile de Giovanni Battista Tiepolo, v. 1730

Première lettre aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

La tradition lui attribue depuis le IIe siècle une lettre — connue sous le nom de Épître de Clément aux Corinthiens[7] — adressée de Rome aux alentours de 95[8] à la communauté chrétienne de Corinthe en proie à des troubles internes graves, alors que de jeunes membres s’étaient insurgés contre les presbytres, au point de les déposer de leurs charges. L'auteur suggère alors le rétablissement dans leur fonction des pasteurs légitimes et appelle les révoltés à l’obéissance envers ces derniers. Ce texte peut témoigner de la structure hiérarchique de la communauté chrétienne dont le gouvernement semble encore de type collégial à ce moment.

Cette épître adressée au nom de « L'Église de Dieu qui séjourne à Rome à l'Église de Dieu qui séjourne à Corinthe » est perçue dans la tradition catholique comme un premier document post-apostolique en faveur de la préséance de l'évêque de Rome dans l'Église du Christ, et son rôle déjà accepté d'arbitrage, bien que la communauté chrétienne de Rome relève d'une direction collégiale au moins jusqu'au début du IIIe siècle[9].

Cette lettre rédigée en grec et dans un style simple et clair, est un véritable exposé sur la foi telle qu'elle était vécue à la fin du Ier siècle. Il s'agit d'un des plus anciens textes théologiques du christianisme, si l'on excepte les Évangiles et autres écrits apostoliques. L'auteur cite l’Écriture dans la version des Septante et on relève des citations ou des emprunts libres à Euripide et à Sophocle ainsi que des éléments de la pensée stoïcienne.

Oubliée à partir du IVe siècle, cette lettre est retrouvée au XVIIe siècle dans le Codex Alexandrinus. En 1894, un moine bénédictin de Maredsous, Germain Morin trouve à Namur un manuscrit du XIe siècle contenant la traduction en latin populaire de la lettre de Clément, la traduction elle-même remontant au IIe ou IIIe siècle, soit presque contemporaine de son écriture. La parenté du texte avec l’Épître aux Hébreux est indéniable et la question se pose de savoir si les deux textes émanent de la même source.

Deuxième lettre aux Corinthiens[modifier | modifier le code]

Il existe une deuxième épître de Clément au Corinthiens qui date d'environ 150 et s'apparente davantage à une homélie qu'à une épître, et qu'on ne peut attribuer à Clément. Adolph von Harnack a cru pouvoir l'identifier avec une lettre de l'évêque Soter, adressée vers 170, à l'église de Corinthe. Des traits communs avec Le Pasteur d'Hermas laissent penser également à une origine romaine.

On a attribué d'autres ouvrages à Clément : le Roman pseudo-clémentin connu en deux recensions, l'une grecque (les Homélies clémentines) et l'autre latine (le Roman des Reconnaissances), et deux lettres sur la Virginité, citées par Jérôme mais inconnues d'Eusèbe de Césarée et qui paraissent dater au IVe siècle.

Données de la tradition orale[modifier | modifier le code]

Clément est très vénéré dans les pays de l'Est à cause d'une tradition qui le fait mourir en exil au bord du Pont-Euxin dans l'actuel Inkerman qui se trouve aujourd'hui en Crimée (Ukraine). À cause de la même tradition de la présence de ses reliques à une extrémité de la route des Varègues aux Grecs, la première église construite en bois en Scandinavie lui aurait été dédiée.

Martyre et vénération[modifier | modifier le code]

Saints Cyrille et Méthode amenant les restes de Saint Clément à Rome.
fresque du XIe siècle, Basilique St-Clément de Rome

Selon une tradition, Clément est mort en martyr, mais les Acta de son supplice, rédigés au IVe siècle ont un caractère légendaire.

Saint Clément est le patron des mariniers pour avoir été martyrisé sous l'empereur Trajan vers 99, précipité au fond de la mer une ancre de marine accrochée au cou. Ses reliques auraient été ramenées de Crimée à Rome par saints Cyrille et Méthode au IXe siècle. Elles sont vénérées dans la basilique Saint-Clément, près du Colisée, édifice dont il est dit qu'il a été érigé à l'emplacement de la maison du saint à Rome.

Son nom est cité avec ceux de ses prédécesseurs Lin et Clet dans la première prière eucharistique de la liturgie de l'Église latine (appelé autrefois 'canon romain').

Il est liturgiquement commémoré le 23 novembre par les catholiques latins et les anglicans. Les églises syriaque orthodoxe, syro-malankare orthodoxe, grecque orthodoxe, catholique syriaque et catholiques orientales le célèbrent le 24 novembre, l'Église orthodoxe russe, le 25 novembre et l'Église copte orthodoxe le 8 décembre.

Iconographie[modifier | modifier le code]

Clément est représenté avec l'ancre de son martyre au cou[10].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

Études[modifier | modifier le code]

  • Alexandre Faivre, Chrétiens et Églises : des identités en construction. Acteurs, structures, frontières du champ religieux chrétien, Paris, Cerf-Histoire, 2011, 608 p. la troisième partie de cet ouvrage (p. 383-442) regroupes les recherches les plus récentes sur la lettre de Clément de Rome : chapitre VIII :"Préceptes laïcs et commandements humains. Les fondements scripturaires de 1 Clément 40, 4 ; L'Eglise en question dans la Lettre de Clément de Rome : une ecclésiologie de conflit et d'intégration ; Des adversaires vus de Rome. l'art de gérer un conflit en proposant de nouvelles frontières pour l'ekklèsia
  • article du Dictionnaire de Théologie Catholique, sur Clément de Rome, numérisé par Jesusmarie.com en ligne
  • Yves Maris, article "Clément de Rome", in Chemins cathares, article en ligne
  • Paul Fargues, Histoire du christianisme, éd. Fischbacher, 1929, Tome II, ch. 1, en ligne

Textes du Pseudo-Clément[modifier | modifier le code]

  • Homélies, dites Homélies clémentines, trad. A. Siouville, Verdier, 1991, 418 p.
  • Deuxième épître de Clément au Corinthiens (vers 150), éd. Hemmer, Les Pères apostoliques, t. X, Paris, Picard, 1909.
  • Roman des Reconnaissances (Syrie, IIIe siècle) : Les Reconnaissances du Pseudo-Clément. Roman chrétien des premiers siècles, Brepols, 1999, 649 p.

Liens externes[modifier | modifier le code]


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Anaclet
Emblem of the Papacy SE.svg
Pape de l’Église catholique
Evariste

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) John Chapman, « Pope St. Clement I. », The Catholic Encyclopedia 1908
  2. Le titre de Pape apparaît au cours du IIIe siècle, et n'est pas utilisé pour l'évêque de Rome avant le début du IVe siècle. Philippe Levillain, Dictionnaire historique de la papauté, Fayard, 2003, s. v. « Pape ».
  3. Adversus Haereses III, 2, 3
  4. 4, 3
  5. Vision 2, 4, 3
  6. Le grand dictionaire historique, ou le mélange curieux de l'histoire sacrée et profane, Louis Moréri 1740
  7. Cf bibliographie pour la traduction
  8. C'est la date généralement retenue, même si les dates peuvent osciller selon les chercheurs entre 80 et 140.
  9. Calixte Ier, vers 217, est le premier personnage semblant avoir assumé le poste d’évêque et ayant quelque consistance historique, cf. Yves-Marie Hilaire, Histoire de la papauté : 2 000 ans de missions et de tribulations, Paris, Folio, coll. « Histoire »,‎ 2003 Certains chercheurs parlent plutôt de Victor Ier, son prédécesseur (vers 199)
  10. B. Des Graviers et T. Jacomet, Reconnaître les saints : Symboles et attributs, Massin,‎ 2006 (ISBN 2-7072-0471-4)

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