Lapita

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21° 06′ 10″ S 164° 47′ 56″ E / -21.10277778, 164.79888889 ()

Carte des zones de poteries Lapita


La civilisation Lapita (du nom d'un site archéologique de Nouvelle-Calédonie) est une civilisation originale, notamment pour ses décors de poterie, qui semble être apparue sur les îles Bismarck, au nord-est de la Nouvelle-Guinée, mais s'est ensuite répandue sur environ 3 000 km d'extension : plusieurs centaines de sites archéologiques Lapita ont été retrouvés dans une aire allant de la Nouvelle-Guinée jusqu'aux îles Samoa (archipel Bismarck, îles Salomon, Vanuatu, Nouvelle-Calédonie, Fidji, Tonga, Samoa, Wallis et Futuna). Elle est associée aux peuples austronésiens qui, à partir de l'Océanie proche, ont peuplé l'Océanie éloignée et sont à l'origine du groupe linguistique océanien. La datation au carbone 14 révèle que les sites Lapita les plus anciens remontent à environ 3 500 années avant l'époque actuelle, soit 1500 avant JC.

Des traces d'habitations sur pilotis ont été découvertes sur le site de Talepakemalai aux îles Mussau (PNG), à Nenumbo aux îles Salomon et à Bourewa aux îles Fidji. Quelques squelettes ont été découverts, en particulier à Téouma dans l'archipel du Vanuatu et à Lapita en Nouvelle-Calédonie.

Le parallèle avec l'île de Laputa, inventée par Jonathan Swift pour Les Voyages de Gulliver publié en 1721, n'est qu'une coïncidence puisque les premiers Européens n'arrivent en Nouvelle-Calédonie qu'en 1774. Les rescapés du naufrage des bateaux de Lapérouse en 1788 échouèrent sur l'île de Vanikoro, aux abords d'un site lapita. Les scientifiques français survivants de l'expédition furent peut-être les premiers découvreurs de cette culture.

Chronologie[modifier | modifier le code]

Lapita ancien[modifier | modifier le code]

De 1350 avant JC à 1000 avant JC environ. Premières apparitions de poterie décorée dans le Pacifique. Dès 1200 avant JC, les populations Lapita sortent de l'archipel de Bismarck et vers 1300 avant JC, ils ont déjà visités tous les archipels jusqu'aux îles Samoa.

Lapita récent[modifier | modifier le code]

De 1000 avant JC à 500 avant JC environ. Les différents groupes lapita de chaque île, chaque archipel continuent leur évolution en relative autonomie, tout en conservant des contacts sur de plus longues distances. La particularisation de chaque archipel commence à se faire sentir.

Mobilier et économie[modifier | modifier le code]

Les colons lapita fabriquent de la poterie incisée à engobe rouge, utilisent des outils d’obsidienne provenant des volcans mélanésiens et de multiples ornements et outils façonnés dans des coquillages (hameçons, bracelets, etc.). Ils emploient des herminettes de pierre et cultivent des tubercules (igname, taro), des fruits (noix de coco, artocarpe, banane). Ils élèvent des cochons et des pintades, peut-être des chiens, et sont de bons navigateurs (pirogues, catamarans).

Les décorations des poteries lapita sont extrêmement riches et variées. Les dessins sont très géométriques (imprimés en pointillés), mais pourtant des visages humains sont souvent représentés. Des modelages en argile pouvait être appliqués (têtes humaines, oiseaux, et autres animaux). Certains décors, rares, montrent des traces de peinture.

Des recherches récentes sur les décors montrent qu'ils représentaient probablement le monde vu par les lapita : monde "d'en haut", celui des dieux ou des ancêtres divinisés, monde des vivants au milieu, et "monde d'en bas", celui des morts. Les astres (soleil, lune…) semblaient revêtir une importance particulière dans les croyances de ces navigateurs. Certaines marques décorées caractéristiques permettent de déterminer quelle famille ou quel clan avait réalisé la poterie, ce qui permet de retracer finement le parcours de la colonisation de cette partie du Pacifique entre 1300 et 800 avant JC

L'extension géographique exceptionnelle des lapita (environ 4 500 km) et leur rôle primordial dans la genèse des cultures océaniennes postérieures (polynésiens, mélanésiens) fournit un aperçu archéologique incomparable sur une migration préhistorique par voie maritime. Les recherches récentes permettent d'affirmer que le régime alimentaire des Lapita a joué un rôle dans leur possibilité de navigation et de colonisation [1]. Néanmoins, ce même régime alimentaire occasionnait des carences importantes [2].

Principaux sites Lapita[modifier | modifier le code]

Archipel des Bismarck (Papouasie-Nouvelle-Guinée)[modifier | modifier le code]

Les plus anciens sites sont Talepakemalai (la plus ancienne date, discutée par certains chercheurs, remonte à 3500 ans avant le Présent (BP) ) et Kamgot (environ 3300 BP). De nombreux sites sont connus et marquent pour la plupart le début de la période dite Lapita. À ce jour, il s'agit des premiers vestiges après l'éruption du mont Witori (WK-2) qui eut lieu vers 1500 avant JC. Cette explosion compte parmi les plus grandes éruptions volcaniques des 10000 dernières années.

  • Mussau (Nord)= Talepakemalai
  • Nouvelle-Bretagne = zone des îles Arawe, District de Kandrian, zone de Kimbe, zone de Watom
  • îles du Duke of York
  • Nouvelle-Irlande = Lemau

îles Salomon[modifier | modifier le code]

Les sites des îles Santa-Cruz ont été principalement fouillés dans les années 1970 par Roger Curtis Green. Depuis, peu d'éléments nouveaux ont été découverts. Les datations sont anciennes, mais il est probable que les plus anciennes traces remontent vers 1100 avant JC.

Vanuatu[modifier | modifier le code]

Poterie Lapita au centre culturel du Vanuatu à Port-Vila

Archipel central et charnière, le Vanuatu révèle depuis une dizaine d'années son très fort potentiel lapita. Jean-Christophe Galipaud fouille depuis 1996 dans le île de Santo, Malo et Aore, et Stuart Bedford fouille depuis 2004 le site de Téouma. Ce dernier site a révélé les premières inhumations de Lapita, alors que les sites du Nord (Malo/Aore) marquent sans doute le centre véritable des échanges des lapita. Les premières occupations remontent vers 3100 BP à Aore avec de l'obsidienne en provenance directe de Nouvelle-Bretagne.

  • Nord = îles de Malo (Atanoasao, Malo Pass, Avunatari...), d'Aore (Makue, SDA mission...) et Santo (Shokraon, Big Bay)
  • Centre = île d'Efate (Erueti, Téouma)
  • Sud = Quelques tessons décorés à Erromango

Nouvelle-Calédonie[modifier | modifier le code]

Les sites lapita néo-calédoniens ont été beaucoup fouillés et ont révélé d'énormes quantités de matériel archéologique. La plupart des sites ne remontent pas au-delà de 1050 avant JC.

  • Nord = Koumac, Lapita (site éponyme). Koné : site de Foué.
  • Centre = Nessadiou
  • Sud = Vatcha

Iles Fidji[modifier | modifier le code]

Tonga et Samoa (+ Wallis-et-Futuna)[modifier | modifier le code]

  • Tongatapu
  • Utuleve (Wallis)
  • Asipani (Futuna)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Kirch P.V., The Lapita People, Blackwell Pub., 1996. Bonne synthèse même si elle est un peu datée.
  • Noury Arnaud, Le Reflet de l'âme lapita, Noury éditions, Versailles, 2005.
  • Noury Arnaud, Galipaud J.-C., Les Lapita, nomades du Pacifique, IRD Éditions, Montpellier, 2011.
  • Noury Arnaud, Grammaire des décors lapita, éds. Andromaque, Paris, 2012.
  • Noury Arnaud, Le Lapita : à l'origine des sociétés d'Océanie, Paris, 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]