Histoire du christianisme

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Longtemps, dresser l’histoire du christianisme fut une entreprise difficile. En effet, elle était cantonnée dans l’apologie de l’Église dominante dans le contexte géopolitique où se situait le candidat historien[1]. Par exemple, des auteurs fondamentaux comme Michel Le Quien (Oriens Christianus) ou Charles George Herbermann (Encyclopédie catholique) utilisent le mot « catholique » dans le sens actuel du terme pour désigner toute l'église des cinq premiers patriarcats d'avant 1054, ce qui fait apparaître l'Église de Rome comme seule héritière légitime de l'église primitive. Depuis Walter Bauer[2], on considère qu’aucune unité doctrinale n’existait dans le christianisme ancien et, depuis Adolf von Harnack[3], que le dogme crée le schisme et que l’hérésie et l’orthodoxie font système. Ainsi, l’histoire du christianisme est une longue suite de fractures mais, si son élaboration a souvent relevé de la justification anachronique a posteriori (sans rapport avec une stricte recherche de la restitution de faits), la méthode historique scientifique et l’évolution de disciplines telles que la science des religions, permettent désormais d’en cerner les vicissitudes et d’éclairer les enjeux qui ont présidé à son développement.

Le développement historique des principales églises ; dans ce diagramme la position des branches n'a pas de signification autre que chronologique et démographique approximative.


La question des origines du christianisme est problématique en soi, selon qu'on se réfère à la théologie dogmatique de telle ou telle Église ou aux diverses écoles d'historiens[N 1]; Jésus-Christ est considéré comme l'unique Sauveur[4]. Pourtant, si la conscience de cette réalité ne fait aucun doute, la formulation ne va pas sans tâtonnements. Les Pères de l'Église fondent alors leur réflexion sur les textes de la Bible, regardés comme un ensemble cohérent dont les différentes parties se complètent[N 2]. Durant plusieurs siècles, l'alternance des opinions et des doctrines[5] amène les théologiens à définir avec une précision de plus en plus fine le dogme de l'Église.

Sommaire

Christianisme des premiers temps[modifier | modifier le code]

Thème en vogue dans les communautés religieuses de ce temps, cette ¨Cène¨ du IVe siècle découverte en 1988 à Tomis (Scythie mineure) ressemble à celles des catacombes e Rome, mais ne présente pas de symboles chrétiens explicites.

Premiers chrétiens[modifier | modifier le code]

Le nom de chrétien est le nom donné aux premiers juifs de Jérusalem qui ont reconnu le Messie en Jésus de Nazareth, puis à leurs successeurs au-delà de la ville sainte du judaïsme. Ils constituent la première communauté chrétienne connue, c'est-à-dire un courant judéo-messianiste. Elle fut dirigée d'abord par Pierre jusqu'en 44 puis par Jacques, frère du Seigneur, jusqu'en 62[6]. James Thabor fait remonter ce groupe à ceux qui suivaient Jacques, frère du Seigneur et successeur de Jésus à la tête des disciples plutôt que Pierre. Ils sont donc, dans ce cas de figure, les légitimes porteurs du message de Jésus. Outre le fait d'être pauvres, comme le furent les pharisiens du temps de Jésus, ils pratiquent l'ensemble des rites du judaïsme de leur époque[7].

Les premières prédications se fondaient sur une proclamation de foi, appelée kérygme :

* Jésus est le Messie, le Fils de Dieu ;
* il est ressuscité, et celui qui parle en rend témoignage personnellement ;
* il appelle à la conversion.

Controverses théologiques du Ier au IVe siècle[modifier | modifier le code]

Mère de Dieu (ΜΡ ΘΥ), mosaïque dans Hagia Sophia, Istanbul.

Le christianisme est marqué par des controverses théologiques du Ier au IVe siècle[8] au Proche-Orient.

Séparation d'avec le judaïsme[modifier | modifier le code]

Depuis les années 1975, les historiens affirment qu’aucune séparation totale et décisive n’eut lieu avant le IVe siècle[9], ce qui est contraire à la tradition historiographique dominante antérieurement : pour cette partie, on peut voir en détail comment se pose le débat, dans l'article spécialisé le débat historique. Dans l’interprétation chrétienne traditionnelle, le christianisme devient une religion distincte du judaïsme quand Paul affirme que « la foi passe avant la loi »; cette affirmation ne résiste pas à l’analyse historique[10],[11],[12]. Ceux qui partagent néanmoins ce point de vue, issu de l’Évangile selon Jean, datent la séparation de la fin du Ier siècle, mais il faut savoir que Jean se distingue des Évangiles synoptiques par ses prises de position anti-juives ; quoi qu'il en soit, ce point de vue bute à la fois :

  • sur la réalité du judaïsme rabbinique qui apparaît au travers de l’école de Jamnia : quelques sages s'installent à Jamnia après la Première Guerre judéo-romaine et la destruction du Second Temple en 70, et définissent des pratiques pour que le judaïsme survive en dépit de la destruction du temple, en particulier, les 613 commandements, destiné à « inscrire le temple au cœur de l'homme ». Dans les années 90, la Mischna témoigne d'une critique des autres mouvements nés du judaïsme n’observant pas strictement cette Halakha en termes d'« hérésie »[13]. Le judaïsme rabbinique est à la source du judaïsme « moderne ».
  • sur l'histoire des judéo-chrétiens, qui vont donner naissance à l’ébionisme, encore violemment attaqué par Origène et Irénée au IIe siècle : les ébionites qui voyaient Jésus comme étant le « Messie » mais pas le « Fils de Dieu », seront rejetés à la fois par les juifs et par les chrétiens.

La question gnostique[modifier | modifier le code]

Les premiers siècles du christianisme sont une période de développement théologique, passant au crible du rationalisme grec certaines notions en vue de les éclaircir. Si l'on s'en tient à Irénée de Lyon, le gnosticisme est un terme générique désignant une série de courants de pensée, qui, entre 80 et 150, développent une conception ésotérique du christianisme. Selon ces courants, une connaissance est réservée à des élus au sujet de la nature du Mal et des moyens d’y échapper. Les gnostiques sont dualistes ; pour eux le monde matériel est étranger à Dieu et a été créé par des puissances inférieures. Ces croyances s’accompagnent de tendances soit à l’ascétisme, soit à la débauche, qui reflètent toutes deux un même mépris du monde matériel. Bien que l’idée de rédemption reste centrale, le rédempteur n’est pas nécessairement le Christ, vu leur répugnance du monde matériel. Quelques-unes enseignent que le Christ est un pur esprit et que son incarnation est une illusion optique et une apparence (en grec dokèsis) ; on nomme ce courant docétisme (IIe siècle). La rédemption est réservée aux élus en qui réside une étincelle divine. Une des doctrines les plus populaires est le dualisme de Marcion (IIe siècle), qui distingue le Dieu des juifs du Père de Jésus, et rejette donc l’Ancien Testament. Un autre groupe dissident se forme autour de Montanus au IIe siècle. Originaire de Phrygie, Montanus affirmait que le Paraclet s’exprimait à travers lui. Le montanisme connaîtra un certain succès en Asie Mineure.

Ces doctrines créent le débat dans les communautés chrétiennes et incitent à l'approfondissement théologique par ceux que l’on qualifiera ensuite de Pères de l'Église à s’opposer à ces tendances et à élaborer des réfutations de ces doctrines. Ils s’y prennent de plusieurs manières :

  • en insistant, comme Ignace d'Antioche, sur le rôle de l’évêque, représentant de Dieu sur la terre en vertu de la succession apostolique ; on crée donc un pouvoir ecclésiastique.
  • en élaborant un Canon du Nouveau Testament, c’est-à-dire un corpus de textes faisant autorité. Concernant les évangiles, on finira par s’accorder sur quatre textes : les trois Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc) et celui de Jean, fermement défendu par Irénée de Lyon. Les Valentiniens en reconnaissent d’autres, comme l’Évangile selon Thomas.
  • en élaborant, au cours des conciles, un « symbole de la foi », c’est-à-dire un court texte, qui résume ce qu’il convient de croire[N 3], et permet de construire une orthodoxie en démarcation d'avec l’hétérodoxie (Irénée de Lyon et Tertullien).

Construction d'un système théologique[modifier | modifier le code]

L'Église ancienne se définit comme « les enfances du christianisme » selon le mot d'André Trocmé[14], c'est-à-dire avant l'instauration d'un christianisme d'État dont le « président » serait l'empereur de Constantinople[15].

Auparavant, le débat christologique est la règle, y compris entre les quatre évangiles et Paul de Tarse, comme le montre Boismard[16].

Aucune centralité susceptible de régulation n'existe alors[17]. Chaque évêque est maître chez soi (surtout dans les grandes communautés de chrétiens comme celle d'Égypte dont Arius est issu) sauf à dépendre d'un métropolite qui ne sera instauré qu'en 325, à l'imitation de la situation égyptienne, la seule « Église » comptant 100 épiscopes[18]. Le concile régional est une habitude comme le montre un concile antérieur réuni en Anatolie à l'instigation d'Eusèbe de Césarée vers 322[N 4].

Maison de la Vierge Marie où la mère de Jésus a, selon la tradition, fini ses jours accompagnée de Jean; en fait, c'est une église grecque du XIIIe siècle.

Aux IVe et Ve siècles, ces débats, qui portent sur la nature de Jésus puis sur la Trinité, le sens matériel ou spirituel de l’incarnation, à partir du IVe siècle, la place de la Vierge Marie [N 5] , la doctrine du salut (faisant l'objet de la sotériologie), etc., sont d’autant plus violents qu’ils illustrent des rivalités entre les grandes métropoles religieuses de la partie orientale de l’Empire romain (Alexandrie, Antioche et Constantinople) ainsi que des rivalités de personnes.

Au IVe siècle de l'ère commune, l'arianisme est le premier de ces conflits qui prend une extension jusqu'aux limites du monde connu. Condamné à Nicée I, il sera diffusé et maintenu dans les royaumes barbares, jusqu'à leur conversion à l’« orthodoxie »[2], achevée au VIIe siècle.

En 313, l’édit de Milan proclame la liberté de culte et prévoit de rendre aux chrétiens les biens qui leur avaient été confisqués pendant la grande persécution de Dioclétien. Sollicité par les évêques africains sur la querelle donastique, Constantin organise en 313 (ou 314) le premier concile pour que les évêques décident entre eux. Il convoque[19] et préside le concile de Nicée en 325 qui reconnaît le Christ comme Dieu et homme à l’unanimité, même Arius acquiesçant à cette doctrine[20].

Le pélagianisme, condamné par le concile d'Éphèse en 431 et combattu par Augustin d'Hippone, manichéen converti, influença durablement les débats théologiques: cette doctrine, qui exalte la liberté humaine face au rôle de la grâce (religion chrétienne), est au cœur de la controverse janséniste au XVIIe siècle.

Églises pré-chalcédoniennes[modifier | modifier le code]

Églises « pré-chalcédoniennes » est l'expression dont leurs ennemis désignèrent les églises des deux et trois conciles[21]. À leurs yeux, après les conciles, elles auraient dû disparaître. En fait, ces églises sont post-concilaires en ce sens qu'elles marquèrent leur désaccord vis-à-vis des conclusions des troisième et quatrième conciles d'où le nom que les historiens leur donnent : Églises des deux conciles, Églises des trois conciles pour les distinguer des églises « orthodoxes », c'est-à-dire des 7 conciles (dont Rome faisait alors partie). C'est une façon de les déclarer hérétiques et de masquer le caractère foisonnant des christologies de l'époque[22].

Conciles christologiques[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Dogmes chrétiens et Christologie.
L'église construite sur le tombeau d'Euphémie de Chalcédoine accueille en 451 le quatrième concile œcuménique et met fin au débat qui secoue l'Église autour de la nature du Christ. Deux branches du christianisme n'y participent pas : l'Église copte et l'Église arménienne. Les nestoriens n'y sont pas conviés[23]

Les 7 conciles cités ci-dessus, conciles christologiques pour les 5 premiers, sont reconnus comme œcuméniques, c'est-à-dire qu'ils sont reconnus à la fois par les catholiques et les orthodoxes[N 6]. Les conciles fonctionnent un peu comme un tribunal devant lequel sont jugés un homme et sa doctrine.

En 325, à Nicée, lors du Ier concile de Nicée, appelé à l'initiative de l'empereur Constantin, le concile condamne Arius, un prêtre d'Alexandrie. Il déclare le Fils « consubstantiel (homoousios) au Père ». Les évêques qui refusent de signer sont déposés.

Certains fils et successeurs de Constantin prendront des positions nettement ariennes (Constance II, Valens). Sous l’empereur Théodose Ier, le Ier concile de Constantinople (381) tranchera en faveur des thèses de Nicée, en y ajoutant la consubstantialité de l’Esprit et en affirmant les trois personnes.

Nestorius, patriarche de Constantinople (421), formé à l’école d'Antioche, affirme la distinction entre la nature humaine et la nature divine du Christ, et conteste la proposition de Cyrille de donner à Marie le titre de théotokos (« mère de Dieu ») ; il voit en elle que la mère d'un homme : « Je refuse de voir un Dieu formé dans le sein d'une femme ! » mais conçoit qu'elle soit « Mère du Christ », c'est-à-dire « Christotokos ». C’est une position dualiste, à laquelle s’oppose l’école d'Alexandrie représentée par Cyrille. La convocation du concile d'Éphèse (431) doit les départager. Dans un premier temps, Cyrille profite de l’absence des partisans de Nestorius pour faire condamner celui-ci. Lorsque les partisans de Nestorius arrivent à Éphèse, ils condamnent Cyrille. Les deux partis intriguent auprès de l’empereur Théodose II et maintiennent une agitation permanente.

Après Éphèse, en contestation des thèses de Nicée, certains théologiens alexandrins élaboreront le monophysisme (de monos, « unique », et physis, « nature »), personnifié par le moine Eutychès qui, développant la formulation de Cyrille d'Alexandrie[N 7], propose une solution à la question de la nature du Christ. Il y voit deux natures mais une seule volonté, celle de Dieu. Accusé d’hérésie, il maintient que le Christ n'a qu'une nature, la nature divine, par laquelle a été absorbée la nature humaine « comme une goutte d'eau l'est par la mer » après l'Incarnation. On retrouve cette idée dans le miaphysisme de l'église apostolique arménienne. Ce nouveau conflit provoque la convocation d'un deuxième concile d'Éphèse (449). Sous la pression de l’empereur Théodose II, Eutychès est réhabilité. Cet épisode est qualifié par le pape de Rome, Léon, de brigandage d’Éphèse parce que les théologiens occidentaux n'y avaient pas été invités[24]. Le 2e concile d’Éphèse n'est reconnu que par les églises orientales. Il marque le début de la césure entre christianisme oriental et christianisme occidental[25].

À la mort de Théodose, le pape obtient du nouvel empereur, Marcien la tenue du concile de Chalcédoine (451). Ce concile sera l’un des plus importants de l’histoire du christianisme en cela qu'il formule le dogme de la trinité, où du « père » (Dieu) découlent le « fils » (le Christ) et le « Saint-Esprit ». Pour le « fils » incarné, les participants retiennent la formule d’une seule personne et de deux natures (divine et humaine), définition aussitôt contestée. Dans l'église d'occident, en train de convertir les « Barbares », se développe de plus en plus l'idée que le « saint-esprit » découle aussi du « fils », ce qui implique que seule une âme devenue chrétienne peut être sauvée par Dieu.

Schismes[modifier | modifier le code]

Certains participants aux différents conciles refusent d'adopter le dogme, provoquant des schismes qui sont à l'origine de la création d'Églises autocéphales.

Jusqu’aux conquêtes arabes, la politique impériale variera entre la répression à l’égard des adversaires des thèses chalcédoniennes et diverses tentatives d’accommodement théologique, comme l'hénotique. Sous l’empereur Justinien, la répression des monophysites aboutit à la constitution d’Églises non-chalcédoniennes dite aussi « des trois conciles », avec une hiérarchie parallèle à celle de l’Église officielle : l’Église syriaque orthodoxe, dite aussi Église jacobite en Syrie, l’Église copte orthodoxe en Égypte, qui comprennent la majorité des fidèles, ou encore l'Église apostolique arménienne. Subsiste toutefois une Église chalcédonienne, dite « melkite » (du syriaque melek, « roi »).

Au début du VIIe siècle le patriarche Serge Ier de Constantinople tente encore de mettre fin à la controverse du monophysisme qui divise toujours la chrétienté en contournant la question de la « nature » du Christ et propose le monothélisme (du grec du grec monos, « seul » et thelein, « vouloir ») qui professe la seule volonté divine « seule volonté du Christ incarné »[26]. Le concile œcuménique de Constantinople de 680 condamne cette doctrine et confesse la pleine humanité du Christ en lui reconnaissant une volonté humaine, faillible (colère face aux marchands du Temple, « Eli, Eli, lama sabachtani ? » : "mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?") distincte de sa volonté divine, infaillible (chaque fois qu'il parle au nom du « père »). Selon certains auteurs, le monothélisme se prolonge dans le maronisme[27].

À partir du XIe siècle et jusqu'au XVIe siècle, l'Église catholique romaine entreprendra une reconquête des églises des 2 et 3 conciles. Ce sont les églises uniates qui professent désormais la théologie romaine trinitaire mais conservent, dans une certaine mesure, la liturgie et la paramentique de leurs églises d'origine. Une partie de ces communautés refuse l'union et demeurent témoins du christianisme oriental ancien.

La crise iconoclaste[modifier | modifier le code]

La controverse iconoclaste est la dernière grande controverse théologique. Elle se déroule au haut Moyen Âge

Au VIIe siècle, l’iconoclasme est une réaction au culte des images (ou « icônes »). Ce culte se manifeste de diverses façons ; de l’illumination de l’icône à la prosternation, jusqu’à la conviction que l’icône a un caractère agissant par elle-même. Les raisons de la crise ne sont pas claires. On[Qui ?] a invoqué entre autres l’influence du judaïsme et de l’islam. Les premières mesures iconoclastes sont prises en 725 par l’empereur Léon III. Il remplace le patriarche Germanós par un iconoclaste, Anastase. Dans un premier temps, il n’y a pas de persécutions. Le successeur de Léon, l’empereur Constantin V Copronyme, convoque un concile qui fait de l’iconoclasme la doctrine officielle de l’Empire d’Orient. Il doit faire face à l’opposition des moines qui sont iconodules (partisans du culte des images). Sous l’impératrice Irène a lieu une réaction : en 786-87, un nouveau concile renverse la tendance et rétablit le culte des images. La hiérarchie « orthodoxe » suit la volonté impériale. En 815, un autre empereur, Léon V l’Arménien, revient à l’iconoclasme. Il doit faire face à une opposition puissante menée par Théodore le Stoudiote. Dès la mort de l’empereur Théophile, en 845, le culte des images est définitivement rétabli.

Antiquité tardive[modifier | modifier le code]

Pour l'antiquité tardive, l'historiographie occidentale[28]et[29] préfère envisager l'affirmation d'un christianisme occidental en tant que "nouvelle civilisation" née sous l’impulsion des Francs, comme "synthèse entre la civilisation romaine et celle des Barbares", et dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain par opposition au christianisme byzantin décrit comme un christianisme devenu oriental. Cette vision est héritée de Hieronymus Wolf. Mais pour l'historiographie des pays orthodoxes[30], c'est tout le monde romain puis « barbare » qui, au fil des sept premiers conciles, a été orthodoxe (« Pentarchie »), avant que les suites du schisme de 1054, et notamment les innovations de l'église de Rome au fil de ses 14 conciles ultérieurs (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition et bien d'autres nouveautés doctrinales ou canoniques) fassent naître, non pas une nouvelle civilisation, mais simplement une église séparée ; quant aux églises restées « orthodoxes » (patriarcats de Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople, puis ceux apparus ensuite), elles n'ont rien de spécifiquement "oriental" dans cette vision, mais sont la continuation après 1054 de l'église du premier millénaire, de sa doctrine et de ses pratiques.

Contexte politique[modifier | modifier le code]

Le partage de l’Empire romain (395) et la supposée disparition[N 8] de l’Empire romain d’Occident (476) sous les assauts des invasions barbares, vont avoir pour conséquences l’éloignement progressif des chrétientés occidentale et orientale et la revendication tout aussi progressive d'une affirmation de la papauté dans l’ex-Empire romain d’Occident, où il n’existe plus d’autorité temporelle suprême. Ces articulations de chronologie basées sur les crises de l'Empire romain ne sont pas très pertinentes pour l'histoire du christianisme, sauf si l'on veut se cantonner à l'histoire de l'Église catholique romaine et suggérer qu'elle succède et se substitue à l'empire romain d'Occident.

Élaboration du concept historiographique d'Orient et d'Occident[modifier | modifier le code]

Le concept d'antiquité tardive a été développé essentiellement par les historiens Henri-Irénée Marrou[N 9], Marcel Simon [31]. L'étude de la séparation de 1054 entre le l'église romaine et les autres, est essentiellement le fait de Peter L. Brown [32]. Les quelques paragraphes ci-dessous reflètent leurs vues sans qu'il soit possible de rendre à chacun ce qui lui revient plus précisément. Quelques autres auteurs occidentaux sont cités dans le corps du texte s'il existe des variations.

  • La semence en est jetée lors de la période de dogmatisation évoquée ci-dessus avec la création des Églises des 2 et 3 conciles qui marquent leur refus des 3e et 4e conciles (par exemple l’Église copte en Égypte).
  • La faille se crée à l'occasion du deuxième concile d'Éphèse qui ne réunit que le théologiens orientaux, les occidentaux n'ayant pas été invités. D'une part, cela reflétait assez exactement l'état du développement de la théologie[N 10]et[33], d'autre part, ce manque de diplomatie conduit à la non-reconnaissance du concile par l'église occidentale en phase d'affirmation depuis Léon 1er le Grand.
  • Le schisme se produit en 1054. La « Pentarchie » se rompt : Église latine d'un côté, sous l'autorité morale et temporelle du Pape, Églises d'orient de l'autre, formant désormais une « Tétrarchie », sous l'autorité morale du patriarcat de Constantinople, qui se reconnaissent elles-mêmes et que l’on désigne communément comme l’« Église orthodoxe » ou encore les « Églises des sept conciles ». La « Tétrarchie » orthodoxe redeviendra bientôt une « Nouvelle Pentarchie » lorsqu'en 1589, par son accession au rang de Patriarcat autocéphale, la Métropolie de Moscou vient se substituer au Pape défaillant, d'où le titre de « Troisième Rome » de ce patriarcat russe (Constantinople étant la « Deuxième Rome »). Plus tard encore, d'autres Patriarcats autocéphales viennent grossir les rangs des « Églises des sept conciles ».

Le concept d'« Occident chrétien »[modifier | modifier le code]

L’histoire des rapports entre l'Église d'Occident et les Églises d’Orient deviendra chaotique et reflètera le contexte de rivalités de personnes et de sièges. Selon cette vision, du Ve au XIe siècle, naît, de l’Irlande à la Pologne, et de la Suède à l’Italie, une nouvelle civilisation romano-barbare, dont la religion sera une forme particulière de christianisme qui deviendra le catholicisme romain.

Sous Damase Ier (366 - 384)débute la revendication de l’autorité de l’évêque de Rome, comme successeur de Pierre (apôtre), en matière de discipline et de liturgie. Le pape Léon Ier (440 - 461) poussera encore davantage dans de nombreux écrits l’exaltation du siège de Pierre mais proteste encore d'être un fidèle sujet de l'empereur. Au concile de Chalcédoine, l'église occidentale refuse l'une des conclusions du concile : le document no 38 faute d'accepter de partager la primauté d'honneur en commun Constantinople ; elle la réclame pour elle seule.

Face à l’empereur Anastase, le pape Gélase Ier (492 - 496) affirme dans un texte célèbre la primauté du pouvoir spirituel face au temporel. La reconquête de l’Italie par l’empereur Justinien, achevée au milieu du VIe siècle, replace néanmoins provisoirement le pape dans l’orbite de l’Empire. Au VIIe siècle, à la suite de l’invasion des Lombards, l’empire byzantin perd progressivement la plus grande partie de ses territoires italiens et la papauté cherche à devenir une puissance autonome en Italie. Les ravages des Lombards en Italie coïncident avec le pontificat de Grégoire le Grand (590-604). Ce pape énergique assume le gouvernement civil de Rome, affermit l’autorité de Rome sur les évêchés italiens, s’efforce d’entretenir des relations suivies avec les autres Églises d’Occident et travaille à la conversion de l’Europe du Nord. C'est aussi à partir du VIe siècle qu'on assiste progressivement à l'essor des écoles cléricales qui prennent le relai du réseau scolaire antique, qui s'était désintégré lors des invasions barbares. Ce processus culmine avec la Renaissance carolingienne aux VIIIe et IXe siècles. Charlemagne assure la papauté comme puissance autonome en vers 756, au moment où il vainc les Lombards, en la dotant d'un patrimoine dit « de Saint-Pierre » (et légitimé ultérieurement par la Donation de Constantin[34]). En retour, le pape le sacre « empereur d'Occident » signifiant la fin du pouvoir, sur ces territoires, de l'empereur d'Orient dont le trône est à ce moment tenu par une femme : Irène. La rupture politique entre Orient et Occident est alors consommée ; mais religieusement, l'Église de Rome fait toujours partie de la « communion des sept premiers conciles » et de la « Pentarchie ».

La rupture de la « Pentarchie » par le schisme de 1054[modifier | modifier le code]

Au IXe siècle, le premier problème grave tourne autour de la nomination du patriarche de Constantinople. L’empereur Michel III dépose le patriarche Ignace, et le remplace par Photios. Le pape Nicolas Ier, qui y voit une occasion d’intervenir dans les affaires de Constantinople, finit par refuser de reconnaître Photios: c'est le « schisme de Photius ». On évoque alors, pour la première fois, la question du « filioque », qui reste en suspens lorsque le pape et Photios réconcilient. Le schisme de 1054 dont les origines sont politiques, intervient lorsque le légat du pape Hubert de Moyenmoutier et le patriarche de Constantinople Michel Cérulaire s’excommunient mutuellement. La séparation des églises suit en gros la frontière linguistique et politique qui partageait les deux Empires d'Occident et d'Orient[23]: les églises de liturgie latine suivent Rome, celles de liturgie grecque, slavonne ou roumaine suivent Constantinople. Les quatre patriarcats d'Orient (Jérusalem, Alexandrie, Antioche et Constantinople) continuent à suivre le symbole de Nicée-Constantinople, tandis que l'église de Rome y ajoute le « filioque », une modification doctrinale due à Charlemagne, qui change complètement les rapports de l'Église romaine avec les non-catholiques, puisqu'avec le « filioque », seule une âme chrétienne peut être sauvée, alors que sans lui, Dieu peut sauver toute âme, chrétienne ou non : cette différence va rendre le prosélytisme et les missions de l'Église latine, mais aussi sa volonté de contrôle sur ses fidèles (Inquisition) beaucoup plus fortes qu'auparavant, et va contribuer à motiver les croisades, émaillées d’une multitude d’incidents entre « Latins » et « Grecs ».

Rivalités entre les Églises et progrès de l'Islam[modifier | modifier le code]

En 1204, le sac de Constantinople par les croisés va consommer la rupture. Mais ce sont les innovations doctrinales et canoniques de Rome qui la rendent irréversible (Filioque, Purgatoire, autorité temporelle des papes, célibat des prêtres, inquisition...). À deux occasions, au deuxième concile de Lyon en 1276 et au concile de Florence en 1439, pour obtenir le soutien des armées occidentales contre la conquête musulmane, des empereurs byzantins reconnaissent la primauté du pape de Rome, et tentent de reconstituer la « Pentarchie », mais sont désavoués par la hiérarchie de ce que l’on peut maintenant appeler l’Église orthodoxe. Après la chute de l'empire d'Orient, du XIe au XVe siècle, l'Église occidentale n'aura de cesse que de reconquérir les petites églises en sorte d'isoler les églises orthodoxes.

Par ailleurs, l'émergence de l'islam au VIIe siècle et son expansion progressive vont concurrencer le christianisme sur certaines terres. Ainsi, le passage d’une grande partie des chrétiens du Moyen-Orient et d'Espagne sous domination musulmane (VIIe siècle), à la suite des premières guerres arabo-byzantines et à la Conquête musulmane du Maghreb puis de l'Espagne wisigothique (renommée Al-Andalus) modifie profondément le paysage du christianisme.

Enfin, la Quatrième croisade, en affaiblissant de manière irréversible l'Empire byzantin dont les ressources économiques sont captées par les thalassocraties vénitienne et génoise, l'empêche de continuer à jouer son rôle de « bouclier de l'Europe » face aux Turcs ottomans qui débarquent en 1332 en Europe, encerclent Constantinople qu'ils prennent en 1453, puis portent en 1526 leur frontière aux portes de Vienne, qu'ils assiègent en 1529 et 1683.

Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À l'époque du Moyen Âge, la religion et, en Occident et dans l'Empire byzantin puis dans les pays slaves, le christianisme en particulier, tiennent une place très importante dans la société.

Expansion et reconquête[modifier | modifier le code]

La politique d’expansion du christianisme se poursuit du sud vers le nord, du monde romain et grec vers le monde « barbare » à l’Est comme à l’Ouest de l’Europe. Face à l’expansion de l’islam, jusqu'au XIe siècle le christianisme recule l’Ouest (Espagne, Francie méridionale) à mais résiste à l’Est (Anatolie) ; à partir du XIe siècle, le mouvement s'inverse.

Les religions en Europe au XIe siècle.

Les îles Britanniques[modifier | modifier le code]

À partir du Ve siècle, la Grande-Bretagne est progressivement envahie par les Anglo-Saxons païens, qui refoulent les Bretons chrétiens. Patrick d'Irlande aurait fondé au même moment l'Église d'Irlande, île où le monachisme prend vite une importance centrale. Au cours de cette période obscure, il est difficile de savoir dans quelle mesure le christianisme a pu subsister dans les régions envahies.

Ce n’est qu’à partir de la fin du VIe siècle que les royaumes anglo-saxons sont évangélisés à la suite de la mission d’Augustin de Cantorbéry, envoyé par le pape Grégoire le Grand, qui convertit Æthelbert, roi du Kent (597) et fonde l’évêché de Cantorbéry. Saint Colomban (540-615) évangélise quant à lui les Scots et les Pictes et fonde le monastère de Iona en 563. Près d'un siècle plus tard, les moines irlandais et écossais du monastère de Lindisfarne convertissent le roi Oswald de Northumbrie (634). Les autres royaumes anglo-saxons se convertissent sous leur influence.

Des tensions entre les missionnaires de Lindisfarne (la mission « celtique ») et les autres (la mission « romaine ») au sujet de la méthode pour calculer la date de Pâques donnent lieu à la tenue d'un important concile à Whitby en 664. L’Église celte se rallie au rite romain, bien que des différences perdurent jusqu'au XIIe siècle.

Les Slaves et les Magyars[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Histoire de la Bulgarie et Bogomilisme.

Au VIe siècle, la péninsule des Balkans est occupée par des tribus slaves, initialement païennes. Celles-ci intercalent des communautés rurales, les « Sklavinies », entre les « Valachies » des Thraco-Romains, déjà christianisés depuis le IVe siècle. Un double processus de christianisation s'opère alors : « par la base », les échanges culturels entre Slaves et Thraco-Romains généralisant les parlers slaves et le christianisme, comme le prouve le vocabulaire des langues balkaniques[35], et « par le sommet », c'est-à-dire par la conversion des élites politiques des états slaves (pas nécessairement slaves elles-mêmes, mais slavisées, et christianisées en plusieurs étapes durant le VIIIe siècle et le IXe siècle, et non sans quelques frictions avec l’Église d’Occident.

Cyrille et Méthode sont connus comme les Apôtres des Slaves pour avoir évangélisé les peuples slaves de l’Europe centrale

Ces frictions ne concernent pas seulement les Balkans, mais aussi les Slaves occidentaux. En 862, Rastislav, prince de Grande-Moravie, demande aux Byzantins de lui envoyer des prêtres pour former une Église locale. Le patriarche Photios lui envoie deux frères : Cyrille et Méthode, originaires de Thessalonique et connaissant le monde slave. Cyrille met au point le premier alphabet slave, le glagolitique. Leur mission est un succès. Si, au départ, ils sont soutenus par le pape, ils se heurtent à l’opposition des partisans de l’usage des « trois langues » (qui n’admettent que le grec, le latin et l’hébreu comme langues liturgiques) et surtout à l’hostilité des évêques francs, qui ne veulent pas voir échapper la région à l’influence politique de la Germanie. Après leur mort, leurs successeurs seront chassés de Grande-Moravie.

Dans les Balkans, où désormais l'Empire byzantin ne contrôle plus que les côtes (majoritairement grecques) les élites Bulgares, ennemies héréditaires des Byzantins, se convertissent à la même époque : en 866, le khan bulgare Boris (852 - 889) est baptisé, ce qui entraîne la conversion de tout ce que la Bulgarie comptait encore de païens. En Bulgarie comme en Moravie, l’église de Rome cherche à convertir les slaves et les valaques[36]. Après avoir hésité entre Rome et Constantinople, l’aristocratie bulgare choisit finalement Constantinople, et la Bulgarie fait encore actuellement partie du monde orthodoxe. Il en va de même pour un certain nombre d’autres principautés slaves, correspondant grosso modo aux Serbes actuels. L’adoption du christianisme va de pair avec celle de la civilisation byzantine. C’est donc à cette époque que se forme dans les Balkans une nouvelle frontière : celle entre le monde orthodoxe et le monde catholique.

Un autre événement capital est la conversion des Russes au christianisme. La princesse Olga, sœur d’Igor, prince de Kiev, s’était déjà convertie au milieu du Xe siècle. En 989, le prince Vladimir Ier, soucieux d’asseoir son pouvoir plus solidement, négocie avec les Byzantins son baptême ainsi que celui de ses sujets et son mariage avec une princesse byzantine. La Russie relève directement du patriarche de Constantinople, qui désigne le métropolite de Kiev. Pendant près de 400 ans, celui-ci sera grec et contribuera à ancrer la Russie dans la sphère d’influence byzantine.

Enfin au Xe siècle, Mieszko Ier de Pologne, Géza de Hongrie, son fils, le futur Étienne Ier de Hongrie et Bořivoj Ier de Bohême, époux de Ludmila de Bohême et grand-père de Venceslas de Bohême passent eux aussi au christianisme, et, après quelques hésitations, choisissent finalement l’obédience de Rome et la liturgie latine.

Les sphères d’influence du Saint-Empire romain germanique et de l’Empire byzantin déterminent, du sud au nord au de l’Europe, une frontière religieuse et culturelle qui existe toujours.

L’Église d’Occident des Carolingiens à la féodalité[modifier | modifier le code]

Au milieu du VIIIe siècle, la papauté et les Carolingiens nouent des relations qui vont se révéler profitables pour les deux parties, et lourdes de conséquences pour la suite de l’histoire de l’Occident. À la demande de Pépin le Bref, le pape Zacharie apporte par une lettre son soutien moral à l’élimination de la dynastie mérovingienne : Pépin se fait sacrer roi. En échange de cet appui, Pépin mène en Italie deux expéditions dans le but de lever la menace que les Lombards font peser sur Rome. C’est dans ces circonstances qu’est créé l’État pontifical, qui ne disparaîtra qu’en 1870. Cette alliance est encore plus étroite sous le fils de Pépin, Charlemagne. Celui-ci fait adopter la liturgie romaine, à un moment où l’extension du royaume franc correspond à celle de la Chrétienté occidentale (à l’exception des Îles britanniques et du petit Royaume des Asturies). Lors de la guerre contre les Saxons d'Allemagne (772-805), Charlemagne ordonne aussi la conversion en masse, et par la force, de la population, afin d'humilier son adversaire[37]. C'est aussi sous Pépin le Bref et Charlemagne que l'ancêtre du chant grégorien, le chant messin, se développe, sous l'influence de l'évêque Chrodegang de Metz, qui opère en tant qu'intermédiaire entre Pépin le Bref et la papauté.

Lutte entre l'Église d'occident et les pouvoirs temporels au XIe siècle[modifier | modifier le code]

Dans le Dictatus papæ, Grégoire VII affirme la primauté du Pape sur les autres souverains

L'Église d'occident se veut l'instance spirituelle, supérieure - dans la conception aristotélicienne - à l'état temporel. Depuis l'époque carolingienne, le pape est également à la tête d'un état et ne manquera pas de jouer sur les deux tableaux.

« Une seule cité et deux pouvoirs : le pape et l’empereur. »

— Jean Daniélou et André Duval.

Au Xe siècle, comme ce fut le cas de Constantin à Justinien puis Charlemagne, l'évêque de Rome devenu pape est sous la tutelle de l’aristocratie romaine quand se dissout l'Empire carolingien, puis sous celle des empereurs germaniques. L’ensemble du monde religieux est sous l’emprise des seigneurs féodaux, dans laquelle la fonction d’évêque est un bien de famille.

L’idée d'indépendance fait son chemin. Au XIe siècle, sous l’influence du moine Hildebrand, le pape Nicolas II confie l’élection du pape au collège des cardinaux (1059). En 1073, Hildebrand devient pape sous le nom de Grégoire VII. Il va lancer ce que l’on appelle la « réforme grégorienne ». Sa doctrine est élaborée dans le Dictatus papæ, qui affirme la primauté du Pape y compris sur les autres souverains. Au même moment, Grégoire VII favorise la construction du droit canonique, discipline centrale de l'Université de Bologne fondée en 1080, qui sera codifiée avec le décret de Gratien au XIIe siècle.

L'antipape Clément III (au centre) avec l'empereur Henry IV, Codex Jenesis Bose q.6, daté de 1157.

En s’attaquant à l’investiture laïque, Grégoire VII entre en conflit avec l’empereur germanique Henri IV. Celui-ci fait déposer le pape par une assemblée d’évêques à Worms. C’est le début de la Querelle des Investitures. Le pape fait à son tour déposer l’Empereur. Face à la rébellion de nombreux vassaux, l’empereur « va à Canossa » : en tenue de pénitent, il va implorer le pardon du pape au château de Canossa en Toscane (1077). En fin politique, en 1080, l'empereur fait élire un antipape, Clément III. Ce n’est qu’en 1122, que son fils Henri V conclut avec le pape Calixte II un accord connu sous le nom de concordat de Worms. Au terme de ce compromis, l’investiture temporelle des évêques et abbés revient à l’empereur, tandis que le pape leur accorde l’investiture spirituelle. La papauté n’entend cependant pas renoncer à ses prétentions. En 1139, le deuxième concile du Latran affirme que « Rome est à la tête du monde ». Le conflit reprend de plus belle au milieu du XIIe siècle: il oppose l’empereur Frédéric Barberousse au pape Alexandre III, avec un schéma sensiblement identique : l’empereur fait désigner un antipape, tandis qu’Alexandre III s’allie à la ligue des villes lombardes. Le conflit militaire tourne au désavantage de Frédéric Barberousse qui doit signer la paix de Venise (1177). Cet épisode aura une conséquence importante : au troisième concile du Latran (1179), il est décidé que le pape sera dorénavant élu à la majorité des deux tiers du collège des cardinaux.

Apogée de la société chrétienne occidentale au XIIIe siècle[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Catharisme, Inquisition, Béguines et Libre-Esprit.

Le processus engagé aux XIe ‑ XIIe siècles culmine au XIIIe siècle, sous le pontificat d’Innocent III. Celui-ci a une conception élevée de la fonction pontificale. Sur le plan spirituel, son autorité est sans partage et s’exerce à travers toute la chrétienté occidentale par l’envoi de légats pontificaux. Sur le plan temporel, il fait une distinction entre l’auctoritas du pape et la potestas, que les souverains tiennent du pape. Innocent III intervient dans les affaires temporelles de nombre d’États en excommuniant ou déposant les souverains. Il obtient par ailleurs que plusieurs de ces souverains se déclarent vassaux du Saint-Siège (notamment Jean sans Terre, roi d’Angleterre). Ses successeurs reprennent la lutte contre l’Empire incarné par le Hohenstaufen Frédéric II. Le conflit sans merci qui oppose les guelfes (partisans du pape) aux gibelins (partisans de l’empereur), tourne à l’avantage de la papauté: grâce à l’appui de Charles d’Anjou, la dynastie des Hohenstaufen est éteinte et le Saint-Empire éliminé d’Italie. La papauté triomphe également en Orient : au deuxième concile de Lyon (1274) l’empereur Michel VIII Paléologue, partisan de l’« union des Églises », reconnaît la primauté du pape de Rome. Ces succès sont de courte durée : dès la mort de Michel VIII, l’Église byzantine rejette l’union, tandis qu’en Occident le roi de France Philippe le Bel, irrité par les ingérences du Saint-Siège, opère un coup de force : lors de l’épisode connu sous le nom d’« attentat d'Anagni », il s’en prend physiquement au pape Boniface VIII (1303), qui meurt du choc de cette humiliation.

Crises de l’Église aux XIVe siècle[modifier | modifier le code]

Grosso modo, du point de vue l'église latine, le christianisme connait une hérésie par siècle, parfois plus. Venu s’installer provisoirement à Avignon pour préparer le concile de Vienne, destiné à condamner les Templiers, le pape français Clément V finit par y demeurer, vu l’insécurité qui règne en Italie. Cette situation se perpétue sous ses successeurs Jean XXII et Benoît XII. L’administration papale atteindra un degré de centralisation inégalé jusqu’alors, notamment en matière de fiscalité pontificale, mais les prétentions de la papauté à gouverner le monde chrétien suscitent de plus en plus d’opposition, notamment de la part de théologiens comme Marsile de Padoue ou Guillaume d'Ockham. Les monarchies occidentales comme la France et l’Angleterre, elles aussi sur la voie de la centralisation, se rebiffent. C’est cependant le luxe de la cour papale qui finit par scandaliser bon nombre de chrétiens.

Hus au bûcher. Chronique illustrée de Diebold Schilling le Vieux, 1485

L’écrivain Pétrarque la traite de « nouvelle Babylone » et Catherine de Sienne la dénonce en termes encore plus violents. Sensible à ces critiques, le pape Grégoire XI revient s’installer à Rome en 1377. À peine élu, son successeur Urbain VI, extrêmement autoritaire, entre en conflit avec les cardinaux. Sous prétexte qu’ils ont élu le nouveau pape sous la contrainte de la population romaine, une majorité de ceux-ci procèdent à l’élection d’un nouveau pape, Clément VII, qui s’installe à Avignon. Urbain VI refuse de s’effacer. C’est le début du Grand Schisme d'Occident (1378 - 1417).

La querelle d’obédience divise le monde chrétien occidental tout entier. Le schisme se prolonge après la mort des deux protagonistes, qui ont chacun un successeur. Le concile de Pise (1409), embrouille encore un peu plus la situation en élisant un troisième pape. Dans une Chrétienté occidentale désorientée, des remises en cause doctrinales voient le jour: en Angleterre celle de John Wyclif condamnée en 1382 et surtout en Bohême celle de Jan Hus, moins radicale mais plus durable. L’empereur Sigismond convoque le concile de Constance en 1414. Celui-ci condamne les théories de Wyclif et Hus. Ce dernier est exécuté. Le concile dépose ensuite les trois papes et procède à l’élection d’un pape qui fait enfin l’unanimité : Martin V. Si l’unité de l’Église est rétablie, le besoin de réformes continue à se faire sentir. Certains théologiens voient la solution dans la tenue régulière de conciles (conciliarisme). Ces thèses se retrouvent d’ailleurs dans les décrets Haec sancta et Frequens du concile de Constance. Le concile de Bâle à peine réuni en 1431, il est dissous par le pape Eugène IV. Les participants au concile se rebiffent et refusent de se disperser. Ce mini-schisme se termine par la victoire du pape qui manœuvre habilement en convoquant un nouveau concile à Ferrare puis à Florence.

Si la primauté du pape sur les conciles est acquise pour longtemps, le pouvoir papal est néanmoins battu en brèche sur plusieurs fronts, qu’il s’agisse de l’indépendance des Églises nationales, comme en France où le roi promulgue la Pragmatique Sanction de Bourges, ou de la persistance de mouvements radicaux, comme en Bohême, où le pape doit transiger avec les Hussites. Par ailleurs, les conflits au sommet de l’Église ont jeté le trouble dans l’esprit des fidèles, dont la piété prend un caractère plus personnel. Au XVe siècle, le christianisme occidental est traversé par un courant mystique, dont Maître Eckhart et Jean de Ruisbroek sont les représentants les plus connus.

Diffusion[modifier | modifier le code]

Dans le monde romain[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme dans le monde romain.

Le contexte religieux du Ie au IVe siècle[modifier | modifier le code]

Le christianisme n’était pas la seule religion cherchant et trouvant des adeptes au Ie siècle. Les historiens contemporains du monde romain soulignent l’intérêt qu'éprouvaient les romains pour les religions à mystère ou des cultes à Mystère[38]; cet intérêt commençant au dernier siècle de la République romaine et se développant à l’époque de l’Empire romain. Les auteurs romains eux-mêmes, Tite-Live par exemple, racontent l’importation « des dieux étrangers » pendant des périodes de difficultés dans l’Empire romain. Les religions qui auront le plus de succès sont le mithraïsme, très répandu chez les soldats du fait du rapport à la mort qu'il développe[39] et le manichéisme. Les chrétiens considéraient les manichéens comme particulièrement dangereux sous l'influence de Augustin d'Hippone, qui avait été manichéen dans sa jeunesse ; l'energie qu'il consacre à les combattre montre que cette concurrence était encore vivace à la fin du IVe siècle.

Le judaïsme recevait aussi des convertis et, dans certains cas, se montrait activement prosélyte[40]. Les actes des apôtres Le Nouveau Testament évoquent une catégorie de personnes désignées sous le nom de craignant-Dieu qu’on pense avoir été en passe de se convertir ; le plus souvent, on suppose qu'il s'agit de Gentils qui ne s’étaient pas soumis à la circoncision, soient qu'ils hésitent devant une opération sérieuse pour des adultes dans les conditions d'asepsie de l'époque, soit qu'ils ne souhaitent pas aller jusque là[41]. Philon d'Alexandrie évoque explicitement le devoir des Juifs d’accueillir des convertis. Il n'est pas certain que le judaïsme de la fin du Ier siècle considère les « Nazôréens » comme autre chose qu'une tendance, malgré leur envie de s’en démarquer[42] ,[43].

Insertion dans le paysage religieux de l'empire[modifier | modifier le code]

Jusqu’au début du IVe siècle, le christianisme connaît des alternances de paix, notamment sous le règne de Gallien, et de persécution, en particulier sous le règne de Dioclétien. Ces persécutions marquent tellement l’esprit des chrétiens que le début de son règne (284) constituera jusqu’au VIe siècle le début de l’ère chrétienne, dite l’« ère des martyrs » ou « de Dioclétien ». En 312, arrivé au pouvoir, Constantin Ier adopte une attitude de tolérance que son collègue Licinius ne partage pas. Après la victoire de Constantin sur Licinus, il affiche une préférence de plus en plus marquée pour le christianisme. Il prend des mesures matérielles (don d’argent, de terrains, etc.), mais aussi législatives, pour intégrer les chrétiens dans la structure de l’empire (par exemple, l’élévation du dimanche, jour du soleil, au nombre des jours fériés). Il intervient dans les querelles religieuses, en convoquant des conciles (cf. infra), en interdisant les sacrifices animaux [44], et en fondant la ville de Constantinople, capitale chrétienne qui remplace Rome, toujours largement païenne à cette époque. Il prend des mesures contre les institutions païennes, mais ne supprime pas la liberté du culte. À sa mort en 337, il se convertit au christianisme, un « caprice personnel » selon Paul Veyne [44], devenant ainsi le premier empereur romain chrétien. À cette époque, bien que le christianisme se soit déjà implanté dans les milieux urbains aisés, 90 % des citoyens romains, dont les sénateurs, étaient païens ou adhéraient à d'autres fois, à l'instar des autres sujets de l’Empire, quoiqu'il existât alors de grandes disparités régionales dans la répartition des communautés chrétiennes[44].

Si l’on excepte le court intermède de l’empereur Julien (361-363), le neveu de Constantin qui veut revenir au paganisme sans toutefois en faire une obligation [44], ses successeurs seront tous chrétiens. C’est sous Gratien et Théodose Ier (380-395) que l’Église catholique devient réellement une religion d'État. Ils promulguent d’abord une série d’édits contre les « hérétiques » qui sont en désaccord avec le syncrétisme pagano-chrétien créé sous Constantin. Théodose décrète le 28 février 380 l'édit de Thessalonique qui officialise le culte catholique orthodoxe et en fait l'unique religion licite de l'empire romain, puis signe des lois qui prohibent le paganisme dans les provinces occidentales (loi du 14 février 391) et orientales (loi du 16 juin 391) de l'Empire, la fréquentation aussi bien dans les temples publics que dans les sanctuaires privés étant interdite. Enfin, sous l’influence d’Ambroise, évêque de Milan, Théodose publie le 8 novembre 392 l'Édit de Constantinople qui interdit tous les cultes païens (fréquentation des temples et sanctuaires, sacrifices, adoration des statues, lampes votives, dendrolâtrie) à tout l'Empire et impose définitivement le catholicisme : le christianisme est désormais passé du statut de secte minoritaire, ne touchant même pas 5 % de la population au début du IVe siècle, à celui de religion d'État[45].

Le christianisme en Égypte[modifier | modifier le code]

Chaque église s'attribue un apôtre fondateur. Marc, qui aurait subi le martyre à Alexandrie au Ie siècle, serait aux origines de l’Église d’Égypte. Il est probable qu’une communauté chrétienne y existait vers 50 apr. J.-C. Si, à ses débuts, elle devait certainement être composée de Juifs, nombreux en Égypte, au IIe siècle elle est devenue grecque, après l’anéantissement de la communauté juive d’Alexandrie en 115-117. Les chrétiens ont dû y faire face à la concurrence du gnosticisme et du manichéisme. L’orthodoxie est défendue par le Didascalée, une école importante. Influencée par le néoplatonisme, elle compte parmi ses membres Clément d'Alexandrie ou Origène (185-253), qui créé la doctrine de la lectio divina et des quatre sens de l'Écriture. Comme en Afrique du Nord, l’Église d’Égypte a été déchirée par les conflits qui ont suivi la persécution de Dioclétien au début du IVe siècle. Le schisme est provoqué par l’évêque Mélèce de Lycopolis, qui s’oppose à la réintégration des chrétiens qui ont renié leur foi pendant la persécution.

Après l’avènement de l’empereur Constantin, l’Église d’Égypte prospère. Elle jouera un rôle important dans les controverses christologiques du IVe au VIe siècle, grâce à la forte personnalité de certains évêques d’Alexandrie, tels qu’Athanase ou Cyrille.

Monachisme[modifier | modifier le code]

Le protomonachisme (du grec protos, « premier », et monachos « solitaire », « célibataire ») naît au IIIe siècle en Égypte où se développe essentiellement un érémitisme dans le désert [46] trouvant probablement son origine dans des communautés réfugiées dans le désert au temps de la persécution de Dioclétien. Pierre d'Alexandrie se taille ainsi une réputation de résistance[47]. Il se développe également en Syrie et en Mésopotamie araméophones où le monachisme communautaire est plus urbain ou villageois[48]. Le monachisme connaît un premier essor au IVe siècle. Certains chrétiens se réfugient dans le « désert » pour échapper au monde, mais aussi pour s'opposer au pouvoir des potentats locaux[49] tel Siméon le Stylite (392-459), qui vécut plusieurs décennies sur une colonne en Syrie. Petit à petit, certains d’entre eux, tels qu’Antoine (251-356?), rassemblent des disciples autour d’eux, et forment des communautés de semi-anachorètes. Pacôme le Grand (286-346) fonde des communautés cénobites (du grec koinos bios, « vie commune »), avec un supérieur à leur tête. Ces moines, souvent fanatiques, joueront un grand rôle dans la lutte contre le paganisme, dont un des épisodes les plus tristement célèbres est le meurtre de la philosophe Hypatie (415).

Au VIIIe siècle, en Orient, les véritables vainqueurs de la crise iconoclaste sont les moines, qui se sont faits les champions des images. Du XIe au XIIIe siècle, ils forment un véritable parti et n’hésitent pas à contester l’autorité de l’État. Comme ils voyagent beaucoup (moines gyrovagues), ils exercent une grande influence sur l’opinion publique. Par leur ascétisme et leur mépris du monde, ils constituent un idéal de vie pour le peuple et sont considérés comme les médiateurs par excellence avec Dieu, et parmi eux, l’« innocent » ou l’« idiot » a le contact le plus direct avec Dieu. Ils ont contribué à donner un aspect anti-intellectualiste au christianisme byzantin. Les moines sont d’autant plus respectés que le prestige du clergé séculier est bas. Au cours des derniers siècles de Byzance, les patriarches seront d’ailleurs souvent recrutés parmi les moines.

Au XIe siècle, le monachisme se répand en occident avec la règle de Benoît d'Aniane et la fondation de l'ordre de Cluny où il prend un tout autre caractère à partir du XIIIe siècle.

Le christianisme en Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

Bien que le christianisme se soit certainement implanté tôt en Afrique du Nord (c’est-à-dire, à l’époque romaine, principalement dans l’actuelle Tunisie et la région de Constantine en Algérie, avec comme centre culturel prestigieux Carthage), nous ne disposons d’informations sûres qu’à partir de la fin du IIe siècle, grâce à Tertullien et Saint Cyprien, les deux premiers Pères latins. L'Église africaine des premiers siècles a pris une part importante à la vie et au développement du christianisme occidental latin qui, selon l'historien Claude Lepelley[50], est né en Afrique du Nord. Au milieu du IIe siècle, les communautés chrétiennes y étaient déjà très nombreuses et dynamiques. Et au IVe siècle, naîtra Augustin d'Hippone dont la pensée aura une influence déterminante sur l’Occident chrétien du Moyen Âge et de l’époque moderne [51].

La présence de 71 évêques aux conciles de Carthage en 256 indiquerait l'implantation ancienne du christianisme dans cette région[N 11].

Dans tous ses écrits, Tertullien se place en opposition directe avec la culture romaine païenne et fait l’apologie du martyre. En 180, les Actes des martyrs scillitains décrivent l’histoire de douze martyrs de Scilli. Tertullien lui-même rapporte dans les Actes des martyres Perpétue et Félicité[N 12] un épisode célèbre des persécutions en Afrique du Nord. De nombreux chrétiens choisissent alors d'être apostat pour sauver leurs vies. Lors de la persécution de Dèce (250), de nombreux chrétiens d’Afrique lapsi (apostats), souhaitent revenir au sein de l’Église. L’évêque Cyprien de Carthage, partisan d’une réconciliation après pénitence, se heurte à un groupe plus laxiste. Il trouve un allié auprès du pape Corneille, adversaire de Novatien qui s'oppose à toute réconciliation. La voie moyenne l’emporte, et la position de Novatien, sacré Pape par trois évêques italiens partisans de l'intransigeance, est condamnée en tant que schismatique.

Europe occidentale : évangélisation des peuples dits « barbares »[modifier | modifier le code]

Les peuples germaniques et goths furent évangélisés par l'évêque arien Ulfilla mandaté par Constantin. L'arianisme était d'ailleurs le courant chrétien dans lequel Constantin fut baptisé sur son lit de mort. Il fit élever ses fils dans cette religion[52].

Sur le territoire de l’ancien Empire romain d'Occident, qui disparaît en 476, se sont installés différentes peuples germaniques. presque tous sont chrétiens, du courant arien ; cela montre la portée limitée de la condamnation pour hérésie prononcée à concile de Nicée (325). Parmi ces peuples sont Vandales en Afrique du Nord, des Wisigoths en Espagne et dans le sud de la France, des Ostrogoths en Italie ou encore des Burgondes [37]. L'arianisme servait notamment de facteur identitaire à ces populations, qui essayaient d'éviter la fusion avec les Romains, bien entamée par le fait que les fils de chefs étaient fréquemment enlevés et éduqués à Rome. L'épisode Arminius est resté célèbre [37]. Elles cohabitent plus ou moins harmonieusement avec la population catholique locale. Par contre, les Francs, qui se sont installés dans le nord de la Gaule ainsi que les Anglo-Saxons qui ont envahi la Bretagne sont païens. La conversion de l'Europe barbare, entre le Ve et le VIIIe siècle, se fait le plus souvent à l'aide de contraintes subtiles plutôt que de persécutions massives, malgré quelques épisodes de persécution des Juifs, notamment en Espagne [37], ou des baptêmes forcés, telles ceux opérés par Charlemagne [37].

Les Vandales[modifier | modifier le code]

La situation est tendue en Afrique du Nord où les Vandales, qui sont ariens, dominent les chrétiens locaux qui sont trinitaires. Cette situation aura des conséquences politiques importantes. Les Vandales, seront vaincus au moment de la reconquête de l’Afrique du Nord par l’empereur Justinien.

Les Ostrogoths[modifier | modifier le code]

Les Ostrogoths, sous la conduite de leur roi Théodoric, s’installent en Italie en 489. Théodoric, fait construire des églises ariennes (dont certaines existent encore à Ravenne). Les Ostrogoths sont soucieux de conserver leur identité nationale. Ils ne se mêlent pas à la population locale et leur religion y contribue. Théodoric accorde néanmoins sa protection au catholicisme. Il s'oppose toutefois à ses excès de prosélytisme, condamnant ainsi l’évêque de Ravenne à payer une amende lorsqu’il apprend que les Juifs de la ville avaient été contraints au baptême [37]. Les Ostrogoths perdent le pouvoir en Italie et repassent à l’« orthodoxie » à la suite de la reconquête byzantine.

Les Wisigoths[modifier | modifier le code]

La politique des Wisigoths à l’égard de des trinitaires, est généralement assez tolérante. Alaric II affronte des désordres civils, au début du VIe siècle, ses sujets « orthodoxes » lui reprochant d'adhérer à l'arianisme [37]. Sous le règne de Léovigilde (568-586), la situation est plus tendue. Le roi espère unifier l’Espagne sous la bannière de l’arianisme et les trinitaires fontt l’objet de multiples tracasseries. Son successeur Reccarède fait le choix inverse. Il revient à l’« orthodoxie » (IIIe concile de Tolède en 589) et l’Église espagnole entretient dorénavant des liens étroits avec la royauté. En 615, le roi Sisebut ordonne sous peine de mort le baptême de tous les Juifs [37]. L'Espagne plonge alors, pour un siècle, dans les troubles religieux [37]. En 694, Égica réduit en esclavage tous les Juifs de son royaume, et en confie la garde aux grands propriétaires fonciers (les possessores) [37]. Ces derniers, en effet, sont des relais importants de l'expansion du christianisme, usant de la contrainte économique pour obtenir des conversions [37].

Les Francs[modifier | modifier le code]

Dans le nord de l'ancienne province romain de Gaule, les Francs qui s'y sont établis se laissent gagner par différents types de christianisme[N 13]. Sous l’influence de l'évêque de Reims Remi, leur roi Clovis adhère à l’« orthodoxie » en 496 ou 506. Clovis devient ainsi le premier roi barbare[N 14] trinitaire de l’ancien Empire romain d'Occident. C'est le « coup de chance »[53] pour les Francs : en adoptant l'orthodoxie prévalente en Gaule, ils s'attirent la collaboration des élites gallo-romaines, et la Gaule aidera à leur triomphe[54]. En 507, Clovis obtient le soutien de l’aristocratie gallo-romaine pour chasser les Wisigoths ariens du sud de la Gaule. À l’image des empereurs romains chrétiens, il convoque un concile des évêques de Gaule (511). Son fils, Childebert Ier, ordonne vers 540 la destruction des idoles, mais ne s'attaque pas directement aux idolâtres eux-mêmes [37]. Un siècle plus tard, le roi Dagobert tente, vers 633, de convertir les Juifs par la violence, mais l'entreprise, impopulaire, échoue [37]. Pépin de Herstal et Charles Martel contraignent leurs nouveaux sujets, après la conquête de la Frise, entre 690 et 730, à se convertir [37].

Diffusion aux frontières de l'Empire[modifier | modifier le code]

Le christianisme ne s’est pas limité au bassin méditerranéen et à ses arrière-pays. Il s’est répandu partout où existaient des zones de diaspora (terme d’origine grecque pour dispersion) juive, entre autres en Mésopotamie, en dehors de l’empire romain, où cette population résidait depuis la captivité à Babylone, ville où se développa une grande partie du Talmud.

Le christianisme en Perse dans l’Empire sassanide[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Église de l'Orient.

Le christianisme se répand en Perse dès le IIe siècle. Il s’y heurte à une religion nationale, le mazdéisme zoroastrien. Les chrétiens apparaissent d’abord comme susceptibles d’apporter un soutien à l’Empire romain et sont persécutés. Le monastère Mor Mattay, de doctrine syriaque orthodoxe, est ainsi fondé au IVe siècle. Un synode de l’Église de l'Orient en 424 décrète son indépendance par rapport à l'Église d'Antioche, ce qui permet aux chrétiens perses de ne plus apparaître comme des agents de l'Empire romain, principal adversaire des Sassanides. À la fin du Ve siècle, l’Église de l'Orient passe au nestorianisme, dont les thèses ont été condamnées par l'église de Constantinople lors du concile d'Ephèse de 431. Mais l'adversaire du nestorianisme, le monophysisme, également jugé hérétique, est aussi présent en Perse, l'Église syriaque orthodoxe y étant implantée, instaure une juridiction spéciale sur ces territoires, qui s'étendent jusqu'en Azerbaïdjan et Afghanistan actuels, le Maphrianat de l'Orient.

Le christianisme en Arménie[modifier | modifier le code]

Grégoire Ier l'Illuminateur convainc le roi Tiridate IV de faire de l'Arménie le premier État officiellement chrétien

L’histoire du début du christianisme en Arménie repose sur des bases légendaires : le pays aurait été évangélisé par Simon, Barthélémy et Thaddée. On est sur un terrain plus sûr au IVe siècle. L’empereur romain Dioclétien installe Tiridate IV (298-330) sur le trône d’Arménie. Le roi est païen, mais un prédicateur, Grégoire Ier l'Illuminateur, le convainc de faire de l’Arménie le premier État officiellement chrétien (l’édit de Milan (313) ne constitue qu’un édit de tolérance).

À la suite du partage de l’Arménie, sous Théodose Ier et Shapur II, entre l’empire romain et la Perse sassanide (387), la plus grande partie du pays, dans l’orbite du mazdéisme perse, est menacé d’acculturation. C’est pourtant à cette époque que le moine Mesrop Machtots crée l’alphabet arménien : la Bible est traduite en arménien. Le roi perse Yazdgard II (438-457) et ses successeurs tentent de convertir de force les Arméniens au mazdéisme, mais sans succès [55]. Le christianisme arménien se revendique comme Églises des trois conciles, quoique n'ayant jamais participé au parcours concilaire, s'étant construite avant les églises qui sont parties au débat. Elle soutient une christologie miaphysite[N 15]. Son pape prend le titre de catholicos (506).

Le christianisme en Éthiopie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Christianisme en Éthiopie.

Le christianisme éthiopien aurait pris naissance avec la conversion du roi Ezana d’Aksoum par saint Frumence (ou Frumentios)au IVe siècle. Capturé et réduit en esclavage lors d’un voyage, il est libéré par le roi et Athanase d'Alexandrie en fait le premier évêque du pays. Les successeurs d’Ezana seraient retournés au paganisme, et ce n’est qu’à la fin du Ve siècle que le christianisme est fermement implanté en Éthiopie. Le pays a sans doute été évangélisé par de missionnaires monophysites : son Église est non-chalcédonienne et son chef nommé par le patriarche copte d’Alexandrie. Elle a adopté comme langue liturgique le guèze, la langue du royaume d'Aksoum.

Diffusion et Grandes découvertes[modifier | modifier le code]

Le christianisme en Extrême-Orient[modifier | modifier le code]

Doctrine[modifier | modifier le code]
Article détaillé : Li M'Hâ Ong.

Le nestorianisme se répand en Orient, étant adopté par l'Église de l'Orient, puis par l'Église syriaque orientale de Malabar, en Inde, et diverses églises dite « des deux conciles », ainsi qu'en Chine sous le règne de Taizong et en Mongolie à partir du VIIe siècle. Les nestoriens chinois furent persécutés sous le règne de Tang Wuzong. Il se diffusa aussi dans l'empire mongol, étant pratiquée par plusieurs princesses de la famille de Gengis Khan (Sorgaqtani, épouse de Tolui, ou Doqouz Khatoun, épouse de Hülegü)...

Cheminement[modifier | modifier le code]
Articles détaillés : Compagnie de Jésus et Matteo Ricci.

Véhiculé le long de la Route de la soie, le nestorianisme atteint la Chine au VIIe siècle, sous l’empereur Taizong, avant d'être sujet, comme d'autres religions, à des persécutions au IXe siècle. Il s'étend aussi en Inde (Église de Malabar), qui aurait été influencée par le christianisme dès le Ie siècle, donnant lieu aux Chrétiens de saint Thomas. Lorsque le Portugal débarque sur la côte de Malabar en 1498, il y établit des tribunaux de l'Inquisition pour ramener ces « hérétiques » dans le droit chemin.

Églises orientales du Kerala (chrétiens de saint Thomas)
Syriaque occidental Syriaque oriental
Anglicans Orthodoxes orientaux Catholiques orientaux Assyriens
Église malankare Mar Thoma Église malabare indépendante Église malankare orthodoxe Église syro-malankare orthodoxe Église catholique syro-malankare Église catholique syro-malabare Église malabare orthodoxe

Diffusion en Amérique latine[modifier | modifier le code]

Le temps des réformes[modifier | modifier le code]

Le temps des Réformes n'est pas seulement l'affaire des églises qui en sont issues. C'est un mouvement européen issu de facteurs démographiques, économiques, culturels et technologiques.

Facteur démographique[modifier | modifier le code]

Le mouvement des essartages produit une meilleure nourriture et l'allongement de la durée de la vie. Des surplus se dégagent et créent des courants commerciaux et donc monétaires. L'Église encourage le retard de l'âge du mariage ; une nouvelle période de la vie se développe : l'adolescence propice aux études[56]. L'Église développe donc des écoles. Pourtant, le bas clergé issu du peuple est à peine instruit et contribue à faire de la religion un ensemble de pratiques plus proches de la superstition que de la foi. La croyance à la sorcellerie est très répandue.

Facteur culturel[modifier | modifier le code]

On invente la traduction, au sens scientifique du terme et la critique textuelle grâce à laquelle Lorenzo Valla démontre que la Donation de Constantin est un faux du VIe siècle[57]. Avec l'exil des érudits grecs, à la suite de la chute de Byzance, on voit arriver en occident des manuscrits bibliques grecs que personne n'avait jamais vus [58]; les humanistes contribuent à cette remise en question.

Les Voyages de grande découvertes amènent à s'interroger sur le salut des indigènes avant leur évangélisation, partant sur son propre salut dans un environnement où la mort est toujours proche, celui des grandes pestes.

Facteur économique[modifier | modifier le code]

Les voyages de grande découvertes amènent une extension du commerce, à partir de l'Espagne, dans lesquels une partie des féodaux européens (anglais, italiens, espagnols, princes d'Europe centrale et baltes) prend part. Une amélioration de la qualité de la monnaie et l'adoption d'un bi-métallisme produit un enrichissement et la faculté de devenir mécène[59] Les papes issus des grandes familles italiennes se conduisent comme n'importe quels féodaux :

À la fin du XVe siècle, l’Église était en crise. Au niveau de la papauté et du haut clergé cette crise se manifestait par des pratiques et des comportements qui n’avaient plus aucun rapport avec la foi : les papes faisaient la guerre et se préoccupaient plus de s’enrichir que de faire respecter la religion. Ils pratiquaient le népotisme, c’est-à-dire qu’ils plaçaient leurs protégés (souvent leurs enfants illégitimes) à des postes importants ; le haut clergé pratiquait le cumul des bénéfices ecclésiastiques ; on vendait des simonies et on se livrait à la vente d’indulgences (pardon des péchés). Des croyants réagissent à cette situation.

Facteur technologique[modifier | modifier le code]

L'invention de l'imprimerie rend le livre moins précieux, moins cher, et donc plus répandu. On imprime aussi des tracts et des placards[N 16]

La Réforme protestante[modifier | modifier le code]

L'adoption de la Réforme est aussi un caractère politique. C'est un moyen pour les princes d'affirmer leur indépendance face à une papauté revendiquant une théocratie universelle ou pour les populations de pouvoir se révolter face un souverain mal accepté comme en Écosse et aux Pays-Bas espagnols. Dès le XVIe siècle, se développent au sein de la Réforme des mouvements plus radicaux appelés à jouer un rôle dans le développement du protestantisme : le puritanisme en Angleterre et le baptisme en Europe centrale. Par ailleurs, les nouvelles colonies anglaises en Amérique du Nord serviront de refuge à de nombreux groupes persécutés en Europe. Ceci explique que les États-Unis soient encore actuellement un des foyers les plus vivaces du protestantisme avec l'Europe du Nord (Suède, Danemark, Lituanie, Pays-Bas) et l'Europe Centrale (Allemagne, Suisse, Hongrie).

Les excès commis par un petit groupe d’anabaptistes fanatiques qui avaient pris le pouvoir à Münster en 1534 ont contribué à dresser contre eux les autorités tant catholiques que protestantes. La majorité des anabaptistes sont pourtant pacifistes, comme en témoigne la prédication de Menno Simons (1496 - 1561), un de leurs principaux dirigeants, auquel doit son nom les mennonites. Un autre groupe d'anabaptiste, implanté en Moravie, porte le nom de frères Moraves.

Dès le début du XVIIe siècle, le protestantisme s’épanouira en Amérique du Nord. La plupart des colonies anglaises ont été fondées par des groupes protestants très divers. Un des groupes les plus connus est celui des Pilgrim Fathers ou pères pèlerins qui fondent Plymouth au Massachusetts en 1620, composé de Puritains anglais. À partir de 1639, Roger Williams, chassé du Massachusetts, fonde des Églises baptistes dans la colonie de Rhode Island. Le quaker anglais William Penn (1644 - 1718) fonde en 1682 la colonie de Pennsylvanie. Il y invite les mennonites allemands, persécutés dans leur pays, qui arrivent par dizaines de milliers. Des calvinistes écossais et hollandais fondent des communautés presbytériennes.

La Réforme dans le Saint-Empire[modifier | modifier le code]

Martin Luther met au point un système théologique inspiré de saint Augustin, propre à calmer l'angoisse que lui pose l'incertitude de son propre salut[23]

Luther (1483 -1546) est un moine tourmenté par son salut, il s’interroge donc sur la situation décrite ci-dessus. Dès 1515, il commence à « repenser » la religion, et en 1517, quand les envoyés du pape arrivent pour vendre les indulgences, il affiche sur la porte de son église 95 propositions, dans lesquelles il condamne la vente d’indulgences et les autres abus de l’Église. Le pape le somme de se rétracter et face à son refus l’excommunie. Luther devra également faire face à l’empereur Charles Quint. Ce dernier, soucieux de ménager à la fois le pape et les princes de l’Empire dont certains avaient déjà rallié le luthéranisme (nom de la doctrine de Luther), hésitera entre la répression et la tolérance. D’abord, il chasse Luther mais devant les protestations de certains princes luthériens (d’où le nom de religion protestante), il accorde à chaque prince le droit de choisir sa religion, ses sujets étant obligés de le suivre. Les thèses de Luther :

  • Le croyant doit pouvoir recourir directement à la Bible car la religion est une affaire de contact personnel entre la créature (l’homme) et son créateur (Dieu). Dans cet esprit Luther traduit la bible en allemand
  • Le salut ne peut s’espérer que par la grâce divine (sola gratia), don gratuit qui rend inutiles les œuvres qui ouvriraient des mérites dans l'économie de la Rédemption, par la foi (sola fide) et par les écritures (sola Scriptura) qui expriment la vraie parole de Dieu.
  • Le rôle du clergé est ramené à une mesure humaine : il n’est plus l’intermédiaire obligé entre Dieu et les hommes, ce qui rend superflu un ordre sacerdotal dont l'Évangile lui-même ne souffle mot. Il est un érudit qui peut servir de guide spirituel.
  • Luther élague le christianisme des doctrines non bibliques construites par la tradition (culte de la Vierge et des saints, purgatoire), ne garde que les deux sacrements évoqués dans le Nouveau Testament : le baptême et la Cène.

Du point de vue politique, il se rangera du côté des bourgeois contre les paysans et le petit peuple qui avaient cru trouver un soutien dans sa doctrine et s’étaient révoltés contre leurs princes avec la Réforme radicale.

La Réforme en Suisse[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Réforme protestante en Suisse.

En Suisse, la Réforme a lieu en même temps qu’en Allemagne. Les idées du réformateur suisse Ulrich Zwingli (1484-1531) sont au départ proches de celles de Luther. À partir de 1529, il s’éloigne du luthéranisme et perd le soutien des princes allemands. Il est tué en 1531 à la bataille de Kappel, qui oppose les cantons suisses catholiques à Zurich. Cette défaite militaire freine le développement du protestantisme en Suisse. Le réformateur français Calvin (voir ci-dessous), appelé, chassé, puis rappelé à Genève(1541), fait de cette ville un bastion du protestantisme. Il fait condamner à mort et brûler un de ses adversaires, Michel Servet.

La Réforme en France[modifier | modifier le code]

Les idées de Luther inspirent un juriste français, Jean Calvin (1509-1564). Ce dernier propage d’abord le luthéranisme puis le transforme en une doctrine plus sévère. Pour le calvinisme, l’homme est entièrement soumis à Dieu: chacun est d'avance prédestiné à recevoir, ou non, la grâce: dans le débat entre la grâce divine et le libre arbitre, celle-là l'emporte nettement. Il faut gouverner suivant les Écritures (dépouillement total des lieux de cultes, réglementation des tenues vestimentaires, bijoux, etc.).

Cette doctrine, dont le succès est partiel en France, s’impose en Suisse, dans le nord des Provinces-Unies (actuels Pays-Bas) et en Écosse. Par ailleurs, des calvinistes persécutés en Angleterre émigrent en Amérique du Nord, notamment aux États-Unis.

En France, la Réforme aboutit à la persécution des Huguenots et à de sanglantes guerres de religion. En 1598, l’édit de Nantes y mit un terme pour 60 ans en autorisant le culte réformé, jusqu'à la révocation de cet édit par Louis XIV en 1685. Les Huguenots sont à nouveau persécutés par les Dragonnades et forcés à se convertir au catholicisme.

La Réforme en Angleterre[modifier | modifier le code]

Dans ce pays, les motivations sont d'abord politiques ; leur caractère religieux tient à l'indépendance de l'église d'Angleterre en regard d'une volonté pontificale théocratique. Le roi d’Angleterre, Henri VIII, veut être le seul à contrôler son royaume (absolutisme). Il désire donc se débarrasser du pouvoir que détient le pape sur l’Église d’Angleterre. Il trouve un prétexte (son divorce refusé par le pape) et, en 1534, se proclame chef de l’Église d’Angleterre ou anglicane. L’anglicanisme réunit une grande partie de la doctrine calviniste et la hiérarchie et du rituel catholique (décorations, fastes nécessaires pour célébrer la gloire de Dieu).

Les calvinistes qui ne tolèrent pas cette adaptation sont persécutés et s’exilent (voir puritanisme).En Angleterre les puritains ou non-conformistes estiment que l’Église anglicane ne s’est pas suffisamment dégagée du catholicisme; ils sont notamment opposés à l’organisation épiscopalienne à laquelle ils préfèrent des communautés d’anciens et des synodes, c’est-à-dire une conception congrégationaliste de l’Église. Ils sont aussi partisans d’une plus grande rigueur morale. Face à l’opposition et à la politique de persécution de la plupart des souverains anglais (sauf sous Cromwell) du XVIe et XVIIe siècle, ils émigreront d’abord vers les Provinces-Unies, où ils entreront en contact avec la tendance baptiste.

Les baptistes sont opposés au baptême des enfants (pédobaptême), auquel ils préfèrent le baptême des adultes. Ils pratiquent le baptême par immersion, plutôt que par aspersion. Eux-mêmes récusent le terme d’« anabaptistes », à savoir "qui re-baptisent" dont les affublent leurs adversaires : il ne peut en effet être question d’un « rebaptême », puisque celui des enfants ne peut être considéré comme valable. Leur idée du congrégationalisme va plus loin que celle des puritains : l’interprétation des Écritures repose sur le consensus qui résulte d’un débat auquel chaque membre de la communauté peut prendre part. Il s’agit d’une conception très démocratique du christianisme.

La Contre-Réforme ou « Réforme catholique »[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Édit de Nantes et Contre-Réforme.

"Depuis le concile de Trente, l'Église catholique n'a développé de théologie qu'anti-protestante"(Yves Congar[60]) C'est une tendance de fond qui préside encore à la Crise moderniste[61] et dure jusqu'au concile de Vatican II[62]

Devant la crise politico-religieuse, l'Église catholique engage le mouvement de la Contre-Réforme, sous la bannière des Jésuites, sorte d’« armée » au service du pape chargée de la formation intellectuelle (collèges) et des missions évangélisatrices, notamment dans le Nouveau Monde et en Asie (ce qui provoquera la Querelle des rites à la fin du XVIIe siècle). L’Inquisition, tribunal religieux créé au XIIIe siècle, est rétablie. Elle fait torturer et brûler les hérétiques. En 1543, l’Index des « livres interdits » est instauré.

Pour consacrer ces décisions, le pape accepta finalement de réunir le concile de Trente (1542-1563). Celui-ci décida :

  • de mettre un terme aux nombreux abus (concubinage des prêtres, la non résidence des évêques, l’ignorance intellectuelle de nombreux curés)
  • de maintenir la doctrine catholique dans ses dogmes (le pouvoir intercesseur de la Vierge Marie et des saints, l’Eucharistie, le pouvoir de l’image…)
  • garder les traditions de l’Église romaine (prière et Bible en latin, le prêtre n’est pas un homme comme un autre donc obligation du célibat), c’est-à-dire sans tenir compte des idées humanistes (notamment Érasme)

Le développement de la Contre-réforme ne suit pas le même cours dans les différents pays catholiques. Dans une politique défavorable à l’égard du pape et de l’Espagne, la France n’accepta pas les principes du concile de Trente et s’opposa catégoriquement à l’inquisition. La Contre-réforme ne débuta en France que dans les années 1580. Elle atteint son apogée sous le règne de Louis XIV. En Allemagne, la Contre-réforme déboucha sur la guerre de Trente Ans.

L'Église catholique et la modernité[modifier | modifier le code]

La réforme protestante a introduit une certaine idée de la "modernité"

L’Église catholique et les Lumières[modifier | modifier le code]

À la fin du XVIe siècle, les premières lectures critiques[63] de la Bible entamèrent le monopole intellectuel de l’Église catholique romaine, tandis que la Révolution copernicienne avait mis en cause le géocentrisme, qui avait valu à Giordano Bruno de se faire brûler vif en 1600. La hiérarchie catholique ne reviendra sur cette question qu'au milieu du XVIIIe siècle, sous Benoît XIV. Si ce dernier admet une ouverture relative de l'Église au monde moderne, il condamne toutefois sévèrement la franc-maçonnerie (Providas romanorum, 1751). Au même moment, des philosophes athées (comme Diderot ou D'Alembert) ou déiste (comme Voltaire) ne se privent pas de critiquer l’Église, le fanatisme et les superstitions.

Bien que certains, tels Maurice Sachot [44], attribuent au christianisme une part importante dans la séparation des pouvoirs religieux et politiques (« rendez à César ce qui est à César »), selon Paul Veyne, « l’initiative et le gros du travail sont dus aux Lumières » [44]. L'influence grandissante de l'idée de laïcité et de sécularisation ne sont cependant pas portées uniquement par des adversaires de l'Église : Kant, profondément croyant et catholique, qui pose un jalon décisif dans l'histoire des rapports entre foi et raison, prône leur autonomie respective.

L’Église catholique et la Révolution française[modifier | modifier le code]

La Révolution française pose la question du rapport de l’État et de l’Église dans les pays catholiques.

Dans la foulée du gallicanisme, l’Assemblée constituante de 1789 française adopte un ensemble de mesures qui transforment radicalement les structures religieuses en France :

  • Elle abolit en février 1790 les vœux monastiques et supprime de fait les ordres et congrégations religieuses,
  • Elle adopte le 12 juillet 1790 la Constitution civile du clergé qui subordonne l’Église à l’État, met en place des diocèses correspondant aux départements, et des prêtres et évêques élus.

Les biens du clergé sont par ailleurs confisqués. Cette décision entraîne un schisme entre l’Église « officielle » du point de vue de la Révolution (c’est-à-dire « assermentée ») et les membres du clergé restés fidèles au pape (les prêtres « réfractaires »). En novembre 1791, un décret est voté contre les prêtres réfractaires. Après quelques années de persécution pure et simple de la religion, Napoléon Ier négocie avec le pape le Concordat de 1801, qui servira plus tard de modèle dans de nombreux pays. Cet accord marque un souci d’apaisement et permet malgré tout au pape d’affirmer son autorité sur l’Église gallicane. Le XIXe siècle sera marqué par l’ultramontanisme, un courant de pensée qui reconnaît l’infaillibilité et la suprématie pontificale.

La crise moderniste affecte l'ensemble du christianisme[modifier | modifier le code]

Le monde « moderne », qui émerge des guerres napoléoniennes, a profondément changé, et, malgré ses efforts, l’Église catholique ne retrouvera jamais la position qu’elle occupait pendant l’Ancien Régime. Dans de nombreux pays la société se sécularise. En revanche, le Vatican envoie de nombreux missionnaires dans les colonies[64], semant ainsi les graines d'une implantation durable dans ce qu'on appellera au XXe siècle le Tiers monde.

En France, la politique pro-cléricale de la Restauration (loi Bonald abolissant le divorce, loi sur le sacrilège punissant ce dernier de la peine capitale, etc.) est emportée par la révolution de 1830. La question religieuse continue toutefois de faire débat tout au long duXIXe siècle et même après, de la loi Falloux de 1850 favorisant l'enseignement confessionnel, à la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 en passant par les lois Jules Ferry sur l'éducation laïque, gratuite et obligatoire[65].

En Italie, le Risorgimento, visant à l’unification des États italiens, contribue à dresser l’État contre l’Église. Les États pontificaux, le dernier vestige du pouvoir temporel de la papauté, sont absorbés par le nouvel État italien, et en 1870, le pape se considère comme prisonnier dans la Cité du Vatican. Cette affaire ne sera définitivement réglée que sous Mussolini par les accords du Latran (1929).

Avec la perte des États pontificaux, l'Église perd progressivement de l’autorité temporelle[66]. Avec le soutien des politiques, Napoléon III et Cavour, elle tente de renforcer l'autorité spirituelle du pape en prévoyant infaillibilité pontificale. La proclamation du dogme de l’Immaculée Conception par Pie IX en 1854, avant même celle de l’infaillibilité pontificale va dans ce sens. Les positions du pape se font de plus en plus réactionnaires : en 1864, le pape publie l’encyclique Quanta Cura , auquel s’ajoute le document qu’on appelle en général simplement le Syllabus , qui condamne sans appel 80 « erreurs modernes ». Par ailleurs, de nombreux ouvrages témoins de la modernité sont mis à l’Index. Cette tendance culminera lors du premier concile œcuménique du Vatican (1870), dont la principale décision est de proclamer l’infaillibilité pontificale (encyclique Pastor Aeternus): le pape, lorsqu'il parle ex cathedra et en tant que Docteur suprême de l'Église, ne peut, selon ce dogme, se tromper. Certains évêques sont en désaccord avec les décisions, ce qui donnera lieu à un mini-schisme dans la seconde moitié du XIXe siècle : celui de l’Église gallicane, ultérieurement unie à l'Église vieille-catholique. Le pape Léon XIII essaie de reprendre une initiative qui échappe de plus en plus à l’Église en matière intellectuelle.

À la suite du Syllabus du Pape Pie IX [67], l’Église doit affronter des courants intellectuels athées et anticléricaux. En France, le positivisme d’Auguste Comte secoue les fondements de la métaphysique et de la religion. Des penseurs tels que David Strauss ou Ernest Renan lancent la quête du Jésus historique et fondent les sciences religieuses et l'exégèse critique de la Bible [68] auxquelles l'église répond par le serment anti-moderniste qui crée le fondamentalisme catholique. Les progrès des sciences naturelles, en géologie et en paléontologie notamment, symbolisé par la publication en 1859 de De l'origine des espèces de Darwin, mettent à mal la lecture littérale de la Bible et conduisent à l'invention du créationnisme. Face à l’effritement de la société chrétienne, la papauté réagit par un raidissement doctrinal[69]. Dans son encyclique Mirari Vos (1832), Grégoire XVI condamne le catholicisme libéral prôné par le Français Lamennais.

En réaction à l'infaillibilité pontificale, d'une part et à l'impact des sciences religieuses sur l'Évolution de la lecture de la Bible au XIXe siècle, les églises conservatrices américaines se réunissent en églises fondamentalistes. La crise moderniste dans le catholicisme, semble trouver un embryon de solution avec le Concile Vatican II (1963-1965) lancé par Jean XXIII ; les commentateurs disent que l'initiative est freinée dès le pontificat de Paul VI tandis que le pontificat de Benoît XVI confirme le retour de l'église catholique romaine à son sillon traditionnel.

Le christianisme et la question sociale[modifier | modifier le code]

La doctrine sociale de l'Église[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Doctrine sociale de l'Église.

Les problèmes sociaux consécutifs à la Révolution industrielle (révolte des Canuts…) poussèrent les chrétiens et l’Église à un renouvellement de leur pensée sociale. En effet, les profondes transformations économiques, sociales et politiques ne permettaient plus aux chrétiens et aux structures existantes de l’Église d’exercer la charité dans les mêmes conditions. Il fallait refonder l’action sociale.

Les premiers à contester l’idée que la misère était inévitable et même nécessaire furent des ecclésiastiques et des penseurs catholiques. On peut citer Frédéric Ozanam et Lamennais en France, Mgr Ketteler en Allemagne.

Certains de ces penseurs furent d’abord condamnés par l’autorité religieuse. Il faut distinguer différentes attitudes, celle des individus (prêtres, intellectuels catholiques), celle des Églises nationales et des partis politiques qui y sont liés, et celle du pape.

Peu à peu, une position officielle de l’Église par rapport au problème social prit forme. Elle aboutit en 1891 à la promulgation de l’encyclique Rerum novarum par la plus haute autorité de l’Église, le pape Léon XIII. Cette attitude obligea les Églises nationales à modifier leur point de vue et à admettre que des mesures politiques étaient nécessaires pour soulager la misère.

Au niveau politique, ce nouveau courant finit par donner naissance à diverses formations politiques qui se rassembleront ultérieurement sous le nom de démocratie chrétienne. Celle-ci fut longtemps combattue par une partie importante des catholiques et par l’épiscopat.

Le christianisme social[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : John Wesley, Méthodisme, Armée du salut et Socialisme.

Les Églises protestantes depuis la Réforme[modifier | modifier le code]

La gouvernance des églises protestantes[modifier | modifier le code]

L'irruption des sciences religieuses et le libéralisme théologique[modifier | modifier le code]

Higher Criticism

L'œcuménisme[modifier | modifier le code]

Le « deuxième réveil » américain[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • Les pays du Refuge
  • La société religieuse des amis, ou Quakers

Les institutions ecclésiales[modifier | modifier le code]

Au début du IVe siècle, les chrétiens sont peu nombreux et réunis en communautés diffuses. Les communautés chrétiennes prennent le nom d’« Églises » (du grec Ekklèsia = assemblée). Ils ne sont réellement organisés qu'au Moyen-Orient :

« Quatre secteurs ont un épiscopat nombreux, ce qui suppose a priori une christianisation plus avancée : l'Asie Mineure, avec 98 à 102 évêques, le bloc Syrie-Palestine, avec 75 évêques, l'Égypte, avec entre 70 et 100 évêques, et tout en haut l'Afrique du Nord, qui compte alors entre 200 et 250 évêques.(Yves Modéran [70]) »

Ce terme « église » ne s'applique aux bâtiments qu'à compter du IIIe siècle de l'ère commune. Ces communautés, dans les zones où les chrétiens sont nombreux, sont dotées d’un conseil, avec à sa tête un « évêque » (du grec épiskopos = surveillant) ou « presbytre » (du grec « presbyteros » = ancien). Le premier terme finira par l’emporter. Il est assisté de diacres. Les fidèles se réunissent, d’abord dans des maisons particulières, puis dans des maisons spécialement aménagées (dont il subsiste un exemple connu du IIIe siècle à Doura Europos, où une pièce sert de lieu de réunion et une autre de baptistère).

Statut de l'empereur[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Code de Théodose et Corpus iuris civilis.

De Constantin à Justinien, il est le « président de l'Église »[71].

Sa position dans l’Église est clairement définie par Paul Veyne[72]. Entre le moment où Constantinople change pour devenir Byzance, sa personne acquiert un caractère sacré [73]et[74]; depuis Constantin Ier il est « égal aux apôtres » (isapostolos). Il n’est pas prêtre, mais pourtant, comme le prêtre, il pénètre dans le Saint des Saints, derrière l’iconostase, et communie sous les deux espèces.

L’empereur fait respecter les lois de l’Église ; les code de Théodose II et de Justinien intègrent les lois de l'Église au droit civil, y compris la dogmatique. Quand le besoin s’en fait sentir, c’est lui qui convoque les conciles œcuméniques. En principe le patriarche, comme chef de l’Église, est lui aussi l’émanation de Dieu. Dans la pratique, l’empereur nomme le patriarche comme bon lui semble, même si en théorie il choisit parmi une liste qui lui est présentée. Le patriarche choisi peut même être un laïc, comme Photios Ier de Constantinople, qui reçoit en catastrophe tous les ordres. Au cours des premiers siècles de l’empire, l’empereur intervient dans des questions de dogme. Cet interventionnisme culminera au cours de la crise iconoclaste (voir ci-dessous). Par la suite s’instaure un équilibre fragile entre l’empereur et le patriarche. Il doit en théorie régner entre eux une harmonie (telle que la définit l’« Epanagoge » de Basile Ier) en vue du bien-être de l’État et de l’Église. L’empereur peut difficilement de franchir certaines barrières morales. On peut en donner pour exemple le quatrième mariage de Léon VI, qui fait scandale. Le patriarche Nicolas Mystikos refuse alors à l’empereur l’entrée de Sainte-Sophie. Bien qu’il ait forcé le patriarche à abdiquer, Léon devra faire pénitence. Au cours des derniers siècles de l’Empire, les souverains qui veulent se rapprocher de Rome (voir ci-dessous) se heurtent à l’opposition de l’Église.

Les Byzantins voyaient dans leur empire l’image du royaume céleste et dans leur empereur l’image du souverain céleste. Il est le « lieutenant de Dieu », et c’est de Lui qu’il tient son pouvoir (« Deo gratia »). Le couronnement à Sainte-Sophie par le patriarche de Constantinople symbolise cette sanction divine. Même dans les cas d’usurpation les plus manifestes, le patriarche ne l’a jamais refusée. Cette conception a pour conséquence que l’empereur est le seul souverain légal de la cité terrestre. C’est au nom de cette conception que les empereurs byzantins ont toujours farouchement considéré tout autre souverain chrétien comme leur subordonné. Au XIVe siècle, lorsque l’Empire va vers sa fin, le patriarche de Constantinople rappelle au grand-duc de Moscou, qui ne se considère plus comme soumis à l’empereur, qu’« unique est l’empereur universel ».

Métropolites et papes[modifier | modifier le code]

Si, théoriquement, tous les évêques sont sur le même pied, certains acquièrent progressivement plus d’importance du fait de l’importance des premiers titulaires du siège, ce poids n’étant pas nécessairement lié à la place du diocèse dans la structure administrative de l’Empire romain. Au sommet de cette hiérarchie se trouvent cinq sièges qu’on appellera les patriarcats à partir du règne de Justinien.

En Occident, la direction des premières communautés chrétiennes de Rome est longtemps de type synodal et la prééminence de l’évêque de Rome n’est que très progressive ; il prend de l'importance à la fin du IVe siècle avec Léon 1er et l'ensemble des pouvoirs dont il jouit de nos jours en Occident n'est acquis qu'au IXe siècle sous Charlemagne, avec Léon III en 800[75], quand sa primauté d’honneur se transforme en primauté juridictionnelle pour la partie occidentale de l'empire.

Calixte Ier sera le premier être désigné sous le terme « pape » à l’instar de ce qui se faisait déjà pour le patriarche d'Alexandrie[76]. Le patriarche romain Léon Ier s’opposera au canon 28 du concile de Chalcédoine (451) qui fait de Rome le second siège de l’Église à l'égale de Constantinople. Ces prétentions du pape de Rome seront mal acceptées par les Églises d’Orient, surtout quand il interviendra en matière doctrinale.

En Orient, le concile de Nicée (325) reconnaît deux grands sièges : Antioche et Alexandrie, ainsi qu’avec quelques restrictions à Jérusalem. Le concile de Constantinople (381), et surtout le concile de Chalcédoine (451), accordent à Constantinople les mêmes privilèges qu’à Rome, ainsi que la deuxième place après celle-ci. Des conflits entre patriarcats seront pour beaucoup dans les controverses qui déchireront l’Église.

À côté des cinq grands sièges, se constitueront en dehors des frontières de l’Empire romain, des Églises nationales, « autocéphales » (Arménie, Géorgie, Perse).

Le concile comme instrument de gouvernance[modifier | modifier le code]

Tous les évêques font partie d’une même Église, qui se qualifie de catholique, et communient dans la même foi. Pour assurer cette unité de foi, on a mis en place une institution spécifique : le concile, c’est-à-dire une réunion d’évêques. À partir du IVe siècle, l’empereur convoque des conciles généraux, dont certains sont qualifiés d’œcuméniques (« de la terre entière »). Comme leurs décisions sont infaillibles et ont une autorité universelle, elles ne peuvent être ni revues, ni corrigées.

Conciles locaux[modifier | modifier le code]

Conciles orthodoxes et patriarcat œcuménique[modifier | modifier le code]

Arts et culture[modifier | modifier le code]

Architecture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Portail:Architecture chrétienne.

Peinture et sculpture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Peinture chrétienne.

Voir aussi pour le détail des styles et des genres : peinture chrétienne

Musique[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Après la mort des témoins, les adeptes du mouvement de Jésus éprouvent la nécessité d'écrire leurs compréhensions de ce mouvement.

Création du canon biblique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Canon (Bible).

L’Apôtre Paul joue un rôle important dans le développement du christianisme. Sous le nom de Saül, ce Juif originaire de Tarse aurait d’abord persécuté le mouvement de Jésus et ensuite connu une spectaculaire conversion après que le Christ lui fut apparu sur le chemin de Damas. Il consacre le reste de son existence au prosélytisme. Dans un premier temps, l'enseignement de Jésus n'est diffusé qu'au sein de la communauté juive, puis, à la suite de difficultés avec les responsables des synagogues, l'enseignement s'oriente vers les non-juifs, les païens, aussi appelés les « Gentils ». Parmi ceux-ci, il en est, nombreux, sensibles à la voie du judaïsme, on les appelle les “craignant-Dieu”, mais qui ne franchissent pas, pour la plupart, le pas de la conversion, en particulier celui de la circoncision [77]. La question est débattue lors d’une réunion qui se tient à Jérusalem vers l’an 50 appelée rétrospectivement « concile de Jérusalem ». Il y est entériné que les prosélytes « chrétiens » n'auront pas à passer d'abord par une conversion au judaïsme. Cette décision instruit la vocation universaliste de cette hérésie en train de devenir le christianisme.

Une grande partie de cette littérature se fait sous forme d'Épîtres qui sont de courts traités de caractère moral ou philosophique, dont les auteurs ne sont pas toujours assurés[78].

Premiers théologiens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Patristique et patrologie.

Les sources contemporaines concernant cette période sont peu nombreuses. Les Actes des Apôtres (datés des années 80-90) se veulent l’histoire du mouvement au cours des premières années après la mort du Christ. Leur pertinence est toutefois remise en cause par certains théologiens[79] et sont difficilement exploitables par les historiens. Les Évangiles et les lettres du saint Paul de Tarse (datées des années 50) sont les plus anciens documents du christianisme, qui fournissent des indications indirectes sur les tendances qui parcourent le christianisme primitif. Les premiers chrétiens — le mot n’existait pas encore — ne sont pas perçus en Judée autrement que comme une des nombreuses sectes au sein du judaïsme au tournant de l’ère chrétienne, dont les plus importants sont les Pharisiens, les Sadducéens, les Zélotes et les Esséniens.

Les Actes des Apôtres et les lettres de saint Paul laissent entrevoir un certain nombre de dissensions au sein de la première communauté de Jérusalem et contre celle d'Antioche, mais ne sont guère prolixes. Il est ainsi question d’une dissension entre deux courants du Judéo-christianisme : les « Hellénistes »[N 17] et « Hébreux » (issus de Palestine), qui fait l’objet de controverses entre spécialistes.

Pour cette période qui suit la disparition des apôtres, ce sont les Pères apostoliques qui constituent une source, dont on doit avoir une approche critique[80]. C’est le début de la littérature patristique (90-160 apr. J.-C.). Ces textes, de caractère non canonique, se préoccupent d’instruction et de prédication.

Face à la concurrence, aux courants centrifuges, mais aussi au scepticisme païen, le christianisme développe une littérature

Irénée de Lyon écrit « Contre les hérésies », dans lequel il s’attaque aux gnostiques (voir ci-dessus). Il leur oppose l’unité de l’Ancien et du Nouveau Testament ainsi qu’une vision optimiste de la chute d’Adam et Ève, rachetée par le sacrifice du Christ.

Origène posa les fondements de l’herméneutique chrétienne en définissant, le premier selon Henri de Lubac [81], la théorie des quatre sens, et la Lectio divina, qui seront par la suite largement développés et pratiqués pendant tout le Moyen Âge, surtout au XIIe siècle, et dans les débuts de la Renaissance.

Genres littéraires médiévaux[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Mystère (christianisme).

Poètes chrétiens du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. En particulier l'école anglo-saxonne, telle que réunie au colloque Oxford Princeton ; The ways that never share considère que le christianisme ne commence qu'avec la dogmatisation du IVe siècle
  2. À l'inverse, les chercheurs biblistes contemporains les regardent comme des textes indépendants. Voir par exemple le travail d'Adrian Schenker o.p. et alii, portant sur l'Ancien Testament dans L'Enfance de la Bible hébraïque, Labor et Fides.
  3. Voir confession de foi
  4. Ce concile précède Nicée et Nicée cherche à contrecarrer ce concile qui validé l'orthodoxie d'Arius. Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, éd. La Découverte, 2004, p. 82
  5. L'Immaculée Conception deviennent un dogme tardivement, au XIXe siècle, dans un contexte intellectuel et politique particulier
  6. dont la séparation viendra beaucoup plus tard
  7. Pour ce dernier, après l'union de la divinité et de l'humanité Jésus, il n'y a en lui qu'une seule nature du Verbe de Dieu (« une physis du Verbe de Dieu incarnée ») cf. Hervé Legrand, article Monophysisme, in Encyclopaedia Universalis, édition 2010
  8. La disparition de l'empire romain d'occident est une thèse historiographique contestée depuis une trentaine d'année comme le montre le titre de Charlemagne "empereur d'occident" ; les travaux des historiens de l'antiquité tardive de Marrou à Brown ont relégué cette théorie au rang de l'idéologie.
  9. Henri-Irénée Marrou (1904-1916)
  10. Les délégations occidentales aux précédents conciles étaient chétives ou arrivaient en retard de plusieurs semaines. Cette circonstance est attestée dans Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, La Découverte
  11. L’un des passages les plus cités de Tertullien est éloquent à ce propos :

    « Nous sommes d’hier, et déjà nous avons rempli la terre et tout ce qui est à vous : les villes, les îles, les postes fortifiés, les municipes, les bourgades, les camps eux-mêmes, les tribus, les décuries, le palais, le sénat, le forum ; nous ne vous avons laissé que les temples ! »

    — Apologétique, XXXVII,4

  12. On remarquera que Tertullien met sur le même plan les Actes des martyrs scillitains qui sont un procès-verbal de comparution devant le juge romain et les Actes des martyres Perpétue et Félicité qui sont un roman édifiant comme l'a montré Daniel Boyarin dans Mourir pour Dieu, La découverte 2000
  13. Le paganisme de Clovis et des francs est discuté par les historiens. Les récits le concernant ne sont connus que par Grégoire de Tours qui mêle la chronique et l'apologétique. Selon Peter L Brown (Le culte des saints ), il est plus probable que Clovis fut arien mais que Grégoire considère que les ariens sont des païens.
  14. Barbare doit s'entendre au sens romain de barbare fédéré. En effet, Clovis et ses francs viennent de l'actuelle Belgique flamingante où ils sont largement romanisés. Le père de Clovis a été nommé roi par les romains ; il fut enterré en costume de général romain. Voir Michel Rouche, Clovis, Fayard, 1996
  15. Le miaphysisme s'inspire du monoénergisme en tenant compte des remarques de Nestorius sur la nature humaine et la nature divine. Voir le site de l'Église arménienne
  16. C'est-à-dire des affiches
  17. Sur lesquels deux théories sont en balance ; soit ils seraient issus de la diaspora juive héllénisante, soit ils seraient des juifs hellenisés à la suite du règne d'Antiochos IV qui hellénisa la Judée-Samarie à outrance. Voir l'article christianisme ancien pour avoir le détail des débats et la bibliographie
  18. Hippolyte est souvent qualifié « d'antipape » ; c'est un anachronisme. La direction de l'Église de Rome à l'époque considérée était collégiale. Cette Église a adopté très tardivement le système de l'évêque Monarchique né en Orient. Il y a discussion sur le premier à tenir ce poste et ce serait soit en 280, soit en 320. Sur ce point voir Yves-Marie Hilaire et alii, Histoire de la papauté, 2 000 ans de tribulations.

Références[modifier | modifier le code]

  1. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien, éd. CERF, coll. Initiations, 2001 ISBN 978-2-204-06215-2 cf. introduction
  2. a et b Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity, éd. Sigler Press, 1996 (ISBN 978-0-9623642-7-3) (rééd.); Traduction originale en anglais (1934) en ligne
  3. Adolf von Harnack, Histoire des dogmes, éd. Le Cerf, 2e éd. corr., 1993 (ISBN 978-2-204-04956-6)
  4. OHLIG, Karl-Heinz (dir), Christologie (2 tomes). Tome 1 : Des origines à l'Antiquité tardive, textes en main, Cerf;
  5. OHLIG, Karl-Heinz (dir),Christologie, I, des origines à l'antiquité tardive, CERF 1996 .
  6. Simon-Claude Mimouni et Pierre Maraval, Le christianisme des origines à Constantin éd. Puf/Nouvelle Clio, 2007, p. 285
  7. James Thabor Nazarenes and Ebionites
  8. Walter Bauer, Orthodoxy and Heresy in Earliest Christianity. Philadelphia : Fortress (1932 en allemand, 1971 en anglais, 2009 en français)
  9. En Espagne : les Juifs Espagnols au Moyen Âge, Luis Suarez Fernandez
  10. François Blanchetière, Enquête sur les racines juives du mouvement chrétien (30-35), éd. du Cerf, mars 2001
  11. Peter J. Tomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, éd. du Cerf, mars 2003
  12. Daniel Boyarin, A Radical Jew, Paul and the Politics of Identity, Berkeley: University of California Press, 1994 Consultable en ligne
  13. Dan Jaffé, Le judaïsme et l'avènement du christianisme, orthodoxie et hétérodoxie dans la littérature talmudique Ie et IIe siècles, CERF et sous la direction de Philippe Abadie et Jean-Pierre Lémonon, Le Judaïsme à l'aube de l'ère chrétienne, XVIIIe congrès de l'ACFEB, (Lyon, septembre 1999)
  14. André Trocmé, L'Enfance du christianisme, éd. Noésis, 1997
  15. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, 2007, p. 141
  16. Marie-Émile Boismard, À l'aube du christianisme, avant la naissance des dogmes, éd. Cerf, 1998
  17. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) Paris, Albin Michel, 2007,
  18. Richard E. RUBENSTEIN, Le jour où Jésus devint Dieu , L' « affaire Arius » ou la grande querelle sur la divinité du Christ au dernier siècle de l'Empire romain
  19. Eusèbe de Césarée, Vie de Constantin, III, 6-7.
  20. Christianisme et stoïcisme, X-Passion, 2001 dans
  21. Bart D. Ehrman, Les christianismes disparus : La bataille pour les Écritures : apocryphes, faux et censures, CERF
  22. Voir la conférence d'introduction aux christianismes orientaux
  23. a, b et c Antoine Sfeir (s. dir.), Atlas des religions, Plon-Mame, 1994
  24. Richard E. Rubenstein, Le jour où Jésus devint Dieu, La Découverte, 2000
  25. Richard E. Rubenstein, op.cit.
  26. Cf. Michel Kaplan, La chrétienté byzantine, du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle. Images et reliques. Moines et moniales. Constantinople et Rome, Paris, éd. Sedes, coll. Regards sur l’Histoire, 1997, cité dans l'article Monothélisme, sur le site de lInstitut européen en science des religions, article en ligne
  27. Hervé Legrand, article « Monothélisme », in Encyclopaedia Universalis, édition 2010, extrait en ligne
  28. Revue de l'antiquité tardive EPHESS,
  29. Paul Veyne, Peter Brown, Aline Rousselle, Genèse de l'Antiquité tardive, Gallimard
  30. Nikolaos Svoronos, Ιστορία τών Μεσών χρονών (Histoire du Moyen Âge, en grec), ed. Λykeioy, Athènes 1963
  31. Marcel Simon (1904-1986), sa thèse Verus Israël
  32. Peter L. Brown est un historien irlandais né en 1935, The Making of Late Antiquity (1978), The Cult of the Saints: Its Rise and Function in Latin Christianity (1981), Society & the Holy in Late Antiquity (1982) – The Rise of Western Christendom
  33. F. Amsler, O. Bauer, P. Gisel, R. Gounelle, T. Laus, J.-D. Macchi, La Christologie, entre dogmes, doutes et remises en question, Actes de l'Université théologique libérale d'automne, Van Dieren
  34. La Donation de Constantin est un faux par lequel l'empereur Constantin Ier aurait donné au pape Sylvestre Ier la primauté sur les Églises d'Orient et l’imperium (pouvoir impérial) sur l'Occident, et dont le caractère apocryphe a été prouvé en 1442 par l'humaniste Laurent Valla
  35. Zdravko Batzarov sur "Balkan Linguistic Union" citant Encyclopædia Orbis Latini et J. Lindstedt, Linguistic Balkanization: Contact-induced change by mutual reinforcement Pp. 231–246 in D. G. Gilbers & al. : Languages in Contact, Amsterdam & Atlanta, GA, 2000: Rodopi (Studies in Slavic and General Linguistics, 28.) ISBN 90-420-1322-2 ; André Dunay sur "The Origins of the Rumanians" : Balkan Linguistic Union ; Jernej K. Kopitar, Albanische, walachische u. bulgarische Sprache, Jahrbücher der Literatur (Wien) 46, pp. 59-106 et Andrej N. Sobolev (Ed.): Malyi dialektologiceskii atlas balkanskikh iazykov, Muenchen: Biblion Verlag.
  36. Le moine Ansbert, qui accompagnait l'empereur Frédéric Barberousse dans sa croisade de 1189-1190, relate que dans les Balkans, l'empereur a du combattre “les Grecs et les Valaques” et il désigne Pierre/Kalopetros “imperator Blachorum et maxime parties Bulgarorum dominus” et ailleurs “Imperator Blacorum et Cumanorum” ou encore “Kalopetrus Blachorum dominus itemque a suis dictus imperator Grecie”. Vassiliev souligne aussi que le pape Innocent III qui désignait Ioan Calojean en 1204 “Rex Bulgarorum et Blacorum” et que l'archevêque de Trnovo signait ses lettres du titre “totius Bulgariae et Blaciae Primas” (dans A. A. Vassiliev : History of the Byzantine Empire, 324-1453, Volume 2, Wisconsin : University of Wisconsin Press), ce qui montre clairement les tentatives de la papauté d’attirer à elle les populations balkaniques orientales et de les détacher de l’obédience de Byzance.
  37. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Bruno Dumézil, Les conversions forcées ont-elles existé ?, L'Histoire n°325, novembre 2007, p.69-73
  38. John Scheid Religion et piété dans la Rome antique, Éditions Albin Michel, Paris, 2001, 192 p. (ISBN 978-2-226-12134-9)
  39. John Scheid, op.cit.
  40. François Blanchetière, Les premiers chrétiens étaient-ils missionnaires ? (30-135), CERF 2002
  41. Peter J. Thomson, Jésus et les auteurs du Nouveau Testament dans leur relation au judaïsme, CERF
  42. Dan Jaffé, Le Judaïsme et l’avènement du christianisme. Orthodoxie et hétérodoxie dans la littérature talmudique du Ier-IIe siècle, CERF, 2005
  43. Sous la direction de François Blanchetière et Moshe David Herr, Aux origines juives du christianisme, Louvain
  44. a, b, c, d, e et f Quand le monde est devenu chrétien, compte-rendu croisé des livres de Paul Veyne et de Maurice Sachot dans Sciences humaines.
  45. Eric Stemmelen, La religion des seigneurs - Les origines du christianisme, Michalon,‎ 2010, p. 87
  46. Marcel Viller, Lamarche, Solignac, Dictionnaire de spiritualité ascétique et mystique : doctrine et histoire, Beauchesne,‎ 1995, 216 p.
  47. Richard E. Rubenstein, Op.cit.
  48. Philippe Escolan, Monachisme et église : le monachisme syrien du IVe au VIIe siècle : un ministère charismatique, Beauchesne,‎ 1999, 410 p. (lire en ligne)
  49. Peter Brown, La société et le sacré dans l'Antiquité tardive, Points-Histoire
  50. Claude Lepelley, Saint Augustin : Le Passeur des deux rives, Éditions d'Orbestier, 2010
  51. Alain Corbin, Histoire du christianisme, Éd. Seuil, 2007 p.120 (Saint-Augustin)
  52. Richard E Rubenstein, op.cit.
  53. Fernand Braudel L'identité de la France (tome2 Les hommes et les choses) Arthaud-Flammarion 1986 pp.93-96) se référant à K.F. Werner, et Lucien Musset
  54. Michel Rouche, op.cit. en note, p. ?
  55. Chronologie d'Arménie, Clio
  56. Dans Le Temps de Réformes tome 1, Pierre Chaunu expose comment l'âge du mariage recule de 12 à 18 ans entre le Xe et XVe siècle.
  57. Pierre Chaunu, op.cit., infra
  58. Pierre Chaunu, Le temps des Réformes, tome 2
  59. Pierre Vilar, L'Or et la monnaie dans l'histoire, 1969
  60. Yves Congar, Journal du Concile tome 1, CERF 2001
  61. Sous la direction de Alain Dierkens, L’intelligentsia européenne en mutation (1850-1875). Darwin, le Syllabus et leurs conséquences dans Problème d'Histoire des religions, publication de L'ULB
  62. Yves Cogar, op.cit.
  63. par exemple, la Critica Sacra de Louis Cappel
  64. Voir Encyclique Qui Pluribus Impar
  65. Voir article Laïcité et Alain Dierkens (éd.), « Pluralisme religieux et laïcités dans l'Union européenne », in Problèmes d'histoire des religions, Volume 5, éd. Université de Bruxelles, 1994
  66. Voir Alain Dierkens (éd.), « Le libéralisme religieux », in Problèmes d'histoire des religions, Volume 3, éd. Université de Bruxelles, 1992
  67. Sous la direction de Alain Dierkens. L'intelligentsia européenne en mutation (1850-1875). Darwin, le Syllabus et leurs conséquences. Problèmes d'histoire des religions, volume 9, 1998
  68. Voir aussi François Laplanche, La crise de l'origine, la science catholique des Évangiles et l'histoire au XXe siècle Paris, Albin Michel, coll. « L'évolution de l'humanité », 2006,
  69. Poulat Emile, Histoire, dogme et critique dans la crise moderniste, Albin Michel et
  70. Yves Modéran, La conversion de Constantin et la christianisation de l'empire romain en ligne
  71. L'expression est de Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien, éd. Albin Michel, Paris, 2007, p.  141
  72. Paul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394) Paris, Albin Michel, 2007 recension dans Actualité de Sciences sociales des religions
  73. Louis Bréhier, Les institutions de l'Empire Byzantin, évolution de l'humanité, Albin Michel
  74. Hélène Ahrweiler, L'idéologie politique de l'Empire byzantin, Revue des études byzantines, 1976, Volume 34, Numéro 34
  75. Le monde de la Bible, Bayard, numéro hors-série : « Aux origines de la papauté moderne », Automne-Hiver 2002, Bayard
  76. Histoire de la papauté. 2000 ans de mission et de tribulations. Sous la direction de Yves-Marie Hilaire Points Seuil, 2003
  77. Quand le christianisme a changé le monde, chapitre09, p.154 Maurice Sachot, Édition Odile Jacob
  78. Régis Burnet, Épîtres et lettres Ier-IIe siècle. De Paul de Tarse à Polycarpe de Smyrne, Paris, éd. Cerf, coll. « Lectio divina » no  192, 2003
  79. Régis Burnet, Paul, le bretteur de l’Évangile, éd. Desclée de Brouwer, 2000, Consultable en ligne
    Les Actes des Apôtres, qui sont attribués à l’évangéliste Luc, font depuis quelques années les frais de la critique historique. Si les biographes d’antan leur ont accordé un crédit historique sans mesure, les historiens d’aujourd’hui ont remarqué l’incompatibilité de la figure de Paul des Actes avec celle qui se dégage de ses lettres, ainsi ses rapports avec l’Église de Jérusalem ou sa conception du judaïsme. La raison en est que l’auteur de l’ensemble Luc-Actes écrit pour l’édification de ses lecteurs en utilisant un programme théologique bien défini qui lui fournit une clef pour l’interprétation des évènements historiques
  80. Enrico Norelliet Bernard Pouderon, Histoire de la littérature grecque chrétienne, 1. Introduction. Initiations aux Pères de l'Église, avec Bernard Pouderon et alii, éd. Cerf, 2008, Cerf, 2008
  81. Henri de Lubac, Exégèse médiévale

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]