Épopée de Gilgamesh

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La XIe tablette de la version de Ninive de l’Épopée de Gilgamesh, relatant le Déluge.

L’Épopée de Gilgamesh est un récit légendaire de l’ancienne Mésopotamie (Irak moderne). Faisant partie des œuvres littéraires les plus anciennes de l’humanité, la première version complète connue a été rédigée en akkadien dans la Babylonie du XVIIIe ou XVIIe siècle av. J.-C. ; écrite en pictogrammes sur des tablettes d’argile, elle s’inspire de plusieurs récits, en particulier sumériens, composés vers la fin du IIIe millénaire ; elle est à rapprocher d’« Enki et Ninhursag », d’« Enûma Elish » (Lorsqu’en haut…) et du « Atrahasis » (Poème du Supersage). Elle a pour origine des récits mythiques ayant pour personnage principal le roi Gilgamesh, cinquième roi (peut-être légendaire) de la première dynastie d’Uruk (généralement datée de l’époque protodynastique III, vers 2700 av. J.-C., 2500 av. J.-C.), selon la liste royale sumérienne composée pendant la première dynastie d’Isin (2017 av. J.-C., 1794 av. J.-C.).

Selon l’opinion commune des assyriologues, le récit du Déluge, inspiré par l’Épopée babylonienne d’Atrahasis ou « Poème du Supersage », a été ajouté vers 1200 av. J.-C., pour former le texte « standard », comprenant onze tablettes, de l’épopée assyro-babylonienne. La douzième tablette, traduction de la seconde moitié du récit sumérien « Gilgamesh, Enkidu et le séjour des morts », a dû être ajoutée vers -700[1].

Ce sont des tablettes d’écriture cunéiforme du VIIIe siècle av. J.-C. trouvées par Hormuzd Rassam dans les fouilles de la bibliothèque du roi Assurbanipal à Ninive qui l’ont dévoilée au monde dans les années 1870, à partir notamment du passage concernant le Déluge, qui fit sensation à l’époque. Cette épopée avait connu un grand succès dans le Proche-Orient ancien, et des exemplaires ont été retrouvés dans des sites répartis sur un grand espace, en Mésopotamie, Syrie, et en Anatolie ; elle est attestée jusque dans les textes de Qumrân, peu avant l’ère chrétienne. Elle avait été traduite en hittite et en hourrite. Les sources sont sumériennes, babyloniennes, assyriennes, hittites et hourrites. Les tablettes seront d’abord traduites par Georges Smith, protégé de Henry Rawlinson.

De récents travaux rapprochent l’épopée de Gilgamesh des douze travaux d’Héraclès (l’homologue grec du héros romain Hercule), la légende babylonienne étant antérieure de près d'un millénaire aux écrits d’Homère[2].

Résumé[modifier | modifier le code]

Gilgamesh, roi de la ville d'Uruk, est dur et intransigeant envers ses sujets. À la demande de ceux-ci, la déesse Aruru, maîtresse de la cité, confectionne avec de l’argile un « double » de Gilgamesh, Enkidu, pour le remettre dans le droit chemin. Personnifié à l'image d'Anu le dieu du ciel et de Ninurta le dieu de la guerre, c'est un homme sauvage, dénué de toute élégance naturelle et destiné à être le miroir de Gilgamesh, son compagnon, mais à la différence de celui-ci, il est bon et a la forme d'un taureau. Les deux personnages se rencontrent en duel mais aucun des deux n'a gagné. Au terme du combat, tous deux comprennent leur complémentarité et s’allient pour accomplir de grands exploits. Mais Enkidu meurt et Gilgamesh, au comble de la tristesse, part à la recherche du secret de l’immortalité auprès d’Outa-Napishtî qui lui fait l’étrange récit d’un déluge. Au moment de partir, il lui révèle l’existence d’une plante de jouvence. À peine Gilgamesh a-t-il pu se procurer la plante qu’il se la fait dérober par un serpent et comprend qu’il n’est pas dans la nature de l’homme d'être immortel. Une telle quête est vaine et l’on doit profiter des plaisirs qu’offre la vie présente.

Le récit (version ninivite)[modifier | modifier le code]

Tablette I : Les deux héros[modifier | modifier le code]

Épopée de Gilgamesh, les conseils de Siduri.
  • Rappel de son œuvre (les murailles d’Uruk), ses aventures qu’il a consignées par écrit.
  • Hommage rendu à ses vertus et à ses hauts faits.
  • Sa personne : Dès sa naissance il était prestigieux ! Dieu aux deux tiers, pour un tiers homme (…).

Ses excès de pouvoir Dans l’enceinte d’Uruk, il va et vient, la tête altière, Pareil à un buffle, Il étale sa force, Rien de comparable au choc de ses armes ; son escorte toujours sur pieds, à ses ordres ; Il opprime les guerriers d’Uruk comme un tyran. Gilgamesh, disent-ils, ne laisse pas un fils à son père (…) Lui, pourtant pasteur d’Uruk, ne laisse pas une jeune fille à sa mère, fût-elle fille d’un preux et même déjà promise.

  • Décision des dieux de lui préparer un rival : Enkidu. À ces paroles, Aruru conçut une image d’Anu, lava ses mains, prit de l’argile, la jeta dans la steppe ; Dans la steppe forma Enkidu le preux. Mis au monde en la Solitude, Puissant bloc de Ninurta, Velu par tout le corps, Il a chevelure De femme, Drue comme ceux de la déesse des orges. Ne connaît ni peuple ni patrie. Vêtu comme Sumuqan (dieu des bêtes sauvages), En compagnie des gazelles, Il broute l’herbe, Avec les hardes, se presse au point d’eau ; Avec les bêtes il boit.
  • Découverte d’Enkidu par un chasseur, dont il détruit les pièges.
  • Compte-rendu à Gilgamesh qui prépare un piège à la créature. Chasseur, emmène avec toi la Courtisane Shamat (« joyeuse » en akkadien). Lorsque la harde arrivera au point d’eau, Elle ôtera ses vêtements, Elle dévoilera ses charmes, Et quand il la verra, Il s’approchera d’elle (pour la posséder). Alors sa harde, élevée avec lui, Lui deviendra hostile.
  • Rencontre d’Enkidu avec la Courtisane. Enkidu tombe dans le piège amoureux. Désormais, les bêtes s’écartent de lui. Il s’attache à la Courtisane qui lui propose de l’emmener à Uruk, où règne Gilgamesh. À la vigueur accomplie Qui pareil à un buffle, L’emporte sur les plus forts. Enkidu accepte, voulant démontrer sa supériorité sur Gilgamesh. La Courtisane cherche à le calmer par la perspective d’une amitié avec lui Mets de côté ta fougue, Enkidu : Ce Gilgamesh, Shamash (dieu du Soleil, protecteur de la dynastie) l’a pris en affection Et Anu, Enlil et Éa lui ont donné une large intelligence. Elle lui raconte deux songes qu’il a faits à son sujet et qu’il a confiés à sa mère.
  • Premier songe : Tandis que m’entouraient les étoiles célestes, Un bloc venu du Ciel Est tombé près de moi. J’ai voulu le soulever : Il était trop lourd pour moi (…) Les habitants d’Uruk S’étaient massés pour le voir Et comme à un petit enfant Ils lui baisaient les pieds ; Moi je le cajolais comme une épouse. Ninsuna, sa mère en fait une interprétation très favorable : ce rêve annonce que du ciel va lui arriver un compagnon égal à lui, fort, secourable et fidèle comme une épouse.
  • Second rêve : À Uruk était disposé une petite hache (même scénario : attroupement et adoration du peuple, affection du héros. Même interprétation de la part de Ninsuna).
  • Assentiment de Gilgamesh (Gilgamech).

Tablette II : La rencontre, l'amitié, le projet d'aventure[modifier | modifier le code]

Enkidu et la Courtisane après avoir prolongé leurs caresses, font route vers Uruk. En chemin, elle lui passe la moitié de son vêtement. Ils font étape chez des bergers. Encouragé par la Courtisane, Enkidu boit la bière et mange le pain qu’ils lui présentent. Mange le pain Enkidu, Il le faut pour vivre. Bois de la bière, c’est l’usage du pays. Enkidu mangea le pain Jusqu’à combler sa faim. Il but de la bière. Sept cruchons. Détendu, la panse en liesse, il chantait le cœur joyeux Et son visage s’illumina. Il lava son corps hirsute, Il se frictionna d’huile; Alors il ressembla à un homme. Il passa un vêtement : Le voilà comme un jeune marié.

À Uruk, Enkidu est l’objet de l’admiration du peuple. Enkidu voit un homme portant des victuailles et lui demande où il va. Celui-ci lui répond qu’il se rend à une noce au cours de laquelle on choisit des fiancées. Il lui révèle que Gilgamesh exerce alors un droit de priorité. L’épouse destinée, il la féconde, Lui, le premier, les maris ensuite. Au conseil des dieux, il est décrété : Dès la coupure de l’ombilic (dès sa naissance) c’est son destin. Au discours de l’homme Enkidu pâlit. Il se rend sur la grande place. Pour la déesse Ishhara (Ishtar prend ce nom en tant que présidant aux accouplements. Son symbole est alors un scorpion.) Un lit est étendu. Pour que Gilgamesh, avec une jeune fille, S’unisse cette nuit. Enkidu barre la route à Gilgamesh, il lui reproche son arrogance. Il bloque la porte de la chambre avec son pied et ne laisse pas entrer Gilgamesh. Les deux héros s’affrontent en pleine rue. Aucun ne l’emporte. Ils se rendent mutuellement hommage et font pacte d’amitié. Émotion d’Enkidu, qui n’a jamais eu de famille.

Gilgamesh lui propose d’entreprendre une expédition héroïque, vers la forêt des Cèdres, contre son gardien Humbaba. Enkidu souligne les dangers de l’entreprise C’est pour sauvegarder la forêt des Cèdres Et pour terroriser les gens Qu’Enlil y a posté Humbaba. Humbaba, son cri c’est l’Épouvante, Sa bouche c’est du Feu, Son haleine, la Mort. Sur 60 bêrus il peut ouïr les bruits de la forêt. Gilgamesh tente de calmer ses préventions puis s’adresse à « l’Assemblée » (des hommes en âge de combattre) et au « Conseil » (des anciens) pour annoncer l’entreprise. Enkidu demande aux Anciens de retenir Gilgamesh et ceux-ci le mettent en garde : Gilgamesh, tu es jeune et ton cœur t’entraîne ! Tu ne comprends pas bien ce dont tu parles, Un papillon t’aurait-il donné le jour ? Ce Humbaba, son cri c’est l’Épouvante etc. Mais Gilgamesh de nouveau passe outre.

Tablette III : Préparatifs et départ[modifier | modifier le code]

Les Anciens donnent des conseils de prudence : Enkidu marchera devant. Gilgamesh emmène son ami faire ses adieux à sa mère. Ninsuna présente des offrandes à Shamash pour le succès de l’entreprise. Elle confie son fils à Enkidu. Enkidu accepte la mission. Les Anciens donnent leurs dernières recommandations. Enkidu s’adresse à Gilgamesh. Ils partent.

Tablette IV : Le voyage[modifier | modifier le code]

Les deux héros parcourent le trajet vers la forêt des Cèdres (actuel Liban, soit un trajet de 1 500 km environ) à pas de géant, en six étapes. À chaque étape, Gilgamesh, au centre d’un cercle sacré, sacrifie à Shamash en lui demandant un songe, promesse de succès. Vers minuit, le songe ayant eu lieu, il se réveille brusquement et réveille Enkidu pour lui conter son rêve. Ce dernier l’interprète et y décèle la preuve de leur succès à venir. Ils arrivent en vue du domaine d’Humbaba. Shamash alerte Gilgamesh : Talonne-le, rapidement, Pour l’empêcher de regagner son repaire, De pénétrer dans les profondeurs et de s’y dissimuler. Ils se jettent en avant.

C’est alors que le cri terrible d’Humbaba retentit. Enkidu est saisi de crainte, Gilgamesh lui fait reprendre courage Fais retentir ta voix comme un tambour ! Loin de toi la paralysie des bras, La faiblesse des genoux ! Prends-moi la main, ami : Marchons ensemble ! Que ton cœur brûle pour le combat ! Méprise la mort, Ne pense qu’à la vie ! Qui veille (sur quelqu’un) doit être à toute épreuve ! Qui marche devant l’autre le préserve Garde sauf son compagnon. Jusqu’à leur plus lointaine descendance Ils se seront acquis la gloire. Ils parviennent ainsi à la lisière.

Tablette V : Prouesses dans la forêt des Cèdres, victoire sur Humbaba[modifier | modifier le code]

Gilgamesh et son ami s’avancent sous les frondaisons odorantes. Ils doivent franchir plusieurs larges fossés avant d’arriver en face du monstre (un dragon [3]). Humbaba met en garde Gilgamesh : Des fous, des inconscients t’auraient-ils conseillé Gilgamesh, Que tu sois venu m’affronter ? Hé ! Enkidu, enfant de poisson, Qui n’a jamais connu son père, Et, pas plus que les tortues, N’a jamais tété sa mère ! En ton jeune âge je t’observais, Et me gardais de te fréquenter ! À présent, si je te tue, j’en aurais l’âme épanouie ! Car c’est bien toi qui as conduit Gilgamesh jusqu’ici. Gilgamesh, effrayé par le discours et l’apparence d’Humbaba se tourne vers son ami. Celui-ci l’encourage Pourquoi donc, mon ami, parler ainsi comme un mendiant, un couvercle sur ta bouche, en te cachant. À présent, il n’est qu’une seule issue. Le cuivre court dans la rigole du fondeur, (il n’est plus temps de s’arrêter) (…). Ne te retire pas d’ici, Ne t’en retourne pas ! Double la force de tes coups ! Gilgamesh frappe Humbaba à la tête. Le combat s’engage. Ils piétinent le sol, disloquant de leur talons l’Hermon et le Liban. La nuée claire devient sombre. Comme un brouillard, pleut sur eux la mort. Et Shamash contre Humbaba fait lever de grands vents : du Nord, du Sud, d’Est, d’Ouest, Souffleur, Rafales, Tourbillons, Mauvais, de Poussières, Morbide, de Gel, Tempête et Tornade : les Treize Vents tant se ruent sur lui, Que son visage s’assombrit : il ne peut ni avancer, ni reculer, À portée des armes de Gilgamesh.

Humbaba se sentant perdu s’adresse à Gilgamesh le loue et veut l’apitoyer, lui promettant tout ce qu’il voudra. Autant d’arbres que tu me commanderas (…) pour embellir les édifices de ta ville. Enkidu intervient pour endurcir Gilgamesh. Humbaba présente sa supplique à Enkidu. J’aurais pu t’emporter, t’égorger, Dans les profondeurs de ma Forêt. Te donner en pâture aux aigles et aux vautours ! À présent, Enkidu, il est en ton pouvoir de me libérer. Demande à Gilgamesh de me laisser la vie sauve ! Mais Enkidu persiste et pousse Gilgamesh à l’irréparable : Achève-le, égorge-le, Écrase-le (…) Avant qu’Enlil N’entende sa supplique, Et que les Grands-dieux Ne soient furieux contre nous. Humbaba insiste mais Enkidu refuse de nouveau. S’adressant alors aux deux héros, Humbaba les maudit. Qu’ils ne vieillissent, Ni l’un, ni l’autre, Pas davantage que Gilgamesh, Qu’Enkidu ne trouve jamais le salut. Alors les deux amis dégainent et frappent Humbaba qui bondit pour leur échapper, à cinq reprises et le tuent. Aussitôt d’épaisses ténèbres s’abattent sur la Montagne.

Gilgamesh et Enkidu coupent les Cèdres, dont un géant, qu’ils destinent au ventail du temple d’Enlil à Nippur. Ils reviennent avec le bois par le fleuve, portant en trophée la tête de Humbaba.

Tablette VI : Nouveau triomphe et démesure : le Taureau-céleste[modifier | modifier le code]

Gilgamesh de retour à Uruk se fait beau. La déesse Ishtar s'éprend de lui. Gilgamesh épouse-moi, offre-moi ton fruit en cadeau ! Sois mon mari, Je serai ton épouse. Elle lui promet richesses et honneurs en retour. Gilgamesh refuse en la raillant, lui rappelant le malheur qui frappe tous ses amants et lui reprochant ses faux-semblants et ses infidélités. Non, je ne veux pas de toi pour épouse ! Tu n’es qu’un fourneau qui s’éteint dans le froid, une porte qui laisse passer les courants d’air, un palais qui s’écroule sur ses défenseurs, un éléphant qui jette bas ses harnais, un bitume poisseux, une outre percée, un mortier friable, un bélier qui démolit les remparts amis, une chaussure qui blesse le pied. Il lui rappelle ce qui advint à ses amoureux : Tammuz, le Lion, le Cheval, le Pâtre, Ishullânu le Jardinier de son père Anu.

Fureur d’Ishtar qui va demander à son père Anu de quoi venger ces rebuffades. Celui-ci lui reproche d’avoir provoqué Gilgamesh mais accède à son désir de créer le Taureau céleste pour frapper Uruk. Il lui demande toutefois de parer à la famine que provoqueront les ravages du Taureau. Ce seront sept années de famine pour le pays d’Uruk. Tu devrais donc d’abord amonceler du grain et faire abonder la verdure. Ishtar le rassure. Anu lui remet les longes du Taureau. Elle l’emmène au centre d’Uruk. Et l’y lâche. Descendant au bord du fleuve en sept lampées il le diminue. En s’ébrouant, par trois fois il ébranle la ville, creusant des crevasses qui engloutissent les gens. Enkidu y tombe jusqu’à la ceinture. Il en sort d’un bond, se saisit des cornes du Taureau et s’adresse à Gilgamesh pour réclamer son assistance. Tandis qu’il saisira le Taureau par la queue, Gilgamesh plongera son glaive entre la corne et la nuque. Ils le tuent et offrent son cœur à Shamash. Lamentation d’Ishtar humiliée et furieuse. Enkidu l’entendant, arrache une patte du Taureau, la lui jette au visage et lui lance : Si seulement je t’avais attrapée, Toi aussi, Je t’en aurais fait autant ! Je t’aurais suspendue aux bras sa tripaille ! Ishtar rassemble alors le peuple des Courtisanes pour faire une déploration face à la patte du Taureau. Gilgamesh quant à lui fait travailler les artisans d’Uruk à orner les cornes du Taureau d’un placage d’or et de lazulite pour les offrir en culte à son père Lugalbanda.

Après s’être lavé les mains dans l’Euphrate, les deux héros déambulent en triomphe dans les rues de la ville. La journée s’achève par une fête au palais. Songe d’Enkidu.

Tablette VII : La mort d'Enkidu[modifier | modifier le code]

Mon ami, pourquoi les Grands-dieux Ont-ils tenu conseil ? (…) Enkidu a assisté en songe à une délibération des dieux. Pour avoir pris part au meurtre d’Humbaba et du Taureau céleste, Enkidu semble promis à une mort prématurée.

Il se décide d’aller avec Gilgamesh implorer la grâce d’Enlil, souverain des dieux et du monde, en son temple à Nippur. Il y retrouve la porte qu’il avait offerte et s’adresse à elle Ô porte issue de la Forêt, Tu n’as pas de mémoire ! Nulle intelligence en toi ! Pour rechercher ton bois j’ai parcouru vingt bêrus, Jusqu’à ce que j’eusse trouvé le plus élevé des cèdres (…) Si j’avais su, Porte, Le bienfait que tu me réservais, J’aurais brandi ma cognée pour te mettre en morceaux. Gilgamesh devant le désespoir de son ami intervient et cherche à le rassurer touchant son rêve. Il implore les dieux pour lui, mais reste fataliste : Ce qu’Enlil commande (…) il ne l’annule pas (…) Mon ami (…) C’est ainsi que le destin vient à chacun.

Enkidu implore Shamash et maudit ceux qui l’ont enlevé à son existence première : le chasseur et surtout la courtisane. Shamash lui reproche son ingratitude envers elle, qui l’a vêtu, abreuvé et nourri, qui lui a procuré un compagnon tel que Gilgamesh. Enkidu, ému, revient sur sa malédiction.

Un mal le saisit aux entrailles. La maladie s’installe. Enkidu, alité fait à nouveau un rêve terrible qu’il détaille à Gilgamesh. Ce rêve décrit la condition des morts aux enfers où on le conduit Vers la Demeure obscure dont l’entrée est sans issue, Au chemin sans retour, Aux habitants privés de lumière Dont la ration est de poussière et le pain d’argile, Revêtus comme les oiseaux d’un vêtement de plumes, Allongés dans les ténèbres Sans jamais voir le jour. La maladie d’Enkidu se prolonge et s’aggrave chaque jour. Au douzième jour il reproche à Gilgamesh son impuissance. Il meurt.

Tablette VIII : Les funérailles d'Enkidu[modifier | modifier le code]

Déploration de Gilgamesh sur la dépouille de son ami. Rappel de ses origines : Enkidu, mon ami, ta mère une gazelle, Et l’âne sauvage, ton père t’ont engendré, toi : C’est le lait des onagres qui t’a élevé, toi, Et la harde te faisait découvrir tous les pâturages.

Litanie funèbre remémorant toute son existence : Qu’ils te pleurent les chemins d’Enkidu jusqu’à la forêt des Cèdres, qu’ils ne se taisent ni de jour, ni de nuit ! Qu’ils te pleurent les Anciens de la grande cité d’Uruk, qui nous bénissaient ! Qu’elles te pleurent les eaux pures des montagnes que nous avons gravies, Que les campagnes poussent des cris comme le ferait ta mère, Qu’elles te pleurent, les forêts de cyprès, de cèdres dont nous nous sommes approchés de si près dans notre colère ! Qu’ils te pleurent ours, hyène, léopard, tigre, cerf, guépard, lion, buffle, daim, bouquetin, la harde de la steppe ! Qu’il te pleure, Oulaï, le fleuve sacré dont nous arpentions la rive ! Qu’il te pleure, le pur Euphrate où nous versions nos libations, Qu’elle te pleure la jeunesse de la cité qui a vu nos combats contre le Taureau (…) Ô toi, hache à mon côté, secours de mon bras, Épée de ma ceinture, bouclier devant moi, garant de ma victoire, Habit de mes fêtes, ceinture de mon plaisir, Un mauvais démon a surgi pour me dépouiller (…) Enkidu, ô mon ami, mulet impétueux, âne sauvage de la montagne, léopard de la steppe (…) Quel est le sommeil qui t’a saisi, toi, Que tu te sois assombri et que tu ne m’entendes plus.

Gilgamesh fait constituer une statue d’Enkidu, d’or et de pierres précieuses ; il lui fait rendre les derniers hommages par toute la cité. Il a arraché ses beaux habits. Il fait vœux de laisser hirsute la peau de son corps et, revêtu d’une peau de lion, d’aller parcourir la steppe. Offrandes à Shamash.

Tablette IX : Gilgamesh à la recherche de l'Immortalité[modifier | modifier le code]

Gilgamesh est parti à travers la steppe. Il pleure Enkidu

et se désole sur son sort : Et moi, dois-je mourir ? Mais pas comme Enkidu, alors ! L’angoisse envahit mes entrailles ; La crainte de la mort me fait parcourir la steppe.

Il décide d’aller trouver Utanapishtî, fils d’Ubar Tutu, héros du Déluge devenu immortel afin d’apprendre de lui les secrets de la vie-sans-fin. Première étape du voyage dans les passes d’une montagne où il aperçoit des lions dont il parvient à se débarrasser. Il fait un rêve qui le met aux prises avec des animaux à l’abreuvoir, qu’il disperse.

Il parvient à la montagne nommée « Jumeaux » qui chaque jour garde l’entrée et la sortie du Soleil. Il y rencontre l’Homme-scorpion et sa Femelle si redoutables et terrifiants qu’il se couvre le visage. Mais ces derniers, reconnaissant en lui une chair divine, le laissent passer après s’être enquis du but de son voyage. L’Homme-scorpion dit à Gilgamesh Jamais personne n’a accompli ce trajet. Cette montagne, nul n’en connaît les profondeurs. Sur douze bêrus (120 km) y règnent des ténèbres profondes, sans la moindre lumière.

Gilgamesh s’y engage néanmoins et parcourt dans l’angoisse la route du Soleil à travers la montagne.

Il aboutit dans le Jardin des Gemmes, dans lequel les arbres portent en grappe des pierres précieuses de toutes sortes et de toutes couleurs. Mais il apprend que ce n'est qu'une étape de plus

Tablette X : L'arrivée au but[modifier | modifier le code]

Près du rivage, se dresse la taverne de Siduri. Elle aperçoit au loin Gilgamesh qui s’approche, inquiétant voyageur, de chair divine mais revêtu d’une peau de bête, le teint hâlé par le vent, la froidure, le soleil, les joues creusées par la fatigue du voyage et le visage abattu par l’angoisse qui le ronge. Elle en a peur de prime abord, le prend pour un assassin, barre sa porte et se réfugie sur le toit en terrasse de la maison. Gilgamesh, au bruit qu’elle a fait en fermant, lève les yeux et l’apostrophe, lui enjoignant d’ouvrir sa porte, sous peine qu’il la défonce. Elle lui demande qui il est. Il se présente et Siduri qui a eu vent de ses exploits lui demande ce qu’il fait ici. Gilgamesh lui confie l’objet de sa quête, son désespoir et sa peur de mourir. Elle l’admoneste : Gilgamesh, où donc cours-tu ? La vie que tu poursuis, tu ne la trouveras pas. Quand les dieux ont créé l’humanité, c’est la mort qu’ils ont réservée aux hommes. La vie ils l’ont retenue pour eux entre leurs mains. Toi Gilgamesh, que ton ventre soit repu, Jour et nuit réjouis-toi, Chaque jour fais la fête, Jour et nuit danse et joue de la musique ; Que tes vêtements soient immaculés ; La tête bien lavée, baigne-toi à grande eau ; Contemple le petit qui te tient par la main, Que la bien-aimée se réjouisse en ton sein ! Cela, c’est l’occupation des hommes.

Mais Gilgamesh ne peut l’entendre. S’il renonçait, ce serait pour poursuivre une vie d’errance. Il lui demande la route qui mène à Utanapishtî. Si c’est possible, je traverserai la mer, Si ce n’est pas possible, je parcourrai la steppe. Siduri lui répond que Jamais, Gilgamesh il n’y eut de traversée. Personne, depuis les temps les plus reculés, n’est arrivé ici en traversant la mer immense. Celui qui traverse la mer, c’est le preux Shamash. Hormis le Soleil, qui le peut ? Pénible est la traversée, pénible le parcours et d’ici à là les eaux de mort en interdisent l’accès. Où donc, Gilgamesh, traverserais-tu la mer ? Quand tu aurais atteint les eaux de mort que ferais-tu ? Gilgamesh, il y a bien Ur-shanabi, le nocher d’Utanapishtî. Ceux-de-pierres sont avec lui. Il est en forêt à tailler des branchages. Va te montrer à lui. Si c’est possible, traverse avec lui, sinon rebrousse chemin.

À ces mots, Gilgamesh brandit sa hache, tire l’épée du fourreau et fonce trouver le nocher. Ur-shanabi à sa vue prend peur, Gilgamesh met en pièces Ceux-de-pierre et s’assure par la force de la coopération du nocher.

Ur-shanabi lui demande qui il est et ce qui le met dans cet état. Gilgamesh lui explique son désespoir et sa quête. Il lui enjoint de le conduire jusqu’à Utanapishtî. Tes propres mains, Gilgamesh, lui répond le nocher Ont compromis la traversée : Tu as mis en pièce Ceux-de-pierre. Puisque qu’ils sont en miette, prend ta hache, pénètre dans la forêt et coupe cent vingt perches de cinq nindas (cinq fois douze coudées de 60 cm, soit 30 m) Ébranche-les et garnis-les de tétins Et apporte-les moi. Ceci fait, ils embarquent et, en trois jours, accomplissent la distance d’un mois et demi (soit 500 km environ).

Ils parviennent aux eaux de mort. Ur-shanabi s’adresse à Gilgamesh : Écarte-toi du bord et prends la première perche. Tes mains ne doivent pas toucher l’eau. Prends ensuite la seconde, puis la troisième, etc. À la cent vingtième, Gilgamesh en a fini avec les perches. Il se dénude alors et de ses mains fait avancer le bateau.

Tablette XI : L'échec et le retour à la vie ordinaire[modifier | modifier le code]

Utanapishtî les voit arriver de loin et se demande pourquoi Ceux-de-pierre ont disparu et qui est cet étrange passager. Débarquement et premier contact avec Utanapishtî qui demande à Gilgamesh pourquoi il se trouve dans cet état de fatigue et d’abattement. Gilgamesh lui explique son désespoir et sa peur de mourir. Il lui explique aussi pourquoi il est venu le trouver et les difficultés qui furent les siennes pour arriver jusqu’à lui. Utanapishtî lui reproche d’exagérer son désespoir, lui rappelle sa position suréminente et heureuse parmi les hommes ainsi que ses devoirs de souverain. Et puis, à quoi bon tant d’efforts ? La mort est inévitable. Qu’as-tu gagné à errer de la sorte ? Tu t’es épuisé, saturant tes muscles de lassitude, Rapprochant la fin de tes longs jours. L’humanité, sa descendance, doivent être fauchée Comme le roseau de la cannaie. Le beau jeune homme, la belle jeune fille, dans l’amour, s’affrontent ensemble à la mort. La Mort Que personne n’a vue, Dont nul n’aperçoit le visage, Dont nul n’entend la voix. La Mort sauvage qui fauche les hommes. Bâtissons-nous des maisons pour toujours ? Scellons-nous des engagements Pour toujours ? Partage-t-on un patrimoine entre frères Pour toujours ? Les haines dans le pays subsistent-elles Pour toujours ? Le fleuve amène-t-il la crue Pour toujours ? De libellules glissant sur le fleuve Face au soleil, D’un seul coup ne reste rien. Le mort et le dormeur se ressemblent. La Mort, qui pourrait peindre son visage ? (…) Les Grands-dieux rassemblés (…) Nous ont imposé La mort, comme la vie, Nous scellant seulement l’instant de notre mort.

Utanapishtî lui révèle que son immortalité est un décret spécial des Grands-dieux, qu’il doit ceci à Éa, qui contre Enlil a voulu sauver l’humanité du Déluge en l’informant secrètement de construire une Arche. Long récit du Déluge, qui s’achève par la décision souveraine d’Enlil de faire accéder Utanapishtî et sa femme à la vie-sans-fin.

L’immortalité, Gilgamesh ne saurait l’obtenir de cette façon. Utanapishtî veut lui montrer qu’il n’est d’ailleurs pas fait pour cette éternité de vie. Qu’il essaie seulement de rester six jours et sept nuits sans dormir. Gilgamesh à peine assis, accroupi, s’endort. La femme d’Utanapishtî enjoint à son mari de le réveiller sur l’heure et de le laisser retourner en paix dans ses foyers. Ce dernier lui répond d’aller plutôt cuire une ration de pain et, pour chaque jour du sommeil du héros, d’en placer une à ses pieds. Au bout du septième jour, Utanapishtî secoue Gilgamesh pour qu’il se réveille. Ce dernier pense ne s’être assoupi qu’un moment. Utanapishtî lui montre les sept rations de pain à ses pieds dont la plus ancienne est durcie et la dernière juste à point pour lui démontrer que sept jours se sont écoulés. Désespoir de Gilgamesh : Que faire, Utanapishtî ? Où me tourner ? Le Voleur s’est emparé de mes entrailles ! La Mort s’est installée où je dors. Où que je porte mes pieds M’attend partout la Mort !

Utanapishtî s’adresse à son nocher pour lui confier Gilgamesh : Ur-shanabi, ces lieux d’embarquement ne sont plus pour toi. Cette passe de mer t’enjoint de la quitter (te déteste). Toi qui ne cessais ces allers-retours, Renonces-y, lui enjoignant pour commencer de redonner belle apparence à Gilgamesh avant de le reconduire sur le chemin du retour Jusqu’à ce qu’il arrive dans sa ville, Jusqu’à ce qu’il achève son voyage, Que sa tunique ne soit jamais sale, qu’elle reste toujours neuve. Ur-shanabi le prend avec lui pour l’emmener au bain. Gilgamesh lave comme neige sa tignasse. Se débarrasse de sa dépouille que la mer emporte. Oint son corps de bon onguent, Remet un bandeau neuf sur sa tête, Se revêt d’une tunique digne de lui. Puis ils embarquent sur le bateau du retour. La femme d'Utanapishtî intervient auprès de ce dernier pour qu’il fasse un geste en faveur de Gilgamesh, qui va rentrer bredouille. Gilgamesh est venu ici À grand-peine et fatigue : Que vas-tu lui donner, Alors qu’il rentre au pays. Gilgamesh entendant ceci manœuvre la gaffe pour revenir au rivage. Utanapishtî s’en approche et dit : Gilgamesh tu es venu ici, tu a peiné, as fait grand voyage. Que te donnerais-je pour t’en retourner au pays ? Je vais te révéler cette chose cachée, t’informer, toi, d’une chose réservée aux dieux. Il est une plante, une sorte d’épine, Qui te meurtrira les mains comme une rose, Mais qui, si tes mains s’en emparent, te donnera la vie. À ces mots Gilgamesh creuse à ses pieds pour trouver de lourdes pierres, dont il s’empare et qui l’entraînent jusqu’au fond de la mer, où il trouve la plante, qui lui pique les mains. S’étant libéré de ses pierres il remonte et la mer le repousse au rivage. Il brandit la plante devant Ur-shanabi et lui dit : Voici la plante qui guérit de la peur de la mort. Grâce à elle on retrouve la vitalité. Je l’emporte à Uruk, Je verrai si cela marche sur un vieillard Et j’en absorberai moi même Pour retrouver ma jeunesse. Ils partent pour Uruk. Après vingt bêrus Ils mangèrent un morceau. Après trente autres, Ils s’arrêtèrent pour dormir. Gilgamesh, ayant aperçu un trou d’eau fraîche S’y jeta pour se baigner. Un serpent, attiré par l’odeur de la plante, Sortit furtivement de son terrier, l’emporta et en s’en retournant, rejeta ses écailles. Gilgamesh demeura là, prostré, il pleura, Les larmes ruisselant sur ses joues. Il dit à Ur-shanabi : Pour qui mes bras se sont-ils épuisés ? Pour qui le sang de mon cœur a-t-il coulé ? Je n’en ai tiré aucun bienfait. C’est au lion du sol que j’en ai procuré. Ils achèvent le trajet et arrivent à Uruk. Gilgamesh présente avec orgueil sa ville : Monte, Ur-shanabi, Déambuler sur les remparts d’Uruk ! Considère ce soubassement, Examine les fondations ! Doutes-tu que ce soit de la brique cuite ? Que les Sept Sages en personne en aient jeté les fondations ? 3600 arpents de cité, 3600 de vergers, 3600 d’argilière, l’aire du temple d’Ishtar. 10 800 arpents, c’est l’aire entière d’Uruk.

Tablette XII : Autre version de la mort d'Enkidu[modifier | modifier le code]

Cette dernière tablette reprend de façon impromptue le fil du récit avec Enkidu.

La baguette (pukku) et le cerceau (mekku) de Gilgamesh sont tombés dans les profondeurs du sol, aux Enfers (désignés par la Terre) et Gilgamesh se lamente. Enkidu se propose de les lui ramener. Gilgamesh dit à Enkidu de prendre garde : Ne te vêts pas d’un habit propre : On te reconnaîtrait pour étranger ! Ne t’enduis pas de bon onguent de la précieuse fiole-à-parfum : À ton odeur, On se rassemblerait autour de toi ! Ne lance pas, en Enfer, De bâton-de-jet : Ceux qu’il aurait atteints T’encercleraient ! Ne brandis pas, de tes main, Un gourdin : Tu affolerais les fantômes ! Ne chausse pas De sandales : Ne fais pas de bruit, En Enfer. N’embrasse pas ton épouse chérie. Ne bats point ton épouse détestée. N’embrasse pas ton enfant chéri. Ne bats point ton enfant détesté : les plaintes de l’Enfer se saisiraient de toi ! Et celle qui est couchée La Mère de Ninazu, ses épaules ne seraient plus couvertes d’un châle et sa poitrine ne serait plus ornée de la fiole-à-parfum. Enkidu une fois sur place ne tient pas compte des admonestations et dès lors reste prisonnier des Enfers. Gilgamesh privé de son ami va à l’Ékur, le temple d’Enlil pour demander son aide, mais en vain. Il va de même implorer Sîn, mais de la même façon, la déesse ne répond rien. Il va alors trouver Éa qui accepte de l’aider. Il ordonne au preux et vaillant Nergal d’ouvrir un soupirail afin que l’esprit (le fantôme, le démon) d’Enkidu en sorte, comme un souffle d’air. Enkidu rejoint Gilgamesh et ils s’embrassent. Gilgamesh demande alors à son ami de lui raconter ce qu’il a vu en bas. Enkidu au départ est réticent : Non, je ne t’en raconterai rien ! Je ne t’en raconterai rien ! Car si je te racontais Les usages de l’Enfer, Tu t’écroulerais en larmes. Mais sur l’insistance de Gilgamesh, il commence son récit, qui touche au sort plus ou moins heureux réservé à diverses catégories de défunts. Celui qui a un fils, deux fils, trois fils, etc. jusqu’à sept fils. Celui qui n’a pas eu d’héritier (…). Celui qui servait à la maison royale (…) La femme qui n’a jamais eu d’enfant (…) Le jeune homme (puis la jeune femme) qui n’a jamais dénudé le giron de son épouse (resp. de son époux) (…) Celui qui est mort au combat (…) Celui dont le fantôme n’a plus personne pour prendre soin de lui (…) Celui qui est tombé d’un mât (…) Celui qui est mort d’une mort subite (…) Celui qui est mort prématuré et n’a jamais vécu (…) Celui dont on a abandonné Le cadavre au désert (…)

Redécouverte et déchiffrement[modifier | modifier le code]

La beauté et la richesse symbolique du récit firent d’autant plus sensation devant la Société d’archéologie biblique de Londres en 1872, que l’épisode relatant le déluge ressemblait beaucoup, mais en plus étoffé, à l’épisode de Noé dans la Bible.

Analyse[modifier | modifier le code]

La quête de l'immortalité[modifier | modifier le code]

L’épopée se concentre autour du personnage de Gilgamesh qui cherche de son vivant à devenir une légende en accomplissant des exploits remarquables. Mais dans sa démesure, il s’attire le courroux des dieux. La quête de l’immortalité en est le thème central, puisque Gilgamesh tente désespérément d’échapper à sa condition de mortel. Gilgamesh mène également une quête initiatique, car il sera le seul à découvrir les raisons qui amenèrent les dieux à causer le déluge. L’épopée est une quête dite solaire, Shamash y joue un rôle prépondérant. Comme il y a douze mois par an, ceci expliquerait le nombre de tablettes qui compose l’épopée.

Gilgamesh et Enkidu[modifier | modifier le code]

Mais un des thèmes les plus développés dans l’épopée est sans aucun doute l’amitié qui unit Gilgamesh à son double, Enkidu. Ils sont des jumeaux antagonistes. Gilgamesh représente les forces de la lumière et Enkidu représente les forces de l’ombre. Enkidu représente tout l’inverse de l’homme civilisé : il vit dans la steppe parmi les bêtes. Le processus civilisateur d’Enkidu débute par une union sexuelle avec la courtisane. Après l’acte, les bêtes ne le reconnaissent plus, il a perdu une grande partie de sa force animale, mais en revanche il acquiert l’entendement et la parole. Puis, progressivement, la courtisane fera de lui un être civilisé. Donc, la symbolique derrière Enkidu peut se résumer à l’étape primordiale à laquelle se sont heurtés nos ancêtres lointains : celle de l’animalité à l’humanité.

Cette amitié entre Gilgamesh et Enkidu évoquerait l’union des forces de la lumière et de l’ombre. Mais Enkidu, qui au départ devait se débarrasser de Gilgamesh, prend parti pour les forces de la lumière, ce qui le mènera à sa perte. Ce qui laisse supposer que l’alliance des deux héros est contre nature. Et lorsque son compagnon Enkidu meurt d’une longue maladie, Gilgamesh renonce à la vie civilisée en revêtant la peau du taureau céleste et en errant seul dans le désert alors qu’Enkidu renonçait à la vie sauvage pour vivre parmi les hommes.

Mythologie comparée[modifier | modifier le code]

Il est intéressant d’en rapprocher le mythe d'Héraclès : certains auteurs établissent ainsi une filiation entre l’épopée de Gilgamesh, la « Gloire d’Uruk », rédigé dans la Mésopotamie du XVIIIe siècle av. J.-C., et le mythe d'Hercule, la « Gloire d’Héra » (voir à ce sujet les travaux de l’anthropologue syrien Firas Sawwah).

Références[modifier | modifier le code]

  1. Raymond-Jacques Tournay, O.P. et Aaron Shaffer, L’Épopée de Gilgamesh, École biblique et archéologique française de Jérusalem et Université hébraïque de Jérusalem, Les Éditions du Cerf, coll. « Littérature ancienne du Proche-Orient », 1998
  2. Voir à ce sujet l’ouvrage de l’anthropologue syrien Firas Al-Sawah فراس السواح (en arabe uniquement): جلجامش: ملحمة الرافدين الخالدة (دراسة شاملة مع النصوص الكاملة وإعداد درامي)، طب 1، دمشق، 1996 - gilgamesh: malhamat ar-râfidayn al-khâlida (dirâsa shâmila ma’a al-nuçûç al-kâmilat wa i’dâd drâmy, dimashq, 1996,Gilgamesh : l’épopée mésopotamienne éternelle (étude complète avec le récit entier et présentation dramatique), Damas, 1996
  3. le site web 'The Circle of The Dragon' référence les dragons célèbres

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions de l'épopée[modifier | modifier le code]

  • Firas Al-Sawah فراس السواح (en arabe uniquement): جلجامش: ملحمة الرافدين الخالدة (دراسة شاملة مع النصوص الكاملة وإعداد درامي)، طب 1، دمشق، 1996 - gilgamesh: malhamat ar-râfidayn al-khâlida (dirâsa shâmila ma’a al-nuçûç al-kâmilat wa i’dâd drâmy, dimashq, 1996,Gilgamesh: l’épopée mésopotamienne éternelle (étude complète avec le récit entier et présentation dramatique), Damas, 1996.

Études savantes[modifier | modifier le code]

  • Jules-Justin Sauveplane, Une épopée babylonienne. Is-Tu-Bar - Gilgamès., 1893
  • Jules-Justin Sauveplane, Sur l'épopée babylonienne de Gilgamès., 1894
  • Jean-Daniel Forest. – L’Épopée de Gilgamesh et sa postérité : introduction au langage symbolique. – Paris : Paris-Méditerranée, 2002. – 686 p. – (ISBN 2-84272-146-2).

Adaptations et réécritures[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]