Ezra Pound

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Ezra Pound

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Ezra Pound photographié par Alvin Langdon Coburn le à Kensington (Londres).

Nom de naissance Ezra Weston Loomis Pound
Activités Poète, musicien, critique
Naissance
Hailey, Territoire de l'Idaho
US flag 38 stars.svg États-Unis
Décès (à 87 ans)
Venise, Vénétie
Drapeau de l'Italie Italie
Langue d'écriture Anglais, italien
Mouvement Génération perdue

Ezra Weston Loomis Pound (né à Hailey, alors dans le Territoire de l'Idaho, le – mort le à Venise) est un poète, musicien et critique américain qui a fait partie du mouvement moderniste du début des années 1920 et qui est souvent rattaché à la Génération perdue. Pound était le chef de file de plusieurs mouvements littéraires et artistiques comme l'imagisme et le vorticisme. Le critique Hugh Kenner dit après avoir rencontré Pound : « J'ai soudain pris conscience que j'étais en présence du centre du modernisme. »

Biographie[modifier | modifier le code]

De 1900 à 1905, Pound a étudié la littérature comparée à l'université de Pennsylvanie et au Hamilton College, dans l'État de New York. À cette époque, il se lie d'amitié avec William Carlos Williams et Hilda Doolittle (plus connue sous ses initiales H. D.). En 1908, il rejoint l'Europe et vit d'abord à Venise. Pendant ses études et ensuite en Europe il s'intéresse beaucoup aux troubadours et effectue de nombreuses traductions et compositions.

De 1909 à 1920, il vit, avec quelques interruptions, à Londres, où il rencontre les plus grands écrivains de langue anglaise de cette époque : James Joyce, Ford Madox Ford et Wyndham Lewis. Au début de cette période il appartient à l'imagisme[1], un mouvement littéraire qui expérimentait une langue lyrique et qui était influencé par la littérature extrême-orientale et les poèmes japonais haïku. Ce groupe publiait dans un journal The Egoist.

De la rencontre avec le sculpteur Henri Gaudier-Brzeska naquit le vorticisme, proche du futurisme italien. Le journal de ce mouvement Blast n'a eu que trois numéros.

Pendant la Première Guerre mondiale, Pound fut le secrétaire privé de son modèle William Butler Yeats en Irlande. En 1914, il se marie avec l'artiste Dorothy Shakespear. Il apprend le chinois et s'intéresse à la poésie lyrique d'Extrême-Orient et au théâtre japonais . En 1915, il commence à rédiger son œuvre maîtresse, les Cantos, à laquelle il travaillera jusqu'à sa mort.

Paris[modifier | modifier le code]

En 1920, Pound vient à Paris où il évolue dans un cercle d'artistes, de musiciens et d'écrivains, dont Jean de Bosschère, qui étaient en train de révolutionner le monde de l'art moderne[2], ou encore James Joyce[3], cercle dirigé par Sylvia Beach. Il continue à travailler sur les Cantos, long poème épique qui reflète sa préoccupation politique et économique; il écrit de la prose critique, traduit et compose deux opéras complets (avec l'aide de George Antheil) et plusieurs pièces pour violon solo. En 1922, il se lie avec la violoniste Olga Rudge. Ensemble avec Dorothy Shakespear, ils forment un ménage à trois qui a duré jusqu'à la fin de sa vie. Toujours à Paris, il fait la connaissance d'Ernest Hemingway, lequel le cite dans son dernier roman A Moveable Feast qui raconte son séjour dans la capitale française entre 1921 et 1929. Il a été probablement le premier écrivain du XXe siècle à louer l'œuvre du compositeur italien Antonio Vivaldi, longtemps négligée. Il a aussi favorisé la carrière de George Antheil et a collaboré avec lui sur de nombreux projets.

Engagement fasciste (1924 - 1945)[modifier | modifier le code]

Ezra Pound le 26 mai 1945, photographié lors de son arrestation par les forces américaines.

Dans les années précédant la Première Guerre mondiale, il commença à élaborer une voie complexe et articulée entre libéralisme et collectivisme. Cet intérêt pour la politique et l'économie s'intensifia dans les années 1930. Il publia ainsi ABC of Economics (1933), ABC of Reading (1934), Social Credit: An Impact (1935), Jefferson and/or Mussolini (1936), et A Guide to Kulchur (1938).

Après son retour en Italie en 1924, il commença à se rapprocher du fascisme, louant la réussite de Mussolini : « Le premier acte du fascisme a été de sauver l'Italie des gens trop stupides pour savoir gouverner, à savoir les communistes sans Lénine. Le second a été de la sauver des parlementaires et des groupes politiques sans morale. »[4]. Entre 1937 et 1939, ce soutien transparaît notamment dans des articles écrits pour Fascists Quarterly, l'organe du BUF[5].
En 1939, il retourna aux États-Unis pour essayer vainement de se faire médiateur entre son pays natal et son pays d'adoption en rencontrant membres du Congrès et sénateurs. Avant de repartir en Italie, il reçut néanmoins un doctorat honoris causa de l'Hamilton College.
Pendant la guerre, il anima plusieurs émissions en langue anglaise sur la radio italienne. Il y défendait le fascisme, accusait la finance internationale et les Anglo-Américains d'être la cause de la guerre et faisait de la propagande antisémite. Ces allocutions lui vaudront de devenir le l'une des huit personnes de nationalité américaine et résidentes en Europe inculpées pour trahison[6].
À la suite de son arrestation en 1945, les autorités américaines, embarrassées par son cas, préférèrent prétendre qu'il était fou[7] plutôt que le juger. Il passa ainsi treize ans dans un hôpital psychiatrique, le Saint Elizabeths Hospital, avant d’être renvoyé en Italie[8].

Venise[modifier | modifier le code]

En 1961, il retrouve Olga Rudge à Venise, au 252 Calle Querini. Il y meurt en 1972 sans avoir prononcé une seule parole durant toutes ces années[9] comme il en avait fait le vœu, à l'exception d'un entretien accordé en 1967 à Pier Paolo Pasolini[10]. Il est enterré à Venise, au cimetière de San Michele[11].

Idées[modifier | modifier le code]

Pound considérait le sexe comme un sacrement et comme une tradition ésotérique qui avait été préservée en Occident par les troubadours. Il considérait que la seule vraie religion était « la révélation faite dans les arts »[12]. Rejetant le christianisme, il le décrivait comme « une foi bâtarde conçue pour transformer de bons citoyens romains en esclaves et qui est totalement différente de celle prêchée en Palestine. Dans ce sens le Christ est complètement mort ». Pound trouvait les Églises inacceptables pour avoir touché des subsides qui auraient dû aller aux artistes, aux philosophes et aux scientifiques.

Le secret des engagements politiques de Pound et de ses théories en apparence bizarres trouvent leur source dans son intérêt pour l'occulte et le mystique, que ses biographes ont seulement récemment commencé à étudier. La naissance du modernisme de Léon Surette est peut-être la meilleure introduction à cet aspect de la pensée de Pound, depuis complétée et approfondie par l'étude de son élève Demetres Tryphonopoulos The Celestial Tradition: A Study of Ezra Pound's "The Cantos".

Concernant ses idées économiques, elles trouvaient inspiration dans le Social Credit de Clifford Hugh Douglas et s'insurgeaient notamment contre la remise de la création monétaire à la finance internationale privée.

Influence[modifier | modifier le code]

En poésie, Pound a été un des premiers à utiliser la versification libre. Il a joué un rôle majeur dans la révolution moderniste de la littérature anglaise du XXe siècle.

Comme critique et éditeur, Pound a favorisé les carrières de William Butler Yeats, Eliot, Joyce, Wyndham Lewis, Robert Frost, William Carlos Williams, H.D., Marianne Moore, Ernest Hemingway, D. H. Lawrence, Louis Zukofsky, Basil Bunting, George Oppen, Charles Olson et d'autres écrivains modernistes comme Walter Savage Landor et Gavin Douglas.

Citations[modifier | modifier le code]

« Autre point dont je suis fermement convaincu : c'est qu'il reste davantage de lambeaux de civilisation encore utilisable dans les lézardes, le foutoir, les interstices de ce monument baroque et poussiéreux [i. e. l'Église de Rome] que dans toutes les autres institutions de l'Occident. »

— La Kulture en abrégé, 1934.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

  • Eustace Mullins est un essayiste auquel Ezra Pound demanda d'enquêter sur la Réserve Fédérale américaine (FED) pendant qu'il était reclus au St Elizabeths Hospital.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

  1. Jean Weisgerber,Université libre de Bruxelles. Centre d'étude des avant- gardes littéraires, Les avant-gardes littéraires au XXe siècle, Budapest, Akademiai Kiado,‎ 1984 (ISBN 9630526670), p. 264
  2. Marcel Labine, Le Roman américain, Québec Amériques,‎ 2002 (ISBN 2764401965), p. 41
  3. Jacques Aubert,Maria Jolas, Joyce et Paris 1902... 1920-1940... 1975, Editions du CNRS,‎ 1979 (ISBN 2859391053), p. 118
  4. La Repubblica
  5. (en) Demetres P. Tryphonopoulos,Stephen J. Adams, The Ezra Pound Encyclopedia, Greenwood Press,‎ 2005 (ISBN 0313304483), p. 118
  6. (en) Gregory Peter Barnhisel, James Laughlin, New Directions Press, and the Remaking of Ezra Pound, New Directions Publishing Corp,‎ 2005 (ISBN 1558494782), p. 14
  7. (en) World War II Remembered, Kendal at Hanover Residents Association,‎ 2012 (ISBN 9780979997006, lire en ligne)
  8. J.-P. Crespelle, La vie quotidienne à Montparnasse à la grande époque (1905 - 1930), Hachette, Paris, 1976, p. 177.
  9. Jean-Luc Moreau, Dominique de Roux: Dossier, L'Age d'Homme,‎ 1997 (ISBN 2825109789), p. 248
  10. http://www.youtube.com/watch?v=jrwIbjwbT0o
  11. Source : La cité des anges déchus de J. Berendt
  12. P. Th. M. G. Liebregts, Ezra Pound and Neoplatonism,‎ 2004 (ISBN 0838640117), p. 60