Thèbes (Grèce)

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Thèbes
(el) Θήβα
Ruines de la Cadmée à Thèbes
Ruines de la Cadmée à Thèbes
Administration
Pays Drapeau de la Grèce Grèce
Périphérie Grèce-Centrale
District régional Béotie
Dème Thèbes
Démographie
Population 21 211 hab. (2001[1])
Géographie
Coordonnées 38° 19′ 00″ N 23° 19′ 00″ E / 38.316667, 23.316667 ()38° 19′ 00″ Nord 23° 19′ 00″ Est / 38.316667, 23.316667 ()  
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Thèbes

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Thèbes

Thèbes (en grec ancien Θῆϐαι / Thễbai, au pluriel, en grec moderne Θήβα / Thíva) est une ville grecque de Béotie, siège d'un dème.

Elle fut dans l'antiquité l'une des principales cités de Grèce, et était liée à de très nombreux mythes antiques.

Démographie[modifier | modifier le code]

La ville comptait 21 211 habitants en 2001, et 37 524 pour l'ensemble de la municipalité[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Antiquité[modifier | modifier le code]

Statère thébain au bouclier et au cratère.Date : c. 360 AC. Nom de l'atelier/ville : Thèbes. Le bouclier béotien se rencontre aussi dans d'autres villes de Béotie, en revanche le vase du revers n'apparaît surtout qu'à Orchomène, détruite par Thèbes en 364 avant J.-C. Le cratère est un grand vase largement ouvert qui servait pour les repas et les sacrifices et où le vin et l'eau étaient mélangés. Avec une grande cuillère (cyalthus), on remplissait les coupes. Ce type de vase avec deux grandes anses porte aussi le nom de diota (qui a deux oreilles), à cause de la forme des anses.

La position centrale de Thèbes, dans une région dépourvue de relief en faisait le croisement naturel des routes qui reliaient le golfe de Corinthe et l’Attique à la Grèce centrale et à l’Eubée : d’où son importance économique et militaire.

La ville fut fondée à l'âge du Bronze et a livré des vestiges de l'époque mycénienne, des armes, de l'ivoire et des tablettes d’écritures.

Les périodes archaïque et classique furent marquées par une rivalité avec Athènes, notamment lors de l'affaire de Platées. Vers 519, Thèbes s’attaque à Platées, qu’il cherchait à dépouiller de son indépendance (cette ville faisait partie d’une ligue distincte à laquelle se rattachaient les  bourgades agricoles). Elle n’acceptait pas l’hégémonie Thébaine et se tournait vers Athènes. Platées cherchait d’abord à obtenir l’aide d’une armée lacédémonienne qui placée sous les ordres de Cléomène Ier se trouvait alors dans la région, mais arguant de la longue distance qui séparait la Béotie de Lacédémone les spartiates conseillèrent aux platéens de solliciter plutôt l’appui d’Athènes, plus proche de leur territoire et plus a même de les défendre. La sauvegarde de l’indépendance platéenne devant fortifier la sécurité d’Athènes, car en cas de victoire de Thèbes, les frontières de son territoire se seraient rapprochées de l'Attique. Un arrangement pacifique s’entrevoit, des Corinthiens qui se trouvaient sur les lieux interviennent et furent pris pour arbitre par les deux parties et délimitèrent les territoires. Cela donnait satisfaction aux platéens sans amoindrir Thèbes, mais les ambitions de cette dernière subissent un échec. Loin de s’incliner devant l’arbitrage auquel ils avaient consentis ils s’attaquèrent aux athéniens mais la riposte athénienne fut victorieuse. Platée garda son territoire et il fut même agrandi grâce à cette victoire d’Athènes.

Vers 506, Thèbes alliée aux béotiens et aux spartiates subit à Euripe une nouvelle défaite face à Athènes.

Lors des guerres médiques, Thèbes s'attire l'hostilité des autres Grecs en s'alliant aux Perses menés par Xerxès Ier.

Au cours de la guerre du Péloponnèse elle s'allie à Sparte contre Athènes et fait preuve de cruauté envers les Platéens (la ville est rasée en 427)

Au IV° siècle, elle s'allie à Athènes, Corinthe et Argos contre Sparte au cours de la guerre de Corinthe (396-388). Le traité d'Antalcidas (ou koiné eiréne) est signé en 387 avant J-C, mettant ainsi un terme à la guerre.

En 382 elle est prise par surprise par un commando spartiate qui l'occupe jusqu'en 379.

De 379 à 374 Thèbes résiste aux assauts de Sparte et la chasse alors de Béotie.

De 374 à 371 elle soumet toute la Béotie aux prix d'exactions certaines : destruction de Platées, Tanagra et de Thespies.

De 371 (bataille de Leuctres) à 362 (mort d'Epaminondas) Thèbes connait son apogée : c'est l'hégémonie thébaine. En 370 elle est la première cité à envahir et piller le territoire de Sparte dans l'histoire. Elle libère la Messénie, refonde la cité de Messène, relève la ville de Mantinée et fonde la cité de Mégalopolis. De 366 à 364 elle trouble l'hégémonie d'Athènes sur la mer Egée en lançant une flotte de 100 navires. Malheureusement pour elle, cette aventure s'arrête avec la mort de son plus brillant général (Epaminondas) mort à la victoire de Mantinée (362). Le deuxième meilleur général de Thèbes (Pélopidas) était mort deux ans plus tôt.

Battue à Chéronée (338) avec Athènes par Philippe II, elle se révolta en 335 à la mort de ce dernier et fut alors détruite par Alexandre.

Elle fut reconstruite en 316 par Cassandre. Malgré cela, Thèbes ne retrouvera jamais sa place dominante en Béotie.

En 293, Démétrios Ier Poliorcète assiège Thèbes. La ville retrouve son indépendance en 287.

Périodes récentes[modifier | modifier le code]

Dème de Thèbes suite à la réforme Kallikratis (2010)

À partir du IXe siècle, Thèbes connut une nouvelle période d'apogée. Elle devint le siège du stratégos de Grèce centrale.

En 1040, elle fut ravagée par les Bulgares, puis prise par les Normands en 1146. Roger de Sicile y fit prendre des soyeux qu'il amena avec lui à Corfou et en Sicile introduisant ainsi en Occident l'industrie de la soie.

En 1205, elle échut à Boniface de Montferrat qui la céda à Othon de la Roche. Thèbes devint alors capitale du Duché d'Athènes.

Du temps de la Grèce ottomane, Thèbes fut supplantée par sa voisine Livadia.

Mythologie[modifier | modifier le code]

Fondations[modifier | modifier le code]

Cadmée[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cadmos.

Selon la légende, Zeus tomba un jour amoureux d’Europe, fille du roi phénicien Agénor et de la reine Téléphassa. Pour éviter la jalousie de son épouse, Héra, Zeus prit l’apparence d’un taureau blanc, puis enleva Europe et l’emmena jusqu’en Crète. Agénor envoya alors ses fils à sa recherche, avec ordre de ne pas revenir avant de l’avoir retrouvée. Téléphassa elle-même les accompagna.

Après un long et vain périple qui l’avait conduit à Rhodes et en Thrace, l’un des fils, Cadmos arriva en Phocide. Il se rendit à Delphes pour demander conseil à la Pythie. Celle-ci lui ordonna de renoncer à ses recherches, de suivre la première vache qu’il rencontrerait et de fonder une ville là où elle s’arrêterait. Cadmos obéit, et la vache le mena jusqu’en Béotie. Cadmos décida alors de la sacrifier à Athéna. Il envoya plusieurs de ses compagnons chercher de l’eau pour le sacrifice, mais un dragon les massacra presque tous. Cadmos, furieux, le combattit et le tua. Athéna lui apparut alors, et lui conseilla de semer les dents du dragon. À l’endroit où il sema les dents, des hommes armés surgirent de terre. On les appela Spartes en raison de la manière dont ils avaient été créés. Cadmos, surpris de leur apparition, leur jeta une pierre, et chacun croyant que la pierre avait été lancée par un des autres, ils s’entre-tuèrent. Seuls cinq survécurent  : Échion, Udéos, Chthonios, Hypérénor, et Péloros. Cadmos fonda avec eux une ville du nom de Cadmée, là où ne se trouvaient auparavant que quelques bourgs épars.

Thèbes[modifier | modifier le code]

Bien des années plus tard, Amphion et Zéthos tuèrent leur oncle Lycos, le régent de la cité, et prirent le pouvoir. Ils bâtirent alors une autre ville, en dessous de la Cadmée, et ils fortifièrent le tout en érigeant autour un rempart percé de sept portes. Ils nommèrent cette deuxième ville Thèbes, en l'honneur de Thébé, une nymphe, fille du dieu fleuve Asopos qui coulait près de la cité. La légende veut que pour bâtir le mur, Zéthos soulevait péniblement les pierres, alors qu'Amphion les soulevait sans peine, uniquement grâce au son de sa lyre.

Mythes associés[modifier | modifier le code]

Évènements[modifier | modifier le code]

  • Suite aux crimes d’Œdipe (meurtre de son père et mariage incestueux avec sa mère), une épidémie de peste s’abattit sur la ville. Lorsqu'on demanda conseil au devin Tirésias, celui-ci annonça que pour libérer la ville de l’épidémie, un descendant des Spartes devait se sacrifier. Ménécée se jeta alors du haut des remparts.
  • Au cours de la Guerre des sept chefs, Polynice attaqua la ville avec ses alliés pour récupérer le trône détenu par son frère Étéocle. L’attaque s’acheva par la mort de tous les attaquants, hormis Adraste qui réussit à fuir grâce à la rapidité de son cheval, Arion.
  • Les Épigones, fils des sept chefs, attaquèrent la ville des années plus tard pour venger leurs pères. Ils prirent la ville, tuèrent Laodamas, fils d’Étéocle, et mirent Thersandre, fils de Polynice sur le trône.
  • Thersandre, roi de Thèbes à l’époque de la Guerre de Troie fut tué par Télèphe, roi de Mysie, lorsque les Grecs attaquèrent par erreur la Mysie en croyant qu’il s’agissait de la Troade. Son fils Tisamène n’étant pas en âge de gouverner, la régence fut confiée à Pénélée qui fut tué en Troade par Eurypyle fils de Téléphe.

Personnages[modifier | modifier le code]

  • Actéon, petit-fils de Cadmos, qui fut mangé par ses propres chiens.
  • Sémélé, fille de Cadmos, qui fut séduite par Zeus et qui engendra Dionysos.
  • Les frères Nyctée et Lycos, qui furent régents de la ville.
  • Les jumeaux Amphion et Zéthos, qui fondèrent la deuxième partie de la ville.
  • Héraclès y naquit, son père Amphitryon s’étant réfugié à Thèbes après avoir été exilé ; suite à une victoire contre les Myniens, Créon lui donne sa fille aînée, Mégara.
  • Œdipe, qui délivra la ville du Sphinx, tua son père Laïos, et épousa sa mère Jocaste.

Monstres[modifier | modifier le code]

  • Le Sphinx, qui dévorait tous ceux qui ne trouvaient pas la solution à son énigme.
  • Le Renard de Teumesse, qui dévorait chaque mois un enfant thébain.

Rois légendaires de Thèbes[modifier | modifier le code]

  • Cadmos, fondateur de la cité
  • Penthée, petit-fils du précédent, il écarte son oncle du pouvoir et devient roi
  • Polydore, oncle du précédent, il devient roi à la mort de celui-ci
  • Nyctée, beau-père du précédent, il devient régent à la mort de Polydore
  • Lycos, frère de Nyctée, qui lui confie la régence
  • Labdacos, fils de Polydore, il accède au trône une fois adulte
  • Lycos, à nouveau régent à la mort de Labdacos
  • Amphion et Zéthos, petit-fils de Nyctée et fils de Zeus, ils tuent Lycos et prennent le pouvoir
  • Laïos, fils de Labdacos, il est chassé de Thèbes par les précédents et récupère le trône à leur mort
  • Créon, beau-frère du précédent, il récupère le trône à sa mort
  • Œdipe, fils de Laïos, il ignore son ascendance et devient roi pour avoir débarrassé la ville du Sphinx
  • Étéocle, fils du précédent
  • Créon, devient régent à la mort d’Étéocle et de son frère Polynice
  • Laodamas, fils d'Étéocle, il devient roi une fois adulte
  • Thersandre, cousin du précédent, il attaque la ville et prend le pouvoir
  • Pénélée, devient régent à la mort de Thersandre
  • Tisamène, fils de Thersandre, il devient roi une fois adulte
  • Autésion, fils du précédent
  • Damasichthon, petit-fils de Pénélée, il devient roi après le départ d’Autésion
  • Ptolémée, fils du précédent
  • Xanthos, fils du précédent ; à sa mort, les Thébains abandonnèrent le système monarchique

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b 23 820 hab. au total dans le dème de Thèbes (el) « Δείτε τη Διοικητική Διαίρεση » (Recensement de 2001, Ministère de l'intérieur)

Thèbes de Béotie : Des origines à la conquête romaine. Paul Cloché

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Francis Vian, Les Origines de Thèbes : Cadmos et les Spartes, C. Klincksieck, coll. « Études et commentaires », Paris, 1963.