Amédée Courbet

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Courbet.
Amédée Courbet
Image illustrative de l'article Amédée Courbet

Naissance
à Abbeville, France
Décès (à 57 ans)
à Makung aux îles Pescadores, Taïwan
Origine Drapeau de la France Français
Arme Marine
Grade Amiral
Années de service 18491885
Conflits Conquête du Tonkin
Guerre franco-chinoise
Commandement Escadre d'Extrême-Orient
Faits d'armes Bataille de Thuận An
Campagne de Sơn Tây
Combat naval de Fou-Tchéou
Combat de Shipu
Bataille de Zhenhai
Campagne des Pescadores (1885)
Distinctions Grand officier de la Légion d'honneur
Médaille militaire
Autres fonctions Gouverneur de la Nouvelle-Calédonie

Amédée-Anatole-Prosper Courbet, né le à Abbeville et mort le à Makung aux îles Pescadores, est un officier de marine français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Une enfance abbevilloise[modifier | modifier le code]

Amédée-Prosper-Anatole était le deuxième fils du négociant en vins Courbet, qui, de sa femme, née Poulard, avait deux enfants, une fille Céline, déjà âgée de seize ans, future Mme Cornet, et un fils Alexandre qui en avait douze. C'était une famille riche et considérée dans leur ville natale. Son père mourut en 1836 alors qu’il n’avait que neuf ans. Il resta cependant à Abbeville et y poursuivit ses études à l'institution Speri. Il en sortit bachelier.

Élève de l'École polytechnique[modifier | modifier le code]

Après son baccalauréat, il part à Paris à l'institution Favart, et il suit les cours du lycée Charlemagne. À la fin de l'année scolaire 1845-46, il obtient le second prix de mathématiques spéciales; et en 1847, à vingt ans tout juste, sur cent vingt six élèves reçus, il entre dans les quinze premiers à l'École polytechnique, dans la promotion de Bouquet de la Grye et de Sainte-Beuve.

Un acteur de la Révolution de 1848[modifier | modifier le code]

Le 24 février 1848, la révolution éclate. Les polytechniciens s'élancent dans Paris insurgé. Anatole Courbet a le grade de sergent-major, et, à ce titre, entraîne et commande ses camarades.

Le directeur du journal Le National, Armand Marrast, devenu maire de Paris, peut ainsi connaitre Anatole Courbet. Il lui propose de venir travailler avec lui, à la fois au journal et à l'hôtel de ville. Et il devient même le secrétaire du gouvernement provisoire. Observant les hommes politiques changer d'avis régulièrement, Anatole Courbet est déçu. Il comprend qu'il ne sera jamais un homme politique. Il écrit cette phrase bien après ces événements : « Quand je pense qu'il y a aujourd'hui trente-six ans, je risquais ma peau dans les rues de Paris pour préparer l'avènement de ces polichinelles-là... Ce remords me poursuivra jusque dans la tombe... »

Après cela, Courbet retourne à ses études, est reçu cinquante-sixième à l'examen final. Et ses examinateurs le notent: « goût prononcé pour la Marine : pourra faire un bon officier ».

À 22 ans, promotion de 1849, il est nommé aspirant de 1re classe, et dirigé d'office sur le port de Toulon, pour être embarqué sur le navire L’Océan.

Carrière dans la marine française[modifier | modifier le code]

Un début de carrière prometteur[modifier | modifier le code]

Il arrive à Toulon en octobre 1849, et son premier vaisseau à embarquer en tant que jeune aspirant est L’Océan. Ensuite le 18 novembre 1849, il embarque sur une corvette à voiles La Capricieuse : Toulon, Valparaiso, Gambier, Marquises, Tahiti, MAcao...

Puis, Courbet reçoit l'ordre d'embarquer sur L’Olivier qui a charge de poursuivre les pirates levantins, pendant la Guerre de Crimée. Il est nommé enseigne de vaisseau en 1854 et lieutenant de vaisseau le 29 novembre 1856. Sur le Coligny, il participe à la Guerre du Riff.

L'année 1858 s'ouvre. Au début de l'année 1858, un ordre de mission l'envoie à Lorient, pour faire du service à terre. Courbet n'aime guère cela. Il embarque sur un vaisseau-école Le Suffren. Ensuite le 14 août 1866, Courbet est nommé capitaine de frégate.

Missions aux Antilles et en Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

En janvier 1870 il embarque sur Le Talisman, pour une mission aux Antilles le 2 avril. Courbet retourne aux Antilles mais cette fois-ci sur La Minerve, et le 11 avril 1873, il est promu au grade de capitaine de vaisseau.

Nommé chef d'état-major général de l'amiral d'Hornoy, il monte à ce titre à bord du cuirassé Le Richelieu le 13 octobre 1877. Pour la première fois, Courbet a, en mains, une flotte entière; en tout, neuf cuirassés et cinq croiseurs. Courbet remplit sa mission avec zèle. Et l'amiral Jauréguiberry le convoque à son cabinet le 24 mai 1879 pour lui proposer sa nomination à la fonction de gouverneur de la Nouvelle-Calédonie, contre son gré, puisqu'il ne souhaite pas dépendre d'hommes politiques républicains.

Devenu à la fois officier colonial et administrateur civil, il débarque à Nouméa le 8 août 1880 et reste gouverneur de Nouvelle-Calédonie jusqu'au 25 septembre 1882, date à laquelle il remet ses pouvoirs à son successeur, Pallu de la Barrière. Son séjour calédonien, dans une conjoncture politique difficile, est émaillé de conflits avec le Conseil municipal de Nouméa et avec une partie de la presse locale.

Les dossiers locaux qu'il a à traiter sont évidents : législation sur la presse, bagne, sauterelles, Malabars, fête nationale, collège de Nouméa, réorganisation de la justice, amélioration du fonctionnement des commissions municipales, opposition constructive au Conseil Municipal de Nouméa (Conseiller Mourot, etc), arrêt de l'émigration des Néo-Hébridais.

Courbet quitte la Nouvelle-Calédonie pour Sydney, puis la France, le surlendemain, heureux d'être débarrassé de « cet odieux gouvernement ».

Mission en Indochine[modifier | modifier le code]

L'amiral Courbet à la cour de Hué

Le 23 avril 1883, Courbet embarque sur le Bayard, dont le nom reste inséparable du sien. Le 26 mai 1883, une dépêche arrivée d'Indochine bouleverse la France entière : le massacre de plusieurs soldats et marins français par les Pavillons noirs. Courbet part avec sa flotte pour la Cochinchine sur le champ. Et le 13 juillet, il arrive devant Saïgon. Les ordres sont simples : agir et vite. Le 20, après une bataille féroce, la France emporte contre les Annamites, la ville de Thuan-An, grâce à l'amiral Courbet. Le 11 décembre la campagne du Tonkin commence. L'assaut est donné le 13, mais en les Tonkinois possédant un armement moderne, et étant des combattants valeureux, ils opposent une résistance farouche à l'armée française. Puis, le 16 au matin,[la colonne française débouche devant Tonkin, malgré un ennemi supérieur en nombre et bien armé.

Le 26 décembre 1883, Courbet est nommé commandant en chef de la Division navale du Tonkin. Il impose à l'Annam la paix de Hué et enlève Sontay aux Pavillons noirs.

Le 1er mars 1884, nommé vice-amiral, il reçoit le commandement en chef de toutes les forces navales d'Extrême-Orient. Dans cette guerre franco-chinoise, les victoires s'enchaînent le 12 mars 1884 Bac-Ninh est pris; puis Fou-Tchéou, Kelung, Penghu. Le 12 avril, la dernière place forte aux mains des Pavillons noirs, Hong-Hoa, succombe à son tour. La victoire est rapide, complète, décisive. Elle est encore la victoire de Courbet.

Le 28 juin, 600 soldats français, marchant sous le commandant Dugenne vers Lang-Son, sont attaqués par 6 000 réguliers chinois et massacrés. Jusqu'au 1er août, les négociations pour la paix entre la Chine et la France se poursuivent. Mais en vain. Le 2 août 1884 la guerre contre la Chine commence. Courbet a sous ses ordres un aviso, trois croiseurs, trois canonnières, et deux torpilleurs. Les Chinois ont onze bâtiments de guerre, douze jonques de guerre et sept canots torpilleurs à vapeur.

L'amiral Courbet descend avec sa flotte la rivière de Min, pour détruire toutes les forteresses sur son passage. C'est la « descente de la rivière Min ». Courbet est alors surnommé « le terrible Coupa ». Les forts Mingan, Kimpaï, Blanc et la flotte chinoise sont réduits au silence. Et le 31 août 1884 la bataille est terminée et c'est une victoire pour la France.

Honneurs et décès[modifier | modifier le code]

Chapelle ardente en l'honneur de l'amiral Courbet

Le 10 septembre 1884, le gouvernement lui décerne la médaille militaire. Le 18 septembre 1884, il est promu amiral.

Courbet prend part de façon décisive à la Campagne des îles Pescadores, fin mars 1885 et les Français occupent cet archipel chinois. Courbet est dès lors considéré en France métropolitaine comme un héros national, mais sa santé lentement décline, rongé depuis deux ans par le choléra. Dès le 15 mai 1885, ses forces diminuent lentement. Le 11 juin, l'agonie commença, le soir à 21 h 30, le docteur Doué annonce « Messieurs, l'Amiral Courbet est mort ». Il meurt à bord du Bayard, son navire. Il es Grand officier de la Légion d'honneur.

L’amiral Courbet est l'avant-dernier Français à avoir remporté une bataille navale, en février 1885, le combat de Shipu. La dernière bataille navale remportée par la France (gouvernement de Vichy) est le à Koh Chang contre les Thaïlandais (Siamois)[1].

La dépouille de l'amiral est ramenée en France à bord du Bayard. Le 24 juillet 1885, le navire mouille aux Seychelles et le 13 août à Port-Saïd. Le 27 août, le cercueil de Courbet arrive à Paris. Les marins du Bayard le transportent dans la cour d'honneur des Invalides où les honneurs militaires lui sont rendus[2].

Le sabre de l'amiral Courbet a été déposé dans la chapelle « Marine » de la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre. Par testament, il lègue « ses économies en espèces et ses valeurs mobilières » à la Société de sauvetage en mer de la baie de Somme[3].

Témoignages[modifier | modifier le code]

Pierre Loti a écrit à propos de l'amiral Courbet :

« Il se montrait très avare de ce sang français. Ses batailles étaient combinées, travaillées d'avance avec une si rare précision, que le résultat, souvent foudroyant, s'obtenait toujours en perdant très peu, très peu des nôtres ; et ensuite, après l'action qu'il avait durement menée avec son absolutisme sans réplique, il redevenait tout de suite un autre homme très doux, s'en allant faire la tournée des ambulances avec un bon sourire triste ; il voulait voir tous les blessés, même les plus humbles, leur serrer la main ; - eux mouraient plus contents, tout réconfortés par sa visite[4]. »

Maurice Loir, officier sur le cuirassé Triomphante, a écrit à propos de l'amiral Courbet :

« La mort de ce chef était faite pour répandre dans toute l'escadre les plus vifs sentiments de regret et de tristesse. Tous ces officiers qui l'avaient vu à l'œuvre, qui avaient eu l'honneur et le bonheur de servir sous ses ordres, mesuraient l'étendue de la perte que faisaient à la fois la Marine et la France... Cette mort soudaine ne créait pas seulement un vide présent. Elle arrachait une espérance... »

Après la descente de la rivière Min :

« Tous s'inclinaient devant la haute valeur de ce chef qui avait exactement reconnu d'un œil infaillible jusqu'où il pouvait tenter la fortune et pousser l'audace... Du pont du Duguay-Trouin, comme naguère du pont du Volta, il avait suivi toutes les péripéties des quatre dernières journées, transmettant les ordres les plus clairs, les plus nets, les plus précis, questionnant chacun sur les résultats obtenus, poursuivant sa tâche avec autant de méthode et de science que d'énergie et d'intrépidité[5]. »

Ernest Thounens, commandant le croiseur Parseval, a écrit à propos de l'amiral Courbet :

« Comment faisait-il car, il était un chef dur, inflexible pour les autres autant que pour lui-même, ne laissant jamais voir sa sensibilité exquise, ni ses larmes qu'à ceux qui allaient mourir... N'admettant jamais la discussion de ses ordres, tout en restant parfaitement courtois, il avait sa manière à lui, impérieuse et brève, de les donner : "Vous m'avez compris, mon ami?... Allez." avec cela un salut, une poignée de main, et on allait n'importe où. »

Extrait du poème de François Coppée :

Courbet, grand et vénéré nom !
Il vient. Il apparut et disparut trop vite,
Et sa gloire brille pour s'éteindre subite,
Ainsi que l'éclair d'un canon.
Ce qu'il fut : un marin. - Un marin c'est-à-dire
L'homme qui n'est heureux qu'en mer, sur le navire
Qui peut devenir son tombeau ;
L'homme qui, pour servir son pays, sacrifie
Et risque chaque jour, à chaque instant, sa vie...
Un marin!... et rien n'est plus beau.
Il eut ces deux amours : la patrie et l'espace...

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Villes ayant donné le nom d'Amiral Courbet à une voie publique:

Pour approfondir[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Émile Ganneron, secrétaire-rédacteur au Sénat, L'Amiral Courbet d'après les papiers de la marine et de la famille, Paris Librairie Léopold Cerf, 1885.
  • Maurice Loir, lieutenant de vaisseau à bord de la Triomphante, L'escadre de l'amiral Courbet, notes et souvenirs, Berger-Levrault, 1886.
  • Maurice Loir, L'escadre de l'amiral Courbet, Berger-Levrault, 1892
  • Charles Lavauzelle, Les Troupes de marine, Paris-Limoges, les Editions Lavauzelle, 1986.
  • Jean-Pierre Rioux, Dictionnaire de la France coloniale, les Editions Flammarion, Paris, 2007.
  • Georges Toudouze, La Vie héroïque de l'amiral Courbet, Paris, les Editions militaires illustrées, 82 rue Lauriston, 1944.
  • Claude Farrère, de l'Académie française, L'Amiral Courbet, vainqueur des mers de Chine, Éditions françaises d'Amsterdam, 1953.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]