Robert Browning

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Browning.
Robert Browning

Wikisource propose un ou plusieurs textes écrits par Robert Browning.

Robert Browning, né à Camberwell, Surrey, le 7 mai 1812, et décédé à Venise le 12 décembre 1889) est un poète et dramaturge britannique, reconnu comme l'un des deux plus grands créateurs poétiques de l'Angleterre victorienne, à l'égal, mais dans un style tout différent, d'Alfred Tennyson.

Son enfance et sa jeunesse dorées au sein d'une famille éprise des lettres et des arts, avec un accès illimité à des ouvrages de haut niveau, permet à sa curiosité intellectuelle d'acquérir un immense savoir et de cultiver son goût pour la poésie. Comme il ne supporte pas d'être scolarisé, ses tentatives d'études secondaires puis supérieures laissent vite place à un parcours intellectuel éclectique.

Toutes ses œuvres sont ambitieuses, souvent longues[N 1] et écrites en une langue parfois difficile. Le public, comme la critique, sont souvent déroutés par son originalité, qui se manifeste aussi dans sa vie personnelle. Ébloui par la lecture de poèmes publiés par Elizabeth Barrett, poétesse recluse et cloîtrée, il lui écrit pour lui dire son admiration. Ainsi commence une correspondance amoureuse qui se termine en 1846 par un enlèvement, un mariage et une fuite en Italie où le couple voyage et publie pendant quinze ans jusqu'au décès d'Elizabeth en 1861. À son retour en Angleterre, Browning retrouve les cercles littéraires et les clubs où se réunit l'intelligentsia londonienne.

Ses œuvres les plus importantes sont The Ring and the Book, Men and Women et Dramatis Personae. Dans ces deux derniers recueils, comme dans d'autres, Robert Browning utilise la technique du monologue dramatique. Il s'agit d'un monologue adressé à un auditeur silencieux mais non inerte. La personnalité de cet interlocuteur se creuse peu à peu par le seul discours prononcé par un personnage dont, a priori, on ignore tout. Sa prise de parole fait apparaître une situation, parvenue à un état de crise présente ou passée, plusieurs protagonistes, leurs conflits et la résolution, souvent dramatique ou tragique.

Au cours de ses dernières années, Browning publie quinze nouveaux volumes, souvent très longs, quelquefois polémiques, et voyage en Italie où réside son fils, critique et peintre, et chez qui il décéde à Venise en 1889. Il repose aux côtés d'Alfred, Lord Tennyson dans le Coin des poètes de l'Abbaye de Westminster.

Sommaire

[modifier] Vie

[modifier] Les premières années

Portrait de Percy Bysshe Shelley, admiré par le jeune Robert Browning

[modifier] Un environnement familial cultivé

Né à Camberwell, dans le Surrey, Angleterre, Robert est le fils de Robert et Sarah Wiedemann Browning[1]. Son père, d'une grande intelligence et d'une parfaite égalité de caractère, est employé (comme son propre père) à la Banque d'Angleterre[2]. Il possède une bibliothèque d'environ 6 000 livres en grec, latin, hébreu, anglais, français, italien, espagnol - ouvrages littéraires ou savants, de philosophie, métaphysique, théologie, science, ou encore d'inspiration ésotérique, présentant parfois un style hermétique qui a peut-être inspiré certains des futurs écrits du poète[3]. Robert Browning grandit donc dans un foyer où il dispose d'un accès facile à la littérature et la philosophie. Sa mère, fille de William Wiedermann, négociant allemand établi à Dundee, Ècosse, qui a épousé une jeune créole[4], est membre d'une église évangélique non-conformiste. Les hautes qualités intellectuelles, artistiques et morales du couple, sa vie de famille affectueuse et simple, son goût pour les choses de l'esprit assurent un environnement propice à l'épanouissement des dons manifestés très tôt par les deux enfants, Robert puis sa sœur cadette Sarianna. Robert, en particulier, est encouragé par ses parents à cultiver son amour des lettres et des arts, la musique, par exemple, dont sa mère, excellente pianiste, lui a transmis le goût et la disposition, au point que très jeune, il compose des arrangements pour certains chants.

[modifier] La précocité et le vagabondage culturels

Dès son jeune âge, en effet, Robert Browning se distingue par sa passion de la poésie et aussi de l'histoire naturelle. À douze ans, il écrit un recueil de poèmes, Incondita[N 2], inspiré par Byron, qu'il détruit lorsque les éditeurs sollicités par ses parents refusent le manuscrit. Après avoir fréquenté deux écoles privées et ressenti le dégoût toute vie scolaire, il poursuit ses études avec divers précepteurs qui perfectionnent ses connaissances générales et lui font pratiquer la musique, le dessin et aussi l'équitation de haut niveau.

À quatorze ans, Browning parle couramment le français et l'italien, a une bonne connaissance du latin et du grec[5]. Il admire les poètes romantiques, particulièrement Percy Bysshe Shelley dont un cousin lui a offert un recueil en 1825 et dont, pour son anniversaire suivant, il réclame l'œuvre complète. Il l'imite même au point de se déclarer, comme lui, athée et végétarien. Cette adulation aurait déplu à sa mère dont la stricte orthodoxie religieuse considère les idées de Shelley avec horreur. Plus tard, il décrit ce bref épisode comme une passade de jeunesse, mais il est probable que sa secrète trahison lui a laissé un sentiment de culpabilité.

À seize ans, il entre au University College de Londres où il suit quelques cours de grec, mais le quitte à la fin de sa première année. Sa mère consentirait à la poursuite de ses études supérieures, mais uniquement à Cambridge ou Oxford. Or ces universités n'acceptent que les étudiants de confession anglicane ; la scolarité universitaire de Robert s'arrête donc là et désormais, son éducation est laissée à la liberté de ses goûts et de ses rencontres. Ce vagabondage culturel est parfois tenu pour responsable de l'obscurité caractérisant certains de ses poèmes. Il s'agit-là d'une explication superficielle : l'écriture originale de Browning relève plutôt de la profondeur de sa pensée, de sa culture et de son génie foisonnant.

[modifier] Premières œuvres

[modifier] Pauline et Paracelsus

Portrait de Paracelse, par Quentin Metsys

En mars 1833, Pauline, Fragment de confession est publié anonymement par Saunders et Otley à compte d'auteur. Cet ouvrage marque le commencement de la carrière de Browning. C'est un long poème composé en l'honneur de Shelley et même écrit en style shelleyien, dans lequel le poète avoue ce qu'il appelle « [his] unworthiness » (« [son] indignité »), et exprime son désir « to be all, have, see, know, taste, feel all » (« d'être tout, d'avoir, de voir, savoir, goûter, ressentir tout »). Au départ, Browning considère Pauline comme le premier d'une série écrite par plusieurs avatars de lui-même, le poète, le compositeur, etc., mais bientôt, il abandonne le projet. Plus tard, il éprouvera un certain embarras à l'égard de ce texte et ajoutera une préface quelque peu contrite à l'édition parue en 1868 de ses Collected Poems. Il y sollicite l'indulgence des lecteurs pour une œuvre qu'il dit être de jeunesse et entreprend d'importantes modifications, remarquant malicieusement, "twenty years' endurance of an eyesore seems long enough", (« avoir supporté pendant vingt ans une telle horreur paraît suffisamment long »).

Après un premier voyage en Italie en 1834, Browning publie en 1835 Paracelsus, série de monologues dramatiques (Voir chapitre dédié) du docteur et alchimiste suisse Paracelse et de ses amis. Présenté sans déguisement dans une édition financée par son père, le poème reçoit quelque succès commercial et critique, attirant l'attention de Carlyle, de John Stuart Mill et de divers autres hommes de lettres[6], tels que Wordsworth et Alfred Tennyson.

[modifier] Membre de l'intelligentsia et Sordello

Désormais, Browning est admis dans le monde des lettres londonien. À cette époque, très demandé dans les cercles ou clubs d'intellectuels, on admire sa vivacité d'esprit et son style flamboyant. Il se lance alors dans deux aventures littéraires : une série de pièces de théâtre qui n'ont aucun succès et sont aujourd'hui pratiquement oubliées, et surtout Sordello, autre très long poème écrit en blank verse[N 3].

Le sujet apparent en est une sombre inimitié au nord de l'Italie médiévale à l'époque des guerres entre les Guelfes et les Gibelins, sujet difficile pour un public habitué aux annotations expliquant les fictions historiques[7]. En fait, il s'agit d'un déguisement derrière lequel Browning, comme dans les poèmes précédents, pose le problème de l'artiste face à la société. La verve bavarde, l'hermétisme du style, le vague des références font que l'œuvre devient vite le bouc émissaire de la critique anti-Browning, si bien que le jeune auteur se voit tourné en dérision et même évité par de nombreux confrères[N 4]. La carrière de Browning en souffre et il ne retrouvera sa place auprès du public qu'avec la publication de The Ring and the Book, (L'Anneau et le Livre), presque trente ans plus tard.

[modifier] La découverte de l'Italie

Son premier voyage en Italie, entrepris en 1838, le conduit à Venise et inspire Pippa Passes (« Pippa qui passe »), introduction à une série de « Pamphlets » rassemblés sous le titre général Bells and Pomegranates (« Clochettes et Grenades ») et publié en 1840. Pippa Passes, de même que les volumes Dramatic Lyrics, d'abord édité en 1842, et Dramatic Romances and Lyrics de 1845, représentent le premier corpus de poèmes qu'on lit pour leur lyrisme et leur félicité d'expression. À ce titre, ils figurent toujours au palmarès de Browning.

En 1844, Browning se rend en Italie pour la deuxième fois et, à son retour, l'attendent les deux volumes de poèmes d'Elizabeth Barrett.

[modifier] Mariage avec Elisabeth Barrett

Article connexe : Elizabeth Barrett Browning.
Lettre de Robert Browning à Elizabeth Barrett datée du 10 septembre 1846, soit deux jours avant le mariage clandestin (Reproduction avec l'autorisation des Special Collections, Wellesley College Library).
Portrait en esquisse d'Elizabeth Barrett Browning dans sa jeune maturité.

[modifier] La correspondance amoureuse

Début 1845, Browning, admiratif de certaines de ses œuvres et ravi d'y découvrir une référence le concernant[N 5], commence à correspondre avec Elizabeth Barrett. Poétesse de renom, elle est atteinte d'une sorte de paralysie et se cloître depuis le décès accidentel de son frère préféré. De plus, son état est aggravé par d'importantes prescriptions d'opium et aussi l'affection despotisque de son père. Les deux poètes se font une cour secrète par lettres interposées. Après de nombreuses réticences, Elizabeth accepte que son admirateur lui rende visite, ce qui a lieu le 20 mai 1845. Désormais, il fréquente le 50 Wimpole Street presque tous les jours, couvre la chambre de la malade de fleurs et en 1846, il se décide à intervenir et organise le départ clandestin d'Elizabeth.

[modifier] Le mariage et la vie heureuse en Italie

L'union clandestine

Le 12 septembre, accompagnée de sa nurse Wilson, la malade trouve la force de se lever et rejoint Browning. Le couple se marie en l'église paroissiale de St. Marylebone en une demi-heure, Miss Wilson ayant servi de témoin. Après quoi, les deux femmes reviennent à la maison où elles restent une semaine par respect des convenances.

La fuite en Italie
Vue d'angle de la Casa Guidi

Finalement, le couple, toujours accompagné de la nurse et maintenant de Flush, le coker doré d'Elizabeth, s'enfuit en Italie. Commence alors pour les Browning une errance géographique et intellectuelle, à partir d'un logement provisoire à Florence, puis, dès l'été 1847, de leur base de Casa Guidi près du Palais Pitti[N 6]. Ainsi, les poètes voyagent de ville en ville, Rome, Sienne, Bagni di Luca, Paris et même Londres, pendant plusieurs années. En 1849 à Florence, après plusieurs fausses couches, Elizabeth donne naissance à un fils, Robert Wiedemann Barrett Browning, connu sous le petit nom de « Penini » (ses premiers balbutiements), raccourci en « Pen ».

La mort d'Elizabeth et le retour

Elizabeth, peu à peu affaiblie par ce qu'on croit être une affection pulmonaire et obligée de garder la chambre pendant plusieurs mois, meurt en 1861 dans les bras de son mari. Robert Browning revient alors en Angleterre avec Pen. Ce dernier retournera vivre à Florence où il fera carrière comme sculpteur et peintre, et où Browning lui rendra visite plusieurs fois. Comme Robert Wiedemann Browning, quoique marié, n'eut pas d'enfant, les célèbres poètes sont restés sans descendants.

Dés le premier jour, Robert Browning et Elizabeth Barrett ont reconnu l'un en l'autre l'être supérieur dont ils avaient besoin. Seuls, ils se sentaient faibles, vulnérables, dépendants, dénués de ligne de vie. Chacun a offert à l'autre la force structurante qui lui manquait. Leur rencontre les aura métamorphosés.

[modifier] Au sommet de son art

[modifier] Men and Women

En 1850, Browning a présenté au public Christmas-Eve and Easter-Day (« Veille de Noël et Jour de Pâques »), d'inspiration à nouveau religieuse. En 1855 paraît Men and Women (Hommes et femmes), série de cinquante monologues dramatiques déclamés ou chuchotés, ou joués par des personnages historiques, tels Fra Lippo Lippi et Andrea del Sarto ou d'autres qui sont fictifs, voire sans nom, parfois le poète déguisé, comme dans Love among the Ruins (« Amour parmi les ruines ») ou Two in the Campagna (« Deux dans la Campagna [italienne] »). Un cinquante-et-unième, One Word More (« Juste un mot de plus »), dont Browning est nommément le narrateur, est consacré à son épouse, 1855. Hommes et Femmes - titre extrait d'un vers des Sonnets from the Portuguese (« Sonnets Portugais » d'Elizabeth - est considéré comme le recueil le plus réussi. Beaucoup de critiques le comptent parmi les meilleurs ouvrages publiés en l'Angleterre victorienne. Cela dit, lors de sa parution, il ne trouve que peu d'acheteurs et de lecteurs. L'ensemble, il est vrai, comporte des œuvres souvent longues et hermétiques, dont la richesse et la profondeur se révèlent à qui sait les apprivoiser par sa persévérance.

[modifier] Dramatis Personae

Balliol College, à Oxford, où Robert Browning reçut en 1867 le titre de Docteur Honoris Causa

En 1862, Browning publie une édition complète de ses poèmes qui est bien accueillie. Deux années plus tard, paraît une œuvre à laquelle il travaille depuis neuf ans, Dramatis personae, 1864, qui affirme à nouveau sa réputation. Dramatis Personae rassemble dix-huit poèmes, plus sombres que ceux de Men and Women, avec, pour vecteur d'expression, le même monologue dramatique dit par des personnages historiques, littéraires ou fictifs. Browning fait de plus en plus écho aux problèmes sociaux ou aux controverses religieuses de son temps. Ainsi, il évoque la détresse des femmes mal mariées ou réduites à l'esclavage matrimonial. Dramatis Personae est le premier volume de Browning à se vendre suffisamment pour mériter une deuxième édition. Le statut littéraire de Browning est officiellement reconnu par l'octroi en 1867 de B.A. Honoris Causa à Balliol College, Oxford et à Cambridge.

[modifier] The Ring and the Book

En 1868, Browning revient sur The Ring and the Book, qu'il restructure et termine. Sa réputation est à son sommet. Désormais riche et célèbre, il peut jouir des quarante années de labeur qu'il a mis à édifier son œuvre, immense et originale. The Ring and the Book conte en vers blancs (voir note) l'histoire d'un meurtre commis à Rome dans les années 1690 en douze parties, dix longs monologues dramatiques confiés aux protagonistes de l'histoire présentant tour à tour leur vision des événements, que Browning accompagne d'une introduction et d'une conclusion. The Ring and the Book, plus de vingt mille vers, est un tour de force de poésie dramatique. Publié à part en quatre volumes de novembre 1868 à février 1869, il connaît un très grand succès commercial et critique.

[modifier] Les vingt dernières années

Robert Browning vieillissant (1884).

[modifier] La gloire tranquille

Pendant les vingt dernières années de sa vie, Browning redevient l'auteur prolifique qu'il a été au début de sa carrière. Il voyage beaucoup et fréquente à nouveau l'intelligentsia londonienne qui voit en lui « a literary lion (« un seigneur des lettres ») ». Quinze nouveaux volumes sont publiés, dont Fifine at the Fair (« Fifine à la foire ») et Red Cotton Night-Cap Country (« Au pays du bonnet de nuit de coton rouge »[N 7].

Puis, Browning se tourne à nouveau vers des compositions de moindre ampleur. Le volume Pacchiarotto, and How He Worked in Distemper (« Pacchiarotto ou Comment il travailla dans la mauvaise humeur ») vise le poète lauréat Alfred Austin qui ne l'avait pas ménagé du temps de sa défaveur. En 1887, Browning écrit l'œuvre majeure de ses dernières années, Parleyings with Certain People of Importance In Their Day (« Discourant avec des gens d'importance en leur temps »). Le poète s'y exprime de sa propre voix, dialoguant avec les célébrités oubliées de l'histoire littéraire, artistique et philosophique. Une fois de plus, le public victorien se trouve dérouté et Browning revient au texte court et concis pour son ultime volume, Asolando, paru en 1889[N 8].

[modifier] La mort en Italie

La Ca' Rezzonico, à Venise, où mourut Robert Browning.

Selon certains témoignages, Browning a eu une liaison avec Lady Ashburton dans les années 1870, sans pour autant se remarier[8]. En 1878, il revient en Italie pour la première fois depuis la mort d'Elizabeth, puis y retourne à plusieurs occasions. Il meurt à 77 ans dans la maison de son fils, au palais Ca' Rezzonico de Venise en décembre 1889. Comme nombre de ses illustres confrères en littérature, il est inhumé le 31 décembre 1889[9] dans le coin des poètes de l'abbaye de Westminster, à côté d'Alfred, Lord Tennyson, l'autre grand poète anglais de l'époque victorienne.

[modifier] Le monologue dramatique

Article détaillé : Monologue dramatique.

[modifier] Un tableau, une action, des personnages

Le monologue dramatique est porté à sa perfection dans Men and Women. Un monologue dramatique a pour fonctions de dépeindre un cadre, narrer une action et révéler la personnalité du locuteur. À la différence du soliloque dans lequel le personnage, déjà connu, est censé marquer un temps d'arrêt avant une décision qui fera progresser l'action, le monologue plonge ex abrupto le lecteur dans une crise dont il ne sait rien et dont il apprendra tout.

De plus, ce personnage, soudain disert, laisse échapper, par inadvertance ou sciemment, des informations capitales le concernant, si bien que se dessinent peu à peu les contours d'une situation insolite, la plupart du temps conflictuelle. Les actions passées se voient donc rassemblées et leur apparente cohérence expliquée. C'est à un plaidoyer qu'est convié le lecteur, mais au second degré. En effet, le locuteur n'est pas seul puisqu'il s'adresse à un auditeur dont on ne voit ni n'entend rien, mais qui ne demeure pas inerte. Il écoute, certes, mais intervient aussi par des gestes ou des mimiques et, parfois, avec des mots, ces réactions ne transpirant que par les inflexions du discours monologué.

Cette pensée à haute voix ne se livre pas spontanément au fil d'associations d'idées, mais en une composition savante et structurée, qu'elle soit mise en garde, confession ou plaidoirie. De ce fait, l'auditeur, témoin privilégié, peut lui-même devenir acteur du drame, parfois victime potentielle, mais, le plus souvent, il est conduit à jouer le rôle d'un juré virtuel.

Les personnages choisis par Browning sont souvent de morale douteuse, voire atteints de troubles psychotiques extrêmes ayant conduit jusqu'au crime. Tout l'art du poète consiste à présenter le cas de telle façon que l'auditeur puisse, à certains moments, ressentir de la crainte ou de la pitié, peut-être de l'estime et de l'indulgence pour ce pervers dont l'habile rhétorique trouble le jugement et l'appréciation des faits, voire suscite l'admiration, ne serait-ce que pour la perfection de son discours.

[modifier] My Last Duchess ou l'innocence assassinée

Portrait de Lucrezia de’ Medici, par le Bronzino : le modèle de My Last Duchess ?
Le froid discours du paranoïaque

Le monologue dramatique le plus réussi est sans doute l'un des plus courts, My last Duchess (Ma dernière duchesse), cf.infra, d'abord publié dans le recueil Dramatic Lyrics de 1842, puis repris en 1845. Le duc de Ferrare (Ferrara), aristocrate raffiné du XVIe siècle, amateur d'art au goût expert, s'adresse, c'est lui qui le laisse entendre, à l'émissaire venu négocier les termes de son prochain mariage. Devant le portrait en pied de sa jeune et lumineuse épouse, sans doute une fresque peinte sur le mur, il révèle peu à peu, par des allusions furtives et savamment contrôlées, placées à des points stratégiques de son discours, sans que jamais le moindre mot direct ou cru ne soit prononcé, qu'il est à l'origine de sa mort, directement ou indirectement[10].

La mégalomanie silencieuse

Le crime de sa jeune épouse ? La vivacité innocente, cela même qui avait d'abord séduit, manifestée juste un peu trop spontanément lors des séances de pause, et son amour de la beauté des couchants ou d'un rameau de cerisier, le bonheur de gambader avec sa mule blanche. Ainsi, cet esthète accompli laisse entrevoir toute la noirceur de son caractère, une mégalomanie silencieuse ne tolérant rien qui puisse lui porter ombrage. La dernière duchesse, dernière en date car de précédentes ont peut-être subi le même sort et, on le sait maintenant, une autre s'apprête à la remplacer, aura été réduite à une œuvre d'art décorative et muette, embellissant l'immense salon aux bronzes somptueux, et cela pour avoir péché d'être elle-même. Certains critiques ont vu dans ce portait d'évidentes connotations sexuelles : la jeune femme, dans son appétit de vie, exprimerait une liberté de désirs dont le duc ne saurait s'accommoder.

Un être en grâce

C'est sans doute aller trop loin[11] : Browning pensait plutôt à la fraîcheur innocente et au charme naturel d'un être en état de grâce. À la fin de son exposé, le duc retourne calmement et avec une exquise courtoisie à ses invités qui attendent en bas, non sans commenter au passage la rareté précieuse du Neptune d'un maître autrichien. [N 9]

[modifier] My Last Duchess, Dramatic Lyrics, 1842.

(Écrit en pentamètres iambiques rimés selon le schéma [a, a], [b, b], [c, c], etc., qui, dans le genre dramatique, porte le nom de « heroic couplet » (« distique héroïque »)[12].

My Last Duchess.
That's my last Duchess on the wall,
Looking as if she were alive. I call
That piece a wonder, now; Fra Pandolf's hands
Worked busily a day, and there she stands.
Will't please you sit and look at her?
I said 'Fra Pandolf' by design, for never read
Strangers like you that pictured countenance,
The depth and passion of its earnest glance,
But to myself they turned (since none puts by
The curtain I have drawn for you, but I)
And seemed as they would ask me, if they durst,
How such a glance came there; so, not the first
Are you to turn and ask thus. Sir, 'twas not
Her Husband's presence only, called that spot
Of joy into the Duchess' cheek; perhaps
Fra Pandolf chanced to say "Her mantle laps
Over my lady's wrist too much", or "Paint
Must never hope to reproduce the faint
Half-flush that dies along her throat"; such stuff
Was courtesy, she thought, and cause enough
For calling up that spot of joy. She had
A heart—how shall I say?—too soon made glad,
Too easily impressed; she liked whate'er
She looked on, and her looks went everywhere.
Sir, 'twas all one! My favour at her breast,
The dropping of the daylight in the West,
The bough of cherries some officious fool
Broke in the orchard for her, the white mule
She rode with round the terrace—all and each
Would draw from her alike the approving speech,
Or blush, at least. She thanked men,—! Good! but thanked
Somehow—I know not how—as if she ranked
My gift of a nine-hundred-years-old name
With anybody's gift. Who'd stood to blame
This sort of trifling? Even had you skill
In speech—(which I have not)—to make your will
Quite clear to such an one, and say, "Just this
Or that in you disgusts me; here you miss,
Or there exceed the mark"—and if she let
Herself be lessoned on, nor plainly set
Her wits to yours, forsooth, and made excuse,—
E'en then would be some stooping; and I chose
Never to stoop. Oh sir, she smiled, no doubt,
Whene'er I passed her; but who passed without
Much the same smile? This grew, I gave commands;
Then all smiles stopped together. There she stands
As if alive. Will't please you rise? We'll meet
The company below, then, I repeat,
The Count your master's known munificence
Is ample warrant that no just pretence
Of mine for dowry will be disallowed;
Though his fair daughter's self, as I avowed
At starting, is my object. Nay, we'll go
Together down, sir. Notice Neptune, though,
Taming a sea-horse, thought a rarity,
Which Claus of Innsbruck cast in bronze for me!

Ma dernière Duchesse.
Voyez là sur le mur, c'est ma dernière Duchesse.
Ne la croirait-on pas vivante ? Cette œuvre
est une merveille, savez-vous ? Les mains de Frère Pandolf
se sont affairées une journée entière, et la voici, en pied.
Vous plairait-il de vous asseoir et la contempler ?
J'ai dit « Frère Pandolf » à dessein, car, voyez-vous,
aucun étranger n'a jamais lu ce visage ici peint comme vous le faites,
la profondeur, la passion, la détermination de son regard,
sans se tourner vers moi (personne d'autre ne tire le rideau,
comme je viens de le faire pour vous)
et avoir envie, l'eussent-ils osé, de demander
comment semblable regard là était venu ; vous n'êtes donc pas
le premier à poser la question. Monsieur, ce n'était pas
la seule présence de son mari qui jetait cet éclat
de joie sur la joue de la Duchesse. Peut-être
Frère Pandolf avait-il eu l'occasion de dire : « Le manteau
de Madame déborde sur son poignet » ou « Le peintre
ne peut espérer reproduire ce léger
rosissement qui se meurt au bas de sa gorge ».
Pure courtoisie, pensait-elle,
assez pour susciter cet éclat de joie. Son cœur,
comment dirai-je ? se réjouissait bien vite,
était trop aisément touché ; tout ce qu'elle regardait,
elle l'appréciait et ses yeux partout vagabondaient.
Monsieur, c'était du pareil au même ! Ma sollicitude sur son sein,
le couchant du soleil à l'ouest,
le rameau de cerisier qu'un sot empressé
lui avait coupé dans le verger, la mule blanche
qu'elle montait sur la terrasse, tout cela, chacune
de ces petites choses appelait sur ses lèvres la même approbation,
ou, du moins, l'embrasement de la joue. Elle remerciait les hommes,
fort bien ! Mais ses mercis, je ne sais trop, c'était comme si
mon don d'une lignée de neuf siècles, elle le mettait au même rang
que celui de tout un chacun. Qui se serait dressé pour blâmer
semblable broutille ? Eussiez-vous la facilité d'expression -
dont je suis bien incapable - pour lui signifier
votre volonté et dire : « Ceci,
cela en vous me déplaît jusqu'au dégoût ; voyez-vous, ici,
vous dépassez les bornes, et là vous ne les respectez pas,
si elle se fût laissé sermonner et n'eût fait assaut d'esprit
avec vous et, parbleu ! eût su dire ses excuses,
c'eût été encore s'abaisser et j'ai comme principe
de ne jamais m'abaisser. Oh, Monsieur, bien sûr, elle souriait
à mon passage, mais qui donc passait sans
que naquît ce même sourire ? Cela empira ; je donnai mes ordres.
Tous les sourires s'arrêtèrent, à jamais. Et la voici,
comme vivante. Vous plairait-il de vous lever ? Allons à la rencontre
de mes hôtes en bas. Je répète donc
que les largesses bien connues de votre maître le Comte
sont garantie suffisante que mes prétentions
concernant la dot ne seront pas repoussées,
bien que la personne de sa gente fille soit, comme je l'ai stipulé
dès le départ, mon seul objet. Non, non, descendons
ensemble, Monsieur. Voyez ce Neptune, cependant,
domptant un morse marin. Pièce d'exception, pense-t-on,
que Claus d'Innsbrück a coulé dans le bronze pour moi.

[modifier] Fra Lippo Lippi ou le moine-peintre prophète de vie

Auto-portrait de Fra Lippo Lippi (à droite), avec deux de ses élèves (Funérailles de la Vierge, fresque de la cathédrale de Spolète).

Démarche inverse et tout aussi savante, Fra Lippo Lippi, peintre italien du XVe siècle, qui parle d'abondance et avec une verve exubérante à un auditeur silencieux qu'il emmène dans les dédales de sa vie et de sa création artistique. C'est un personnage à la conduite et la morale douteuses, du moins si l'on s'en tient à la norme acceptée, celle de l'Église dont il fait partie. Peu à peu, cependant, le lecteur est conduit à découvrir en lui, toujours de façon oblique, un amour de la vie, une liberté d'esprit et un humour truculent qui le rendent non pas vertueux mais débordant de bonté naturelle et de générosité. En creux se dessine alors un tableau plutôt sombre et malfaisant de l'institution qui l'utilise et le mutile. L'orthodoxie est renversée de son piédestal et le rebelle qu'elle réprime devient un héros aux accents prophétiques.

[modifier] The Ring and the Book ou « l'épopée du XIXe siècle »

Article détaillé : L'Anneau et le Livre.
Une promenade providentielle

Par une belle journée de juin 1860, à Florence, Robert Browning achète à un bouquiniste de la place San Lorenzo un « vieux livre, jaune, carré », petit in-quarto aux plats de vélin ridé.

Ce « Vieux Livre Jaune » concerne l’affaire Franceschini, procès pour meurtre tenu à Rome en 1698 : dépositions, témoignages, attestations, lettres, plaidoiries, jugement, etc. Vingt et une séries de documents rassemblés par un avocat florentin, Cencini, qui les a fait relier : « Exposé de tous les faits de la cause criminelle contre Guido Franceschini, noble homme d’Arezzo, et ses soudards, qui furent mis à mort à Rome le 22 février 1698, le premier par décollation, les quatre autres par la potence. Affaire criminelle à Rome. Où on dispute de savoir si et quand un mari peut tuer sa femme adultère sans encourir la peine habituelle. »

Une affaire à échos

Robert Browning se passionne parce que l’histoire de la fuite du beau prêtre Caponsacchi et de la jeune Pompilia, tentant d’échapper au terrible Guido Franceschini, fait écho à sa propre hardiesse, lorsqu’il a enlevé Elizabeth Barrett. De plus, l’histoire de ce triple meurtre aborde des thèmes qui lui sont chers : l'amour, la jalousie, la violence, la justice, la mort et aussi le témoignage, la relativité des points de vue. Soutenu par son ami Thomas Carlyle, il entreprend l’écriture de son poème à Londres à l’automne 1864, trois ans après la mort de sa femme, e til y travaille pendant près de quatre années, alternant les phases de recherches et d’écriture.

Douze monologues

Dans le premier, « L’Anneau et le Livre », le poète expose les faits, son projet et sa méthode. Suivent dix monologues donnant voix successivement au peuple de Rome, partagé entre les partisans de l’assassin et ses accusateurs, la noblesse romaine et ses dignitaires, le comte Guido Franceschini, mari cruel et jaloux, qui a assassiné Pompilia et ses parents, Violante et Pietro Comparini, le jeune prêtre Giuseppe Caponsacchi qui a tenté, en vain, de sauver la jeune femme, Pompilia elle-même, qui agonise quatre jours durant, après avoir reçu vingt-deux coups de poignard, et se confesse sur son lit de mort, les avocats des deux parties, Arcangeli et Bottini, qui s’affrontent à coups de prouesses rhétoriques et multiplient les arguties, enfin le vieux pape Innocent XII en personne, dernier recours pour sauver la tête de l’assassin et de ses quatre complices. La voix du poète résonne à nouveau dans le douzième et dernier livre, « Le Livre et l’Anneau », avant de s’éteindre sur un hommage à sa femme, la poétesse Elizabeth Barrett Browning.

Une réception enthousiaste

Le lecteur se passionne pour l'affaire criminelle, dont les zones d’ombre s’éclairent d’un monologue à l’autre. Il est porté par l’ampleur et le souffle de l’expression poétique, l’intensité et l’originalité de la narration, le grotesque et l’humour autorisant une respiration là où la tension devient insoutenable.

Comme l'écrit Gilbert Keith Chesterton en 1903 : « Dans son essence, L’Anneau et le Livre est le grand poème épique du XIXe siècle » ; mais c’est aussi, avant l’heure, un étonnant roman policier, dont la technique narrative préfigure William Faulkner ». Henry James, lui, résume ainsi le foisonnement du livre : « L'Anneau et le Livre est tellement vaste et d'une construction tellement gothique, se déployant et s'élevant et se ramifiant à une telle échelle, couvrant un tel domaine, dressant tant de pinacles et de tours et d'audacieuses excroissances, plantant si solidement ses transepts et chapelles et portiques, son énormité compacte ou son abondance démesurée, que, lors de toute première approche, nous ne pouvons que marcher autour, lentement, vaguement, avec une certaine perplexité, et nous demandant en quel point nous ferions mieux de tenter une entrée qui économisera nos pas et allègera notre incertitude, qui nous permettra le mieux d'atteindre notre chaise personnelle, notre chapelle ou notre autel attribués, une fois à l'intérieur ».[13].

[modifier] L'exubérance grotesque, la divine prolifération

John Donne (1572-1631), un modèle pour Robert Browning
L'« obscurité » de l'œuvre de Browning

Les monologues dramatiques de Browning se caractérisent presque tous par leur longueur et leur difficulté. Les vers sont souvent obscurs, le cheminement de la pensée reste ardu à suivre, les allusions historiques, littéraires et philosophiques exigent une grande érudition.

Selon une anecdote, peut-être apocryphe mais significative, Browning répondit à une admiratrice qui l'interrogeait sur le sens d'un de ses poèmes particulièrement obscur[14] :

« When that poem was written, two people knew what it meant — God and Robert Browning. And now God only knows what it means (« Lorsque ce poème fut écrit, deux personnes savaient ce qu'il voulait dire — Dieu et Robert Browning. Et maintenant, Dieu seul sait ce qu'il veut dire »). »

Sa puissance expressive

Cela dit, ces monologues dramatiques foisonnent d'une vie exubérante qui anime en particulier les choses de la nature, pullulement des herbes, prolifération végétale grignotant inexorablement le paysage, formes marines et tentacules grotesques[15] d'une force se jouant des obstacles et des restrictions que l'homme civilisé s'acharne à lui imposer.

Ces poèmes, que le public victorien a souvent considérés comme inhabituels, voire résolument expérimentaux, s'inspirent beaucoup par leur style de la poésie dite métaphysique du XVIIe siècle anglais. Browning aimait particulièrement John Donne et la savante brusquerie de ses attaques de phrase, la truculence mesurée de son franc parler populaire, l'irrégularité calculée du rythme imposé à ses vers. Mais là s'arrête la comparaison : point de savantes métaphores filées (conceit) chez Browning, cet acrobatique jeu de l'esprit. À lui, l'ouverture aventureuse vers le large, les avancées tentaculaires vers les forces de l'être, les allures du prophète célébrant l'appétit de vie, la prodigieuse confiance en la divinité qui impulse aux êtres de la nature un dynamisme conquérant.

[modifier] Place de Robert Browning dans la littérature anglaise

Suggestions sur les développements possibles (cf Discussion SVP).

[modifier] Les influences reçues

En construction

[modifier] En provenance du passé

Il est difficile de déterminer avec précision les influences reçues par Robert Browning. La diversité de sa culture, ses multiples intérêts, son érudition constituent un réseau d'une exceptionnelle densité.

L'Antiquité gréco-latine,

le Moyen Âge et la Renaissance,

les poètes métaphysiciens du XVIIIe siècle

(à suivre)

[modifier] En provenance de son époque

Interaction avec Elizabeth Barrett Browning

Browning a été inspiré par l'amour partagé avec son épouse. Ainsi, dans Men and Women (« Hommes et femmes »), se trouvent plusieurs poèmes chantant les vicissitudes du sentiment. Love among the Ruins (« L'amour parmi les ruines »), bien que passionnel, dénonce l'infirmité de la volonté qui conduit à l'échec ; By the Fireside (« Au coin du feu ») célèbre l'amour conjugual (vers 21 : My perfect wife, my Leonor [« Mon épouse parfaite, ma Léonore »]) ; Two in the Campagna (« À deux dans la campagne italienne ») laisse à voir, au delà de l'union des cœurs, la « fusion » métaphysique des âmes ; Any Wife to any Husband (« Une femme à un mari ») pose le problème de la fidélité chez l'homme et la femme et conclut à la supériorité de la nature féminine ; enfin, dans One Word More (« Un mot de plus »), Browning prend directement la parole et exalte la suprématie de l'amour, qui triomphe du passé, de la vieillesse et de la mort.

L'ère victorienne, l'âge ingrat de la poésie anglaise
Alfred Tennyson en 1875. L'une des autres grandes figures de la poésie de l'ère victorienne.

L'époque victorienne proprement dit n'est pas l'âge d'or de la poésie anglaise. Seuls subsistent après la sanction de la postérité, Alfred Tennyson, Robert Browning, Elizabeth Barrett Browning et Matthew Arnold. Encore ce dernier est-il, du moins pour le moment car les réévaluations sont toujours possibles, en retrait par rapport, surtout, aux deux premiers cités.

Les raisons de ce semi déclin sont assez difficiles à cerner : sans doute la gloire acquise dès l'extrême fin du XVIIIe siècle [16], et au début du XIXe par les « jeunes » romantiques[17] ne laissent guère de place aux successeurs, à moins qu'ils ne fassent preuve d'une originalité totale. La mode est au roman qui, grâce au système de la serial publication by instalments (« publication en feuilletons ») et le succès des circulating libraries (« bibliothèques mobiles »), connaît un essor extrêmement important. Les poètes écrivent mais ne font qu'imiter les innovateurs ayant instauré une révolution culturelle, avec Gœthe, puis, un peu plus tard, les poètes français, d'une amplitude telle qu'elle bouleverse les schémas anciens et modèle encore notre sensibilité et nos goûts.

De plus, « l'époque victorienne » ne coïncide pas avec le règne de la souveraine qui est très long, de 1837 à 1901. À son accès au trône, le romantisme est encore vigoureux, quoique ses survivants les plus prestigieux, William Wordsworth en particulier, entament leur déclin, mais bien avant le tournant du siècle, d'autres mouvements poétiques ont pris le relais, avec des buts différents et des esthétiques nouvelles. C'est ainsi qu'ont jailli de grands poètes originaux mais qu'on ne saurait qualifier de « victoriens ».

Dans ce contexte, l'œuvre de Robert Browning tient une place à part. Le choix des sujets, le genre choisi pour les exploiter, la langue, le style, la versification, tout cela est marqué au coin par l'originalité. À bien des égards, Browning est un poète sans réel prédécesseur et sans successeur direct.

À suivre

[modifier] L'héritage de Robert Browning

Ezra Pound, T.S. Eliot

[modifier] Robert Browning dans la culture populaire

Love among the Ruins, tableau de Edward Burne-Jones illustrant le premier monologue dramatique de Men and Women (« Hommes et Femmes »)
Jacques Demy, qui tourna en 1972 The Pied Piper of Hamelin, d'après Robert Browning, avec Donovan et Donald Pleasence
Peinture 

L'œuvre de Robert Browning inspira certains peintres, tel Edward Burne-Jones, dont le tableau Love among the Ruins est inspiré d'un poème de Robert Browning tiré de Men and Women.

Cinéma 

Dans le domaine cinématographique, d'assez nombreux films ont été réalisés sur la base de la vie ou de l'œuvre de Robert Browning[18] :

  • The Barretts of Wimpole Street : la première version date de 1934 avec Fredric March dans le rôle de Robert Browning et Norma Shearer dans celui d'Elizabeth Barrett Browning. Une reprise a été faite avec Basil Rathbone et Katharine Cornell, et une autre en 1957 avec John Gielgud et Jennifer Jones.
  • Pipa passes, or, The Song of Conscience, film de 1909, dirigé par D. W. Griffith ;
  • Blot in the Scutcheon, film de 1912, dirigé par D. W. Griffith ;
  • James Lee's Wife, film de 1913 dirigé par Loïs Weber ;
  • Women and Roses, film de 1914 dirigé par Wallace Reid ;
  • The Ring and the Book, film de 1914 ;
  • Flight of the Duchess, the 1916 Eugene Nowland comedy ;
  • Child of M'sieur, film de 1919, dirigé par Harrish Ingraham ;
  • Light Woman, film de 1920 dirigé par George L. Cox ;
  • The Pied Piper of Hamelin (Le joueur de pipeau de Hamelin) est l'œuvre de Robert Browning qui a été le plus souvent portée à l'écran :

[modifier] Œuvres

Le troubadour Sordello, par Gustave Doré
The Pied Piper of Hamelin, (« Le joueur de pipeau d'Hamelin »), illustré par Kate Greenaway

[modifier] Poésies et drames

À faire : ajouter la traduction en français

  • Pauline : A Fragment of a Confession (« Fragment de confession ») (1833)
  • Paracelsus (1835)
  • Strafford (pièce) (1837)
  • Sordello (1840)
  • Bells and Pomegranates (« Clochettes et grenades »), No. I, «  Pippa Passes » (« Pippa passe ») (pièce) (1841)
  • Bells and Pomegranates, No. II, « King Victor and King Charles » (« Le roi Victor et le roi Charles ») (pièce) (1842)
  • Bells and Pomegranates, No. III, « Dramatic Lyrics » (1842)
    • Porphyria's Lover ("« L'aman de Porphyria »)
    • Soliloquy of the Spanish Cloister (« Soliloque du cloître espagnol »)
    • My Last Duchess (« Ma dernière duchesse »)
    • The Pied Piper of Hamelin (« Le joueur de pipeau d'Hamelin »)
    • Johannes Agricola in Meditation (« Johannes Agricola médite »)
  • Bells and Pomegranates, No. IV, « The Return of the Druses » (« Le retour des Druses ») (pièce) (1843)
  • Bells and Pomegranates No. V, « A Blot in the Scutcheon » (pièce) (1843)
  • Bells and Pomegranates No. VI, « Colombe's Birthday »(« L'anniversaire de Colombe ») (pièce) (1844)
  • Bells and Pomegranates No. VII, « Dramatic Romances and Lyrics » (1845)
    • The Laboratory (« Le laboratoire »)
    • How They Brought the Good News from Ghent to Aix" (« Comment ils apportèrent la bonne nouvelle de Ghent à Aix »)
    • The Bishop Orders His Tomb at Saint Praxed's Church (« L'évêque commande sa tombe à l'église de Saint Praxed »)
  • Bells and Pomegranates, No. VIII, « Luria » and « The Soul's Tragedy » (« La tragédie de l'âme ») (pièces) (1846)
  • Christmas-Eve and Easter-Day (« Veille de Noël et jour de Pâques ») (1850)
  • [[Men and Women]] (« Hommes et femmes »)(1855)
    • Love Among the Ruins (« L'amour parmi les ruines »)
    • Two in the Campagna
    • The Last Ride Together
    • A Toccata of Galuppi's
    • Childe Roland to the Dark Tower Came
    • Fra Lippo Lippi
    • Andrea Del Sarto
    • The Patriot/ An Old Story
    • A Grammarian's Funeral
    • An Epistle Containing the Strange Medical Experience of Karshish, the Arab Physician
  • Dramatis Personae (1864)
    • Caliban upon Setebos
    • Rabbi Ben Ezra
  • The Ring and the Book (1868-1869)
  • Balaustion's Adventure (1871)
  • Prince Hohenstiel-Schwangau, Saviour of Society (1871)
  • Fifine at the Fair (1872)
  • Red Cotton Night-Cap Country, or, Turf and Towers (1873)
  • Aristophanes' Apology (1875)
  • The Inn Album (1875)
  • Pacchiarotto, and How He Worked in Distemper (1876)
  • The Agamemnon of Aeschylus (1877)
  • La Saisiaz and The Two Poets of Croisic (1878)
  • Dramatic Idylls (1879)
  • Dramatic Idylls: Second Series (1880)
  • Jocoseria (1883)
  • Ferishtah's Fancies (1884)
  • Parleyings with Certain People of Importance In Their Day (1887)
  • Asolando (1889)

[modifier] Correspondance

  • Letters from Robert Browning, Collected By Thomas J. Wise (1933)
  • Lettres (1933)
  • New Letters from Robert Browning (1950)
  • Dearest Isa: Browning's Letters to Isa Blagden (1951)
  • Browning to His American Friends (1965)
  • Learned Lady: Letters from Robert Browning to Mrs. Thomas Fitzgerald 1876-1889, (1966)
  • The Letters of Robert Browning and Elizabeth Barrett, 1845-1846 (1969)
  • Thomas Jones, The Divine Order: Sermons (1884)

[modifier] Œuvres disponibles en français

  • Hommes et Femmes, (Men and Women), Poèmes choisis, Édition bilingue, Introduction et traduction par Louis Cazamian, Paris, Fernand Aubier, Éditions Montaigne, 1938.
  • Le joueur de pipeau d'Hamelin, illustrations de Kate Greeneway, École des Loisirs, Paris, 2005.
  • L'Anneau et le Livre (1868-1869), édition bilingue, traduction et étude documentaire par Georges Connes, préface de Marc Porée, Le Bruit du temps, Paris, 2009.

[modifier] Enregistrement de la voix de Robert Browning

La voix de Robert Browning a été enregistrée avec un phonographe à rouleau Edison lors d'un dîner donné le 7 avril 1889 chez le peintre Rudolph Lehman. Browning récite un extrait de "How They Brought the Good News from Ghent to Aix" et on y entend ses excuses quand il oublie certaines parties du texte[19] Cet enregistrement, qui existe toujours, fut à nouveau offert en 1890, le jour anniversaire de sa mort, à l'occasion d'un hommage rendu par ses admirateurs, et l'on put dire que c'était la première fois qu'on entendait une voix venue d'outre-tombe[20][21].

[modifier] Annexes

[modifier] Bibliographie

Tâche à accomplir : finir de traduire les titres.

[modifier] Ouvrages

  • (en) (en) G. K. Chesterton, Robert Browning, Macmillan Interactive Publishing, décembre 1951, 214 p. (ISBN 978-0333021187)  (date de première publication : 1903).
  • (en) C. H. Herford, Robert Browning, 1905.
  • (en) H. W. Griffin et H. C. Minchin, Life of Robert Browning (« Vie de Robert Browning »), 1936.
  • (en) Poems by Robert Browning (« Poèmes de Robert Browning ») at Poetry Foundation.org.
  • (en) The Brownings: A Research Guide (« Les Browning, Guide de recherche »), Baylor University.
  • (en) Works by Robert Browning (« Œuvres de Robert Browning ») en e-book.
  • (en) An analysis of "Home Thoughts, From Abroad" (« Analyse de "Nouvelles du pays, depuis l'étranger").
  • (en) William Clyde DeVane, A Browning handbook (« Manuel Browning »), 2nd. Ed., Appleton-Century-Crofts, 1955.
  • (en) W. D. Shaw, The Dialectical Temper (« Le tempérament dialectique »), 1968.
  • (en) R. A. King, The Bow and the Lyre (« L'arc et la lyre »), 1957, et The Focusing Artifice (« L'artifice du gros-plan ») , 1969.
  • (en) Philip Drew, The poetry of Robert Browning, A critical introduction (« La poésie de Robert Browning, Introduction critique ») , Methuen, 1970.
  • (en) Thomas Rain, Browning for Beginners (« Browning pour les débutants »), 1973
  • (en) Daniel Karlin, The courtship of Robert Browning and Elizabeth Barrett (« »). Oxford, 1985.
  • (en) Philip Kelley et al. eds, The Brownings' correspondence. 15 vols. to date, Wedgestone, 1984, « Complete letters of Elizabeth Barrett Browning and Robert Browning, so far to 1849 « (« Correspondance complète d'Elizabeth Barret Browning et Robert Browning jusqu'en 1849 »).
  • (en) John Maynard, Browning's youth (« La jeunesse de Browning »). Harvard University Press, 1977.
  • (fr) Bernard Brugière, L'univers imaginaire de Robert Browning, Kiencksiek, Paris, 1979.
  • (en) Jakob Korg, Browning and Italy (« Browning et l'Italie »), 1983.
  • (en) John Woolford, Browning the Revisionary (« Browning et la remise en question »), 1988.
  • (en) Henry Jones, Browning As a Philosophical & Religious Teacher (« Browning, le maître de philosophie et de théologie »), 1989.
  • (en) P. Pathak, The Infinite Passion of Finite Hearts (« L'infini de la passion et la finitude des cœurs »), 1992[N 10].
  • (en) Mary Ellis Gibson, Critical Esays on Robert Browning (« Essais critiques sur Robert Browning », 1992.
  • (en) Gerdrude Reese Hudson, Robert Browning's literary life from first work to masterpiece (« La vie littéraire de Robert Browning de ses débuts à ses chefs d'œuvre »), Texas, 1992.
  • (en) Julia Markus, Dared and Done: The Marriage of Elizabeth Barrett and Robert Browning (« Ils l'ont osé et ils l'ont fait : le mariage d'Elizabeth Barrett et de Robert Browning »), 1995.
  • (en) Martin Garrett, A Browning chronology (« Chronologie concernant Browning »), 1999, et Elizabeth Barrett Browning and Robert Browning, 2002.
  • (en) Adam Roberts, Robert Browning, 1997.
  • (fr) Henry James, Sur Robert Browning : la vie privée, suivie de deux essais, traduit par Jean Pavans, Le Bruit du temps, 2009, ISBN: 978-2-35873-003-7.

[modifier] Documents en ligne

  • (en) Works by Robert Browning (« Ouvrages de Robert Browning ») at Project Gutemberg, 135 poems of Robert Browning, Poetry Archive (« Projet Gutemberg, archive poétique : 135 poèmes de Robert Browning »).
  • (en) The Barretts of Wimpole Street (« Les Barretts de Wimpole Street »), Internet Movie Database.
  • (en) A recording of Browning reciting five lines from How They Brought the Good News from Ghent to Aix (Enregistrement de Browning récitant cinq vers de How They Brought the Good News from Ghent to Aix [« Comment ils portèrent la bonne nouvelle de Ghent à Aix »])

[modifier] Association

  • (en) The Browning Society (Association « Les Amis de Browning »), fondée en 1881.
  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu d’une traduction de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Robert Browning »..

[modifier] Notes

  1. The Ring and the Book comprend plus de 20 000 vers, poème qui connait pourtant une grande popularité.
  2. Du latin inconditus, a, um, « inorganisé, informe », refrains en vers informes que les soldats chantaient au triomphe de leur général.
  3. Vers blancs, pentamètres iambiques (u —, non accentué, accentué), de dix syllabes, non rimés.
  4. Mrs Carlyle trouve le poème intéressant, mais souhaite savoir « […] si Sordello est un homme, une cité ou un livre ». Alfred Tennyson, lui, écrit que le premier vers : Who will, may hear Sordello's story told (« Qui le veut, peut entendre le récit de l'histoire de Sordello ») et le dernier : Who would, has heard Sordello's story told (« Qui l'a voulu, a entendu le récit de l'histoire de Sordello ») sont « […] les seuls qu'il ait compris et que ce sont deux mensonges ».
  5. Dans Lady Geraldine's Courtship (« La cour faite à Lady Geraldine »), Elizabeth Barrett écrit qu'elle a lu « […] from Browning some Pomegranate, which, if cut deep down the middle / Shows a heart within blood-tinctured, of a veined humanity » (« […] de Browning une Grenade qui, coupée jusqu'au cœur en son milieu, / Montre au tréfonds un cœur teinté de sang, et veiné d'humanité »).
  6. La Casa Guidi est aujourd'hui propriété de Eton College qui y entretient un petit musée.
  7. night cap signifie aussi « le petit coup de whisky d'avant le coucher ».
  8. L'épilogue de ce recueil décrit la vie comme a fight and a march (« un combat et une marche »), ce dernier mot dénotant le défilé et l'avancée militaires.
  9. Référence historique : Browning semble s'être inspiré d'Alfonso II qui régna sur Ferrare de 1559 à 1597. Alfonso se maria trois fois et n'eut pas d'enfant. Pour la « dernière duchesse », il aurait pensé à Lucrezia de' Medici, fille de Cosimo de' Medici (1519-1574), Duc de Florence de 1537 à 1574 et Grand Duc de Toscane de 1569 à 1574. Cette duchesse décéda en effet dans des circonstances suspectes, peut-être empoisonnée, le 21 avril 1561, deux ans après son mariage. L'émissaire du Comte de Tyrol, qui ne joue aucun rôle autre que d'écouter et, semble-t-il, de poser une question, à moins que ce ne soit le duc qui, en disant ask thus (« ainsi demandez », devance ou manipule son interlocuteur, a été identifié comme étant Nikolaus Madruz, d'Innsbrück, ce qui ajoute à la signification des derniers mots attirant l'attention sur un bronze coulé en cette ville. Fra Pandolf, qui a réalisé le portrait de la duchesse, n'a pas d'existence historique, non plus que Claus von Innsbruck, le sculpteur. Le bronze de Neptune domptant un morse (sea horse) symbolise le duc réduisant sa jeune épouse à un objet dont il disposera à sa guise.
  10. Ce titre est emprunté à la dernière strophe (XII) de Two in the Campagna de Robert Browning, « Just when I seemed about to learn! / Where is the thread now? Off again! / The old trick! Only I discern-- / Infinite passion, and the pain / Of finite hearts that yearn ».

[modifier] Références

  1. Brugière, p. 38.
  2. G. K. Chesterton, 1951, page 3.
  3. Brugière, p. 35.
  4. G. K. Chesterton, 1951, page 12.
  5. Courte biographie de Robert Browning sur non-plagiarized-termpapers.com (consulté le 9 juin 2009).
  6. G. K. Chesterton, 1951, page 26.
  7. G. K. Chesterton, 1951, page 41.
  8. Brugière, p. 281.
  9. Le Figaro, édition du 1er janvier 1890.
  10. Analyse du poème My Last Duchess.
  11. Réfutation de l'idée que la Duchesse aurait pu avoir un comportement libertin.
  12. Texte de My Last Duchess.
  13. Le roman dans L'Anneau et le Livre, in Henry James : Sur Robert Browning, Le Bruit du temps, 2009.
  14. G. K. Chesterton, 1951, page 2.
  15. G. K. Chesterton, 1951, pages 150 et 151.
  16. 1798 : publication des Lyrical Ballads (« Ballades lyriques ») par William Wordsworth et Samuel Taylor Coleridge
  17. John Byron, John Keats, Percy Bysshe Shelley, puis Robert Southey, devenu « poète-lauréat », suivi par Wordsworth vieillissant, élevé à la même dignité.
  18. Film Databe, CITWF. Consulté le 5 avril 2009
  19. [1] Poetry Archive, retrieved May 2, 2009.
  20. Ivan Kreilkamp, "Voice and the Victorian storyteller", Cambridge University Press, 2005, page 190. ISBN 0521851939, 9780521851930. (Consulté le 5 mai 2009).
  21. [2]"The Author," Volume 3, January-December 1891. Boston: The Writer Publishing Company. "Personal gossip about the writers-Browning", page 8. (Consulté le 5 mai 2009).

[modifier] Articles connexes

[modifier] Liens externes

Wikimedia Commons propose des documents multimédia libres sur Robert Browning.

Ce document provient de « http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Browning ».
Créer un livre