Période des Royaumes combattants

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : Navigation, rechercher

La période des Royaumes combattants (chinois simplifié : 战国 ; chinois traditionnel : 戰國 ; pinyin : zhànguó ; littéralement : « pays (guó) en guerre (zhàn) »), s'étend, en Chine, du Ve siècle av. J.-C. jusqu'à l'unification des royaumes chinois par l'établissement de la dynastie des Qin, en 221 av. J.-C. Son nom lui fut donné tardivement, par référence aux Stratagèmes des Royaumes combattants (Zhanguoce), livre portant sur cette période. Elle correspond dans la chronologie dynastique à la dernière phase de la période des Zhou orientaux (东周, Dōng Zhōu, 771-256 av. J.-C.). Cette chronologie reposant sur l'historiographie traditionnelle ne correspond par forcément à celle qui est observée par l'analyse plus précise des évolutions sociales, politiques, économiques et culturelles, puisque les traits caractéristiques des Royaumes combattants s'affirment surtout à partir du début du IVe siècle av. J.-C..

Cette dernière période de l'ère « pré-impériale » de l'histoire chinoise vient à la suite de la Période des Printemps et Automnes qui a vu le déclin de la dynastie Zhou et le renforcement du pouvoir des princes. À partir du milieu du Ve siècle av. J.-C., sept grands États émergent : Chu, Han, Qi, Qin, Wei, Yan et Zhao. Ils s'affranchissent définitivement de la tutelle symbolique des Zhou, leurs souverains prenant le titre de « roi » (wang), et se livrent des guerres incessantes qui stimulent et accompagnent de nombreux changements de cette période. C'est alors que se forment des États centralisés, dirigés par une administration et une classe politique de mieux en mieux formées et organisées. La période des Royaumes combattants est aussi marquée par des progrès techniques et économiques déterminants, et la constitution de plusieurs écoles de pensée (confucianisme, taoïsme, légisme, etc.) qui ont profondément marqué l'histoire de la Chine. Les textes antiques sur cette période sont marqués par différents types de personnages, dont certains sont parmi les personnalités les plus importantes de la civilisation chinoise : les souverains (le Premier Empereur Qin Shi Huangdi), leurs ministres réformateurs (Shang Yang), les stratèges militaires (Sun Bin), les spécialistes de la persuasion et les penseurs (Lao Zi, Mencius, etc.). Les trouvailles archéologiques réalisées depuis plus d'un siècle sur le sol chinois, surtout des sépultures et des villes, ont permis de faire considérablement progresser les connaissances sur cette époque.

Sommaire

Sources [modifier]

Laissez-passer inscrit sur du bronze retrouvé dans une tombe de Chu en 1957, exemple des découvertes récentes de textes administratifs des Royaumes combattants dans des tombes antiques.

Les textes de la tradition chinoise [modifier]

Les sources traditionnelles permettant de connaître la période des Royaumes combattants sont des sources littéraires qui ont été conservées depuis l'Antiquité jusqu'à nos jours[1]. Elles ont été rédigées ou compilées à la période pré-impériale ou sous les premiers empires chinois. La source majeure pour l'histoire des Royaumes combattants sont les Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian (145-86), ouvrage monumental rédigé au début de la dynastie Han. Sa partie historique s'appuie sur les chroniques du royaume de Qin auxquelles l'auteur, archiviste à la cour des Han, avait accès. La dernière partie de cette œuvre raconte les vies de personnages éminents dont certains ont vécu sous les Royaumes combattants[2]. D'autres chroniques historiques complètent l'œuvre de Sima Qian, comme les Annales de Bambou (Zhushu Jinian), retrouvées dans une tombe à la fin du IIIe siècle après J.-C., contenant les annales du royaume de Wei[3]. Il semble que chaque État faisait rédiger sa propre chronique, mais la majorité n'a pas été conservée. Il s'agit de textes produits par les cercles officiels des États, donc des sources biaisées, cela étant accentué chez Sima Qian qui a pour objectif de dispenser des leçons de morale par les récits qu'il rapporte.

Ce même problème se retrouve avec les autres sources écrites de la période conservées par la tradition chinoise ultérieure. Un groupe est constitué d'écrits d'hommes politiques décrivant leurs projets ou leurs stratagèmes politiques, tandis qu'un autre consiste en des traités militaires écrits par des stratèges. Le type de textes qui est quantitativement le mieux représenté est celui des écrits des penseurs ou philosophes des Royaumes combattants parce que le souci de conservation a été plus fort et que cette période a été très intense dans ce domaine[4]. Cependant, beaucoup de ces textes posent un problème de contextualisation historique puisqu'ils ont été remaniés parfois de façon très importante à des époques postérieures, et que l'auteur auquel ils sont attribués n'est pas forcément à l'origine de tout ce qu'il y est écrit. Ce genre de problème se pose également pour les textes rituels attribuables à la période des Royaumes combattants ou existant auparavant et qui ont survécu aux épreuves du temps, de même qu'à d’autres productions littéraires comme des traités de médecine, de lexicographie, des poésies ou des récits narratifs. Ces œuvres sont souvent composites, et complexes à dater. Cependant, des progrès dans la compréhension de leur histoire et de leur contexte de rédaction sont accomplis grâce aux méthodes d'analyse critique modernes.

Les sites archéologiques [modifier]

L'essor de l'archéologie de la Chine ancienne est donc déterminant pour la connaissance des Royaumes combattants[5]. Les fouilles portent avant tout sur deux types de lieux. D'abord les sépultures, très nombreuses sur les terres de l'antique pays méridional de Chu, où ont été mis au jour des objets d'art, mais aussi de nombreux textes. Leur analyse permet de mieux connaître les croyances et aussi la hiérarchie sociale des anciens Chinois, même si leur interprétation reste complexe[6]. Ensuite, ce sont les villes, et surtout les capitales qui ont fait l'objet de nombreuses campagnes de fouilles, quand elles ne sont pas recouvertes par les villes actuelles leur ayant succédé.

Les textes retrouvés par l'archéologie [modifier]

Un apport important des fouilles archéologiques est la mise au jour dans des tombes antiques de textes de nature variée, rédigés dans des matériaux divers qui supportent plus ou moins bien le passage des siècles, généralement écrits à l'encre[7]. Les plus répandus étaient ceux constitués de lamelles faites à partir de bambou coupé en deux, allongé puis poli, qui étaient liées ensemble par des fils ou rubans de soie, permettant d'en faire un rouleau. Les textes écrits sur du bois qui sont connus pour cette période prennent l'aspect de tablettes. Le troisième support le plus répandu est celui qui a le moins bien survécu aux outrages du temps, la soie, plus léger mais aussi plus cher que les deux autres, qui servait aussi pour des peintures[8]. Le bronze pouvait également être inscrit, plutôt pour des textes solennels que l'on voulait rendre durables, en quantité plus limitée.

Grâce à ces découvertes, il est possible de connaître un état antérieur de certains textes que la tradition chinoise a « canonisé » par la suite. Cela offre également un accès à une plus grande variété de textes, notamment des actes administratifs et juridiques mettant en lumière des pratiques mal documentées par les sources écrites connues auparavant. D'autres études de ces textes anciens ont une approche épigraphique et linguistique, ces textes témoignant d'un état de l'écriture chinoise où plusieurs variantes régionales coexistent (styles de la « grande écriture sigillaire », dazhuan), antérieur à l'uniformisation de l'écriture sous la dynastie Qin (le petit style sigillaire)[9],[10].

Le cadre géopolitique et culturel des Royaumes combattants [modifier]

Localisation des principaux États de la période des Royaumes combattants au milieu du IVe siècle av. J.-C.

Diversité et unité [modifier]

Au milieu du Ve siècle, sept grands royaumes dominent la Chine qui est alors centrée sur le bassin du fleuve Jaune, ceux que la tradition a qualifié de « Sept héros » (qixong) des Royaumes combattants, qui dans le Zhanguoce, livre décrivant leurs stratagèmes, sont définis par leur puissance militaire, qui se concrétise dans le fait qu'ils ont chacun à leur disposition plus de 10 000 chars de bataille[11]. Ce sont Wei, Zhao, Han, Qi, Yan, Chu et Qin. Ces entités politiques dominent plusieurs petits États, parmi lesquels se trouvent d'anciens États prestigieux localisés dans la plaine centrale autour du territoire dirigé par la dynastie qui règne en théorie, celle des Zhou, dans les actuelles provinces du Shandong et du Henan. Ces États séparés disposent d'identités propres, et parfois même de cultures spécifiques. L'archéologie et l'art, combinés aux textes, ont pu définir plusieurs aires culturelles relativement stables durant la période de la dynastie Zhou, certaines disposant d'un fort rayonnement à l'époque des Royaumes combattants, et correspondant souvent à des unités géographiques naturelles homogènes[12].

Pour autant, les frontières sont très poreuses, et beaucoup de personnes et d'idées les traversent[13]. Il y a une conception d'un espace homogène, tianxia (« Tout ce qui se trouve sous le Ciel »), correspondant à une sorte de « monde civilisé » chinois opposé à celui des peuples considérés comme « Barbares » dont les entités politiques se trouvent en périphérie, notamment ceux situés au nord, désignés Hu par les textes[14]. Mais cette frontière a aussi ses limites, puisque la différence est avant tout perçue comme culturelle, et que certains États jadis considérés comme barbares (à l'exemple du Qin, du Chu et du Zhongshan) ont été acculturés et ont adopté les traditions culturelles chinoises, ce qui leur permet d'être considérés comme civilisés même si les régions les plus anciennement sinisées les regardent souvent avec dédain comme des semi-barbares. Ces stéréotypes reposaient souvent sur l'idée d'un déterminisme géographique (par exemple les peuples du Sud étaient considérés comme impétueux et durs à gouverner en raison du climat chaud de leur région)[15].

La Plaine centrale et les « Trois Jin » [modifier]

Le conservatoire des traditions anciennes de la civilisation chinoise est la région de la « Plaine centrale » (zhonggyuan), ou des « Royaumes du centre » (zhongguo, terme désignant aujourd'hui la Chine, « Pays du milieu »), dans la plaine du fleuve Jaune, à l'est de la confluence de ce dernier avec la rivière Wei. Cet espace correspond en gros au nord du Henan, au sud du Shanxi et du Hebei, et à la partie ouest du Shandong actuels. Elle est occupée par de petites entités politiques, comme le domaine des Zhou, qui se divise par la suite en deux branches, Zhou oriental et Zhou occidental (seul un des deux gardant le titre royal)[16] ; plus à l'est la principauté de Lu, d'où est originaire Confucius ; Song dont la dynastie descend des Shang et qui a pour capitale la riche ville marchande de Dingtao ; Zheng et Wey qui jouent un rôle diplomatique entre les grandes puissances[17].

La puissance dominante la région centrale à la fin de la période des Printemps et Automnes était Jin, qui s'étendait sur une grande partie du plateau de Lœss et sur une partie de la plaine alluviale du Fleuve Jaune. Son éclatement au début de la période des Royaumes combattants accouche de trois royaumes qui demeurent des grandes puissances, les « Trois Jin[18] ». Le principal est Wei, localisé autour du coude du fleuve Jaune et de la vallée de la Fen (Shanxi et Henan actuels). Malgré sa richesse, ce royaume est confronté à un problème de taille tout le long de la période : il est entouré par d'autres grandes puissances, et est de ce fait impliqué dans de nombreux conflits. Le deuxième royaume issu de la partition de Jin, Zhao, est localisé au nord de Wei (Shanxi et Hebei), au contact de peuples nomades et donc en marge de la zone centrale. Il devient progressivement une grande puissance militaire. Le troisième royaume descendant de Jin est Han, situé dans les actuelles provinces du Shanxi et du Henan. Petit et moins puissant que ses voisins, il survit en servant d'espace-tampon entre ceux-ci.

L'autre grande puissance politique proche de la Plaine centrale est le royaume de Qi, situé au nord-est dans la dernière partie de la plaine alluviale du fleuve Jaune, jusqu'à son embouchure (l'actuel Shandong)[19]. Il dispose d'un territoire agricole riche et sans doute d'une des plus puissantes économies de la période. Sa capitale Linzi passe pour être la plus grande ville de l'époque.

Les régions septentrionales [modifier]

Aux périphéries de l'espace chinois de la période des Royaumes combattants étaient situés de puissants royaumes qui ont sans doute bénéficié des possibilités qu'ils avaient de s'étendre aux marges (malgré la présence de peuples « barbares » menaçants) et des potentialités de défrichements pour accroître leur puissance face aux États centraux aux perspectives d'expansion plus limitées[20]. Ils sont d'ailleurs souvent considérés comme peu civilisés voire semi-barbares par les royaumes centraux, notamment en raison des contacts avec leurs voisins extérieurs au monde chinois. Au nord, le royaume de Yan dont la capitale se trouve proche de l'actuelle Pékin est un allié de Qi durant une bonne partie de la période[21]. Le fleuve Jaune se jette alors dans la mer plus au nord qu'actuellement, dans le territoire de Yan, lui assurant des terres agricoles fertiles. Comme son voisin Zhao, il est au contact direct des peuples nomades du nord et est éloigné des royaumes les plus menaçants. Entre les deux, Zhongshan joue un certain rôle politique et partage des affinités culturelles avec les autres entités politiques septentrionales[22].

Qin [modifier]

L'ouest est occupé par l'État de Qin, centré sur la riche vallée de la Wei, au cœur du plateau du Loess, le foyer de la dynastie Zhou avant son déplacement vers l'est (au début de la période des Zhou orientaux en 771)[23]. Il est encore perçu comme un royaume arriéré au début de la période des Royaumes combattants. Il se trouve au contact de peuples « barbares » particulièrement redoutables qu'il ne réussit à vaincre qu'après de longues luttes qui le détournent souvent des conflits contre les autres Royaumes combattants. Après la conquête des principautés de Shu et de Ba situées sur sa frontière méridionale il dispose du plus grand potentiel agricole des royaumes combattants. Il est également reconnu comme étant le royaume qui a accompli les réformes les plus poussées, notamment au milieu du IVe siècle sous l'impulsion du ministre Shang Yang, qui contribue à en faire un État totalement organisé autour de la guerre. À partir de cette période, c'est en grande partie autour de lui que se construit le jeu politique inter-étatique. C'est la matrice du premier empire chinois, fondé par son roi Zheng (qui devient alors l'empereur Qin Shi Huangdi) en 221, et donc le grand vainqueur de la période des Royaumes combattants[24].

Chu et les régions méridionales [modifier]

Le nord du bassin du Sichuan, ancien pays de Ba, une des plus riches régions agricoles de la Chine ancienne.

La frange méridionale de la Chine des Royaumes combattants est un espace culturel original et particulièrement bien connu par les découvertes archéologiques des dernières décennies. Bien qu'ouvert aux influences venues de la Plaine centrale, il conserve ses caractères propres, dont certains se retrouvent dans la civilisation chinoise de l'époque impériale. Le septième grand royaume, Chu, est au départ centré sur la partie moyenne du Yangzi, avant de se développer vers le nord autour des bassins des rivières Huai et Han[25]. Il ne s'agit pas encore de la région agricole puissante qu'elle devient plusieurs siècles plus tard sous les Tang, et Chu est un royaume mal contrôlé, voire instable comparé aux autres. L'originalité culturelle de cet État est bien connue grâce aux milliers de tombes fouillées sur son territoire, et aux textes rédigés par des auteurs de cet État durant les Royaumes combattants, notamment les Élégies de Chu et le Zhuangzi[26].

À l'ouest de Chu, les États de Shu et Ba dans le bassin de la Min (Sichuan actuel) sont de riches régions agricoles et minières constituant un ensemble culturel appelé « Ba-Shu », et voisines de peuples barbares comme ceux qui fondent le royaume de Dian (au nord du Yunnan) vers la fin de la période[27]. De l'autre côté, à l'est, la basse vallée du Yangzi est occupée par des royaumes qui ont une grande importance politique au début de la période : Wu, et son voisin Yue qui l'élimine avant de se faire battre à son tour par Chu en 334[28].

Histoire [modifier]

Royaumes principaux au début de la période des Royaumes combattants, avant l'éclatement du Jin.

La période des Royaumes combattants est considérée par l'historiographie chinoise comme une phase de la longue période de la dynastie Zhou, qui a pris le pouvoir vers 1046 av. J.-C., mais sans jamais pouvoir exercer un contrôle fort sur le territoire reconnaissant sa suprématie, qui était aux mains de principautés. Après 771 le rôle du souverain Zhou n'est plus que symbolique face aux entités politiques qui se partagent le territoire qu'il domine en théorie. Durant les trois siècles de la Période des Printemps et Automnes (771-Ve siècle), plusieurs principautés s'affirment progressivement et incorporent les plus faibles, et au début du Ve siècle moins d'une dizaine d'entre elles jouent un rôle politique de premier plan.

La période des Royaumes combattants voit ce processus de concentration politique se renforcer, culminant dans l'unification finale par le royaume de Qin. Elle est marquée par la rivalité entre sept grands royaumes consacrés par la tradition malgré leur rôle politique inégal. On peut distinguer plusieurs phases durant l'histoire politique de cette période :

  • d'environ 450 à 350 l'alliance des trois royaumes héritiers de l'ancien Jin joue un rôle moteur, sous l'impulsion de Wei ;
  • d'environ 350 à 250 les conflits sont de plus en plus violents et les alliances fluctuantes pour empêcher qu'un royaume ne domine les autres, mais Qin sort grand vainqueur de ces luttes ;
  • les années de 250 à 221 voient la victoire décisive de Qin, qui unifie la Chine, ce qui ouvre la période de la Dynastie Qin.

La source essentielle pour connaître l'histoire politique de cette période est le Shiji de Sima Qian, en général assez fiable en dépit de son caractère romancé, d'exagérations et de ses visées moralisatrices qui n'enlèvent rien à l'ampleur et la qualité du travail effectué par cet auteur qui avait accès à de nombreuses sources officielles du fait de sa charge d'annaliste. Il peut être complété par des chroniques et travaux historiques parfois bien postérieurs à la période des Royaumes combattants, mais aussi des références à des événements importants qui sont faites dans des ouvrages divers, comme des traités politiques, militaires ou philosophiques.

La réorganisation et l'affirmation des grandes puissances [modifier]

Localisation des principaux États de la période des Royaumes combattants au milieu du IVe siècle av. J.-C. Le tracé des frontières est approximatif.

Le Ve siècle voit plusieurs événements décisifs se produire qui modifient la scène politique chinoise et justifient le passage à une nouvelle période, quelle que soit la date retenue pour le début de la période des Royaumes combattants (481, 476, 453 ou 403)[29].

En 481, quand finit la Chronique des Printemps et Automnes, le clan des Tian, qui dirigeait la politique du royaume de Qi après avoir éliminé les autres grandes familles nobles, se débarrasse finalement de la majorité de la famille royale après une guerre civile, tout en gardant un souverain fantoche. Le chef du clan lui laisse diriger nominalement une faible part du royaume, prenant définitivement la direction effective des affaires du royaume[30].

L'événement le plus important survient en 453, quand les trois clans de Wei, Zhao et Han alliés se débarrassent du dernier autre lignage puissant restant dans le royaume de Jin après une longue période marquée par plusieurs guerres civiles qui ont vu les forces centrifuges s'affirmer[31]. La partition de Jin en trois entités politiques est alors effective, et elle est officialisée en 403 par le souverain Zhou.

Aux périphéries, plusieurs royaumes s'affirment et se réorganisent alors que ceux du centre sont dans la tourmente. Au sud, les conflits entre Chu, Wu et Yue cessent après la conquête du deuxième par le troisième en 473[32]. Par la suite, Yue, Chu, Qin et Qi connaissent une phase d'expansion territoriale après l'annexion de plusieurs petites principautés[33].

Une fois leur situation stabilisée, les trois royaumes héritiers de Jin s'allient et mènent plusieurs conflits qui impriment la dynamique de la première phase de la période des Royaumes combattants[34]. Qi, Chu et Qin font les frais de ces offensives, ainsi que Zhongshan. Parmi les descendants de Jin, c'est le Wei qui affirme sa supériorité militaire, notamment suite aux victoires de son grand général Wu Qi. La disgrâce et l'exil de ce dernier vers 401 profitent à Chu qui l'engage durant une période où il restaure sa puissance grâce à des réformes et des victoires militaires. De son côté, Han annexe Zheng en 375. Après 366, c'est au tour de Qin de réaffirmer sa puissance après des conflits difficiles contre des peuples barbares qui le bordent au nord-ouest, quand il bat une coalition de Wei et de Han, avant de menacer plus directement le premier en le battant à plusieurs reprises malgré l'appui de ses alliés.

Le nouveau souverain de Wei, Hui, réagit à la nouvelle situation en réorganisant son royaume et en initiant une politique de normalisation des relations entre les grands rois suite à différentes rencontres. La diplomatie prend alors une importance plus grande[35]. Durant la seconde moitié du IVe siècle, les monarques des grands royaumes prennent le titre de roi (wang), et entreprennent des réformes capitales qui font d'eux des royaumes centralisés plus solides, ce qui explique l'escalade militaire qui se produit durant les décennies suivantes.

L'escalade des conflits [modifier]

Une grande bataille de la période des Royaumes combattants : Maling (342 ou 341). L'armée de Qi attire les troupes de Wei dans une embuscade en faisant croire à son affaiblissement, et remporte une victoire écrasante, restée un modèle tactique dans l'histoire militaire chinoise.

La période qui va en gros de 350 à 250 est marquée par de nombreux conflits de plus en plus violents, des changements d'alliance, et la réorganisation des rapports de force dans lesquels la montée en puissance de Qin devient le facteur déterminant dans le jeu des alliances. Durant ce siècle les effectifs militaires gonflent considérablement, et le rôle des ministres et diplomates s'accroit. C'est alors que s'affirment les traits caractéristiques de la période des Royaumes combattants.

La première phase voit Wei perdre sa position dominante. Elle est marquée par deux grandes batailles. La première est celle de Guiling en 353 et la seconde est celle de Maling en 341, face aux armées de Qi dirigées par le général Tian Ji et son conseiller Sun Bin[36],[37],[38]. Le duc Xiao de Qin bénéficie alors des réformes entreprises par le ministre Shang Yang qui font de son État celui qui pousse le plus loin la militarisation de sa société[39]. Jusqu'alors puissance jouant un faible rôle dans les affaires militaires de la Plaine centrale, Qin devient en mesure d'y peser lourdement[40]. Ses généraux (notamment Bai Qi, mais aussi Shang Yang en personne) remportent plusieurs victoires contre Wei, qui culminent au moment où le roi de ce dernier est forcé d'accepter que le ministre de Qin dirige aussi son pays. Désormais, les autres royaumes cherchent à enrayer la montée en puissance de Qin. C'est alors que se mettent au point deux principes d'alliances opposés dictés par la position adoptée vis-à-vis du royaume le plus menaçant. Le premier est l'alliance verticale (hezong), dans un sens nord-sud : les royaumes s'allient pour couper la progression de Qin vers l'est. Le second est l'alliance horizontale (lianheng), dans un sens ouest-est : un royaume s'allie à Qin pour profiter de sa puissance et gagner des avantages contre les autres[41].

En 316, le roi Huiwen de Qin, après s'être débarrassé de Shang Yang dont le pouvoir devenait gênant, n'en poursuit pas moins sa politique et sa montée en puissance. Ses généraux achèvent l'annexion des deux principautés situées sur son côté sud, les riches territoires de Shu et Ba (actuel Sichuan), puis remportent des victoires déterminantes contre les nomades Rong du nord, qui dès lors ne constituent plus une menace. Pendant ce temps, Chu a annexé en 334 Yue, étendant son territoire jusqu'à la mer à l'est[42]. Alors qu'un conflit successoral secoue Qin en 307, Qi devient plus puissant sous l'impulsion de son ministre Tian Wen et s'allie avec Han et Wei contre le royaume occidental[43]. Le conflit avec ce dernier éclate finalement, et Qi et ses alliés remportent plusieurs victoires. Par la suite, ils s'imposent également face à Chu et Yan. Mais en 294 Tian Wen est chassé de Qi et l'alliance se dissout. Qin bénéficie alors de la non-intervention de Qi pour vaincre Han et Wei au cours de conflits terriblement meurtriers qui culminent dans la bataille de Yique en 293. Mais le jeu des alliances n'en finit pas de se retourner contre le royaume qui pense avoir établi sa domination : Qin est forcé de restituer ses conquêtes quand Qi allié à d'autres royaumes menace de l'attaquer ; ensuite, Qi est à son tour attaqué par Yan, Han, Zhao et Wei qui le défont malgré l'appui de Chu, mettant un terme à ses prétentions de domination ; peu après, en 278, Qin inflige une terrible défaite à Chu, prenant sa capitale Ying et constituant ainsi un bloc territorial compact autour de son centre ancien, le bassin de la Wei, et celui du Sichuan nouvellement acquis. Le vaincu est quant à lui forcé à réorganiser son territoire autour de sa partie orientale.

Zhao, qui a amélioré son armée sous le règne du roi Wuling avec l'adoption de la cavalerie, puis conquis Zhongshan vers 295, est alors la seule puissance en mesure de s'opposer à Qin après ces conflits sanglants au cours duquel il a plusieurs fois changé d'alliance entre les deux plus puissants royaumes, tout en se dotant d'une armée plus performante[44]. D'abord défaites à Huayang en 273, les troupes de ce royaume parviennent à repousser les offensives de Qin quelques années plus tard. Le roi Zhaoxiang de Qin fait alors appel à un nouveau premier ministre, Fan Sui, qui met au point une politique reposant sur l'affirmation de la royauté contre les nobles du royaume et l'expansion militaire face aux voisins directs grâce à l'alliance avec les royaumes plus lointains, avec la conquête de territoire et l'élimination des vaincus. Une nouvelle étape est franchie dans l'escalade de la violence militaire en même temps que la mise au point d'une stratégie militaire stable permet à Qin d'utiliser pleinement son potentiel acquis auparavant (les réformes de Fan Sui complétant en quelque sorte celle de Shang Yang)[45]. La première cible est le Han, le plus faible des voisins directs du Qin, qui est appuyé par le Zhao, son plus grand rival. Le général du Qin, Bai Qi, remporte une victoire décisive en 260 à la bataille de Changping, à la suite de laquelle plus de 400 000 soldats du Zhao seraient morts, en grande partie exécutés après la bataille[37]. Mais des troubles internes à Qin aboutissant à la mort de ses deux hommes forts et rivaux, Bai Qi et Fan Sui, offrent un répit aux autres grands royaumes même si désormais la prééminence de Qin est incontestée avec l'élimination du gros des forces de son dernier grand adversaire.

La victoire de Qin [modifier]

Extension approximative des royaumes combattants en 260, avant les annexions effectuées par Qin. Le tracé des frontières est approximatif.

Les trois dernières décennies de la période des Royaumes combattants sont marquées par la victoire définitive de Qin sur tous ses rivaux qui n'ont pas été en mesure d'arrêter son inexorable montée en puissance. Les causes de la prééminence de ce royaume sur ses rivaux sont diverses[46]. Sont ainsi invoqués des critères aussi variés que la situation géographique du centre du royaume, protégé par des montagnes au sud et le Fleuve jaune à l'est, les riches terres agricoles qu'il a réunies et mises en valeur par des travaux d'irrigation dans le bassin de la rivière Wei et dans le Sichuan, la technique et l'organisation militaires, la stabilité dynastique, et surtout l'ampleur et l'importance des réformes entreprises à la suite de Shang Yang qui l'ont doté d'un appareil administratif extrêmement performant[47].

C'est donc sur ces bases que se construit le premier empire chinois. La possibilité d'un changement dynastique devient effective en 256 quand le roi Zhou meurt sans que son titre ne soit repris par ses successeurs, avant que son domaine ne soit annexé par Qin en 249. Dans ce royaume, le roi Zheng monte sur le trône en 246, mais ne règne effectivement qu'en 238 quand il atteint l'âge adulte[48]. Son règne est essentiellement connu par ce que l'historien Sima Qian a rapporté dans son Shiji. Il évoque notamment le rôle de Lü Buwei, marchand devenu premier ministre en 250, poste qu'il occupe jusqu'à sa disgrâce et sa mort en 237[49]. Son remplaçant, Li Si, dirige le royaume pendant la dernière phase de la victoire de Qin sur les autres grandes puissances, conduite sur les champs de bataille par plusieurs grands généraux, dont Wang Jian et Meng Tian. En 230, le plus faible des adversaires, Han, est le premier à être annexé, sans combats. En 228, Zhao est vaincu à son tour après le siège difficile de sa capitale Handan, suivi d'un massacre, mais un membre de la dynastie fuit au nord d'où il tente de restaurer le royaume. Deux ans plus tard, Yan est envahi suite à une tentative d'assassinat du roi de Qin fomentée par un de ses princes ; la capitale est prise, mais le roi réussit à fuir plus au nord alors que son fils est exécuté. En 225 c'est Wei, qui se rend suite au siège de sa capitale et à l'inondation de celle-ci suite au détournement du cours du Fleuve jaune par les assaillants. En 223, c'est au tour de Chu, qui repousse une première campagne mais succombe à la seconde, après des conflits qui ont mobilisé des centaines de milliers de combattants, sans doute les plus gros effectifs sur toute la période. L'année suivante, l'armée de Qin élimine les derniers résistants du nord à Zhao puis à Yan. En 221, Qi se rend à Qin quand ce dernier envoie ses troupes dans sa direction. Le processus d'unification de la Chine est achevé et le roi Zheng de Qin devient l'empereur Qin Shi Huangdi, maître du premier empire de l'histoire chinoise, celui de l'éphémère mais décisive Dynastie Qin (221-206).

La centralisation étatique [modifier]

La dynamique guerrière de la période des Royaumes combattants conduit les États majeurs à renforcer leur autorité. Les plus puissantes des anciennes principautés deviennent au fil des réformes de véritables royaumes centralisés, dirigés par un monarque concentrant de plus en plus de pouvoir, lui-même appuyé sur une nouvelle classe politique spécialisée dans la direction des affaires de l'État et dévouée à son service. Cette période voit donc se produire une « révolution étatique[50] », phénomène qui accouche donc d'un nouveau type d'organisation politique, surtout connu pour le royaume de Qin, qui fournit la base des expériences impériales de la dynastie Qin et de la dynastie Han. Il reste cependant difficile de connaître les modalités concrètes de l'exercice du pouvoir, car les sources disponibles sont avant tout des récits historiques, des vies de personnages importants, ou bien des traités de ministres qui ne contiennent pas d'informations détaillées sur l'organisation de l'administration des Royaumes combattants, ce qui s'ajoute au déséquilibre documentaire qui favorise la connaissance des institutions de Qin. Néanmoins, les découvertes de textes juridiques et administratifs dans des tombes depuis un demi-siècle permettent d'éclairer un peu mieux les pratiques administratives.

L'affirmation du pouvoir des souverains [modifier]

La période des Printemps et Automnes était marquée par des entités politiques peu centralisées, où la noblesse disposait de solides assises territoriales et donc d'une large autonomie, concurrençant le pouvoir des princes locaux. Les conflits croissants, mobilisant des troupes plus importantes, ont concentré plus de pouvoirs entre les mains de certains lignages, qui après de longues luttes internes ont diminué en nombre. Au final, plusieurs principautés voient des lignages nouveaux accéder au pouvoir en renversant la dynastie régnante. Durant le IVe siècle, les sept grands royaumes combattants sont dirigés par un monarque et sa cour concentrant un pouvoir inédit. Le roi incarne l'État symboliquement. C'est ce que Mark Edward Lewis a qualifié de « ruler-centered state », « État centré sur le souverain ». Ces évolutions préparent le terreau sur lequel émerge l'idéologie impériale des Qin et des Han[51].

Cela s'accompagne sur le plan symbolique d'un changement dans la titulature des chefs de royaumes. Le roi de Zhou dispose d'une primauté qui n'est plus que de façade depuis le début de la période des Printemps et Automnes[52]. Au gré de leurs succès militaires, les véritables maîtres de la Chine, les chefs des sept grandes puissances, rejettent leurs anciens titres (que l'on traduit couramment par « duc ») pour adopter celui de « roi », wang (sauf le roi du Chu qui portait ce titre depuis la période précédente), auparavant réservé au seul roi Zhou[53]. Le duc Hui de Wei est le premier à le faire en 344, puis il persuade le duc Wei de Qi de l'imiter dix ans plus tard, après que ce dernier l'eut vaincu. Huiwen de Qin fait de même après de brillantes victoires en 325, puis la même année c'est au tour du roi de Han. Enfin, deux ans plus tard les rois de Zhao, de Yan et même de Zhongshan (qui n'est pas reconnu comme un des sept grands) font de même. En 288, à l'apogée de l'alliance entre Qi et Qin, les rois de ces deux États prennent d'un commun accord de titre de Di (respectivement « Di de l'est » et « Di de l'ouest »), auparavant réservé aux divinités[54]. Mais ils l'abandonnent vite sous la pression des autres rois. Ce terme qui donne au souverain terrestre un aspect divin est repris par le premier empereur Qin. Un autre moyen symbolique de renforcer le prestige des monarques est la constitution d'une lignée ancestrale aussi prestigieuse que celle des Zhou qui reposait sur des ancêtres remarquables (le Seigneur Millet, les rois Wu et Wen) et aussi l'appropriation d'un ensemble de rituels prestigieux leur permettant d'affirmer leur puissance. Cela contribue ainsi à abattre définitivement la force symbolique des rois Zhou et à précipiter la fin de cette dynastie[55].

Les écoles de pensée de la période sont solidaires de ces changements. Plusieurs d'entre elles développent leurs conceptions propres du monarque idéal, qui bien que divergentes se rejoignent pour affirmer sa suprématie[56], en le voyant notamment comme le pendant terrestre à la divinité suprême qui organise l'univers depuis le Ciel[57]. Elles nourrissent la pensée politique des grands ministres réformateurs qui participaient eux aussi à l’affirmation du pouvoir royal. Le cas le plus emblématique vient comme souvent de Qin, où le ministre Fan Sui a fait écarter les nobles les plus en vue à la cour, et stopper la pratique de leur concéder des domaines qui à la longue leur permettaient d’amasser une fortune et de constituer des armées personnelles dangereuses pour le pouvoir royal. Il fait en sorte que tout le pouvoir se concentre entre les mains du souverain[58]. À Chu, le premier ministre Wu Qi tente lui aussi de rabaisser les familles nobles, mais périt dans la réaction de celles-ci face à ses réformes, qui ne furent donc pas durables.

L'affirmation de la figure royale se manifeste aussi dans les réalisations architecturales, connues par les textes anciens et les fouilles archéologiques récentes. Les capitales des Royaumes combattants sont dominées par des complexes palatiaux isolés du reste de l'espace urbain par des murailles, parfois même à l'écart de l'enceinte principale dans une sorte de seconde ville, et construits sur de grandes terrasses (tai)[59]. D'autres constructions de plus en plus monumentales illustrent cette volonté de puissance : les grandes portes à piliers (que) et les tours (guan) qui les flanquent. L'ampleur de constructions évoquées dans les textes a trouvé confirmation dans les fouilles des capitales et de leurs alentours. Les fouilles de Xianyang, la capitale de Qin, ont révélé un important complexe palatial développé entre la dernière phase des Royaumes combattants et la période du Premier Empire. Le bâtiment le mieux connu de ce groupe monumental est le « palais n° 1 », dont les fondations mesurent 60 × 45 mètres. Il est constitué de deux ailes comprenant des pavillons, disposant sans doute de trois étages entourés de colonnades, dont un rez-de-chaussée servant d'espace résidentiel avec des chambres aux murs peints et peut-être un grand hall donnant sur une terrasse au premier étage, un espace de réception. Il pourrait correspondre au palais Jique construit au temps de Shang Yang et décrit par Sima Qian[60].

L'autre type de monument illustrant de façon spectaculaire la croissance du pouvoir royal est le complexe funéraire royal, dont des exemples ont été dégagés dans plusieurs royaumes[61]. Celui du roi Cuo de Zhongshan, retrouvé à Pingshan (Hebei) et resté inachevé, est un bon exemple d'autant plus que les fouilleurs y ont retrouvé un plan gravé sur une plaque de bronze[62]. Il est constitué de cinq tombes, le roi occupant la plus vaste au centre, entourée par de chaque côté par deux tombes de ses concubines ; les tombes formaient un tumulus arboré rectangulaire, qui servait de terrasse pour les pavillons à plusieurs étages, servant pour le culte funéraire, qui surmontaient chacune d'elles ; des fosses à offrandes (chars, chevaux, bateaux) accompagnaient les défunts ; le complexe est compris dans une double enceinte, la plus vaste mesurant 410 × 176 mètres. De tels ensembles pouvaient être bâtis sur des terrasses artificielles et des collines pour élever encore plus le souverain décédé. Cette tradition trouve ensuite son apogée dans le célèbre mausolée du Premier empereur.

Recomposition de l'élite politique [modifier]

Les souverains s'appuient sur un nouveau groupe de serviteurs présentant de grandes différences avec les élites politiques des périodes précédentes qu'ils supplantent[63]. Les royaumes étaient traditionnellement dominés par des grands lignages nobles disposant de bases territoriales et occupant les principaux postes civils et militaires, jusqu'à celui de « premier ministre » dirigeant dans les faits la majorité des affaires du royaume. Tout en conservant une place élevée, comme l'illustrent les « Quatre Seigneurs des Royaumes combattants » dont Sima Qian a rédigé les biographies (quasiment tous liés à la famille régnante de leur royaume), ces aristocrates sont de plus en plus concurrencés par les membres la classe des « gentilshommes » (shi) dont les membres, issus de lignages secondaires de familles nobles, occupaient traditionnellement des fonctions administratives et militaires de second rang. C'est parmi eux que se recrutent désormais les principaux serviteurs du souverain[64]. Il s'agit d'un groupe de spécialistes du savoir ou des armes, donc tout disposés pour les charges qui leur sont attribuées. Ils sont mus par des motivations diverses : sens du devoir envers le souverain et le bien public, ou bien appât du gain, arrivisme et carriérisme car le service de l'État est alors le moyen le plus efficace et rapide d'enrichissement et d'ascension sociale. Désormais dépendants de la seule volonté du roi car leur charge est vue comme découlant du pouvoir de celui-ci, ils se distinguent par leurs capacités et non plus le fait qu'ils proviennent d'un lignage prestigieux, l'hérédité étant moins déterminante[65]. Cela aboutit à l'époque impériale à la constitution d'une élite de fonctionnaires lettrés spécifique à la Chine (justement désignée par le terme de shi dont le sens a progressivement évolué), qui voit la source de son prestige dans le service de l'État où elle montre ses talents intellectuels et dispose d'une autorité morale sur le reste de la société.

La classe politique lettrée est à l'origine d'une production littéraire abondante qui contient des conseils sur le bon gouvernement, les réformes à appliquer, aussi bien sur la fiscalité que l'économie, ou encore l'organisation et l'art militaire qui sont une préoccupation majeure. C'est le cas de tous les grands penseurs de la période qui seront abordés plus loin, dont le but premier des écrits est politique. Des livres politiques sont également associés au nom d'un ministre prestigieux sans qu'on ne sache s'il l'a réellement écrit. Des figures fameuses de ce type d'écrivains-hommes politiques (supposés) sont Li Kui, ministre de Wei à la fin du Ve siècle, Shen Buhai qui officie à Han un demi-siècle plus tard[66], Wu Qi à Wei puis Chu au début du IVe siècle, et surtout Shang Yang, ministre de Qin au milieu du IVe siècle, à qui sont attribuées les principales réformes qui ont fait de cet État la plus grande puissance de la Chine, bien qu'il soit probable qu'il ne soit pas à l'origine de toutes[67],[39]. Lui-même originaire de la petite principauté de Wey, il sert Wei avant d'être obligé de le fuir, et se réfugie à Qin où il assiste le souverain Xiao pendant plusieurs années, avant d'être exécuté suite à des manigances de rivaux après la mort du prince qui le protégeait.

Cette période se caractérise en effet par une grande instabilité du personnel politique, dans un contexte de luttes âpres pour gagner les faveurs des monarques et pour l'emporter sur les rivaux. Les hauts serviteurs de l'État sont souvent des déracinés à la loyauté fluctuante, qui se déplacent de royaume en royaume à la recherche d'un souverain acceptant de les employer, ce qui constitue un véritable « marché des talents » politiques où les cours se concurrencent[68]. Ils préparent des plans d'action souvent fondés sur la ruse et la violence, qu'ils proposent à celui qui voudrait bien les écouter. Cela confère une relative autonomie à ces hommes politiques, ce qui est une source de méfiance pour les rois qui les accueillent, leur loyauté ne leur étant pas acquise. Certains d'entre eux (appelés shui, quelque chose comme « sophistes ») se sont spécialisés dans l'art du langage, de la persuasion, et donc de la ruse, de la duplicité et de la tromperie[69]. Leurs stratagèmes politiques ont été couchés par écrit dans des traités de l'« école de la diplomatie », comme le Zhanguoce (Stratagèmes des Royaumes combattants), compilant des anecdotes de stratégies politiques qui auraient été employées dans les différents royaumes de cette époque, pas forcément fiables historiquement, mais révélant le peu de scrupules des membres des cours royales d'alors et se plaisant parfois à les opposer aux propos plus nobles des moralistes, qui sont rarement suivis[70].

Quelle que soit leur origine, les proches conseillers du roi profitent de sa proximité pour amasser des fortunes considérables. Ils peuvent constituer de véritables cours autour d'eux, attirant des petits gentilshommes lettrés qui deviennent leurs clients et serviteurs. Le prestige d'un ministre se mesure à l'ampleur et à la qualité de sa clientèle[71]. C'est sous les auspices des hauts dignitaires que se développent les courants de pensée de la période des Royaumes combattants, les cours étant des lieux de débats intenses. La richesse de ces personnages se voit également dans les tombes de plus en plus vastes et richement dotées qu'ils se font construire[72]. La menace que représentent les puissants dignitaires pour le pouvoir central n'a en fin de compte jamais été totalement éliminée, et c'est de l'opposition des descendants des grandes familles des Royaumes combattants qu'est venue la chute de l'empire Qin[73].

Les nouveaux cadres du pouvoir [modifier]

Les réformes mises en place dans plusieurs des principaux États durant la période des Zhou de l'Est contribuent à la constitution de véritables entités politiques centralisées. Ce mouvement débute dès la période des Printemps et Automnes, durant laquelle il a déjà ses figures marquantes comme Zi Chan à Zheng et Guan Zhong à Qi. Durant la période des Royaumes combattants, il est porté par l'essor des idées légistes[74], qui sont appliquées le plus strictement à Qin sous l'impulsion de Shang Yang, Fan Sui et Li Si. Telles qu'elles ont été mises en évidence, notamment par L. Vandermeersch[75], les réformes se concentrent sur quelques points principaux visant à bouleverser l'ordre ancien remontant à la période des Zhou de l'Ouest :

  • des nouvelles circonscriptions administratives dirigées directement par l’État se substituent aux anciens « fiefs » des clans aristocratiques ;
  • les agents de l'État sont recrutés en fonction de leurs mérites et non plus de leur appartenance à un groupe familial influent ;
  • la société rurale est réorganisée autour de regroupements de familles formant des unités économiques et militaires disposant de leurs propres terres ;
  • des lois souvent s'appliquant à tout le monde visent à instaurer l'ordre en châtiant durement les délits et en récompensant les agissements conformes aux volontés de l’État.

Ces réformes sont appliquées avec des succès divers mais contribuent à une importante recomposition des institutions et de la société.

Dans les détails, l'administration territoriale n'est pas homogène dans les différents royaumes et les réformes les éloignant des formes traditionnelles d'organisation politique ont été plus ou moins poussées selon les pays. L'unité de base est généralement le « district » ou « canton » (xian) qui apparaît à Chu durant la période des Printemps et Automnes. C'est à l'origine un territoire conquis attribué à des membres de la noblesse de façon héréditaire, leur permettant de se constituer une base locale de puissance. Avec le temps, le gouvernement central prend l'habitude de conserver ces circonscriptions et de s'en servir pour attribuer des fiefs non héréditaires à ses serviteurs des couches basses de la noblesse, de façon à éviter la constitution de pouvoirs locaux tels qu'il en existait auparavant. Les réformes de Shang Yang à Qin ont pour effet d'étendre le modèle du district aux territoires plus anciens. Cette unité devient progressivement la circonscription de base de la Chine, ce qu'elle est encore aujourd'hui. Les districts sont regroupés dans des unités plus vastes, les « commanderies » (jun). Ces circonscriptions disposent généralement d'un gouverneur civil et d'un gouverneur militaire, et au niveau local des administrateurs servent de relais entre la population et l’État[76].

Les agents du pouvoir sont de plus en plus recrutés en fonction de leurs mérites, suivant une volonté mise en avant en particulier par Shen Buhai alors qu'il était ministre à Han. Une tombe de Shihuidi (Qin) a livré un extrait de code de lois indiquant les tâches prioritaires d'un fonctionnaire et des pratiques à suivre (tenue des documents officiels, inspections, enquêtes, interrogatoires) et un texte décrivant le fonctionnaire idéal (obéissance à la hiérarchie, loyauté au pouvoir, impartialité, etc.)[58]. On cherche ainsi à façonner l'image d'un serviteur idéal de l'État, qui délaisse les solidarités lignagères et locales. Des instruments de contrôle de ces agents publics sont mis en place pour s'assurer de leur compétence et de leur loyauté : les actes administratifs doivent être authentifiés suivant des principes stricts, les administrateurs doivent rendre des comptes tous les ans, et d'une manière générale les fonctionnaires sont rétribués suivant leurs mérites, et ils peuvent être révoqués en cas d'incompétence[77].

Les réformes territoriales de Qin s'accompagnent de l'institution d'une nouvelle taxe, la capitation (fu) pesant sur les maisonnées en fonction du nombre d'adultes mâles, ce qui suppose le recensement des personnes, et aussi probablement celui de la superficie de terres dont ils disposent. Les paysans sont ainsi réorganisés dans de nouvelles relations avec le pouvoir, écartant l'autorité des aristocrates locaux qui auparavant encadraient les travaux ruraux et plus largement les groupes familiaux grâce à l'autorité de leur lignage[76]. Les communautés familiales paysannes sont également organisées en groupes liés par une responsabilité collective, la faute d'un seul des éléments pouvant rejaillir sur tout le groupe, ce qui incite à une surveillance collective et à la délation. Ces principes s'alignent sur ceux des unités militaires qui sont constituées sur la même base locale[78].

Un dernier ensemble de changements servant et illustrant le renforcement de l'autorité étatique concerne directement les sujets des royaumes : il s'agit des modifications des corpus de lois. Cela a pour but de servir la centralisation autour du pouvoir étatique, en lui assurant le contrôle d'une société que l'on veut uniformiser, dont les hommes et les productions servent à élever la puissance militaire. La mise par écrit des lois, déjà entamée à la période précédente, se renforce pour chasser les lois coutumières et la justice exercée par les grands lignages nobles[79]. Des peines graduelles sont mises en place en fonction de la gravité du délit : amendes, travail forcé, châtiments corporels et mise à mort. En contrepartie à cet ensemble de peines, les plus méritants étaient récompensés par des honneurs et des présents (en or, terres, titres, etc.), notamment ceux qui se distinguent au combat ou dénoncent les méfaits d'autres personnes[80].

Une période guerrière [modifier]

La seule lecture de l'enchaînement des conflits ne suffit pas à faire ressortir le caractère guerrier de la période des Ve-IIIe siècles chinois, qui justifie l'appellation de « Royaumes combattants ». L'évolution des techniques et des pratiques militaires est très rapide et profonde sur cette période, entraînant des bouleversements qui affectent non seulement la structure des États mais aussi celle de la société dans son ensemble, et même les modes de pensée, à tel point qu'on a pu parler d'une « militarisation de la société[81] ». La recherche de la puissance guerrière devient le moteur de l'évolution des royaumes, et entraîne une rupture considérable avec la période précédente. La guerre à cette période est cependant difficile à appréhender car elle est avant tout connue par des récits de combats et de vie de généraux exemplaires, et des traités militaires qui présentent des visions idéalisées[82].

Évolutions de l'armement et des systèmes défensifs [modifier]

Plusieurs innovations dans l'armement provoquent une modification des techniques de combat au cours de la période des Royaumes combattants[83],[82]. Auparavant, les armes principales étaient les chars de guerre conduits par des nobles, et la lance, la hallebarde et l'arc rétroflexe utilisés par les fantassins appuyant les premiers. Un changement technique majeur dans l'armement des Royaumes combattants est l'apparition de l'arbalète[84]. Largement plus puissante que l'arc, elle projette des carreaux qui peuvent transpercer des armures solides et atteindre des cibles plus lointaines, ce qui en fait l'arme la plus destructrice sur le champ de bataille. Des arbalètes plus grandes sont montées sur roues pour les sièges. La prépondérance du combat au corps à corps entraîne la diffusion des épées, généralement en bronze (parfois en fer après le IVe siècle), qui s'allongent au fil du temps, passant de 40 à 70 centimètres en moyenne pour devenir plus maniables[85]. Les fantassins sont protégés par des armures en cuir sur la majeure partie de la période, mais à la fin se développent les casques et les cuirasses en fer, plus résistantes[86]. La charrerie est quant à elle supplantée par la cavalerie montée qui se développe sans doute sous l'influence des peuples cavaliers de la steppe : Zhao crée sa cavalerie sur le modèle des nomades du nord au contact desquels il se trouve. Leur technique de tir à l'arc au galop, leur tunique et leur pantalon sont également adoptés, et bien souvent les chevaux de combat leur sont achetés[87],[83],[86],[88]. Cela offre de nouvelles possibilités aux stratèges, qui peuvent mener des raids, des attaques surprises, poursuivre les ennemis sur de longues distances, etc.

Armes de la période des Royaumes combattants

Les systèmes défensifs connaissent également de nombreuses améliorations au cours de la période[89],[90],[91]. C'est alors que sont érigées les premières grandes murailles en terre damée, qui servent surtout à protéger les royaumes les uns des autres (et non à repousser les attaques de peuples des steppes), et se situent souvent à l'intérieur des territoires et pas uniquement aux frontières. Elles défendent avant tous les points stratégiques, notamment les lieux de passage comme les passes, les rivières, où sont positionnées des garnisons permanentes résidant dans des forts, ainsi que des tours de garde. Les premiers systèmes de murailles destinés à repousser des Barbares des steppes du nord sont construits à partir de la fin du IVe siècle, quand ces peuples se font plus pressants face aux États septentrionaux (Yan, Zhao et Qin). Ils sont à l'origine de la première Grande Muraille frontalière érigée sous l'empire Qin[92]. Face à ces systèmes de défense, les techniques de poliorcétique sont simples : on tente de franchir les fortifications adverses en creusant des tunnels, ou en les escaladant par de grandes échelles[93].

Domination de l'infanterie et explosion des effectifs [modifier]

Soldats de l'armée en terre cuite du tombeau de Qin Shi Huangdi, équipés de façon similaire aux troupes de la fin des Royaumes combattants.

L'organisation des armées connaît de grands bouleversements[89],[94]. Alors qu'à la période des Printemps et Automnes le cœur de l'armée était constitué des chars de guerre conduits par la noblesse traditionnelle, désormais l'infanterie l'a largement supplantée, et devient l'élément-clé des grandes batailles, accompagnant les évolutions de son armement offensif et défensif. Le gros des troupes est donc constitué de paysans formant une véritable « chair à canon » si l'on en juge par la mortalité élevée lors des combats. Les méthodes de mobilisation varient. Un système incitatif de recrutement par versement de primes ou attribution d'exemption d'impôts semble exister d'abord, avant que Qin n'instaure au IVe siècle le premier système de recrutement obligatoire, équivalent à une corvée due à l'État, en mettant en place un système d'organisation quasi-militaire de la société permettant de lever des unités de combattants organisés sur une base familiale et locale (ce qui est censé favoriser la cohésion des troupes)[95].

Ces groupes sont dirigés par des officiers (issus de la classe des gentilshommes, shi) chargés d'orienter les mouvements des soldats suivant les ordres des stratèges plus que de combattre. Les soldats de Qin sont récompensés pour chaque tête d'ennemi rapportée, leur permettant de gravir une échelle des statuts conférant des avantages pour toute leur famille. Les Royaumes combattants ont aussi mis en place des corps de troupes d'élites sélectionnées et formées, qui forment des gardes spéciales autour des généraux et disposent de privilèges (salaires élevés, exemptions de taxes et de corvées pour leurs domaines)[96]. Une description des troupes d'élite de Wei donnée dans le Xunzi indique que ces soldats avaient de lourdes armures, des arbalètes et des hallebardes.

La place centrale de l'infanterie et les évolutions de son armement vont de pair avec l'explosion quantitative des armées. Alors qu'elles étaient constituées au maximum de 30 000 soldats à la fin de la période des Printemps et Automnes, les armées mobilisées par les Royaumes combattants se chiffrent manifestement en centaines de milliers d'hommes. Les nombres de soldats en armes et surtout ceux des morts à l'issue d'une bataille qui sont donnés par les sources anciennes ne sont pas forcément fiables, mais montrent au moins que la tendance à la croissance des effectifs est réelle et marque fortement les esprits. Ainsi, les troupes d'infanterie des royaumes les plus puissants (Qin, Qi et Chu) sont évaluées à environ 1 million d'hommes, en incluant les troupes de garnison ou même celles chargées de travaux et de logistique. Les troupes effectivement mobilisées en campagne atteignent les 100 000 soldats au début de la période, et bien plus à la fin (les textes anciens disent que 400 000 soldats de Zhao sont morts à la bataille de Changping)[97].

La figure centrale : le stratège militaire [modifier]

Ces différentes évolutions s'accompagnent d'un changement des valeurs guerrières. Auparavant le combat était pour les nobles l'occasion de prouver leur bravoure et leur sens moral, et s'apparentait à un acte rituel ou à une ordalie dans laquelle les dieux décident du vainqueur[89]. Désormais, les combats impliquent des armées plus nombreuses, reposant sur la piétaille, la violence est accrue car le but est la destruction de l'adversaire, et le respect de règles éthiques au combat n'est plus prôné. La période des Royaumes combattants valorise la figure du stratège militaire, qui recherche la victoire la plus complète et la plus efficace pour anéantir l'adversaire, quel que soit le moyen employé, sans se préoccuper de faire preuve d'un comportement noble ou de suivre les volontés divines. C'est pour cette raison que parmi les grands personnages consacrés par l'historiographie traditionnelle de cette période figurent de nombreux généraux (jiang ou jiang jun), tels que Wu Qi, Tian Ji, Bai Qi et Wang Jian, ou même des conseillers militaires ne dirigeant pas les troupes effectivement comme Sun Bin[38]. Parfois les généraux se succèdent au sein d'une même famille, comme les Meng à Qin (Meng Wu et son fils Meng Tian)[98].

Cela explique la rédaction de nombreux traités militaires au cours de cette période, qui sont l'œuvre de ces spécialistes[99]. Le plus célèbre est celui qui est connu de nos jours comme l'Art de la guerre de Sun Zi[100], mais d'autres nous sont parvenus, comme celui de Sun Bin retrouvé dans une tombe en 1972[101]. Ils présentent une figure idéale du chef militaire sachant préparer ses troupes de façon optimale, reconnaissant les moments idéaux pour lancer une offensive décisive. Concrètement, ces traités abordent divers sujets comme le choix des soldats, les formations de combat, les différents types d'attaques, l'organisation des défenses, l'espionnage, etc. Le but est l'efficacité, et les plus longs développements concernent plus la préparation des combats que leur déroulement. La victoire par un minimum de coûts voire sans combat est vue comme l'idéal, suivant le précepte du « non-agir » (wuwei), base de la pensée stratégique chinoise, qui contraste avec le fait que les conflits des Royaumes combattants se terminent généralement par de véritables bains de sang.

Les écrits stratégiques ont donc une dimension philosophique, car il s'agit avant tout d'être supérieur en esprit à son adversaire, cette supériorité ne pouvant que se retranscrire par la victoire[102]. Ils relèvent d'un courant de pensée à proprement parler, l'« école des stratèges » qui emploie des concepts similaires à ceux des autres écoles de pensée de l'époque (yin et yang, Cinq phases, dao), et emprunte des idées au légisme ou au confucianisme. La réflexion sur la place du fait militaire dans la société ne concerne d'ailleurs pas que cette école, mais aussi d'autres penseurs comme Xunzi, ou les légistes qui cherchent les conditions de constitution d'une puissante armée, ou même les moïstes qui par esprit pacifique réfléchissent sur les techniques de poliorcétique pour défendre les places assiégées. Des lois militaires et des textes sur la façon d'administrer l'armée et d'organiser sa discipline existent également[103].

La guerre et les changements politiques et sociaux [modifier]

Les bouleversements que subissent les pratiques militaires accompagnent les évolutions des sociétés des Royaumes combattants à cette période. La guerre devient essentielle du fait du changement d'échelle : non seulement les effectifs mobilisés sont considérables, et les fronts militaires lors des grandes batailles occupent des dizaines de kilomètres, mais en plus les campagnes peuvent désormais s'étaler sur plus d'une année et non plus seulement une saison comme avant[104]. Les États doivent alors disposer de plus grands moyens financiers, pour assurer l'équipement, l'entretien et la logistique de ces troupes. La conduite de la guerre devient leur priorité essentielle, mobilise la plupart de leurs ressources, énergies et réflexions[105]. Les gouvernants prennent pleinement conscience du fait que la puissance économique, et avant tout la richesse agricole, est essentielle dans la détermination de la puissance militaire, et les problématiques économiques n'en deviennent que plus importantes à leurs yeux[106].

Plus largement, les évolutions militaires accompagnent les recompositions sociales[107]. Elles consacrent la déchéance de l'ancienne noblesse et de ses valeurs rituelles et morales face aux nécessités de l'efficacité et de la victoire à tout prix. À l'inverse, elles bénéficient aux paysans qui dépendaient auparavant des nobles, et deviennent les premiers producteurs, contribuables et combattants pour le compte de l'État[108]. Mais le coût humain à payer par ces mêmes paysans pour satisfaire les ambitions des hommes de pouvoir est très lourd, puisqu'ils deviennent de simples pions sacrifiés dans des combats souvent très meurtriers, les vaincus étant parfois tous passés par le fil de l'épée[109].

Expansion économique et recompositions sociales [modifier]

En dehors des cercles du pouvoir et des élites, la période des Royaumes combattants voit des changements importants affecter l'ensemble de l'économie et de la société. Une partie de ces évolutions est sans doute liée au rôle croissant de la guerre et à la centralisation étatique. Cela a au moins eu une incidence sur les nombreux progrès techniques qui soutiennent la croissance économique, et également sur les améliorations de la productivité agricole, et l'impulsion donnée à d'autres activités qui étaient des sources potentielles de revenus pour l'État, ne serait-ce que par les prélèvements[110]. La période des Royaumes combattants est aussi marquée par une croissance démographique forte, qui a des incidences aussi bien dans le monde rural que dans le monde urbain.

L'agriculture et le monde rural [modifier]

Vue d'une partie du système d'irrigation de Dujiangyan dans le bassin du Sichuan, construit au IIIe siècle av. J.-C. par des ingénieurs du Qin et qui a continué à être développé depuis.

La production agricole de la Chine de la période des Zhou orientaux repose avant tout sur les céréales, qui ont une répartition géographique spécifique : le bassin du Fleuve jaune est une zone de culture du millet, de l'orge et du blé, tandis que plus au sud, dans le bassin du Yangzi, le riz domine aux côtés du millet[111]. La principale culture spéculative semble être celle du mûrier dans le cadre de l'élevage de vers à soie[112]. L'agriculture a connu un essor sous les Royaumes combattants, et ce sous l'influence de plusieurs facteurs, dans lesquels les dirigeants des États ont joué un rôle incitatif[106].

La progression des défrichements a permis de mettre en culture de nouvelles terres. D'autres ont été gagnées par le drainage et l'assèchement de zones humides. Ensuite, plusieurs grands projets d'aménagements hydrauliques permettent d'étendre les périmètres irrigués. Certains ingénieurs sont passés à la postérité grâce aux grandes réalisations qu'ils ont mis au point avec l'appui des gouvernants : les douze canaux de la région de Ye, près de Handan (Hebei actuel) faits par Ximen Bao ; le système d'irrigation de Dujiangyan sur la Min (Sichuan) conçu par Li Bing ; et le canal construit par le fils de ce dernier, Zheng Guo, reliant les rivières Luo et Jing, deux affluents de la Wei. C'est la région de cette dernière, située dans le royaume de Qin, qui bénéficie de la plus forte croissance agricole (et donc démographique), de même que la région de Chengdu, dans l'État de Shu puis Qin. En dehors des frontières de Qin, la région du cours inférieur du Fleuve jaune a également une agriculture prospère (notamment à Wei et à Qi). Mais ces grands aménagements ne sont sans doute pas les facteurs les plus déterminants dans cet essor agricole, car les systèmes d'irrigation semblent plutôt secondaires, et que leur construction et leur fonctionnement pouvaient se faire à l'échelle des communautés locales[113].

D'autres facteurs de croissance de la production agricole sont à chercher dans les progrès techniques améliorant l'outillage servant pour l'agriculture, les défrichements et les grands travaux, notamment la diffusion des outils comprenant des pièces en métal, d'abord du bronze puis de plus en plus du fer (têtes de houes, bêches, faucilles, socs d'araires, haches, etc.), remplaçant ainsi l'outillage à base de bois et de pierre en usage depuis le Néolithique, alors que l'araire tirée par des bœufs prenait plus d'importance[114]. Cette période voit aussi les débuts de l'agronomie, qui faisait l'objet d'ouvrages expliquant le calendrier et les techniques agricoles (avec des rotations de culture permettant parfois de récolter une céréale de printemps et une céréale d'automne la même année), le drainage, les types de sols, etc.[115] L'usage d'engrais est également vanté par certains ouvrages[116]. La diffusion des innovations techniques est cependant lente et semble avoir été limitée à certaines régions, et surtout aux élites et donc aux grandes exploitations.

Cet essor agricole s'accompagne d'un bouleversement de la société rurale, lui aussi très influencé par les volontés des gouvernements. Les régions les plus prospères deviennent de grands espaces de cultures continus au peuplement de plus en plus dense. Il en résulte la création de nouveaux villages et de nouvelles circonscriptions, donc de nouveaux espaces contribuant à l'impôt, qui étaient peuplés par des paysans ne dépendant pas des anciens lignages nobles dominant les vieilles zones de culture[117]. Avec le déclin de l'ancienne noblesse, les paysans dépendent désormais directement de l'État, qui renforce son contrôle sur eux, ce qui se traduit à Qin par un encadrement dans un esprit militaire. L'administration cherche à recenser la population rurale, à l'organiser en groupes hiérarchisés, à la surveiller, et à la fixer sur des terres, tout en permettant les achats et la vente de terres à la différence de ce qui se faisait précédemment[118]. Les gouvernants encouragent ainsi la petite propriété paysanne. Suivant une vision utilitariste, Shang Yang veut constituer une nouvelle paysannerie indépendante, contribuant pour les richesses de l'État, accomplissant des corvées et combattant dans l'armée[119]. En effet les penseurs de cette période estiment que la production agricole est la seule créatrice de richesse, à la manière de la pensée physiocratique de l'Europe moderne[120]. C'est donc sur les paysans qu'est censée reposer la puissance économique et militaire des royaumes chinois. Pour autant, tous les paysans ne bénéficient pas d'un accès stable à la propriété, loin de là : les inégalités rurales sont très fortes, des grandes propriétés dominant d'autres plus petites, tandis que beaucoup de paysans endettés perdent leurs terres, étant parfois réduits en esclavage ; un grand nombre d'ouvriers agricoles a une condition précaire, devant parfois migrer pour travailler en ville[121]. Les grands serviteurs de l'État dominent le monde rural, bénéficiant de la concession des revenus de grands domaines.

L'artisanat [modifier]

Deux épées en bronze et une épée en fer, exemples des productions de l'artisanat métallurgique de la période des Royaumes combattants.

Les activités artisanales sont elles aussi sorties progressivement des cadres traditionnels de l'économie dirigée par les palais des rois et des grandes maisons nobles[122]. Se développe alors un artisanat privé très diversifié qui profite de l'essor des grandes villes et des échanges. Les ateliers dépendant des pouvoirs royaux sont les mieux connus. D'après ce que l'on voit dans des textes littéraires et juridiques, ils sont encadrés par des fonctionnaires choisis parmi les spécialistes du métier concerné, qui ont apparemment une fonction de formateurs ; des équipes d'artisans forment les unités de base de la production. Les artisans les plus spécialisés ou réputés font l'objet des convoitises des rois qui cherchent à les attirer dans leurs ateliers. Une partie des artisans des palais est également constituée de non-libres, souvent des prisonniers de guerre. Les découvertes archéologiques donnent des informations sur les productions courantes et les productions de luxe, à savoir les « œuvres d'art » de la période qui seront abordées plus loin, toujours commanditées par le palais. Les objets de qualité portent souvent le nom, le statut et la ville d'origine de l'artisan les ayant réalisés ou ayant dirigé leur confection. Les espaces artisanaux retrouvés lors des fouilles de certaines villes sont couramment situés près des espaces palatiaux, comme si leur localisation reflétait leur soumission à l'autorité politique ; c'est ainsi le cas des ateliers de Qufu, capitale de Lu, où étaient réalisés des objets en bronze, fer, céramique et os[123].

Le secteur artisanal le mieux connu est la production métallurgique, qui connait de grandes évolutions depuis la dernière phase de la période des Printemps et Automnes. C'est alors qu'apparaissent les premiers exemples de production de masse (les fondeurs du IIIe siècle av. J.-C. emploient des équipes de plus de 200 hommes[124]), bien connus grâce aux fouilles effectuées dans les ruines de la fonderie de Houma dans l'État de Jin[125]. Cela est rendu possible grâce à l'excellente maîtrise de la technique de fonderie du métal avec moulage standardisé atteinte alors par les artisans chinois. L'utilisation d'un nombre croissant d'outils en métal soutient le développement des activités économiques, que ce soit l'agriculture, l'artisanat, la construction, l'extraction minière ou même le commerce par les échanges dont ils font l'objet, expliquant sans doute dans une large part l'avance matérielle et technique dont dispose la civilisation chinoise à partir de cette période par rapport aux autres civilisations[126].

Durant la période des Royaumes combattants, un grand changement est le développement de la sidérurgie, en particulier avec la découverte de la fusion du fer. Il s'agit d'une révolution technologique car auparavant, seul le fer forgé était connu, obtenu par un martelage laborieux d'une loupe obtenue au bas fourneau. La fusion du fer, alors obtenue par fusion dans des fours dédiés (il s'agit de fours proches du cubilot), de loupes de bas fourneaux, donne naissance à un matériau nouveau, la fonte. En effet, on constate l'apparition d'objets en fonte sur les sites archéologiques dès le Ve siècle av. J.-C.[127] (essentiellement des outils agricoles et des armes, mais aussi de la vaisselle, le bronze restant cependant courant[128],[129]). L'adoption de la fonte par les Chinois, qui en identifient, vingt siècles avant les Européens, les avantages, s’accompagne d'une forte dynamique de progrès : la fonte blanche, cassante, est convertie en fonte malléable à partir du IIIe siècle[130] et les fours sont améliorés jusqu'à devenir, pendant la dynastie Han, au Ie siècle av. J.-C., des hauts fourneaux capables de fondre directement le minerai[124].

Les échanges et la monnaie [modifier]

Alors que le commerce concernait surtout les produits de luxe destinés aux élites durant les périodes précédentes, des produits de consommation courante sont de plus en plus échangés au cours de la période des Royaumes combattants, tels que les étoffes, les peaux, le cuir, le bois, le sel, ou même les céréales[131]. Cela se fait en lien avec le développement de l'agriculture et de l'artisanat, ainsi que la croissance démographique, et permet alors l'émergence d'une classe marchande de plus en plus riche, contribuant à enrichir l'État par ses activités et les taxes qui frappaient de plus en plus les marchandises, parfois prélevées dans des marchés officiels dirigés par le pouvoir politique. Les membres les plus puissants de la classe marchande, dirigeant des expéditions commerciales très importantes, sont aussi de plus en plus influents, puisque certains d'entre eux obtiennent des charges importantes dans les cours royales. L'exemple le plus illustre est celui de Lü Buwei, premier ministre de Qin et régent du royaume pendant la minorité de Ying Zheng[49]. Comme ce personnage, les marchands ont une influence croissante sur la pensée politique et scientifique de leur temps, en dépit du mépris qu'a eu à leur égard la tradition confucéenne postérieure, peu favorable aux marchands. Il apparaît en tout cas que l'essor du commerce et de la monnaie s'accompagne chez plusieurs penseurs de l'époque de réflexions économiques, notamment sur des concepts rappelant ceux de profit ou même les mécanismes de marché (en particulier dans le Guanzi, lié au courant légiste), guidées par les débats sur l'intervention de l’État dans les activités (notamment les prélèvements de richesses via la taxation)[132].

Dao, objets en forme de couteau servant de moyen de paiement, provenant du Yan.

La croissance des échanges profite des progrès techniques de la période qui accouchent alors de moyens de transport plus performants au IIIe siècle, grâce au perfectionnement de l'attelage et des roues à rayons[133]. Différents moyens de paiement étaient employés depuis la période précédente, certains se développant sous les Royaumes combattants. Les autorités émettrices n'étaient pas forcément des États (qui n'ont alors aucun monopole de frappe de monnaie), car souvent les monnaies semblent émises par des villes, donc sans doute les marchands de celles-ci. Quatre types d'objets en métal (bronze ou fer) servaient de monnaie, répartis dans des aires géographiques pouvant se chevaucher. Le plus ancien est le bu, en forme de bêches, utilisé dans les trois royaumes issus de Jin et ceux de la Plaine centrale où ils s'étaient développés précédemment, ainsi que dans des régions voisines. À Qi, Yan et Zhao (donc au nord-est) circulaient les dao, en forme de couteau. Au sud, à Chu et dans les régions voisines, on utilisait des yibi, en forme de cauris, et parfois des plaques en or de forme carrée ou ronde. Les premières pièces de monnaie circulaires percées en leur centre circulaient à Zhou, Zhao et surtout à Qin (banliang), forme qui triomphe à l'époque impériale (les « sapèques »). Plusieurs de ces types de monnaie avaient un trou, permettant d'en attacher plusieurs par un fil, formant des « ligatures », forme sous laquelle les sapèques ont circulé couramment par la suite. Enfin, les textes réglementaires de Qin du milieu du IIIe siècle indiquent que des rouleaux de tissu (bu) servaient de monnaie, autre pratique courante aux périodes suivantes de l'histoire chinoise[134]. La place de ces formes de monnaie dans l'économie des Royaumes combattants reste à déterminer plus précisément : elles semblent servir surtout dans la sphère du pouvoir, que ce soit pour la rétribution de dignitaires et fonctionnaires, ou bien pour le versement des impôts par les sujets, ainsi que dans les pratiques funéraires puisqu'il s'en trouve parmi les offrandes dans des tombes. De ce fait, même si la monnaie servait de plus en plus dans les échanges courants (surtout à partir du IVe siècle), l'économie n'était pas pour autant monétisée[135].

Les échanges des royaumes chinois avec les peuples voisins se développent au cours des IVe-IIIe siècles[136]. Cela profite avant tout aux États périphériques : Yan qui était en contact avec la Mandchourie et la Corée ; Zhao et Qin avec les peuples des steppes du nord-ouest et par là vers l'Asie centrale et même l'Inde ; Chu vers les régions méridionales de la Chine actuelle. Ces contacts commerciaux allaient de pair avec des conflits militaires, portant les germes des futures expéditions lointaines des empires Qin et Han[137].

Le développement des villes [modifier]

Tentative de reconstitution en maquette de la ville de Linzi, capitale du royaume de Qi. Premier plan : espaces marchands et artisanaux. Au fond : le complexe palatial avec les pavillons sur terrasse.

La période des Royaumes combattants voit le monde des villes connaître un développement important, bien connu par les textes et surtout les fouilles archéologiques récentes de nombreux sites urbains. Ce sont en premier lieu les capitales des différents royaumes qui profitent de cet essor, bénéficiant donc de leur statut politique et des volontés des chefs d'État. Les États changent souvent de capitale au cours du IVe siècle et du IIIe siècle, construisant de nouvelles villes planifiées, parfois en parallèle avec leurs réformes politiques[138]. Ainsi, la période de grandes réformes de l'État de Qin sous le ministère de Shang Yang s'accompagne du déplacement de la capitale de Lingtong à Xianyang, imitant Han, Wei et Zhao qui avaient fait de même durant les décennies précédentes. Après la conquête du Sichuan, le Qin y fait construire une capitale provinciale à Chengdu, sur le modèle de sa capitale royale. Mais le facteur décisif dans le développement des grandes villes est l'essor démographique et économique, qui en fait des grands centres commerciaux et artisanaux en plus de centres politiques, dépassant de loin les modestes centres urbains de la période précédente[139].

Parmi les plus vastes cités on comptait Handan à Zhao, Ying à Chu avant sa prise par Qin, et surtout Linzi, capitale de Qi, qui passait pour être la plus vaste, et aurait compté selon Sima Qian plus de 70 000 foyers et donc peut-être 350 000 habitants. Les fouilles ont révélé que ses murailles mesuraient de 28 à 38 mètres de large, étaient précédés par un fossé large et s'étendaient sur environ 16 kilomètres de long, enserrant un espace de plus de 1 600 hectares[140].

Les capitales étaient traditionnellement dominées par un quartier palatial isolé par des murailles internes et construit en hauteur sur une plateforme, montrant la prééminence du pouvoir politique dans le paysage urbain, renforcée par l'érection de hautes portes-tours (que). À partir de ce principe s'est développé un modèle de « ville double », dans lequel était adjointe à l'ancienne enceinte une nouvelle abritant généralement le centre du pouvoir organisé autour du palais, qui se différenciait donc du reste de l'espace urbain. Par exemple, à Linzi le secteur palatial s'étendait sur environ 300 hectares regroupant le palais royal et ses dépendances (dont des ateliers monétaires), tandis que le reste de la ville recouvrait environ 1 300 hectares[141]. Cette organisation était le reflet de la société urbaine qui s'est alors mise alors en place, reposant sur une séparation plus nette entre ceux qui exerçaient des fonctions politiques et ceux qui exerçaient des activités artisanales et commerciales, de statut moins honorable. La partie dominée de la ville était aussi celle où se retrouvaient des gens plus démunis ainsi que des troupes de brigands, représentant une menace potentielle pour la partie dominante lors des périodes de tensions[142].

L'intérieur des villes était organisé autour de larges avenues menant aux portes de la ville, d'où partait une nébuleuse de ruelles étroites. Son organisation est mal connue car les fouilles se sont avant tout concentrées sur les lieux de pouvoir. Quelques zones résidentielles, commerciales et artisanales ont néanmoins été mises au jour[141]. Les textes évoquent souvent le rôle des grands marchés urbains, qui étaient particulièrement importants dans la vie citadine en tant que lieu de rassemblements : des messages officiels y étaient publiées ou proclamés, la justice y était rendue en public (notamment les exécutions de criminels), des troupes y donnaient des spectacles, alors que des activités illicites et des violences s'y déroulaient[143].

Lettres et pensée : une période fondatrice [modifier]

La période des Royaumes combattants voit l'épanouissement de nombreux courants de pensée, dans le contexte de foisonnement qui la caractérise. Plusieurs des courants occupant une place déterminante dans l'histoire de la pensée chinoise connaissent alors leur développement, et leurs écrits fondateurs sont alors réalisés, tandis que d'autres courants sont sans postérité malgré un certain succès au moment de leur rédaction. La période des Royaumes combattants voir donc une nouvelle tradition se constituer, souvent en rupture (plus ou moins assumée) avec l'héritage antique, comme c'est le cas dans le domaine politique. La fin de la période des Printemps et Automnes a initié le mouvement, avec les grandes figures de Confucius et de Mozi, dont les écrits servent de référence aux penseurs des Royaumes combattants, au même titre que tout un ensemble de livres hérités des siècles précédents, qui ont un rang de « classique ».

L'analyse de l'histoire de la pensée de cette période pose de nombreux problèmes du fait du statut de classiques qu'ont eu par la suite de nombreux ouvrages rédigés alors. Les écrits attribués aux auteurs des Royaumes combattants sont essentiellement connus par des copies postérieures, qui ont pu faire l'objet de remaniements et d'ajouts parfois très importants, ou ont été compilés après la mort de l'auteur, tout en étant attribués au même personnage dont on souhaitait profiter du prestige : c'est le cas du Mozi et du Zhuangzi[144]. La vie de certains penseurs telle qu'elle est rapportée par les sources postérieures peut comporter une part plus ou moins importante de légendes. Dans le cas extrême d'un auteur comme Laozi, il est envisageable qu'il n'ait même pas existé, et la date de rédaction de son ouvrage, que la tradition situe durant les Printemps et Automnes, est généralement reconnue comme plus tardive, durant la deuxième moitié des Royaumes combattants[145]. Cependant, des découvertes effectuées dans des tombes anciennes peuvent apporter des éclairages sur l'histoire de ces œuvres : c'est le cas d'une version du Daodejing de Laozi datant des Royaumes combattants retrouvée dans un tombeau du Hubei en 1993[146].

Des lettrés et penseurs reflétant le contexte politique et social [modifier]

Confucius entouré de ses disciples en train d'étudier, selon une vision idéalisée de la période de la dynastie Ming (1368-1644).

Le lettré est une autre figure importante de la période des Royaumes combattants, au même titre que le général et le ministre avec lesquels il ne faut pas forcément le confondre, même si certains personnages peuvent être classés dans plusieurs de ces catégories. Comme les deux autres, les lettrés servaient généralement à la cour des souverains ou dans l'administration des États, faisant partie de la catégorie des shi qui fournissait alors le gros des fonctionnaires des royaumes, ce terme finissant par désigner à l'époque impériale la catégorie des lettrés-fonctionnaires de la bureaucratie chinoise[147]. Les lettrés des Royaumes combattants, comme tous les serviteurs des royaumes, bénéficiaient alors d'une relative autonomie dans leurs mouvements : ils pouvaient se déplacer de cour en cour, changer d'allégeance, ou même dans quelques rares cas se retirer de la vie publique, comme Zhuangzi qui aurait refusé un poste important proposé par le roi du Chu[148].

La relation de ces lettrés avec le pouvoir politique était donc essentielle[149]. Ils occupaient des fonctions diverses servant le pouvoir : postes dans l'administration, accomplissement de rituels, expertise militaire, conseils politiques, tenue d'archives et rédaction de textes officiels, etc. Les rois et puissants hommes politiques cherchaient à attirer les lettrés renommés pour bénéficier de leurs conseils et aussi manifester leur prestige. Les fameux Quatre Seigneurs des Royaumes combattants entretenaient ainsi une cour de lettrés. Le roi Xuan du Qi, régnant à la fin du IVe siècle, a quant à lui hébergé les plus grands lettrés de son temps dans un pavillon de Linzi, où il les entretenait dans le seul but que ceux-ci puissent y trouver un lieu idéal pour développer leur pensée et débattre. Ce lieu est passé à la postérité sous le nom de l'« Académie Jixia[150] ». Elle a joué un rôle majeur dans le développement de la pensée de cette époque, les plus grands esprits du temps s'y rencontrant. Plus tard, le grand ministre du Qin, Lü Buwei, réunit à la cour les plus grands lettrés de son temps pour leur faire rédiger les Printemps et Automnes de Lü Buwei (achevé en 239), ouvrage encyclopédique censé compiler les savoirs de cette époque[151].

C'est dans ce contexte de relative autonomie des penseurs et de liberté et d'intensification des débats que se sont épanouis ce que la postérité a qualifié de « Cent écoles » des Royaumes combattants, de nombreux courants de pensée qui étaient en fait alors peu figés, puisque la dénomination des écoles est due aux lettrés compilateurs de la période de la dynastie Han qui ont procédé à des regroupements parfois simplificateurs[152]. Schématiquement, un grand penseur de la période des Royaumes combattants devenait un maître (zi) en s'entourant de disciples suivant son enseignement et poursuivant leur réflexion sur les bases qu'il a posées, parfois en rédigeant lui-même un ouvrage qui porte son nom (par exemple le Mozi de « Maître Mo », ou le Xunzi de « Maître Xun »). Ces ouvrages de réflexion se présentent généralement comme des restitutions d'enseignements des maîtres, souvent sous forme de conversations fictives entre le maître et d'autres personnes. Seuls les ouvrages de Xunzi et de Han Feizi se présentent comme des traités théoriques structurés en chapitres abordant un sujet précis[153]. À partir de ces enseignements, une « école » (jia) était constituée[154]. Pour autant, il n'y avait pas vraiment de courant de pensée structuré disposant d'une identité forte à cette période, hormis ceux des héritiers de Confucius et de Mozi qui avaient une tradition durable de maîtres formant des disciples devenant à leur tour maîtres.

Les écoles de pensée des Royaumes combattants se sont donc formées dans un contexte de liberté et d'intensification des débats, dans lesquels les différents courants s'affrontaient souvent directement, cherchant à montrer leur prééminence par la qualité de leur discours et leur argumentation[155]. Les penseurs faisaient souvent référence à l'héritage de la littérature ancienne, notamment les ouvrages de la cour royale Zhou occidentaux très prisés par les confucianistes (Livre des documents, Livre des Odes, Livre des Mutations), des récits historiographiques (compilés dans des récits annalistiques comme les Annales des Printemps et Automnes) rapportant des faits édifiants et les accomplissements de personnages antiques pris pour modèles ou contre-modèles, ainsi que divers récits issus du fonds mythologique chinois. Ils employaient généralement un ensemble de concepts identiques ou sinon proches, car un même concept pouvait avoir un sens différent selon l'auteur, ce qui les rend difficilement traduisibles[156] : li (« rite »), de (« vertu »), dao (généralement traduit par « voie »), qi (une sorte de « souffle »), ren (« humain » ou « sens de l'humain »), yi (« juste » ou « sens du juste »), les idées de mutations et de rythmes cycliques (avec notamment les concepts de yin et yang), etc., se retrouvaient ainsi chez divers auteurs. C'est à partir de ce fond commun que se sont constitués différents courants de pensée plus ou moins bien structurés au cours de cette période.

La pensée des Royaumes combattants prenait place dans les bouleversements que vivaient les royaumes. Les réflexions étaient avant tout à finalité politique, pour le service de l'État qui était alors en pleine réorganisation, auquel étaient proposées différentes voies de réformes politiques et sociales[157]. Les penseurs souhaitaient contribuer au bien-être du peuple par leurs projets, conformément à une vision héritée du passé, notamment en contribuant à la pacification de la société et à sa mise en ordre, à son amélioration morale[158]. Le contexte était aussi celui d'une époque de rivalités croissantes entre des royaumes de mieux en mieux organisés, de conflits de plus en plus violents, de rejet de la tradition ancienne, et la vie et la pensée des maîtres de ce temps reflètent cela[159]. L'évolution des idées semble aussi suivre l'évolution de la situation politique, et l'histoire de la pensée des Royaumes combattants peut être divisée en deux parties. La première période est caractérisée par une pensée plus spéculative (Zhuangzi, Mencius, logiciens), alors que la seconde, influencée par le « durcissement des enjeux politiques » de la seconde moitié du IVe siècle et du IIIe siècle, est moins idéaliste, plus tournée vers l'action, plus polémique aussi (Laozi, Xunzi et les légistes)[160]. Certaines écoles semblent également avoir été liées à un contexte géographique spécifique, car les différences culturelles de la Chine des Royaumes combattants peuvent ressortir dans la pensée des auteurs et que des écoles ont une assise régionale précise (par l'implantation d'un maître ou même d'un lieu d'études) : les confucianistes proviennent du Lu natal de Confucius et de nombre de ses disciples, où la pensée ritualiste conserve un ancrage fort, et ont une influence forte dans la Plaine centrale (à Wei et Qi) ; le légisme est plus présent dans les trois Jin et à Qin où il devient la pensée politique du royaume ; les pensées naturalistes, voire occultes, notamment l'« école du yin et du yang», sont bien développée à Qi (notamment autour de l'académie Jixia) et Yan ; la pensée de Zhuangzi et du futur taoïsme est manifestement marquée par les traditions de Chu où les pensées de la nature sont également très présentes[161]. Les idées circulaient rapidement, et ces assises régionales, si elles étaient réelles, n'étaient pas statiques.

Les « Cent écoles » [modifier]

C'est donc dans un contexte bouillonnant que se sont développés de nombreux courants, justifiant l'expression des « Cent écoles » des Royaumes combattants, dont il s'agit maintenant de voir les plus marquants, sans revenir sur certains déjà évoquées (l'« école des stratèges » et l'« école des diplomates »). Les limites entre toutes ces mouvances ne sont pas claires, et les arrangements accomplis par les lettrés de la dynastie Han simplifient souvent leur diversité, même s'ils restent utiles.

Portrait (hypothétique) de Mencius/Meng zi, un des principaux penseurs du confucianisme de l'époque des Royaumes combattants, dont les écrits ont acquis le statut de classiques dans la Chine impériale.

Le premier courant que l'on peut distinguer est l'école de Confucius, amenée à jouer un rôle capital dans l'histoire chinoise, où elle est souvent présentée comme l'« école des lettrés » (rujia). Elle trouve son origine dans les enseignements de Confucius (version latinisée de Kong zi, « maître Kong »), qui a vécu à la fin des Printemps et Automnes (551-479 selon la tradition)[162]. Il n'a jamais écrit d'ouvrage synthétisant sa pensée, même s'il passe pour avoir remanié plusieurs des ouvrages « classiques », et ce sont ses disciples qui se sont chargés de mettre en forme son enseignement, notamment dans le Lunyu (Entretiens de Confucius)[163]. La pensée de Confucius se veut un retour à l'ordre ancien, à la tradition qu'il voit se dégrader avec la décomposition des cadres politiques traditionnels. L'homme est central dans sa réflexion, et la société n'atteindra son harmonie que par l'étude, le rétablissement et le respect des rites, la rectification des noms. Cela permettra de créer des gens moralement irréprochables, compétents, qui mériteront d'occuper les charges importantes dans les royaumes à la place des élites héréditaires. L'enseignement de Confucius a connu un succès après sa mort, repris par ses disciples, notamment Zengzi qui a rédigé la Grande Étude (Daxue), ou encore Zi Si (petit-fils de Confucius) qui écrit l'Invariable Milieu (Zhong Yong). Ce dernier a peut-être été le maître de Mencius (Mengzi, 380-289), l'un des penseurs majeurs du confucianisme[164]. Mencius croit farouchement en la bonté naturelle de l'homme, dont il faut éviter la corruption en l'éduquant correctement, et ensuite la société se développera harmonieusement. Si un gouvernant ce montre indigne moralement, le peuple est légitime pour le destituer car il aura perdu le Mandat du Ciel. Le deuxième penseur majeur du confucianisme des Royaumes combattants est Xunzi (310-230), qui peut être vu comme le pendant pessimiste de Mencius[165]. Rédacteur du premier ouvrage à ne pas être présenté sous le forme d'une discussion ou d'aphorismes mais exprimant directement ses idées, il pense pour sa part que la nature humaine est mauvaise, et propose de l'améliorer par l'éducation et les rites suivant la tradition confucéenne, mais aussi par la loi, donc une inspiration légiste. Les écrits de Xunzi ont été particulièrement importants dans l'affirmation du confucianisme dans les premiers empires chinois, tandis que ceux de Mencius ont été repris par la tradition néo-confucéenne qui a triomphé sous la dynastie Song, étant intégrés dans les textes canoniques, contribuant ainsi à la primauté de ce courant de pensée dans le monde chinois.

Mozi (460-400), vivant peu après Confucius et opposé à la pensée de ce dernier, est à l'origine du courant moïste qui était particulièrement fort durant la période pré-impériale, mais a disparu après[166]. D'origine modeste, apparemment issu d'un milieu d'artisans, il dénonce les inégalités sociales, pense que la nature humaine est égoïste et doit être disciplinée et moralisée par une pratique ascétique et une organisation autoritaire, valorisant l'altruisme (et non par les rites). Mozi pense que le Ciel surveille les humains en permanence, et envoie des démons les châtier s'ils agissent mal. À sa suite, ses disciples ont formé un mouvement organisé en groupes vivant dans la frugalité, l'égalitarisme, professant le pacifisme et sont passés experts dans l'art de la poliorcétique pour défendre les cités injustement attaquées. Ils se sont scindés en plusieurs mouvances qui se retrouvaient dans le Mozi, ouvrage attribué au maître mais en fait largement remanié après lui. Certains moïstes se sont également illustrés dans l'art de la logique.

L'« école des formes et des noms » (dont les penseurs sont parfois désignés comme sophistes ou logiciens), qui s'affirme dans les écrits moïstes et aussi dans ceux de Hui Shi (380-305) et Gongsun Long (333-250), propose une méditation sur le langage, les noms, et l'art du discours en général, qui permettrait de bien diriger la politique une fois correctement maîtrisé[167]. Le langage est donc important parce qu'il permet d'édicter des normes, de convaincre, et non pas suivant qu'il permet de désigner des choses de façon vraie ou erronée. Le Gongsun Longzi reste célèbre pour la qualité de ses raisonnements, et les paradoxes qu'il développe (« cheval blanc n'est pas cheval »). Ce courant, important durant les Royaumes combattants, n'a cependant eu aucune postérité.

L'« école des lois », ou légisme, était le courant de pensée le plus tourné vers une réflexion et des finalités politiques[168]. Il était le seul à comprendre parmi ses auteurs renommés des ministres importants, tels que Li Kui, Shen Buhai ou Shang Yang[169], tandis que l'œuvre considérée comme fondatrice par les penseurs de ce courant, le Guanzi, est attribuée à Guan Zhong, célèbre ministre du Qi durant la période des Printemps et Automnes, bien qu'elle ait vraisemblablement été compilée bien plus tard à partir de sources de la période des Royaumes combattants[170]. L'ouvrage majeur de ce courant a été rédigé par Han Feizi, issu de la noblesse du Han, et disciple de Xunzi tout en développant certaines conceptions proches du taoïsme[171]. Les légistes partent d’une analyse de la société telle qu'elle est dans sa réalité, et proposent la manière la plus efficace de la gouverner par un renforcement des institutions politiques, qui doivent s'imposer à toute la société. Le moyen essentiel est la « loi » (fa), qui doit s'appliquer à tous sans distinction, pour permettre à l’ordre de régner et au royaume de gagner en puissance. Le système s'appuie sur des méthodes autoritaires, notamment la crainte inspirée par les peines infligées aux personnes ne respectant pas la loi, et sur les récompenses attendues par ceux qui agissent de leur mieux pour le compte de l'État. Ce courant de pensée est couramment associé à l'ascension du royaume du Qin et à la fondation de l'empire, cet État ayant eu pour premiers ministres deux représentants majeurs du légisme, Shang Yang et Li Si (un autre disciple de Xunzi).

Deux penseurs majeurs de la période des Royaumes combattants ont été par la suite associés dans le courant qui a été qualifié de « taoïsme », ou « école du dao », à partir de la dynastie Han, bien que ces penseurs n'aient pas le monopole du concept de dao (« voie »), et ne formaient pas une école de pensée à proprement parler à l'époque pré-impériale. Il s'agit de Laozi et de Zhuangzi. Bien que la tradition veuille que le premier a vécu avant le second, dans les faits le Zhuangzi a manifestement été rédigé avant le Laozi, au IVe siècle[172]. Cet ouvrage, reconnu pour ses grandes qualités littéraires, est constitué de chapitres « internes » attribués à « Maître Zhuang », et des chapitres « externes » et « mixtes » sans doute remaniés ou rédigés par d'autres. À la différence des autres penseurs de son temps, il privilégie le rapport des humains avec la nature, en se détachant de la société pour rechercher le dao, la « voie » naturelle des choses. Le Laozi ou Daodejing (« Livre de la voie et de la vertu ») a quant à lui sans doute été rédigé au IIIe siècle, dans les décennies précédant l'unification impériale par un ou des auteurs inconnus, l'existence de « Maître Lao » n’étant pas assurée[173]. Cet ouvrage constitué d’une succession de poèmes élève en principe majeur le « non-agir » (wuwei), vu comme la meilleure façon de gouverner la société. Avec le Laozi et le Zhuangzi comme textes fondateurs intégrés dans un même courant de pensée, le taoïsme devient à l'époque impériale une religion, principale alternative au confucianisme triomphant (et avant l'arrivée du bouddhisme).

La pensée de Laozi et surtout celle de Zhuangzi reflètent l'essor des tendances naturalistes et cosmologistes dans l'univers mental de la dernière partie de la période des Royaumes combattants. Ces réflexions ressortent dans d'autres œuvres importantes de cette époque, comme le Guanzi rédigé dans les cercles de l'académie Jixia et où se sent en particulier l'influence de Zou Yan, représentant de l'« école du yin et du yang », et les Printemps et Automnes de Lü Büwei d'où ressortent probablement les idées de Yang Zhu[174]. Ces courants de pensée reposent sur plusieurs concepts censés expliquer l'organisation du cosmos, que l'on retrouve couramment à cette époque dans la pensée et la religion : le qi, énergie vitale traversant tout l'univers et les êtres vivants, le yin et le yang (principe de deux forces contraires liées et interdépendantes), les Cinq Phases. Les éléments de l'univers sont vus comme étant en perpétuel changement, se recomposant dans de nouvelles dispositions qu'il faut chercher à connaître voire à influencer (voir plus bas). Sur cette base, les penseurs naturalistes et cosmologistes élaborent des réflexions ésotériques et des tentatives de systématisation pour expliquer le cosmos mais aussi en tirer des interprétations politiques. Ils s'appuient aussi sur la divination traditionnelle qui est réinterprétée, avant tout celle du Livre des mutations (Yijing)[175]. Certaines de ces réflexions se retrouvent plus tard dans le taoïsme religieux.

Une période de création littéraire [modifier]

Le contexte de stimulation des réflexions des lettrés porté par la période des Royaumes combattants ne s'est pas cantonné dans le domaine que l'on considère comme celui des ouvrages de pensée. C'est plus largement une diversification des usages de l'écriture qui a eu lieu à cette période et qui se retrouve dans la littérature. Les différents textes rédigés sur des supports en bronze, bois ou bambou retrouvés dans les tombes de cette période ou le début de la suivante témoignent de cette variété : inventaires d'offrandes pour les funérailles, rituels de divination, traités de stratégie, de médecine, de mathématique, textes juridiques, chroniques, etc.[176] Si les lettrés ont rédigé et utilisé des ouvrages dérivant directement de ceux des périodes anciennes, avant tout historiographiques et rituels, ils ont aussi élaboré de nouveaux types de textes (commentaires, récits narratifs, ouvrages lexicographiques), attestant d'une grande créativité. Cette diversification des textes ne rend pas facile leur classification : souvent un même ouvrage peut rentrer dans des catégories diverses, notamment quand il s'agit d'ouvrages composites constitués de textes très différents, ou bien dans le cas des commentaires qui peuvent être rattachés à des courants de pensée. Les objectifs politiques des ouvrages des penseurs sont en effet sous-jacents dans une bonne partie de la production littéraire.

Parmi les récits que l'on peut classer dans la catégorie des textes historiographiques ou à finalité politique, les scribes des cours royales rédigent toujours des annales, sur l'exemple des Annales des Printemps et Automnes qui est en fait un texte annalistique du pays de Lu. Il semble que chaque cour importante ait eu ses propres annales, mais la grande majorité a disparu. Les annales du royaume de Wei ont été retrouvées dans une tombe en 279 ap. J.-C. écrites sur du bambou, d'où leur surnom d'« Annales de Bambou » (Zhushu Jinian)[3]. Celles de Qin ont été reprises pour fournir la base des Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian sous les Han[2]. Il s'agit de textes rapportant sèchement des événements année par année dans l'ordre chronologique.

La période des Royaumes combattants a vu le développement des commentaires, en particulier appliqués aux textes annalistiques, qui avaient la fonction de traités politiques reposant sur des exemples commentés extraits des originaux. Les Annales des Printemps et Automnes sont d'ailleurs connues par le biais de leurs commentaires majeurs (en particulier le Kuang yang qui semble dater des Royaumes combattants). Le Commentaire de Zuo (Zuo Zhuan), est un ouvrage composé sous la dynastie Han à partir d'une ou plusieurs sources de la période des Royaumes combattants pour devenir un commentaire des Annales des Printemps et Automnes[177]. Ce dernier et un autre texte historiographique daté des Royaumes combattants, les Adages des Royaumes (Guo Yu), sont des sources majeures pour connaître l'histoire de la période des Printemps et Automnes[178]. Un autre traité politique (et aussi militaire) reposant sur des exemples historiques attesté à cette période est celui intitulé les Restes des documents des Zhou (Yi Zhou shu)[179]. Dans un style voisin mais souvent plus romancé, des textes de compilations de stratagèmes politiques provenant de l'histoire des Royaumes combattants et relevant de l'école de la diplomatie circulaient sous la forme d'anecdotes ou récits édifiants, de correspondance, de dialogues ou d'exposés d'arguments plus théoriques ; certains ont été retrouvés dans des tombes de Mawangdui ou ont servi de base à la rédaction des Stratagèmes des Royaumes combattants (Zhanguoce) sous les Han occidentaux[180].

Parmi d'autres textes visant à décrire le passé pour servir d'exemple aux génération actuelles et futures, il convient de mentionner les Rites de Zhou (Zhouli ou Zhouguan), description idéalisée de l'administration des Zhou occidentaux et des tâches de ses membres (en particulier les rituels). Il date manifestement de la période des Royaumes combattants même si par la suite la tradition chinoise qui l'a élevé au rang de classique en a fait un document issu de la cour des rois premiers rois Zhou[181].

Les textes rituels faisaient également partie du corpus de textes de cette période, comme le célèbre Livre des Mutations (ou Mutations des Zhou, Zhou Yi), ouvrage divinatoire dont les origines remontent à la fin de la période des Zhou de l'Ouest et qui fait alors l'objet d'une réinterprétation suivant les nouvelles conceptions religieuses[182]. Certains textes rituels perdus ont été repris sous les Han dans les Rites et Cérémonies (Yili), un autre « classique » qui a été attribué aux Zhou[183]. D'autres textes techniques, pour d'autres formes de divination (astrologie, hémérologie) ou la médecine/exorcisme devaient exister mais ne sont connus avec certitude que pour les débuts de l'époque impériale (voir plus bas). Le Classique interne de l'empereur Jaune (Huangdi Nei Jing), ouvrage fondamental de la médecine chinoise traditionnelle, est vraisemblablement daté de la période des Han antérieurs et non pas de celle des Royaumes combattants comme cela a été longtemps admis[184].

Portrait (hypothétique) de l'homme politique et poète Qu Yuan, un des plus grands auteurs de la poésie chinoise, ayant vécu à l'époque des Royaumes combattants.

La poésie est illustrée par un chef-d'œuvre resté un classique intemporel de la littérature chinoise, les Élégies de Chu (Chuci)[185]. Il s'agit d'un recueil de poèmes rédigés par des auteurs venant du Chu, au premier rang desquels Qu Yuan (343-277) et son disciple Song Yu. Ils ont été compilés aux IIe et Ier siècles par Wang Yi et Liu Xiang. Ces œuvres montrent pour la première fois une poésie exprimant les sentiments personnels de leur auteur, comme dans le plus célèbre d’entre eux, la Tristesse due à l'éloignement (Lisao), récit mélancolique probablement inspiré par l'exil que subit Qu Yuan, critiquant l'attitude injuste et médisante des courtisans, opposée à la pureté de l'esprit de l'auteur. Les Neuf Chants (Jiu ge) dépeignent quant à eux les pratiques religieuses originales du Chu, teintées de chamanisme.

Les textes proprement littéraires qui rapportent une littérature orale dont la majeure partie est irrémédiablement perdue ne sont qu'une poignée, mais témoignent du développement de plusieurs genres littéraires majeurs des périodes postérieures. Ainsi, le long Livre des monts et des mers (Shanhaijing) est une sorte de description de la géographie de la Chine antique sous un angle mythologique, rapportant des récits merveilleux et des rituels liés aux lieux décrits aux côtés de d'informations plus terre-à-terre (distances, aspects, faune, flore)[186]. La Chronique du Fils du Ciel Mu (Mu Tianzi Zhuan) racontant les exploits du roi Mu des Zhou, retrouvé en 281 de notre ère dans une tombe et rédigé (au moins pour sa majeure partie) vers le milieu du IVe siècle, peut être considéré comme le premier roman chinois connu[187]. Ces textes illustrent l'existence d'un folklore chinois constitué d'une géographie mythique (notamment dans les contrées occidentales comme les monts Kunlun) et de héros civilisateurs (comme l'Empereur jaune et Yu le Grand) qui sont très présents dans toutes les œuvres littéraires[188].

Enfin, il convient de mentionner le fait que la lexicographie chinoise s'est élaborée progressivement durant la fin de l'époque pré-impériale, mouvement qui a abouti dans le courant du IIIe siècle à la rédaction de l'Erya (Index des sens corrects). Il s'agit du premier traité de lexicographie chinois classant des synonymes à partir de recensions des textes classiques qui constituaient le cursus des étudiants à cette époque. Il a été inclus à l'époque impériale parmi les textes canoniques[189].

Religion et philosophie de la nature [modifier]

Le fait religieux dans la Chine ancienne repose autour des relations entre les humains et le monde des esprits (shen), qui se concrétisent dans divers rites de contact, les plus importants étant traditionnellement le sacrifice accompagné de chants, de musiques et de danses, et la divination[190]. La période des Royaumes combattants voit s'affirmer diverses évolutions profondes de la religiosité chinoise, qui s'articulent autour d'une nouvelle perception de l'univers, de ses mécanismes, et des rituels et autres pratiques que les humains exécutent en accord avec le cosmos. S'élabore alors ce qu'on peut caractériser comme un système de « philosophie de la nature », dont les principes influencent aussi bien des pratiques qui seraient caractérisées de « religieuses » d'un point de vue contemporain, mais commande également l'évolution de disciplines qui seraient vues comme « scientifiques », par exemple la médecine[191]. En réalité, c'est tout un système disposant de sa rationalité propre et qui embrasse des domaines aussi variés que la divination, l'hémérologie, l'astrologie, l'exorcisme, la médecine, etc. et joue un rôle crucial dans le développement des sciences chinoises, entendues ici dans un sens large[192].

Les sources textuelles posent comme pour les autres domaines de la période le problème du remaniement dont plusieurs ont fait l'objet dans les périodes ultérieures, suivant des conceptions qui pouvaient différer de celles des Royaumes combattants. C'est particulièrement vrai pour les ouvrages canoniques des rituels des Zhou, qui ont été appropriés par la tradition confucéenne, et ont donc été marqués par son esprit profondément ritualiste, qui est loin d'être partagé par toutes les écoles de pensée pré-impériales. Mais le domaine de la religion et de la philosophie naturelle est peut-être celui qui a le plus bénéficié des découvertes de textes (mais aussi d'œuvres d'art) par l'archéologie dans les tombes antiques. Ces textes astrologiques, hémérologiques et médicaux mettant en lumière des pratiques jusqu'alors mal connues ont permis d'approfondir les connaissances sur ces sciences, notamment ceux exhumés à Shihuidi dans le Hubei et à Mawangdui dans le Hunan, datés des débuts de la période impériale et donc proches de celle des Royaumes combattants. La littérature technique s'est en effet considérablement développée sous les Royaumes combattants, à l'instigation des spécialistes de ces différentes disciplines, que ce soient des scribes, spécialistes des rituels, devins, astrologues, « physiciens » (médecins), chamans/sorciers, et même les élites nobles et administratives comme en témoigne la découverte de ces textes dans leurs tombes[193].

Les « divinités » et la cosmologie [modifier]

Les « divinités » des anciens Chinois, de plus en plus désignées comme des « esprits » (shen) sont un ensemble hétéroclite entrant en relation avec le monde des humains de façon tantôt bénéfique ou néfaste[194]. Ainsi, la divinité suprême est depuis les premiers temps des Zhou de nature céleste, le « Ciel » (Tian), ou « Seigneur du Ciel », Tiandi, assimilé à une autre divinité ancienne, le « Seigneur d'En-haut », Shangdi. De nombreux esprits sont ainsi des éléments de la nature divinisés : astres, cours d'eau, montagnes, points cardinaux, sol/terre, grain. La mythologie de la période tend à mettre en avant une autre catégorie d'être divins, des rois ou ministres sages ayant vécu dans un passé légendaire, comme Shennong le divin laboureur, Huangdi l'Empereur jaune, ou encore Yu le Grand qui a permis la maîtrise des crues des fleuves, qui sont utilisés comme des modèles de sages et de dirigeants d'États, suivant les préoccupations des lettrés de l'époque[188]. La dernière grande catégorie d'esprits vénérée dans la Chine antique sont les ancêtres familiaux, qui après leur mort continuent d'être associés aux destinées de leur famille, les conceptions religieuses chinoises ne plaçant pas de barrière infranchissable entre les vivants et les morts. Elle consiste concrètement en la vénération des fondateurs du lignage, et des quatre ascendants du chef de famille actuel, qui dirige ce culte en présence du reste de la famille. Il faut encore préciser que les limites entre ces différentes catégories ne sont pas rigides. Ainsi, le « Seigneur Millet » (Houji), divinisation du millet, est aussi considéré comme un sage légendaire, ministre de l'Empereur jaune, et comme l'ancêtre fondateur du lignage Zhou.

Depuis l'époque des Shang et des Zhou, le culte ancestral est de loin le plus attesté dans la documentation, et semble primer chez les souverains et les élites. Il s'agit d'un moyen d'affirmation de la cohésion et du prestige des lignages, qui sont les éléments essentiels de la société. Mais les recompositions politiques et sociales à l'œuvre tout le long de la période des Zhou de l'Est mettent cette primauté à l'épreuve. Tout d'abord, la désagrégation de l'emprise des Zhou et de leur clan sur les destinées politiques du pays et la montée de nouveaux lignages royaux entraînent chez ces derniers la mise en place d'un culte ancestral autonome rejetant la primauté des ancêtres dynastiques Zhou pour élever leurs propres ancêtres, quitte à élaborer une généalogie faisant remonter le lignage à un ancêtre légendaire prestigieux choisi parmi les « sages » anciens ou même les esprits de la nature : les rois de Chu se disent ainsi descendants de Yi Yin, ministre du fondateur de la dynastie Shang, et même du « Grand Un » (Tai Yi), divinité céleste suprême. L'essor des États territoriaux et des politiques de conquêtes territoriales incite aussi les royaumes à mettre l'accent sur les cultes territoriaux aux divinités de la nature, en particulier ceux ayant lieu aux autels (sheji) dédiés au Sol. Ils symbolisent leur emprise sur les territoires qu'ils dominent et voient le déroulement de rituels collectifs permettant d'affirmer la domination sur la communauté locale[55]. Plus largement, la disparition de l'ancienne aristocratie au profit de nouveaux lignages dédiés au service de l'État, qui ont moins intérêt à mettre en avant leur ascendance que leurs mérites, a dû jouer dans la perte de primauté du culte des ancêtres. Celui-ci reste un élément important du culte car les esprits ancestraux conservent une place dans la religion, mais plutôt dans un cadre privé où il n'a plus la publicité qu'il avait auparavant[195].

Ce n'est donc pas tant la composition du monde des esprits que son organisation qui connaît de grands changements. La période des Royaumes combattants voit en effet l'élaboration progressive d'une cosmologie spécifique, souvent qualifiée de « corrélative », qui apparaît notamment dans les textes astrologiques et les calendriers de cette période ainsi que chez les penseurs, en particulier ceux élaborant des réflexions naturalistes souvent très recherchées (comme l'école du yin et du yang) qui tentent de lui donner une cohérence[196],[174]. Les phénomènes naturels et surnaturels sont désormais vus comme tous liés les uns aux autres dans une cosmologie corrélative où tout est synchronisé, où ce qui s'observe dans le Ciel et le monde invisible des esprits se répercute dans le monde visible des humains. Les esprits et leurs mouvements, assimilés à ceux de phénomènes naturels et d'autres événements sont analysés et reportés dans les almanachs et tables d'observation astrales, permettant une meilleure compréhension du cosmos et de ses cycles. C'est dans ce contexte de perception d'un univers en perpétuel mouvement que se développent et se redéfinissent sur le long terme plusieurs conceptions. La plus importante est sans doute celle de qi, le « souffle » qui parcourt l'univers reliant les différents êtres entre eux, tout étant de plus en plus vue comme le déterminant de l'état de santé des individus : il s'agit donc d'une énergie animant les différentes parties des êtres vivants et les connectant avec le reste du cosmos. D'autres concepts forts liés à cette perception d'un univers moral où toutes les choses sont corrélées sont le yin et yang et les Cinq Phases (wuxing), tous ces développements n'étant achevés et consacrés que sous la dynastie Han[197]. Dans ce contexte, le « Ciel » des Zhou devient le « Seigneur du Ciel » (Tiandi) et apparaît le « Grand Un » (Tai Yi), divinité astrale symbolisant le pôle céleste située au centre du cosmos[198]. Cette figure est entourée d'une sorte de bureaucratie céleste composé d'esprits de la nature ou de sages légendaires, les esprits ancestraux, surtout les fondateurs, servant alors de simples intercesseurs alors qu'ils avaient une position centrale dans la destinée des humains aux périodes précédentes[199].

Il en ressort donc une redéfinition de l'univers qui préside à l'évolution de la perception de l'espace et du temps, des pratiques rituelles, de la divination, mais aussi des pratiques sanitaires. Elle renvoie évidemment à l'évolution politique de la période : chez les penseurs de l'époque l'univers organisé de façon rationnelle autour de sa figure centrale entourée d'esprits ayant chacun une place bien définie renvoie au souverain idéal qui domine un empire sur Terre organisé tout aussi rationnellement avec des fonctionnaires et des sujets accomplissant les tâches qui leur son dévolues[57]. À la fin des Royaumes combattants et au début de l'époque impériale, cette pensée aboutit à une synthèse entre les idées confucianistes, légistes et taoïstes pour former un système de pensée « absolutiste et unifié » (J. Lévi), dans lequel l'État, et en son centre le « Fils du Ciel », fonctionnent en lien avec l'univers et doivent respecter son cours[200].

Les rituels [modifier]

Bouteille hu servant lors des rituels pour les offrandes de boissons fermentées, bronze avec décor incrusté curviligne et animalier en cuivre rouge. Musée Cernuschi

Le contact entre les humains et les esprits était d'abord assuré par divers rituels (li) décrits dans les différents ouvrages rituels censés être issus de la cour des Zhou et d'autres royaumes de la Plaine centrale, même si en fait seule une partie l'est vraiment. Certains comme les Rites de Zhou sont datés de la période des Royaumes combattants et donc particulièrement instructifs sur les pratiques de cette époque : ce texte donne ainsi une typologie des rituels : les plus importants, modèles des autres, sont les « rites fastes » (jili), à savoir les sacrifices ; puis viennent les « rites sinistres » (xiongli), rituels funéraires du culte des ancêtres, les « rites de réception » (binli), à savoir les protocoles des audiences et réceptions de visiteurs, les « rites militaires » (junli), concernant les activités faites armes à la main, donc la guerre, la chasse, et aussi les concours de tir à l'arc qui sont importants dans l'idéal rituel, et enfin les « rites joyeux » (jiali), pour les événements de la vie familiale et sociale (naissance, majorité, mariage, etc.)[201]. Ces rituels avaient donc lieu à de nombreuses occasions, et pouvaient prendre place dans différents lieux : en plein air pour les esprits de la nature (notamment les autels dédiés au dieu du Sol), dans des temples ou des résidences pour les ancêtres. Ils prennent différentes formes : sacrifices souvent accompagnés de musiques et de chants, exorcismes. L'essentiel était pour les personnes de connaître l'esprit avec qui entrer en contact et le rituel approprié[202].

Un biais important des sources est le fait que les textes rituels canoniques qui ont survécu ont généralement été réappropriés par les lettrés confucéens à l'époque impériale, cette école qui domina la pensée chinoise étant marquée par un idéal ritualiste dans lequel les rites issus de la cour des Zhou sont vus comme un modèle pour améliorer les humains, les moraliser en transformant les habitudes rituelles formalisées en des attitudes spontanées qui, correctement exécutées, créent une société bien ordonnée. Dans cette pensée, le modèle des rituels de la cour et des nobles des temps anciens doit être repris dans toutes les sphères de la vie sociale, qui doit donc être profondément ritualisée[203]. Quoi qu'il en soit, l'évolution générale de la seconde moitié du Ier millénaire tend à dépouiller le rituel de son aspect religieux originel au profit de son aspect formel qui est le plus important : le rituel doit être correctement exécuté suivant ce qui est prescrit par les textes, et en accord avec le cosmos et avec ses évolutions (interprétées grâce à l'astrologie, l'hémérologie et la divination).

Si les personnes responsables de ces rituels sont rarement des spécialistes que l'on pourrait qualifier de « prêtres » parce qu'ils exercent d'autres fonctions officielles, il existe une catégorie de spécialistes de rituels religieux : les « chamans » (wu). Ils sont surtout connus pour le Chu où ils semblent avoir eu une grande importance. Certains passage des Chants de Chu, notamment les Neuf Chants, évoquent ces chamans, hommes ou femmes, entrant en contact avec les esprits par des transes traduites par des chants et des danses, accomplir des exorcismes, guérir des malades, amener la pluie ou encore contacter les défunts. Les rituels magiques et chamanistiques de la Chine ancienne transparaissent également dans des textes rituels issus du milieu des élites partageant des points communs avec ces rituels plutôt populaires. Ces pratiques font face à de dures attaques de la part des courants de pensée qui se développent sous les Royaumes combattants, qui jugent leurs pratiques inefficaces et ridicules. On peut cependant supposer qu'elles reflètent une religion populaire qui ne partage pas les préoccupations des élites lettrées[204].

Sciences des calendriers et des astres [modifier]

La compréhension de l'univers, la bonne exécution des rites et même de tous les actes de la vie passent par différentes pratiques, en premier lieu celles qui permettent de constituer une sorte de grille de lecture du cosmos, à savoir l'art de la réalisation et de l'interprétation des calendriers, ou hémérologie, et l'art de l'interprétation des mouvements des astres, ou astrologie. Ces deux disciplines ont en commun le fait que leurs spécialistes observent l'évolution de l'espace et du temps pour y déceler l'organisation de l'univers et leurs évolutions à partir de calculs complexes. Ils élaborent ainsi des almanachs présentant les jours fastes et les jours néfastes suivant les activités souhaitées, notamment celles liées au culte mais pas seulement, dont des exemplaires ont été retrouvés dans des tombes, le plus ancien étant un almanach écrit sur soie mis au jour à Zidanku près de Changsha (une nouvelle fois à Chu), dont l'interprétation est complexe. Ces almanachs sont généralement influencés par des conceptions astrologiques. L'observation des astres (et des phénomènes météorologiques au sens large) est en effet vue comme étant importante pour déceler les évolutions de l'univers, d'autant plus que les astres sont assimilés à des esprits. Plusieurs représentations de la structure du ciel ont été trouvées dans des tombes, notamment des planches cosmiques (shi) servant pour les calculs astrologiques et hémérologiques. Le ciel est conçu comme organisé autour des points cardinaux reliés par des lignes (« cordes ») traçant une croix le divisant en quartiers, et également autour des quatre angles représentés comme des « crochets » ; vingt-huit « loges stellaires » disposant d'un esprit tutélaire structurent également le Ciel ; la Petite Ourse sert souvent de point de repère. Suivant leurs observations, les spécialistes des astres et des calendriers effectuaient des calculs numériques, reprenant parfois des concepts de yin et yang et des Cinq Phases, pour déterminer jours fastes et néfastes pour les différentes activités, et le fait que leurs travaux se retrouvent dans les dernières demeures des élites montrent qu'ils avaient une véritable écoute[205].

Divination [modifier]

Un autre moyen de contact avec le monde des esprits, servant à savoir l'opportunité d'un rituel ou d'une action et décision quelconque, est la divination[206]. La forme traditionnelle de divination héritée des premières dynasties est la divination par les écailles de tortue, chéloniomancie. Il s'agissait de passer une carapace de tortue sous un feu provoquant des craquelures de ses écailles, dont la forme était ensuite interprétée pour répondre à une question posée au préalable aux esprits. Cette forme traditionnelle reste importante, mais n'accompagne pas les évolutions de la pensée cosmologique de l'époque, à la différence de l'autre forme majeure de divination, celle qui utilise des bâtonnets d'achillée millefeuille, l'achilléomancie. Il s'agit alors de jeter des bâtonnets dont la disposition est observée afin de constituer après plusieurs jets des hexagrammes, chacun constitué de deux trigrammes de lignes pleines (yang) ou brisées (yin), puis de les interpréter par des calculs numériques pour trouver la nature du phénomène observé. À la différence de la divination par les écailles de tortue qui donne une réponse sur la structure du réel, celle par l'achillée donne une réponse sur la forme des évolutions de la structure du réel : il s'agit d'interpréter les mutations de l'univers, ce qui explique le nom de l'ouvrage majeur de l'achilléomancie, le Livre des Mutations (Yijing, parfois appelé Mutations des Zhou, Zhouyi)[175],[207]. Les soixante-quatre hexagrammes fondamentaux qui sont alors peu à peu élaborés représentent les mutations essentielles du cosmos. Le principe des mutations est aussi progressivement associé à ceux du yin et du yang et des Cinq Phases qui se stabilisent à l'époque impériale.

Les pratiques divinatoires font cependant de plus en plus l'objet de critiques dans divers textes de la période des Zhou de l'Est, qui sont sceptiques quant à l'utilité de chercher l'avis des esprits pour conduire les affaires des hommes. C'est aussi bien le cas de Sun Zi qui rejette l'idée du recours aux esprits pour les décisions militaires, préférant s'en remettre au renseignement humain, que Han Fei Zi pour les affaires gouvernementales, critiques que porte aussi le Commentaire de Zuo dans lequel les devins sont tournés en dérision à plusieurs reprises[208].

Médecine et culture de soi [modifier]

Un des manuscrits médicaux retrouvés à Mawangdui, début de la période des Han antérieurs (206-9 ap. J.-C.), témoignant des pratiques médicales du IIIe siècle et donc de la fin des Royaumes combattants.

Le domaine de la médecine pouvait concerner à l'époque pré-impériale plusieurs spécialistes : des chamans pratiquant des exorcismes, des devins versés dans l'iatromancie (divination médicale), des sortes de droguistes élaborant des remèdes à but thérapeutique, et surtout le yi, « physicien » (parfois aussi wu yi, « chaman physicien », bien qu'il soit bien distinct du chaman), qui tend à devenir le spécialiste par excellence de la science médicale qui se constitue sous les Royaumes combattants[209]. Concrètement, les remèdes médicaux de cette période mélangent exorcismes et magie avec des potions et autres remèdes. Ces pratiques magico-médicales traditionnelles reposent sur l'idée que la maladie est causée par des agents pathogènes, qui peuvent être des esprits malveillants. Elles sont combattues par des nouveaux courants, construits autour d'une conception physiologique de la maladie, reposant autour du concept de qi, le « souffle » qui lie tous les éléments de l'univers suivant la cosmologie dominante, mais qui traverse aussi les corps vivants pour les animer. L'autre concept fort de ce courant est celui de mai, « vaisseaux » qui transportent le qi et le sang dans le corps. Leur mauvaise circulation serait la cause des maladies, et la thérapie se focalise donc sur leur bonne circulation. Ils ne sont cependant pas encore reliés aux concepts de yin et yang et des Cinq Phases comme à la période suivante. Ces idées sont notamment illustrées par des manuscrits retrouvés à Mawangdui montrant un état de la médecine pour la fin des Royaumes combattants et les débuts de l'époque impériale. Certains préconisent une hygiène reposant sur des exercices gymnastiques, une diététique, l'utilisation de drogues, la méditation et une sexualité propres à assurer une bonne circulation du qi et donc une bonne santé, et la longévité. À l'époque impériale, cette conception physiologique de la maladie débouche sur l'élaboration de l'acuponcture, non attestée sous les Royaumes combattants. Se dessine donc une tendance à des pratiques plus individualistes de culture de soi, qui sont censées conduire conjointement à l'amélioration physique et morale des personnes qui les pratiquent[210].

Croyances et pratiques funéraires [modifier]

Gentilhomme chevauchant un dragon qui porte aussi une grue de bon augure. Un poisson les accompagne. Il s'agit sans doute d'une représentation du voyage de l'esprit du défunt vers l'au-delà. Encre sur soie, Zidanku (Changsha, Hunan). Musée provincial du Hunan.

Les pratiques funéraires sont guidées par des croyances liées à la mort qui sont mal connues par les documents des Royaumes combattants, et même si ce que l'on observe pour cette période paraît correspondre à des croyances bien connues pour l'époque impériale, la reconstruction des conceptions des Ve siècle-IIIe siècles est un exercice périlleux en l'absence d'exposés clairs. Il faut sans doute admette qu'il n'y avait pas de croyances unifiées. Il apparaît dans plusieurs textes à partir du milieu du IVe siècle que l'être humain était conçu comme étant animé par deux souffles : le hun, d'origine céleste, psychique ; et le po, d'origine terrestre, animale[211]. Après la mort, le premier va vers un monde céleste pour l'éternité (situé dans l'imaginaire de la période impériale dans des régions des confins du monde connu comme les monts de l'ouest ou les îles des immortels à l'est), tandis que le second reste avec le cadavre ou va vers un monde souterrain, et n'est en général pas conçu comme éternel. Les ancêtres défunts intègrent alors le monde des esprits (shen), étant ainsi inclus dans l'ordre cosmologique évoqué plus haut, présidé par le Ciel. Cette idée d'un voyage du souffle du défunt se retrouverait dans les peintures sur soie des tombes de Zidanku et de Chenjia dashan montrant des personnages suivant des animaux réels ou imaginaires (dragon, grues) qui auraient pour fonction de guider le hun vers sa demeure céleste[212]. Le monde infernal tend quant à lui à se voir doté d'une organisation rationnelle avec un ensemble d'esprits-bureaucrates participant à une administration similaire à celles que l'on trouvait sur terre[213]. Le culte ancestral, qui à l'origine a pour but de maintenir la cohésion entre morts et vivants d'un même lignage et d'assurer la bienveillance des esprits ancestraux envers les vivants, devient donc dans la nouvelle cosmologie un acte rituel visant à suivre l'ordre de l'univers. Ne pas le respecter serait donc enfreindre la loi du Ciel, en plus de courir le risque d'être hanté par le démon qui réside dans le cadavre des défunts (gui), et qui vient perturber les vivants s'il ne reçoit pas de culte ou si la personne est morte prématurément avant d'avoir accompli son destin terrestre.

Poterie à but funéraire (mingqi) imitant la forme des vases rituels en bronze de type ding.

Les tombes étaient généralement regroupées dans des cimetières, qui pouvaient parfois être claniques, notamment pour ceux des familles royales et princières qui érigent des tombes plus somptueuses situées à l'écart des nécropoles[214]. De nombreux cimetières de communautés locales ont été dégagés, parfois utilisés sur plusieurs siècles. Plusieurs d'entre eux sont très densément couverts. Les tombes y sont de même type et orientation. Si des cimetières ont été retrouvés sur les territoires de plusieurs des Royaumes combattants, Chu est surreprésenté, avec plusieurs milliers de tombes connues, et de ce fait l'étude des sépultures de cette période repose largement sur leurs données. Malgré leur grande dispersion géographique, la plupart des tombes de la période des Royaumes combattants suivent un modèle de base similaire, celui de la tombe à fosse, en forme de coffre. Leur forme et leur taille peuvent être très variables. Les tombes riches sont plus profondes, accessibles par des rampes, et constituées de plusieurs compartiments séparant le ou les cercueil(s) de la majeure partie des offrandes. Leur structure est réalisée en madriers séparant les différentes parties de la tombe, et elles sont entourées de couches d'argile et de charbon pour assurer leur étanchéité. Un tumulus les surmontait couramment. Les tombes plus pauvres, à l'inverse, sont petites, à compartiment unique, avec peu voire pas d'offrandes et parfois aucun cercueil. Quelques variantes apparaissent : des tombes dont la structure est constituée de briques creuses à la place des grosses planches de bois, surtout dans le Henan occidental ; et des tombes à chambre souterraine, surtout à Qin[215].

Les tombes les plus riches formaient un ensemble parfois complexe et richement doté. Les cas les plus spectaculaires sont les complexes funéraires royaux comme celui des rois du Zhongshan qui a été décrit plus haut. La tombe princière la mieux connue est celle du « marquis » Yi de Zeng, principauté dépendant de Chu, dégagée à Leigudun (district de Zengdu, Hubei) et datée du début des Royaumes combattants (vers 430) et donc encore très proche des traditions des Printemps et Automnes. Elle a fourni depuis sa découverte en 1977 des informations inestimables sur cette période. Elle est divisée en compartiments qui sont en fait de véritables salles formant une résidence post-mortem : espace rituel ou salle d'audience avec son mobilier caractéristique (notamment un carillon), chambre funéraire comportant le tombeau du marquis accompagné de huit femmes et d'un chien, et une sorte de gynécée où reposaient treize jeunes femmes (danseuses ou musiciennes ?), et un dernier compartiment avec un arsenal d'environ 4 500 armes et des inventaires funéraires. Par la suite, les riches tombes du pays de Chu reprennent ce modèle de résidence post-mortem, comprenant parfois jusqu'à 9 compartiments, et dont les inventaires d'objets funéraires illustrent bien la division fonctionnelle de l'espace. Les tombes riches des royaumes du nord sont moins bien connues, et d'une manière générale la plupart des tombes princières ont été pillées dans l'Antiquité[216],[217].

Figure gardienne de tombes (zhenmushou), portant des bois de cerf, pays de Chu, Birmingham Museum of Arts.
Figurines funéraires en bois provenant du pays de Chu.

Les objets placés dans les tombes pour accompagner les défunts vers l'au-delà pouvaient être très divers, surtout dans les tombes les plus riches qui ont parfois livré un matériel remarquable. Ces objets étaient classés dans différentes catégories, distinguant les objets utilisés dans le monde des vivants et qui sont de plus en plus entreposés dans les tombes pour accompagner les défunts après la mort, de ceux qui étaient conçus spécifiquement pour les tombes, les mingqi, qui connaissent un développement important sous les Royaumes combattants[218]. Les premiers sont les mêmes objets que ceux employés par les vivants, tandis que les seconds ont des caractéristiques propres dans leur fonction comme dans leur réalisation. Ainsi, un premier type de mingqi est la céramique de qualité moyenne imitant l'apparence des bronzes rituels, reprenant sa symbolique mais n'étant pas utilisée par les vivants[219]. Dans certains cas, ce sont des vases en bronze de qualité inférieure à ceux servant les vivants qui sont réalisés. Mais dans plusieurs tombes des élites les mingqi sont très élaborés[220].

Un autre type de mingqi est celui des figurines funéraires, qui se répandent dans les tombes au cours de la période, peut-être en substitution aux sacrifices humains qui accompagnent les nobles et les princes mais tendent à se raréfier sous les Royaumes combattants[221]. Elles sont en bois dans les tombes du Chu, tandis que dans celles du nord elles sont en argile. Dans les régions méridionales, il existe également une tradition de sculptures en bois d'animaux hybrides, appelées zhenmushou (« animal protecteur de tombes ») par les chercheurs actuels, parce qu'elles étaient apparemment destinées à protéger les défunts à l'origine, même si par la suite elles semblent surtout avoir une fonction ornementale[222].

Les tombes nécessitent également la réalisation de cercueils, en laque peinte pour les élites. En plus d'avoir préservé des injures du temps de nombreux biens du monde des vivants qui fournissent l'essentiel des connaissances sur l'art des Royaumes combattants (vases rituels ou profanes, instruments de musique, armes, et autres objets en bronze, etc.), les tombes ont également l'intérêt d'avoir stimulé un art spécifique qui a sans doute contribué au développement de certaines techniques comme la laque, la soierie, la peinture. Des offrandes en nourriture étaient également présentes, et prennent plus l'apparence de provisions que d'offrandes funéraires contrairement aux périodes précédentes.

Tout cela renforce l'impression que ce matériel funéraire sert, au moins dans les tombes les plus riches, à fournir la tombe en matériel servant au confort quotidien du défunt dans sa vie après la mort et pas forcément en offrandes aux esprits servant à faciliter leur passage et leur vie dans l'au-delà. Les tombes sont devenues de véritables résidences dans lesquelles les défunts doivent disposer de tout ce qui leur est nécessaire, de façon à ce qu'ils ne reviennent pas hanter les vivants[223].

Réalisations artistiques [modifier]

L'art de la période des Royaumes combattants est avant tout connu par les objets exhumés dans les milliers de tombes de cette époque qui ont été mises au jour, pour une bonne partie sur les terres de l'ancien royaume méridional de Chu, donc dans un espace qui dispose d'une culture originale, subissant les influences de la culture des royaumes chinois « traditionnels » de la vallée du Fleuve jaune tout en conservant de fortes originalités[26]. Parmi ces découvertes, la sépulture du marquis Yi de Zeng qui date du début de la période des Royaumes combattants (433) occupe une place centrale dans les histoires de l'art de cette époque par la quantité et aussi la qualité des objets qui y ont été exhumés. Les réalisations artistiques connues des Ve, IVe et IIIe siècles chinois sont donc pour la plupart destinées à accompagner le défunt dans l'au-delà, même si elles n'ont pas forcément toutes été réalisées dans ce but et peuvent donc être similaires à des objets confectionnés pour les vivants. Il s'agit en tout cas de productions destinées aux élites sociales dont les tombes sont les plus richement pourvues, accomplies par des artisans travaillant donc pour les élites liées au pouvoir politique.

Par rapport à la période des Printemps et Automnes, l'art des Royaumes combattants connaît plusieurs évolutions importantes, aussi bien thématiques, que techniques et stylistiques[224]. Ainsi, les vases en bronze qui servaient auparavant essentiellement à des fonctions rituelles perdent cette finalité, et semblent en majorité destinés à des besoins profanes. C'est une rupture majeure avec le millénaire précédent. Les inscriptions qui décoraient les objets sont de moins en moins utilisées, et désormais une attention centrale est portée sur l'iconographie, ce qui renouvelle l'art pictural avec le développement des scènes de récits de combat et de rituels. En lien avec ce changement, la technique de l'incrustation sur du métal connaît une popularité croissante. Toujours dans le domaine de la métallurgie, la technique de la cire perdue est également employée, mais rarement. L'art de la laque connaît également une grande vogue, et les peintures sur soie les plus anciennes qui soient connues datent de cette période.

Vases en bronze [modifier]

La période des Royaumes combattants voit le déclin des vases rituels en bronze si courants durant les siècles précédents. Ils semblent alors de plus en plus destinés à des besoins profanes, même si certains servent toujours pour des rituels[225]. Les formes les plus répandues restent comme à la période précédente les vases ding servant à la cuisson de la viande et les gui pour les grains, ainsi que les vases hu pour les boissons fermentées. Représentatifs de l'art de la période de transition entre les Printemps et Automnes et les Royaumes combattants, les vases en bronze de la tombe du marquis Yi de Zeng sont particulièrement impressionnants, et ce à plusieurs titres. D'abord par leur quantité et leur taille, puisque deux grands conteneurs à vin mesurent plus de 1 mètre de haut. Ensuite, la décoration de certains d'entre eux est remarquable, d'autant plus qu'elle est originale : la technique de la cire perdue a permis aux artisans de réaliser des décors de créatures et autres motifs entrelacés, soudés au vase qu'ils ornent qui lui est moulé suivant la pratique traditionnelle. Mais l'évolution caractéristique de la période est la technique d'incrustation, qui se développe en premier pour les vases en bronze sur lesquels elle devient très courante. Elle fait appel à une grande variété de matériaux : cuivre, or, argent, pâte de verre, laque, ou des pierres comme le jade, la malachite, la turquoise. Les incrustations sont réalisées à part puis fixées dans le moule dans lequel le vase est fondu. Les décors ainsi réalisés représentent des récits de scènes religieuses (rituels sur des plates-formes, danses et chants) ou guerrières (batailles, assauts de villes, chasses), parfois sur plusieurs registres. D'autres incrustations consistent en des motifs abstraits, linéaires ou curvilignes. Les artistes réalisant ces décors s'inspirent peut-être des motifs réalisés pour décorer des tissus.

Vases en bronze incrustés de la période des Royaumes combattants

Autres œuvres en bronze [modifier]

Miroir en bronze décoré de motifs géométriques (en forme de T.L.V.) et floraux, gravés.

Les techniques du moulage et de la cire perdue permettent la réalisation de divers objets en métal complexes, dont les pièces peuvent parfois être réalisées à part puis accolées pour constituer l'objet final, comme cela a déjà été vu pour certains vases en bronze[226]. Des statuettes en bronze sont ainsi confectionnées, pour être incorporées à des ensembles plus complexes, comme celles supportant les poutres de bois qui portent l'orchestre du marquis Yi de Zeng. La qualité de leur exécution et la recherche poussée du réalisme dans la représentation des traits des visages en font des œuvres à part entière. D'autres pièces en bronze servent de supports, notamment des pieds d'écran ou des supports de lampe[227]. Les réalisations d'animaux réels ou imaginaires côtoient celles d'êtres de forme humaine. Les représentations de dragons et autres êtres hybrides imaginaires sont marquées par la recherche de la complexité dans la forme, l'attitude dynamique, et l'ornementation.

Les artistes de la période des Royaumes combattants sont également passés maîtres dans la réalisation de miroirs en bronze très finement exécutés, dont un millier d'exemplaires environ a été retrouvé, témoignage de leur succès[228]. Il existe divers types de miroirs suivant la forme des motifs qui y sont gravés ou incrustés, qui se complexifient au cours du temps : tracés rectilignes, trapézoïdaux, curvilignes, entrelacés, motifs floraux, animaux, scènes de chasse, etc. Cela reflète en partie des traditions régionales.

D'autres réalisations en bronze caractéristiques de cette période sont les objets en forme de crochet ayant une fonction ornementale, qui ont pu être portés sur des vêtements, ou bien servir à supporter des objets personnels dans des espaces intérieurs[229]. Leur forme et surtout leur décoration se complexifient au cours du temps, et certains sont remarquables par la qualité de leurs incrustations.

Enfin, les artisans des Royaumes combattants se sont illustrés dans la confection d'armes d'apparat en bronze incrustées d'autres matières, avant tout des épées[230], ou encore dans l'art des cloches en bronze caractéristiques de la Chine antique, qui est évoqué plus bas.

Objets en jade [modifier]

Disque percé bi à décor de petites spirales et orné sur ses côtés par deux dragons.

Le jade reste un matériau servant à réaliser des objets très prisés par les élites. Extrêmement dur et dense, il demande une grande dextérité pour le travailler, mais les artistes ont atteint à l'époque des Royaumes combattants un niveau de maîtrise élevé. Ils peuvent confectionner des objets variés, qu'il s'agisse d'ornements à fonction apotropaïque ou rituelle, des manches de dague ou épée ou des parures diverses. Les disques percés bi sont un des objets en jade les plus prisés. Ils marquent le prestige de leur détenteur, et sont des présents de grande valeur que se font entre eux les membres des élites, notamment les rois. Leur forme ronde symboliserait le Ciel. Les décors les ornant sont souvent des petites spirales (guliwen)[231]. De la même manière que les autres réalisations artistiques de l'époque, les objets en jade ont une ornementation de plus en plus fournies, notamment des dragons au corps ondulant[232].

Arts de la laque [modifier]

Cercueil en laque provenant d'une tombe au Hubei.

Les laques deviennent de plus en plus populaires au cours de la période[233]. Il s'agit d'objets recouverts de laque, résine dont plusieurs couches sont appliquées sur du bois mince, diverses fibres végétales ou même des toiles épaisses, servant à réaliser des objets divers (meubles dont des coffres, vaisselles, cercueils). Il est surtout connu par les tombes provenant de l'ancien royaume de Chu, qui semble avoir été le cadre privilégié de son développement. À la différence des objets en bronze toutefois, ceux en laque touchent un plus large spectre social car ils se retrouvent aussi bien dans les tombes les plus richement pourvues en objets que dans celles qui en ont moins, même si les pièces des tombes les plus riches sont plus nombreuses et de meilleure qualité. Les décorations des objets en laque du début de la période des Royaumes combattants, illustrées par les trouvailles de la tombe du marquis Yi de Zeng, sont des incrustations peintes représentant essentiellement des motifs curvilignes, entrelacés, et quelques scènes rituelles. Les réalisations du IVe siècle se diversifient : la palette de couleurs est plus large, et celle des motifs aussi, avec des motifs géométriques plus complexes, l'apparition d'animaux, et des représentations de scènes avec des humains plus abouties que précédemment.

Arts de la soie [modifier]

Détail d'une soierie brodée de Mashan, représentant des dragons entrelacés de motifs curvilignes.

Bien que seuls quelques exemplaires aient survécu aux injures du temps, les pièces de soie décorées qui ont été retrouvées dans des tombes de la période des Royaumes combattants peuvent être aisément replacées dans le contexte du développement d'un nouvel art pictural, et le lien avec les incrustations sur bronze et sur laque est évident[234]. Une tombe de Mashan dans la province de Jiangling (Hubei) a livré plusieurs exemples d'étoffes en soie : couvertures, draps servant à envelopper le corps du défunt, vêtements. Différents types ont pu être déterminés en fonction de l'espacement des fils. Les motifs brodés que portaient plusieurs d'entre elles représentent des animaux réels ou imaginaires jouxtés ou entrecroisés par des motifs géométriques, linéaires ou curvilignes.

Les plus anciennes peintures individuelles chinoises connues ont été réalisées sur de la soie et datent de la période des Royaumes combattants. Une dans la tombe de Mashan, et deux autres près de Changsha (à Chenjia dashan et Zidanku), là aussi dans l'ancien territoire du Chu[212]. Elles sont monochromes, et représentent des humains de profil, en présence d'animaux, tracés à l'encre par des traits fermes, des lignes courbes, comme c'est le cas dans de nombreuses peintures des périodes suivantes, les peintures sur soie antiques servant alors de modèles. Celle de Zidanku représente un homme chevauchant un dragon, abrité par un parasol, et entouré d'oiseaux et d'un poisson, tandis que celle de Chenjia dashan représente une femme suivant un dragon et un oiseau. Bien que l'unité de style soit évidente, la première est reconnue comme ayant une plus grande qualité esthétique que la seconde par sa disposition harmonieuse, la qualité du trait et le dynamisme qu'arrive à faire figurer son auteur. Leur sens est débattu, mais il est probable qu'il ait un rapport avec le destin des défunts dans l'au-delà.

Instruments de musique [modifier]

La pièce maîtresse de l'orchestre du marquis Yi de Zeng : le carillon.

La chambre centrale de la tombe du marquis Yi de Zeng à Leigudun comprenait un véritable orchestre de 124 instruments[235]. Il était probablement destiné à jouer de la musique rituelle. Cet ensemble extraordinaire est constitué essentiellement d'instruments à percussion qui dominent alors dans la musique chinoise (cloches, pierres sonores, tambours), mais comprenait aussi des instruments à vent (orgues à bouche, flûtes) et à cordes (luths, cithares ayant de 5 à 25 cordes).

L'élément le plus imposant de cet orchestre est le carillon, constitué de 64 cloches en bronze (pesant plus de 2 500 kilogrammes en tout) suspendues sur trois niveaux, les plus grandes cloches (allant jusqu'à 1 mètre de haut et plus de 130 kilogrammes) se trouvant en bas, les plus petites en haut. Elles ont une bouche à section en forme d'amande, avec les extrémités pointues, ce qui permet de produire deux tons avec chacune d'elles selon qu'elles sont frappées au milieu ou sur les côtés, caractéristique des cloches chinoises anciennes, qui se perd apparemment après le IVe siècle. Elles étaient classées en fonction des sons qu'elles produisaient, les plus petites situées en haut servant peut-être de diapason[236],[235].

La musique a un rôle important dans de nombreux rituels ayant lieu dans le milieu des cours royales et princières, accompagnés de danses. Des livres « classiques » traitent de cela, le Livre de la musique (Yuejing) et le Livre des odes (Shijing). Pour de nombreux penseurs, notamment ceux liés au confucianisme, elle a même un rôle moral, au même titre que les autres rituels[237].

Notes et références [modifier]

  1. Lewis 1999, p. 588-593
  2. a et b (en) A. F. P. Hulsewé, « Shih chi », dans Loewe (dir.) 1993, p. 405-414. Traduction en français des parties historiques : Se-ma Ts'ien, Les mémoires historiques, Traduits et annotés par Édouard Chavannes, Paris, 1967-1969 (1re éd. 1895-1905) En ligne sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi. Voir aussi Sima Qian, Mémoires historiques, Vies de Chinois illustres, Traduit du chinois et présenté par Jacques Pimpaneau, Arles, 2002 pour une sélection de biographies des Mémoires historiques.
  3. a et b (en) D. S. Nivison, « Chu shi chi nien », dans Loewe (dir.) 1993, p. 39-47. Traduction en français par É. Biot dans Journal Asiatique XII, 1841, p. 537-578 En ligne sur Gallica et Journal Asiatique XIII, 1842, p. 381-431 En ligne sur Gallica.
  4. Nivison 1999, p. 745-746
  5. Wu 1999 ; Elisseeff 2008, p. 325-331
  6. Voir par exemple les discussions dans Falkenhausen 2006, p. 382-394.
  7. Li 1985, p. 415-416
  8. Li 1985, p. 434-435
  9. Li 1985, p. 447-449
  10. O. Venture, « La question des « écritures chinoises » à l'époque des Royaumes combattants », dans Arts asiatiques 61, 2006, p. 30-44.
  11. Li 1985, p. 7
  12. Li 1985, p. 13-14
  13. Ebrey 1999, p. 55-58
  14. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, 2002, p. 127-158
  15. Lewis 2007, p. 11-16
  16. Li 1985, p. 16-36
  17. Li 1985, p. 139-153 ; Lewis 1999, p. 597
  18. Li 1985, p. 59-77 ; Lewis 1999, p. 595-596
  19. Li 1985, p. 126-138 ; Lewis 1999, p. 595
  20. C'est la proposition développée dans A. Reynaud, Une géohistoire, La Chine des Printemps et des Automnes, Paris, 2000, pour la période précédente et qui semble encore valable pour celle qui nous intéresse.
  21. Li 1985, p. 108-125 ; Lewis 1999, p. 594-595
  22. Li 1985, p. 93-107
  23. Li 1985, p. 222-239 ; Lewis 1999, p. 596
  24. Bodde 1986, p. 30-52
  25. Li 1985, p. 154-169 ; Lewis 1999, p. 597. Voir aussi (en) J. S. Major et C. A. Cook (dir.), Defining Chu, Image and Reality in Ancient China, Honolulu, 1999
  26. a et b Elisseeff 2008, p. 56-57
  27. Li 1985, p. 204-221. Voir aussi A. Thote (dir.), Chine, l'énigme de l'homme de bronze, Archéologie du Sichuan (XIIe-IIIe avant J-C), Paris, 2003, p. 216-266
  28. Li 1985, p. 189-203
  29. Gernet 2006, p. 82 ; Elisseeff 2008, p. 54
  30. Lewis 1999, p. 598
  31. Maspero 1985, p. 297-307 ; Lewis 1999, p. 599-600
  32. Lewis 1999, p. 600-602
  33. Lewis 1999, p. 616-617
  34. Maspero 1985, p. 325-328 ; Lewis 1999, p. 617-618
  35. Lewis 1999, p. 619
  36. Lewis 1999, p. 634-635
  37. a et b Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 22
  38. a et b Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 49-53
  39. a et b Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 64-78
  40. Lewis 2007, p. 31-35
  41. Lewis 1999, p. 632-633
  42. Maspero 1985, p. 330-331
  43. Maspero 1985, p. 330-347 ; Lewis 1999, p. 636-638
  44. Maspero 1985, p. 347-350 ; Lewis 1999, p. 638-641
  45. Lewis 2007, p. 37-38
  46. Bodde 1986, p. 45-52
  47. Gernet 2006, p. 111-113 ; Gernet 2005, p. 82-83
  48. Bodde 1986, p. 40-45 ; Maspero 1985, p. 350-351
  49. a et b Sima Qian (trad. Pimpaneau) 2002, p. 116-124
  50. Selon les mots de Gernet 2006, p. 111 et 113
  51. Lewis 1999, p. 597-602 ; Gernet 2006, p. 88-89
  52. Gernet 2006, p. 83 ; Cheng 2002, p. 54-56
  53. Lewis 1999, p. 602-603
  54. Lewis 1999, p. 637
  55. a et b (en) C. Cook, « Ancester worship during the Eastern Zhou », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 241-250
  56. Pines 2009, p. 25-53
  57. a et b J. Lévi, « Le Rite, la norme, le Tao : Philosophie du sacrifice et transcendance du Pouvoir en Chine ancienne », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 191-207
  58. a et b Lewis 2007, p. 37
  59. Wu 1999, p. 660-662 et 665-673
  60. Wu 1999, p. 673-675. J.-P. Desroches, « L'irrésistible ascension de l'État de Qin (IXe-IIIe siècle av. J.-C.) », dans J.-P. Desroches, G. André et W. Han (dir.), Chine, le siècle du premier empereur, Arles et Monaco, 2001, p. 134-138.
  61. Wu 1999, p. 709-717
  62. D. Elisseeff et J.-P. Desroches (dir.), Zhongshan, Tombes des rois oubliés, Paris, 1984
  63. Cette évolution sociale a été mise en évidence dans (en) C. Y. Hsu, Ancient China in transition: An analysis of social mobility, 722-222 BC, Stanford, 1965
  64. Pines 2009, p. 136-162
  65. Lewis 1999, p. 604
  66. Lewis 1999, p. 604-606
  67. Lewis 1999, p. 611-616 ; Gernet 2005a, p. 112-113 ; Bodde 1986, p. 34-38
  68. Pines 2009, p. 163-184
  69. J. Lévi, « Ma-Chine à trahir, Sophistes et délateurs dans la Chine ancienne », dans Le Genre Humain 16-17, La trahison, 1987-1988, p. 355-373, repris dans Id., Les fonctionnaires divins, Politique, despotisme et mystique en Chine ancienne, Paris, 1989 ; dans ce dernier livre, voir aussi « Stratagèmes et prévoyances dans la Chine pré-impériale », p. 13-60
  70. Lewis 1999, p. 590-591
  71. Gernet 2006, p. 108
  72. Wu 1999, p. 716-717
  73. Lewis 2007, p. 60
  74. Bodde 1986, p. 36-37 ; Gernet 2006, p. 114-115 ; Gernet 2005, p. 82-83 ; Cheng 2002, p. 239-241
  75. L. Vandermeersch, La formation du légisme, Recherche sur la constitution d'une philosophie politique caractéristique de la Chine ancienne, Paris, 1965
  76. a et b Lewis 1999, p. 613-615 ; Gernet 2006, p. 94
  77. Lewis 1999, p. 606-610 ; Gernet 2005, p. 78-80
  78. Lewis 2007, p. 232-236
  79. Gernet 2005, p. 71-72
  80. Lewis 1999, p. 612 ; Lewis 2007, p. 232-236
  81. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 16
  82. a et b Lewis 1999, p. 620
  83. a et b Gernet 2006, p. 96
  84. Lewis 1999, p. 622-623
  85. A. Thote, « Origine et premiers développements de l'épée en Chine », dans Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 147/2, 2003, p. 773-802
  86. a et b Lewis 1999, p. 624
  87. Gernet 2005, p. 85-86
  88. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, 2002, p. 134-138
  89. a, b et c Gernet 2006, p. 95-96
  90. Gernet 2005, p. 89-91
  91. Lewis 1999, p. 629-630
  92. Elisseeff 2008, p. 190-191 ; (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, 2002, p. 138-155
  93. Lewis 1999, p. 623
  94. Gernet 2005, p. 84-85
  95. Gernet 2005, p. 87. (en) R. D. S. Yates, « Law and the Military in Early China », dans N. di Cosimo (dir.), Military Culture in Imperial China, Cambridge, 2009, p. 29-33
  96. Lewis 1999, p. 621
  97. Lewis 1999, p. 625-628
  98. Lewis 1999, p. 630-632
  99. Lewis 1999, p. 632. J. Lévi, Les sept traités de la guerre, Paris, 2008
  100. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000
  101. Sun Bin, Le traité militaire, Traduction et présentation de Valérie Niquet, Paris, 1996
  102. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 19-21 et 33-42
  103. (en) R. D. S. Yates, « Law and the Military in Early China », dans N. di Cosimo (dir.), Military Culture in Imperial China, Cambridge, 2009, p. 29-38
  104. Lewis 1999, p. 628-629
  105. Gernet 2005a, p. 95 et 111-112
  106. a et b Gernet 2006, p. 97
  107. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 17-19 ; Gernet 2006, p. 96-97
  108. Gernet 2006, p. 114
  109. Sun Tzu (trad. Lévi) 2000, p. 21-24
  110. Gernet 2006, p. 101-102
  111. (en) C. Hsu, « The Spring and Autumn Period », dans Loewe et Shaughnessy (dir.) 1999, p. 577-578
  112. Lewis 2007, p. 113-115
  113. Lewis 1999, p. 647
  114. Li 1985, p. 284-290 et 315
  115. Gernet 2006, p. 97 ; Gernet 2005, p. 75 n. 1
  116. Lewis 2007, p. 103
  117. Gernet 2006, p. 98-99 et 114
  118. Lewis 1999, p. 646
  119. Vandermeersch 2008, p. 255-258
  120. Lewis 2007, p. 106-107
  121. Vandermeersch 2008, p. 258-259 ; Gernet 2006, p. 110-111 ; Falkenhausen 2006, p. 409-411
  122. Li 1986, p. 466-470 ; Gernet 2006, p. 102 ; Falkenhausen 2006, p. 415-418
  123. Wu 1999, p. 661
  124. a et b (en) Patricia Buckley Ebrey, Anne Walthall et James B. Palais, East Asia: A Cultural, Social, and Political History, Boston, Houghton Mifflin, 2005 (ISBN 0-618-13384-4), p. 30 
  125. (en) L. von Falkenhausen, « The Waning of the Bronze Age: Material Culture and Social Developments, 770-481 B.C. », dans Loewe et Shaughnessy (dir.) 1999, p. 459-468
  126. Gernet 2005, p. 75
  127. (en) Robert Temple (préf. Joseph Needham), The Genius of China: 3,000 Years of Science, Discovery, and Invention, Simon and Schuster (New York), 1986, 254 p. (ISBN 0671620282), p. 49-50 
  128. Li 1986, p. 315-329
  129. Elisseeff 2008, p. 61-62
  130. [PDF] Le génie scientifique de la Chine, Le courrier de l'UNESCO, sur unesco.org, UNESCO, octobre 1988, p. 10. Consulté le 15/05/2010
  131. Li 1986, p. 470-473 ; Gernet 2006, p. 102 et 106 ; Gernet 2005, p. 94-95
  132. M. Cartier, « Autour des notions de « profit » et de « marché », la naissance de la pensée économique chinoise », dans G. Berthoud et G. Busino (dir.), L'économie dans la société, Revue européenne des sciences sociales t. XXVI n°82, Genève, 1988, p. 57-65
  133. Gernet 2006, p. 100-101
  134. Li 1985, p. 371-398 ; Gernet 2006, p. 107 et fig. 6. Étude développée dans F. Thierry, Monnaies chinoises. I. L'Antiquité préimpériale, Paris, 1997, p. 67-183. Voir aussi F. Thierry, « Sur les spécificités fondamentales de la monnaie chinoise », dans A. Testart (dir.), Aux origines de la monnaie, Paris, 2001, p. 109-144.
  135. Lewis 1999, p. 607
  136. Gernet 2006, p. 107
  137. (en) N. Di Cosmo, Ancient China and Its Enemies: The Rise of Nomadic Power in East Asian History, Cambridge, 2002, p. 131-134
  138. Wu 1999, p. 653-654
  139. Gernet 2006, p. 106 ; Wu 1999, p. 654-655
  140. Wu 1999, p. 656
  141. a et b Wu 1999, p. 660-662
  142. Lewis 2007, p. 76 et 87-88
  143. Lewis 2007, p. 83-86
  144. Cheng 2002, p. 97 et 115
  145. Cheng 2002, p. 188-189
  146. Cheng 2002, p. 210 n. 7
  147. Cheng 2002, p. 143-144 et 160
  148. Cheng 2002, p. 115-116
  149. Lewis 1999, p. 641-645
  150. Cheng 2002, p. 213-214
  151. (en) M. Carson et M. Loewe, « Lü shih ch'un ch'iu », dans Loewe (dir.) 1993, p. 324-330 ; Lewis 2007, p. 211-214 ; I. Kamenarovic, Printemps et automnes de Lü Buwei, Paris, 1998
  152. Cheng 2002, p. 293-295
  153. Cheng 2002, p. 212-213 et 245
  154. Lewis 1999, p. 641
  155. Cheng 2002, p. 160-163
  156. Nivison 1999, p. 748-752 ; Cheng 2002, p. 36-42
  157. Pines 2009, p. 219-220
  158. Pines 2009, p. 187-197
  159. Nivison 1999, p. 747-748
  160. Cheng 2002, p. 113-114, 188 et 212
  161. Li 1985, p. 9 ; Cheng 2002, p. 251-252
  162. Nivison 1999, p. 752-759 ; Cheng 2002, p. 61-93
  163. A. Cheng, Entretiens de Confucius, Paris, 2004 (1re éd. 1981) ; P. Ryckmans, Les Entretiens de Confucius, Paris, 2005 (1re éd. 1987) ; A. Lévy, Confucius, Entretiens avec ses disciples, Paris, 1993
  164. Nivison 1999, p. 770-778 ; Cheng 2002, p. 159-187. A. Lévy, Mencius, Paris, 2008
  165. Nivison 1999, p. 790-799 ; Cheng 2002, p. 212-233. I. Kamenarovic, Xunzi (Siun Tseu), Paris, 1987
  166. Nivison 1999, p. 759-765 ; Cheng 2002, p. 94-109
  167. Nivison 1999, p. 779-783 ; Cheng 2002, p. 143-158
  168. Nivison 1999, p. 800-808 ; Cheng 2002, p. 234-249
  169. J. Lévy, Le livre du prince Shang, Paris, 1981
  170. (en) W. A. Ryckett, « Kuan Tzu », dans Loewe (dir.) 1993, p. 244-251
  171. J. Lévy, Hen-Fei-tse ou le Tao du Prince, Paris, 1999
  172. Nivison 1999, p. 783-790 ; Cheng 2002, p. 113-142. J.-C. Pastor, Zhuangzi (Tchouang-tseu), Les chapitres intérieurs, Paris, 1990 ; J. Lévi, Les Œuvres de Maître Tchouang, Paris, 2010
  173. Nivison 1999, p. 783-790 ; Cheng 2002, p. 188-211. F. Houang et P. Leyris, La Voie et la vertu, Tao-te-king, Paris, 1979 ; J. Lévi, Le Lao-tseu, Suivi des Quatre Canons de l'empereur Jaune, Paris, 2009
  174. a et b Nivison 1999, p. 809-812 ; Cheng 2002, p. 250-289
  175. a et b E. Perrot, Yi King, Le Livre des transformations, Paris, 1973
  176. Elisseeff 2008, p. 62 ; Gernet 2005a, p. 137-139
  177. La chronique de la principauté de Lou : Tch'ouen Ts'iou et Tso Tchouan, traduction de S. Couvreur, 3 vol., Paris, 1951. Consultable en ligne sur le site de l'Université du Québec à Chicoutimi.
  178. Sur la reconstitution de l'histoire de la rédaction de ces textes, voir (en) A. Cheng, « Ch'un ch'iu, Kung yang, Ku liang and Tso chuan », dans Loewe (dir.) 1993, p. 67-76 ; (en) C. I-jen, W. G Boltz et M. Loewe, « Kuo yü », dans Loewe (dir.) 1993, p. 263-268
  179. (en) E. L. Shaughnessy, « I Chou shu », dans Loewe (dir.) 1993, p. 229-233
  180. (en) Tsuen-hsuin Tsien, « Chan kuo ts'e », dans Loewe (dir.) 1993, p. 1-11
  181. (en) W. G. Boltz, « Chou li », dans Loewe (dir.) 1993, p. 216-228
  182. (en) E. L. Shaughnessy, « I ching (Chou I) », dans Loewe (dir.) 1993, p. 216-228
  183. (en) W. G. Boltz, « I li », dans Loewe (dir.) 1993, p. 234-243
  184. (en) N. Sivin, « Huang ti nei ching », dans Loewe (dir.) 1993, p. 199-201
  185. F. Tokei, Naissance de l'élégie chinoise, Paris, 1967 ; Qu Yuan, Élégies de Chu, Traduit du chinois, présenté et annoté par Rémi Mathieu, Paris, 2004
  186. (en) R. Fracasso, « Shan hai ching », dans Loewe (dir.) 1993, p. 357-367
  187. R. Mathieu, Le Mu tianzi zhuan, traduction annotée-étude critique, Paris, 1978 ; (en) Id., « Mu t'ien tzu chuan », dans Loewe (dir.) 1993, p. 342-346
  188. a et b Sur cette mythologie, voir dernièrement (en) M. E. Lewis, « The mythology of early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 543-594
  189. (en) W. South Coblin, « Ehr ya », dans Loewe (dir.) 1993, p. 94-99 ; (en) H. Yong et J. Peng, Chinese Lexicography, A History from 1046 BC to 1911 AD, Oxford et New York, 2008, p. 29-75
  190. On trouvera une mise au point récente sur la religion de la Chine antique dans E. L. Shaughnessy, « The religion of ancient China », dans J. R. Hinnells (dir.), A Handbook of Ancient Religions, Cambridge, 2007, p. 490-536.
  191. Voir les discussions sur la terminologie dans Harper 1999, p. 815-820
  192. Cette rationalité est discutée dans Vandermeersch 2008, Livre II
  193. Harper 1999, p. 820-830
  194. Vandermeersch 2008, p. 355-374 ; Harper 1999, p. 868-870
  195. (en) C. Cook dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 275-277
  196. Vandermeersch 2008, p. 374 ; Harper 1999, p. 831-852
  197. Harper 1999, p. 860-866
  198. Harper 1999, p. 868-871
  199. (en) C. Cook dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 238-241
  200. J. Lévi dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 207-237
  201. Vandermeersch 2008, p. 403-404
  202. Mise au point sur les rituels de cette période dans (en) M. Poo, « Ritual and Ritual Texts in Early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 281–314
  203. Vandermeersch 2008, p. 401-424 ; Cheng 2002, p. 73-76 et 224-226.
  204. Harper 1999, p. 873-874. R. Mathieu, « Les wu : fonctions, rites et pouvoirs, de la fin des Zhou au début des Han (env. Ve-env. Ier siècle), Approche d'un chamanisme chinois », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 277-304 ; (en) F. Lin, «The image and status of shamans in ancient China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 397-458.
  205. Harper 1999, p. 831-852. M. Kalinowski, « La divination sous les Zhou orientaux (770-256 avant notre ère) », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 127-130 et 151-154
  206. Vandermeersch 2008, p. 285-315 ; Harper 1999, p. 852-860 ; M. Kalinowski dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 101-164.
  207. Cheng 2002, p. 268-289
  208. M. Kalinowski dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 156-159 ; J. Lévi dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 190-191
  209. Harper 1999, p. 874-883
  210. C. Despreux, « Culture de soi et pratiques d'immortalité dans la Chine antique des Royaumes combattants aux Han », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 241-275 ; (en) R. Graziani, « The subject and the sovereign: exploring the self in early Chinese self-cultivation », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 459-517 ; (en) M. Csikszentmihàlyi, « Ethics and self-cultivation practice in early China », dans Lagerwey et Kalinowski (dir.) 2009, p. 519-542
  211. Vandermeersch 2008, p. 374-376. Voir aussi Maspero 1985, p. 146-155
  212. a et b Li 1985, p. 434-446 ; Wu 1999, p. 742-744 ; Elisseeff 2008, p. 188-189
  213. Harper 1999, p. 868-869 ; Falkenhausen 2006, p. 316-321
  214. Wu 1999, p. 708-709 et 717-718
  215. Wu 1999, p. 718-721 ; Elisseeff 2008, p. 58-59
  216. Wu 1999, p. 721-729 ; Elisseeff 2008, p. 178-179 ; Falkenhausen 2006, p. 306-316
  217. A. Thote, « Les pratiques funéraires Shang et Zhou, Interprétation des vestiges matériels », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 66-72
  218. Wu 1999, p. 727-728
  219. Wu 1999, p. 729-732
  220. Falkenhausen 2006, p. 302-306
  221. Wu 1999, p. 732-7340
  222. Elisseeff 2008, p. 172-173
  223. A. Thote, « Les pratiques funéraires Shang et Zhou, Interprétation des vestiges matériels », dans Lagerwey (dir.) 2009, p. 70-72
  224. C. Debaine-Francfort, La redécouverte de la Chine ancienne, Paris, 1998, p. 77-87, offre une introduction concise et très bien illustrée sur l'art de la période des Zhou orientaux. Voir aussi Elisseeff 2008, p. 58-62.
  225. Li 1985, p. 269-270 ; Wu 1999, p. 676-685 et 702 ; Elisseeff 2008, p. 60-61 et 174-175 ; A. Thote, « Les bronzes de l'époque des Zhou de l'Est (770-221 av. J.-C.) », dans Rites et festins de la Chine antique, Bronzes du Musée de Shanghai, Paris, 1998, p. 144 et exemples p. 161-166
  226. Li 1985, p. 272-276 ; Wu 1999, p. 685-692
  227. Elisseeff 2008, p. 184-185
  228. Li 1985, p. 295-314 ; Wu 1999, p. 692-697
  229. Wu 1999, p. 697-698
  230. Li 1985, p. 276-277 ; Elisseeff 2008, p. 176-177
  231. P. Wiedehage dans Chine, la gloire des empereurs, Paris, 2000, p. 197-199
  232. Wu 1999, p. 699-700
  233. Li 1985, p. 342-358 ; Wu 1999, p. 679-682 et 704
  234. Li 1985, p. 359-370 ; Wu 1999, p. 699 ; Ebrey 1999, p. 54
  235. a et b Elisseeff 2008, p. 180-181
  236. (en) L. von Falkenhausen, Suspended Music, Chime-Bells in the Culture of Bronze Age China, Berkeley, Los Angeles et Oxford, 1993
  237. Ebrey 1999, p. 50

Bibliographie [modifier]

Sources textuelles [modifier]

  • Se-ma Ts'ien (Sima Qian), Les mémoires historiques, Traduits et annotés par Édouard Chavannes, Paris, A. Maisonneuve, 1967-1969 (1re éd. 1895-1905) 
  • Sima Qian, Mémoires historiques, Vies de Chinois illustres, Traduit du chinois et présenté par Jacques Pimpaneau, Arles, Editions Philippe Picquier, coll. « Picquier Poche », 2002 
  • Sun Tzu, L'Art de la guerre, Traduit du chinois et présenté par Jean Lévi, Paris, Hachette Littératures, coll. « Pluriel », 2000 
  • Damien Chaussende (éd.), La véritable histoire du premier empereur de Chine, Paris, Les Belles Lettres, coll. « La véritable histoire de ... », 2010 
  • (en) Michael Loewe (dir.), Early Chinese Texts: A Bibliographical Guide, Berkeley, Society for the Study of Early China and The Institute of East Asian Studies, University of California, Berkeley, 1993 

Généralités sur la Chine ancienne [modifier]

  • Flora Blanchon, Arts et histoire de Chine : Volume 1, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, 1993 
  • (en) Patricia Buckley Ebrey, The Cambridge Illustrated History of China, Cambridge, Cambridge University Press, coll. « Cambridge Illustrated Histories », 1999 
  • Jacques Gernet, Le monde chinois, 1. De l'âge du bronze au Moyen-Âge, 2100 av. J.-C.-Xe siècle après J.-C., Paris, Pocket, 2006 
  • Jacques Gernet, La Chine ancienne, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 2005, 10e éd. 
  • (en) Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999 

Histoire, institutions et société [modifier]

  • (en) Derk Bodde, « The state and empire of Ch'in », dans Denis C. Twitchett et John K. Fairbank (dir.), The Cambridge History of China, 1. The Ch'in and Han Empires, 221 B.C.-A.D. 220, Cambridge, Cambridge University Press, 1986, p. 20-102 
  • (en) Mark Edward Lewis, « Warring State Political History », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 587-650 
  • (en) Mark Edward Lewis, The Early Chinese Empires: Qin and Han, Cambridge et Londres, Belknap Press of Harvard University Press, coll. « History of imperial China », 2007 
  • Henri Maspero, La Chine antique, Paris, PUF, coll. « Dito », 1985 (1re éd. 1927) 

Art et archéologie [modifier]

  • Danielle Elisseeff, La Chine du Néolithique à la fin des Cinq Dynasties (960 de notre ère), Paris, RMN, coll. « Manuels de l'école du Louvre », 2008 
  • (en) Lothar von Falkenhausen, Chinese society in the age of Confucius (1000-250 BC): The archaeological evidence, Los Angeles, Cotsen institute of archaeology, University of California Press, coll. « Ideas, debates and perspectives », 2006 
  • (en) Li Xueqin (trad. K. C. Chang), Eastern Zhou & Qin Civilization, New Haven et Londres, Yale University Press, coll. « Early Chinese Civilizations Series », 1985 
  • (en) Wu Hung, « The Art and Architecture of the Warring State Period », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 651-744 

Religion et pensée [modifier]

  • Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 2002 (1re éd. 1997) 
  • (en) Angus C. Graham, Disputers of the Tao: Philosophical Argument in Ancient China, La Salle, Open Court, 1989 
  • (en) Donald Harper, « Warring State Natural Philosophy and Occult Thought », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 813-884 
  • John Lagerwey (dir.), Religion et société en Chine ancienne et médiévale, Paris, Éditions du Cerf - Institut Ricci, coll. « Patrimoines Chine », 2009 
  • (en) John Lagerwey et Marc Kalinowski (dir.), Early Chinese Religion, Part One: Shang through Han (1250 BC-220 AD), Leyde et Boston, Brill Academic Pub, 2009 
  • (en) Mark Edward Lewis, Sanctioned Violence in Early China, Albany, State University of New York Press, coll. « SUNY series in Chinese philosophy and culture », 1990 
  • (en) Mark Edward Lewis, Writing and Authority in Early China, Albany, State University of New York Press, coll. « SUNY series in Chinese philosophy and culture », 1999 
  • (en) David S. Nivison, « The Classical Philosophical Writings », dans Michael Loewe et Edward L. Shaughnessy (dir.), The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilization to 221 BC, Cambridge, Cambridge University Press, 1999, p. 745-812 
  • (en) Yuri Pines, Envisioning Eternal Empire: Chinese political thought of the Warring States era, Honolulu, University of Hawai'i Press, 2009 
  • Léon Vandermeersch, Wangdao ou la Voie Royale : Recherches sur l'esprit des institutions de la Chine archaïque, Paris, Éditions You Feng Librairie & Editeur, 2009 (1re éd. 1977-1980) 

Voir aussi [modifier]

Articles connexes [modifier]

Sur les autres projets Wikimedia :

Liens externes [modifier]