Dynastie Qin
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Sauf précision contraire, les dates de cette page sont sous-entendues « avant Jésus-Christ ».
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Dynastie Qin
秦 zh
Extension maximale des territoires de la dynastie Qin en 210 av. J.-C, à la mort du Premier Empereur
| Statut | Monarchie |
|---|---|
| Capitale | Xianyang (221 av. J.-C.– 207 av. J.-C.) |
| Langue | Chinois archaïque |
| Religion | Légisme, Taoïsme, Confucianisme, Religion traditionnelle chinoise |
| 221 av. J.-C. | Fin de la période des Royaumes combattants, tous annexés par l'état de Qin. Le roi de Qin est proclamé Qin Shi Huangdi, Premier Auguste Empereur |
|---|---|
| 220 av. J.-C. | Unification des poids et mesures, des monnaies et de l'écriture |
| 214 av. J.-C. | Victoire du général Meng Tian dans le nord de l'empire, contre les Xiongnu. Édification de la Grande Muraille |
| 213 av. J.-C. | Décret impérial ordonnant la destruction de tous les livres dans l'Empire |
| 212 av. J.-C. | Arrestation et exécution de 460 lettrés à Xianyang |
| 210 av. J.-C. | Mort du Premier Empereur. Avènement de son fils Qin Er Shi |
| 208 av. J.-C. | De nombreuses rébellions secouent l'empire. Le Second Empereur se suicide. |
| 207 av. J.-C. | Ziying prend brièvement le titre de roi de Qin, avant de se soumettre aux insurgés. Prise de Xianyang par Liu Bang |
| 247/221 - 210 | Qin Shi Huangdi |
|---|---|
| 210 - 207 | Qin Er Shi |
| 207 | Ziying |
Entités précédentes :
Entités suivantes :
La Dynastie Qin (chinois : 秦朝 ; pinyin : ; Wade : Ch'in Ch'ao) est la première dynastie impériale de la Chine, qui a régné entre 221 et 206 av. J.-C.. Elle débute sur la conquête des six états chinois issus de la chute de la dynastie Zhou par l'état de Qin, qui réunifie de facto la Chine. Le fondateur de la nouvelle dynastie est l'empereur Qin Shi Huang, considéré comme le premier empereur de l'histoire de la Chine. La force de cette dynastie repose en grande partie sur les réformes légistes que Shang Yang a mené au IVe siècle av. J.-C., durant la période des Royaumes combattants.
En supprimant le système féodal et récupérant de ce fait une immense force de travail, la dynastie Qin se donne les moyens de développer son commerce, son agriculture et son armée. De ce fait, le gouvernement peut lancer des projets ambitieux : initiation de la Grande Muraille de Chine, standardisation des monnaies, poids et mesures, instauration d'un nouveau système d'écriture. Toutefois, les Qin jouissent d'une mauvaise réputation suite à l'incident Incendie des livres et enterrement des érudits, qui vise à purger les traces des précédentes dynasties.
Malgré sa force militaire reposant sur les dernières évolutions en armement, transport et tactique, la dynastie Qin ne dure pas longtemps. À la mort de son premier empereur en 210 av. J.-C., son fils monte sur le trône avec le soutien de deux conseillers du précédent, qui souhaitent l'utiliser comme un pantin. La rivalité entre les deux hommes conduit à un affaiblissement de l'état et l'exécution des protagonistes. L'instabilité ainsi provoquée profite à un général Chu, qui fonde la dynastie Han en 206 av. J.-C.[note 1]. Malgré son règne court, la dynastie Qin influence ses successeurs, en particulier les Han. Le nom européen de la Chine est également dérivé de Qin.
Sommaire |
Histoire[modifier]
Origines et début du développement[modifier]
Au IXe siècle, Feizi, un descendant de l'ancien conseiller politique Gao Yao, contrôle la ville de Qin, sous l'égide de la dynastie Zhou. Sous le règne de Zhou Xiaowang, le huitième roi de la lignée, cette région prend le nom d'état de Qin. En 897, sous la régence de Gonghe, Qin devient un état soumis destiné à l'élevage des chevaux[1]. Par la suite, le duc Zhuang, descendant de Feizi obtient les faveurs de Zhou Pingwang, treizième roi de la lignée Zhou. En récompense, son fils, le Duc Xiang, est envoyé à l'Est comme commandant d'une expédition militaire, durant laquelle ce dernier établit officiellement l'état de Qin[2].
En 672, l'état de Qin mène une expédition militaire en Chine centrale. Mais il n'engage aucune conquête sérieuse, de peur des représailles des tribus voisines. Progressivement, l'état de Qin soumet et conquiert toutes ces tribus jusqu'à la fin du IVe siècle. Ceci marque le début de l'expansionnisme Qin[3].
Expansion[modifier]
Le seigneur Shang Yang, un politicien Qin, instaure un certain nombre de réformes militaires à partir de 361 jusqu'à sa mort en 338. Il contribue également à la construction de la capitale, Xianyang, en s'inspirant des autres capitales des Royaumes combattants[4].
Parmi les réformes de Yang, la plus importante est celle préconisant la philosophie du légisme, qui encourage les guerres pratiques et impitoyables[5]. Au contraire, durant la dynastie Zhou et la période des Royaumes combattants, la philosophie prédominante décrit la guerre comme une activité de gentilshommes. Les commandants militaires ont ainsi pour instruction de respecter ce qu'ils considèrent comme les lois du Ciel durant toute bataille[6]. Par exemple, durant la période des Royaumes combattants, le Duc Xian de Song[note 2] est en guerre contre l'état Qin. Il a l'opportunité d'attaquer les forces ennemies commandées par Zhu, alors que ces dernières sont vulnérables en traversant une rivière. Au lieu de cela, il attend qu'elles passent cet endroit délicat. Ceci permet à Zhu de rassembler leurs forces. Le Duc Xian de Song est sévèrement battu dans la bataille qui suit. Lorsque plus tard ses conseillers le réprimande pour cette courtoisie excessive, il rétorque : « Le sage ne frappe pas le faible, ni ne donne l'ordre d'attaquer avant que l'ennemi n'ai terminé de former ses rangs[6]. » Les Qin méprisent cette tradition militaire en tirant avantage de toutes les faiblesses de leurs adversaires. Un noble de l'état de Wei accuse son état rival d'être « avare, pervers, avide de profits et sans sincérité. Il ne connait rien des étiquettes, des relations correctes et de la conduite vertueuse, et s'il y a une opportunité de gain matériel, il va mépriser ses proches comme s'ils étaient des animaux[7]. » La base politique des Qin s'appuie en grande partie sur cette pensée légiste, combinée avec le talent de souverains sur de longues périodes, l'ouverture d'esprit qui permet d'utiliser les hommes de talent d'autres état et une faible opposition interne[8].
Un autre avantage des Qin réside dans son armée importante et efficiente[note 3] et ses généraux compétents. Ils utilisent les dernières améliorations en matière d'armement et de transport, un avantage qui manque à ses ennemis. Ces améliorations permettent une plus grande mobilité sur les différents types de terrains qui sont communs dans beaucoup de régions de Chine. De ce fait, aussu bien d'un point de idéologique que pratique, les Qin sont militairement supérieurs à leurs voisins[5].
De plus, l'empire Qin possède également un avantage géographique. Ses sols sont fertiles et les montagnes alentours en font une forteresse naturelle. Son agriculture développée permet de subvenir aux besoins de l'importante armée[8]. D'un point de vue logistique, les Qin construisent le canal de la rivière Wei en 246 pour améliorer l'approvisionnement des troupes en campagne[9].
Conquête des états rivaux[modifier]
Durant la période des Royaumes combattants précédant la dynastie Qin, les principaux états rivaux pour la domination de la Chine sont Yan, Zhao, Qi, Chu, Han, Wei et Qin. Leurs souverains s'attribuent le titre de roi, plutôt que les titres de noblesse qu'ils ont précédemment obtenus. Toutefois, aucun d'entre eux ne pense posséder le « Mandat du Ciel » comme les empereurs Zhou l'ont prétendu. Ils ne croient pas non plus avoir le droit d'offrir des sacrifices, contrairement aux Zhou[10].
Avant leurs conquêtes victorieuses aux IVe et IIIe siècles, les Qin subissent plusieurs échecs. Shang Yang est exécuté en 338 par le Roi Wu suite à l'exécution par Shang d'un jeune noble. Il existe également des conflits internes sur la succession des Qin en 307. De plus, une alliance constituée des autres états rivaux bat les Qin en 295. Peu de temps après, l'état de Zhao leur inflige une nouvelle défaite. Fan Sui, un homme d'état agressif, est nommé au poste de premier ministre, alors même que le problème de succession est résolu. Il commence alors une politique expansionniste pour tenter de conquérir les autres états[11].
Les Qin sont prompts dans leur assaut contre leurs rivaux. Ils attaquent en premier lieu Han, à l'Est, et prennent la ville de Yangdi en 230. Ils frappent ensuite au Nord. L'état de Zhao se rend en 228, peu avant l'état de Yan qui tombe en 226. Puis les armées Qin lancent des attaques à l'Est avant de poursuivre au Sud. La ville de Daliang (Kaifeng) dans l'état de Wei est capturée en 225 et les Chu sont contraints de se rendre en 223. Pour terminer, les restes de la dynastie Zhou à Luoyang sont déchus et Qi est conquis en 221[12].
Domination de la Chine[modifier]
En 221, les conquêtes des états rivaux sont terminées. Le Roi Zheng, qui est sur le trône de l'état de Qin depuis l'âge de 9 ans[13], devient le dirigeant effectif de la Chine réunifiée. Il renforce sa position de souverain unique suite à l'abdication de son premier ministre Lü Buwei. Il compile alors les titres des trois Augustes et des cinq Empereurs dans son nouveau nom de règne : Shi Huangdi (始皇帝), littéralement Premier empereur[14],[note 4]. Le nouvel empereur ordonne alors que toutes les armes qui n'appartiennent pas au gouvernement soient confisquées et fondues. Le métal ainsi récupéré est utilisé pour construire douze statues ornementales dans la nouvelle capitale des Qin, Xianyang[15].
En 214, Qin Shihuang sécurise ses frontières au Nord en y envoyant une partie (10 000 hommes) de son importante armée et la majeure partie restante (500 000) dans le Sud afin de conquérir les territoires des tribus du Sud. L'armée Qin n'est pas familière avec le terrain de jungle qui y règne et est donc défaite par la tactique de guérilla menée par ces adversaires. 100 000 hommes de l'arme Qin sont alors tués. Malgré la défaite, les Qin parviennent à construire un canal vers le Sud, qui permet de mieux approvisionner ses troupes pour la seconde attaque. Grâce à cela, les forces Qin conquièrent les côtes autour de Guangzhou et les provinces du Fuzhou et du Guilin. Elles frappent également plus au sud jusqu'à Hanoï. Après ces victoires, Qin Shihuang déplace plus de 100 000 prisonniers et exilés pour coloniser les nouvelles régions annexées. L'expansion vers le sud de l'empire est donc un succès[15].
Toutefois, même si l'empire parvient à plusieurs reprises à conquérir des terres au Nord, les Qin ne parviennent pas à les conserver très longtemps. Les tribus de ces contrées ne suivent pas les lois chinoises pendant la majorité de la dynastie[16]. Interdits de commerce avec les paysans Qin, la tribu des Xiongnu vit dans la région du désert d'Ordos au Nord-Ouest de la Chine. Elle mène des raids fréquents chez les Qin, ce qui force ces derniers à riposter. Après une campagne militaire menée par le général Meng Tian, la région est conquise en 215 et l'agriculture y est introduite. Toutefois, les paysans sont mécontents et finissent par se révolter. La dynastie suivante des Han parvient à conquérir la région d'Ordos grâce à son importante population, mais d'un appauvrissement en ressources. Owen Lattimore, un universitaire américain, écrit à propos des tentatives de ces deux dynasties de conquérir Ordos : « la conquête et l'expansion sont illusoires. Il n'existe aucune sorte de succès qui ne crée sa propre réaction[17]. » Cette assertion est en effet vraie pour les frontières des dynasties dans de nombreuses directions. Le Xinjiang, le Tibet, la Mandchourie, la Mongolie-Intérieure et les régions au Sud-Est sont des territoires étrangers pour les Qin. Même s'ils les contrôlent militairement, ces régions restent culturellement très différentes et supportent peu la domination chinoise[18].
Chute du pouvoir[modifier]
Qin Shihuang est victime de trois tentatives d'assassinat[19], ce qui le conduit à devenir paranoïaque et obsédé par l'immortalité. Il meurt en 210, au cours d'un voyage dans les contrées orientales de l'empire ayant pour objectif de ramener un élixir d'immortalité de magiciens taoïstes. Cet élixir est censé être bloqué sur une île gardée par un monstre marin. Le chef des eunuques, Zhao Gao, et le premier ministre, Li Si, cachent la nouvelle de ce décès pendant leur retour jusqu'à ce qu'ils mettent sur le trône le fils le plus docile de l'empereur, Huhai, qui prend le nom de Qin Er Shi[13]. Ils pensent pouvoir le manipuler à leurs propres fins et par conséquent prendre le contrôle de l'empire. Qin Er Shi est en effet incompétent et docile. Il exécute plusieurs ministres et princes impériaux, poursuit des projets massifs de constructions (un des plus extravagants projets est le laquage des murs de la ville), agrandit son armée, augmente les impôts et emprisonne les messagers qui lui apportent de mauvaises nouvelles. De ce fait, des hommes de toute la Chine se révoltent, attaquent des fonctionnaires, montent des armées et s'auto-déclarent rois des territoires saisis[20].
Pendant ce temps, Li Si et Zhao Gao se déchirent et le premier est exécuté. Zhao Gao décide de forcer Qin Er Shi à se suicider à cause de son incompétence. Profitant du vide de pouvoir, Ziying, un neveu de l'empereur, monte sur le trône et exécute immédiatement Zhao Gao[20]. Ziying, voyant que le mécontentement grandit dans le peuple et que de nombreux fonctionnaires locaux se sont proclamés rois, tente de s'accrocher à son trône en se déclarant lui même roi de tous les autres[21]. Il est miné par son ineptie et une révolte populaire éclate en 209. Lorsque les rebelles Chu sous les ordres de Liu Bang attaquent, un état en proie à de telles difficultés ne peut survivre. Ziying est battu près de la rivière Wei en 207 et se rend peu après. Il est exécuté par le dirigeant Chu, Xiang Yu. La capitale Qin est détruite la même année, ce qui marque la fin de l'empire Qin[22]. Liu Bang trahit et bat ensuite Xiang Yu, se proclamant empereur Gaozu[note 5] de la nouvelle dynastie Han[23]. Malgré la courte durée de cette dynastie Qin, celle-ci aura une influence importante sur l'organisation des dynasties futures.
Culture et société[modifier]
Vie quotidienne[modifier]
Quelle que soit la contrée de l'empire Qin, l'aristocratie partage la même culture et les mêmes habitudes de vie. Les différences de culture entre les régions sont considérées comme l'apanage des classes inférieures. Alors que cette pensée est enrayée sous les Zhou, elle ressurgit sous les Qin, pour aller dans le sens du gouvernement qui souhaite unifier complètement la Chine[24].
Les roturiers et villageois, qui représentent 90% de la population[25], quittent rarement leur village ou leur ferme natale. Il est possible d'exercer différents emplois selon les régions, même si l'agriculture reste la principale source d'emploi. Les professions sont héréditaires. Ainsi, le fils aîné d'une famille reprend l'emploi de son père à son décès[26]. Le Lüshi Chunqiu[note 6] référence tout le savoir faire pratique des professions de l'époque[27].
Les paysans sont bien souvent exclus de la littérature Qin. Les érudits et autres membres de l'élite préfèrent l'excitation des villes et l'attrait de la politique. toutefois, le légendaire Shennong, surnommé Père divin, enseigne la nécessité pour chaque ménage de cultiver sa propre nourriture : « Si le noble ne laboure pas, quelqu'un dans le monde aura faim. Si le noble ne tisse pas, quelqu'un dans le monde aura froid. » Les Qin encouragent ce comportement dans l'aristocratie. Une fois par an, les fonctionnaires sont contraints de participer au labourage d'un champ, afin de faire croire en l'intérêt du gouvernement pour l'agriculture[26].
Architecture[modifier]
L'architecture durant la période des Royaumes combattants et la dynastie Qin possède différentes caractéristiques. Les murs des villes, utilisés pour la défense sont généralement construits plus longs. Parfois des murs secondaires sont érigés pour séparer les différents districts. La versatilité est mise en avant dans les bâtiments d'état, afin de créer un sentiment d'autorité et pouvoir absolus. Des éléments architecturaux tels que de hautes tours, des portes, des terrasses et de hauts bâtiments sont construit pour véhiculer un peu plus ceci[28].
Philosophie et littérature[modifier]
La langue écrite des Qin est logographique, tout comme celle des Zhou[29]. Une des principales réussites du premier ministre Li Si est la standardisation du système d'écriture dans une taille et forme unique à travers tout le pays. Ceci a pour but d'unifier la culture chinoise pour des milliers d'années. Il est également à l'origine du style de calligraphie moindre-sceau (chinois : 小篆 ; pinyin : ), qui sert de base pour le Chinois moderne et est toujours utilisé dans les cartes, affiches et publicités[30].
Durant la période des Royaumes combattants, les Cent écoles de pensée regroupent les différentes philosophies développées par les érudits chinois. Toutefois, en 221, le premier empereur Qin conquiert tous les états rivaux et impose avec une unique philosophie, le légisme. Au moins une école de pensée, le moïsme est éradiquée, même si la raison de cela reste obscure. Bien que la philosophie de l'état et du moïsme soient assez similaires, il est possible que les moïstes aient été recherchés et tués par les armées impériales en raison d'activités paramilitaires[31].
L'école de pensée de Confucius, appelée confucianisme, est également influente durant la période des Royaumes combattants. Celle-ci possède un canon de littérature, les Six classiques : les Odes, les Documents, les Rituels, les Musiques, les Annales de printemps et d'automne et les Changements, qui incarnent la littérature chinoise à cette époque[32].
Durant la dynastie Qin, le confucianisme ainsi que d'autres philosophies non légistes sont supprimés par le Premier empereur. Le légisme dénonce le système féodal et prévoit des punitions sévères, en particulier lors de désobéissance à l'empereur. Les droits individuels sont piétinés lorsqu'ils entrent en conflit avec les souhaits du gouvernement ou du souverain. Les marchands et érudits sont considérés comme non-productifs et doivent être éliminés[33]. Une des mesures les plus drastiques permettant d'éradiquer les anciennes écoles de pensée est l'incident appelé Incendie des livres et enterrement des érudits, qui à lui seul donne une mauvaise réputation à la dynastie Qin[15]. Le Premier empereur, dans une tentative de consolidation de son pouvoir, ordonne de brûler tous les livres non légistes[34]. Ce décret est émis en 213 et stipule également que tous les érudits qui refusent de brûler leurs livres non légistes seront exécutés par enfouissement vivant[15]. Seuls les textes considérés comme productifs par les légistes sont conservés, la plupart sur des sujets pragmatiques comme l'agriculture, la divination et la médecine[34]. Toutefois, il existe une controverse à propos de cet incident. De nos jours, plusieurs sinologues estiment que l'enterrement des érudits comme décrit dans les textes ultérieurs n'est pas littéralement vrai, puisque le terme généralement employé peut avoir comme signification mettre à mort[35].
Gouvernement et armée[modifier]
Le gouvernement Qin est très bureaucratique et administré par une hiérarchie précise de fonctionnaires, tous servant l'empereur. Les Qin mettent en application les enseignements de Han Fei, permettant à l'empereur de contrôler tous ses territoires, y compris ses récentes conquêtes. Tous les aspects de la vie sont standardisés, des mesures et de la langue aux détails les plus pratiques, comme par exemple la longueur des essieux des charrues[14]. Zheng et ses conseillers introduisent également de nouvelles lois et pratiques qui mettent fin au féodalisme en Chine, remplacé par un gouvernement central bureaucratique. Sous ce système, le gouvernement et le pouvoir militaire prospèrent, puisque les talents individuels peuvent être plus facilement identifiés. Les dynasties chinoises suivantes essaient d'égaler le gouvernement Qin dans son efficience, bien que cette notion est condamnée par la philosophie confucéenne[14],[36]. Toutefois, un tel système peut être manipulé par des individus qui ont soif de pouvoir. Les Annales de la bureaucratie font référence à un tel cas. Un commandant, nommé Hu ordonne à ses hommes d'attaquer les paysans pour augmenter le nombre de bandits qu'il a exécuté. Ses supérieurs, tout aussi avides de gonfler leurs chiffres ont permis de tels agissements[37].
Qin Shihuang améliore également son armée, bien qu'elle a déjà subi d'importantes réformes[19]. L'armée utilise les armements les plus avancés de l'époque. L'invention de l'épée durant la période des Royaumes combattants est une grande avancée. Jusqu'alors principalement en bronze, les Qin utilisent des épées en fer, ce qui les rend plus solides. La demande croissante pour se métal est possible grâce à l'amélioration des soufflets, qui permettent d'en produire en plus grande quantité et de meilleure qualité. Les arbalètes apparaissent au Ve siècle et sont plus efficaces et puissantes que les anciens arcs. Elles peuvent de plus être rendues ineffectives en retirant deux broches, ce qui permet d'empêcher les ennemis de capturer des arbalètes en état de marche[6].
Les Qin améliorent également les méthodes de logistique et les tactiques. L'état de Zhao remplace pour la première fois les chariots par une cavalerie en 307, mais le changement est rapidement adopté par les autres états puisque ce moyen de transport permet d'être plus mobile sur le terrain de la Chine[38].
Le Premier empereur développe des plans pour fortifier sa frontière septentrionale, afin de se protéger des nomades mongols. Sont ainsi construits les prémices de ce qui deviendra la Grande Muraille de Chine. Les murs, construits par les seigneurs féodaux durant les dynasties précédentes pour répondre aux menaces venant du nord, sont raccordés et fortifiés. Un autre projet du règne de Qin Shihuang est l'armée de terre cuite censée protéger l'empereur après sa mort[19]. Celle-ci, enterrée, reste discrète pendant des milliers d'années, avant sa découverte en 1974[39].
Religion[modifier]
La croyance religieuse dominante durant le règne des Qin est le Shen (approximativement traduit par Esprits), le yin (ombres) et le royaume dans lequel les humains vivent. Les Chinois offrent des sacrifices (animaux uniquement, les sacrifices humains ont été abolis en Chine ancienne) pour tenter de contacter l'autre monde, qu'ils pensent exister en parallèle du monde terrestre. Les morts ont simplement voyagé d'un monde à l'autre. Les rituels mortuaires ont deux objectifs : assurer que le défunt voyage et reste dans l'autre monde et recevoir la bénédiction du royaume des esprits[40],[41].
Les pratiques religieuses sont généralement faites dans des temples et zones sacrées, qui contiennent des autels de sacrifices. Durant un sacrifice ou tout autre rituel, les sens de tous les participants et témoins sont émoussés et troublés par la fumée, l'encens et la musique. Le sacrificateur jeûne et médite avant un sacrifice pour troubler un peu plus ses sens et augmenter sa probabilité de compréhension des phénomènes de l'autre monde. Les autres participants sont préparés de façon similaire, mais moins rigoureuse.
Un tel trouble des sens est également important pour la pratique de spiritisme ou pour les médiums. Les praticiens entrent en transe ou dansent pour exécuter les tâches surnaturelles. Ces gens accumulent en général du pouvoir en exécutant cet art. Luan Da, un médium de la dynastie Han réussit ainsi à diriger plus de 2 000 ménages. L'historien de la dynastie Han Sima Qian méprise de telles pratiques, puisqu'il les décrit comme une supercherie ridicule[42].
La divination, pour prédire et/ou influencer le futur, est aussi une autre forme de pratique religieuse. Une ancienne tradition commune durant la dynastie Qin consiste à casser des os ou des carapaces de tortues pour prédire le futur. Les formes de divination utilisées au début de la Chine impériale sont diverses, mais reposent principalement sur l'observation des phénomènes naturels : comètes, éclipses et sécheresses sont considérés comme des présages de choses à venir[43].
Étymologie du mot Chine[modifier]
Le nom Qin (prononcé Tchine) est certainement un ancêtre étymologique du nom européen donné au pays, la Chine. Le mot a probablement circulé d'abord dans les langues indo-aryennes sous la dénommination 'Cina' ou 'Sina', puis dans les langues grecque et latine en 'Sinai' ou 'Thinai'. Le mot est ensuite transcrit en Anglais et en Français comme 'China' et 'Chine'. Cette étymologie est rejetée par certains universitaires qui suggèrent que 'Sina' en sanskrit est apparu bien avant la dynastie Qin. L'état de Jin (prononcé 'Djine'), un état contrôlé par la dynastie Zhou au VIIe siècle av. J.-C. est une origine étymologique également possible[44].
Voir aussi[modifier]
Notes[modifier]
- Le premier empereur Qin se vantait que sa dynastie durerait 10 000 générations, mais elle ne durera que 15 ans. (Morton 1995, p. 49)
- À ne pas confondre avec un quelconque duc de la dynastie Song, bien postérieure à cette époque.
- Cela est dû à l'importante force de travail disponible, suite à la mise en place des politiques sur les propriétaires terriens par Shang Yang, dont le détail est développé dans la section Culture et société.
- L'habitude chinoise de nos jours consiste à inclure les noms des dynasties dans les noms des empereurs, ce qui donne dans ce cas Qin Shihuangdi. Plus tard, son nom est abrégé en Qin Shihuang, car les noms chinois à quatre caractères sont très peu courants.
- Signifiant Grand progéniteur.
- Un texte qui tire son titre du nom de son mécène, Lü Buwei, premier ministre des Qin.
Références[modifier]
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Qin Dynasty » (voir la liste des auteurs)
- Lewis 2007, p. 17
- (en) Chinese surname history: Qin, sur People's Daily Online.
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- Lewis 2007, p. 88
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- Time-Life Books 1993, p. 86
- Kinney 2005, p. 10
- Lewis 2007, p. 18–19
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- Lewis 2007, p. 178
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Bibliographie[modifier]
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