William Carlos Williams

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William Carlos Williams en 1921

William Carlos Williams, né le 17 septembre 1883 et mort le 4 mars 1963, est un poète et romancier américain, grand représentant du modernisme et de l'imagisme. Il était aussi pédiatre et médecin généraliste, des métiers qui ont probablement influencé le choix des sujets de sa poésie. Sa biographe Linda Wagner-Martin note d’ailleurs qu’« il travailla aussi durement à devenir écrivain qu’il le faisait dans son métier de médecin ».

Biographie[modifier | modifier le code]

Vie[modifier | modifier le code]

Williams est né à Rutherford, un petit village proche de la ville de Paterson, dans le New Jersey. Son père était anglais, et sa mère était née à Porto Rico. Il va à l’école publique de Rutherford jusqu’en 1897, puis est envoyé au Château de Lancy près de Genève, puis au Lycée Condorcet à Paris, pendant deux ans, et à l’Horace Mann School à New York. En 1902, il entre à l’Université de médecine de Pennsylvanie. Il se lie avec Ezra Pound, Hilda Doolittle (plus connue sous le nom d’H.D.) et le peintre Charles Demuth. Ces amitiés encouragent sa passion croissante pour la poésie. Il est reçu docteur en médecine en 1906 et passe quatre ans en internat à New York, à voyager et à compléter ses études (notamment à l’Université de Leipzig où il étudie la pédiatrie). Il retourne à Rutherford en 1910 et s’y établit comme médecin jusqu’en 1951. La plupart de ses patients ont ignoré la plus grande part de ses écrits, ne le connaissant que comme le médecin qui mit au monde trois mille de leurs enfants. Aujourd’hui, Rutherford possède un théâtre baptisé « The Williams Center ».

Il épouse Florence Herman (1891-1976) en 1912. Peu après, il publie son premier recueil de poèmes de valeur, The Tempers. Lors d’un voyage en Europe en 1924, Williams fréquente les écrivains Ezra Pound et James Joyce. Les fils de Flossie et Williams restèrent en Europe pour vivre comme Williams et son frère l’avaient fait dans leur jeunesse.

Bien qu’il se consacre principalement à son métier de médecin, Williams a une intense carrière littéraire. Ses travaux mêlent nouvelles, poèmes, essais critiques, une autobiographie, des traductions et sa correspondance. Il écrit la nuit et passe ses week-ends à New York avec ses amis écrivains et artistes comme les peintres modernes Marcel Duchamp et Francis Picabia et les poètes Wallace Stevens et Marianne Moore. Il s’implique dans le mouvement imagiste mais ses opinions divergent bientôt de celles de ses compagnons, Ezra Pound et T.S. Eliot. Plus tard, il fait des tournées aux États-Unis pour donner des lectures et des cours de poésie.

Opinions politiques[modifier | modifier le code]

Les démocrates modernes (gauche des États-Unis) le dépeignent comme proche de leurs idées progressistes de gauche. Comme ses nombreuses publications dans des journaux politiquement radicaux, comme Blast et New Masses (les nouvelles masses), ses préférences politiques allaient à la gauche. Il se considérait lui-même comme socialiste et opposé au capitalisme, et en 1935 il publia The Yachts, un poème qui décrit l’élite fortunée comme parasite et les masses comme espérant une révolution. Le poème utilise la métaphore de l’océan avec les corps aqueux des masses misérables se battant sur leurs pauvres coques, en agonie, désespérés, tentant de couler les yachts et de mettre fin à l’horreur de la race humaine. De même, dans l’introduction de son recueil de poésies The Wedge, publié en 1944, il décrit le socialisme comme un état inévitable de développement, et une nécessité pour un véritable développement artistique. En 1949, il publie un poème, The Pink Church (la Maison rose), qui traite du corps humain, mais compris dans le contexte du maccarthysme, comme dangereusement pro-communiste. Les anticommunistes provoquèrent son renvoi de son poste de conseiller de la Bibliothèque du Congrès en 1952/3, ce qui le rendit dépressif. Comme il le montre dans un article non-publié écrit pour Blast, Williams pensait que les artistes devaient résister à produire de la propagande et se dédier à l’écriture. Dans le même article, il proclame que l’art peut aussi être au service du prolétariat[1].

Mort[modifier | modifier le code]

Sa santé commence à décliner après une première attaque cardiaque en 1948. Après 1949, toute une série d’ennuis suivirent. Il suit un traitement contre la dépression dans un hôpital psychiatrique en 1953. Il meurt le 4 mars 1963, à soixante dix-neuf ans. Deux jours plus tard, un éditeur britannique annonce qu’il va publier ses poèmes — une ironie du destin, puisque Williams a toujours protesté contre l’influence anglaise sur la poésie américaine. Toute sa vie, il n’avait pas été plus reconnu en Grande-Bretagne qu’aux États-Unis.

Il repose au cimetière d’Hillside à Lyndhurst.

Carrière littéraire[modifier | modifier le code]

Style[modifier | modifier le code]

Pendant la Première Guerre mondiale, alors que de nombreux artistes européens s’établissent à New York, Williams se lie avec de nombreux membres de l’avant-garde, comme Man Ray, Francis Picabia et Marcel Duchamp. En 1915, débute sa participation à un groupe d’artistes new-yorkais et d’écrivains nommés « The Others » (« Les Autres »). Fondé par le poète Alfred Kreymborg et Man Ray, ce groupe comprenait Walter Conrad Arensberg, Wallace Stevens, Mina Loy, Marianne Moore et Duchamp. C’est par ce biais que Williams entre en contact avec le dadaïsme, ce qui explique l’influence des principes dadaïstes et surréalistes sur ses premiers poèmes. Son engagement avec The Others fait de Williams un personnage clé des débuts du modernisme en Amérique.

Williams rejetait les fréquents emprunts aux cultures classiques et étrangères faits par Ezra Pound et surtout T.S. Eliot (voir l’œuvre d’Eliot The Waste Land). Il préférait créer ses poèmes à partir de ce qu’il appelait « le local ». Dans son poème Paterson (publié entre 1946 et 1958), sur l’histoire, la population et l’essence de Paterson, il interroge le rôle du poète dans la société américaine. Il résume sa démarche politique dans la phrase : « Pas d’idéologie, mais du concret » (dans son poème de 1944, Un genre de chanson). Il voulait que les poètes abandonnent les formes poétiques anciennes et les références poétiques inutiles, pour essayer de décrire le monde tel qu’il est, avec un vocabulaire approprié au sujet. Marianne Moore, également critique face aux formes traditionnelles de poésie, écrivit que Williams utilisait un « americain courant que même les chats et les chiens pouvaient lire », avec une langue américaine distincte de l’anglais.

Influence dans l'art américain[modifier | modifier le code]

Un de ses apports les plus importants est le bon accueil qu’il réservait aux jeunes poètes, jouant un rôle de mentor auprès d’eux. Alors que Pound et Eliot ont été encensés de leur vivant, de nombreux poètes des générations suivantes, ont été suivis personnellement par Williams ou indiquèrent qu’il les avait énormément influencé. Il a ainsi une influence significative sur plusieurs mouvements littéraires des années 1950 : les poètes de la Beat Generation, la Renaissance de San Francisco, l’école de Black Mountain, et l’école de New-York. Il guide personnellement Charles Olson, qui joue un rôle essentiel dans le développement de la poésie au Black Mountain College et influence par la suite de nombreux poètes. Robert Creeley et Denise Levertov, deux autres poètes liés au groupe de Black Mountain, ont étudié avec Williams. Williams était ami de Kenneth Rexroth, le fondateur du mouvement San Francisco Renaissance. Un cours de Williams donné au Reed College forma et inspira d’autres membres importants de ce mouvement : Gary Snyder, Philip Whalen et Lew Welch. C’est avec son camarade du New Jersey Allen Ginsberg que Williams entretient une de ses relations les plus enrichissantes. Ginsberg a toujours proclamé que Williams a libéré sa voie poétique. Williams quant à lui insère plusieurs lettres de Ginsberg dans Paterson, l’une d’elles lui inspirant un cinquième de cette œuvre. Williams écrit aussi deux préfaces pour les livres de Ginsberg, dont Howl. Bien qu’il aime considérablement la poésie de ses disciples (ses enfants, selon ses mots), il n’apprécie pas toujours le résultat de son influence sur d’autres poètes (par exemple, le formalisme apparent d’autres poètes de la Beat Generation). Williams préférait jouer sur les effets de la forme et de l’expression.

En 1963, il reçoit à titre posthume le prix Pulitzer pour Pictures from Brueghel and Other Poems (1962) et la médaille d’or de la poésie de l’Institut national des Arts et Lettres.

En 1984, le compositeur new-yorkais de musique contemporaine, Steve Reich, écrit une importante œuvre pour orchestre et chœur intitulée The Desert Music et basée sur le recueil éponyme de poèmes de Williams.

Poésie[modifier | modifier le code]

The Red Wheelbarrow, poème sur une jeune fille convalescente après une grave maladie, est le poème de Williams le plus souvent présenté dans des anthologies poétiques, souvent comme exemple du style du mouvement imagiste et de ses principes (voir aussi This Is Just To Say). Toutefois, Williams, comme son associé Ezra Pound, avait rejeté depuis longtemps le mouvement imagiste quand le poème fut publié dans le recueil Spring and All en 1923. Williams est plus proche du mouvement moderniste américain, et voyait son projet poétique comme propre aux États-Unis ; il a également cherché à renouveler la langue par le langage plus vert né dans la société culturellement variée de l’Amérique, tout en se libérant du vocabulaire qu’il considérait comme usé dans la langue britannique et de la culture européenne.

Principales œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie

Prose

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

  • Passaic, Passaic, traduction par Suzanne et Jean Sermandoy, Abbaye du Livre, 1948
  • Poèmes, traduction par William King, Seghers, 1963
  • Autobiographie, traduction par Jacqueline Ollier, Gallimard, 1973
  • Au grain d’Amérique, suivi de Le Grand Roman américain, traduction et présentation par Jacques Darras, Christian Bourgois, 1980 ; réédition, Christian Bourgois, col. Titres, 2006
  • Filles de fermiers, traduction par André Simon, Christian Bourgois, 1980 ; col. Titres 2011
  • L’Elephant de mer, traduction et présentation par Jacques Demarcq, M. Perez, 1981
  • Paterson, traduction par Yves di Manno, préface de Serge Fauchereau, Flammarion, 1981
  • Mule Blanche, traduction par René Daillie, Flammarion, 1981
  • Poèmes, traduction, introduction et notes par Jacqueline Saunier-Ollier, Aubier-Montaigne, 1981
  • La Fortune, traduction par René Daillie, Flammarion, 1984
  • Le Succès, traduction par René Daillie, Flammarion, 1987
  • Tableaux d’après Bruegel et autres poèmes, traduction et présentation par Alain Pailler, Unes, 1991
  • Asphodèle, traduction et présentation par Alain Pailler, La Différence, 1991
  • Le Printemps et le Reste, traduction et présentation par Valérie Rouzeau, Unes, 2000
  • Je voulais écrire un poème, traduction par Valérie Rouzeau, Unes, 2000
  • Koré aux Enfers, traduction et introduction par Jean-Paul Auxeméry, avant-propos par Yves di Manno, Virgile, 2003
  • Raisins Surs, traduction et introduction par Thierry Gillybœuf, La feugraie, 2004
  • Paterson, traduction revue et corrigée par Yves di Manno, José Corti, 2005
  • Al Que Quiere !, traduction par Thierry Gillybœuf, introduction par Philippe Blanchon, Éditions de la Nerthe, 2007
  • Asphodèle, suivi de Tableaux d’après Bruegel, traduction et présentation par Alain Pailler, Points, 2007
  • Un Jeune Martyr, suivi de Adam & Eve & La Ville, traduction et introduction par Thierry Gillybœuf, Éditions de la Nerthe, 2009

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) William Carlos Williams, A Recognizable Image: William Carlos William on Art and Artists, New York, W W Norton & Company,‎ 1978 (ISBN 978-0-8112-0704-1, LCCN 78016919)

Annexes[modifier | modifier le code]

Ouvrages biographiques et critiques[modifier | modifier le code]

  • Hélène Aji, William Carlos Williams, un plan d'action, Belin, coll. « Voix américaines », Paris, 1994, 124 p.
  • Paul Mariani, William Carlos Williams: A New World Naked, McGraw-Hill, New York and London, 1981.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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