Wyndham Lewis

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Wyndham Lewis en 1913 par George Charles Beresford

Percy Wyndham Lewis (Amherst, Nouvelle-Écosse, 18 novembre 1882Londres, 7 mars 1957) était un peintre et un écrivain britannique mais né canadien. Il fut un des fondateurs du mouvement vorticiste dans l'art, et édita le journal vorticiste BLAST (deux numéros). Ses romans comprennent Tarr, qui se passe à Paris avant la Première Guerre mondiale, et The Human Age, une trilogie qui comprend The Childermass (1928), Monstre Gai et Malign Fiesta (tous les deux en 1955), situés dans l'au-delà. Lewis avait commencé un quatrième volume de The Human Age, The Trial of Man, mais il le laissa à l'état de fragments au moment de sa mort.

Wyndham Lewis est né sur le yacht de son père au large de la province canadienne de la Nouvelle-Écosse. Sa mère britannique et son père américain se séparèrent vers 1893. Sa mère retourna alors en Angleterre, où Lewis fit ses études, d'abord à la Rugby School, puis à la Slade School of Art de l'University College de Londres, avant de passer la majeure partie des années 1900 à voyager à travers l'Europe et à étudier l'art à Paris.

Début de carrière et vorticisme[modifier | modifier le code]

Résidant surtout en Angleterre après 1908, Lewis publia ses premiers travaux (récits de ses voyages en Bretagne) dans la English Review de Ford Madox Ford en 1909. Il participa plus ou moins à la fondation officielle du Camden Town Group en 1911, sous l'égide du peintre Walter Sickert, aux côtés d'autres artistes comme Augustus John, Duncan Grant ou Lucien Pissarro. En 1912, Lewis exposa ses illustrations cubofuturistes pour Timon d'Athènes (par la suite publiées en tant que portfolio, le projet d'édition de la pièce de Shakespeare ne s'étant jamais concrétisé), et trois toiles importantes pour la deuxième exposition postimpressionniste. Tout cela le mit en contact étroit avec le Bloomsbury Group, en particulier Roger Fry et Clive Bell.

Toujours en 1912, il reçut la charge de réaliser une décoration murale, un rideau de scène et d'autres ornementations pour la Cave of Golden Calf, un cabaret d'avant-garde situé dans Heddon Street à Londres.

C'est dans les années 1913-1915 qu'il trouva le style d'abstraction géométrique pour lequel il est le plus célèbre aujourd'hui, un style que son ami Ezra Pound surnomma « vorticisme ». Lewis trouvait séduisante la forte structure de la peinture cubiste, mais disait qu'elle n'avait pas l'air « vivante » par rapport à l'art futuriste, lequel à l'inverse manquait de structure. Le vorticisme combina les deux mouvements dans une critique saisissante de la modernité.

Dans ses premières œuvres, en particulier les versions de la vie de village en Bretagne montrant des danseurs (vers 1910-1912), il est possible que Lewis ait subi l'influence de la philosophie du devenir de Bergson, aux cours duquel il avait assisté à Paris. Bien que par la suite il ne manquât pas de critiquer durement Bergson, il devait admettre dans une lettre à Théodore Weiss (19 avril 1949) qu'il « avait commencé par embrasser son système de l'évolution ». L'influence de Nietzsche fut aussi importante.

Après avoir collaboré un bref moment aux Omega Workshops, Lewis entra en conflit avec le fondateur, Roger Fry, et avec plusieurs artistes quitta Omega pour lancer un atelier concurrent appelé le Rebel Art Centre. Le Centre ne dura que quatre mois, mais il avait donné naissance au Vorticism Group et à la publication BLAST. C'est dans BLAST que Lewis publia le manifeste du groupe ; il y contribua par des œuvres d'art et rédigea des articles.

Première Guerre mondiale : officier d'artillerie et artiste de guerre[modifier | modifier le code]

BLAST : le numéro de juillet 1915

Après la seule exposition des vorticistes, en 1915, le mouvement se dispersa, essentiellement en raison de la Première Guerre mondiale. Wyndham Lewis fut affecté au front ouest et servit en tant que second lieutenant dans la Royal Artillery. Après la bataille d'Ypres en 1917, il devint artiste de guerre officiel, à la fois pour le gouvernement canadien et le gouvernement britannique, et commença son travail en décembre 1917.

Pour les Canadiens, il peignit A Canadian Gun-Pit (1918, National Gallery of Canada, à Ottawa) à partir de croquis réalisés sur la crête de Vimy. Pour les Britanniques, il peignit une de ses œuvres les plus fameuses, A Battery Shelled (1919, Imperial War Museum), en faisant appel à sa propre expérience quand il avait la charge d'un obusier de 6 pouces à Passchendaele. Lewis exposa ses dessins de guerre et quelques autres peintures de la guerre dans une exposition, « Guns », en 1918.

Tarr, son premier roman, fut également été publié sous forme de livre en 1918, après avoir paru en feuilleton dans The Egoist en 1916-1917. On s'accorde à y voir un des principaux textes clés du modernisme. Lewis plus tard mit par écrit ses expériences et ses opinions sur cette période de sa vie dans Blasting and Bombardiering (1937), œuvre autobiographique qui représente également son art de l'après-guerre.

Les années 1920 : le peintre moderniste et The Enemy[modifier | modifier le code]

La guerre finie, Lewis reprit sa carrière de peintre, avec une exposition importante, Tyros and Portraits, aux Leicester Galleries en 1921. « Tyros » présentait des personnages satiriques et caricaturaux dont Lewis se servait pour commenter la culture de la « nouvelle époque » qui avait succédé à la Première Guerre mondiale. Un Reading of Ovid et Mr Wyndham Lewis as a Tyro sont les seules toiles qui subsistent de cette série. Faisant partie du même projet, Lewis lança également son deuxième magazine, The Tyro, qui n'eut que deux numéros. Le second (1922) contient d'importantes déclarations sur l'esthétique visuelle de Lewis : An Essay on the Objective of Plastic Art in our Time. [4] C'est au début des années 1920 qu'il perfectionna son coup de crayon, le rendant plus incisif.

À la fin des années 1920, il peignit moins, se concentra plutôt sur l'écriture. Il lança alors un nouveau magazine, The Enemy (trois numéros, 1927-1929), en grande partie rédigé par lui-même et qui proclame dès le titre sa position belliqueuse. Ce magazine, ainsi que les travaux théoriques et critiques qu'il publia entre 1926 et 1929, marque sa séparation délibérée d'avec l'avant-garde et ceux qui étaient autrefois ses proches. Ils avaient échoué, pensait-il, faute d'avoir su analyser avec suffisamment d'esprit critique les idéologies de ceux qui avaient travaillé en Occident contre le changement révolutionnaire. C'est pourquoi leur œuvre était devenue un véhicule de ces idéologies pernicieuses. Son principal travail théorique et culturel au cours de cette période est The Art of Being Ruled (1926). Time and Western Man (1927) est un débat philosophique et culturel avec des critiques pénétrantes de James Joyce, Gertrude Stein et Ezra Pound, et on le lit encore. Sur le plan philosophique, Lewis attaquait la « philosophie du temps » (c'est-à-dire la philosophie du processus) de Bergson, Samuel Alexander, Alfred North Whitehead et d'autres.

Les années 1930[modifier | modifier le code]

La politique et la fiction[modifier | modifier le code]

The Apes of God (1930) constitue une attaque satirique mordante, avec un long chapitre caricaturant la famille Sitwell, ce qui n'a pas facilité la position de l'auteur dans le monde littéraire londonien. Son livre Hitler (1931) présentait Adolf Hitler comme un « homme de paix » qui voyait les membres de son parti menacés dans la rue par la violence communiste, et Lewis n'en devint que plus impopulaire parmi les libéraux et les antifascistes, surtout après l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933. Par la suite il écrivit Le Culte d'Hitler (1939), où il revenait sans hésiter sur son intention première de soutenir Hitler, mais politiquement Lewis resta quelqu'un d'isolé au cours des années 1930. Dans sa Letter to Lord Byron, Auden l'appela « le vieux volcan solitaire de la droite ». Lewis croyait qu'il existait ce qu'il appelait une « orthodoxie de la gauche » en Grande-Bretagne au cours des années 1930. Il estimait qu'il n'était pas de l'intérêt de la Grande-Bretagne de s'allier avec l'Union soviétique « dont les journaux que lisent la plupart d'entre nous assurent qu'elle a fusillé il y a quelques années seulement des millions de ses citoyens parmi les meilleurs, comme elle l'a fait pour sa famille impériale tout entière » (Time and Tide, le 2 mars 1935, p. 306).

Les romans de Lewis sont connus parmi certains critiques pour représenter de façon satirique et hostile les juifs, les homosexuels, les lesbiennes et les autres minorités. Le roman Tarr de 1918 a été réimprimé en 1928 dans une édition revue. Dans un passage qui a été développé on donne un rôle clé un personnage juif qui veille à ce qu'un duel ait bien lieu. On y a vu une représentation allégorique d'un prétendu complot sioniste contre l'Occident. The Apes of God (1930) a été interprété de la même manière du fait qu'un grand nombre des personnages satirisés sont juifs, y compris l'auteur moderniste et éditeur Julius Ratner, dont le portrait combine des stéréotypes antisémites et des figures historiques de la littérature (John Rodker et James Joyce, bien que l'élément concernant Joyce consiste dans la simple utilisation du mot « épiphanie » dans la parodie des ajouts sur Rodker Lewis). Un élément important de ces interprétations est qu'on pense que Lewis a caché et marginalisé ses théories sur la conspiration. Depuis la publication de T. S. Eliot, Anti-Semitism, and Literary Form d'Anthony Julius (1995, révisé en 2003), où l'antisémitisme de Lewis est décrit comme « essentiellement banal », ce point de vue n'est plus pris au sérieux.