Moloch

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Croquis de la statue du Moloch.


Moloch est dans la tradition biblique le nom du dieu auquel les Ammonites, une ethnie cananéenne, sacrifiaient leurs premiers-nés en les jetant dans un brasier.

D'après des découvertes récentes à Carthage, le mot désignerait aussi le sacrifice lui-même, molk.

La tradition a néanmoins gardé le sens d'une divinité, et le nom désigne aussi un démon dans les traditions chrétienne et kabbalistique.

Un problème de traduction[modifier | modifier le code]

L’existence d’un dieu spécifique nommé Moloch a été remise en cause par des découvertes archéologiques, qui jettent un autre sens sur la lecture de l'hébreu ancien. Il n'y a à ce jour aucune inscription faisant mention de ce dieu. Porphyre de Tyr signale que Théophraste avait comparé le sacrifice de la Lykaia arcadienne avec les sacrifices carthaginois au dieu Moloch.


Les textes hébreux ne sont pas vocalisés, et le mot מלך, réduit aux consonnes mlk, peut désigner aussi bien un roi. Seul le rétablissement des voyelles permet de faire la différence. On a donc proposé que le terme Moloch serait une variante de roi, appellation honorifique pouvant s’adresser à des divinités différentes. La vocalisation se faisant avec les voyelles de honte, certains ont suggéré d’y voir une déformation délibérée de roi visant à dénigrer le dieu des Ammonites.

Cependant en 1921, l’archéologue Otto Eissfeldt a découvert sur le site archéologique de Carthage une nécropole contenant des restes d’animaux et de jeunes enfants, utilisée du VIIIe siècle av. J.-C. à 146 av. J.-C. avec des inscriptions mlk qui ne pouvaient s’interpréter ni comme roi, ni comme le nom d’un dieu. Ces découvertes lui ont suggéré l’idée que moloch pourrait être le nom du sacrifice par le feu et non celui d’un dieu.

Depuis, le mot molk est reconnu comme un mot sémitique désignant un sacrifice humain, dont la victime est parfois remplacée par un animal[1]. Là où la Bible lit pour faire passer leurs fils et leurs filles par le feu à Moloc[2], il conviendrait sans doute mieux de lire pour faire passer leurs fils et leurs filles par le feu de molk, le feu du sacrifice.

Le dieu[modifier | modifier le code]

Dans la littérature rabbinique du Moyen Âge, on peut lire que Moloch, dieu des Ammonites, recevait les sacrifices d’enfants dans un lieu nommé Tophet dans la vallée de Hinnom proche de Jérusalem. Le Tophet est décrit par Rachi comme une statue de bronze avec les bras tendus pour recevoir ses victimes dont des tambours couvraient les cris. Une autre source rabbinique précise qu’elle était creuse et divisée en sept compartiments destinés chacun à une offrande différente : farine, tourterelles, brebis, béliers, veaux, bœufs, enfants ; les sept offrandes devaient brûler ensemble. Les noms de Tophet et Himmon sont parfois interprétés comme dérivant respectivement de tambour et vacarme en hébreu. Des commentateurs ultérieurs du Tanakh ont fait l’association avec les sacrifices d’enfants offerts à Carthage selon Diodore de Sicile et Plutarque, associant Moloch avec Baal Hammon et Tanit, dieux de la colonie phénicienne. Flaubert, avec son roman Salammbô, puis Jacques Martin, avec la série Alix ont également beaucoup contribué à l’association historiquement erronée de Moloch avec Carthage.

Le démon[modifier | modifier le code]

Son image dans la Bible explique que dans la démonologie chrétienne Moloch soit devenu le démon qui tire sa joie des pleurs des mères à qui il vole leurs enfants. Prince de l'Enfer, son pouvoir serait, d’après les démonologues du XVIe siècle, à son apogée en décembre.

Dans la tradition kabbalistique, Moloch et Satan sont les premiers des deux sephiroth mauvais. Moloch représente l'aspect négatif du premier sephiroth, Kether (couronne de connaissance)[réf. nécessaire].

Dans la culture populaire[modifier | modifier le code]

Dans le film Metropolis réalisé par Fritz Lang, une machine se transforme en une divinité monstrueuse, appelée Moloch, à laquelle les travailleurs infortunés sont sacrifiés.

Dans la série Sleepy Hollow, Moloch fait partie de l'intrigue et est l'ennemi principal.

Dans la seconde partie du poème Howl d'Allen Ginsberg, Moloch est répété dans la plupart des phrases et semble représenter tout le négatif de la civilisation.

Dans la série de jeux vidéo The Elder Scrolls, Molok est le dieu-roi des orques.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Brown, S. (1991), Late Carthaginian Child Sacrifice and Sacrificial Monuments in Their Mediterranean Context, The American Schools of Oriental Research
  2. Jérémie 32.35, voir aussi Lev 18:21; 20:2-5; 2Roi 23:10

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]