Bataille du cap Matapan

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Bataille du cap Matapan
Informations générales
Date
Lieu Près de Ténare, Grèce
Issue Victoire britannique
Belligérants
Drapeau du Royaume-Uni Royaume-Uni Flag of Italy (1861-1946) crowned.svg Royaume d'Italie
Commandants
Andrew Cunningham Angelo Iachino
Forces en présence
1 porte avions
3 cuirassés
7 croiseurs légers
17 destroyers
1 cuirassé
6 croiseurs lourds
2 croiseurs légers
17 destroyers
Pertes
4 croiseurs légers légèrement endommagés[1]
1 bombardier torpilleur perdu
3 morts
1 cuirassé sévèrement endommagé
3 croiseurs lourds coulés
2 destroyers coulés
> 2 300 morts

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée
Invasion italienne de l'Albanie · Guerre du désert · Campagne d'Afrique de l'Est · Invasion italienne du Somaliland britannique · Invasion de l'Égypte · Opération Compass · Bataille de Koufra · Bataille de Dakar · Campagne du Gabon · Opération Vado · Bataille de Mers el-Kébir · Bataille de Punta Stilo · Bataille de Tarente · Bataille du cap Teulada · Bataille du cap Matapan · Siège de Malte · Opération Sonnenblume · Campagne des Balkans · Bataille d'El Agheila · Bataille des îles Kerkennah · Siège de Tobrouk · Guerre anglo-irakienne · Campagne de Syrie · Résistance en Grèce · Opérations en Yougoslavie · Opérations anti-partisans en Croatie · Opération Brevity · Opération Battleaxe · Invasion anglo-soviétique de l'Iran · Raid de la rade d'Alexandrie · Opération Vigorous · Opération Pedestal · Bataille de Madagascar · Libération de La Réunion · Opération Crusader · Bataille de Bir Hakeim · Bataille de Gazala · 1re Bataille d'El-Alamein · Bataille d'Alam el Halfa · 2e Bataille d'El-Alamein · Opération Torch · Campagne de Tunisie · Campagne du Dodécanèse (Bataille de Kos · Bataille de Leros) · Offensive de Belgrade · Bataille de Poljana · Bataille de Sejnane · Bataille de Sidi Bouzid · Bataille de Kasserine · Opération Capri · Bataille de Ksar Ghilane · Ligne Mareth · Opération Pugilist · Bataille d'El Guettar · Opération Retribution · Campagne d'Italie · Résistance en Macédoine · Libération de la Corse · Bataille de la mer Ligure


Front d'Europe de l'Ouest


Front d'Europe de l'Est


Bataille de l'Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain
Coordonnées 35° 20′ 53″ nord, 20° 57′ 40″ est

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Bataille du cap Matapan

La bataille du cap Matapan qui se déroula le est une bataille navale entre la marine italienne et la Royal Navy au large du Ténare (ou cap Matapan) dans le sud du Péloponnèse. Ce fut une grande bataille navale de la Seconde Guerre mondiale[2]. Elle mit en évidence la supériorité du porte-avions sur le cuirassé et marque de fait une transition entre la bataille navale de la Première Guerre mondiale où le cuirassé était roi et la bataille navale de la Seconde Guerre mondiale où le porte-avions allait bientôt démontrer sa supériorité.

Prélude[modifier | modifier le code]

La marine italienne constitue pour Benito Mussolini sa seule fierté, son aviation et son armée de terre étant en retrait. Ainsi, il veut démontrer que l'Italie est la puissance dominante en Méditerranée. Il tente de prendre l'Égypte où il échoue, tout comme dans son invasion de la Grèce où il sera contraint d'appeler à l'aide le Troisième Reich. À l'époque, la Regia Marina possédait 4 cuirassés, 9 croiseurs, 120 contre-torpilleurs et torpilleurs, 117 sous-marins [2]. La faiblesse de cette marine résidait dans son manque de porte-avions : le Duce considérait que les bases aériennes italiennes seraient suffisantes pour assister sa marine, malgré une aviation faible.

De leur côté, les Britanniques étaient inférieurs en nombre en Méditerranée et leurs navires étaient plus anciens que ceux des Italiens. Mais l'Amirauté y avait transféré un porte-avions et les cuirassés ainsi que les croiseurs britanniques qui étaient dotés de radar, moyen de détection moderne qui démontra bientôt son utilité. Même si les navires britanniques avaient parfois besoin d'une refonte, leurs équipages bénéficiaient d'une culture maritime forte et étaient rompus aux exercices en haute mer là où les marins italiens manquaient d'expérience[3]. La Mediterranean Fleet britannique se trouvait basée à Alexandrie, jugée plus sûre que Malte.

Situation du théâtre d'opération[modifier | modifier le code]

Cela fait déjà plusieurs mois qu'a commencé le siège de Malte, considérée comme un porte-avions par l'Amirauté britannique, et l'île est une épine dans le pied de l'Axe qui y voit une base navale et aérienne dangereuse pour ses convois à destination de la Libye. L'Italie multiplie donc les raids aériens contre l'île, qui ne peut être ravitaillée que par voie maritime, voie dangereuse car la mer Méditerranée est une mer fermée où tous les endroits sont susceptibles d'être menacés par l'aviation ou les sous-marins.

Mais le , la marine italienne doit faire face aux débarquements de matériels et d'hommes en Grèce qui viennent aider le peuple hellène dans sa lutte contre l'Italie, suite à l'invasion du pays (27-28 octobre 1940). Après le sacrifice des aviateurs allemands au-dessus de Malte et les raids contre le port d'Alexandrie, L'Italie doit démontrer sa puissance et se résout à tenter d'intercepter un convoi qui fait route d'Alexandrie au Pirée. Le commandement italien espère ainsi empêcher les convois britanniques d'arriver en Grèce étant sous la double menace de l'aviation et de la marine.

La flotte italienne qui appareille comprenait :

La flotte appareille donc le 26 mars. Celle-ci est divisée en deux groupes, le premier comprend le cuirassé et les croiseurs Trento, Trieste et Bolzano avec 7 destroyers. L'amiral Sansonetti commandait 3 contre-torpilleurs et les 3 croiseurs. L'autre groupe était commandé par l'amiral Cattaneo et comprenait les croiseurs Zara, Fiume, Pola, Abruzzi et Garibaldi soutenus par 6 escorteurs. Le groupe de Iachino devait patrouiller aux alentours de l'île de Ghavdo, celui de Cattaneo devant lui patrouiller en mer Égée.

La flotte se fit repérer par un hydravion britannique à 150 km au sud-est de la Sicile[4]. Ainsi, la situation italienne se complique, l'amiral Andrew Cunningham dirigeant la Mediterranean Fleet étant au courant de cet appareillage en force de la marine italienne. Il fait alors appareiller le 26 mars pour intercepter l'adversaire les navires suivants :

L'amiral Andrew Cunningham

À la suite de ce repérage, Iachino sait qu'il devra se mesurer à la flotte britannique, dont il ne connait pas encore la position. En effet, le haut-commandement italien lui a demandé de n'attaquer qu'avec une situation extrêmement favorable et avec un soutien de l'aviation qu'il ne peut obtenir que sur demande. Respectant le grand principe de non-dispersion des forces, Iachino demande à Cattaneo de le rallier.

Les Britanniques, face à la menace, ont non seulement fait appareiller leur flotte, mais ont aussi vidé la mer des convois. Cependant, les cuirassés britanniques tout comme les croiseurs souffraient de leur ancienneté et le Barham n'avait jamais été modernisé depuis la bataille du Jutland[5]. Ils étaient pénalisés par une vitesse inférieure, le porte-avions Formidable embarquant seulement 27 avions dont les vieux Swordfish et Albacore. Même les destroyers qui égalaient les Italiens par leur calibre d'artillerie ne pouvaient rivaliser en termes de vitesse (35 nœuds contre 39)[6].

La bataille[modifier | modifier le code]

Le 28 mars[modifier | modifier le code]

En cette journée du 28 mars, 3 croiseurs britanniques (HMS Orion, HMS Gloucester, HMS Ajax) et le croiseur australien HMAS Perth ainsi que 4 destroyers dirigés par l'amiral Pridham-Wippell (en) appareillent du Pirée pour prendre en charge la défense du convoi en provenance d'Alexandrie. À ce moment, la flotte italienne est divisée en deux groupes naviguant à 18 kilomètres l'un de l'autre. Un hydravion italien repéra la petite flotte britannique et Iachino accéléra sa vitesse pensant que ces navires devaient signaler la présence d'un convoi. Ainsi, Sansonetti arriva à une vingtaine de kilomètres des Britanniques. Ces derniers, ignorant le nombre de navires, prennent le large malgré les tirs des croiseurs italiens[4]. Mais, ils ne sont pas assez rapides et Pridham-Wippell se dirige à 185 km au sud pour rejoindre Cunningham en espérant piéger les croiseurs adverses. Les Italiens suivaient une route parallèle aux Britanniques. Non loin de la zone de combat se trouvait la flotte de Cattaneo qui néanmoins se replia sur ordre de Iachino.

Cependant, les Italiens ne poursuivent pas les Britanniques et Pridham prend cela pour une fuite de l'adversaire qu'il pense inférieur en nombre. Il se met à poursuivre les croiseurs italiens mais le cuirassé Vittorio Veneto ouvre le feu à environ 20 000 m afin de couvrir les croiseurs italiens. Les Britanniques sont moins rapides dans leurs déplacements que les Italiens, Cunningham se trouvant encore à plus de 150 km de la zone de combat. Avec seulement quatre croiseurs, l'amiral Pridham n'a aucune chance de s'en sortir. Le chef de la Mediterranean Fleet apprenant le drame qui se joue envoie une escadrille composée de deux Fulmar et six Albacore. Deux Junkers Ju 88 sont abattus et les avions britanniques ont le champ libre. Le cuirassé italien se trouve alors la cible des avions mais il réussit à éviter les torpilles des Britanniques qui s'étaient pourtant divisés en deux sections, une à bâbord et l'autre à tribord. Les croiseurs britanniques s'enfuient et les Italiens font demi-tour, comprenant que le porte-avions Formidable risque de faire basculer le sort de la bataille du mauvais côté. L'amiral Iachino met alors le cap au Nord-ouest.

L'aviation en action[modifier | modifier le code]

Carte de la zone du combat

L'amiral Cunningham est lui en confiance et décide de lancer à l'avant de sa flotte le porte-avions HMS Formidable et deux destroyers. De nouveau, trois Albacore sont chargés de l'attaque sur le cuirassé italien qui évite à nouveau les torpilles. L'aviation italienne est appelée à l'aide et un peu avant 13h, deux Savoia 79 lancent deux torpilles sur le porte-avions mais sans réussite, ces derniers ne saturant pas la défense britannique. À 14 h, les deux groupes britanniques étaient de nouveau réunis, et Iachino continuait sa retraite, les Italiens craignant une nouvelle attaque aérienne depuis le porte-avions britannique. Le seul avantage qu'ils possèdent alors est leur vitesse générale légèrement supérieure à celle des Britanniques (31 nœuds contre 30[7]). Pour Cunningham, la seule chance de remporter un succès est d'appeler la RAF, qui lance des bombardiers Blenheim basés à terre. Leurs bombes n'obtiennent aucun résultat.

Le porte-avions HMS Formidable

Le Formidable lance à nouveau ses avions torpilleurs Albacore couverts par les Fairey Swordfish, mais toutes les attaques échouent. A l'exception de celle du commandant Stead, dirigeant l'escadrille, qui lança à 900 m du cuirassé, sa torpille avant de s'écraser en mer, touché par la DCA. Une telle distance rend la torpille inévitable pour le cuirassé, cette dernière explosa au-dessus de l'hélice bâbord. Le cuirassé doit stopper ses machines et prend une légère gîte. Une fois les moteurs relancés, il ne peut avancer qu'à une vitesse de 12 nœuds (soit environ 22 km/h). La situation devient critique pour les Italiens qui risquent de perdre leur navire-amiral. Les 3 cuirassés britanniques sont à peine plus rapides et malgré des machines poussées au maximum, la nuit approche et la mer reste désespérément vide d'ennemis, le cuirassé italien se situant à 85 km en avant de la flotte britannique. Cunningham se sent alors obligé de lancer ses cuirassés rapides qui obtiennent un contact radar à 19 h 25. Les six Albacore et les deux Swordfish du Formidable décollent en direction de l'adversaire. La DCA italienne oppose un tir de barrage qui contraint les avions britanniques à se disperser. Mais les canonniers italiens perdent ensuite de leur efficacité et bientôt le croiseur Pola est obligé de stopper, touché par une torpille britannique qui a fait exploser (et noyer) ses machines.

Le combat de nuit[modifier | modifier le code]

Face à ce nouveau drame, Iachino détache la 1re division de croiseurs pour aider le Pola en détresse. Les radars britanniques repèrent alors la flotte ennemie, tandis que la flotte italienne ne pouvait voir les Britanniques approcher. Ces derniers allument leur faisceaux lumineux sur les croiseurs italiens pris complètement par surprise et les canonnent à bout portant. Les canons de 381 mm des 3 cuirassés causent d'énormes dégâts. Le croiseur Pola est achevé et les croiseurs Zara et Fiume sont eux aussi coulés avec deux torpilleurs ; les destroyers Vittorio Alfieri et Giosué Carducci sont aussi détruits. Dans la confusion qui s'en suit, le cuirassé italien profite de la nuit et s'enfuit. Les avions britanniques envoyés à sa recherche ne retrouvèrent pas leur porte-avions, et doivent se poser sur les aérodromes crétois. L'amiral Iachino arrive ainsi à Tarente et apprend par la radio qu'il a perdu cinq navires.

Bilan[modifier | modifier le code]

Les Italiens ont perdu trois croiseurs et deux destroyers ; les Britanniques seulement un bombardier-torpilleur.

Cette bataille est une victoire nette pour les Britanniques qui ont démontré leur supériorité tactique avec notamment l'utilisation de l'aviation navale, qui allait être la future grande composante de la guerre sur mer. Cette aviation a permis aux Britanniques de ralentir les Italiens dans leur retraite, tout en endommageant deux navires. Quant aux cuirassés, ils ont démontré qu'ils étaient encore des navires capitaux dans une bataille, grâce à la nuit et au radar qui montra son efficacité, ils purent causer de lourdes pertes à une marine italienne dépassée d'un point de vue non seulement stratégique mais aussi technologique.

Les Britanniques ont eu à déplorer la perte d'un seul avion. Côté italien, le cuirassé engagé a été torpillé et sévèrement endommagé. Les marins italiens ont eu à déplorer la mort de 2 300 des leurs. Il est à noter que ces pertes ont été limitées par l'intervention humanitaire des Britanniques, qui avaient appelé un navire-hôpital, le Gradisca, au secours des naufragés à un moment où Cunningham et sa flotte se trouvaient sous la menace des actions de la Luftwaffe (qui avait été étonnamment absente lors de cette bataille et qui n'intervint que trop tardivement et sans réussite).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rivista Marittima (it)
  2. a et b Koenig 1978, p. 183
  3. Koenig 1978, p. 184
  4. a et b Antier 1983, p. 448
  5. Koenig 1978, p. 186
  6. Un nœud est égal à 1,8 km/h à peu près
  7. Antier 1983, p. 450

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • S.W.C. Pack, La bataille de Matapan, France Empire,
  • William John Koenig, Grands combats navals, Fernand Nathan, , 256 p.
  • Jean-Jacques Antier, La Bataille de Malte : 1940-1943, Presses de la Cité, , 280 p. (ISBN 9782258011939)