John Donne

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John Donne

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Activités Poète et prédicateur
Naissance 1572
Londres,
Drapeau de l'Angleterre Royaume d'Angleterre
Décès 31 mars 1631
Londres,
Drapeau de l'Angleterre Royaume d'Angleterre
Langue d'écriture anglais

John Donne, né en 1572 à Londres et mort dans la même ville le 31 mars 1631, est un poète et prédicateur anglais du règne de Jacques Ier, considéré comme le chef de file de la poésie métaphysique, a produit une œuvre variée comprenant des poèmes d'amour, des sonnets religieux, des traductions du latin, des épigrammes, des élégies, des chansons et des sermons.

Biographie[modifier | modifier le code]

John Donne est né en 1572 et fut élevé au sein d’une famille catholique. Son père, un forgeron se prénommant lui-même John, mourut en 1576 en laissant derrière lui trois enfants et sa femme, Elizabeth. Cette dernière était la fille de John Heywood, un proche parent de Sir Thomas More. En 1593, Henry, le frère cadet de John mourut de fièvre en prison, où il avait été enfermé pour avoir hébergé illégalement un prêtre. Son oncle, Jasper Heywood (1535-1598), prêtre jésuite, fut condamné à l'exil sous peine de mort. Sous le règne d’Élisabeth Ire , la persécution généralisée des catholiques, tant physique que financière, était en effet monnaie courante.

Ayant l'ambition de faire carrière dans les services de l'État, il commença des études de droit à Thavies Inn en 1591 et suivit des études à l’université d'Oxford (à Hart Hall, qui deviendra Hertford College) et à l’université de Cambridge, sans toutefois pouvoir obtenir un diplôme en raison de son appartenance catholique. Dans les années 1590, avant, ou peu après la mort de son frère, John Donne passa à l’anglicanisme.

Il eut par ailleurs l’occasion de voyager sur le continent et, en 1596-97, accompagna le comte d’Essex dans une expédition à Cadix et aux Açores.

En 1598, il devint le secrétaire du garde des Sceaux Thomas Egerton (lord Ellesmere). Bien qu'il fût très estimé par son protecteur, celui-ci le congédia en 1601, pour avoir épousé en secret sa nièce, Ann More, mariage auquel la famille du lord s'opposait.

Destitué, un temps emprisonné, Donne partagea alors avec sa femme, qui lui donna douze enfants, quatorze années difficiles où se succédèrent en vain les œuvres de circonstance pour gagner la faveur de personnages influents.

Ordonné prêtre en 1615, il devint prédicateur à Lincoln's Inn (1616-1621), poste qu'il abandonna après avoir été nommé doyen de la cathédrale Saint-Paul (1621). Donne acquit, grâce à ses Sermons, dont 160 ont été recueillis, une fulgurante renommée. En 1617, la mort de sa femme va accroître son obsession de la mort mais aussi sa ferveur religieuse. Il mourut en février 1631 après avoir prononcé devant Charles Ier sa dernière prédication, « le Duel de la mort ».

Son œuvre[modifier | modifier le code]

John Donne fut l’un des prédicateurs les plus estimés de son temps, mais il fut aussi l’un des plus grands poètes non dramatiques. Il composa surtout des poèmes d’amour et des sonnets religieux.

La majeure partie de l'œuvre poétique de Donne (Satires, 1595-98 - la Litanie, 1609 - Élégies, Chants et sonnets, 1611 - les Anniversaires, 1611-12 - le Nocturne, 1612 - les Lamentations de Jérémie, 1631), suscita aussitôt l'étonnement et l'admiration de ses lecteurs par ses innovations formelles et thématiques. Métaphysique par excellence, la poésie de Donne cultive l'un des procédés fondamentaux de la poésie baroque, le conceit (que l'on peut traduire par « métaphore » ou « figure de rhétorique »), dont la présence systématique à la fin du poème déstabilise le lecteur et l'invite à ressaisir la forme du poème de ses vrais yeux. Le conceit - attesté en Angleterre au XIVe siècle au sens de « conception, notion, idée, pensée », puis, à partir de 1530, au sens de l'italien concetto, d’abord « concept » ou « pensée ingénieuse », puis « mot d’esprit » et « figure de rhétorique » - en rapprochant deux ordres de réalité, matière et esprit, humain et divin, visible et invisible, projette l'esprit dans un monde de l'immédiateté, temporelle et spatiale, où la distance s'abolit dans le mouvement, et où l'éternité devient concrète.

Samuel Johnson, en 1744, dans The Lives of the Poets, regroupa les poètes métaphysiques anglais tels que George Herbert, Andrew Marvell, Thomas Traherne, Richard Crashaw ou Henry Vaughan sous le nom d' « École de Donne », tant la personnalité, la diversité et l'ampleur de l'œuvre de celui qui devint doyen de la Cathédrale Saint-Paul dominèrent son époque.

Prenant le contre-pied d'une tradition qui avait fini par éthérer l'amour, il célèbre l'amour charnel en disant les choses crûment, mais sans jamais exclure la dimension spirituelle de l'union des amants. Admiré de Samuel Taylor Coleridge (1772-1834), pour qui il est celui qui sut « tresser en lacs d'amour des tisonniers de fer », apprécié d' Alexander Pope (16881744), Donne fut « redécouvert » au XXe siècle, notamment par Ezra Pound, William Butler Yeats, et T.S. Eliot.

L'exemplarité de l'œuvre poétique de John Donne, en particulier sur les rapports étroits entre le religieux et le profane, le corps et l'âme qui habitent ces vers complexes et directs, d'une fulgurante intelligence a marqué le poète, dramaturge, et critique moderniste anglo-américain Thomas Stearns Eliot (prix Nobel de littérature en 1948), qui a remis au goût du jour les poètes métaphysiques anglais du XVIIe siècle. Celui-ci vit dans cette poésie érudite et brillante un moment où la « dissociation de la sensibilité », qui allait être la ligne de partage de la modernité, ne s'était pas encore opérée. « Une pensée, pour Donne, était une expérience », a dit T.S. Eliot.

L'un des textes majeurs de John Donne, « No man is an island, entire of itself[1]... » a inspiré le titre du roman d' Hemingway Pour qui sonne le glas :

« Nul homme n’est une île, un tout en soi; chaque homme est partie du continent, partie du large; si une parcelle de terre est emportée par les flots, pour l’Europe c’est une perte égale à celle d’un promontoire, autant qu’à celle d’un manoir de tes amis ou du tien. La mort de tout homme me diminue parce que je suis membre du genre humain. Aussi n'envoie jamais demander pour qui sonne le glas : il sonne pour toi. (Devotions upon Emergent Occasions, 1624) »

C'est l'un des textes les plus célèbres de la littérature anglaise. Dire qu’ « aucun homme n’est une île » ne saurait faire une apologie du collectivisme, comme d’aucuns ont voulu croire. C’est une constatation d’évidence. Tout homme est « une partie de l’ensemble », grâce à quoi nous bénéficions du commerce et de la culture. « La mort de tout homme me diminue, parce que j’appartiens au genre humain » : nous en tirons l’enseignement qu’agresser autrui est s’agresser soi-même, c’est une règle morale sans exception et à laquelle nous pouvons souscrire sans réserve, mais sans voir qu’elle nous impose d’être au service d’autrui.

L'œuvre de John Donne est imprégnée par sa hantise de la mort, souhaitée car elle relie enfin l'Être à l'éternité, ou redoutée car elle le précipite dans le néant.

« Quoiqu'il ne soit point douteux que l'Église chrétienne ne condamne le suicide, il s'est trouvé des chrétiens qui ont voulu le justifier. De ce nombre est le docteur Donne, théologien anglais qui [...] entreprit de prouver que le suicide n'est point défendu dans l' Écriture sainte. »

C'est en ces termes que l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert évoque, à l'article « suicide », le Biathanatos de John Donne. Dans ce texte qui fascina Thomas de Quincey et Borgès, Donne, invoquant la Bible, interprète comme une mort volontaire le sacrifice du Christ et estime nécessaire « d'encourager les hommes à un juste mépris de cette vie ».

Ses Œuvres ont été réunies à Londres en 1839, 6 volumes in-8.

Un colloque sur « La poésie métaphysique de John Donne » a eu lieu en janvier 2002 à l'Université François Rabelais de Tours. Les « Actes du Colloque », organisé par le Groupe de Recherches Anglo-Américaines, sous la direction de Claudine Raynaud ont été publiés.

Citations[modifier | modifier le code]

Stay, O sweet, and do not rise !

Stay, O sweet, and do not rise !
The light that shines comes from thine eyes ;
The day breaks not: it is my heart,
Because that you and I must part.
Stay! or else my joys will die,
And perish in their infancy.

Traduction française par Gilles de Sèze :

Reste, O ma douce, ne te lève pas !

Reste, O ma douce, ne te lève pas !
La Lumière qui brille vient de tes yeux;
Ce n'est pas le jour qui perce; c'est mon cœur qui est percé,
Parce que toi et moi devons nous séparer
Reste, ou sinon toute joie chez moi mourra
Et périra dans sa prime enfance.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

  • Poems (1633)
  • Holy Sonnets (1635)
  • Poems on Several Occasions (1719)
  • Love Poems (1905)
  • John Donne: Divine Poems, Sermons, Devotions and Prayers (1990)
  • The Complete English Poems (1991)
  • John Donne's Poetry (1991)
  • John Donne: The Major Works (2000)
  • The Complete Poetry and Selected Prose of John Donne (2001)

Prose[modifier | modifier le code]

  • Biathanatos (1608, publ. posthume 1647)
  • Pseudo-Martyr (1610)
  • Ignatius His Conclave (1611)
  • Gunpowder Plot Sermon (1622)
  • Devotions upon Emergent Occasions, and severall steps in my Sicknes (1624)
  • Six Sermons (1634)
  • Fifty Sermons (1649)
  • Paradoxes, Problemes, Essayes, Characters (1652)
  • Essayes in Divinity (1651)
  • Sermons Never Before Published (1661)

Éditions et traductions[modifier | modifier le code]

  • John Donne: Paradoxes and Problems, Helen Peters (éd.), Oxford University Press, 1980.
    Traduction française : John Donne, Paradoxes et Problèmes, trad. Pierre Alfieri, Allia, 1994
  • Méditations divines / Divine Meditations, Alidades 2009, collection ’bilingues’. Traduction, présentation et notes de Claude Salomon.[1]
  • Poèmes (trad. J. Fuzier, Y. Denis, préf. J.-R. Poisson), Gallimard,‎ 1962, ouvrage repris dans la collection Poésie/Gallimard: Poèmes, Gallimard, coll. « Poésie »,‎ 1991 (ISBN 2-07-032671-3)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Citation complète en anglais : « No man is an Iland, intire of it selfe; every man is a peece of the Continent, a part of the maine; if a Clod bee washed away by the Sea, Europe is the lesse, as well as if a Promontorie were, as well as if a Mannor of thy friends or of thine owne were; any mans death diminishes me, because I am involved in Mankinde; And therefore never send to know for whom the bell tolls; It tolls for thee

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Julie Neveux, John Donne. Le sentiment dans la langue, Paris, Éditions Rue d'Ulm, 2014.

Lien interne[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]