Attaque sur Mers el-Kébir

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Attaque sur Mers el-Kébir
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Attaque sur la base de Mers El Kebir

Informations générales
Date
Lieu Port de Mers el-Kébir, Algérie
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni Drapeau de la France France
Commandants
Amiral Somerville Amiral Gensoul
Forces en présence
1 porte-avions
2 cuirassés
1 croiseur de bataille
2 croiseurs
11 destroyers
1 transport d'hydravions
2 cuirassés
2 croiseurs de bataille
5 contre-torpilleurs
Pertes
2 tués
4 avions
1 297 tués
1 cuirassé coulé
1 croiseur de bataille, 1 cuirassé et 1 contre-torpilleur mis hors de combat

Seconde Guerre mondiale
Opération Catapult

Batailles

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Coordonnées 35° 43′ 10″ nord, 0° 41′ 20″ ouest

Géolocalisation sur la carte : Algérie

(Voir situation sur carte : Algérie)
Attaque sur Mers el-Kébir

L'attaque de Mers el-Kébir est un épisode de la Seconde Guerre mondiale. C'est une des trois phases de l'opération Catapult, avec la saisie des navires français réfugiés au Royaume-Uni après l'opération Dynamo, et celle de l'escadre française mouillée dans le port d'Alexandrie. Il ne s'agit pas d'une bataille dans la mesure où les deux puissances n'étaient pas en guerre mais toujours alliées.

On désigne, par cette expression, l'attaque par la Marine britannique, le , soit une semaine avant la remise des pleins pouvoir au Maréchal Pétain, d'une escadre de la Marine nationale française mouillant dans le port militaire de Mers el-Kébir (golfe d'Oran, Algérie). Cette attaque a été précédé d'un ultimatum que l’amiral Somerville adressa au vice-amiral d'escadre Marcel Gensoul de livrer tous ses navires ou de les saborder ou de les éloigner, avec un délais de six heures pour commencer à s'exécuter.

L’armistice du 22 juin 1940 prévoyait par son article 8 de laisser la flotte française sous commandement français en lui imposant une stricte neutralité, et le Royaume-Uni, alors seul devant l'ennemi allemand et italien, craignait que le gouvernement français ne finisse par livrer la flotte française aux forces de l'Axe, ce qui aurait remis en cause la suprématie maritime britannique et fait courir un péril mortel au Royaume-Uni.

L'attaque anglaise fit 1 297 morts chez les marins français.

Par la suite, la flotte de l'État français a été engagée de nombreuses fois contre l'armée britannique et les Français libres ou contre les Américains lors de leur débarquement en Afrique du Nord, mais lorsque en 1942 l'Allemagne a violé la Convention d'armistice en envahissant la zone libre, le régime de Vichy a donné l'ordre de saborder la flotte française à Toulon.

Contexte[modifier | modifier le code]

Après la débâcle de juin 1940, le gouvernement français, déplacé à Bordeaux, doit choisir entre deux options : la capitulation militaire avec occupation de toute la métropole par les Allemands et la poursuite de la lutte hors-métropole à partir de l'exil (comme c'était déjà le cas des gouvernements polonais, néerlandais ou norvégien), ou une demande d'armistice pour suspendre les combats. Une capitulation aurait engagé l'armée, qui s'y refusait, rejetant la responsabilité de la défaite sur le gouvernement de la Troisième République. En cas de capitulation, ce dernier aurait pu essayer de poursuivre la guerre en exil avec la Grande-Bretagne et ce qui restait des forces françaises (c'est-à-dire la Marine et les forces françaises d'Afrique). Un armistice, au contraire, engagerait le gouvernement dans son ensemble à ne pas poursuivre la guerre. Une attention toute particulière devait alors être portée sur les conditions de l'armistice pour que celui-ci apparaisse comme « honorable ».

Début juin 1940, le président du Conseil Paul Reynaud et avec lui, la majorité du gouvernement, penchent pour la capitulation. Au contraire, le général-en-chef, Weygand, et le maréchal Pétain, vice-président du Conseil, et l'armée dans son ensemble considèrent que la charge de la défaite appartient aux politiques et souhaitent, pour cette raison, que le gouvernement endosse pleinement sa responsabilité en demandant l'armistice. Laval, de son côté, est également favorable à l'armistice mais il va encore plus loin puisque, particulièrement anglophobe, il penche pour un renversement des alliances. Laval et les militaires s'appuient sur l'anglophobie ambiante (depuis l'affaire de Dunkerque) pour amener les membres du gouvernement à rejoindre leur position, conduisant Paul Reynaud à démissionner de la présidence du Conseil.

D'après Albert Kammerer, l'amiral Darlan qui était à la tête d'une des marines de guerre les plus puissantes du monde, et qui n'avait pas été vaincue (à la différence de l'armée de terre) était début juin sur la même position que Paul Reynaud. Il n'était pas, à l'origine, anglophobe mais il avait beaucoup d'ambitions personnelles et Pétain réussit à le faire changer d'avis en lui promettant de devenir ministre de la Marine dans le nouveau gouvernement.

Finalement, les relations entre les deux nations, qui se sont dégradées après la bataille de Dunkerque, prennent une nouvelle tournure quand Paul Reynaud démissionne et que Pétain, nouveau président du Conseil, se prépare à signer l'armistice du 22 juin 1940 avec l'Allemagne (puis le 24 juin avec l'Italie).

L'armistice impliquait d'être délié de l'engagement interallié du puisque celui-ci prévoyait qu’aucune paix séparée n’était possible sans l’accord de l’autre partie. Winston Churchill fait savoir à plusieurs reprises, d'abord à Paul Reynaud puis plus tard au gouvernement Pétain, qu'il comprend la position difficile dans laquelle se trouve la France et qu'il peut admettre que la France soit déliée de ses engagements en concluant un armistice séparé, mais à condition que la flotte française ne puisse jamais tomber dans les mains de l'ennemi, ce qui suppose ou bien que la flotte française se saborde, ou bien qu'elle rallie les positions britanniques ou américaines (ce qu’elle fait jusqu’au mois de juin, en choisissant également de se réfugier en Afrique du Nord).

C'est à ce moment-là que démarre un terrible malentendu. Les conditions britanniques ont d'abord été adressées par deux télégrammes à Paul Reynaud, mais elles n'ont même pas été discutées par le Conseil des ministres du car un autre télégramme britannique est venu proposer une « union indissoluble » avec le Royaume-Uni en vue de poursuivre la guerre (ce qui rendait évidemment caducs les télégrammes précédents). Seule cette dernière proposition a été discutée en Conseil des ministres. Quelques jours plus tard, la Chancellerie britannique a rappelé ses conditions au gouvernement Pétain mais, d'après Albert Kammerer, celui-ci a un comportement équivoque. Pétain affirme qu'il n'a pas l'intention de remettre la flotte française aux mains des Allemands et que le projet d'armistice ne le prévoit d'ailleurs pas, ce qui est vrai, mais ceci ne répond pas vraiment à la demande des Britanniques qui craignent que les Allemands puissent s'emparer de la flotte française contre le gré de celle-ci. C'est pourquoi le télégramme transmis le 16 juin, et reconfirmé ensuite, exige que, si l'armistice est signé, il ne peut l'être qu’« à la seule condition que la flotte française soit immédiatement dirigée sur les ports britanniques en attendant l’ouverture de négociations[1] ». Cet aspect durant la discussion de l’armistice entre la France et l'Allemagne est complètement omis. Pire, les Britanniques ne sont pas informés des clauses de l'armistice qui est finalement signé le 22 juin[2].

De facto, l'ambassadeur britannique ne prend connaissance de la clause 8 de l'armistice, exigeant que les navires français ne fussent désarmés dans leur port d'attache sous contrôle allemand et italien, qu'après la signature (les navires devaient rejoindre leur base navale habituelle en temps de paix). Comme le confirme l'historien Max Lagarrigue : « […] Trois ports militaires de la marine française sont en zone d’occupation (Cherbourg, Brest et Lorient) et donc à la merci d’un coup de force de la Wehrmacht. Seul Toulon est en zone non occupée. Dans l’état actuel de ses forces, l’Angleterre ne peut prendre le risque de ne pas demeurer la première puissance navale du monde[3]. » Cette clause inquiétait évidemment les Britanniques qui ne savaient pas que les installations portuaires de l'Atlantique et de la Manche avaient été sabotées par les marins français, avant l'arrivée des troupes allemandes, ni que l'amiral de la flotte, Darlan, avait donné l'ordre à tous ses états-majors, le 24 juin 1940, de saborder leurs bâtiments si les Allemands essayaient de s'en emparer[4],[5]. Ce dernier ajouta même que, s'il devait donner plus tard un ordre contraire sous la contrainte, il ne faudrait pas en tenir compte et que seul l'ordre de sabordage devrait être considéré[6]. Toutefois, moins d'un an plus tard et alors qu'il est président du Conseil, ce même Darlan signe des accords qui engagent la France à livrer du matériel militaire à l'Allemagne sous la protection de la marine française et qui envisagent en conséquence « un conflit armé immédiat avec l'Angleterre ou avec les États-Unis »[7]. Et si un peu plus de deux ans plus tard, le , quand les Allemands tentent effectivement de s'emparer des navires français après avoir franchi la ligne de démarcation le , la flotte se saborde effectivement à Toulon, par contre à Bizerte les marins français livrent la Pomone, l’Iphigénie, la Bombarde et 9 sous-marins.

Le , Churchill estima qu'il y avait un risque que la marine française passe aux mains du IIIe Reich et que ce risque devait être éliminé à tout prix. L'opération déclenchée le avait pour nom de code Catapult.

À Alexandrie une escadre française composée d'un cuirassé, 2 croiseurs lourds, de 3 torpilleurs et 1 sous-marin est internée sans combat.

Au Royaume-Uni, les Britanniques s'emparent par la ruse ou par la force des bâtiments réfugiés, un officier français du sous-marin Surcouf et 3 marins de la Royal Navy perdront la vie dans cette opération.

Par ailleurs, une partie de la flotte française avait mis le cap sur les Antilles. Le vaisseau-école Jeanne-d'Arc, le porte-avions Béarn (avec à son bord 107 avions), mais aussi l'Émile-Bertin, l'un des croiseurs les plus rapides au monde, transportant 300 tonnes d'or de la Banque de France, jettent l'ancre devant Pointe-à-Pitre et Fort-de-France. Les trois navires sont désarmés du 25 juin 1940 à juin 1943. Ils échappent de peu à la destruction le 3 juillet 1940 lors de l'opération Catapult quand l'ordre donné par l'Amirauté britannique de couler les croiseurs fut annulé par l'intervention personnelle in extremis du président des États-Unis Franklin D. Roosevelt. Leur présence et celle de l'or de la banque de France entraînent le blocus total de l'île de la Martinique par les navires anglais et américains. L'Émile-Bertin reste au mouillage en 1941 et 1942. Le 16 mai 1942, il commence à être désarmé sous la pression des États-Unis.

Le 8 juillet, Dakar est le théâtre d’une attaque britannique. Se trouve là le Richelieu, le plus moderne des cuirassés de la flotte déplaçant 35 000 tonnes. Il se trouve en rade quand il est attaqué par des avions torpilleurs Swordfish du porte-avions britannique HMS Hermes. Cette attaque rend inutilisable l'une de ses quatre lignes d'arbre et déforme la coque. Il est mis à l'abri, ancré dans le port, où il subira, fin septembre, une nouvelle attaque dans le cadre de l'opération Menace.

L'ultimatum[modifier | modifier le code]

L'amiral James Somerville reçut donc l'ordre d'appareiller afin de mettre hors d'état de nuire la flotte française basée à Mers el-Kébir. Arrivé à l'aube du 3 juillet devant la base navale, l’amiral Somerville adressa au vice-amiral d'escadre Marcel Gensoul un télégramme imposant un ultimatum dont le terme échouait six heures plus tard. Il fit trois propositions :

  • soit la flotte française rejoignait la flotte britannique dans sa lutte contre les forces de l'Axe ;
  • soit elle se sabordait ;
  • soit elle gagnait les ports britanniques, américains ou français des Antilles afin d'être désarmée.

Ces ordres revenaient à exiger de la France qu'elle viole l'armistice qui venait d'être signé pour suspendre les combats entre la France et l'Allemagne.

Selon Kammerer, il y eut quatre propositions et non pas trois ni deux : la proposition de rejoindre les ports américains était en effet très différente de celle de rejoindre les ports britanniques, puisque les États-Unis n'étaient pas encore entrés en guerre (c'est le gouvernement de Vichy qui fit croire que l'ultimatum ne laissait le choix que de se rallier à l'Angleterre ou de se saborder). Selon les marins français rescapés, il semblerait que l'intention de Gensoul était de saborder (ou du moins de saboter son escadre française pour la rendre inutilisable) et qu'il en aurait fait part à Somerville. Mais, selon Kammerer, Gensoul attendait les ordres du gouvernement (qui était en train de s'installer à Vichy) et, comme l'armistice prévoyait que toute décision concernant la flotte devait être approuvée par le comité de l'armistice (donc par les Allemands), les ordres de Vichy ne pouvaient pas aller dans ce sens.

Dans le courant de l'après-midi, un compromis était sur le point d'être trouvé, après que Somerville eut prolongé son délai. Mais un des adjoints de Darlan, le vice-amiral d'escadre Le Luc, fit savoir par radio à Gensoul que les escadres françaises de Toulon et d'Alger se portaient à son secours. Les Britanniques captèrent ce message et Londres ordonna à Somerville d'ouvrir le feu.

Liste des navires présents[modifier | modifier le code]

Le , la Royal Navy avait positionné en Méditerranée la force H de Gibraltar, commandée par l'amiral Somerville. Cette flotte comptait 1 porte-avions, 2 cuirassés, 1 croiseur de bataille, 2 croiseurs légers et 9 destroyers. De son côté, la marine française, sous le commandement du vice-amiral d'escadre Gensoul, alignait dans la base navale de Mers El-Kébir 2 croiseurs de bataille, 2 cuirassés, 1 transport d'hydravions et 6 contre-torpilleurs en majorité de la Force de Raid.

D'autres unités françaises qui se trouvaient dans le port de commerce d'Oran n'ont pas participé au combat du 3 juillet : les 10 torpilleurs Casque, Corsaire, Bordelais, Boulonnais , Brestois, Tornade, Tramontane, Trombe, Typhon et La Poursuivante, les 4 sous-marins Ariane, Danaë, Diane et Euridyce, ainsi que l'aviso colonial Rigault de Genouilly, l'aviso dragueur de mines Chamois, les patrouilleurs Sétoise, Toulonnaise et Terre Neuve, et enfin les remorqueurs Armen et Estérel.

Navires ayant participé au combat de Mers el-Kébir
Français Britanniques
Porte-avions - HMS Ark Royal
Transport d'hydravions Commandant Teste -
Cuirassés Bretagne HMS Resolution
Provence HMS Valiant
Croiseurs de bataille Dunkerque HMS Hood
Strasbourg
Croiseurs légers HMS Arethusa (en)
HMS Emerald (en)
Contre-torpilleurs/destroyers Mogador (en) HMS Faulknor
Volta (en) HMS Fearless
Le Terrible HMS Foxhound
Kersaint (en) HMS Vidette
Tigre (en) HMS Foresight
Lynx HMS Escort
HMS Keppel
HMS Active
HMS Wrestler
HMS Vortigern

Le déroulement de l'attaque[modifier | modifier le code]

À 16 h 53, l'amiral Somerville donne l'ordre d'attaquer la flotte française. Il a bien préparé son affaire : il a fait miner la passe du port avec les mines magnétiques larguées par avions. Embossés « cul à quai » à la jetée, les bâtiments français ne peuvent manœuvrer et difficilement riposter aux tirs de la flotte britannique, qui est, elle, bien abritée par le relief[8]. De ce fait, l'artillerie principale des 2 croiseurs de bataille (2 tourelles quadruples de 330 mm), concentrée sur la plage avant, est orientée vers la terre. Les navires français sont écrasés sous des salves d'obus rapides et bien réglées par le guidage des avions du HMS Ark Royal. Le cuirassé Provence et le croiseur de bataille Dunkerque sont touchés et s'échouent pour ne pas couler. Le cuirassé Bretagne, atteint par une salve britannique, prend feu puis explose. Il chavire et coule en quelques minutes, entraînant avec lui dans la mort 997 marins de son équipage.

Durant le combat, le croiseur de bataille Strasbourg, commandé par le capitaine de vaisseau Louis Edmond Collinet réussit par une brillante manœuvre à appareiller à 17 h sans être touché. Suivi de six contre-torpilleurs, il gagne alors le large après un bref engagement contre un destroyer anglais. Le premier contre-torpilleur de la ligne de file, le Mogador, est touché sur l'arrière par un obus de 380 mm qui fait exploser ses grenades anti-sous-marines. Hors de combat, il ne peut s'échapper. Le Strasbourg augmente sa vitesse et gagne la haute mer, escorté des cinq autres contre-torpilleurs. Le croiseur de bataille HMS Hood tente en vain de l'intercepter et renonce lorsque la nuit tombe. Les bâtiments français, indemnes, accostent au port de Toulon le lendemain.

Le transport d'hydravions Commandant Teste, resté au mouillage, n'a pas été touché durant le combat. Il appareille seul pendant la nuit pour rallier Toulon. À 18 h, le vice-amiral d'escadre Gensoul demande un cessez-le-feu pour évacuer ses blessés. Les Anglais ont d'ailleurs cessez-le-feu car les fumées des tirs et des explosions leur cachent la vue du port.

L'amiral Esteva, annonce à la radio que le Dunkerque n'a été que légèrement avarié. Les Anglais décident alors de le frapper à nouveau. Le 6 juillet, les avions torpilleurs du porte-avions HMS Ark Royal reviennent achever le travail en torpillant le Dunkerque et en faisant exploser le patrouilleur Terre-Neuve amarré à couple et à bord duquel se trouvait un lot de grenades anti-sous-marines.

Bilan[modifier | modifier le code]

Cet engagement fait 1 295 morts du côté français, tandis que les blessés sont évacués vers les hôpitaux d'Oran. La plus grande partie de l'escadre présente à Mers el-Kébir est hors de combat. Victime collatérale, l'aviso colonial Rigault de Genouilly, qui avait appareillé d'Oran est torpillé le 4 juillet au large d'Alger par le sous-marin HMS Pandora, causant la mort de 3 officiers mariniers et 9 quartiers maîtres et matelots.

Pertes humaines de Mers el-Kébir du 3 au 6 juillet 1940
Officiers Officiers mariniers Quartiers-maître et marins Totaux
Bretagne 36 151 810 997
Dunkerque 9 37 179 225
Provence 1 3 4 8
Strasbourg 2 3 5
Mogador 3 37 40
Terre Neuve 1 2 6 9
Armen 2 3 5
Esterel 1 5 6
Totaux 48 205 1 042 1 295

Les Britanniques ont pour leur part perdu 4 avions (2 chasseurs et 2 avions torpilleurs) et déplorent 2 morts. Avec cette attaque, le message des Anglais adressé au monde est clair : « nous sommes résolus à continuer la guerre quel qu'en soit le prix ».

Les marins français victimes de cette bataille reposent au cimetière marin de Mers el-Kébir (à Oran).

Depuis l'indépendance de l'Algérie, un litige subsiste sur le projet de ramener les corps en France. En 2004, le cimetière a été profané. Il a ensuite été reconstruit, aux frais de la France, mais sans ses croix (à cause d'une norme islamique en vigueur en Algérie)[9].

Conséquences[modifier | modifier le code]

À Londres, le général de Gaulle justifie l'opération Catapult en déclarant le 8 juillet à la radio de Londres :

« […] en vertu d’un engagement déshonorant, le gouvernement de Bordeaux avait consenti à livrer les navires à la discrétion de l’ennemi. Il n’y a pas le moindre doute qu’en principe et par nécessité l’ennemi les aurait employés soit contre l'Angleterre, soit contre notre propre Empire. Eh bien, je le dis sans ambages, il vaut mieux qu’ils aient été détruits. »

On prétend souvent que cette attaque ainsi que la déclaration de De Gaulle ont porté un coup à la dynamique de l'Appel du 18 Juin. Toutefois, les renoncements à la poursuite de la lutte par les principaux gouverneurs de l'Empire étaient déjà antérieurs à cet événement.

De Gaulle écrira cependant plus tard dans ses Mémoires de guerre[10] :

« […] contrairement à ce que les agences anglaises et américaines avaient d'abord donné à croire, les termes de l'armistice ne comportaient aucune mainmise directe des Allemands sur la flotte française.
En revanche, il faut reconnaître que devant la capitulation des gouvernants de Bordeaux et les perspectives de leurs défaillances futures, l'Angleterre pouvait redouter que l'ennemi parvînt un jour à disposer de notre flotte […]. »

Quand le général De Gaulle parlait de Mers-el-Kébir, il évoquait un « coup de hache qui a fait couler du sang français »[11] et qui n'avait pas facilité le ralliement de militaires Français à la cause des Forces françaises libres. Si l'on revient au discours du 8 juillet 1940, le général avait qualifié l'attaque sur Mers-el-Kébir « d'odieuse tragédie », tout en admettant que cet acte inadmissible était compréhensible de la part des Britanniques. De Gaulle n'avait pas été mis au courant de l'initiative britannique et en concluait qu'elle était le résultat d'un affolement du gouvernement britannique à l'échelon le plus élevé, ce que Winston Churchill lui confirma.

Effectivement, après guerre, Winston Churchill jugea que l'attaque de Mers-el-Kébir avait été l'une des plus graves erreurs du Royaume-Uni pendant le conflit, et le fruit d'un terrible malentendu entre les deux pays.

En effet, d'une part, l'affaire de Mers el-Kébir choqua les Français d'Algérie qui voyaient l'affaiblissement d'un élément essentiel à leur protection. Mais la population française n'était pas disposée à se jeter dans les bras de l'Allemagne. Seuls des collaborateurs engagés comme Pierre Laval et l'amiral Darlan étaient favorables à une déclaration de guerre immédiate au Royaume-Uni. En l'occurrence, c'est le maréchal Pétain qui joua un rôle modérateur, déclarant : « Une défaite suffit ». Cependant, les relations diplomatiques entre les deux pays furent momentanément rompues. C'est lors de cette période, le 10 juillet 1940, que naquit le régime autoritaire de Vichy.

D'autre part, cette attaque fut abondamment utilisée par la propagande vichyste pour justifier la collaboration avec le Reich et renforcer sa légitimité. Enfin, contrairement à une idée largement répandue, la plupart des officiers et des amiraux français n'étaient pas anglophobes. Pour preuve, l'entente entre la marine nationale et la Royal Navy pendant l'entre-deux-guerres était bonne et la coopération fut remarquable entre les deux marines dès le début du conflit. Enfin, la majeure partie des équipages de la marine française souhaitait, jusqu'à l'attaque du 3 juillet, continuer la lutte du côté britannique.

Toutefois, les chefs de la marine française n'avaient pas oublié et très mal accepté le traité naval germano-britannique de 1935. Cet accord autorisait Hitler à reconstruire une marine de guerre équivalente à 35 % du tonnage de la Royal Navy, soit un tonnage sensiblement équivalent à celui de la marine nationale française.

Mis à part les Forces navales françaises libres, la Marine française aux ordres de Vichy ne prit plus part au combat contre les forces de l'Axe ; au contraire, elle fut engagée ponctuellement plusieurs fois contre les Alliés. Ainsi, après l'attaque de Mers-el-Kébir, plusieurs incidents franco-britanniques eurent à nouveau lieu : combats de Dakar, au Gabon, en Syrie, à Madagascar, et de nouveau en Afrique du Nord en 1942 lors de l'opération Torch ; ici, une partie de l'armée (et donc de la marine) française restée fidèle à Vichy tira sur les forces américaines de débarquement.

La position vichyste de passive neutralité et de collaboration eut également des conséquences néfastes le , quand l'amiral de Jean de Laborde refusa d'obéir à l'amiral Darlan (qu'il détestait), quand celui-ci, après un revirement d'alliance (Darlan a en effet été un collaborationniste engagé jusqu'au débarquement allié de 1942[12]), lui ordonna de rallier les forces anglo-américaines. Resté fidèle à son serment au maréchal Pétain, l'amiral de Laborde préféra ordonner le sabordage des bâtiments de la flotte de Toulon, afin qu'ils échappent aux Allemands, sans toutefois chercher à rejoindre les Alliés et continuer activement la guerre à leur côté.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Lagarrigue 2007.[réf. incomplète]
  2. Lagarrigue 2007, p. 10.
  3. Lagarrigue 2007, p. 11.
  4. Louis Hourcade, « Vérité pour l'amiral Darlan », Nouvelle Revue d'Histoire, no 79 de juillet - août 2015, p. 27.
  5. Régine Torrent, La France américaine : Controverses de la Libération, éditions Racine, , 304 p. (ISBN 9782873863784, lire en ligne), p. 117.
  6. Jacques Bernot, Gaston Palewski : Premier Baron du gaullisme, Guibert, , 350 p. (ISBN 9782755404173, lire en ligne), p. 93.
  7. http://www.francaislibres.net/pages/page.php?id=252.
  8. Le site anglophone Maritime Quest propose une photographie de la rade en juillet 1940, probablement peu avant l'attaque.
  9. Jean-Laurent Bras, « Le cimetière de Mers-EL-Kébir profané », sur algerie-francaise.org, .
  10. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – L'appel : 1940-1942 (t. I), éd. Plon, Paris, 1954 ; rééd. Pocket, 1999 (nouvelle édition 2007) 440 p. (texte intégral), (ISBN 2266095269 et 978-2-266-09526-6), chap.  : « La France Libre », p. 98.
  11. De Gaulle, mon père, p. 290, Michel Tauriac, Plon, 2003, 798 p. (entretien avec Philippe de Gaulle).
  12. Pour preuve ; « Darlan avait proposé à Hitler en 1941 un incroyable projet : la fusion de la flotte française avec la flotte allemande sous son propre commandement », De Gaulle, mon père, p. 558.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Martial Le Hir, Mers el-Kébir et Catapult - Les marins de l'oubli, Marines éditions, mai 2008 (ISBN 978-2-915379-75-4).
  • Hervé Coutau-Bégarie et Claude Huan, Mers el Kébir (1940), la rupture franco-britannique, Economica, 1994.
  • Yves Rochas, Vérités interdites : Mers el Kébir, juillet 1940, éditions de l'Officine, 2006.
  • Max Lagarrigue, 99 questions… La France sous l'Occupation, Montpellier, CNDP, (ISBN 978-2-86626-280-8, présentation en ligne).
  • Albert Kammerer, La Tragédie de Mers El Kébir – L'Angleterre et la flotte française, éditions Médicis, 1945.
  • Winston Churchill, The Second World War, Plon, 1948-1954 ; rééd. La Deuxième Guerre mondiale, Le Cercle du Bibliophile, 12 vol. , 1965-1966, tome troisième, L'Heure tragique – la chute de le France, 1940, chap. XI : « L'amiral Darlan et la flotte française, Mers-el-Kébir », p. 226-253.
  • Dominique Lormier, Mers El-Kébir – Juillet 1940, éd. Calmann-Lévy, 2007, 190 p. (ISBN 2702138152 et 978-2-7021-3815-1).
  • Robert Aron, Grands dossiers de l'histoire contemporaine, éd. Librairie académique Perrin, Paris, 1962-1964 ; rééd. CAL, Paris, chap. « Le drame de Mers el-kébir », p. 157-172.
  • Pierre Varillon, Mers el-Kébir, Amiot-Dumon, 1949.
  • (en) Gilbert Cant (en), The War at Sea, New York, The John Day Company, 1942.
Autres lectures
  • Vincent Gréciet, « Combats fratricides en Afrique : Mers-El-Kebir, Dakar, les premiers pas des FAFL en Afrique », revue Batailles aériennes, no 26, 2003.
  • François Delpla, « Mers el-Kebir, la Grande-Bretagne rentre en guerre », revue Histoire(s) de la Dernière Guerre, no 6, juillet 2010.

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