Concile de Chalcédoine

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Le concile de Chalcédoine (en latin : concilium Chalcedonense ; en grec : Σύνοδος της Χαλκηδόνας) est le quatrième concile œcuménique et a eu lieu du 8 octobre au 1er novembre 451 dans l'église Sainte-Euphémie de la ville éponyme, aujourd'hui Kadıköy, un quartier chic de la rive asiatique d'Istanbul.

Convoqué par l'empereur byzantin Marcien et son épouse l'impératrice Pulchérie, à partir du 8 octobre 451, le concile réunit 343 évêques (un record) dont quatre seulement viennent d'Occident. Dans la continuité des conciles précédents, il s'intéresse à divers problèmes christologiques et condamne en particulier le monophysisme d'Eutychès sur la base de la lettre du pape Léon Ier intitulée Tome à Flavien[1] (nom du patriarche de Constantinople, destinataire de la lettre du pape). C'est durant ce concile qu'est redéfinie la notion de personne (hypostase) :

  1. comme le principe de différenciation relationnelle au sein du mystère d'un Dieu à la fois un et trine ;
  2. comme le principe d'unité et d'identité, dans le cas des deux natures, dans la personne unique du Christ.

L'évêque de Rome, Léon le Grand, refuse d'accepter le vingt-huitième canon du concile qui, en attribuant à la ville de Constantinople le titre de « Nouvelle Rome », lui accordait de ce fait la primauté sur les autres patriarcats[1].

Certains chrétiens orientaux miaphysites rejettent l'intégralité du concile, produisant un schisme qui forme ce que l'on appelle désormais les Églises des trois conciles ou « Églises préchalcédoniennes ».

Le concile a aussi légiféré sur des questions d'organisation de l'Église. Ainsi le canon 2 considère que les ordinations de prêtres obtenues contre de l'argent sont nulles et prévoit que l'évêque qui en est responsable soit déposé.

Déroulement[modifier | modifier le code]

À la première séance, le 8 octobre, les légats romains demandent la mise en accusation de Dioscore d'Alexandrie. Il est procédé au réexamen des actes du Brigandage d'Éphèse. Flavien de Constantinople est réhabilité.

Le 13 octobre, Dioscore d'Alexandrie est cité, sans succès, à comparaître. Il est déposé pour avoir excommunié le pape, avoir déposé Flavien de Constantinople, avoir reçu Eutychès dans sa communion et avoir refusé de comparaître.

Le 17 octobre, à la demande des commissaires impériaux, le concile proclame à l'unanimité la conformité du Tome de Léon avec le symbole de Nicée-Constantinople, après que les évêques d'Illyrie et de Palestine, jusqu'alors réticents, ont publiquement manifesté leur adhésion.

À la séance du 22 octobre, le concile entreprend l'élaboration de la définition de la foi. Un projet est présenté par Anatole de Constantinople. Il suscite l'opposition des légats romains qui menacent de repartir en Italie si le Tome de Léon ne figure pas dans le symbole. Pour éviter la rupture, une commission est constituée, sur proposition des commissaires impériaux. Elle réunit, autour d'Anatole de Constantinople et des trois légats romains, divers évêques. Elle aboutit à une définition de la foi, unanimement approuvée et promulguée officiellement lors de la séance solennelle, tenue en présence de Marcien, le 25 octobre.

Le concile s'efforce de régler des conflits de juridiction entre les sièges de Tyr et de Béryte, entre ceux de Nicomédie et de Nicée et, surtout, entre ceux d'Antioche et de Jérusalem auquel il reconnaît, le 26 octobre, l'autorité sur les trois Palestines.

Le 29 octobre, en l'absence des légats romains, le concile définit les privilèges du siège de Constantinople. Il lui reconnaît la deuxième place, après Rome, avec juridiction sur les diocèses du Pont, d'Asie et de Thrace. La décision est vivement contestée par les légats romains dès le 30 octobre.

Actes du concile[modifier | modifier le code]

Profession de foi de Chalcédoine[modifier | modifier le code]

5e session, 22 octobre 451.

À la suite des professions de foi de Nicée et de Constantinople, en accord avec les lettres synodales de Cyrille et le Tome à Flavien de Léon :

«  Il (le concile) s'oppose en effet à ceux qui tentent de diviser le mystère de l'économie en une dualité de fils ; il repousse loin de l'assemblée des prêtres ceux qui osent dire passible la divinité du Fils unique ; il s'élève contre ceux qui imaginent, à propos des deux natures du Christ, un mélange ou une confusion ; il chasse ceux qui disent dans leur délire que la forme d'esclave que le Christ a reçue pour lui de nous est céleste ou de quelque autre substance ; et il anathématise ceux qui inventent la fable de deux natures du Seigneur avant l'union, mais n'en imaginent plus qu'une seule après l'union.
Suivant donc les saints pères, nous enseignons tous unanimement que nous confessons un seul et même Fils, notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, et le même parfait en humanité, le même vraiment Dieu et vraiment homme (composé) d'une âme raisonnable et d'un corps, consubstantiel au Père selon la divinité et le même consubstantiel à nous selon l'humanité, en tout semblable à nous sauf le péché, avant les siècles engendré du Père selon la divinité, et aux derniers jours le même (engendré) pour nous et notre salut de la Vierge Marie, Mère de Dieu selon l'humanité,
Un seul et même Christ, Fils, Seigneur, l'unique engendré, reconnu en deux natures, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation, la différence des natures n'étant nullement supprimée à cause de l'union, la propriété de l'une et l'autre nature étant bien plutôt gardée et concourant à une seule personne et une seule hypostase, un Christ ne se fractionnant ni se divisant en deux personnes, mais un seul et même Fils, unique engendré, Dieu Verbe, Seigneur Jésus Christ, selon que depuis longtemps les prophètes l'ont enseigné de lui, que Jésus Christ lui-même nous l'a enseigné, et que le Symbole des pères nous l'a transmis. »

Canons[modifier | modifier le code]

  • 1. Qu'il faut garder inaltérables les canons des conciles.
  • 2. Qu'il ne faut pas faire des ordinations contre de l'argent.
  • 3. Qu'un clerc ou un moine ne doivent pas s'occuper d'affaires étrangères à leur vocation.
  • 4. Que les moines ne doivent rien entreprendre contre l'avis de leur évêque ni fonder un monastère, ni se charger d'affaires temporelles.
  • 5. Qu'un clerc ne doit pas passer d'un diocèse à un autre.
  • 6. Qu'aucun clerc ne doit être ordonné sans titre.
  • 7. Que des clercs ou des moines ne doivent pas prendre du service civil.
  • 8. Que les hospices, les sanctuaires de martyrs et les monastères doivent être sous l'autorité de l'évêque.
  • 9. Que les clercs ne doivent pas recourir à un tribunal civil, mais avoir leur évêque pour juge.
  • 10. Qu'un clerc ne doit pas appartenir au clergé de deux diocèses.
  • 11. Qu'il faut munir de lettres de paix ceux qui ont besoin d'aide et ne donner de lettres de recommandation qu'à des personnes de qualité.
  • 12. Qu'un évêque ne doit pas faire élever son siège au rang de métropole par lettre impériale et qu'une province ne saurait être divisée en deux.
  • 13. Que les clercs partis de leur diocèse sans lettres de recommandation de l'évêque ne sauraient célébrer.
  • 14. Que les clercs inférieurs ne doivent pas s'allier par mariage à des hérétiques.
  • 15. Des diaconesses.
  • 16. Que les vierges consacrées à Dieu ne peuvent contracter mariage.
  • 17. Que l'administration de trente années assure la possession, et au sujet des villes récemment fondées.
  • 18. Qu'un clerc ne peut prendre part à une conjuration ou à une société secrète.
  • 19. Que dans chaque province des synodes se feront deux fois par an.
  • 20. Qu'un clerc ne doit pas être transféré d'un diocèse à l'autre.
  • 21. Que des clercs sans réputation ne sauraient se porter accusateurs contre des évêques.
  • 22. Que les clercs ne peuvent après la mort de leur évêque s'emparer de ses biens personnels.
  • 23. Qu'il faut chasser de Constantinople les clercs et les moines étrangers, qui troublent l'ordre.
  • 24. Que les monastères ne doivent pas devenir des maisons privées.
  • 25. Qu'une Église ne doit pas être privée d'évêque au-delà de trois mois.
  • 26. Que tout évêque doit administrer les biens de son Église par l'intermédiaire d'un économe.
  • 27. Qu'il ne faut pas forcer une femme à se marier.
  • 28. Vœu pour la primauté du siège de Constantinople.
  • 29. Qu'un évêque forcé à se démettre de son siège ne doit pas être mis au rang des prêtres.
  • 30. Que les évêques de l'Égypte ne sont pas coupables du fait qu'ils n'ont pas souscrit à la lettre de Léon, le saint évêque de Rome.

Postérité[modifier | modifier le code]

Lors du concile, la formulation de la « profession de foi » fut contestée par le patriarche Dioscore d'Alexandrie. La déposition (pour motif disciplinaire) du patriarche entraîna le refus par l'Église d'Alexandrie de toutes les décisions du concile. L'Église d'Antioche, favorable également à la formulation miaphysite (une seule nature unissant la nature divine et l'humanité) suivit l'Église d'Alexandrie dans son refus, créant ainsi la scission dite monophysite. L'Église d'Arménie qui n'était pas représentée au concile de Chalcédoine, les rejoindra en 506.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) The acts of the Council of Chalcedon (traduits, introduits et annotés par Richard Price et Michael Gaddis), Liverpool University Press, Liverpool, 2005 (ISBN 0-85323-039-0) ; 3 vol. ; vol. 1 : General introduction; documents before the Council; Session I, XVI-365 p. ; vol. 2 : Sessions II-X; Session on Carosus and Dorotheus; Session on Photius and Eustathius; Session on Domnus, X-312 p. ; vol. 3 : Sessions XI-XVI; documents after the Council; appendices; glossary; bibliography; maps; indices, X-312 p.
  • Pierre-Thomas Camelot, Les conciles d'Éphèse et de Chalcédoine : 431 et 451, Fayard, Paris, 2006, 257 p. (ISBN 2-213-62986-2)
  • Karl Joseph von Hefele, Joseph Hergenröther, Histoire des conciles d'après les documents originaux, volume 3, partie 2, Letouzey, 1910..

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b voir en lien externe