Pourpre

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Velours pourpre

La pourpre[1] est une teinture rouge violacé profond d'origine animale, découverte par les Phéniciens[2] ou les Égéens[3]. C'est un des éléments culturels majeurs de l'Antiquité méditerranéenne, poursuivi jusqu'à nos jours dans le vêtement des cardinaux des églises catholiques romaine et anglicane.

La couleur pourpre est un rouge violacé profond.

En colorimétrie, les pourpres sont les couleurs, mélanges de rouge et de bleu et complémentaires des verts, qui ne peuvent être reconstituées par le mélange d'une lumière blanche et d'une seule lumière monochromatique. Les pourpres ne se trouvent pas dans l'arc-en-ciel, qui présente la suite des lumières monochromatiques. Sur le diagramme de chromaticité, la droite des pourpres relie le lieu des rouges monochromatiques avec celui des bleus monochromatiques. D'ordinaire, la langue française divise ce champ chromatique entre d'une part les violets, proches des bleus et d'autre part les pourpres, proches des rouges[4].

Histoire[modifier | modifier le code]

Étymologie et usage[modifier | modifier le code]

Le mot vient du grec ancien πορφύρα / porphúra. Le mot latin est purpura, d'où l'adjectif « purpurin », de couleur pourpre.

Le pourpre, c'est-à-dire la couleur pourpre, est nommé d'après la teinture. En français, les adjectifs de couleur qui proviennent de noms d'objets sont invariables (des robes marron, et non pas « marronnes ») ; l'adjectif de couleur « pourpre » est une des six exceptions à cette règle (mauve, fauve, rose, pourpre, écarlate, vermeil), et prend donc un s au pluriel : des toges pourpres.

La pourpre désigne, par métonymie, un vêtement associé à une fonction. « La guerre est une pourpre où le meurtre se drape », écrit Victor Hugo[5]. La pourpre romaine n'est pas une couleur, mais un vêtement et une dignité, celle de cardinal dans l'église catholique romaine. La pourpre signifie la puissance et la richesse, ou leur apparence, comme dans l'expresion « les ors et les pourpres »[6].

Pourpre donne pourpré, empourpré, adjectif indiquant que la couleur tire sur le pourpre.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pourpre de Tyr.

Dans l'antiquité, la couleur pourpre était probablement tirée du pourpre, un mollusque gastéropode à coquille ovale ou oblongue, généralement du genre Murex. Le Murex trunculus (syn. Hexaplex trunculus) ou « rocher fascié » fournissait la pourpre améthyste ou viole. Elle contient une substance azurée au bleu indigo, l'oxyde cyanique. Le Murex brandaris (syn. Bolinus brandaris) ne contient, lui, qu'un seul radical, l'oxyde tyrien appelé « pourpre des anciens ».

Ces coquillages se trouvaient en quantité sur les bords de la Méditerranée ; ils étaient prélevés aux temps anciens des Cananéens sur les côtes de Phénicie, celle du Péloponnèse et du nord de l'Afrique. Recueillis au nord de la Méditerranée, ils étaient plus sombres, passaient au violet dans les régions moyennes, et offraient un rouge bien pourpre dans les régions méridionales. Le coût de revient très élevé de la pourpre réservait son usage à des étoffes destinées aux dieux et aux classes dirigeantes des sociétés entourant la Méditerranée.

La pourpre cardinalice du cardinal Martino

À Rome, c'est le symbole du pouvoir : la largeur de la bande pourpre portée sur la toge (clavus), et la couleur plus ou moins vive des vêtements rouges indiquent le statut social du porteur du vêtement (voir laticlave, angusticlave). Seuls les imperatores portaient des vêtements entièrement teints de pourpre. Vitruve évoque la fabrication de la pourpre à partir des « limaçons ».

À Constantinople, la chambre de l'empereur était pourpre (les murs étaient revêtus de porphyre, une pierre pourpre) et le fils d'un empereur né alors que son père régnait, c'est-à-dire dans cette chambre, portait le surnom prestigieux de « Porphyrogénète ».

La raréfaction du Murex a provoqué la disparition des techniques de fabrication de la teinture pourpre.

Les cardinaux des Églises catholiques romaine et de l'anglicane portent un vêtement dit pourpre. La nécessité de différencier cette tenue de celle, violette, des évêques, a, semble-t-il, tiré le pourpre cardinalice romain vers l'écarlate, qui devient au Moyen Âge la couleur du pouvoir[7].

Époque moderne[modifier | modifier le code]

Aux siècles suivant, la mode a utilisé largement les couleurs roses et mauves, correspondant à des pourpres ou à des violets lavés de blanc ; mais le pourpre profond restait inaccessible, et les couleurs résistaient mal au lavage. Au milieu du XIXe siècle, la fabrication des colorants chimiques permet des teintes plus violemment colorées et résistantes. Le murexide synthétisé à partir d'acide urique extrait du guano péruvien crée la mode dans le tiers médian du siècle, concurrencé par la pourpre française extraite de l'orseille, un lichen[8].

La synthèse de colorants pourpres à base d'aniline à partir du charbon permet d'obtenir, dans le dernier tiers du siècle, des colorants pourpres profonds, de toutes les nuances, et grand teint[9]. La possibilité de fabriquer des colorants chimiques ayant stimulé l'industrie, on synthétisa ensuite toute une série de colorants rouge violacé comme l'alizarine ou garance synthétique[10].

Colorimétrie[modifier | modifier le code]

Ligne des pourpres sur le diagramme de chromaticité.

En colorimétrie, les pourpres sont les couleurs, mélanges de rouge et de bleu et complémentaires des verts, qui ne peuvent être reconstituées par le mélange d'une lumière blanche et d'une seule lumière monochromatique[11]. Les pourpres ne se trouvent pas dans l'arc-en-ciel, qui présente la suite des lumières monochromatiques. Sur le diagramme de chromaticité, la ligne des pourpres est la droite qui relie la couleur rouge la plus extrême dans le domaine visible (de longueur d'onde d'environ 700 nm), à la longueur violette la plus extrême (de longueur d'onde d'environ 400 nm). Une couleur pourpre saturée est une combinaison de ces deux couleurs[12]. Sa teinte varie du rouge au violet en fonction de la pondération affectée à chacune des deux couleurs extrêmes.

Dans le diagramme ci-contre, essentiellement didactique, on montre l'ensemble du domaine des couleurs visibles, le triangle des couleurs productibles par un écran d'ordinateur, et la ligne des pourpres. Les couleurs représentées sont cependant en partie fictives, dans le sens où un écran d'ordinateur ne devrait afficher que les couleurs figurant dans le triangle central. Néanmoins, ce diagramme permet d'expliquer ce qu'est la ligne des pourpres.

Classification générale méthodique des couleurs[modifier | modifier le code]

La norme AFNOR X08-010 « Classification générale méthodique des couleurs » définit le champ chromatique des pourpres purs comme celle des couleurs complémentaires, en lumière du jour (illuminant D65), des verts monochromatiques de longueur d'onde entre 499 et 556 nm. Les pourpres rougeâtres mêlés de blanc de clarté élevée sont des roses ; les pourpres désaturés de clarté faible, sont des bordeaux[13].

Sur le diagramme de chromaticité, la région des pourpres purs au sens de la norme X08-010 s'étend ainsi dans la partie centrale de la droite des pourpres, de 37% à 81% en partant des rouges.

Couleurs du Web[modifier | modifier le code]

Purple (Web)

Composante
RVB (r, v, b) (128, 0, 128)
Triplet hexa. 800080
CMJN (c, m, j, n) (0 %, 100 %, 0 %, 50 %)
TSL (t, s, l) (300°, 50 %, 25 %)

Le mot-clé purple (pourpre) appelle une couleur au milieu de la ligne des pourpres.

On doit préciser que « l’anglais purple n’est pas l’équivalent de pourpre[14] ». En dehors de l'usage technique de la colorimétrie, le champ chromatique purple se divise en français entre violets et pourpres.

Le Répertoire de couleurs de la Société des chrysanthémistes (1905) indique que le « purple » des Anglais ou « Deep purple » des Américains « à notre avis, doit plutôt être appelé Violet pourpré[15] ».

Rouge pourpre[modifier | modifier le code]

Rouge pourpre (RAL)

Composante
RVB (r, v, b) (107, 28, 35)
Triplet hexa. 6B1C23
CMJN (c, m, j, n) (0 %, 74 %, 67 %, 58 %)
TSL (t, s, l) (355°°, 31 %, 26 %)

Le nuancier Reichsausschuß für Lieferbedingungen (RAL) donne à ses échantillons des noms de couleur notamment en allemand, en anglais et en français. Les échantillons sont normalement présentés dans un nuancier sur papier pour identifier des peintures et couleurs de surface. Le site internet de l'organisation donne cependant des plages de couleur informatique, qui ne peuvent, bien entendu, servir aux comparaisons.

Le RAL 3004 est désigné (de) Purpurrot, (en) Purple red, (fr) Rouge pourpre[16].

La norme AFNOR X08-010 « Classification générale méthodique des couleurs » définit le champ des rouges-pourpres purs comme celle des couleurs complémentaires, en lumière du jour (illuminant D65), des verts monochromatiques de longueur d'onde entre 494 et 499 nm[13].

Atlas des couleurs de Chevreul[modifier | modifier le code]

Chevreul indique dans son Moyen de nommer et de définir les couleurs (1860) que la couleur pourpre s'obtient par mélange de « rouge cramoisi de cochenille et bleu (…) 4 violet 10 au 12 ton[17] ». La couleur pure violet 4 est l'avant-dernière avant le violet-rouge.

Le nuancier NIMES reprend le nuancier de Chevreul[18].

Filtres[modifier | modifier le code]

Le filtre Wratten n°35 dit « pourpre » est un filtre de contraste absorbant complètement le vert, utilisé en photomicrographie, de longueur d'onde dominante -565,7 nm (D65), donc, à la limite du bleu-violet[19].


Héraldique[modifier | modifier le code]

Représentation héraldique du pourpre

En héraldique, la couleur peut être différente. C'est un émail d'une couleur variant du gris-brun au rouge violacé. Plutôt rare, cet émail se rencontre surtout dans les blasons d'ecclésiastiques. En représentation monochrome, il est symbolisé par des hachures « en barre » (soit de droite à gauche et de haut en bas)[20].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Philip Ball (trad. Jacques Bonnet), Histoire vivante des couleurs : 5000 ans de peinture racontée par les pigments [« Bright Earth: The Invention of Colour »], Paris, Hazan,‎ 2010, p. 287-334 Ch.9 « Une passion pour le pourpre »
  • Maurice Déribéré, La couleur, Paris, PUF, coll. « Que Sais-Je » (no 220),‎ 2014, 12e éd. (1re éd. 1964) (sommaire)
  • Annie Mollard-Desfour, Dictionnaire des mots et expressions de couleur. Le Rouge, Paris, CNRS Éditions, 2000, ou Le Rouge. Mots et expressions d'aujourd'hui. XXe-XXIe siècles, CNRS Éditions, 2009 [Préface de S. Rykiel]
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, Encyclopédie de la peinture : formuler, fabriquer, appliquer, t. 3, Puteaux, EREC,‎ 2005, p. 264

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Définitions lexicographiques et étymologiques de « pourpre » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales
  2. Les phéniciens auraient été nommés « rouges » (phoinix en grec ancien) par les premiers mythographes grecs, en raison des monceaux de coquillage de pourpres sur la côte du Liban et de la couleur de leurs vêtements. Les romains nommaient également les Carthaginois "Poeni" ce qui a donné le terme "Punique"
  3. Paul Faure, « Le pourpre, invention égéenne »
  4. AFNOR NF X08-010 « Classification générale méthodique des couleurs ». Lire discussion et références dans l'article Violet.
  5. cité par Joëlle Tamine et Françoise Soublin, « Métalangage, définition, métaphore », Histoire Épistémologie Langage, vol. 1, no 1-1,‎ 1979, p. 45-51 (lire en ligne).
  6. Trésor de la langue française « Pourpre (1) ».
  7. Ball 2010, p. 296.
  8. Ball 2010, p. 305-306 ; voir Parme (couleur).
  9. Ball 2010, p. 311sq.
  10. Ball 2010, p. 318sq.
  11. Déribéré 2014, p. 11.
  12. Yves Le Grand, Optique physiologique : Tome 2, Lumière et couleurs, Paris, Masson,‎ 1972, p. 84.
  13. a et b Robert Sève, Science de la couleur : Aspects physiques et perceptifs, Marseille, Chalagam,‎ 2009, p. 247-250.
  14. Annie Mollard-Desfour, « Les mots de couleur : des passages entre langues et cultures », Synergies Italie, no 4,‎ 2008, p. 23-32 (lire en ligne).
  15. Henri Dauthenay, Répertoire de couleurs pour aider à la détermination des couleurs des fleurs, des feuillages et des fruits : publié par la Société française des chrysanthémistes et René Oberthür ; avec la collaboration principale de Henri Dauthenay, et celle de MM. Julien Mouillefert, C. Harman Payne, Max Leichtlin, N. Severi et Miguel Cortès, vol. 1, Paris, Librairie horticole,‎ 1905 (lire en ligne), p. 184.
  16. RAL : noms de couleurs
  17. Michel-Eugène Chevreul, « Moyen de nommer et de définir les couleurs », Mémoires de l'Académie des sciences de l'Institut de France, t. 33,‎ 1861 (lire en ligne). Les cercles chromatiques peuvent se voir (à la décoloration dûe au passage du temps près) dans Cercles chromatiques de M. E. Chevreul : reproduits au moyen de la chromocalcographie, gravure et impression en taille douce combinées, Paris, Digeon,‎ 1855 (lire en ligne).
  18. l'atelier de teinture des Gobelins] consulté le 21 août 2014.
  19. Kodak-Pathé, Filtres Kodak : pour usages scientifiques et techniques,‎ 1981 : Catalogue des filtres Wratten. p. 66.
  20. Déribéré 2014, p. 92.