Adolf von Harnack

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Adolf von Harnack

Adolf von Harnack est né le 7 mai 1851 à Dorpat, dans la province balte de Livonie en Russie - aujourd'hui Tartu en Estonie. Il est décédé le 10 juin 1930 (à 79 ans) à Heidelberg.

Professeur, docteur en théologie, en droit, en médecine et en philosophie, on considère Adolf von Harnack comme le théologien protestant et l'historien de l’Église le plus considérable de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle et comme l'un des plus importants organisateurs de la science prussienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il venait de l’univers du luthéranisme balte : son père, Theodosius Harnack, était professeur de théologie à l’université de Dorpat et un fidèle de l’orthodoxie luthérienne. Il étudia l’histoire de l’Église à l'Université de Dorpat (1869-1872) puis à l'université de Leipzig où il acquit une vue critique sur l’histoire du dogme chrétien grâce à la théologie d’Albrecht Ritschl et où, dès 1874, en tant que maître de conférences, il commença une série de cours où il traitait de sujets particuliers comme les gnostiques et l'Apocalypse, et qui attirèrent beaucoup l'attention, si bien qu'en 1876 il obtint d’être nommé professeur de Faculté à titre extraordinaire. Dans cette même année, il commença en collaboration avec Oscar Leopold von Gebhardt et Theodor Zahn la publication d'une édition des travaux des Pères de l'Église, Patrum apostolicorum opera, dont une édition abrégée parut en 1877.

Harnack entendait le protestantisme comme une réforme et une révolution : réforme de l’économie du salut et révolution contre l’autorité de l’Église catholique romaine, contre son appareil hiérarchique grâce à une organisation religieuse indépendante et contre l’Ordo cultuel.

Trois ans plus tard, il fut appelé comme professeur de Faculté chargé de l’histoire de l'Église à l'université de Giessen où, à partir de 1882, il collabora irrégulièrement avec Oscar von Gebhardt aux Texte und Untersuchungen zur Geschichte des altchristlichen Litteratur (« Textes et recherches sur l'histoire de la littérature chrétienne ancienne »), qui paraissait périodiquement avec uniquement des essais consacrés au Nouveau Testament et à la patristique. En 1881, il publia un travail au sujet de la vie dans les couvents, Das Mönchtum - seine Ideale und seine Geschichte (« Le monachisme - son idéal et son histoire », 5e édition 1900) et fut avec Emil Schürer rédacteur de la Theologische Literaturzeitung (« Journal de littérature théologique »).

Dans l’empire wilhelmien, Harnack enseigne à l’université de Berlin ; ses seize leçons sur « L'Essence du christianisme » qu’il prononce au cours du semestre d’hiver 1899/1900, sont suivies par plus de 600 étudiants de toutes les facultés. À partir de 1890 Ernst von Dobschütz (1870-1934), qui devait se faire plus tard une réputation internationale comme historien de l’Église et professeur de théologie, est au nombre de ses étudiants.

Harnack devient conseiller politique et entretient de nombreux contacts avec le chancelier Theobald von Bethmann-Hollweg. En collaboration étroite avec ceux qui veulent réformer la bureaucratie de l’État, il représente la ligne moyenne, cherchant à équilibrer les intérêts grâce à des réformes sociales, à éviter les conflits par le consensus, luttant contre la polarisation qui fait s’affronter les points de vue et contre l’aggravation des luttes de classe.

Les valeurs qu’il défend sont celles du libéralisme bourgeois, favorables à une monarchie parlementaire et constitutionnelle ; ce en quoi il s’oppose à la conception politique autoritaire de l’empire dont il surestime la capacité à se réformer.

Sa religion, critique envers la tradition, comprend des idéaux sociaux importants qui sont un symbole du Royaume de Dieu. Il interprète les devoirs d’un chrétien à l’intérieur du monde comme les obligations professionnelles au sein de la communauté. Harnack devient en 1911 président de la Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft fondée sur sa proposition et, de 1905 jusqu’à 1921, il est directeur général de la bibliothèque Royale (à partir de 1918 bibliothèque d'État) de Prusse.

En politique extérieure, Harnack défend une entente entre l’Angleterre et l’Allemagne, combat l’impérialisme pangermaniste et prône la modération et le système des compensations. Au cours de la Première Guerre mondiale, dont il est partisan au début[1], il signe le Manifeste des 93 puis oscille entre rhétorique agressive et pessimisme.

À ce moment, sa conception de l'histoire nationale fondée sur la civilisation protestante le conduit à vouloir garantir cette dernière par la création d’États vassaux à l’est. Il interprète la défaite et la révolution de 1918 comme un passage vers la démocratie et le socialisme.

Contre la ligne majoritaire du protestantisme, presque entièrement anti-républicain alors, ce républicain conservateur prend position pour la démocratie sociale.

Il meurt en 1930 après une courte maladie, il était alors professeur d’histoire de l’Église aux universités de Leipzig, de Giessen, de Marbourg et de Berlin. Son manuel en 3 volumes de l’histoire des dogmes (1886-1890) ; plusieurs nouvelles éditions augmentées) est considéré comme la plus importante de ses publications théologiques.

Famille[modifier | modifier le code]

Adolf est le frère jumeau du mathématicien Axel Harnack (1851 — 1888).

Le 27 décembre 1879 à Leipzig, il avait épousé Amalie Thiersch (Erlangen, 31 août 1858 - Berlin, 28 décembre 1937), fille du Professeur de chirurgie Carl Thiersch et de Johanna Freiin von Liebig, elle-même fille du savant chimiste Justus von Liebig. Ils eurent trois fils et quatre filles.

Son fils Ernst, né en 1888 et qui sera exécuté en 1945 par les nazis pour sa participation à l'attentat contre Hitler du 20 juillet 1944, avait adhéré au SPD.
Son fils cadet Axel (1895 - 1974), était Professeur associé (Privatdozent) à l'Université de Tübingen.

Agnes von Zahn-Harnack (1884 - 1950), sa fille préférée, était une représentante éminente du mouvement féministe et membre du Parti démocrate allemand (Deutsche Demokratische Partei, libéral, fondé en 1918, disparu en 1930).

Les résistants Arvid Harnack, né en 1901, abattu par les nazis en 1942, et Falk Harnack, né en 1913, metteur en scène, mort en 1991, étaient ses neveux.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Dans L'Alsace pendant la Guerre Spindler écrit le 15 janvier 1915 : « Je lis aujourd'hui dans la Internationale Monatsschrift für Wissenschaft, la réponse du professeur Harnack à une lettre que lui ont adressée les pasteurs anglais. Elle est typique. “Notre civilisation a été à peu près exclusivement représentée par trois peuples : Nous, les Américains et les Anglais !” Ainsi, la France n'a eu aucune influence sur la culture européenne… Après cette entrée en matière, faite pour flatter l'orgueil des Anglo-Saxons, Harnack donne sur les origines de la guerre, la version que nous connaissons. Il excuse la violation de la Belgique par cette phrase : Nous étions dans une situation où il n'y a plus de formes à garder ! »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Adolf Von Harnack[modifier | modifier le code]

  • Porphyrius, "Gegen die Christen", 15 Bücher: Zeugnisse, Fragmente und Referate. Abhandlungen der Königlich Preussischen Akademie der Wissenschaften. Philos.-histor. Klasse 1916 ;

citées par Jean Hadot[1]

  • Précis de l’histoire des dogmes (Grundriss der Dogmengeschichte, 1899), trad. E. Choisy, Paris, 1893 ;
  • L’Essence du christianisme (Das Wesen des Christentums, 1900), Fischbacher, Paris, 1902, nouv. éd. 1907 ;
  • Lehrbuch der Dogmengeschichte, 3 vol., Tübingen, 1909 ;
  • Mission und Ausbreitung des Christentums in der drei ersten Jahrhunderten, 2 vol., 4e éd., Leipzig, 1924 ;
  • Geschichte der altchristlichen Literatur bis auf Eusebius, 3 vol., Leipzig, 1893-1904, 2e éd., Leipzig, 1958.
  • Marcion. L’évangile du Dieu étranger. Une monographie sur l’histoire de la fondation de l’Église catholique. Traduction: Éd. du Cerf, Paris, 2005

Études sur Von Harnack[modifier | modifier le code]

citées par Jean Hadot[1]

  • P. Battifol, L’Église naissante et le catholicisme, 1re éd., Paris, 1909, rééd. Cerf, 1971
  • J. de Hellinck, « La Carrière scientifique de Harnack », in Rev. Hist. ecclésiastique, t. XXVI, 1930
  • Alfred Loisy, L’Évangile et l’Église, Bellevue, 1903
  • Émile Poulat, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Casterman, Tournai-Paris, 1965, 2e éd. rev. 1979
  • A. Von Zahn-Harnack, Adolf von Harnack, Berlin, 1936.

Lien externe[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean Hadot, article Adolf Von Harnack, dans Encyclopedia Universalis, 2000


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