Delphes

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Site archéologique de Delphes *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
Sanctuaire de Delphes : théâtre et temple d'Apollon.
Sanctuaire de Delphes : théâtre et temple d'Apollon.
Coordonnées 38° 28′ 59″ N 22° 30′ 04″ E / 38.483, 22.50138° 28′ 59″ Nord 22° 30′ 04″ Est / 38.483, 22.501  
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Subdivision Phocide, Grèce-Centrale
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii) (iv) (vi)
Superficie 51 ha
Zone tampon 14 314 ha
Numéro
d’identification
393
Zone géographique Europe et Amérique du Nord **
Année d’inscription 1987 (11e session)
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Au pied du mont Parnasse, en Phocide, Delphes (en grec: Δελφοί) est le site d'un sanctuaire panhellénique où parlait l'oracle d'Apollon à travers sa prophétesse, la Pythie ; il abritait également l'Omphalos ou « nombril du monde ». Investi d'une signification sacrée, Delphes fut du VIe siècle av. J.-C. au IVe siècle av. J.-C. le véritable centre et le symbole de l'unité du monde grec.

Les sanctuaires panhelléniques étaient des complexes architecturaux extérieurs aux cités : ils constituaient les seuls lieux où tous les anciens Grecs, et certains barbares (Lydiens et Étrusques) prenaient part à des célébrations religieuses communes.

Histoire du site[modifier | modifier le code]

Localisation de Delphes.

Le nom de Delphes (pluriel Δελφοί / Delphoí) vient du mot « dauphin » (δελφίς / delphís) : dans la poésie homérique, Apollon aurait pris la forme de cet animal pour attirer les marins crétois chargés d'instaurer son culte sur le site.

Les traces les plus anciennes d'une occupation humaine dans la région de Delphes (dans une grotte du plateau du Parnasse) remontent au néolithique. Le philosophe péripatéticien Phanias d'Érèse dit qu'avant le règne du roi Gygès de Lydie, Apollon Pythien n'avait ni or, ni argent[1]. Sur le site du sanctuaire, un village modeste de 1400 av. J.-C. environ a été reconnu : ce site, nommé Pythô (Πυθώ, οῦς (ἡ) et Πυθών, ῶνος (ἡ)) dans l'Iliade (cf. II, 519 et IX, 405) et dans l’Odyssée (cf. VIII, 80), est abandonné entre 1100 av. J.-C. environ et 800 av. J.-C. Le sanctuaire se développe probablement à partir de cette date, avec l’apparition d’un premier autel et d'un premier temple, que la tradition delphique et la tradition antique placent sur une pente où se serait trouvée une fissure naturelle exhalant des vapeurs (notamment Strabon, IX, 3, 5).

C'est surtout entre le milieu du VIIIe siècle av. J.-C. et le milieu du VIIe siècle av. J.-C., qu'Apollon Pythien gagne une notoriété importante : il est le patron des entreprises coloniales effectuées durant cette période.

On attribue la destruction du temple au tremblement de terre de 373 av. J.-C., mais la catastrophe, provoquée par un glissement de terrain, fut assez limitée. Perdant son importance politique et surtout son autonomie à partir du IVe siècle av. J.-C., le site entame un long déclin, marqué par les troubles politiques qui agitent la Grèce. Le IIIe siècle est celui de la mainmise de la Confédération étolienne, dont les troupes repoussent près de Delphes les envahisseurs Galates en 279 av. J.-C.

Après la conquête de la Grèce par Rome (le pilier de Paul-Émile commémore la défaite du dernier roi macédonien Persée), peu d'édifices importants sont construits, si ce n'est le stade refait par Hérode Atticus.

En 392, l'interdiction des cultes païens dans l'empire romain par l'Édit de Théodose marque la fin officielle du culte d'Apollon Pythien. Une ville chrétienne s'installe alors dans le sanctuaire (églises, villas importantes), puis disparaît probablement au VIIe ou VIIIe siècle. Le site est provisoirement abandonné et les ruines sont progressivement recouvertes. Le site est ensuite occupé jusqu'à la fin du XIXe siècle par un village du nom de Kastri. Cyriaque d'Ancône visite Delphes au XVe siècle.

L'oracle d'Apollon Pythien[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Oracle grec.
Oreste à Delphes, la Pythie, le trépied. Cratère à figures rouges, vers 330 av. J.-C.

Apollon lui-même aurait fondé le sanctuaire de Delphes après avoir construit le temple de Délos. Le sanctuaire était alors gardé par un serpent nommé « Python », fils de Gaïa (la Terre) et gardien d'un oracle consacré à Gaïa. Apollon, désireux d'établir un oracle pour guider les hommes, tua Python (il le laissa pourrir au soleil par la suite) avec son arc et s'appropria l'oracle. (cf. Hymnes homériques) Pour faire venir ses prêtres, il détourna un bateau crétois (cf. section supérieure).

Ce mythe, qui fait d'Apollon Pythien un conquérant fondateur, explique son patronage de la fondation de colonies grecques et l'expansion de son culte dans l'ensemble des colonies. Il place aussi l'oracle au cœur du sanctuaire.

Selon une autre tradition, que suit Eschyle et dont la musique a été gravée sur un mur du Trésor des Athéniens à Delphes, l'oracle a d'abord été celui de la Terre, puis celui de divinités féminines successives pour être enfin transmis à Apollon.

Le sanctuaire de Delphes, en effet, est « oraculaire » : la parole du dieu y est transmise aux hommes par l'intermédiaire de la Pythie, dont la tradition antique fait une jeune vierge inculte, installée sur un trépied placé dans une fosse oraculaire, l'adyton, juste au-dessus d'une fissure d'où les Anciens pensaient qu'émanaient des vapeurs toxiques ; la Pythie tient une branche de laurier, l'arbre du dieu Apollon, et une phiale, récipient plat dépourvu d'anses, servant aux libations.

25 litrai en électrum représentant un trépied delphien ainsi que la tête laurée d'Apollon.

La consultation de l'oracle était au départ annuelle : elle avait lieu le sept du mois Byzios (février-mars), jour de la fête d'Apollon. Elle se fit ensuite le sept de chaque mois durant la période de neuf mois où Apollon était censé occuper le site : ce jour fut nommé πολύφθοος, polyphthoos (« jour où l'on offre de multiples gâteaux sacrés »).

Des rites précédaient la consultation : ils étaient accomplis en fonction de la prophétesse et requéraient la présence de deux prêtres. Ces derniers exerçaient leur charge à vie et étaient secondés par cinq hosioi qui maintenaient le culte, et deux prophètes. L'un de ces derniers assistait la Pythie, notamment en traduisant ses paroles afin que l’oracle rendu soit compréhensible. Les réponses du dieu étaient transmises en prose, et en vers sous forme d’hexamètres.

Dans le détail, on ignore si la Pythie était visible, aucun témoignage digne de confiance n'étant explicite sur la question. La tradition la plus courante rapporte cependant que la Pythie aurait été cachée par un voile et que le consultant ne pouvait la voir.

Une partie de l'historiographie moderne a cherché, à la suite de la tradition antique probablement d'origine delphique, à expliquer les transes et les paroles incompréhensibles prêtées à la Pythie lors des séances de l'oracle. L'explication qui en a longtemps été donnée était l'inhalation par la prophétesse de vapeurs s'échappant des entrailles de la terre (cause physique) ; en réalité, une telle explication est fausse, comme l'ont montré les fouilles des soubassements du temple d'Apollon menées par l'École française d'Athènes : aucune fissure n'a été trouvée et la nature du sol de schiste ne laisse aucune chance à des exhalaisons de gaz.

Il est certain que le déroulement même de l'oracle dut subir des changements notables au cours du temps. Parmi les témoins les plus proches, Plutarque, qui a été prêtre d'Apollon à Delphes, a transmis de nombreuses considérations sur le culte : il relate qu'à son époque (Ier siècle) une unique Pythie ne recevait plus qu'une fois par mois alors que trois prophétesses devaient se relayer dans le passé. Dans un autre sanctuaire d’Apollon, l'oracle se passait mentalement : celui qui venait consulter l'oracle conversait seul avec le dieu et recevait les réponses à ses questions directement dans son esprit (ce qui autorisait une plus libre interprétation).

Il n’y avait pas d’oracle en l'absence d'Apollon, et de nombreux fidèles attendaient son retour. Dès lors, la « promantie » (ordre de passage déterminé par les prêtres) fut instaurée. Des cadeaux étaient faits à la divinité, puis les prêtres jetaient des gouttes d’eau sur une chèvre qui, si elle ne tremblait pas, faisait perdre son tour au pèlerin. Ce dernier, en cas d'acceptation, entrait dans l'adyton où il pouvait poser sa question : celle-ci entraînait une réponse de la Pythie ou non, selon la volonté du dieu.

À l'époque chrétienne, la figure de la Pythie fut associée à celle d'une femme possédée par le démon (Jean Chrysostome) ; ce dernier entrait dans le corps de la prophétesse depuis les profondeurs de la terre au-dessus desquelles le trépied était censé être installé.

« Omphalos », copie d'époque romaine, Musée archéologique de Delphes.

L'omphalos du temple d'Apollon[modifier | modifier le code]

Delphes était, selon la mythologie grecque, le centre du monde. Aussi, l'« omphalos » (littéralement le « nombril ») y était-il représenté par une pierre de forme conique, directement placée dans l’adyton du temple, entourée d'un réseau enchevêtré, peut-être des bandelettes ou des fils de laine formant un filet, et surmontée de deux aigles en or[2]. Dans la mythologie grecque, en effet, Zeus avait fait partir deux aigles, chacun d’un côté du disque terrestre et ces oiseaux de proie s'étaient rencontrés au centre du monde. La forme même de cet omphalos a suscité plusieurs remarques : Marie Delcourt[3] ne veut pas y voir le nombril du monde car « le nombril de l'homme adulte est une cicatrice déprimée ». Or l'omphalos de Delphes est bombé, ce qui en fait, selon elle, la représentation de l'ombilic de la femme enceinte à la fin de la grossesse ou celui du nouveau-né, donc un symbole de fécondité et de naissance. Jean Richer, rejoignant René Guénon, fait sienne cette observation et affirme que « l'omphalos représente le nombril d'une femme enceinte qui a nom [4] ». La signification de l'omphalos delphique serait ainsi la même que celle de l'œuf du monde et le réseau du filet sculpté à la surface de la pierre trouvée à Delphes pourrait bien représenter le rôle de centre générateur joué par ce sanctuaire, et son expansion dans plusieurs directions (son réseau), spécialement en ce qui concerne le culte de la Terre associé à celui d'Apollon.

Le culte de Dionysos[modifier | modifier le code]

Le Parnasse, peinture d'Andrea Mantegna (1497)

Pendant les mois d'hiver, Apollon était réputé quitter le sanctuaire de Delphes pour aller se purifier en Hyperborée. Il était alors remplacé à Delphes par Dionysos. Ce dernier était présent durant trois mois et faisait l'objet d'un culte rendu sur le Parnasse (les libations des Thyades omophages). Dans l'adyton se trouvait la tombe de Dionysos.

Le statut de ce dernier changea peu à peu en raison de son rapport avec l'Apollon Pythien : il était inférieur au dieu solaire, mais grâce à son rôle d'opposé, il devint progressivement indissociable de la divinité apollinienne ; ainsi, le culte de Dionysos profita probablement de la renommée de Delphes dans l'ensemble du monde grec.

Le sanctuaire panhellénique[modifier | modifier le code]

Le théâtre de Delphes

Dans un sanctuaire, l’élément le plus important pour le culte est l'autel (bômos) sur lequel on procède aux sacrifices.

Le temple abrite la statue de la divinité : le dieu est réputé l'habiter, au moins par moments. À Delphes, le temple d'Apollon revêt une importance particulière, puisqu'il abrite l'oracle. Il est construit, selon la tradition, sur une faille volcanique qui plonge dans les entrailles de la terre et met les hommes en communication avec le dieu Apollon, par l'intermédiaire de la Pythie.

Le meilleur emplacement possible est d'abord recherché pour établir le temple de manière qu'il soit bien en vue aux yeux de tous ceux qui visitent le sanctuaire : c'est l'« epiphanestatos topos ». Le temple d’Apollon à Delphes est situé sur les flancs du mont Parnasse, sommet qui culmine à 2 459 mètres d'altitude et domine la Grèce centrale. Il se trouve implanté sur une pente très raide. Un peu plus bas, un autre temple est dédié à Athéna Pronaia, divinité qui « protège » ou « précède » le sanctuaire.

Les visiteurs peuvent entrer dans le sanctuaire de Delphes par plusieurs portes, dont la principale est tournée vers l'Est. Abusivement appelée « Voie sacrée », une voie bordée de monuments divers offerts au dieu mène jusqu'à l'esplanade du temple: une vingtaine de bâtiments, dont la plupart sont des « trésors », servent à présenter les offrandes faites au dieu, soit par piété, soit pour des raisons politiques. Ces chapelles votives contiennent généralement des dépôts d’objets offerts par les ressortissants de la cité qui a offert le bâtiment.

Le stade

Le stade, l'hippodrome (non retrouvés) et le gymnase sont des annexes du sanctuaire : ils sont les lieux où se déroulent les célébrations panhelléniques dédiées au dieu, selon un calendrier religieux très précis : ces compétitions de gymnastique, de lutte ou de chant correspondent aux jeux olympiques dont la célébrité a aujourd'hui éclipsé celle du sanctuaire éponyme d'Olympie.

Pour ce qui est de l'organisation de ces fêtes et, plus généralement, de l'administration du sanctuaire panhellénique, les Grecs sont regroupés en « amphictionie », c'est-à-dire une association de cités, de peuples autour du sanctuaire. Celle de Delphes, nommée « amphictionie pylaio-delphique » regroupe, à partir de 590 av. J.-C., une douzaine de cités. C'est cette amphictionie qui finance les travaux par souscription et supervise les éventuelles reconstructions du temple, comme à la fin du VIe siècle av. J.-C.

Autour du sanctuaire se trouve la ville de Delphes, qui vivait principalement grâce aux visiteurs du sanctuaire, à partir du VIe siècle av. J.-C..

Le temple d'Apollon Pythien[modifier | modifier le code]

Temple d'Apollon.
Temple d'Apollon.

Pausanias mentionne que six temples dédiés au dieu Apollon se succédèrent au cours du temps : le premier d'entre eux put être une hutte de laurier. L'archéologie en ignore tout, comme des deux suivants construits par des abeilles du Parnasse avec de la cire et des plumes d'oiseau, pour le second et par Héphaïstos, en bronze pour le troisième.

Le quatrième temple, dont la structure était en stuc, fut construit par Trophonios et Agamède et détruit lors d'un incendie en 538 av. J.-C.

Les cinquième et sixième temples, de plan similaire, sont les mieux connus : du premier d'entre eux subsistent des fragments de la sculpture trouvés dans une fosse et de nombreux blocs d'architecture réemployés dans les soubassements du sixième temple.

C'est ce dernier temple, daté du IVe siècle, qui subsiste aujourd'hui. Il est rectangulaire, de forme allongée, et mesure 23,82 mètres sur 60,32 mètres de côté, soit six colonnes doriques à l'avant et à l'arrière et quinze colonnes doriques sur chaque côté. Son architecte est Spintharos de Corinthe qui se contenta dans une large mesure de rebâtir l'édifice précédent. La construction de ce sixième temple fut longue, en raison des événements politiques et militaires (troisième guerre sacrée); on possède une partie des comptes de construction ("les comptes des Naopes"), gravés sur des plaques de terre.

L'autel sur lequel étaient pratiqués les sacrifices, était situé devant le temple. Le socle a fait l'objet de restaurations (1920, Replat; 1956, Stikas). Hérodote signale qu'il a été offert par les habitants de Chios, ce que confirme l'inscription gravée sur son socle.

Autres monuments[modifier | modifier le code]

La Tholos, rotonde anonyme du 4e s. av. J.-C.

Le site du sanctuaire dénombre d'autres monuments, qui ont fait considérablement évoluer son aspect entre la période archaïque et l'époque hellénistique : la plupart d'entre eux avaient un caractère votif ou commémoratif. En revanche l'époque romaine se caractérise par un certain abandon, et même un pillage organisé comme sous l'empereur Néron. Comme l’occupation du site fut extrêmement longue, les nombreux monuments révélés par les fouilles ne furent pas toujours présents en même temps. Sur la plupart des représentations modernes, c'est l'aspect le plus récent qui est figuré.

L'évolution de l'occupation du site dépend étroitement de la topographie qui dicta l'aménagement du sanctuaire en trois étages (théâtre, temple, autres monuments), mais aussi des cataclysmes (incendies, tremblement de terre, etc.) et des événements politiques qui modelèrent l'espace delphique au gré des offrandes et des (re)constructions.

La répartition des édifices sur le site est hétérogène : certaines zones sont densément construites, d'autres laissées presque vides ; et encore, la taille même de ces édifices varie considérablement avec une prédominance des monuments de taille modeste, en raison de leur coût moins élevé et de problèmes d'espace.

Un calendrier quasi-liturgique déterminait, à travers un certain nombre de célébrations communes (les « Panégyries »), l'occupation de l'espace : rites, concours musicaux et théâtraux peuvent expliquer, aussi, dans une certaine mesure l'implantation des monuments.

Dépôt votif de l'« Aire »[modifier | modifier le code]

Tête de statue chryséléphantine masculine trouvée dans les fosses de l'Aire
Tête de statue chryséléphantine féminine provenant des fosses de l'Aire

Dans l'espace sacré appelé « Aire », devant le grand mur polygonal, les archéologues français ont retrouvé deux fosses (favissae) dans lesquelles avaient été enfouis de nombreux objets endommagés vraisemblablement lors d'un incendie. Parmi ces objets, restaurés et exposés au musée archéologique de Delphes, un grand taureau en argent, de nombreuses représentations miniatures en ivoire provenant d'un décor de mobilier, des statues de dieu ou déesse chrysélephantines (or et ivoire) et des objets plus récents (Ve - IVe siècle av. J.-C.) dont un très beau brûle-parfum.

Statuettes de bronze[modifier | modifier le code]

Les statuettes en bronze du IXe et VIIIe siècle av. J.-C.s ont été réalisées à la cire perdue  : cette technique encore utilisée en bijouterie consiste à fabriquer un modèle en cire sur lequel le moule en argile est enduit ; le moule est vidé de sa cire par chauffage ; le bronze en fusion y est coulé et le moule est enfin brisé pour extraire la statuette ; ce dernier n’est donc utilisable qu’une fois, faisant de chaque œuvre un produit unique. Ces statuettes révèlent qu'il n’y a pas, à cette époque, de représentations des divinités, mais seulement d’hommes, de femmes et de guerriers : c'est ainsi qu'on interprète la présence de statuettes d'hommes sur des chars et de chevaux ; leurs formes sont parfois très proches des représentations picturales.

Chaudron en bronze
Tête de griffon en bronze

Trépieds de bronze[modifier | modifier le code]

On retrouve aussi de nombreuses offrandes de trépieds en bronze : la Pythie était assise sur un trépied. À l’origine, le trépied portait un chaudron utilisé pour faire de la cuisine de prestige : il a une image très symbolique. Parfois le trépied et le chaudron sont offerts ensemble, parfois séparément. Les chaudrons peuvent être munis d'anses appelées « protomés », en forme de parties avant d’animaux fantastiques, comme, par exemple, des griffons. Ces éléments fantastiques sont des images orientales venant de Babylone : elles sont reproduites par les artisans grecs, dans une démarche « orientalisante ».

Autres offrandes du dépôt[modifier | modifier le code]

Statue en ivoire d'Apollon[modifier | modifier le code]

Une statue en ivoire d’une divinité masculine (Apollon ?) de stature droite, tenant une lance, et l’autre main posée sur la tête d’un fauve qu’il domine. Ce thème est emprunté à l’iconographie orientale. Le dieu est d’une taille très importante ; en partie basse, une petite ceinture où l’on retrouve un décor typiquement grec : le « méandre » (VIIe siècle av. J.-C.).

Ulysse aveuglant le Cyclope[modifier | modifier le code]

  • une représentation d’Ulysse d'Ithaque aveuglant le cyclope Polyphème.
  • une représentation de « kouros » (pluriel kouroi : garçon) : jeune homme représentés dans une nudité absolue, debout avec le pied gauche légèrement avancé (en mouvement).

Statues chryséléphantines[modifier | modifier le code]

Les statues chryséléphantines sont constituées d'un noyau de bois recouvert de plaques d'or et d'ivoire :

  • des griffons (tête et ailes de rapace, corps de félin) ;
  • une sphinge : le Sphinx existe dans la tradition orientale, mais c'est la figure sous sa forme féminine qui est adoptée par les Grecs. Elle comporte une tête de femme, des ailes et un corps de félin. On lui prête généralement des vertus divinatoires.

Les offrandes les plus récentes (à partir du Ve siècle av. J.-C.) offrent un rendu des traits physiques et des vêtements plus réaliste.

Monuments commémoratifs et votifs[modifier | modifier le code]

Dans la partie basse du sanctuaire, un chemin permet d'accéder à la terrasse du temple : de part et d'autre de ce chemin étroit (la « Voie sacrée ») se trouvent des monuments de types divers conçus pour abriter des offrandes au dieu, pour lui exprimer des remerciements ou pour commémorer un événement heureux.

Ces monuments sont soit des édifices (en général des trésors mais aussi des portiques), soit des bases de statues, simples ou élaborées : colonnes (simples ou doubles), piliers (triangulaires ou rectangulaires).

Les trésors[modifier | modifier le code]

Les trésors sont des édifices de taille généralement modeste, implantés sur le site selon les emplacements disponibles ou en raison d'un voisinage significatif. Érigés par les cités à l'occasion d'un événement important, ils servaient de « chapelles votives » en présentant des offrandes ou en glorifiant un exploit. Particulièrement nombreux à Delphes qui en comptait au moins une vingtaine, des trésors existaient dans d'autres grands sanctuaires grecs, notamment à Olympie. Si les offrandes qu'ils contenaient ont généralement été perdues, ils valent surtout aujourd'hui par leur architecture et, quelquefois, la sculpture architecturale (Athéniens, Siphniens).

Trésor de Siphnos : combat des dieux et des Géants. Le char de Cybèle est tiré par des lions qui dévorent les Géants équipés en hoplites.

Trésor des Corinthiens[modifier | modifier le code]

Le plus ancien trésor connu est celui des Corinthiens, érigé à l'initiative du tyran Cypsélos vers 600 av. J.-C.; Le trésor est tourné vers l'Aire, le plus ancien espace sacré, où était vénérée Gâ, la Terre, première gardienne de l'Oracle. C'est dans ce trésor que l'on déposa certaines des offrandes de Crésus après l'incendie du temple en 546 av. J.-C. (Hdt. I, 50). Mais de nombreuses fondations enfouies attestent la présence d'autres trésors archaïques.

Trésor de Siphnos[modifier | modifier le code]

Détail de l'assemblée des Dieux représentée sur la frise du trésor de Siphnos.

Le trésor de l'île de Siphnos (vers 525 av. J.-C.) élevé par les habitants de l'île, véritable écrin architectural où le goût de l'ordre ionique pour le décor ornemental et sculpté est porté à son comble : la frise est continue, chaque côté de l'édifice étant consacré à un épisode : l'un des plus vivants montre les Olympiens décidant du sort de Troie, assis, bavardant, gesticulant, tandis que, devant eux, les Grecs et leurs ennemis se battent furieusement. Mentionné par Hérodote puis par Pausanias dans sa Périégèse, il fut redécouvert lors des fouilles de l'École française d'Athènes en 1893.

Trésor des Athéniens[modifier | modifier le code]

Trésor des Athéniens

Le trésor des Athéniens (érigé probablement vers 490-480 av. J.-C.) a fait l'objet d'une recherche du meilleur emplacement : il se trouve dans un virage de la montée vers le temple d'Apollon, précédé de la base de Marathon qui supportait les statues des héros éponymes d'Athènes. Il mesure 6,5 m × 9,5 m et commémore, selon Pausanias, la victoire de Marathon. Le décor est composé de métopes d’ordre dorique représentant, entre autres, les exploits du demi-dieu Héraclès et de Thésée. Sur l'avant, il présente une « amazonomachie » (combat de Grecs contre le peuple des Amazones). Sur la gauche, une « théséide » (scène renvoyant au mythe de Thésée : héros spécifiquement athénien, puisqu’il est considéré comme le fondateur de cette cité). Sur la droite, une « héracléide » (scène renvoyant au mythe d'Héraclès et aux combats de ce dernier contre la sauvagerie : héros péloponnésien); à l'arrière, enfin, se trouve la « géryonide » (épisode du mythe d'Héraclès dans lequel le héros ramène les bœufs de Géryon à leur propriétaire). Ainsi, le monument proclame que les Athéniens ont sauvé la Grèce de la sauvagerie : c’est une motivation politique placée sous l’égide d’Apollon. La démesure du propos est à la limite de l’« hybris » (fait de dépasser son statut d’homme et de se substituer aux dieux).

Trésors de Thèbes et de Cyrène[modifier | modifier le code]

Les trésors les plus récents étaient le trésor de Thèbes (vers 370 av. J.-C.), des Thessaliens (dans lequel fut découvert le groupe offert par Daochos) et le trésor de Cyrène (330 av. J.-C.). Par la suite, les offrandes reflètent plus la puissance des princes que celle des cités; ainsi les trésors disparaissent au profit des bases de statues.

Colonnes et piliers votifs[modifier | modifier le code]

À partir du IVe siècle av. J.-C., une autre forme d’offrandes devient populaire, en raison du changement de nature des dédicants: il s'agit des nombreux piliers et colonnes votives.

Des colonnes (simples ou doubles) et des piliers étaient dressées pour mettre en valeur une offrande qui les surmontait : souvent des statues en bronze représentant des souverains, mais aussi des groupes familiaux, notamment étoliens.

Le sphinx des Naxiens[modifier | modifier le code]

Sphinx des Naxiens

La colonne offerte par les habitants de Naxos vers 575 av. J.-C. est le plus ancien de ces monuments : très élevé, son sommet atteint le niveau de la terrasse du temple d'Apollon, alors qu'elle est située au pied de cette dernière dans la zone des cultes chthoniens primitifs. Pour être visible de tous côtés, elle est constituée d’un fût et d’un imposant chapiteau d’ordre ionique, lui-même surmonté par une sphinge de deux mètres de haut (le « Sphinx des Naxiens »). Peut-être ce monstre gardait-il la tombe de Dionysos, patron des Naxiens. Une inscription secondaire témoigne du fait que les Naxiens ont reçu, sans doute en remerciement de cette offrande, le privilège de promantie, c’est-à-dire le droit de consulter l'oracle en priorité.

Pilier des Messéniens[modifier | modifier le code]

Semblable à celui qui fut érigé à Olympie, le pilier triangulaire en marbre blanc des Messéniens était surmonté d'une statue de victoire. Son pendant en calcaire sombre est peut-être également une offrande des Messéniens alors réfugiés à Naupacte.

Colonne des danseuses[modifier | modifier le code]

Colonne des danseuses

La colonne dite des danseuses est datée d'environ 330 av. J.-C. Elle est ornée de feuilles d'acanthe et offre un couronnement original : trois jeunes filles dont l'identité reste sujette à discussion supportaient la cuve d'un trépied dans laquelle était posé l'omphalos, « nombril du monde » et symbole de Delphes.

L'offrande a inspiré une partition musicale à Claude Debussy (Danseuses de Delphes, le premier item du Livre I des Préludes pour piano).

Pilier des Rhodiens[modifier | modifier le code]

Le pilier des Rhodiens est un monument offert par Rhodes entre 325 et 300 av. J.-C. Ce pilier supporte un groupe sculpté comprenant un quadrige, c'est-à-dire un char tiré par quatre chevaux, supportant une statue d'Hélios - le soleil- au milieu d'un décor marin (vagues et dauphins). La composition, qui est peut-être le groupe réalisé par Lysippe dont parle Pline, fait face au temple d'Apollon.

Piliers hellénistiques[modifier | modifier le code]

À partir de l'époque hellénistique, les piliers quadrangulaires se multiplient, en général pour honorer des princes. Les rois de Pergame Attale 1er et Eumène II ont leur effigie dressée sur des piliers marquant l'angle de la terrasse attalide. Le roi Persée, dont la défaite marque le début de l'hégémonie romaine en Grèce, avait érigé un pilier que son vainqueur le général Paul-Émile s'appropria : la frise qui décorait ce pilier figurait des épisodes de la bataille de Pydna qui vit la victoire de Paul-Emile. Un seul de ces piliers est visible sur le site : celui qui portait la statue équestre de Prusias II, roi de Bithynie. Plutarque, prêtre à Delphes au IIe siècle de notre ère, déplore cette surenchère à la gloire des princes qui s'entredéchirèrent à l'époque hellénistique.

Groupes de statues[modifier | modifier le code]

Dans la partie basse du sanctuaire de Delphes, à gauche de l’entrée, était présente une imposante statuaire commémorative aujourd’hui disparue : celle-ci était répartie en plusieurs ensembles, dressés par les cités rivales au gré des événements. Deux monuments symboliques débutaient cette série : le monument de Miltiade et le monument de Lysandre (ou monument des Navarques).

Monument de Miltiade[modifier | modifier le code]

Le monument de Miltiade, offert par Athènes, commémorait lui aussi la bataille de Marathon, célèbre victoire des Grecs sur les Perses : il était composé de seize statues réalisées par Phidias (architecte et sculpteur rendu célèbre par l'attribution du Parthénon) qui représentaient Athéna, Apollon et Miltiade sur le même plan, ainsi que dix héros victorieux et trois héros éponymes d’Athènes ajoutés ultérieurement.

Monument de Lysandre[modifier | modifier le code]

Lysandre était quant à lui un Spartiate qui se distingua en 405 av. J.-C. lors de la bataille navale d’Aigos Potamos qui ruina la puissance navale athénienne, menée près du détroit du Bosphore ; il était l'un des dirigeants de la flotte spartiate et fit ériger à l'occasion de cette victoire un monument à sa gloire personnelle à l’entrée du sanctuaire, à côté du groupe de Miltiade.

Le monument de Lysandre (ou monument des Navarques) était constitué d’un socle sur lequel reposait un ensemble de statues en bronze : vingt-huit ou vingt-neuf statues à l’arrière représentaient l’ensemble des hommes qui avaient contribué à la bataille et dix statues à l’avant représentaient les Dioscures : ensemble mythologique réunissant Castor et Pollux, Zeus, Apollon, Artémis, et Poséidon, représenté couronnant Lysandre, un héraut et le pilote du vaisseau amiral.

La répartition des statues est éminemment politique et se veut supérieure à celle du monument de Miltiade, dont le propos est pourtant similaire. En se faisant représenter sur le même plan que les dieux, Lysandre ouvre la voie à la déification des héros historiques, qui deviendra courante à partir d'Alexandre le Grand.

Jumelage[modifier | modifier le code]

  • Drapeau de l'Italie Tivoli (Italie) depuis le 8 octobre 2011, en raison du patrimoine archéologique commun aux deux villes antiques et inscrit au patrimoine de l'humanité[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Athénée, Deipnosophistes [détail des éditions] [lire en ligne] : VI (231e)
  2. Pindare, Pythiques, IV, 6 ; Strabon, Géographie [détail des éditions] [lire en ligne], Livre IX, 3, 6 ; Euripide, Ion, 224.
  3. Marie Delcourt, L'Oracle de Delphes, Payot, 1980, p. 145.
  4. Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec, Guy Trédaniel Éditeur, 2e édition, 1983, p. 69-70.
  5. (it) Tivoli e Delfi: ufficializzato il gemellaggio tra le due culle della civiltà romana e greca sur le site de la commune de Tivoli.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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L'écologiste Franz Weber est depuis 1997 citoyen d'honneur de Delphes.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Richer, Géographie sacrée du monde grec, Guy Trédaniel, Éditions de La Maisnie, Paris (1983).
  • Jean Richer, Delphes, Délos et Cumes, Julliard, Paris (1970).
  • F. Lefèvre, L'amphictionie pyléodelphique : histoire et institutions, Paris, 1998.
  • (en) H. Parke et D. E. W. Wormell, The Delphic Oracle, Oxford, 1956, 2 vol.
  • G. Roux, Delphes, son oracle et ses dieux, Belles Lettres, Paris, 1976.
  • J.-Fr. Bommelaer, D. Laroche, Guide de Delphes, De Boccard, Paris, 1991, I. « Le Site »
  • École Française d'Athènes, Guide de Delphes, De Boccard, Paris, 1991, II. « Le Musée ».

Liens externes[modifier | modifier le code]