Thasos (île)

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Thasos
Θάσος (el)
Image satellite de Thasos.
Image satellite de Thasos.
Géographie
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Localisation Mer Égée
Coordonnées 40° 43′ 01″ N 24° 40′ 01″ E / 40.717, 24.667 ()40° 43′ 01″ N 24° 40′ 01″ E / 40.717, 24.667 ()  
Superficie 398 km2
Point culminant Mont Hypsarion (1 208 m)
Administration
Périphérie Macédoine-Orientale-et-Thrace
District régional Thassos
Dème Thassos
Démographie
Population 13 770 hab. (2011)
Densité 34,6 hab./km2
Autres informations

Géolocalisation sur la carte : Grèce

(Voir situation sur carte : Grèce)
Thasos
Thasos
Île de Grèce
Thasos 3D

Thasos ou Thásos ou Thassos (en grec ancien Θάσος), est une île montagneuse de l'archipel grec, à 8 km de la Thrace continentale et à l'Ouest de l'île de Samothrace, où s'établit une colonie de Paros en 680 av. J.-C.

Géographie[modifier | modifier le code]

Thasos (398 km2, 80 km de pourtour) est la plus grande des îles du nord de la mer Égée. L'île est divisée aux deux tiers par une importante chaîne de montagne orientée nord-ouest/sud-est, l'Hypsarion, dont cinq sommets ont plus de 1 000 m d'altitude, séparant ainsi deux espaces aux caractères très différents : le relief compartimenté du tiers nord-est, où la circulation est difficile et les plaines étroites, s'oppose ainsi au sud-ouest aux plaines littorales plus vastes et faciles d'accès[1].

Le sous-sol de l'île est essentiellement constitué de gneiss gris-vert et de marbre, largement exploité et exporté durant l'Antiquité. Des gisements d'or, de cuivre, de fer et de plomb argentifère sont exploités depuis l'Antiquité.

Bien pourvue d'eau et favorisée par un climat relativement tempéré (climat méditerranéen à tendance balkanique), Thasos est couverte de forêts : chênes, pins, châtaigniers, arbres de Judée, platanes d'Orient, plantes du maquis. Dans l'Antiquité, le bois fut une des principales ressources de l'île, les forêts étant rares en Grèce.

Dans les plaines côtières, on cultive l'olivier. La vigne, dont le vin jadis fameux était largement exporté, a pratiquement disparu.

La cité antique[modifier | modifier le code]

Époque archaïque[modifier | modifier le code]

L'île fut habitée dès l'époque paléolithique dans des grottes où l'on extrayait de l'ocre. On y a également retrouvé des habitats de l'âge du bronze, mais l'histoire de l'île nous est véritablement connue à partir du moment où, vers 680 av. J.-C., elle fut colonisée par des Grecs originaires de Paros menés par Télésiclès, le père du poète Archiloque, selon la prophétie d'un oracle de Delphes.

Rapidement, la nouvelle cité étendit son aire d'influence sur le continent lui faisant face, riche en nombreux gisements miniers d'or et d'argent. On y trouvait des gisements d'or et d'argent dans le Pangée et dans l'arrière pays de Néapolis-Kavala, d'or dans le massif de la Lékanè, à Skaptè-Hylè[2]. particulièrement riches, entre le Strymon à l'ouest et le Nestos à l'est, qui assurèrent sa prospérité : vers 500 av. J.-C., la cité était riche, puissante, possédait une importante flotte de guerre et avait construit une enceinte.

Lors des guerres médiques, les Thasiens se soumirent au roi Darios Ier en 492 av. J.-C. et organisèrent, en 480, pour Xerxès et son armée un repas qui coûta à la cité, selon Hérodote, une somme supérieure aux revenus annuels de la cité.

Époque classique[modifier | modifier le code]

Thasos, statère au satyre ithyphallique.Date : c. 470-463 AC.

Après la défaite perse, Thasos adhéra à la ligue de Délos en 477 av. J.-C. en apportant l'appoint de sa flotte. La disparition de la puissance perse sur le continent lui permit d'y étendre son influence. Mais au milieu des années 460, les Thasiens se heurtèrent aux intérêts de leurs alliés athéniens dans la région, notamment autour des gisements miniers du mont Pangée[3] évoque des « différends au sujet de leurs ports de commerce en Thrace sur la côte opposée et de mines qu'y exploitaient les gens de l'île » : en 465, Thasos abandonna la ligue de Délos, ce qui entraîna une réaction immédiate des Athèniens qui l'emportèrent sur mer et, après débarquement, leur imposèrent, sous la direction de Cimon, un siège de deux ans au terme duquel, en 463, les Thasiens, après avoir vainement fait appel à Sparte, acceptèrent de se rendre.

Tétradrachme en argent frappé à Maronée représentant Dionysos

Les représailles furent sévères : les Thasiens durent s'engager à « détruire leurs murailles, à livrer leur flotte, à fournir immédiatement tout l'argent qu'on leur demandait, à payer tribut à l'avenir et à abandonner le continent et les mines »[4]. La cité se voyait ainsi à la fois privée de ses principales sources de revenus (revenus miniers du continent et taxes établies sur le commerce continental) et assujettie à de lourdes dépenses (remboursement, étalé sur une vingtaine d'année, des frais de guerre aux Athéniens et versement d'un lourd tribut à l'alliance).

Ce traitement handicapa fortement l'économie thasienne pendant une quinzaine d'année[5] et contraignit la cité à établir provisoirement un nouveau prélèvement sur les karpoi, la production agricole de la chôra, c'est-à-dire essentiellement sur le vignoble, réputé, de l'île[6]. La mise en place d'un tel impôt sur la production agricole manifeste la détresse financière de la cité face à ses obligations, dans la mesure où les cités grecques antiques semblent ne le pratiquer qu'en dernier recours comme l'indique l'exemple de Mendè en Chalcidique cité par Aristote[7].

Au demeurant, le fait que la cité ait pu assumer pendant vingt ans un lourd prélèvement de l'ordre de 75 à 100 talents par an souligne le dynamisme de l'économie thasienne, même amputée de ses possessions continentales. Comme le souligne Michèle Brunet, en comparaison, « les trente talents versés par la suite [à partir de 443][8] au Trésor des alliés durent presque sembler légers »[9]. La pression athénienne se maintint cependant longtemps et de riches Athéniens acquirent des vignobles dans l'île.

Thasos saisit l'occasion de la révolution oligarchique des Quatre-Cents à Athènes, en 411, pour se soulever : les Thasiens reconstruisirent leur enceinte et leur flotte et s'allièrent avec Sparte. En 407, ils furent à nouveau vaincus par les Athéniens, dirigés par Thrasybule, après un siège très dur. La victoire des Spartiates conduisit Lysandre, en 405, à rassembler les citoyens dans le sanctuaire d'Héraclès en promettant l'armistice afin de mieux massacrer les partisans d'Athènes. Par la suite, les Thasiens reprirent pied sur le continent en y constituant un territoire rattaché à l'île et désigné comme « épire » dans les textes gravés du début du IVe siècle av. J.-C..

Époque hellénistique et romaine[modifier | modifier le code]

Malgré la domination spartiate, Thasos revint dans l'orbite athénienne dès 389 et entra dans la seconde confédération athénienne en 375. La cité est alors fort prospère et son rayonnement commercial important. La montée en puissance de la Macédoine, n'entama pas cette prospérité, et c'est seulement en 202 que le roi de Macédoine Philippe V prit le contrôle de la cité... pour peu de temps puisque vaincu par les Romains en 199, le Sénat romain déclara l'année suivante la liberté pour tous les Grecs.

Thasos constitua dès lors un allié indéfectible de la République romaine, ce qui lui permit de devenir la principale métropole de la région aux IIe siècle av. J.-C. et Ie siècle av. J.-C., comme l'indique la diffusion des monnaies thasiennes de cette époque[10]. En remerciement pour cette fidélité, notamment lors du siège que lui fit subir Mithridate, roi du Pont, le Sénat romain rendit à Thasos, en 80 av. J.-C., ses territoires sur le continent. Tombé en disgrâce lors des révoltes de la fin de la République, la cité retrouva tous ses anciens privilège sous Auguste et prospéra jusqu'au IIIe siècle.

Après des destructions importantes subies par la cité, peut-être à la suite de l'invasion des Hérules, l'avènement du christianisme contribua à une véritable renaissance de la cité (construction de plusieurs basiliques). Puis Thasos fut entièrement détruite au début du VIIe siècle par les invasions slaves qui ravageaient alors tout l'Empire byzantin.

Ressources de la cité antique[modifier | modifier le code]

Anciennes carrières de marbre d'Aliki

Les richesses de l'île étaient nombreuses. Si elles assurèrent une certaine prospérité à ses habitants, elles ne furent pas sans provoquer la convoitises des États dominant le monde grec[11].

L'exploitation des mines d'or et de plomb argentifère de l'île sont sans doute à l'origine de sa colonisation par les Grecs, qui en tiraient, d'après Hérodote, 160 kilos d'or par an. Plusieurs chantiers de mines ont été retrouvés par les archéologues, notamment la « mine de l'Acropole », mine d'or[N 1] ainsi dénommée parce que, située sous la ville antique, elle disposait d'une entrée débouchant sur l'acropole. Sur la côte ouest des gisements de cuivre et d'argent étaient exploités pour la production monétaire. Les conditions d'exploitation de ces mines sont beaucoup moins bien connues que celles du Laurion[12].

Les forêts de l'île constituaient une ressource appréciée pour y tailler du bois de charpente, indispensable à la construction navale. On doit aussi relever la présence de carrières de marbre blanc de bonne qualité permettant la sculpture comme la construction, au nord-est à proximité du centre urbain principal (carrières de Saliari, Phanari et Vathy) et surtout au sud-est (Aliki), ces dernières intensément exploitée à l'époque paléochrétienne. Leur caractère côtier rendait plus aisé l'extraction et le transport des blocs par bateau, ce qui contribua sans doute, à l'époque impériale, à la diffusion de ces marbres à une large échelle allant de la mer Méditerranée occidentale à la mer Noire[13].

Enfin, le vin thasien était très apprécié et durablement exporté (de nombreux ateliers d'amphores ont été retrouvés) à l'époque classique et à la haute époque hellénistique. Thasos est l'une des rares cités grecques qui ait légué des documents sur le commerce du vin dans le monde égéen de l'Antiquité.

Aux époques classiques et hellénistiques, la cité contrôle et exploite de manière équilibrée l'ensemble de son territoire, en un système de peuplement très hiérarchisé. Chaque vallée ou plaine littorale est commandée par un village relié à l'agglomération principale comme aux autres villages par des chemins qui contournent l'obstacle central de l'Hypsarion (1 200 m) en passant par la côte[14]. Le réseau serré des « fermes isolées, installées la plupart du temps au point de contact entre des terroirs aux qualités différentes, témoigne de la densité d'occupation et de l'intensité de la mise en valeur agricole dans toutes les zones périphériques »[14].

Si la ville de Thasos elle-même peut paraître excentrée, au nord de l'île, c'est négliger que ce site la tourne vers le continent et le territoire sur lequel elle y a étendu son contrôle, la pérée. En outre, c'est là, entre l'île et le continent, que se situe une route commerciale de toute première importance à l'époque, celle reliant, via la Chalcidique, Athènes aux détroits et, au-delà, au monde colonial et barbare de la mer Noire. Grâce à ce positionnement comme au maillage serré de sa chôra, la cité thasienne assure à la fois son indépendance dans une perspective autarcique et sa prospérité par son insertion dans les circuits commerciaux de l'Égée[15]. Certes, les villages sont souvent installés en retrait de la côte, sur les piémonts ; certes des postes de garnisons sont implantés à proximité des lieux de débarquement les plus aisés ; certes les fermes sont fortifiées. Mais cette volonté de se protéger des invasions ennemies ou des raids de pirates n'empêche nullement que « c'est bien dans l'auréole externe de l'île que se concentrent, comme de nos jours, la population et les activités »[16], implantation qui n'était nullement inévitable, comme l'indique, à l'époque moderne, l'installation de la population dans les territoires intérieurs de l'île, tournant le dos à la mer et à ses dangers, notamment la piraterie[17].

Histoire moderne et contemporaine[modifier | modifier le code]

Les voyageurs et les fouilles[modifier | modifier le code]

Le premier de ces voyageurs est un marchand humaniste italien du XVe siècle : Cyriaque d'Ancône. Parlant grec, il releva plusieurs inscriptions en 1444-1445.

Jusqu'au XVIIIe siècle, une dizaine d'érudits visitèrent l'île et relèvèrent des inscriptions. Mais c'est véritablement au XIXe siècle que l'intérêt pour le passé grec de l'île se fait plus grand : Georges Perrot, français de l'École française d'Athènes, rédige un mémoire sur l'île en donnant quelques plans qu'il a tracés après observation en 1856. A. Conze publie également un rapport.

Entre 1863 et 1864, Emmanuel Miller dirige les fouilles de l'Agora.

Les fouilles de l'École française d'Athènes commencent en 1911 et Charles Picard en est le responsable. On découvre alors le sanctuaire d'Artémis, la porte du Silène, la salle hypostyle... mais aucune stratigraphie n'était étudiée.

Les fouilles se poursuivent de manière plus ou moins continue depuis cette date :

  • Jusque dans les années 1930, on tente surtout d'établir une topographie générale de la ville et de mettre à jour les principaux ensembles monumentaux ;
  • Dégagement de l'Agora entre 1948 et 1955 ;
  • Fouilles du sanctuaire d'Artémis dans les années 1970 ;
  • Actuellement, fouilles d'habitats, d'ateliers et surtout sondages d'urgence.

Le premier musée est construit dans l'entre deux guerres. Après une période de travaux, il a été agrandi et inauguré le 10 juillet 2010.

La recherche est aujourd'hui élargie à l'ensemble de l'île mais le coût de la main-d'œuvre oblige surtout à de la prospection, les fouilles demeurant ponctuelles.

La législation grecque s'est efforcée de protéger les Antiquités. À Thasos, tous les terrains sont archéologiques et les constructions doivent donc être surveillées par des archéologues.

Personnages liés à Thasos[modifier | modifier le code]

  • Le médecin Hippocrate séjourna quatre années à Thasos comme médecin public invité par la cité.
  • Le thasien Théogénès, qui remporta aux jeux olympiques l'épreuve de boxe (-480) et de pancras (-476)
  • Le peintre Polygnote, thasien, qui fut théore (magistrature religieuse) de la cité en 444 av. J.-C.
  • Le philosophe Théophraste séjourna un temps dans la cité peu avant ou peu après 300 av. J.-C.
  • Philisque, de Thasos, appelé Agrius, le sauvage, qui selon Pline se retira dans des lieux retirés pour étudier les abeilles.
  • L'écrivain grec Vassilis Vassilikos qui y est né.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Une autre mine d'or était exploitée dans le massif du Klisidhi.Brunet 1996, p. 56

Références[modifier | modifier le code]

  1. Michèle Brunet, « L'économie d'une cité à l'époque classique : Thasos », in Michel Debidour (dir), Économies et sociétés dans la Grèce égéenne, 478-88 av. J.-C., éditions du Temps, 2007, p. 312
  2. Michèle Brunet, op.cit., p. 314
  3. I, 100, 2
  4. Thucydide, I, 101, 3
  5. Marie-Françoise Baslez (dir), Économies et sociétés en Grèce ancienne, 478-88 av. J.-C., Atlande, 2007, p. 415
  6. Michèle Brunet, op.cit., p. 318-320
  7. « Les habitants de Mendé affectaient le produit des droits de port et des autres taxes qui frappaient la terre et les maisons. Ils tenaient cependant registre des propriétaires, et quand le besoin d'argent se faisait sentir, les assujettis payaient. » Aristote, Économique, II, 2, 21
  8. De 463 à 443, la contribution des Thasiens au trésor de la ligue de Délos se limita à trois talents par an, pour leur permettre de rembourser leurs frais de guerre aux Athéniens
  9. Michèle Brunet, op.cit., p. 319
  10. Marie-Françoise Baslez (dir), op.cit. p. 415
  11. « Toute la région put ainsi être décrite comme une sorte d'« Eldorado nordique » dont les richesses étaient aptes à susciter bien des convoitises et des rivalités dans toute la région et même plus loin, dans l'ensemble du bassin égéen ». Michèle Brunet, op.cit., p. 314
  12. Marie-Françoise Baslez (dir), op.cit. p. 260
  13. Brunet 1996, p. 56
  14. a et b Brunet 1996, p. 54
  15. Roland Étienne, Christel Müller, Francis Prost, Archéologie historique de la Grèce antique, Ellipses, 2006, p. 102
  16. Brunet 1996, p. 57-58
  17. Brunet 1996, p. 58

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Brunet, L'espace grec, 150 ans de fouilles de l'école française d'Athènes, Fayard,‎ 1996.
  • Michèle Brunet, « L'économie d'une cité à l'époque classique : Thasos », in Michel Debidour (dir), Économies et sociétés dans la Grèce égéenne, 478-88 av. J.-C., éditions du temps, 2007.
  • Yves Grandjean et François Salviat (dir), Guide de Thasos, École française d'Athènes,‎ 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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