Phrygie

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Emplacement approximatif de la région traditionnelle de Phrygie en Asie Mineure (jaune) et expansion maximale du royaume Phrygien (orange).

La Phrygie (du grec ancien : Φρυγία) est un ancien pays d’Asie Mineure, situé entre la Lydie et la Cappadoce, sur la partie occidentale du plateau anatolien. Selon Hérodote, les Phrygiens avaient au début le nom de Briges (ou Bryges) et auraient séjourné en Macédoine et en Albanie, puis ils seraient passés en Thrace, avant de migrer, via l'Hellespont, un peu avant la guerre de Troie dans cette ville en Asie Mineure. Si Hérodote a raison, il est possible que les Phrygiens aient fait partie des Peuples de la mer.

Histoire[modifier | modifier le code]

Site de Gordion, capitale de la Phrygie.

Les Phrygiens sont un peuple indo-européen venu de Thrace ou de la région du Danube. On sait par Hérodote qu'ils voisinaient au second millénaire av. J. Chr. avec les Macédoniens, et qu'ils ont changé le nom de leur peuple, « Bryges », en migrant en Anatolie[1]. Ils ont occupé vers 1200 av. J.-C. la partie centrale et occidentale de l'Asie Mineure, profitant de l'effondrement de l'Empire hittite.

Bryges, les Phrygiens Européens

Selon la légende, à l'époque archaïque (après la guerre de Troie), le plus grand roi phrygien est Gordias, un paysan qui reçoit le trône suite à un oracle. C'est lui qui fonde la capitale, Gordion (actuellement Yassihüyük/Polatli). Sans enfant, il adopte Midas. Bacchus lui accorde un vœu, après que Midas eut recueilli Silène alors qu'il était ivre, qui lui donne le pouvoir de transformer tout ce qu'il touche en or. Par la suite, les rois phrygiens portent alternativement les noms de Gordias et Midas. Certaines légendes font également de Tantale un roi phrygien.

Le royaume phrygien domine l'Asie Mineure depuis la chute des Hittites jusqu'aux invasions cimmériennes de la fin du VIIIe siècle av. J.-C. / début du VIIe siècle. En 696 av. J.-C., Gordion tombe. L'hégémonie passe alors à la Lydie. Elle passe ensuite sous domination perse en 546 av. J.-C., lors de la conquête de Cyrus II. La Phrygie devient une satrapie sous Darius, avec pour capitale Dascylion. La route royale des Achéménides qui relie Sardes à Suse traverse la Phrygie via Gordion.

En 333 av. J.-C., Alexandre le Grand passe par Gordion et, dans le sanctuaire de Zeus, tranche le fameux nœud gordien. La Phrygie se retrouve englobée dans son empire et Antigone le Borgne en devient le satrape. À la mort du conquérant, ses diadoques se disputent la Phrygie, qui revient finalement aux Séleucides. En 188 av. J.-C., elle passe au royaume de Pergame. En 275 av. J.-C., sa partie orientale est envahie par des tribus celtes (Galates en grec). Gordion est prise et rasée, seul un petit village subsiste de la capitale à l'époque romaine, tandis que la région conquise est rebaptisée Galatie.

En 103 av. J.-C., la Phrygie devient une partie de la province romaine d'Asie : c'en est définitivement fini du royaume phrygien, mais le nom est ensuite utilisé de temps à autre sous l'empire d'orient, dit byzantin. En particulier, au IVe siècle la Phrygie est scindée en deux provinces :

  • la Phrygie Salutaire à l'est, avec pour capitale Synnada
  • la Phrygie Pacatienne, à l'ouest, avec pour capitale Laodicée.

À la suite de la bataille de Manzikert, en 1071, le centre de l'Anatolie est conquis par les Turcs seldjoukides, menés par Alp Arslan, qui vainc l'empereur byzantin Romain IV Diogène. La Phrygie devient alors une frontière entre l'empire et le sultanat turc des Seldjoukides établis à Iconium. Les deux puissances, chrétienne et musulmane, se disputent le pays, traversé de surcroît par les Croisés qui, à partir de 1099, ravagent la Phrygie, pillant sans distinction chrétiens et musulmans. L'agriculture périclite, le pays se dépeuple.

En 1299, Osman Gazi, bey vassal du sultan seldjoukide, et installé en Phrygie à la frontière byzantine, se déclare indépendant et se fait proclamer sultan sous le nom d'Osman Ier, fondant ainsi la dynastie ottomane. Cette dernière s'empare progressivement des autres beylicats issus de la fragmentation des Seldjoukides. Dans les siècles qui suivent, la population phrygienne se convertit progressivement à l'islam pour ne plus payer le haraç (capitation sur les non-musulmans) et pour ne plus subir le devchirmé (enlèvement des garçons pour le corps des janissaires). Mosquées et caravansérails se multiplient dans le pays, désormais turc.

Culture[modifier | modifier le code]

La langue phrygienne est une langue indo-européenne dont la classification n'est pas certaine, elle serait peut-être en relation avec le grec. La culture phrygienne a beaucoup influencé la culture grecque. Elle est très développée à l'âge du bronze, notamment dans le domaine de la musique. Midas est supposé avoir été l'élève d'Orphée. Le roi, après avoir été dégoûté de l'or par son aventure avec Bacchus, part vivre dans la forêt et assiste à un concours entre Apollon et le dieu Pan (à qui on attribue l'invention de la flûte de Pan, l’aulos). Le vieux Tmolos, esprit de la montagne, est le juge de ce concours. Il déclare Apollon vainqueur et Midas, mécontent du résultat, le dit haut et fort. Apollon, furieux de son audace, transforme les oreilles de ce roi en celles d'un âne.

La grande déesse phrygienne est Cybèle, la « grande-mère », qui selon la mythologie grecque, initie Dionysos à ses mystères. Les phrygiens vénèrent aussi Sabazios, identifié ensuite par les Grecs à Zeus et à Dionysos.

Pâris, fils de Priam, est réputé être phrygien, ce que montre sa représentation habituelle, portant le célèbre bonnet du même nom, qui fut ensuite repris par les affranchis romains, en signe de liberté, puis par les révolutionnaires français. Les Patriotes de la rébellion de 1837-39 du Bas-Canada ont aussi utilisé ce symbole.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. D'après Hérodote. Histoires, VII, 73. (trad. Ph. –E. Legrand, 1951). « Les Phrygiens, dit-on en Macédoine, étaient appelés Briges aussi longtemps que, vivant en Europe, ils habitaient avec les Macédoniens ; c'est quand ils furent passés en Asie que, en même temps qu'ils changeaient de pays, ils changèrent aussi leur nom en celui de Phrygiens. »

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