Göbekli Tepe

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Göbekli Tepe
Vue générale du site.
Vue générale du site.
Localisation
Pays Drapeau de la Turquie Turquie
Province Şanlıurfa
Coordonnées 37° 13′ 23″ N 38° 55′ 21″ E / 37.223003, 38.922364 ()37° 13′ 23″ Nord 38° 55′ 21″ Est / 37.223003, 38.922364 ()  
Altitude 760 m

Géolocalisation sur la carte : Turquie

(Voir situation sur carte : Turquie)
Göbekli Tepe
Göbekli Tepe

Göbekli Tepe[note 1] ou Portasar[note 2] est un site archéologique des débuts du Néolithique (plus précisément Néolithique précéramique A) ou de la fin du Mésolithique. Il est situé au sud-est de l’Anatolie, région de l’actuelle Turquie, près de la frontière avec la Syrie. Au sud-ouest se trouve la ville de Şanlıurfa.

Le toponyme turc Göbekli Tepe se traduit en français par « la colline au nombril », en référence à sa forme. Sur ce site repose le plus ancien temple de pierre jamais découvert (datation estimée entre 11 500 et 10 000 avant notre ère[1]). Il aurait fallu plusieurs centaines d’hommes pour le construire et les travaux auraient duré de trois à cinq siècles. La civilisation mégalithique à l’origine de ce site est encore très mal connue.

Göbekli Tepe est le plus ancien exemple répertorié d'architecture monumentale.

Le temple aurait été abandonné en 8000 av. J.-C., et le site volontairement enfoui au Néolithique précéramique B.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le site est une colline artificielle haute de 15 mètres pour un diamètre de 300 mètres, située à une vingtaine de kilomètres au nord-est de la ville de Şanlıurfa (aussi appelée Urfa, en Turquie, anciennement Edessa ou Orhay ou Erekh[2]). Cette colline est située sur le point culminant d'une montagne allongée. Le sommet de cette colline est un point d'observation qui domine la région : on peut y voir les monts Taurus et Karacadağ au nord et à l'est, et, au sud, la vallée de Harran qui s'étend jusqu'en Syrie. Seule la vue ouest est restreinte par les montagnes avoisinantes. La zone exploitée par l'homme serait de 300 à 500 m2 selon les estimations.

Historique moderne du site[modifier | modifier le code]

Göbekli Tepe fut enregistré en tant que site archéologique en 1963 dans le cadre de recherches turco-américaines. Une équipe d'archéologues américains, dont Peter Benedict, remarqua plusieurs collines étranges recouvertes de milliers de silex cassés, ce qui est un signe certain d'activité humaine. Mais les scientifiques n'eurent pas le temps ou les finances pour procéder à des fouilles.

Trois décennies plus tard, un berger de la région aperçut un groupe de pierres aux formes étranges sortant du sol poussiéreux. La « redécouverte » du site parvint aux oreilles des conservateurs du musée de la ville de Şanlıurfa, à cinquante kilomètres. Les responsables du musée contactèrent le ministère approprié, qui, en retour, se mit en relation avec l'Institut archéologique allemand à Istanbul.

Fouilles[modifier | modifier le code]

Le chantier de fouilles

Le site fut donc l'objet de fouilles à partir de 1995, année durant laquelle le Musée de Şanlıurfa et l'Institut archéologique allemand (DAI, Berlin) commencèrent la fouille du site. Klaus Schmidt dirigea le chantier archéologique depuis le début. En 2006, les fouilles dépendaient de l'Université de Heidelberg, l'Université de Karlsruhe, associée, s'occupant du référencement des artéfacts découverts.

Le temple[modifier | modifier le code]

Les archéologues ont alors mis au jour un sanctuaire monumental, parmi les plus anciens connus en Occident, devançant d'environ 70 siècles les plus anciennes pyramides égyptiennes. Le temple en lui-même est une colline artificielle, aux murs faits de pierres sèches non sculptées. Chaque pièce est une construction mégalithique ronde. À ce jour, quatre enceintes dessinées par d'énormes piliers de calcaire pesant plus de 10 tonnes ont été dégagées. Selon Klaus Schmidt, « elles symbolisent des assemblées humaines, et les pierres levées, disposées en cercle, représentent des personnages stylisés ». Certains indices nous laissent à penser que beaucoup de choses restent à découvrir. Au vu de la façon dont sont sculptées les pierres, la pierre était probablement extraite avec des pioches en pierre.

Il y a quelques années, Klaus Schmidt et son équipe découvrirent une pierre en forme de T, à moitié extraite d'un lit de pierre à chaux, à un kilomètre du site. Cette énorme pierre mesure 9 mètres de long et était apparemment destinée à rejoindre les autres piliers de Göbekli. « La pierre est fendue, elle a donc dû se casser », explique Schmidt, « lorsque cela est arrivé les constructeurs l'ont probablement abandonnée pour en commencer une autre. »

Tout cela suggère qu'il y a peut-être d'autres pierres de cette hauteur qui n'ont pas encore été découvertes. Les analyses géomagnétiques des montagnes artificielles de Göbekli Tepe indiquent d'ailleurs qu'au moins 250 pierres supplémentaires seraient encore enfouies dans le sol.

À ce jour, quarante pierres monumentales en forme de T et atteignant 3 mètres de haut ont été sorties de terre, la plupart gravées. Sur certains piliers, on peut voir de nombreux animaux finement représentés (serpents, canards, grues, taureaux, renards, lions, sangliers, vaches, scorpions, fourmis). Certaines de ces gravures ont été volontairement effacées, peut-être en préparation d'autres représentations.

Sculptures[modifier | modifier le code]

Il y a aussi des sculptures isolées semblant être des représentations de sanglier, de renard, de tatous ou des oies, des animaux non indigènes à la région. Vu qu'elles sont faites d'argile, et particulièrement craquelées, il est difficile de le déterminer. Des statues de même type ont été trouvées à Nevali Cori et Nahal Hemar. Les ateliers de sculpture ayant créé ces statues seraient situés sur le plateau lui-même, des piliers non terminés ayant été trouvés in situ. Des cuvettes en forme de bol dans la roche argileuse ont été trouvées, technique peut-être déjà utilisée pour faire de la sculpture et du mortier argileux, dans l'Épipaléolithique.

Il y a aussi des formes phalliques et des motifs géométriques dans la roche, dont la datation est inconnue. Ils sont à rapprocher des cultures sumérienne et Mésopotamienne, ainsi que des sites d'Asie mineure et d'Égypte de la même époque, comme Byblos, Nemrik, Helwan et Tell Aswad.

Pratiques religieuses[modifier | modifier le code]

Se basant sur les importantes représentations d'animaux, Schmidt indique qu'il doit s'agir d'une culture shamanique à rapprocher de la culture sumérienne et mésopotamienne. La présence de gravures de points décoratifs et de motifs géométriques, fréquents dans ces cultures, semblerait corroborer cette hypothèse. On trouve des motifs utilisant des points comme à Byblos, beaucoup de motifs identiques à Nemrik, Helwan et Aswad. On peut donc supposer des pratiques rituelles proches.

Au début des années 1990, le préhistorien Jacques Cauvin avança la thèse que le développement de la religiosité a poussé les hommes à se regrouper pour vivre et célébrer les rites en société. Göbekli pourrait lui donner raison.

Göbekli Tepe et les débuts de l'agriculture[modifier | modifier le code]

GobeklitepeHeykel.jpg

Ce site de Göbekli Tepe montre notamment que l'humanité disposait, à une époque pré-agricole, de moyens suffisants pour mettre en place un lieu de culte imposant, idée qui contredit l'hypothèse que l'agriculture aurait précédé toute érection de constructions importantes. C'est probablement l'œuvre d'une tribu de chasseur-cueilleurs.

Schmidt spécule sur le fait que le site ait joué un rôle majeur dans la transition à l'agriculture ; il suppose que l'organisation sociale nécessaire à la création de ces bâtiments a favorisé une exploitation organisée du blé.

Göbekli Tepe répond peut être également à la question : « Pourquoi l'homme n'a-t-il pas inventé l'agriculture avant ? ». Des recherches annoncent que les débuts de l'agriculture furent associés à une baisse de la qualité alimentaire[3].

Ce ne fut que lorsqu'on créa des « potagers religieux » pionniers pour raison religieuse, que les sélections et techniques de plantations s'améliorèrent, permettant l'émergence d'une agriculture nourricière. Ce « grand bond en avant » religieux ne serait apparu qu'en 10000 av. J.-C., en Anatolie[3].

Göbekli Tepe est situé dans la région de Turquie appartenant au Croissant fertile. Cette région est probablement le lieu d'origine de l'engrain (variante du blé), première céréale utilisée par l'homme.

Cela dit, aucune trace de plantes ou d'animaux domestiqués n'a été trouvée. On n'a pas non plus retrouvé d'habitations durables, en pierre. Ainsi donc, cette transition reste encore aujourd'hui une hypothèse. Pourtant, on a retrouvé, ensevelis à 4 m de profondeur, c'est-à-dire datant de la même période que les temples, des outils, comme des racloirs, des pointes de flèches, des os d'animaux (gazelles, lièvres), des graines sauvages et du bois carbonisé. Cela prouve avec les silex retrouvés, une présence humaine durable. Cela conforte l'idée que les hommes de Göbekli se nourrissaient de gibiers, de plantes et de fruits qu'ils cueillaient et chassaient, sans être éleveurs ou fermiers.

Enfouissement[modifier | modifier le code]

« Toutefois », selon Klaus Schmidt, « une chose étrange s'est produite vers 8000 ans av. J.-C., pendant la transition vers l'agriculture : Göbekli Tepe a été enterrée délibérément, et non pas par une coulée de boue. Pour des raisons inconnues, les bâtisseurs ont décidé d'enterrer le site. La terre que nous retirons sur les pierres a été placée ici par l'homme. Toutes ces collines sont artificielles. »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. en turc
  2. en arménien

Références[modifier | modifier le code]

  1. « On a retrouvé Eden (Göbekli Tepe) », sur Imaginascience
  2. J. B. Segal, Edessa, 'the blessed city', Gorgias Press LLC,‎ 2005, 308 p. (ISBN 9781593331931, résumé, lire en ligne)
  3. a et b Tom Cox, « Do these mysterious stones mark the site of the Garden of Eden ? »

Annexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Badisches Landesmuseum Karlsruhe (Hrsg.), Die ältesten Monumente der Menschheit. Vor 12.000 Jahren in Anatolien, Begleitbuch zur Ausstellung im Badischen Landesmuseum vom 20. Januar bis zum 17. Juni 2007. Theiss, Stuttgart 2007, (ISBN 978-3-8062-2072-8).
  • MediaCultura (Hrsg.), Die ältesten Monumente der Menschheit. Vor 12.000 Jahren in Anatolien. DVD-ROM. Theiss, Stuttgart 2007, (ISBN 978-3-8062-2090-2).
  • David Lewis-Williams et David Pearce, « An Accidental revolution? Early Neolithic religion and economic change », Minerva, 17 #4 (July/August, 2006), pp. 29-31.
  • K. Pustovoytov, « Weathering rinds at exposed surfaces of limestone at Göbekli Tepe », Neo-lithics, 2000, 24-26 (14C-Dates).
  • K. Schmidt, Sie bauten die ersten Tempel. Das rätselhafte Heiligtum der Steinzeitjäger, Munich, C. H. Beck Verlag, 2006, (ISBN 3-406-53500-3).
  • K. Schmidt, « Göbekli Tepe and the rock art of the Near East », TÜBA-AR 3 (2000) 1-14.
  • Klaus Schmidt, Sie bauten die ersten Tempel. Das rätselhafte Heiligtum der Steinzeitjäger. München, 2006, (ISBN 3-406-53500-3).
  • Klaus-Dieter Linsmeier, Klaus Schmidt, « Ein anatolisches Stonehenge », in Spektrum der Wissenschaft – Spezial, Heidelberg, Spektrum-Verl., 2003, 2, pp. 10-15, (ISBN 3-936278-35-0), (ISSN 0943-7996).
  • Klaus Schmidt, « Göbekli Tepe, Southeastern Turkey. A preliminary Report on the 1995–1999 Excavations », in Paléorient, 2000, vol. 26, no 1, pp. 45-54, (ISSN 0513-9345) [1].
  • Klaus Schmidt, « Frühneolithische Tempel. Ein Forschungsbericht zum präkeramischen Neolithikum Obermesopotamiens », in Mitteilungen der deutschen Orient-Gesellschaft, Berlin 130, 1998, 17–49, (ISSN 0342-118X).
  • K. Pustovoytov, « Weathering rinds at exposed surfaces of limestone at Göbekli Tepe », in Neo-lithics ex Oriente, Berlin, 2000, 24–26 (14C-Dates).
  • Klaus-Dieter Linsmeier, « Eine Revolution im großen Stil. Interview mit Klaus Schmidt », in Abenteuer Archäologie. Kulturen, Menschen, Monumente, Heidelberg, Spektrum der Wissenschaft Verl.-Ges., 2006,2, (ISSN 1612-9954).
  • J. E. Walkowitz, « Quantensprünge der Archäologie », in Varia neolithica, IV, 2006, (ISBN 3-937517-43-X).