Canular du Dreadnought

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Les participants au canular. À l'extrême gauche : Virginia Woolf. À l'extrême droite : Cole.

Le canular du Dreadnought fut une grosse farce organisée par Horace de Vere Cole en 1910. Cole réussit à tromper la Royal Navy, qui fit visiter le navire amiral, le HMS Dreadnought, à une soi-disant délégation de la famille royale d'Abyssinie. Le canular attira l'attention en Grande-Bretagne sur l'apparition du Bloomsbury Group.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Cinq amis de Cole participaient avec lui au canular : l'écrivain Virginia Stephen (la future Virginia Woolf), son frère Adrian Stephen, Guy Ridley, Anthony Buxton et l'artiste Duncan Grant ; ils s'étaient déguisés en se noircissant la peau et en s'affublant de turbans. C'était ce déguisement qui gênait le plus, du fait qu'il était impossible à la « famille royale » de manger quoi que ce fût sous peine de faire partir le maquillage. Adrian Stephen avait pris le rôle de « l'interprète ».

Le 10 février 1910, l'affaire commença. Cole fit envoyer par un complice un télégramme au HMS Dreadnought, à ce moment amarré à Weymouth, dans le Dorset. Le message indiquait que le navire devait se tenir prêt à recevoir la visite d'un groupe de princes abyssins et il était signé (faussement bien sûr) par le sous-secrétaire au Foreign Office, sir Charles Hardinge.

Cole avec son entourage se rendit à la gare de Paddington à Londres ; là il affirma qu'il était « Herbert Cholmondeley » du Foreign Office et il exigea un train spécial pour Weymouth. Le chef de gare mit à sa disposition une personne habituée à recevoir les hautes personnalités.

À Weymouth, la marine accueillit les princes avec une garde d'honneur. Malheureusement, personne n'avait trouvé un drapeau abyssin, si bien que la Royal Navy se résolut à utiliser celui de Zanzibar et à jouer l'hymne national zanzibarien. Les illustres visiteurs ne parurent pas s'en apercevoir.

Les membres de la délégation inspectèrent la flotte. Ils distribuèrent des papiers imprimés en swahili et se parlèrent entre eux en latin de cuisine. Pour montrer leur admiration, ils lançaient à haute voix des mots qu'ils inventaient. Ils demandèrent des tapis de prière et distribuèrent de fausses décorations militaires à certains officiers. Un officier qui connaissait à la fois Cole et Virginia Stephen manqua de peu de reconnaître un des deux, peut-être parce qu'il avait entendu le fort accent allemand de l'interprète, mais il se contenta de se demander, inquiet, si un espion allemand n'était pas monté à bord.

Quand ils furent revenus dans le train, Anthony Buxton éternua, ce qui fit s'envoler ses fausses moustaches, mais il réussit à les remettre avant que ce fût remarqué. Cole déclara au chef de train que ce dernier ne pourrait servir à déjeuner à la famille royale que s'il portait des gants blancs. C'était, bien sûr, pour éviter tout problème avec le maquillage.

De retour à Londres, ils révélèrent la ruse en envoyant une lettre et une photo du groupe au Daily Mirror. Ridiculisée pendant un court moment, la Royal Navy exigea l'arrestation de Cole. Cependant, Cole et ses complices n'avaient enfreint aucune loi. La Marine envoya deux officiers pour bâtonner Cole en punition, mais ce dernier fit valoir que c'étaient eux qui auraient dû recevoir des coups de bâton pour s'être laissé tromper les premiers.

Sources[modifier | modifier le code]