Jules Laforgue

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Jules Laforgue

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Portrait photographique de Jules Laforgue (1885).

Activités Écrivain
Naissance 16 août 1860
Montevideo, Drapeau de l'Uruguay Uruguay
Décès 20 août 1887 (à 27 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Langue d'écriture français
Genres Poésie

Œuvres principales

Derniers vers
Des Fleurs de bonne volonté
L'Imitation de Notre-Dame la Lune
Les Complaintes

Jules Laforgue, né à Montevideo le 16 août 1860 et mort dans le 7e arrondissement de Paris le 20 août 1887, est un poète français. Connu pour être un des inventeurs du vers libre, il mêle en une vision pessimiste du monde mélancolie, humour et familiarité du style parlé.

Enfance[modifier | modifier le code]

Jules Laforgue et son frère aîné Émile pensionnaires au lycée de Tarbes (1868).

Né d'une famille qui avait émigré en Uruguay comme nombre de Pyrénéens espérant y faire fortune[1], il est le deuxième de onze enfants. Son père y avait ouvert un modeste établissement éducatif libre, dispensant des cours de français, de latin et grec ; après son mariage avec la fille d'un commerçant français, il se fit embaucher comme caissier à la banque Duplessis[2] et où il finit par être pris comme associé.

À l’âge de six ans, Jules vient en France avec sa mère, ses grands-parents et ses cinq frères et sœurs, s'établir dans la ville de Tarbes d’où est originaire le père. Jules et son frère aîné Émile y sont confiés à des cousins. Entre 1868 et 1875, il est pensionnaire au lycée Théophile Gautier de Tarbes et s'y révèle un assez bon élève, mais sans excellence. Il a pour répétiteur Théophile Delcassé avec qui il restera en relation.

En octobre 1876, il rejoint sa famille, revenue entre-temps d’Uruguay en mai 1875, à Paris et s'installe au 66 rue des Moines. Sa mère meurt en couches[3] en avril 1877 alors qu’il a 17 ans. Son père, souffrant, retourne à Tarbes tandis que Laforgue reste à Paris poursuivre ses études au lycée Fontanes (maintenant appelé lycée Condorcet). Le père et ses onze enfants déménagent rive gauche au 5 rue Berthollet, Émile étant inscrit à l’École des beaux-arts. Laforgue trouve en sa sœur Marie, troisième de la fratrie, une vraie confidente.

Il échoue au baccalauréat de philosophie (il aurait essayé à trois reprises), en partie à cause de sa timidité, incapable d'assurer l'oral. Il se tourne alors vers la littérature et la lecture des poètes et des philosophes en passant cinq heures par jour dans les bibliothèques et ne se nourrissant que très peu.

Un départ difficile[modifier | modifier le code]

Après ces études avortées, il mène à Paris une vie relativement difficile.

Il collabore en 1879 à sept livraisons de La Guêpe, revue éditée à Toulouse par les anciens lycéens de Tarbes, et y produit critiques et dessins légendés au ton moins comique qu'ironique, ainsi qu'au premier numéro de l'éphémère revue L'Enfer[4].

Fin 1880, il publie ses trois premiers textes dans la revue la Vie moderne[5] dirigée par Émile Bergerat qui lui en donne vingt francs.

Portrait posthume de Jules Laforgue par Félix Valloton paru dans Le Livre des masques de Remy de Gourmont (1898)

Sur la recommandation de son ami Gustave Kahn et par l’intermédiaire de Paul Bourget, alors auteur à peine connu, il devient secrétaire du critique et collectionneur d’art Charles Ephrussi, qui dirige la Gazette des beaux-arts et possède une collection de tableaux impressionnistes. Jules Laforgue acquiert ainsi un goût sûr pour la peinture. Il gagne 150 francs par mois et travaille sur une étude portant sur Albrecht Dürer que compte signer Ephrussi.

Il avait rencontré Gustave Kahn au tout début de l'année 1880 dans une réunion littéraire régulière de la rive gauche, le « Club des Hydropathes » où se croisaient Alphonse Allais, Charles Cros, Émile Goudeau, et nombre de poètes que l’on appellera plus tard les symbolistes. Kahn rapporte que Jules rencontra Stéphane Mallarmé et qu'ils s'apprécièrent[6].

Il vivait à cette époque dans une chambre meublée située rue Monsieur-le-Prince.

Gustave Kahn, encore : « [Il avait] un aspect un peu clergyman et correct un peu trop pour le milieu. (...) Je l'avais un peu remarqué à cause de sa tenue, et aussi pour cette particularité qu'il semblait ne pas venir là pour autre chose que pour écouter des vers ; ses tranquilles yeux gris s’éclairaient et ses joues se rosaient quand les poèmes offraient le plus petit intérêt... Il m'apprit qu'il voulait se consacrer à l'histoire de l'art et il méditait aussi un drame sur Savonarole. »

L’Allemagne[modifier | modifier le code]

L'impératrice Augusta

Juste au moment de la mort de son père à l'enterrement duquel il ne put assister, il part le 18 novembre 1881 pour Berlin, où il vient d'être nommé lecteur de l'impératrice allemande Augusta de Saxe-Weimar-Eisenach, âgée de 71 ans et grand-mère du futur kaiser Guillaume II. C'est par le biais d'Amédée Pigeon, précédent lecteur d'Augusta, que Jules trouva ce poste : Amédée en parla à Paul Bourget et le lien fut fait.

Avant de partir, il abandonne sa part d'héritage au profit de sa fratrie[7]. Il s'arrête dans un premier temps à Coblence au château de Stolzenfels et, de là, on le conduit à Berlin, au Prinzessinen-Palais, situé sur Unter den Linden. On lui donne un appartement situé au rez-de-chaussée et comprenant trois pièces.

Son travail consiste à lire à l’impératrice, deux heures par jour, les meilleures pages des romans français et des articles de journaux comme ceux de La Revue des deux Mondes[8]. L'usage de parler le français à la cour remonte au XVIIIe siècle.

Il s’agit d’un emploi rémunérateur, payé tous les trois mois, pour un total de 9 000 francs annuel, qui lui laisse du temps libre et qui lui permet de voyager à travers l’Europe. Augusta partait en villégiature de mai à novembre : Jules devait l'accompagner. Mais surtout, une fois cette « corvée impériale » effectuée, il se consacre à la lecture et achète de nombreux livres. Le soir, il va au cirque ou dans des cafés[9]. Laforgue ne put effectuer un seul voyage à Paris durant cette période, bien qu'il disposât d'une période de quinze jours de congés par an[10].

Ses premiers contacts avec des Français vivants à Berlin sont rares : il croise le futur correspondant musical du Temps, Th. Lindenlaub, grâce auquel il va se lier d'amitié avec le critique Teodor de Wyzewa et le jeune pianiste belge Théo Ysaÿe. Malgré cela, il éprouve le poids de l'exil, de l'ennui et de la mélancolie, comme il l'exprime dans sa correspondance avec son ami le mathématicien Charles Henry (1859-1926).

Il rédige au cours de ces cinq années une série de textes sur la ville de Berlin et la cour impériale, dont quelques-uns seront envoyés à la Gazette des beaux-arts. En mars 1885, il publie quelques-unes de ses « complaintes » dans la revue Lutèce qui seront publiées ensuite par Léon Vanier aux frais de Laforgue et dédiées à Paul Bourget. Vanier, éditeur de Paul Verlaine, publiera également L’Imitation de Notre-Dame la Lune, toujours à compte d'auteur.

En 1886, il quitte son poste de lecteur. En janvier de cette année-là, à Berlin, il rencontre une jeune Anglaise, Leah Lee, qui lui donne des cours d'anglais. Elle devient sa maîtresse puis il l'épouse le 31 décembre, à Londres. Il rentre alors à Paris. Son état de santé se dégrade rapidement : atteint de phtisie, il meurt en août 1887 à son domicile du 8, rue de Commaille ; il venait d'avoir 27 ans ; sa femme, atteinte du même mal, succombera l’année suivante.

Il avait collaboré à des revues telles que la Revue indépendante, le Décadent, la Vogue, le Symboliste, la Vie moderne, l'Illustration. Il était proche d'écrivains et de critiques comme Édouard Dujardin et Félix Fénéon.

Il jouait avec les mots et en créait fréquemment. Il dessinait. Il était un passionné de musique. Il refusait toute règle de forme pour l’écriture de ses vers. Les écrits de Jules Laforgue sont empreints d’un fort mal de vivre – son spleen –, par le sentiment de malheur et la recherche vaine de l’évasion, et témoignent au fond d'une grande lucidité.

J’aurai passé ma vie le long des quais
À faillir m’embarquer
Dans de biens funestes histoires
Tout cela pour l’amour
De mon cœur fou de la gloire d’amour
— Poème sans titre extrait du 10e texte du recueil posthume Derniers vers.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Poésie
Publications posthumes
  • Des Fleurs de bonne volonté (1890)
  • Derniers Vers de Laforgue[11] (1890)
  • Le Sanglot de la terre (1901)
  • Premiers poèmes (1903)
  • Anthologie poétique de Jules Laforgue (1952)
Traduction
Contes en prose
Varia
  • Une vengeance à Berlin[14], nouvelle, L'Illustration, 7 mai 1887
  • [Jean Vien][15], Berlin, la cour et la ville, préfacé par G. Jean-Aubry, (1922) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Stéphane Vassiliew, nouvelle, (1946)[16] Lire en ligne.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

  • Camille Mauclair[17], Jules Laforgue, préface de Maurice Maeterlinck, Paris, Mercure de France, 1896.
  • Rémy de Gourmont, Le Livre des masques. Portraits symbolistes. Gloses et documents sur les écrivains d'hier et d'aujourd'hui, illustré par Félix Vallotton, Paris, Mercure de France, 1896, p. 205-209 lire sur Gallica.
  • Gustave Kahn, Symbolistes et Décadents, Paris, Vve Léon Vanier, 1902, p. 181-189.
  • Henri Guilbeaux, Jules Laforgue, coll. « Portraits d'hier » n° 47, Paris, H. Fabre, 15 février 1911, p. 131-158.
  • « Introduction » de G. Jean-Aubry, p. IX-CXV, in Berlin, la cour et la ville par Jules Laforgue, Paris, Éditions de La Sirène, 1922.
  • François Ruchon, Jules Laforgue (1860-1887) : sa vie-son œuvre, Genève, A. Ciana, 1924.
  • Gervasio & Alvaro Guillot-Muñoz, Lautréamont et Laforgue, Montevideo, A. Barreiro y Ramos, 1925.
  • Léon Guichard, Jules Laforgue et ses poésies, Paris, Presses universitaires France, 1950.
  • Marie-Jeanne Durry, Jules Laforgue, coll. « Poètes d'aujourd'hui », Paris, P. Seghers, 1952, nombreuses rééditions.
  • (en)Warren Ramsey, Jules Laforgue and the ironic inheritance, New York, Oxford University Press, 1953.
  • Pierre Brunel, Les complaintes de Jules Laforgue, Éditions du temps, 2000.
  • Jean-Jacques Lefrère, Jules Laforgue, Paris, Fayard, 2005, 650 pages.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Signalons que Lautréamont, poète né en Uruguay, avait un père qui y travaillait en tant que diplomate dans les années 1840, et était originaire de Tarbes.
  2. qui gérait les intérêts de certains Français installés en Uruguay
  3. D'un douzième enfant qui ne survécut pas.
  4. Jean-Louis Debauve, Les pages de la Guêpe, Paris, A. G. Nizet, 1969.
  5. Les Fiancés de Noël (25 décembre 1880) ; Le Public du dimanche au Salon (4 juin 1881) ; Tristesse de réverbère (3 septembre 1881).
  6. « Les Origines du symbolisme » par G. Kahn in Revue blanche, 1er novembre 1901.
  7. D'après G. Jean-Aubry (1922), op. cit., p. XXV.
  8. Numéro du 15 novembre 1881.
  9. Le cirque Renz, le café Bauer.
  10. Jean-Aubry (et Lefrère) laissent entendre que son train de vie berlinois ne lui laissait pas grand chose à la fin de chaque trimestre : les dépenses se partageaient entre le coût de sa garde-robe et le respect de l'étiquette, à sa charge, ses dépenses nocturnes, ses achats de livres, les sommes qu'il envoyaient à sa fratrie, et surtout, l'édition de ses premiers ouvrages qu'il finança lui-même, chez Vanier, réputé dur en affaires.
  11. Publié par son ami Félix Fénéon.
  12. Publiée dans la Nouvelle Revue française en 1918.
  13. Publication posthume parue sous la direction d’Édouard Dujardin et Félix Fénéon, à la Librairie de la Revue indépendante de littérature et d'art, accompagné d'un portrait dessiné par Émile Laforgue.
  14. Reprise dans Berlin, la cour et la ville.
  15. Pseudonyme choisit par Laforgue en vue d'une publication, afin de ne pas froisser la cour et Augusta.
  16. Rédigée en 1881 et présentée par François Ruchon.
  17. Mauclair établit la première édition des « œuvres complètes » en 1902, au Mercure de France. De nombreux inédits, ainsi que sa correspondance, suivront (6 volumes, 1922-1930), puis en 1970, Pascal Pia présentera 66 poèmes inédits (Livre de Poche), et les éditions l'Âge d'homme publieront 3 volumes des Œuvres complètes entre 1986 et 2000.

Article connexe[modifier | modifier le code]

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