Évangile selon Thomas

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Une feuille de papyrus du codex II de Nag Hammadi sur lequel on a découvert une version complète de l’évangile selon Thomas.

L’évangile selon Thomas est un écrit apocryphe chrétien qui figure dans la deuxième partie du codex II de Nag Hammadi.

Découvert en décembre 1945 à Nag Hammadi, en Haute-Égypte, associé dans le même codex à d’autres textes également rédigés en copte, le manuscrit date du IVe siècle mais a probablement été rédigé sur base d'un original grec dont on a retrouvé des traces dans des papyri d'Oxyrhynque[N 1] datés du IIIe siècle[1].

Ce « cinquième évangile » pourrait provenir d'un milieu syriaque ou palestinien, rédigé par une série de rédacteurs entre le Ier et le IIe siècles. Certains chercheurs y détectent des éléments pré-synoptiques. Toutefois, ce point de vue ne fait pas consensus.

Il s'agit d'un recueil de sentences — des logia — qui, selon l’incipit du texte, auraient été prononcées par Jésus et transcrites par « Didyme Jude Thomas ». Au nombre de 114, les logia sont ainsi le plus souvent précédés de la mention « Jésus a dit ». Bon nombre ont leur parallèle dans les évangiles selon Matthieu et selon Luc ainsi que, dans une moindre mesure, dans l’évangile selon Marc.

Découverte[modifier | modifier le code]

La version complète en langue copte de l’évangile de Thomas a été découverte en 1945 dans une jarre de plus d'un mètre de haut, cachée dans un cimetière païen de Nag Hammadi (Égypte) ou dans une grotte[2]. Les paysans qui ont découvert ces manuscrits ont donné plusieurs versions, de sorte que si on est sûr de la localisation de Nag-Hammadi, l’environnement précis de la découverte de cette jarre n'est pas connu[N 2]. Aux côtés du codex sur lequel figurait cet évangile, se trouvaient onze autres codex en papyrus datant du IVe siècle et rassemblant cinquante-deux écrits[2]. Comme les couvertures de certains des écrits étaient formées de papyrus documentaires dont certains étaient datés, il a été possible de déterminer précisément après quelle date ces manuscrits ont été cachés[3][réf. incomplète]. Les textes retrouvés dans cette amphore figuraient sur la liste d'un décret de l’évêque Athanase d'Alexandrie qui ordonnait leur destruction[3].

Avant cette découverte on ne connaissait que moins de dix logia de ce texte grâce à des fragments en grec datant de la fin du IIe ou du début du IIIe siècle, notamment ceux retrouvés dans des fouilles à Oxyrhynque[N 3],[N 4].

L’évangile de Thomas retrouvé à Nag-Hammadi figurait dans le même codex — le II — que d'autres textes chrétiens eux aussi dans leur version copte[N 5].

Contenu[modifier | modifier le code]

Nag Hammadi Codex II, folio 32, le début de l’évangile selon Thomas

C’est un recueil de logia (terme grec signifiant « paroles »[N 6]), c’est-à-dire d'expressions de Jésus, au nombre de cent quatorze, le plus souvent précédés de la mention « Jésus a dit ». Bien que de nombreuses sentences soient propres à cet évangile et que certaines même proposent une vision de la foi différente de celle des évangiles canoniques, soixante-dix-neuf de ces logia trouvent leurs parallèles dans la littérature synoptique, pour l'essentiel dans les évangiles selon Matthieu et selon Luc et, dans une moindre mesure, dans l’évangile selon Marc[4]. Cela peut signifier une influence des synoptiques sur Thomas, ou l’inverse. Cela peut aussi être le signe que Thomas et les synoptiques avaient une source commune[5],[N 7].

Il n’y est pas fait mention de la naissance de Jésus, de sa mort ou de sa résurrection. Dans le logion no 12, les disciples interrogent simplement Jésus, pour savoir quel chef « se fera grand sur eux » lorsqu'il les « quittera ». Jésus désigne alors Jacques le Juste.

Le genre littéraire de recueil de paroles de Jésus auquel cet évangile appartient est attesté par des fragments d'évangiles retrouvés en Égypte et notamment des fragments d'un évangile attribué à Matthieu, différent de celui que l'on connaît[6][réf. incomplète], et par les écrits de Pères de l’Église comme Papias de Hiérapolis qui mentionne un recueil de paroles de Jésus écrit en langue hébraïque par Matthieu, « que chacun traduisait (ou interprétait) comme il pouvait. » C'est à ce genre littéraire qu'appartient aussi l’hypothétique source Q qui, selon la « théorie des deux sources », serait avec une version de l’évangile selon Marc[N 8] le matériel sur lequel se seraient fondés les rédacteurs des évangiles attribués à Matthieu et à Luc. Certains auteurs reconnaissent dans l’évangile selon Thomas des éléments pré-synoptiques[7], mais cette position ne fait pas consensus. Il est possible que ce genre littéraire ait précédé la rédaction des évangiles canoniques.

Titre[modifier | modifier le code]

Le titre original du texte est non pas l’Évangile de Thomas - expression qui reprend une formulation secondaire figurant à la fin du texte, probablement calqué sur l'intitulé des titres des évangiles canoniques - mais, suivant l'incipit, Les paroles secrètes de Jésus écrites par Thomas. Suivant cet incipit, certains auteurs ont insisté sur l'aspect ésotérique du texte[8], et de sa théologie, mais celui-ci est néanmoins à relativiser : le terme « secret » ou « caché » renvoie davantage au caractère mystérieux des paroles de Jésus qu'à une transmission entre initiés. Au-delà de leur sens manifeste, les paroles de Jésus ont un sens plus profond qui ne se révèle qu'au prix d'un effort d'interprétation dont, dans le logion no 1 qui suit l'incipit, Jésus semble donner la clef herméneutique[9] et inviter à cette interprétation : « Celui qui trouvera l'interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort ». La suite du texte insiste sur la nécessité d'approfondir certaines paroles, en répétant à plusieurs reprises « Que celui qui a des oreilles (pour entendre) entende »[10]. Il est à remarquer que dans les évangiles canoniques, Jésus affirme ne jamais avoir rien dit en secret.

Datation[modifier | modifier le code]

La datation est débattue car la nature même du texte le rend difficile à dater avec précision : constitué d'un assemblage de citations, son corpus est évidemment plus malléable que les évangiles canoniques les plus connus et, par conséquent, la genèse de sa formation doit être abordée de manière singulière : ainsi se pose davantage la question de savoir quand la compilation a débuté, comment elle s'est poursuivie et quand elle s'est fixée, si elle l’a été[11].

Des indices semblent témoigner de l’existence de certaines versions de l’évangile de Thomas dès le Ier siècle[12] : la collection de citations est une forme littéraire qui appartient à la première période de l’activité littéraire chrétienne, à rapprocher de la source Q, une collection de proverbes et paraboles utilisées pour la composition des évangiles selon Matthieu et Luc[13]. Le fait que le nom de Jésus — simplement nommé comme tel — ne soit accompagné d'aucun des titres christologiques dont l’apparition est plus tardive est également à considérer[14]. En effet, le prénom Jésus était extrêmement courant en Judée au premier siècle et la mention du prénom seul sans épithète permettant une désambiguïsation milite pour une rédaction tardive de l'évangile de Thomas[15]. L’existence de ces versions de la fin du Ier siècle ne signifie pas pour autant que l’évangile aujourd'hui connu remonte à cette période haute, car le texte témoigne de nombreux ajouts, modifications et innovations[12].

Au tournant du IIe siècle, la collecte de paroles comme forme d'évangile semble — pour des raisons inconnues — passer de mode notamment au profit du genre narratif. C'est alors qu'apparaît également une nouvelle forme d'évangiles dans lesquels le Jésus ressuscité délivre une connaissance ésotérique ; ce genre reprend et développe de plus anciennes citations attribuées à Jésus[13]. Ces traces de réécritures gnosticisantes du texte portent à ne pas dater la version connue actuellement avant le milieu du IIe siècle[16]. Ainsi, depuis les dernières décennies du Ier siècle, lorsque la collecte et la fixation des paroles de Jésus étaient toujours en cours et en débat, la compilation de l’évangile de Thomas a pu se poursuivre au cours du IIe siècle, permettant au corpus de grandir et d'évoluer jusqu'à la version copte trouvée à Nag-Hammadi, vraisemblablement copiée au IVe siècle par un moine de Haute-Égypte[17]. Dans l’exégèse de ce texte, il faut ainsi prendre en compte la possibilité de datations différentes pour chacun des logia qui le composent[18].

Dans les débats modernes sur la datation, la littérature ésotérisante a également voulu y voir un texte antérieur aux écrits néotestamentaires[16].

Auteur[modifier | modifier le code]

Le texte copte de Nag-Hammadi s'ouvre sur l’incipit suivant :

« Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a écrites Didyme Jude/Judas[19] Thomas[20] »

Le texte est ainsi assigné à un certain « Didyme Judas Thomas » ou, dans le texte grec plus ancien que l’on connaît par le Papyrus Oxyrhynchus 654 (P. Oxy. 654), plus simplement à « [Judas, qui est aussi] (appelé) Thomas »[21], tel que le texte est en général reconstitué, la partie entre crochets étant manquante[22].

Ensemble de citations compilées, avec des matériaux ajoutés, adaptés ou supprimés au fil du temps et des circonstances, il est admissible que l’évangile de Thomas ait été composé par une série de rédacteurs variant dans le temps et dans l’espace. Il n'est donc pas nécessaire d'attacher trop d'importance historique à la mention de cet incipit très probablement pseudonyme[23]. Celui-ci n'en atteste pas moins de certaines traditions.

Tradition syrienne[modifier | modifier le code]

Si le nom de Judas est bien attesté comme tel, les noms « didyme » et « thoma » sont eux simplement des mots utilisés respectivement en grec et en araméen pour désigner un « jumeau ». Ainsi, le document a été originalement attribué à « Judas le Jumeau » puis, ultérieurement, un rédacteur a ajouté le terme grec pour éclairer les lecteurs ne comprenant pas la racine sémitique thoma[24].

La figure apostolique de Judas Thomas est intimement liée au christianisme de Syrie ainsi qu'en atteste une abondante littérature : les Actes de Thomas, le Livre de Thomas l’Athlète, la Doctrine d'Addaï… On la retrouve également dans des récits légendaires qui racontent comment il a favorisé l’évangélisation du royaume d'Édesse en y envoyant — selon une version d'Eusèbe de Césarée — l’apôtre Thaddée pour répondre à une promesse de Jésus à « Abgar le Noir », voire — suivant d'autres versions[S 1] — en s'y rendant lui-même. Les Actes de Thomas le voient poursuivre son œuvre évangélique jusqu'en Inde où il est martyrisé avant que ses restes soient retournés « vers l’ouest », probablement à Édesse où d'autres traditions le font mourir mais qui, en tout état de cause, devient un lieu de pèlerinage à sa mémoire. Ainsi, les chrétiens orientaux de Syrie considèrent Judas Thomas comme l’apôtre fondateur de leur Église[24].

« Judas le Jumeau »[modifier | modifier le code]

Ce Judas (Ἰούδας) le Jumeau / Thomas est à distinguer de Judas l’Iscariote, ce que les écrits néotestamentaires semblent faire sous la désignation de « Judas fils de Jacques » dans les listes apostoliques de l’évangile selon Luc[S 2] et des Actes des Apôtres[S 3], ou plus simplement « Judas, non pas l’Iscariot » dans l’évangile selon Jean[S 4]. C'est peut-être également à lui également que l’Épître de Jude (Ἰούδας) est attribuée[23].

L’apôtre Judas / Thomas est également à distinguer du disciple Thomas qui doute de la résurrection de Jésus dans le chapitre 20 de l’évangile selon Jean[S 5]. Cette distinction est très claire pour la tradition syrienne qui, par exemple, dans sa traduction de l’évangile johannique, parle de « Judas Thomas » à la place de « Judas, non pas l’Iscariote » et ne l’associe pas au Thomas « doutant » du chapitre 20[23].

Concernant l’apôtre Judas Thomas, il est vraisemblable que le nom de Judas, par trop entaché de la mauvaise réputation due à Judas l’Iscariote, se soit progressivement estompé dans la plupart des traditions chrétiennes au profit du seul surnom « Thomas », ainsi que, de la même manière, on parle encore de nos jours de l’« Épître de Jude » plutôt que de l’« Épître de Judas »[23].

Frère de Jésus[modifier | modifier le code]

La question se pose de savoir de qui ce Judas est-il le « jumeau ». Hormis l’Iscariote, le christianisme primitif connaît deux Judas néotestamentaires : d'une part, celui qui apparaît dans l’évangile selon Luc[S 2], les Actes des Apôtres[S 3] et l’évangile selon Jean[S 4] et ne semble guère jouer de rôle particulier ; d'autre part le Judas frère de Jésus qui apparaît dans l’évangile selon Marc[S 6] et sous l’autorité duquel l’Épître de Jude[S 7] est placée[25]. Dans la tradition syrienne des Actes de Thomas, Jésus apparaît sous les traits de Judas Thomas, et explique : « Je ne suis pas Judas, celui qui est également appelé Thomas, mais son frère », témoignant de la tradition syriaque dans laquelle Thomas Judas est assimilé à un frère de Jésus[23].

Ainsi, il est possible que l’évangile de Thomas se réclame lui-même intentionnellement de l’autorité du frère de Jésus. Le texte évoque d'ailleurs, en son logion 12, l’autorité d'un autre frère de Jésus, Jacques le Juste. l’association de ces deux frères de Jésus semble dépasser la simple autorité apostolique du texte pour y ajouter la légitimité des liens familiaux[23].

La portée effective ou symbolique du lien familial ou de la gémellité entre Judas / Thomas et Jésus est l’objet de débats parmi les exégètes, comme l’identité des différentes personnalités qui peuvent apparaître sous ces traditions onomastiques aux multiples croisements et ramifications.

Milieu d'origine de la composition de cet évangile[modifier | modifier le code]

Le nom de l’apôtre « Judas Thomas » ou « Didymos Judas Thomas » se retrouve dans les premiers textes chrétiens liés à la Syrie et aux traditions syriaques. Cet attachement géographique est un phénomène que l’on trouve traditionnellement pour d'autres apôtres dont l’autorité apostolique est associée à une région particulière qu'ils auraient évangélisée sans que l’on puisse précisément faire la part de l’historicité ou de la légende ; ainsi Jacques est lié à Jérusalem, Jean à l’Asie Mineure, Pierre l’est à Rome[26]

Judas Thomas est quant à lui bien attesté comme apôtre d'Osroène et plus particulièrement de la ville d'Édesse (l’actuelle Şanlıurfa dans l’est de la Turquie), ce qui peut laisser penser que cette région est le bassin rédactionnel de l’évangile de Thomas, ce qui est communément admis par nombre de chercheurs depuis les travaux d'Émile Puech[27]. Néanmoins, les attestations de Judas Thomas dans la littérature syriaque traditionnelle sont postérieures à l’évangile de Thomas d'au moins un siècle, sinon plus, ce qui soulève la question de savoir si le texte ne précède pas la tradition syrienne. Ainsi, se fondant sur l’autorité conférée à Jacques le Juste — chef de la communauté de Jérusalem — dans le logion 12 de l’évangile de Thomas et sur la version d'Eusèbe de Césarée de la Légende d'Abgar, qui fait de Thomas une autorité non à Édesse mais en Palestine, certains chercheurs penchent pour une rédaction dans les cercles proches de la communauté hiérosolymitaine, qui se serait ultérieurement diffusée en Syrie[26].

Un écrit gnosticisant ?[modifier | modifier le code]

Dans les premières années après sa découverte, l’évangile de Thomas a été classé dans les écrits gnostiques — à l’instar des autres traités de la collection de Nag Hammadi — caractérisés alors par le refus gnostique du monde[28]. Certains chercheurs y ont ainsi vu une relecture gnostique des évangiles canoniques. On a ainsi affirmé que le deuxième logion de cet évangile, réputé comme résumant la démarche gnostique et invitant à la recherche et au doute, se trouvait aussi dans l’évangile des Hébreux, totalement perdu[29], ou un évangile appelé « Traditions de Matthias »[30], d'après les citations qu'en donnent les Pères de l’Église comme par exemple Clément d'Alexandrie (IIe siècle)[30].

Mais plusieurs chercheurs envisagent le texte comme issu d'une tradition indépendante, et la tendance actuelle de la recherche est d'envisager le document indépendamment du problème de ses sources[31].

Suivant Claudio Gianotto, la rédaction de l’évangile de Thomas prend place dans un groupe judéo-chrétien qui, s'il reconnaît l’autorité de Jacques le Juste, est porteur d'un certain radicalisme propre au mouvement de Jésus de Nazareth de son vivant. À la différence des communautés judéo-chrétiennes perpétuant les pratiques juives dont il dénie la valeur salvifique, l’auteur de l’évangile de Thomas propose une « ascèse abstentionniste radicale » qui affirme puiser ses origines dans un enseignement ésotérique de Jésus[32].

Quoi qu'il en soit, le caractère gnostique du texte est désormais à relativiser : la définition du gnosticisme ne fait pas consensus et des critères de qualification dans ce sens font débat. April De Conick explique ainsi que le gnosticisme et l’évangile de Thomas partagent un riche héritage judaïco-hermétique dont ce dernier adopte certains schémas sotériologiques[33][réf. incomplète]. Mais la chercheuse considère pour sa part qu'au-delà de ses influences judéo-chrétiennes, hermétiques, et encratites, le texte est marqué par le mysticisme juif qui explique son aspect ésotérique bien mieux qu'une influence gnostique[34]. Elle argue également qu'un « usage » gnostique n'implique pas une « origine » gnostique : l’étude de l’influence de l’évangile de Thomas sur les systèmes gnostiques du IIe siècle reste à faire.

Extraits[modifier | modifier le code]

P. Oxyrhynchus 654

Le texte commence par :

« Voici les paroles cachées que Jésus le Vivant a dites et qu'a écrites Didyme Jude Thomas[35]. »

Le logion no 1 :

« Celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort »

Le logion no 2 :

« Jésus a dit : « Que celui qui cherche ne cesse pas de chercher, jusqu’à ce qu’il trouve. Et quand il aura trouvé, il sera troublé ; quand il sera troublé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout. » »

Le Papyrus Oxyrhynchus 654 ainsi qu'une citation de Clément d'Alexandrie et l’évangile des Hébreux donnent une autre version : « et ayant été troublé, il régnera ; et ayant régné il atteindra le repos ».

Le logion no 7 :

« Jésus a dit : « Heureux le lion que l’homme mangera, et le lion deviendra homme ; et maudit est l’homme que le lion mangera, et le lion deviendra homme. » »

Dans les deux cas, le lion deviendra homme. Selon Claudio Gianotto, « le lion, dans la tradition gnostique, est le symbole du démiurge ou des passions. » « Cette parole de Jésus veut simplement souligner l’impossibilité, dans un contexte gnostique, d’une totale absorption de l’élément spirituel par l’élément matériel et passionnel. »[36][réf. incomplète].

Le logion no 29 :

« Si la chair est venue à l’existence à cause de l’esprit, c’est une merveille ; mais si l’esprit est venu à l’existence à cause de la chair, c’est une merveille de merveille. Et moi, je m’émerveille de ceci : comment cette richesse s'est-elle mise dans cette pauvreté ? »

Le logion no 80 :

« Celui qui a connu le monde a trouvé le corps, mais celui qui a trouvé le corps, le monde n’est pas digne de lui. »

Le logion no 82 :

« Celui qui est près de moi est près du feu, et celui qui est loin de moi est loin du Royaume. »

Il est cité par Origène qui s'interrogeait à son sujet dans son Homélie sur Jérémie[S 8],[N 9].

Le logion no 94 :

« Celui qui cherche trouvera – à celui qui frappe de l'intérieur, on ouvrira[37]. »

Le logion no 95 :

« Si vous avez de l'argent ne le prêtez pas avec intérêt, mais donnez-le à celui dont vous ne recevrez rien en retour[37]. »

Le logion no 105 :

« Jésus a dit : Celui qui connaît son père et sa mère, on l’appellera fils d’une prostituée[38]. »

Mais une autre traduction propose : « l’appellera-t-on fils d'une prostituée ? »[N 10].

Le dernier logion no 114 :

« Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. » Jésus dit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux. » »

Cette idée se retrouve ailleurs dans la littérature gnostique[S 9].

Le logion le plus court ne fait que deux phrases :

« Jésus a dit :
Soyez passants »

.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Oxyrhynque 1, 654 et 655.
  2. Un des paysans a même reconnu avoir brûlé quelques-uns des manuscrits pour se réchauffer. Bernadette Arnaud, « Les trésors oublié du désert égyptien », dans Sciences et Avenir, no 791, janvier 2013, p. 47.
  3. Pour le texte des logia retrouvé à Oxyrhynque, voir France Quéré, Évangiles apocryphes, éd. du Seuil, Paris, 1983.
  4. Jean-Daniel Dubois opte pour une datation tardive des papyri d'Oxyrhynque au IIIe siècle ; cf. Jean-Daniel Dubois, Jésus apocryphe, éd. Mame, 2011, p. 31.
  5. Le Livre secret de Jean, l’Évangile selon Thomas, l’Évangile selon Philippe, l’Hypostase des archontes, un traité sans titre souvent appelé Traité sur l’origine du monde, l’Exégèse de l’âme, le Livre de Thomas l’Athlète.
  6. Outre le sens de « Paroles » qui est son sens principal, logia est la transcription du pluriel du mot grec λογιον (logion) qui signifie aussi « réponse d’oracle ».
  7. Selon Jean Doresse, qui a fait la première publication des textes de Nag Hammadi, il s’agit d’« un apocryphe où ce qui correspond aux évangiles a toutes chances d’avoir été tiré d’eux, et non de leur source première, tandis que ce que Thomas offre d’inédit, même si cela mérite la qualification de logia, risque d’avoir été l’objet non seulement d’approximations mais aussi de retouches. » cf. Jean Doresse, L’Évangile selon Thomas, 2e éd. 1988.
  8. Cette version de l’évangile selon Marc serait antérieure à celle que l'on connaît.
  9. Est-ce le feu de Dt 93 ou de Lc 1249 ?
  10. Selon la traduction de Jean Doresse, L’Évangile selon Thomas, 2e éd. 1988. La phrase ne comporte pas de pronom ou d'adverbe interrogatif. En copte, l’interrogation peut être indiquée par le ton de la voix, d'après le contexte, mais la caractéristique de ces logia est justement de ne pas avoir de contexte.

Sources antiques[modifier | modifier le code]

  1. Itinerarium Egeriae, 17,1 et 19,2, cité par (en) Stephen J. Patterson, « Understanding the Gospel of Thomas Today », dans Stephen J. Patterson, Hans-Gebhard Bethge et James M. Robinson, The Fifth Gospel. The Gospel of Thomas Comes of Age, éd. T&T Clark, 2011, p. 30.
  2. a et b Lc 6. 16.
  3. a et b Ac 1. 13.
  4. a et b Jn 14. 22.
  5. Jn 20.
  6. Mc 6. 3.
  7. Jd 1.
  8. Homélie sur Jérémie, III, 3
  9. Extraits de Théodote, 21,3 ; Héracléon, fragment 5/5, in Origène, In Iohannem, VI, 20 sq.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-Daniel Dubois, Jésus apocryphe, éd. Mame, 2011, p. 31.
  2. a et b Bernadette Arnaud, « Les trésors oublié du désert égyptien », dans Sciences et Avenir, no 791, janvier 2013, p. 47.
  3. a et b Norman Golb, Qui a écrit les manuscrits de la Mer morte ? : enquête sur les rouleaux du désert de Juda et sur leur interprétation contemporaine, Paris, Plon,‎ 1998 (ISBN 9782259183888).
  4. Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ? , éd. Bayard, 2011, p. 897.
  5. Jean Daniel Kaestli, « L’évangile de Thomas : Que peuvent nous apprendre les « paroles cachées » de Jésus », dans Frédéric Amsler, Jean-Daniel Kaestli et Daniel Marguerat, Le Mystère apocryphe : introduction à une littérature méconnue, Labor et Fides,‎ 2007 (ISBN 9782830912418, lire en ligne), p. 74-76.
  6. Voir à ce sujet France Quéré, Évangiles apocryphes, éd. du Seuil, Paris, 1983.
  7. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, p. 226.
  8. Jacques E. Ménard, L'évangile selon Thomas : [traduction et commentaire], 1975, éd. Brill, Leiden, p. 76.
  9. hermeneia en grec signifie « interprétation »
  10. Jean-Daniel Kaestli, « L'Évangile de Thomas », dans Jean-Daniel Kaestli et Daniel Marguerat (dir.), Le mystère apocryphe : Introduction à une littérature méconnue, Labor et Fides,‎ 2007 (ISBN 9782830912418, lire en ligne), p. 83
  11. (en) Stephen J. Patterson, « Understanding the Gospel of Thomas Today », dans Stephen J. Patterson, Hans-Gebhard Bethge et James M. Robinson, The Fifth Gospel. The Gospel of Thomas Comes of Age, éd. T&T Clark, 2011, pp. 33-34
  12. a et b (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 36.
  13. a et b (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 34.
  14. (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 35.
  15. « Jésus et l'Histoire: partie authenticité des évangiles », sur Info-Bible
  16. a et b Frédéric Amsler, L’évangile inconnu : la source des paroles de Jésus (Q), éd. Labor & Fides, 2006, p. 20.
  17. (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 37.
  18. (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 38.
  19. En grec : Ἰούδας. Dans les traductions récentes francophones, on trouve chez les spécialistes tantôt la graphie « Judas », tantôt la graphie « Jude », cette dernière étant souvent privilégiée pour distinguer ce « Didyme Judas » de « Judas l'Iscariote ». Cf. infra
  20. Jean-Daniel Kaestli, « L'Évangile de Thomas », dans Jean-Daniel Kaestli et Daniel Marguerat (dir.), Le mystère apocryphe : Introduction à une littérature méconnue, Labor et Fides,‎ 2007 (ISBN 9782830912418, lire en ligne), p. 82
  21. (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 29.
  22. The Gospel of Thomas: Papyrus Oxyrhynchus 654
  23. a, b, c, d, e et f (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 31.
  24. a et b (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 30.
  25. François Vouga, Les premiers pas du christianisme, éd. Labor & Fides, 1997, p. 75.
  26. a et b (en) Stephen J. Patterson, op. cit., p. 32.
  27. Cf. (en) Stephen J. Patterson, The Gospel of Thomas and Jesus, éd. Polebridge Press, 1993, p. 118–120.
  28. Jean-Daniel Dubois, « Soyez passant, ou l’interprétation du logion 42 de l’Évangile selon Thomas », in Louis Painchaud et Paul-Hubert Poirier (éds.), Colloque international « l’Évangile selon Thomas et les textes de Nag Hammadi », éd. Presses de l’Université de Laval, 2007, p. 95 [lire en ligne].
  29. Jacques É Ménard, L’Évangile selon Thomas, éd. E. J. Brill, Leiden, 1975, p. 5 [lire en ligne].
  30. a et b Jean-Yves Leloup, L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, Paris, 1986, p. 61.
  31. François Bovon, « Les sentences propres à Luc dans l’Évangile selon Thomas », in Louis Painchaud et Paul-Hubert Poirier, op. cit., p. 43 [lire en ligne].
  32. Claudio Gianotto, « La polémique anti-juive dans l’Évangile selon Thomas », in Louis Painchaud et Paul-Hubert Poirier, op. cit., p. 157 [lire en ligne].
  33. (en) April De Conick, Seek to see him : ascent and vision mysticism in the Gospel of Thomas, éd. Brill, 1996 [lire en ligne].
  34. (en) April De Conick, op. cit., p. 28.
  35. Jean-Daniel Kaestli, « L'Évangile de Thomas », dans Jean-Daniel Kaestli et Daniel Marguerat (dir.), Le mystère apocryphe : Introduction à une littérature méconnue, Labor et Fides,‎ 2007 (ISBN 9782830912418, lire en ligne), p. 82 ; Jean-Yves Leloup traduit : « Voici les paroles du secret » et on trouve aussi « Voici les paroles apocryphes » ou encore « paroles secrètes », cf. Jean-Yves Leloup, L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, Paris, 1986, p. 47.
  36. Claudio Gianotto, Écrits apocryphes chrétiens I, Évangile selon Thomas, Gallimard, 1997.
  37. a et b Jean-Yves Leloup, L’Évangile de Thomas, éd. Albin Michel, Paris, 1986, p. 39.
  38. Traduction de Claudio Gianotto, op. cit. Sur la dénonciation du mariage, cf. Évangile de Philippe, corpus de Nag Hammadi 122.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Recherche et éditions critiques[modifier | modifier le code]

  • (en) Stephen J. Patterson, Hans-Gebhard Bethge et James M. Robinson, The Fifth Gospel. The Gospel of Thomas Comes of Age, éd. T&T Clark, 2011.
  • L’Évangile de Thomas, traduit et commenté par Jean-Yves Leloup, éditions Albin Michel, juillet 2008, aperçu Google livres.
  • Louis Painchaud et Paul-Hubert Poirier (éds.), Colloque international « L’Évangile selon Thomas et les textes de Nag Hammadi », éd. Presses de l’Université de Laval, 2007.
  • (de) Uwe-Karsten Plisch, Das Thomasevangelium. Originaltext mit Kommentar, éd. Deutsche Bibelgesellschaft, Stuttgart, 2007 (ISBN 3-438-05128-1).
  • Écrits apocryphes chrétiens, vol. I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1997, p. 23-31 (introduction par Claudio Gianotto), p. 33-61 (traduction du copte).
  • Jean Doresse, L’Évangile selon Thomas, Le Rocher, 2e éd. 1988
  • Jacques E. ménard, L'évangile selon Thomas : [traduction et commentaire], 1975, éd. Brill, Leiden, aperçu Google livres

Ésotérisme[modifier | modifier le code]

  • Émile Gillabert, L’Évangile selon Thomas, éd. Dervy Poche, 2009 (3e éd.).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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