Sumer

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Situation du Pays de Sumer

Sumer est une région de la Mésopotamie antique (actuel Irak), située à son extrême sud, une vaste plaine comblée par le Tigre et l'Euphrate, bordant le golfe Persique. Ce terme désigne également une civilisation, celles des Sumériens, le peuple qui occupe cette région à la fin du IVe millénaire av. J.‑C. et durant le IIIe millénaire av. J.‑C. Cette période couvre plusieurs phases majeures de l'histoire de la Mésopotamie du Sud : la période d'Uruk finale (v. 3400-3100 av. J.-C.), la période des dynasties archaïques (v. 2900-2340 av. J.-C.), l'empire d'Akkad (v. 2340-2190 av. J.-C.) et la troisième dynastie d'Ur (v. 2112-2004 av. J.-C.). Les synthèses récentes sur Sumer ont du reste tendance à couvrir toute l'histoire de la Basse Mésopotamie de ces périodes, sans s'arrêter au pays sumérien stricto sensu.

Ayant été complètement oubliée après les débuts de notre ère, la civilisation de Sumer a été redécouverte durant la seconde moitié du XIXe siècle grâce aux fouilles de sites archéologiques du Sud mésopotamien, dont l'exploration s'est poursuivie par la suite, jusqu'à connaître un arrêt en raison des troubles politiques affectant l'Irak à partir des années 1990. En plus des redécouvertes architecturales et artistiques qui furent à plusieurs reprises remarquables, les fouilles ont permis la découverte de dizaines de milliers de tablettes inscrites en écriture cunéiforme, qui est la plus ancienne documentation écrite connue avec celle de l’Égypte antique. Sumer est donc l'une des plus anciennes civilisations historiques connues, ayant participé à la mise au point de ce système d'écriture durant les derniers siècles du IVe millénaire av. J.‑C. Elle se caractérise par l'usage d'une langue, le sumérien, qui n'appartient à aucune famille de langues connue.

Statuette d'un bouquetin se nourrissant des feuilles d'un arbuste, retrouvée dans les tombes royales d'Ur, v. 2500 av. J.-C., British Museum.

À la suite de l'analyse de cette documentation, cette civilisation s'est vite révélée être déterminante dans l'élaboration des civilisations antiques, en premier lieu celle de la Mésopotamie. Même s'ils n'en ont sans doute pas été les seuls acteurs, les Sumériens ont joué un rôle déterminant dans la mise en place de cette civilisation, participant à de nombreuses innovations en plus de l'écriture : apparition des premiers États avec leurs institutions et administrations complexes, des premières sociétés urbaines, développements de différentes techniques dans des domaines variés comme l'agriculture, la construction, la métallurgie, les échanges, mise en place de systèmes de numération qui ont influencé les cultures postérieures.

Conditions d'étude[modifier | modifier le code]

La redécouverte du sumérien[modifier | modifier le code]

Jules Oppert (1825-1905), un des déchiffreurs du cunéiforme et un des principaux artisans de la redécouverte du sumérien.

Si le souvenir des Assyriens et des Babyloniens avait été préservé grâce aux textes bibliques et grecs antiques, les Sumériens avaient été depuis longtemps effacés de l'histoire quand les premières fouilles de sites de la Mésopotamie antique débutèrent durant la première moitié du XIXe siècle. Elles portèrent sur des sites présentant avant tout des niveaux du Ier millénaire, qui plus est situés en Assyrie, donc en dehors de l'ancien pays de Sumer. Ce n'est que quelques décennies plus tard que les archéologues tournèrent leur effort vers les sites du Sud, pour y rechercher les débuts de la civilisation mésopotamienne.

La recherche des origines de « la » civilisation habitait nombre de chercheurs à cette période, et le déchiffrement des tablettes assyriennes avait déjà incité certains à émettre des théories sur l'existence d'un peuple plus ancien que ceux connus alors. Les textes cunéiformes comportaient en effet, aux côtés des signes phonétiques akkadiens, langue appartenant au groupe sémitique donc assez aisée à comprendre pour ces érudits, des signes caractérisés d'« idéographiques », dont la transcription phonétique révélait une langue qui n'avait rien de connu. Les premiers déchiffreurs cherchèrent sans succès à la rattacher à une langue précise, et tâtonnèrent avant de lui trouver un nom : Henry Rawlinson et Edward Hincks penchèrent d'abord pour « akkadien », Akkad n'étant pas encore identifié comme un pays sémitique, avant que Jules Oppert ne mette en évidence le fait qu'il fallait plutôt la rattacher au terme akkadien Šumerum. Il la qualifia donc de « sumérien », et les recherches suivantes lui donnèrent raison. Encore fallut-il admettre qu'il s'agissait bien d'une langue qui avait été parlée : certains comme Joseph Halévy proposèrent au contraire que c'était d'une langue artificielle n'ayant jamais eu d'usage autre que dans le monde fermé des prêtres assyriens. Il s'agissait pourtant bien d'une langue qui avait eu de nombreux locuteurs, ces idéogrammes étant des termes sumériens conservés dans les textes en akkadien pour en faciliter l'écriture, vestiges des plus anciens temps de l'écriture, quand le sumérien était dominant[1],[2].

Les partisans de la théorie selon laquelle il s'agissait bien d'une ancienne langue eurent finalement gain de cause vers 1900. Avec la mise au jour le site de Tello, l'antique cité sumérienne de Girsu, une moisson de textes écrits uniquement en sumérien furent accessibles aux chercheurs. Il incomba à François Thureau-Dangin d'en publier les premières traductions (dans ses Inscriptions de Sumer et d’Akkad, 1905), marquant ainsi une étape décisive dans la compréhension du sumérien. Celle-ci progressa ensuite grâce à la rédaction des premières grammaires visant à décrire cette langue par Friedrich Delitzsch en 1914 puis Arno Poebel en 1923[2].

Les fouilles archéologiques[modifier | modifier le code]

Photographie aérienne du quartier sacré d'Ur durant des fouilles britanniques, en 1927.
Ruines du site de Tell Jokha, l'antique Umma, où ont eu lieu de nombreuses fouilles clandestines visibles par les fosses qu'elles ont laissé.

L'exploration des sites de l'époque sumérienne commencèrent donc par les premiers coups de pioche portés sur les tells de Tello en 1877 par l'équipe réunie par Ernest de Sarzec, alors consul français de Bassorah. Les nombreuses tablettes administratives et les textes commémoratifs qu'il mit au jour dans des conditions de travail très difficiles permirent de fournir une première documentation en grande quantité aux pionniers du déchiffrement du sumérien. Les fouilles américaines de l'ancienne cité de Nippur, entamées en 1889, apportèrent de la documentation supplémentaire en sumérien, notamment de nombreuses tablettes scolaires permettant d'approcher le milieu lettré sumérien. Par la suite des chantiers s'ouvrirent sur d'autres sites sumériens : Bismaya (l'antique Adab), Fara (Shuruppak), puis de plus gros morceaux, Warka (Uruk), où des équipes allemandes commencèrent à fouiller à partir de 1912 puis de façon plus régulière après 1928 et Ur où les équipes anglaises de Leonard Woolley furent actives à partir de 1922, tout en fouillant brièvement le site voisin d'el-Obeid ; les travaux de de Sarzec à Tello furent poursuivis avec de nombreuses interruptions par d'autres fouilleurs jusqu'en 1933. La connaissance de Sumer progressa donc rapidement. Les chantiers d'Uruk offrirent l'opportunité de remonter aux origines des États du Sud mésopotamien et de l'écriture ; ceux d'Ur furent marqués par la plus spectaculaire des découvertes archéologiques accomplies sur un site sumérien, celle des tombes royales. Dans les années 1930, les équipes de l'Oriental Institute de Chicago procédèrent à la fouille de sites situés dans la région du cours de la Diyala où ils identifièrent des sites apparentés à la civilisation sumérienne, bien que situés hors du pays de Sumer, Khafadje et Tell Asmar. Il est impossible de passer sous silence l'un des aspects les plus regrettables des fouilles de cette période par les détériorations causées sur les édifices mais pourtant très important pour son apport épigraphique : la récurrence de fouilles clandestines sur des sites où les équipes d'archéologues sont absentes, comme Tello entre les périodes d'exploration régulière, Tell Jokha (Umma), Drehem (Puzrish-Dagan) et d'autres[3].

Après 1945, de nouveaux sites furent explorés : Abu Shahrein (Eridu) où fut exhumé le plus ancien monument connu du sud mésopotamien, Tell Uqair, Abu Salabikh, Tell Senkereh (Larsa), et Tell el-Oueilli où une équipe française conduite par Jean-Louis Huot découvrit le plus ancien village sumérien connu. Les prospections au sol menées par Robert McCormick Adams appuyé par d'autres chercheurs ont permis de mieux connaître l'histoire du peuplement du sud mésopotamien[3]. Les tourments politiques qu'a connus l'Irak depuis le début des années 1990 ont mis fin à l'exploration suivie des sites sumériens, et les fouilles clandestines qui ont pu s'y dérouler ont aggravé l'état de conservation des monuments de plusieurs d'entre eux. Parce qu'elles ont cessé au moment où les études archéologiques commençaient à s'étoffer du point de vue technique et méthodologique avec l'arrivée de nouveaux champs d'étude (archéozoologie, palynologie, etc.), ces fouilles n'ont que rarement porté sur la vie quotidienne des gens du commun. Elles documentent donc en grande partie la vie des quartiers monumentaux, quelques zones résidentielles et quasiment aucun site rural. Le seul champ de la recherche archéologique qui a pu être ouvert récemment est celui s'appuyant sur l'imagerie satellite[4].

L'étude des sources épigraphiques[modifier | modifier le code]

Une tablette juridique : contrat de vente d'un champ et d'une maison, Shuruppak, v. 2600 av. J.-C. Musée du Louvre.

Les dizaines de milliers de textes cunéiformes mis au jour, dont une partie n'a toujours pas été publiée ou analysée, sont de types très variés : la majorité sont des tablettes administratives issues de la gestion des domaines institutionnels sumériens, d'autres sont de type juridique (actes de vente, de prêt, compte-rendus de procès, quelques recueils de lois, etc.), commémoratifs (inscriptions royales, textes historiographiques), religieux (rituels de divination, d'exorcisme, hymnes religieux, etc.), épiques et mythologiques ou encore sapientiaux (proverbes, fables, conseils de sagesse, etc.)[5].

Leur étude a conduit à l'apparition d'un champ de la recherche spécialisé sur la civilisation sumérienne, abordant différents aspects de la civilisation sumérienne : histoire politique et militaire, économie, structures sociales, littérature, croyances et pratiques religieuses, etc. Les premiers temps de la recherche furent très marqués par des axes comme la traduction des textes mythologiques, notamment dans l'optique de trouver des parallèles voire des antécédents à la Bible[6], la nature ethnique de la « race » sumérienne, ou dans le domaine économique et social la question de la « cité-temple » (en gros l'interprétation des premières sociétés sumériennes comme des théocraties dominées par les temples)[7] ou celle de l’« État hydraulique » (l’État mésopotamien serait issu de la nécessité de mettre en place un système despotique coordonnant l'irrigation)[8]. Les thématiques ont changé depuis : reflux des problématiques raciales même si la question de l'origine des Sumériens reste posée, analyse de la littérature sumérienne en premier lieu pour elle-même, prise en compte de la complexité des situations économiques et sociales des différents États sumériens et rejet des théories globalisantes, relativisation du rôle pionnier de la civilisation sumérienne au Moyen-Orient avec la découverte du royaume d'Ebla en Syrie qui prouva qu'il y avait des États archaïques contemporains de ceux de Sumer dans les régions voisines, etc.[9]

Plusieurs projets collaboratifs ont vu le jour sur Internet dans le but de permettre au plus grand nombre d'avoir accès aux textes sumériens : The Electronic Texts Corpus of Sumerian Literature (ETCSL) de l'Université d'Oxford proposant des transcriptions et traductions de textes littéraires sumériens[10] et son complément The Diachronic Corpus of Sumerian Literature (DCSL) proposant un classement diachronique des mêmes textes[11] ; The Database of Neo-Sumerian Texts (BDTNS) du Centro de Ciencias Humanas y Sociales de Madrid fournissant une base de données des textes de l'époque d'Ur III[12] ; plus largement le site Cuneiform Digital Library Initiative de l'UCLA donne accès aux copies de textes exhumés sur des sites de la Mésopotamie antique, dont ceux de Sumer[13] ; enfin, The Pennsylvania Sumerian Dictionary (PSD) est quant à lui un projet de dictionnaire sumérien-anglais[14].

Définitions : Sumer, sumérien et Sumériens[modifier | modifier le code]

La terminologie employée par les historiens reprend en partie des termes qu'ils rencontrent dans les textes antiques. Sumer est issu du terme akkadien Šumerum, correspondant au sumérien KI.ENGI (« pays autochtone » ?), qui désignait une région couvrant la partie sud de la Mésopotamie, souvent en opposition à la région qui la bordait au nord, le pays d'Akkad, Akkadum en akkadien et KI.URI en sumérien, peuplé majoritairement de Sémites, les « Akkadiens », locuteurs de l'akkadien. La langue sumérienne était également évoquée dans les textes, EME.GI7 (quelque chose comme « langue autochtone ») en sumérien. Les historiens en ont ensuite tiré le terme « Sumériens » pour qualifier le peuple vivant dans cette région et parlant cette langue[15].

Les sites principaux de Basse Mésopotamie durant la période sumérienne.
Un pays

Le pays de Sumer était, durant le IIIe millénaire, une région d'environ 30 000 km² située au sud du delta mésopotamien formé par le Tigre et l'Euphrate. Sa limite septentrionale était située autour de la cité de Nippur, à la charnière entre les pays de Sumer et d'Akkad. Au sud, sa limite est le golfe Persique, qui remontait alors bien plus au nord que de nos jours[16], à peu près sur une ligne allant d'Eridu jusqu'au sud du territoire de Lagash. À l'ouest s'étend le vaste désert syro-arabe, au nord la Haute Mésopotamie, et à l'est s'élèvent les premiers contreforts des montagnes iraniennes, dans le pays qui était alors connu sous le nom d'Élam, désigné comme la contrée « élevée » (NIM) dans les textes sumériens archaïques. Sumer était dominé par plusieurs cités importantes : Ur, Uruk, Eridu, Girsu, Lagash, Shuruppak, Adab, Umma, Zabalam, Nippur. Il s'agit d'un territoire dont le climat était comme de nos jours de type aride, au relief extrêmement plat. Les cours d'eau constituaient les principaux marqueurs topographiques naturels. Les espaces humides et marécageux, très nombreux, étaient un autre élément essentiel de l'environnement des villes sumériennes, contrastant avec les marges désertiques[17].

Une langue

La langue sumérienne est un isolat linguistique, donc une langue qui a résisté à toute tentative de lui trouver une parenté avec d'autres idiomes, et ce n'est pas faute d'avoir cherché. Sa connaissance a bien progressé à la suite des efforts répétés de plusieurs chercheurs, mais de nombreuses zones d'ombres restent, justement parce qu'il est impossible de l'éclairer par comparaison à une autre langue parente comme cela a été possible pour l'akkadien, qui appartient au groupe sémitique encore bien représenté de nos jours (arabe, hébreu). La reconstitution de la phonologie du sumérien reste donc encore très mal établie, même si sa grammaire et son vocabulaire sont relativement bien connus grâce à des textes et même de véritables lexiques bilingues sumérien-akkadien rédigés par les scribes mésopotamiens. D'ailleurs, les échanges entre ces deux langues furent très nombreux, preuve supplémentaire de la symbiose entre Sémites et Sumériens dès les plus hautes époques. Le sumérien cessa sans doute d'être parlé autour de 2000 avant notre ère (la période exacte est débattue), mais resta employé comme langue liturgique et littéraire durant les époques ultérieures, comme ce fut le cas du latin dans l'Europe médiévale et moderne[18].

Dessin d'un « Sumérien » d'après les conceptions raciales du début du XXe siècle, par E. Wallcousins pour l'ouvrage Myths of Babylonia and Assyria de D. MacKenzie (1915).
Un peuple ?

Quant au peuple Sumérien, sa nature est très discutée. Les historiens de la fin du XIXe siècle et de la première moitié du XXe siècle, marqués par les problématiques raciales qui avaient cours en leur temps, cherchèrent à identifier les caractères d'une « race sumérienne ». Ils avaient par exemple recours à l'analyse de l'apparence des Sumériens représentés dans l'art : selon leurs conclusions, ils auraient eu l'habitude de raser leurs cheveux et leur barbe à la différence des Sémites chevelus et barbus. Les méthodes de l'anthropologie physique furent mobiliser pour chercher à distinguer les formes des crânes des Sumériens et de leurs voisins Sémites. Ces recherches furent vaines, comme Thorkild Jacobsen le mit judicieusement en avant dans un article déterminant en 1939 : les anciens habitants du Sud mésopotamien ne se voyaient pas sous le prisme racial ou ethnique[19].

Quand on parle désormais de « Sumériens », il s'agit des gens qui parlaient le sumérien dans leur vie courante, et sans doute pas grand-chose de plus. Il reste cependant assez difficile de savoir si le fait que le sumérien était la langue majoritairement écrite dans une ville à une certaine période signifie systématiquement que les gens s'exprimaient dans cette langue dans leur vie courante. Un autre moyen d'identifier les locuteurs du sumérien est d'étudier leurs noms, car les gens du Sud mésopotamien du IIIe millénaire avaient en majorité ou bien un nom en sumérien ou bien un nom en akkadien. Les études montrent bien que le pays de Sumer était celui où les textes écrits en sumérien étaient très majoritaires, de même que les gens ayant un nom en sumérien, même s'il comprenait des éléments Sémites et que des Sumériens semblaient bien présents plus au nord en pays où la population sémite dominait, notamment dans la région de la Diyala. L'idée de l'existence de tensions entre les deux à certaines périodes est généralement rejetée par les historiens puisqu'ils ne considèrent pas qu'il s'agisse de deux groupes distincts mais de populations vivant en symbiose, même si certains la défendent encore[20].

De ce fait, les études sur Sumer ne se limitent que très rarement à ce cadre strict et le débordent pour traiter également de groupes de populations ne parlant pas sumérien, préférant prendre pour cadre la civilisation du Sud mésopotamien au IIIe millénaire av. J.‑C. dans toute sa complexité[21].

Histoire[modifier | modifier le code]

L'histoire de Sumer couvre plusieurs périodes successives :

L'histoire politique est avant tout bien connue à partir de 2400 av. J.-C., car la documentation est trop limitée pour les périodes postérieures. Il reste néanmoins impossible de répondre à de nombreuses questions sur l'enchaînement des événements observés et leur datation, qui reste très approximative.

Origines et premiers États[modifier | modifier le code]

Articles connexes : Période d'Obeïd et Période d'Uruk.
Ruines du tell principal d'Abu Shahrein, l'antique Eridu, le plus ancien groupe monumental du pays de Sumer à avoir été mis au jour.
L'« expansion urukéenne » : les sites du « centre » situés en Basse Mésopotamie exercent une forte influence sur leurs « périphéries » situées en Haute Mésopotamie, Syrie et Iran durant les derniers siècles du IVe millénaire av. J.‑C.

Les plus anciennes traces de peuplement en Basse Mésopotamie remontent à la seconde moitié du VIIe millénaire av. J.‑C., et sont attestées sur le site de Tell el-Oueilli. Celui-ci présente les premiers développements de la culture de la période d'Obeid, divisée habituellement en cinq phases s'étendant en gros sur le VIe millénaire av. J.‑C. et le Ve millénaire av. J.‑C. Le site le plus important connu pour cette période est Eridu, où ont été dégagés plusieurs niveaux successifs d'un édifice monumental. Cette période verrait l'apparition de chefferies dominant des communautés d'agriculteurs et pratiquant des échanges à longue distance, quoi qu'encore limités[22].

Durant la période d'Uruk (IVe millénaire av. J.‑C.), surtout sa phase finale (v. 3400-3100 av. J.-C.), l'évolution de la société entraîna l'apparition des premiers États et des premières villes. Les monuments dégagés à Uruk illustrent la richesse et la créativité de la Basse Mésopotamie de cette période, qui exerça un rayonnement important sur les régions voisines et peut-être une première forme d'impérialisme (l'« expansion urukéenne »). L'écriture apparut durant les derniers siècles de la période d'Uruk[23],[24].

En l'état actuel des choses, il est impossible d'établir avec certitude quel rôle ont eu les Sumériens dans ces sociétés. La documentation archéologique ne permet pas d'attribuer ces phases à un groupe ethnique, et il n'y a pas de consensus pour savoir si les premiers textes écrits comportent bien des traces de sumérien. L'origine des Sumériens fait donc l'objet de deux approches opposées :

  • Le premier type d'hypothèse fait venir les Sumériens d'une région voisine de la Basse Mésopotamie ; ils seraient donc un élément extérieur à celle-ci, et ne participeraient pas forcément aux premières périodes de développement des sociétés du delta mésopotamien. Plusieurs propositions sont alors avancées pour savoir quand les Sumériens seraient arrivés dans la région : ils pourraient être présents dès la période d'Obeid, parmi d'autres groupes de populations dont certains seraient antérieurs (un « substrat pré-sumérien » qui se retrouverait dans certains toponymes non explicables par le sumérien), ou bien seulement au début du IIIe millénaire av. J.‑C., quand les textes contiennent sans ambiguïté possible des éléments grammaticaux en sumérien[25].
  • Le second type d'hypothèse situe l'ethnogenèse des Sumériens dans la Basse Mésopotamie des débuts de la période d'Obeid : les différentes communautés hétérogènes de la plaine deltaïque auraient progressivement fusionné pour former un groupe ethnique, les Sumériens[26].

Quoi qu'il en soit il est généralement admis que les Sumériens étaient déjà présents en Basse Mésopotamie durant la période d'Uruk. Ils feraient alors partie (voire seraient l'élément moteur) des créateurs des premiers États, des premières villes, de la première forme d'écriture et des entreprises de colonisation dans les pays voisins durant la période d'Uruk. Mais il faut selon toute vraisemblance admettre que la Basse Mésopotamie était déjà une société polyglotte et donc pluri-ethnique dans laquelle les éléments sumériens, sémites et autres vivaient en symbiose.

Les dynasties archaïques : le temps des cités-États[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période des dynasties archaïques.
Une attestation des conflits entre cités-États sumériennes à l'époque des dynasties archaïques : la Stèle des vautours montrant l'armée de Lagash triomphant des troupes d'Umma. Vers 2450 av. J.-C., musée du Louvre.

La période d'Uruk s'achèva vers la fin du IVe millénaire av. J.‑C., quand débuta la brève période de Djemdet Nasr (v. 3100-2900 av. J.-C.). L'influence mésopotamienne à l'extérieur connut alors un reflux, et des changements sociaux semblent s'être produits, ce que reflèterait notamment la plus grande concentration de l'habitat sur les sites urbains. Mais les capacités des institutions restaient fortes, comme l'attestent les constructions d'Uruk à cette période. Les causes de ces changements restent inconnues (facteurs internes, migrations ?)[27].

S'ouvrit ensuite la période des dynasties archaïques (DA, v. 2900-2340 av. J.-C.), divisée classiquement en trois périodes : DA I (2900-2750 av. J.-C.), DA II (2750-2600 av. J.-C.) et DA III (2600-2340 av. J.-C.)[28]. C'est pour cette période que les textes présentent sans doute possible des termes sumériens, et qu'apparut pour la première fois le terme « Sumer » (KI.EN.GI). L'extrême sud de la Mésopotamie était alors occupé par plusieurs cités-États sumériennes : Uruk, Ur, Lagash (avec sa capitale Girsu), Umma, Adab, Nippur, Shuruppak[29]. Plus au nord s'étendaient des États dominés par des Sémites, Kish et Akshak ; ces populations étaient peut-être nouvellement arrivées dans la région, depuis la Haute Mésopotamie et la Syrie où elles étaient alors majoritaires comme le montrent les tablettes contemporaines d'Ebla et de Tell Beydar. La vallée de la Diyala était peut-être peuplée quant à elle majoritairement de Sumériens[30].

La documentation ne permet pas de connaître l'histoire politique de cette période, en dehors de quelques événements ponctuels attestés par des inscriptions royales du DA III, provenant en premier lieu de Lagash. La tradition mésopotamienne postérieure rapporta les noms de rois semi-légendaires qui ont peut-être effectivement vécu vers le DA II ou le début du DA III, comme Gilgamesh à Uruk, Enmebaragesi à Kish, ou Lugal-Ane-mundu à Adab, mais il est impossible de prouver cela. Le DA III (surtout le XXIVe siècle av. J.-C.) vit des conflits épisodiques entre les différents royaumes, marqués par l'hégémonie temporaire de certains souverains (Eanatum de Lagash, Enshakushana d'Uruk), avant l'émergence de Lugal-zagesi, venu d'Umma et régnant à Uruk, qui unifia la Basse Mésopotamie[31].

L'empire d'Akkad[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Empire d'Akkad.
Étendue approximative de l'empire d'Akkad sous le règne de Naram-Sin.

La période des cités-États s'achèva par leur unification vers 2350-2340 av. J.-C. par Lugal-zagesi puis par son vainqueur Sargon d'Akkad, venu de Kish, donc d'un pays sémite (qu'on peut désormais qualifier d'« akkadien »). Ce grand conquérant fonda ce qui est considéré comme le premier empire, l'empire d'Akkad, exerçant sa domination sur toute la Mésopotamie. Ses successeurs, en particulier son petit-fils Naram-Sîn, poursuivirent son entreprise en étendant ses conquêtes vers la Syrie et le plateau Iranien et en procédant à des réformes administratives visant à unifier les territoires qu'ils dominaient. Cela n'alla pas sans heurts, puisque les rois d'Akkad durent faire face à plusieurs révoltes, provenant parfois du cœur de leur empire (Kish, Ur, Uruk, etc.)[32].

Les rapports entre la nouvelle élite dominante, à majorité akkadienne, et les Sumériens désormais plus indépendants politiquement, sont débattus : certains chercheurs estiment qu'il y a eu une forme d'opposition à base ethnique, mais les arguments en ce sens restent ténus. La séparation entre le nord et le sud de la Basse Mésopotamie, les pays d'Akkad et de Sumer, se reflète en tout cas dans le domaine ethnique, et sans doute aussi social et culturel, même si elle ne généra pas forcément des tensions de type ethnique[33]. Les anciennes cités-États sumériennes étaient devenues des provinces dans l'empire, dont elles étaient le pilier de la prospérité économique grâce à leurs grands domaines qui avaient été placés sous la coupe des gouverneurs servant les rois d'Akkad[34].

La période « néo-sumérienne » et la troisième dynastie d'Ur[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Troisième dynastie d'Ur.
Statue de Gudea de Lagash, v. 2120 av. J.-C., musée du Louvre.
L'extension approximative de l'empire de la troisième dynastie d'Ur sous le règne de Shulgi.

L'empire d'Akkad s'effondra un peu après 2200 av. J.-C., pour des raisons encore mal déterminées : des troubles en Haute Mésopotamie et dans le Zagros avaient peut-être affaibli le royaume, qui connut un processus de fragmentation qui atteint finalement la Basse Mésopotamie. La tradition mésopotamienne rapportait que le coup de grâce fut porté à Akkad par un peuple « barbare » venu des montagnes de l'Est, les Gutis. Ceux-ci ne purent en tout cas jamais pu dominer tout Sumer et Akkad, où émergèrent de nouvelles dynasties indépendantes, surtout connues par le cas de Lagash où la nouvelle lignée de rois était dominée par la figure de Gudea, qui patronna de nombreuses rénovations de temples et des œuvres d'arts. Vers la même période se produisit l'ascension du roi Utu-hegal d'Uruk, qui aurait soumis les Gutis. Il fut ensuite supplanté par un certain Ur-Nammu, sans doute son frère, qui établit une nouvelle dynastie à Ur, la troisième dynastie d'Ur. Ce roi et son fils et successeur Shulgi constituèrent dans les premières décennies du XXIe siècle av. J.-C. un puissant empire qui domina la Mésopotamie et la frange occidentale du plateau Iranien[35]. La réorganisation administrative qui eut alors lieu aboutit pendant quelques années à la mise en place d'un système souvent qualifié de « bureaucratique », dans lequel l'administration impériale tenta d'exercer un contrôle poussé des ressources matérielles et humaines à sa disposition. Elle a produit des dizaines de milliers de tablettes administratives qui font de cette période la mieux documentée de l'histoire sumérienne[36].

Le fait que la domination des rois d'Akkad fut suivie de l'essor de dynasties issues des cités sumériennes (Lagash, Uruk, Ur) prospères économiquement et produisant de remarquables réalisations artistiques et architecturales (statues de Gudea, ziggurats, etc.) et littéraires (en sumérien) a fait que la fin du IIIe millénaire av. J.‑C. a parfois été caractérisée comme une « renaissance sumérienne », réaction à l'indépendance acquise face aux Akkadiens. En réalité, pas plus que pour la période précédente on ne peut suivre une grille de lecture suivant une opposition ethnique entre Sumériens et Akkadiens, qui participaient à une même civilisation[37].

La fin de Sumer et des Sumériens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Période d'Isin-Larsa.

La troisième dynastie d'Ur s'effondra vers 2004 av. J.-C. après une période de crise et de fragmentation politique, à la suite d'une offensive menée par les Élamites. Cette chute profita en fait à des personnages d'origine amorrite, populations sémites venues manifestement de Syrie, qui installèrent des dynasties dans différentes villes de Sumer et d'Akkad, les deux plus puissantes étant celles d'Isin et de Larsa. Durant les deux premiers siècles du IIe millénaire av. J.‑C., le sumérien était assurément devenu une langue morte. Il l'était peut-être dès la période de la troisième dynastie d'Ur, mais cela est débattu. Il apparaît en tout cas que durant les XXe siècle av. J.-C. et XIXe siècle av. J.-C. le sumérien fut de plus en plus traité comme une langue étrangère par les scribes mésopotamiens, devenu une langue liturgique de prestige et non plus usuelle[38].

Les grandes villes du pays de Sumer (en premier lieu Nippur et Ur) restèrent les conservatoires de cette langue, et c'est de cette période que datent la majorité des sources documentant la littérature en langue sumérienne[39]. Ces villes semblent avoir conservé une identité propre, qui ressortit encore au début de la période de domination de la première dynastie de Babylone (au XVIIIe siècle av. J.-C.) quand elles participèrent à des révoltes qui précédèrent une crise grave voyant leur abandon pour quelques siècles. Les élites lettrées des villes de Sumer migrèrent alors dans plusieurs cités du pays d'Akkad où elles poursuivirent leurs traditions[40]. Quand les villes désertées se repeuplèrent dans la seconde moitié du IIe millénaire av. J.‑C. sous la dynastie kassite de Babylone, il n'y avait plus de pays de Sumer ou de Sumériens.

La société sumérienne[modifier | modifier le code]

Structures politiques, administratives et économiques[modifier | modifier le code]

Détail de l'étendard d'Ur : le souverain assis sur son trône dirige un banquet.
Détail d'une reconstitution possible de la Stèle d'Ur-Nammu : le roi effectue des libations face au dieu Nanna assis sur son trône. Période d'Ur III.
Galet portant une inscription commémorative du roi En-anatum Ier de Lagash célébrant la construction d'un temple. British Museum.
Des monarchies

Les États sumériens avaient à leur tête un monarque, souvent désigné par le terme LUGAL (« grand homme »), même si une pluralité de titres aux sens originels discutés sont attestés pour la période des dynasties archaïques (ENSI à Lagash, EN à Uruk, etc.)[41]. En tout état de cause, ils n'impliquent pas de grandes variations dans la fonction royale, du moins pour les époques correctement documentées. L'idéologie royale sumérienne et ses évolutions sont bien connues grâce aux nombreuses inscriptions royales exhumées lors des fouilles de nombreux sites. Classiquement, le roi sumérien était vu comme le représentant terrestre des dieux, en premier lieu le roi des dieux Enlil, mais aussi la divinité tutélaire de leur royaume comme Ningirsu à Lagash, voire d'autres divinités aux attributs royaux comme Inanna. Suivant les conceptions sumériennes, dans les temps antédiluviens la royauté était « descendue du ciel », c'est-à-dire du monde divin, et était transmise depuis aux plus méritants suivant les volontés des dieux. La royauté sumérienne avait donc un caractère sacré, le souverain étant amené à diriger lui-même des cérémonies religieuses, même s'il semble ne jamais avoir été un « roi-prêtre », figure théocratique postulée par certains chercheurs pour les périodes les plus anciennes. Situé à la charnière du monde divin et du monde humain, le roi était le premier pourvoyeur du culte divin, et entreprenait les chantiers de construction ou de restauration des plus grands sanctuaires. Quand la figure royale devint auréolée de la gloire de la domination universelle, celle des « quatre rives de la terre », c'est-à-dire tout le monde connu, sous les empires d'Akkad et d'Ur III, le souverain devint une figure divine, devant le nom duquel on fait figurer le déterminatif de la divinité dans les inscriptions officielles, et il reçut un culte. Il était alors présenté comme un personnage remarquable, beau, sage et puissant, dont on chantait les louanges dans des hymnes[42].

Chef du royaume qui est conçu comme son propre patrimoine, le roi dirigeait tout ce qui le concernait. D'abord l'administration du territoire, que ce soient les provinces ou les différents grands domaines dépendant des temples et des palais dont il désignait les administrateurs. Il rendait la justice dans les affaires les plus importantes car il était le garant de l'équité dans son domaine, comme le proclament les textes des « réformes » d'Urukagina et le Code d'Ur-Nammu. Il était également un chef de guerre, même si tous les souverains n'ont sans doute pas mené leurs troupes au combat[42].

Le roi résidait dans un palais (É.GAL, littéralement « grande maison ») d'où il dirigeait le royaume. Ces édifices sont très mal connus par l'archéologie. Cela vient du fait que peu de sites présentant des monuments candidats à ce statut soient connus, mais aussi parce qu'il est difficile d'en repérer parmi le corpus connu car les architectes des époques anciennes de la Mésopotamie ne semblent pas avoir développé de caractéristiques architecturales spécifiques à ce type d'édifice comme ce fut le cas à partir du IIe millénaire (notamment la présence d'une salle du trône). De fait, les seuls édifices considérés couramment comme des palais ne présentent pas vraiment de traits similaires autre que leur grande taille et leur plan est mal connu : pour information, il s'agit en pays sumérien des édifices palatiaux se succédant sur le tell nord d'Eridu, du « Bâtiment en pisé » d'Uruk voire de l'É.HUR.SAG d'Ur ; plus au nord, le « palais K » et le « palais P » de Kish et le « palais nord » d'Eshnunna[43].

Administration et nature du pouvoir
Tablette provenant d'Uruk et datée de la période d'Uruk III (c. 3200-3000 av. J.-C.) enregistrant des distributions de bière depuis les magasins d'une institution[44]. British Museum.
« Badge » en argile d'identification d'un officier de Lagash « [affecté au] bastion du mur d'enceinte », sous le règne d'Urukagina, v. 2350 av. J.-C. Musée du Louvre.

Dans l'exercice de sa fonction, le monarque s'appuyait sur son entourage proche, en premier lieu les membres de sa famille, la reine, les princes et les princesses. Plus largement tout un groupe de fidèles occupait les fonctions de la haute administration. Le royaume était conçu en quelque sorte comme son « patrimoine », dans lequel les relations d'homme-à-homme entre le roi et ses serviteurs étaient les plus importantes, plus que l'organisation institutionnelle[45].

Dans ce contexte, les attributions des serviteurs de l’État n'avaient jamais fait l'objet d'une définition rigide. Le souverain était couramment secondé par une sorte de « premier ministre » ou « vizir » (SUKKAL.MAH à Lagash et Ur III) et d'autres ministres aux titres divers. Les royaumes étaient divisés en provinces ayant à leur tête des gouverneurs. Au niveau local, il semble que des collèges d'Anciens (AB.BA) aient joué un rôle important. Les agents du roi pouvaient avoir des fonctions que l'on qualifierait d'administratives, de judiciaires et de militaires, et le cumul de titres était courant : un détenteur d'une haute charge de l'administration centrale pouvait diriger une voire plusieurs provinces, rendre la justice, conduire des troupes au combat, prendre part à des cérémonies religieuses ou même faire restaurer des sanctuaires locaux. Cela n'a pas empêché la présence de spécialistes des affaires judiciaires, les « juges » (DI.KU) ou d'une hiérarchie militaire, importante notamment dans les empires d'Akkad et d'Ur III qui disposaient de provinces militaires périphériques contrôlées par des garnisons[46].

Les cités-États étaient administrées dans un cadre géographique restreint assurant la proximité entre le pouvoir central et l'administration locale, avec un système économique et social qui resta vivace durant toute l'histoire sumérienne. La constitution d'un cadre politique plus vaste dans les deux « empires » d'Akkad et d'Ur, transformant les cités-États en provinces, n'empêcha pas ces dernières de conserver leurs traditions et leur administration propres, en dépit des velléités centralisatrices de ces deux États qui tentèrent à plusieurs reprises d'imposer une organisation à leur échelle (en particulier avec le système de redistribution des ressources entre les provinces sous Ur III)[47]. Cette inertie pourrait expliquer pourquoi les deux empires se divisèrent rapidement dès qu'ils s'affaiblirent[48].

Le rôle des « maisons »

La société et l'économie sumérienne étaient organisées autour de domaines que les anciens Mésopotamiens concevaient suivant la métaphore de la maisonnée : il s'agissait de « maisons » (sumérien É), entendues non seulement comme un élément architectural, mais aussi comme des familles, des lignages, un ensemble de propriétés, placées sous l'autorité d'un chef, qui pouvait être le dieu dans le cas des temples, mais aussi le roi directement (le palais) ou des pères de famille (surtout des notables) dans le cas des domaines « privés » ; elles différaient plus par leur taille que leur nature[49]. Les limites entre ces maisonnées ne sont du reste pas toujours claires à tracer en raison des nombreuses interactions qui existaient entre elles[50].

La majorité des archives sumériennes de nature économique proviennent de temples. En effet, en plus d'être des centres de culte, les sanctuaires étaient des unités économiques de premier plan : ils possédaient de nombreuses terres agricoles, des troupeaux, des ateliers, commanditaient des expéditions commerciales[51]. Ils disposaient d'une administration très hiérarchisée : ils ont à leur tête une sorte d'intendant, d'archivistes, de responsables des domaines agricoles, greniers, étables et autres unités de production, de scribes et de contremaîtres, encadrant une foule de travailleurs employés à plein temps ou occasionnellement. Leurs ressources étaient utilisées pour les besoins du culte, mais aussi redistribuées aux cadres de l'institution et aux travailleurs sous forme de rations et de concessions de revenus des terres. Sans doute que la majorité des activités et des individus gravitaient autour de ces institutions, même si on ne pourra jamais en mesurer la part exacte. À la suite de ce constat, les premières tentatives d'analyse globale de la société de Sumer avaient même imaginé que les temples la contrôlaient totalement : c'est la thèse de la « cité-temple »[7]. Cette théorie n'a pas résisté à l'analyse détaillée de la documentation disponible : d'autres types de domaines sont apparus dans les sources, comme ceux dépendant des palais, et il s'est avéré que les temples étaient eux-mêmes au service du pouvoir royal, qui restait en dernier lieu l'autorité suprême[52].

Aux côtés de ces domaines institutionnels, il y avait également des domaines « privés », dont les maîtres menaient dans une certaine mesure des activités pour leur propre compte, comme l'atteste l'existence de transactions privées sur des terres ou des esclaves depuis le début du IIIe millénaire. Mais ils restent très peu documentés en comparaison avec les maisons des dieux aux côtés desquelles ils jouaient sans doute un rôle économique secondaire[53].

Hiérarchie sociale[modifier | modifier le code]

Statue en position d'orant de Kur-lil, dignitaire du royaume d'Uruk vers le milieu du IIIe millénaire av. J.‑C., retrouvée à el-Obeid, British Museum.

Les textes Sumériens présentaient l'humanité comme un tout, désignée par l'expression « Têtes noires ». Mais ils révélaient aussi les inégalités sociales, pour les dénoncer : c'est ce que fit le premier le souverain Urukagina de Lagash, dont une série d'inscriptions condamne les abus des plus riches sur les plus faibles. Il ne s'agissait cependant pas comme un phénomène vu comme normal, mais plutôt d'une anomalie qu'il importait de corriger pour restaurer une situation idéale. La documentation textuelle comme archéologique (notamment les sépultures) est pourtant sans ambiguïté sur la présence d'inégalités dans le pays de Sumer. Depuis les débuts de l’État et de l'urbanisation durant la fin de la période d'Uruk elles s'étaient même creusées[54].

Les élites sociales

Le souverain occupait assurément la position la plus élevée dans la société, concentrant autour de lui pouvoir et richesses. Sa famille profitait de cela, puisque les reines et les princes et princesses disposaient de domaines importants et de positions privilégiées dans la hiérarchie administrative et religieuse ; il était ainsi courant que des fils et filles de roi deviennent grand-prêtres de sanctuaires majeurs du pays sumérien. La famille royale constituait donc le sommet du monde des élites sumériennes. Venaient ensuite ceux qui des positions privilégiées dans l'administration des royaumes et des temples, comme les charges de ministres, d'administrateurs de temple. Cela leur donnait accès aux richesses des grands domaines institutionnels, en premier lieu leurs terres qui leur étaient souvent concédées en guise de rémunération contre leur fonction officielle, mais aussi des distributions de divers biens. Ce groupe des élites reposait sur les chefs des familles les plus riches, qui dirigeaient les affaires de leur groupe. Les plus privilégiés pouvaient contracter des alliances matrimoniales avec la famille royale, ou à défaut les autres grands dignitaires. Les Instructions de Shuruppak, texte de sagesse contenant des conseils destinés à un fils de bonne famille, prescrivait de bien prendre en charge la maisonnée, de respecter l'autorité des pères tout en prenant bien soin de toute la famille. Les notables sumériens étaient également actifs dans les affaires religieuses, reproduisant à leur échelle les actions des souverains, et pas seulement quand ils avaient eux-mêmes des charges cléricales ; de nombreuses statues les représentant en position d'orant avaient ainsi été offertes aux dieux dans l'espoir d'attirer des bienfaits aux dédicataires. C'est également à une partie de ce groupe, le milieu des prêtres lettrés, que l'on doit les principales réalisations intellectuelles sumériennes[55],[56].

Classes populaires et moyennes

Les classes populaires du pays sumérien, encadrées par les représentants des couches basses des élites (contremaîtres, chefs d'équipes de labours, etc., une sorte de « classe moyenne »), étaient sans doute en majorité employées par les institutions. Contre ce service, ils recevaient des terres à cultiver dont ils pouvaient conserver une partie de la récolte, ou bien des rations de subsistance. En affinant, plusieurs situations peuvent être distinguées. Un premier groupe se retrouvait dans une dépendance économique qui semble totale, puisqu'il travaillait en permanence pour les institutions et recevait uniquement des rations. Un autre groupe semble n'avoir été quant à lui que partiellement dépendant des grands organismes, pour lesquels il ne travaillait que quelques mois durant l'année, devant sans doute disposer à côté de cela de ses propres ressources. D'autres travaux effectués pour le compte des organismes « publics » semblent relever de la corvée (curage de canaux, constructions de bâtiments publics, etc.). De leur vie quotidienne, les sources disponibles n'éclairent en général que les aspects liés au travail, et encore pour ceux qui étaient employés par les institutions, les autres échappant totalement à la documentation. Les aspects religieux de leur vie, ou même leur possible implication dans la vie politique de leur communauté ne peuvent qu'être supposés[57],[56].

Tablette exhumée à Shuruppak datée de v. 2600 av. J.-C., sur laquelle est inscrit un contrat de vente d'esclave.
Les esclaves

L'esclavage était présent en pays sumérien, mais ne semble pas avoir concerné une population importante en nombre. Les propriétaires des esclaves pouvaient être des particuliers ou bien des institutions. Ils pouvaient les vendre, les offrir, les louer, les mettre en gage et les transmettre en héritage à leurs successeurs. Plusieurs contrats de vente d'esclaves sont connus. Ils documentent souvent leur « création », qui semblait généralement résulter de l'endettement d'un chef de famille qui était alors contraint de vendre un membre de sa famille (son fils, sa fille, son épouse, sa sœur). Les esclaves des institutions pouvaient aussi être des prisonniers de guerre. Le groupe servile disposait de la possibilité de se marier, y compris avec des personnes libres, et d'avoir ses propres biens et terres, qui restaient cependant en dernier lieu la propriété du maître. Un esclave avait la possibilité de racheter sa liberté, mais devait alors quand même rester au service de son ancien propriétaire, et pouvait être affranchi[58].

Peuplement et urbanisme[modifier | modifier le code]

Plan simplifié du site d'Ur. Les bâtiments figurés dans le quartier sacré, en rouge, correspondent à ceux érigés durant la période d'Ur III mais surtout connus pour celle d'Isin-Larsa (v. 2000-1800 av. J.-C.). L'enceinte et les ports datent sans doute des mêmes époques, les autres constructions sont plus tardives.
Une contrée fortement urbanisée

Le pays de Sumer fut l'une des premières régions du monde à expérimenter le phénomène urbain durant la seconde moitié du IVe millénaire (période d'Uruk finale)[59]. Cela a été identifié avant tout sur le site d'Uruk, qui crût alors considérablement pour atteindre la taille de 250 hectares, soit largement plus que les autres agglomérations connues pour la même époque. Seul son centre a été fouillé, révélant un groupe de monuments qui surpassaient par leur taille ce qui s'était fait auparavant. Peu d'autres sites contemporains sont connus, et pour mieux connaître l'urbanisme de cette période il faut se tourner vers les colonies fondées par les habitants de la Mésopotamie méridionale dans la région du Moyen Euphrate, en premier lieu Habuba Kabira. L'urbanisme du IIIe millénaire est un peu mieux connu grâce aux fouilles menées sur différents sites, même si là encore ceux de Basse Mésopotamie sont surtout connus par leurs grands monuments (Nippur, Ur) et bien moins par leur urbanisme (à l'exception d'Abu Salabikh), et qu'il faut là encore s'intéresser aux régions voisines pour avoir plus d'informations, en particulier la vallée de la Diyala (Khafadje, Tell Asmar). Pour mieux prendre en compte l'ampleur du phénomène urbain à Sumer, il convient également de mobiliser les données issues des prospections au sol réalisées dans plusieurs régions. Elles ont révélé que l'habitat de cette région était dominé par quelques centres urbains de grande taille (plus de 100 voire 200 hectares), commandant des bourgades de taille inférieure (plus de 10 hectares) puis un ensemble de villages et hameaux, quasiment pas explorés par des fouilles régulières (une exception étant le site de Sakheri Sughir près d'Ur). La croissance urbaine durant la fin de la période d'Uruk et celle de Djemdet Nasr (v. 3400-2900) semble s'être faite au détriment des villages. Des sites comme Uruk et Lagash dépassaient alors les 400 hectares. Il a été estimé que durant la première phase de la période des dynasties archaïques (v. 2900-2600) plus de 70 % de la population de la région de Nippur vivait dans des agglomérations de plus de 10 hectares, et il devait en aller de même dans les autres régions de Sumer : la société était donc très urbanisée. La part des villages augmenta légèrement durant la seconde moitié du IIIe millénaire, mais les grandes agglomérations restèrent très importantes, plus de la moitié de la population vivant encore dans des sites urbains durant la période d'Ur III[60]. Ce fort « taux d'urbanisation » n'est pas forcément une anomalie par rapport aux autres civilisations antiques, des phénomènes similaires s'observant par exemple dans la Grèce classique et hellénistique.

Paysage urbain

À quoi ressemblaient ces premières villes ? Force est de constater que la documentation ne permet pas d'en dresser un panorama complet, et est d'autant plus incertaine qu'il faut rassembler les données venant de quelques sites et étalées sur plus d'un millénaire. Les fouilles se sont essentiellement concentrées sur les monuments des plus grandes agglomérations. Il est assez souvent difficile d'identifier la nature des monuments explorés, car il n'y a pas toujours d'éléments permettant de trancher pour savoir s'il s'agissait d'un temple ou d'un palais, en particulier pour les monuments d'Uruk datés de la période éponyme[43]. Ce problème concerne essentiellement les palais, moins les temples. Ceux-ci ont été identifiés sur plusieurs sites, notamment parce qu'on y trouve une séquence de constructions étalée sur plusieurs millénaires durant lesquels leur fonction sacrée est préservée. C'est le cas à Eridu, Nippur, Uruk et Ur en particulier. Le sanctuaire principal était dédié à la divinité tutélaire de la ville, et entouré de dépendances. Certains temples étaient érigés sur des terrasses, et ce modèle accoucha à la fin du IIIe millénaire des ziggurats, temples bâtis sur trois terrasses empilées, innovation des rois de la troisième dynastie d'Ur reprise par les rois mésopotamiens des périodes ultérieures[61].

Les autres chantiers importants entrepris par les rois sumériens étaient la construction des grandes murailles qui défendaient leurs grandes villes, ainsi que les canaux qui les parcouraient, servant d'axes de communication en plus de leur intérêt pour l'irrigation des campagnes. Dans le reste de l'espace urbain, l'organisation spatiale n'est pas bien établie. Toute la surface située à l'intérieur des murs n'était sans doute pas bâtie, plus dans les villes des périodes anciennes que celles des périodes tardives plus densément occupées, car il y avait manifestement des vides servant par exemple d'espaces pour parquer le bétail et le faire paître. Il y avait sans doute des secteurs des villes occupées en priorité par des activités ou des populations spécifiques, mais cela est souvent impossible à déterminer en raison des limites des connaissances archéologiques[62].

Les espaces résidentiels n'ont été identifiés que sur une poignée de sites (Habuba Kabira, Abu Salabikh, Khafadje, Tell Asmar). Certains semblent avoir été planifiés, d'autres résultaient d'un développement spontané. Les îlots d'habitation étaient parcourus par des voies plus ou moins sinueuses et étroites selon le mode de développement du quartier. L'organisation des quartiers ne semblait pas répondre à une logique de séparation par la richesse, puisque des habitations de tailles diverses se trouvaient dans un même voisinage : le quartier pouvait alors être organisé autour d'une famille plus riche dont les serviteurs travaillent à côté, ou bien suivant une logique familiale, les voisins appartenant tous à un même lignage, ou bien être liés par l'exercice d'une même activité[63].

Vie familiale[modifier | modifier le code]

Bas-relief fragmentaire en stéatite dédié à la déesse Ninsun, période néo-sumérienne (v. 2200-2000 av. J.-C., musée du Louvre.
Mariage

La famille nucléaire et monogame était l'unité de base de la société sumérienne. Elle prenait forme avec le mariage. Celui-ci était négocié au préalable entre les parents des futurs époux, et l'accord formalisé lors de fiançailles qui donnaient lieu à une prestation de serment. La famille du promis offrait des présents à celle de la promise, sans doute pour servir de garantie au cas où le fiancé n'honorait pas sa promesse ; à ce stade, l'union pouvait en effet encore être annulée, mais cela supposait des compensations. Le mariage était prononcé lors d'une cérémonie dont le déroulement est inconnu, durant laquelle les mariés recevaient apparemment des présents, au moins durant les périodes anciennes. En tout état de cause, sa consommation devait le rendre définitif[64]. La mariée apportait une dot dont son conjoint peut disposer, mais cela est mal documenté dans les textes à notre disposition ; il arrivait également que le mari fasse un présent à son épouse lors de leur union[65].

Le mariage pouvait être annulé à l'initiative de l'époux, contre compensation financière à sa femme si cette demande était considérée comme sans fondement par le tribunal qui l'avait étudiée. Les motifs de divorce connus sont l'adultère et la non-consommation du mariage[66]. Les familles étaient pour la plupart monogames, mais il était possible pour l'époux de prendre une concubine et plus rarement une épouse secondaire, avec l'approbation de la première femme.

Femmes et rapports de genre

Dans le cadre de la famille, le père était le détenteur de l'autorité. Cela n'empêchait pas à une femme mariée de conclure des contrats en association à son époux ou bien seule. Elle pouvait ester en justice, témoigner devant un tribunal, disposer de sa propre propriété[67]. Les veuves devenaient même les chefs des maisonnées tant que leurs enfants étaient mineurs ; mais à moins d'appartenir à une famille riche disposant de propriétés et donc d'une autonomie économique, ces femmes-là étaient dans une situation vulnérable et devaient se mettre dans la dépendance d'une institution pour recevoir de quoi subvenir à leurs besoins. Toutes les femmes n'étaient du reste pas mariées ou veuves : les prostituées constituaient une catégorie à part, mais il semble bien qu'il ait existé d'autres femmes indépendantes d'une maisonnée et devant donc subvenir par elles-mêmes à leurs besoins. Il ne faut de toute manière pas considérer que les femmes sumériennes aient été cantonnées à la sphère domestique, même si cela restait une part majeure de leurs activités, car il était courant d'en trouver travaillant en dehors d'un cadre privé, notamment dans les ateliers des institutions[68].

Il a souvent été estimé que la situation féminine dans la société sumérienne était plus enviable que celle de leurs descendantes des périodes ultérieures de l'histoire mésopotamienne, qui auraient subi une dégradation de leur condition à partir du début du IIe millénaire av. J.‑C., mais cela est loin de faire consensus. Ce qui paraît clair, c'est qu'à toutes les époques de l'histoire mésopotamienne les femmes ont eu une place secondaire par rapport aux hommes[69].

Les enfants

Les enfants issus du mariage étaient associés aux différentes activités de la famille. Ils avaient tous droit à une part de son patrimoine. À la mort du père, ses fils se partageaient ses biens, sans doute avec une portion privilégiée pour l'aîné. Ce dernier reprenait en principe le métier de son père et sa position dans la hiérarchie institutionnelle, quelle que soit l'activité concernée (administrative, religieuse, laborieuse, etc.). Les cadets adoptaient également le métier de leur père, puisqu'ils avaient été en général formés par celui-ci pour l'exercer. L'héritage était donc comme souvent plus large qu'une simple affaire de patrimoine, car il impliquait la perpétuation des activités, du statut et des relations de la famille. De leur côté, les filles avaient normalement reçu leur part lors de leur mariage avec la dot qui leur a été confiée, mais en l'absence de fils elles pouvaient être désignées héritières par leur père. S'il n'avait aucun descendant, c'était son frère qui pouvait prendre son héritage, puis des parents plus lointains[70]. Il était également possible de recourir à l'adoption pour disposer d'un héritier[71]. L'importance de l'enfantement se voit également dans l'existence de divers rituels destinés à protéger les femmes en couche, soumises à de nombreuses complications pouvant mettre en péril leur vie et celle des enfants à naître et nouveau-nés[72].

Une résidence du pays de Sumer : le « no 1 Old Street » d'Ur, résidence du marchand Ea-nasir au début du XVIIIe siècle av. J.-C. Fonctions possibles des salles : 1. vestibules ; 2. espace central ; 3. couloir menant à un escalier permettant d'accéder à l'étage ; 4. pièce d'eau ; 5. salle de réception ; 6. chapelle.
Les résidences

La vie quotidienne des familles sumériennes peut être approchée par l'étude des maisons fouillées sur quelques sites, essentiellement en milieu urbain, ce qui n'est pas forcément un biais puisqu'il s'agissait apparemment du cadre de vie de la majorité des Sumériens. Du point de vue architectural, l'urbanisation s'accompagna de l'apparition puis du triomphe d'un modèle dominant de résidences, celui de la maison à espace central, de forme quadrangulaire, qui organisait la circulation et les activités dans la résidence. On discute pour savoir s'il était à ciel ouvert (auquel cas il s'agissait d'une cour intérieure) ou couvert. Les formes et la taille des résidences étaient diverses à partir de ce « modèle » de base, qui par ailleurs n'est pas le seul attesté puisque certaines n'avaient même pas d'espace central. Les fonctions des pièces ne sont pas évidentes à identifier, et il est probable que les plus petites habitations ne disposant que de quelques salles n'avaient pas connu une spécialisation poussée de l'espace. Dans les plus vastes résidences, on peut repérer des espaces de stockage, des pièces de réception, ou des salles à coucher et parfois des salles d'eau. L'espace central devait servir pour les activités principales de la famille. Il est possible que certaines maisons aient eu un étage. Les toits étaient sans doute plats, en terre battue ou couverts de nattes de roseaux. D'autres espaces renvoient au fait que la famille avait aussi un aspect religieux : certaines demeures semblent avoir eu des petites chapelles pour accomplir des rites domestiques, tandis que d'autres avaient sous leur sol des caveaux abritant les corps des défunts de la famille qui y habitait, entretenant ainsi la proximité entre morts et vivants de la lignée, qui était rappelée lors de l'exécution de rites funéraires pris en charge par le chef de famille. Parmi le mobilier qui a pu être repéré lors des fouilles, les installations servant à chauffer les aliments, peut-être aussi de la céramique, ou encore à fournir de la chaleur durant la saison froide sont les plus présentes : des fours simples, des fours à étages, des foyers, des tannours. Les métiers étaient sans doute exercés dans certains cas dans les maisons, d'autres en revanche devaient être surtout employés à l'extérieur, dans les dépendances des institutions. Reste également à déterminer quels étaient les groupes qui occupaient les résidences : il est tentant d'interpréter les plus vastes comme celles des riches, les plus petites comme celles des pauvres ; mais la taille peut aussi renvoyer aux structures familiales, les familles nucléaires occupant des maisons plus petites tandis que les familles étendues avaient des plus vastes[63].

Sentiments familiaux

Il est moins évident d'évoquer les sentiments qui ont pu exister dans le cadre familial, la rigueur des documents administratifs et juridiques mettant rarement en lumière ces aspects rendant plus vivants les anciens Sumériens. Cependant, les textes littéraires offrent, certes du point de vue des élites, quelques éclairages sur leurs sentiments amoureux. Différents poèmes évoquent les relations tumultueuses entre la déesse Inanna et le dieu Dumuzi, parcourant différents aspects des passions amoureuses : désir, amour physique, mais aussi les disputes et la rupture. Des hymnes de la période d'Ur III liés au thème du « mariage sacré » ont une forte teneur érotique, comme ceux dans lesquels une femme évoque le désir qu'éveille en elle la vue du roi Shu-Sîn. D'autres mythes reflètent quant à eux l'amour fraternel, comme celui entre Dumuzi et sa sœur Geshtinanna. Enfin, plusieurs hymnes sont en lien avec les relations entre parents et enfants : la crainte des complications liées à l'accouchement, la volonté d'une mère de voir son jeune fils grandir et devenir quelqu'un de beau et d'accompli, l'amour d'un fils adulte envers sa mère dont il est éloigné[73].

Activités économiques[modifier | modifier le code]

Agriculture et élevage[modifier | modifier le code]

Croquis hypothétique d'un finage de la Basse-Mésopotamie antique montrant l'utilisation des différentes parties de l'environnement local.
Article connexe : Agriculture en Mésopotamie.
Une agriculture irriguée

Le milieu naturel du pays sumérien[17] n'était pas vraiment favorable au développement d'une agriculture productive : des sols pauvres avec une teneur élevée en sels néfastes à la croissance des plantes, des températures moyennes très élevées, des précipitations insignifiantes, et des crues des fleuves venant au printemps, au moment des moissons, et non pas à l'automne quand les graines en auraient besoin pour germer, comme c'est le cas en Égypte[74]. Ce sont donc l'ingéniosité et l'incessant labeur des agriculteurs mésopotamiens qui permirent à ce pays de devenir l'un des greniers à céréales du Moyen-Orient antique. Dès le VIe millénaire, les communautés paysannes élaborèrent un système d'irrigation qui progressivement se ramifia jusqu'à couvrir un grand espace, profitant par là de l'avantage que leur offrait l'extrême platitude du relief du delta mésopotamien, où il n'y avait aucun obstacle naturel à l'extension des canaux d'irrigation[75]. En régulant le niveau des eaux dérivées des cours d'eau naturels pour l'adapter aux besoins des cultures, et en mettant au point des techniques visant à limiter la salinisation des sols (lessivage des champs, pratique de la jachère), il fut possible d'obtenir des rendements céréaliers très élevés, sans doute autour de 10/1 en moyenne, 20/1 voire plus dans les meilleurs cas, et constants, car non soumis aux aléas des précipitations[76].

La lourdeur de l'entretien de ce système, nécessitant la mobilisation de nombreuses ressources humaines, animales et matérielles, explique sans doute pourquoi les domaines institutionnels furent aussi développés en pays sumérien, étant plus à même de coordonner les communautés locales[77]. Il ne faut en revanche plus chercher à voir dans l'irrigation une cause du développement d’États hydrauliques despotiques (selon les propositions de K. A. Wittfogel[8]), car ce système s'était développé antérieurement aux structures de type étatique, et ne fonctionna jamais de façon centralisée autour du pouvoir royal même si ce dernier participait effectivement à son entretien[78].

Cultures

La culture dominante était la céréaliculture, avec une prédilection pour l'orge plus adaptée aux sols pauvres et au climat aride, le blé étant secondaire car plus exigeant[79]. Les champs pouvaient également être consacrés à la culture du lin, du sésame, ou de diverses légumineuses et cucurbitacées (pois chiches, lentilles, oignons, etc.) ou d'arbres fruitiers (grenadiers, figuiers, pommiers, etc.). Les paysans sumériens plantaient les palmiers-dattiers sur de nombreuses parcelles, car ils en tiraient de forts rendements et qu'ils pouvaient profiter de leurs ombrages bienfaisants pour faire pousser une grande variété de légumes et de fruits à leurs pieds[80]. La base de l'alimentation était donc constituée de dérivées des céréales (différentes variétés de pains et galette, bière), de fruits et de légumes[81].

Serviteurs conduisant des bovins et des caprins (sans doute destinés à des sacrifices), détail de l'étendard d'Ur.
L'élevage et ses produits

L'élevage dominant était celui des ovins, qui pouvaient paître sur les champs en jachère ou les espaces de steppe durant les saisons les moins chaudes. Leur laine était une des bases de l'économie du Sud mésopotamien. Les caprins fournissaient du lait, de même que les bovins. Ces derniers étaient élevés avant tout pour leur force de travail, mobilisée pour les travaux des champs et la traction de chars. L'âne était l'animal de bât principal. La viande des animaux d'élevage était destinée avant tout aux élites et aux dieux[82]. La chasse et la pêche devaient être des compléments appréciables pour diversifier la nourriture et alimenter les différentes couches de la société[83]. Elles étaient en particulier pratiquées dans les nombreux espaces marécageux du Sud mésopotamien, où on récoltait également des roseaux utiles afin de réaliser un grand nombre d'objets et des constructions[84]. Le régime alimentaire des Sumériens pouvait ainsi être complété par des poissons et des produits laitiers, et dans une moindre mesure la viande qui était sans doute peu consommée par la majeure partie de la population[81].

Artisanat[modifier | modifier le code]

Avec le développement des sociétés urbaines et étatiques de la Basse Mésopotamie, l'artisanat s'était complexifié et diversifié. Sous l'effet d'une demande plus importante et de l'apparition de nouvelles matières à travailler, les artisans se spécialisèrent dans de plus en plus de domaines différents. Aux côtés de l'artisanat domestique qui resta important, l'artisanat des institutions, produisant en plus grande quantité (notamment grâce à la mise en place d'une forme de standardisation dans certains secteurs) et aussi plus exigeant quant à la qualité, stimula largement ce développement. C'est du reste ce secteur-là qui est le mieux documenté tant par les archives que par les objets exhumés[85].

Une diversité de matériaux

Les artisans sumériens avaient à leur disposition une grande variété de matériaux, obtenus dans leur région d'origine ou bien importés. La plus importante ressource du Sud mésopotamien était l'argile, qui pouvait être employé pour diverses réalisations : briques, poteries, outils en argile, statuettes, etc. Les roseaux coupés dans les espaces humides avaient également des emplois variés, dans la construction (palissades, huttes, bateaux, etc.) ou la vannerie. Les arbres poussant dans la région (palmiers-dattiers, peupliers, tamaris, etc.) étaient également employés dans les constructions, même si les plus grands bâtiments nécessitaient l’importation d'arbres de taille plus importante et d'une plus grande solidité (cèdre, ébène, cyprès, etc.). Les fibres végétales (surtout le lin) étaient travaillées dans le textile. Quelques carrières de calcaire furent exploitées pour la construction d'édifices (à Uruk surtout). Le bitume était une autre ressource appréciable extraite dans le Sud mésopotamien, employée pour étanchéifier des objets ou des murs, ou encore pour servir de colle. Les artisans transformaient enfin ce que fournissaient des animaux élevés localement : os, nacre, laine, poils, peaux, lait, etc. Les produits importés étaient surtout des pierres et des minerais qui ne se trouvaient pas en Mésopotamie, et étaient demandés par les institutions, seules à pouvoir financer leur transport sur de longs trajets. Pour les réalisations d'objets d'art, comme des sculptures ou des bijoux, des pierres dures et des pierres fines comme l'albâtre, la chlorite, la diorite, la cornaline, l’agate, le lapis-lazuli étaient fournis aux artisans sumériens. Dans le domaine de la métallurgie, le métal le plus courant était le cuivre, aux côtés de l'or, de l'argent, du plomb, de l'arsenic et de l'étain[86].

Céramiques de la période d'Uruk récent : poteries réalisées au tour (à droite) et écuelles à bords biseautés moulées à la main (à gauche). Pergamonmuseum.
Les principales activités artisanales

L'art de la céramique était très pratiqué en pays sumérien, que ce soit dans un cadre domestique ou dans les ateliers institutionnels. Le développement de la tournette puis du tour du potier durant les périodes d'Obeid et d'Uruk permit la mise en place d'une production plus rapide, plus diversifiée et à plus grande échelle, même si les vases façonnés à la main perdurèrent pendant une certaine période, comme l'attestent les écuelles à bords biseautés caractéristiques de la fin du IVe millénaire av. J.‑C. Une fois formées, les céramiques étaient séchées et pouvaient être revêtues d'un engobe ou décorées de diverses manières (peinture, incision, pastillage, etc.) avant la cuisson à l'air libre ou dans un four. Les potiers réalisaient de nombreux objets de vaisselle servant durant la vie courante des différents milieux sociaux : jarres de stockage, cruches, coupes, écuelles, etc. Ils réalisaient également des outils courants comme des faucilles en argile très répandues durant les périodes archaïques, et des figurines en terre cuite[87].

L'art de la construction faisait avant tout usage de l'argile et du roseau. Les briques moulées apparurent à la fin de l'époque protohistorique. La période d'Uruk et celle des dynasties archaïques virent se développer des formes standardisées de briques : les briquettes carrées (que les archéologues allemands qui ont fouillé Uruk désignaient sous le nom de Riemchen), les grandes briques rectangulaires (Patzen), les briques « plano-convexes » à face bombée disposées dans un appareil en arête de poisson. Les maçons se contentaient en général de sécher ces briques au soleil avant de les employer pour monter les murs. Mais il leur arrivait de les faire cuire dans un four pour les rendre extrêmement résistantes et les employer pour les pavages de sols, puis le revêtement extérieur de grandes constructions comme les ziggurats de la période d'Ur III[88]. La céramique cuite servait également pour les installations hydrauliques (canalisations, bassins). La pierre, moins disponible à Sumer, était moins employée, à l'exception du calcaire extrait près d'Uruk qui se retrouve dans des constructions de cette ville datées du IVe millénaire av. J.‑C. Les roseaux servaient pour la construction des huttes, mais aussi pour renforcer les bâtiments en briques d'argile par des chaînages, cordages, nattes, etc. Le bois était moins employé car les essences locales étaient peu utiles pour la construction[89].

Petite tablette de la période d'Ur III enregistrant la réception de costumes en laine de qualité ordinaire, Girsu, musée des beaux-arts de Lyon.

L'artisanat textile s'était développé durant la protohistoire avec le travail du lin, qui avait finalement été supplanté par celui de la laine des moutons et des chèvres durant la période d'Uruk. Les textes de l'époque d'Ur III, particulièrement diserts sur le tissage de la laine, distinguaient différentes catégories de laines suivant leur qualité[90]. Les ateliers de tissage des principales villes sumériennes, fermement encadrés par les institutions, employaient alors des milliers de tisserandes[91]. La production d'étoffes de laine était en effet cruciale pour l'économie car elles constituaient une partie des rations distribuées aux travailleurs et agents de l’État et qu'il s'agissait vraisemblablement de la production sumérienne qui s'exportait le plus dans les régions voisines. Faute d'exemplaires ayant subsisté, l'aspect des produits textiles ne peut être que deviné par l'art ou les textes. Il s'agissait en général de pièces d'un seul tenant, qui pouvaient être décorées de franges comme sur les statues de Gudea ou de volants et de mèches, comme les habits courants des représentations des dieux. La teinture n'est pas attestée avant le début du IIe millénaire av. J.‑C., ce qui indique que les vêtements antérieurs ne devaient être colorés que par de la peinture[92].

La métallurgie était très développée en pays sumérien, en dépit du fait qu'aucun métal n'était extrait dans cette région, et qu'ils devaient donc tous être importés. Cela a sans doute incité les métallurgistes à mettre au point des techniques plus économes en métal, et explique pourquoi les textes montrent que les outils métalliques usagés étaient systématiquement recyclés. Le travail du cuivre fut le plus courant durant la période sumérienne, servant avant tout à la confections d'outils qui étaient de plus en plus employés en lieu et place des outils traditionnels en argile ou en bois. Les forgerons apprirent vite à mettre au point des alliages renforçant la solidité de ce métal ou facilitant son travail, notamment un alliage binaire cuivre-arsenic, puis le bronze (cuivre-étain) attesté en pays sumérien dans la première moitié du IIIe millénaire av. J.‑C. La technique du martelage à froid de feuilles de métal semble avoir été plus courante, avec des décors réalisés au repoussé ou gravés. Le moulage atteignit pourtant un haut degré de sophistication, avec l'utilisation de moules mono- et bivalves, ainsi que la pratique de la technique de la cire perdue au IIIe millénaire av. J.‑C. Pour la réalisation d'objets luxueux, l'argent et l'or étaient également travaillés ; les orfèvres réalisaient les décors en employant les techniques du filigrane et de la granulation[93].

Les échanges de biens[modifier | modifier le code]

Modalités et acteurs des échanges

Les modalités de circulation des biens durant la Haute Antiquité différaient fondamentalement de ce que connaissent les civilisations modernes : les échanges de nature commerciale régis prioritairement par le jeu de l'offre et de la demande étaient limités (mais sans doute pas inexistants), tandis que les échanges gérés par les institutions dominaient largement. Ainsi, les échanges repérés dans les archives de Girsu à l'époque archaïque répondaient pour une grande partie à la logique de redistribution : les institutions centralisaient les productions de leurs dépendants pour ensuite leur restituer collectivement sous la forme de rations qui servaient de rémunération (en grain, laine et huile, parfois aussi en dattes, bières et autres) ; au niveau étatique le pouvoir central pouvait également prélever des productions des institutions puis les réattributer à d'autres suivant leurs besoins. Il faut également prendre en compte le fait qu'une partie (non quantifiable) de la production agricole était consommée par ceux l'ayant produite (autoconsommation), donc non placée dans les circuits d'échanges. De façon plus marginale, d'autres échanges étaient de type réciproque, en particulier les présents faits entre cours royales (logique du don et du contre-don)[94].

Dans ce cadre, les « marchands » jouaient bien souvent le rôle d'intermédiaires chargés d'obtenir ou d'écouler des produits pour le compte des institutions. Cela n'exclut pas l'existence d'opérations commerciales privées, comme des prêts[95]. Les échanges de nature commerciale faisaient appel à différents instruments des échanges, qui pouvaient être utilisés plus généralement comme étalon de valeur des produits. Les plus courants étaient les grains d'orge et surtout l'argent qui prend une place de plus en plus importante. Dans les deux cas ils étaient évalués par leur poids, ce qui était possible grâce à l'existence d'unités de mesure officielles et de formes standardisées. L'argent pouvait circuler et être stocké sous la forme d'anneaux d'argent (HAR) de poids précis (multiples du sicle), dont la fonction en tant que moyen de paiement n'est pas attestée avec certitude[96].

Localisation des principaux sites et régions de la partie orientale du Moyen-Orient dans la seconde partie du IIIe millénaire av. J.‑C.
Échelles des échanges

Les échanges de biens se déroulaient à différentes échelles. L'échelle locale (celle d'une ville, d'une province ou d'une cité-État) concernait avant tout les produits disponibles couramment, dont ceux issus du pays de Sumer même : avant tout les différentes productions agricoles (céréales, dattes, fruits, légumes, laine, lin, lait, viande), les poissons ou le gibier, des textiles finis, mais aussi des résidences ou des esclaves, etc. L'échelon supérieur était celui des échanges entre régions du pays de Sumer, qui mobilisaient en gros les mêmes produits que la précédente, en l'absence de spécialisation commerciale. Le dernier niveau, celui des échanges à longue distance, était quant à lui bien différent. Il s'était développé depuis l'époque d'Uruk quand les gens du Sud mésopotamien mirent en place des colonies et comptoirs hors de leur région d'origine, au moins en partie pour maîtriser des routes commerciales importantes, et cela ne s'était pas tari par la suite. Il visait à approvisionner le pays sumérien, avant tout ses élites et les artisans qu'elle employait, dans des produits de valeur (parce que rares et prestigieux) dont il ne disposait pas à l'état naturel, donc avant tout des pierres et du métal : cuivre d'Oman (l'antique pays de Magan), étain et lapis-lazuli d'Iran et d'Afghanistan, etc. Ces échanges étaient de type terrestre ou de type maritime, le golfe Persique devenant un espace d'échanges majeur au IIIe millénaire, avec le développement du pays de Dilmun (Bahreïn) qui sert de port de transit. On ne sait en revanche pas vraiment ce qu'exportaient les Sumériens contre ces biens : leur agriculture et leur élevage semblent leurs seuls « atouts » à cette échelle, en particulier les produits de l'artisanat textile[97].

Moyens de transport

Il convient également d'évoquer les modes de transports employés par les Sumériens. Si ce peuple est couramment crédité de l'invention de la roue, en réalité les plus anciennes attestations de véhicules disposant de cet élément proviennent d'Europe centrale et du Caucase. Ce n'est qu'au début du IIIe millénaire que la roue apparut assurément en Basse Mésopotamie, le seul véhicule de trait attesté antérieurement à cela étant une sorte de traineau. Son introduction a en tout cas assurément facilité le développement des transports terrestres, avec l'apparition du char tracté par des bovins ou des ânes[98]. Ce dernier animal fut d'ailleurs domestiqué durant la période d'Uruk, offrant là encore de nouvelles perspectives dans les transports de marchandises. Il devint l'animal de bât privilégié de la Mésopotamie antique. Les bateaux, utilisés pour les déplacements fluviaux ou maritimes, étaient en bois ou en roseau. Certains navires marchands ont pu atteindre un capacité de port de 100 tonnes, même si les plus courants ne dépassaient sans doute pas la vingtaine de tonnes de port[99].

Religion[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Religion mésopotamienne.

Les Sumériens vénèrent une foule de divinités, desquelles ressortent un groupe de grands dieux associés aux aspects les plus importants de leur société (la royauté, les forces de la nature, les astres, le savoir et les techniques, etc.). Ils les considèrent comme leurs créateurs, présidant à leur destinée, qui leur ont confié le monde terrestre pour en tirer des richesses qu'ils mobilisent pour leur rendre un culte qui se déroule dans des temples. L'important personnel cultuel le prenant en charge est à l'origine de nombreux textes qui permettent de reconstituer la civilisation de Sumer.

Il est relativement difficile de distinguer une religion proprement « sumérienne » qui puisse être distinguée d'une religion « mésopotamienne » à laquelle participent aussi bien les Sumériens que les Sémites avec qui ils vivent depuis les débuts de la période historique, et avec qui ils partagent leurs croyances et pratiques religieuses[100]. Il est difficile d'estimer quels sont les populations à l'origine de celles-ci, même s'il est largement admis que les éléments sumériens y jouent un grand rôle. On discute également autour de la nature et de la postérité de cette religion. Deux des plus grands découvreurs de celle-ci, Samuel Noah Kramer et Thorkild Jacobsen, avaient sur ces points des vues divergentes : le premier étudiait avant tout la religion des périodes les plus anciennes de la Mésopotamie comme révélant les origines des croyances occidentales ultérieures, un monde familier, tandis que le second la voit plutôt comme exotique, appartenant à un monde disparu et difficile à saisir[101].

Conceptions du monde et des dieux[modifier | modifier le code]

Tablette comprenant un mythe sumérien sur les origines du monde, dans l'introduction du tenson Arbre et roseau, musée du Louvre.
Article connexe : Mythologie mésopotamienne.
Sources

Les croyances des Sumériens apparaissent dans des textes de nature diverse, qu'il faut donc recouper pour reconstituer les grandes idées qu'ils se faisaient sur l'origine du monde, la nature des dieux, la création de l'homme et ses rapports avec le monde divin. Cette mythologie est selon les termes de J. Bottéro l'« idéologie religieuse »[102], visant à répondre à des questions relatives aux mystères du monde des habitants de la Mésopotamie antique. Il n'y avait pas de tradition mythologique unifiée, mais plutôt diverses traditions présentant des récits plus ou moins similaires[103]. Cela semble dû au fait qu'il existait différents lieux de culte ayant produit leur propre corpus théologique à l'origine, bien que dans le courant de la seconde moitié du IIIe millénaire av. J.‑C. la tradition de Nippur devint la plus importante, avec l'élévation du dieu Enlil au rang de roi des dieux[104]. Même s'ils reflétaient sans doute une fonds mythologique ancestral, les mythes furent à plusieurs reprises repensés et réécrits en fonctions de lieux et des époques, et des questionnements que se posaient leurs rédacteurs, déterminées notamment par les évolutions politiques[105]. L'iconographie, en particulier celle des sceaux-cylindres, semble également faire référence à des mythes, mais il est souvent difficile de les interpréter car les recoupements avec les textes ne sont pas évidents ; cela est lié au fait qu'une grande partie des mythes était transmise oralement sans avoir été couchée sur des tablettes, laissant une grande partie des croyances sumériennes entourées d'incertitudes[106].

Origines du monde et des hommes

Les différents textes sur les origines du monde, étudiés notamment par S. N. Kramer, présentent des logiques identiques. Le monde se présentait aux yeux des prêtres sumériens comme constitué du Ciel (AN) et de la Terre (KI), unis à l'origine puis séparés. La Terre, vue comme une sorte de disque plat, reposait sur l'ABZU, l'« Abîme », domaine des eaux souterraines dominé par le dieu Enki. La partie inférieure du Monde était occupée par les Enfers[107].

À un certain moment, les dieux décidèrent de créer l'être humain, comme relaté dans le mythe Enki et Ninmah : il s'agissait d'alléger le travail de la catégorie inférieure des dieux en créant une catégorie de serviteurs entièrement dévoués aux dieux[108]. Les hommes furent formés à partir de l'argile avant que la vie ne leur soit insufflée. Les dieux transmirent aux hommes un ensemble de savoirs et de techniques pour leur permettre d'accomplir leurs devoirs envers les dieux, fixèrent leur destinée et distinguent parmi eux des personnages élevés au rang de roi, chargés de les diriger. Le monde était organisé de telle façon que le pays de Sumer soit au centre de celui-ci, profitant des richesses de ses régions voisines, comme l'exposait le mythe Enki et l'ordre du monde.

Fragment de vase en chlorite représentant la déesse Nisaba, Girsu, Pergamon Museum, v. 2450 av. J.-C.
Les dieux et leur nature

Les dieux étaient donc vus par les Sumériens comme des êtres surpuissants, dotés d'un charisme, d'une splendeur, de pouvoirs et d'une sagesse qui les plaçait au-dessus de toute autre forme de vie. Ils présidaient aux destinées des hommes, tantôt en étant bienveillants envers eux, en leur prodiguant toutes sortes de bienfaits (savoirs, réussite, procréation, santé, etc.) ou bien à l'inverse en les châtiant en cas de manquement (maladies, défaites, morts, etc.). Les dieux étaient cependant conçus à l'image des hommes, l'iconographie les représentant de façon anthropomorphique, avec certains attributs distinctifs comme la tiare à cornes. Les mythes poussaient plus loin l'« humanité » des dieux, en les décrivant comme des êtres soumis à diverses passions (colère, envie, tromperie, etc.)[109].

Empreinte de sceau-cylindre de la période d'Akkad représentant un groupe de divinités identifiables par leur tiare à corne et leurs attributs : de gauche à droite, Inanna ailée, Utu surgissant d'une montagne, Enki avec les flots jaillissant par-dessus ses épaules, et son vizir le dieu aux deux visages Isimud.

Pris individuellement, chaque dieu avait des aspects qui le différenciaient des autres, comme dans tout système polythéiste. Les dieux pouvaient être des incarnations d'éléments naturels (les astres, les fleuves, les végétaux, l'orage, etc.), d'activités ou de productions humaines (l'agriculture, l'écriture, la pêche, la bière, les briques, etc.). Nombre d'entre eux avaient un aspect local, étant liés à un lieu et un sanctuaire précis ; les villes de Sumer avaient généralement une divinité tutélaire à laquelle s'identifiaient en particulier ses habitants. Cet aspect localiste avait pu être poussé très loin, un royaume comme celui de Lagash ayant un panthéon organisé de façon familiale, le grand dieu local Ningirsu étant entouré de sa famille qui patronne plusieurs centres de culte (son épouse Ba'u, sa sœur Nanshe, ses fils, etc.)[110]. Mais les sources textuelles indiquent qu'au moins à partir de 2600 av. J.-C. il existait une tendance à l'élaboration d'un panthéon commun aux cités sumériennes, plaçant en tête le grand dieu Enlil, dont l'affirmation accompagna l'élévation de la ville de Nippur au rang de grande cité sainte de Sumer, où les rois d'Ur III choisirent de se faire sacrer. Le syncrétisme joua également assez tôt dans l'histoire sumérienne, puisqu'il était courant de voir des divinités partageant des fonctions similaires au point que l'une finit par supplanter l'autre dans le culte ; ainsi le dieu Ningirsu finit par se fondre dans la figure de Ninurta, et une déesse comme Inanna disposait de plusieurs lieux de cultes dans tout Sumer, où elle avait sans doute supplanté d'anciennes divinités aux fonctions voisines de la sienne[111].

Les grands dieux de Sumer

Quelles étaient donc les principales divinités sumériennes ? Le grand dieu Enlil était peut-être à l'origine lié au vent, mais il apparaît avant tout comme le dieu de la royauté, qui sacrait les souverains dominant le pays de Sumer, et présidait plus largement aux destinées des hommes. Son frère Enki, dieu de l'Abîme, dont le grand temple était situé dans la vieille cité sainte d'Eridu, était l'incarnation de la sagesse, le dieu qui avait donné vie aux hommes et leur avait transmis de nombreux savoirs techniques et magiques. L'autre grande figure de la triade dominant le panthéon sumérien était le dieu An, le « Ciel », vénéré à Uruk, une figure patriarcale, présenté couramment comme le père de tous les dieux, mais n'exerçait pas de fonction de commandement parmi ceux-ci. Les deux grands dieux astraux étaient Utu, le soleil, dont les centres de culte majeurs étaient situés à Larsa et Sippar, qui est le dieu de la justice, et Nanna, la lune, dieu d'Ur, lié à la fertilité. Le dieu Ninurta, fils d'Enlil honoré comme lui à Nippur, était à la fois une divinité agricole et guerrière. La déesse la plus vénérée était Inanna, dont le sanctuaire majeur était à Uruk ; elle avait un aspect astral puisqu'elle personnifiait la planète Vénus, était la patronne de l'amour, et avait également un aspect guerrier, peut-être plus particulièrement lié à sa version akkadienne, Ishtar. Une autre grande déesse était sa sœur Ereshkigal, reine des Enfers. Ninhursag et Ninmah étaient quant à elles des figures matriarcales. Venaient ensuite une foule de divinités diverses : Ishkur le dieu de l'Orage, Nisaba la déesse des scribes, Ninkasi la déesse de la bière, Zababa une divinité guerrière, etc.[112]

Le culte divin[modifier | modifier le code]

Plaque votive en or célébrant la construction d'une estrade pour le dieu Shara par la reine Bara-irnun d'Umma, musée du Louvre.
La « face de la paix » de l'Étendard d'Ur, représentant une scène de banquet cultuel, c. 2500 av. J.-C.

Le culte rendu aux divinités du pays de Sumer est connu par la documentation concernant le culte officiel : inscriptions royales, tablettes administratives sur la livraison d'offrandes, divers autres textes religieux, et les fouilles des grands sanctuaires. La religion « populaire » est plus difficile à appréhender car très pauvrement documentée.

Sacrifices et offrandes

Les pratiques cultuelles les plus courantes consistaient en des offrandes aux divinités. Il s'agit de les pourvoir en tout ce qui pouvait servir à leur entretien quotidien : de la nourriture avant tout (viande d'animaux, céréales, bière, lait, etc.), mais aussi du mobilier (trônes, lits), des vêtements, des parures, des objets sacrés (armes), des véhicules (chars et bateaux sacrés)[113]. En dehors du culte ordinaire, des fêtes religieuses avaient lieu à des intervalles réguliers, suivant les différents calendriers liturgiques des villes sumériennes, au cours desquelles les offrandes et célébrations se devaient d'être fastueuses[114]. Plusieurs de ces fêtes étaient marquées par des pèlerinages attirant les fidèles et des voyages des statues divines sur leurs véhicules sacrés. Le culte était généralement pris en charge par les institutions, en premier lieu les temples eux-mêmes, et supervisé par les autorités politiques, rois et gouverneurs. Tout cela servait à accomplir le devoir collectif des hommes envers leurs créateurs et maîtres. D'autres offrandes, attestées par de nombreux objets votifs exhumés dans les temples, avaient une finalité plus individuelle, visant à attirer les bons auspices des dieux pour les dédicataires. La piété personnelle se retrouve également dans les différentes prières adressées aux dieux connues par des textes. Les membres des élites étaient les plus actifs dans le culte, comme l'indiquent les offrandes votives qui étaient de leur fait, ainsi que les redistributions des offrandes accomplies après leur présentation aux dieux, dont ils étaient les premiers bénéficiaires.

Les lieux de culte

Les Sumériens honoraient leurs dieux dans des temples, édifices considérés comme étant les résidences divines, désignés de ce fait par le terme générique signifiant « maison » (É) et non par un terme spécifique. Leur aspect sacré était indiqué par leurs noms cérémoniels : le grand temple d'Enlil à Nippur était la « Maison-montagne » (É.KUR), celui d'Inanna à Uruk la « Maison du Ciel » (É.AN.NA), celui de Nanna à Ur la « Maison de la grande lumière » (É.KIŠ.NU.GAL), etc. Les autres parties des sanctuaires (chapelles, portes, cuisines, ziggurats, etc.) pouvaient également se voir parées d'un nom sacré[115]. Les souverains mettent un point d'honneur à construire et entretenir ces édifices, qui sont également célébrés par des hymnes vantant leur magnificence.

Les ruines de la ziggurat d'Ur, après restauration.
Tentative de restitution de la ziggurat d'Ur en images de synthèse.

Du point de vue architectural, il n'y avait pas de plan-type de temple sumérien, ce qui rend leur identification difficile s'il n'y a pas d'inscription ou de matériel cultuel (autels, bassins à ablutions, objets votifs, etc.). Dans leur conception, les temples suivaient du reste les principes qui présidaient à l'organisation des résidences humaines : ils étaient organisés autour de cours ouvrant sur diverses pièces. Une ou plusieurs pièces servaient de cella, lieu de culte principal, sorte de chambre de la divinité. Dans le culte mésopotamien « classique », la présence divine dans sa résidence était matérialisée par une statue de culte représentant le dieu de façon anthropomorphe ; l'absence de mention explicite d'un tel objet avant la période d'Ur III a fait supposer à certains qu'il n'en existait pas avant cela[116]. Parmi les plans courants qui se retrouvaient sur plusieurs sites, il y a celui du plan tripartite courant aux périodes protohistoriques, le temple érigé sur une ou deux terrasses (« Temble blanc » d'Uruk, « Temple peint » de Tell Uqair) ou celui du « temple ovale » attesté pour la période des dynasties archaïques à Khafadje, Lagash et el-Obeid, dans lequel le temple était protégé par une enceinte ovoïde et érigé sur une plate-forme. Les rois d'Ur III effectuèrent une refonte des lieux de culte majeur de Sumer (Nippur, Eridu, Ur, Uruk), qui fut en particulier marquée par l'apparition de la ziggurat, édifice à degré doté d'un temple à son sommet, prenant manifestement la suite des temples sur terrasse, même s'il semble que la cella divine soit plutôt à chercher dans les pièces situées dans l'enceinte les entourant, où on a également identifié des espaces de préparation des aliments. Les besoins du culte nécessitaient la présence de nombreuses dépendances servant pour le logement du clergé, les activités administratives, la préparation et le stockage des offrandes, par exemple l'édifice avec une brasserie exhumé à Lagash[61].

Le clergé
Relief perforé votif de Dudu (représenté en haut à droite), grand prêtre du dieu Ningirsu à Girsu, vers 2450 av. J.-C. Musée du Louvre.

Le personnel cultuel sumérien était très hiérarchisé et structuré, et ce dès les origines, puisque différentes catégories de prêtres étaient distinguées dans la version de la Liste des métiers datant de la fin de la période d'Uruk, et les versions plus tardives étaient encore plus détaillées. Les fonctions des prêtres nommés dans les textes ne sont cependant pas évidentes à déterminer dans bien des cas, d'autant plus qu'il semble que certains grands sanctuaires avaient un clergé spécifique qui ne se retrouvait pas ailleurs[117]. Les sanctuaires les plus importants avaient généralement à leur tête un grand prêtre ou une grande prêtresse, couramment issu d'une lignée royale, comme la princesse Enheduanna à Ur, fille de Sargon d'Akkad.

Les spécialistes des rituels accomplis dans les temples étaient nombreux : des purificateurs chargés de l'entretien des objets et lieux de culte, des lamentateurs, chantres et musiciens qui intervenaient dans de nombreux rites pour réciter des hymnes et les accompagner en musique. Une autre catégorie de personnel impliquée dans le culte s'occupait de la préparation des offrandes : cuisiniers, boulangers, brasseurs, menuisiers, orfèvres, etc. Ce personnel comportait des femmes, qui n'étaient pas exclues des charges cultuelles. Le clergé était rémunéré de la même manière que les autres personnes employées par les institutions, à savoir par la distribution de rations (notamment celles issues des offrandes comme vu plus haut) et de terres de service[118].

D'autres spécialistes étaient chargés de rituels d'exorcisme et de magie qui pouvaient être accomplis en dehors des temples ; plusieurs textes documentent cette activité, durant laquelle des incantations et divers actes magiques étaient exécutés pour guérir des maladies, repousser des démons dont on s'imaginait alors qu'ils accablaient de maux les vivants[119].

Croyances et pratiques funéraires[modifier | modifier le code]

Les Enfers des Sumériens

Les Sumériens se faisaient une idée très sombre du sort qui les attendait après leur trépas. D'après ce qu'il ressort de divers mythes et hymnes (surtout la Descente d'Inanna aux Enfers), les Enfers étaient vus comme un monde souterrain dans lequel les défunts ne connaissaient pas de réconfort[120]. La mort est décrite comme une fatalité, en des termes très misérables, même dans le cas de défunts de haut rang comme dans le récit de la Mort d'Ur-Nammu, roi d'Ur, qui comporte de longues lamentations sur le sort de celui-ci, qui pourtant parvient à connaître un sort meilleur que les autres trépassés grâce aux nombreuses offrandes qu'il apporte aux divinités des Enfers[121]. Parmi celles-ci se trouvent la déesse Ereshkigal, son conjoint le dieu Nergal, couple dirigeant le monde infernal, les dieux Gilgamesh, Dumuzi, Ninazu, Ningishzida.

Sépultures

Les quelques sites funéraires fouillés, avant tout le « cimetière royal » d'Ur contenant plus de 1 800 tombes de différentes périodes du IIIe millénaire, mais aussi Khafadje, Abu Salabikh, également Kish, indiquent que les morts étaient inhumés. Ils pouvaient être enterrés sous leurs résidences dans quelques cas, mais la plupart l'étaient dans des nécropoles situés à l'extérieur des murailles des villes. Les tombes sont généralement des fosses simples, plus rarement doubles ou triples voire plus, parfois dans des tombeaux voutés. Les cadavres sont enveloppés dans des nattes ou parfois placés dans des cercueils[122]. Les textes de Girsu font référence à d'autres types d'inhumations, dans des marécages, ainsi qu'à des tumuli qui ont pu servir de tombeaux collectifs[123]. Le matériel funéraire des tombes fouillées est surtout constitué de céramiques, servant sans doute à des repas rituels ayant lieu lors des funérailles, et pour contenir des victuailles accompagnant les défunts dans leur mort, peut-être pour les offrir aux dieux infernaux et ainsi améliorer leur sort dans l'Au-delà. Les plus riches ont évidemment un matériel funéraire plus fourni que les pauvres. Le matériel le plus spectaculaire est celui des tombes royales d'Ur, datées des alentours de 2600-2500, dans lesquels un groupe d'une dizaine de défunts accompagnés de nombreux objets et bijoux en or, argent, lapis-lazuli et diverses autres pierres précieuses ont été inhumés, en même temps qu'un grand nombre de leurs serviteurs (danseuses, musiciens, soldats, etc.) étaient mis à mort pour les accompagner. En l'absence d'autres sépultures similaires ailleurs, il est impossible de dire s'il s'agit d'une pratique courante de l'époque ou exceptionnelle. L'interprétation de cette découverte est en tout cas très difficile[124].

Cultes aux ancêtres

Les anciens Sumériens se devaient d'honorer leurs morts par le biais d'un culte des ancêtres, constitué de rituels d'offrandes, comme ceux appelés KI.A.NAG bien connus pour l'époque d'Ur III. Ils concernaient en premier lieu les défunts les plus prestigieux, membres de la famille royale, mais aussi des élites comme les gouverneurs, dont le culte était pourvu par les institutions[125]. Mais plus largement tous les membres de la société étaient tenus de sacrifier à leurs ancêtres, en premier lieu les fils envers leurs pères défunts ; le récit Gilgamesh, Enkidu et les Enfers, décrivant sort des défunts, dit que ceux qui ont beaucoup de fils ont un meilleur sort car ils reçoivent de nombreux présents, tandis que ceux morts sans héritier vivent dans un grand désespoir[126].

Le milieu intellectuel sumérien[modifier | modifier le code]

L'écriture cunéiforme et ses développements[modifier | modifier le code]

Tablette de comptabilité d'Uruk, vers 3200-3000 av. J.-C., partagée en cases avec des logogrammes et signes numériques « proto-cunéiformes »
Tablette de comptabilité d'Uruk, Uruk III (c. 3200-3000 av. J.-C.), avec des signes pictographiques et numériques disposés dans des cases, Pergamon Museum[127].
Tablette administrative de la période d'Ur III (v. 2050 av. J.-C.) avec des signes cunéiformes disposés en lignes.
Détail d'une inscription sur une statue du roi Gudea de Lagash en signes cunéiformes archaïsants, v. 2120 av. J.-C., musée du Louvre.
Les principes généraux de l'écriture cunéiforme

Les scribes sumériens employaient un système d'écriture qualifié de « cunéiforme » parce que ses signes étaient composés de traits en forme de coins ou de clous, dus à l'incision d'un calame à tête triangulaire biseautée sur une tablette d'argile. Il fallut plusieurs siècles pour qu'ils prennent leur aspect cunéiforme, puisqu'ils étaient au départ réalisés par des traits simples, ayant donc un aspect linéaire. C'était un système d'écriture composite, donc les signes sont de plusieurs types. Il combinait des signes à valeur logographique, désignant des mots qui peuvent être aussi bien des choses matérielles et visibles (un homme, un animal, une partie d'un corps, un végétal, une maison, une étoile, etc.) que des idées (la parole, la vie, etc.), et des signes phonétiques, signifiant une syllabe, ainsi que de nombreux signes numériques. Les premiers étaient relativement nombreux dans l'écriture sumérienne, probablement parce que cette langue comprenait de nombreux signes se prononçant de la même manière (des homophones). Certains étaient à l'origine des pictogrammes, un dessin simplifié représentant tout ou partie de la chose qu'ils signifiaient (une main, un vase, une plante), mais la forme de la plupart n'a aucun lien évident avec leur signification. Parce qu'il avait fallu constituer de nombreux signes pour désigner tout ce qui devait apparaître dans les textes, on avait puisé dans le stock de signes initial pour figurer de nouveaux sens. Ainsi, un même signe pouvait servir à désigner plusieurs mots se prononçant de la même manière, ce qui aboutit au développement de signes phonétiques : le signe de la bouche se prononçant [ka], il fut utilisé pour composer des mots comprenant cette syllabe. L'élaboration de nouveaux signes se fit aussi par association d'idées : le signe de la bouche était lui-même un dérivé du signe de la « tête », dont on avait hachuré le bas, et il put désigner la « parole », ou le verbe « parler ». Un même signe pouvait donc avoir à la fois une valeur d'origine pictographique, représenter plusieurs mots, et un son. Les plus anciens textes avaient une syntaxe simple, ne faisant pas figurer les éléments grammaticaux, et ressemblent donc plus à une sorte d'aide-mémoire très simple. Les éléments plus complexes n'apparurent que tardivement, au moment où le sumérien fut de moins en moins parlé et qu'il fallut que les textes soient plus détaillés pour être compréhensibles à ceux qui n'avaient pas l'habitude de s'exprimer dans cette langue[128],[24],[129].

Les débuts de l'écriture en Mésopotamie

Les origines de l'écriture cunéiforme ont fait l'objet de nombreuses études qui n'ont pas éclairci tous les mystères qui les entourent[24],[129],[130]. Les plus anciens textes, retrouvés à Uruk et datés des alentours de 3300-3100, sont pour la plupart de nature administrative, composés de signes numériques et de pictogrammes associés, donc répertoriant des choses que l'on comptabilisait. Leur apparition est généralement liée à celle de l’État et des institutions, et de la nécessité qu'ils avaient de disposer d'outils de gestion de plus en plus élaborés pouvant enregistrer des événements sur une longue durée. Leur lien avec des outils de comptabilité plus anciens, des jetons ayant apparemment pour fonction de symboliser des produits stockés ou échangés, n'est pas clair. Il est sans doute hâtif de faire dériver les premiers signes écrits de ces premières formes de comptabilité. Il n'est pas non plus acquis que les premiers signes écrits furent tous des pictogrammes ou même des logogrammes et des signes numériques, puisque certains indices semblent indiquer qu'un nombre limité d'entre eux avait déjà une valeur phonétique. L'idée selon laquelle l'écriture fut élaborée pour les besoins de l'administration, qui reste largement dominante, a même été questionnée dernièrement, puisqu'elle pourrait être apparue d'emblée avec tous ses composants (pictogrammes, idéogrammes, phonogrammes), envisagée comme étant une nouvelle manière de représenter et de dire le monde[131].

Les inventeurs de l'écriture ?

Une dernière question qui n'a pas trouvé de réponse faisant consensus est de savoir si ce sont bien des Sumériens (ou plus exactement des gens parlant sumérien) qui ont été les inventeurs de l'écriture. Puisqu'il est généralement estimé que les plus anciens textes ne comprennent pas de signes phonétiques mais que des signes logographiques, il est impossible de déterminer s'ils renvoient à une langue spécifique. Les premiers signes phonétiques, avec notamment des éléments grammaticaux, apparaissent assurément au début du IIIe millénaire av. J.‑C., et renvoient sans équivoque au sumérien. Il est donc tentant de considérer que les locuteurs de cette langue ont élaboré l'écriture. Mais étant donné que le contexte ethnique et linguistique de la fin du IVe millénaire av. J.‑C. nous échappe, il reste la possibilité qu'un autre peuple disparu au début du millénaire précédent ait élaboré ou participé à l'élaboration de l'écriture[132]. Avec le développement des signes phonétiques, cette écriture put être adaptée à d'autres langues très différentes du sumérien : l'akkadien, l'élamite, l'éblaïte, et bien d'autres, qui conservèrent toujours des logogrammes sumériens aux côtés des mots rédigés phonétiquement dans la langue de leurs rédacteurs.

Les scribes et leur formation[modifier | modifier le code]

Les scribes de Sumer

Les scribes (DUB.SAR) sont une catégorie de personnes qui apparaît couramment dans les textes administratifs, reflétant leur importance dans le fonctionnement des institutions sumériennes. Cette dénomination cache en fait des statuts variés : certains scribes se contentaient de tâches administratives de base, d'autres étaient de véritables cadres administratifs, d'autres encore avaient des positions élevées dans les cours royales, comme le « grand scribe », sans doute une sorte de secrétaire royal. Le groupe des scribes n'avait du reste pas le monopole de l'écriture, puisque celle-ci devait être maîtrisée par la catégorie des lettrés, en général des membres du clergé, et sans doute aussi des dignitaires de la cour royale, ainsi que par des personnes faisant partie du groupe des élites, ayant souvent recours à l'écrit pour leurs activités[133]. On ne sait pas vraiment si les rois savaient écrire, mais Shulgi s'en vanta dans deux hymnes à sa gloire[134]. La connaissance de l'écriture n'excluait pas totalement les femmes : quelques femmes scribes sont attestées dans des textes et certaines prêtresses savaient manifestement écrire ; un des seuls auteurs de textes littéraires dont la tradition sumérienne ait retenu le nom est d'ailleurs une auteure, la princesse et grande-prêtresse d'Ur Enheduanna, fille de Sargon d'Akkad[135].

Les écoles et l'éducation des scribes

L'éducation des scribes est évoquée par plusieurs textes sumériens, datés essentiellement des débuts du IIe millénaire av. J.‑C.[136] C'est également à cette époque que remontent les plus anciens bâtiments fouillés qui peuvent être assurément qualifiés de lieux d'enseignement, repérés à Nippur et Ur. Ces « écoles » semblent en fait plutôt être des institutions familiales : elles étaient situées au domicile d'un formateur, membre du clergé, qui enseignait à des apprentis scribes. Les textes littéraires sur l'éducation des écoles, nommées « maison de la tablette » (É.DUB.BA), parlent d'un maître qualifié d'« expert » ou de « père de l'école », assisté par le « grand frère », qui joue un rôle de moniteur et l'« homme de la cour », sans doute un surveillant. La formation des scribes débutait manifestement par un cycle d'apprentissage, dans lequel étaient dispensées les bases de l'écriture et du calcul et sans doute aussi celles de la rédaction de textes administratifs et juridiques simples, à partir d'exercices de copies, notamment des listes lexicales qui étaient le socle de l'enseignement mésopotamien. Un approfondissement pouvait ensuite être suivi, aboutissant sur la maîtrise de textes plus complexes. On ne sait pas vraiment s'il était destiné à tous les apprentis scribes ou seulement réservés à ceux qui devaient occuper de plus hautes fonctions. Les scribes accomplissant les tâches les plus simples n'avaient pas forcément besoin d'un apprentissage prolongé. Quant à ceux qui devenaient de véritables lettrés employés dans les temples et la haute administration du palais, on ne sait pas vraiment comment s'accomplissaient leurs « études supérieures ». Le rôle du pouvoir royal dans l'enseignement n'est pas bien compris : un texte de Shulgi raconte qu'il avait entrepris de développer les écoles, mais les seuls lieux d'enseignement connus sont de type « privé »[137].

La littérature sumérienne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Littérature mésopotamienne.

Les scribes sumériens avaient couché par écrit une des plus anciennes littératures connues. Les premiers textes que l'on qualifie de « littéraires » suivant les critères modernes apparurent vers 2600 av. J.-C. dans les tablettes de Fara et Abu Salabikh. La rédaction de ces œuvres fut poursuivie durant les périodes suivantes, jusqu'aux premiers siècles du IIe millénaire av. J.‑C. C'est de ces derniers que date d'ailleurs la majorité des textes littéraires en sumérien qui sont connus, exhumés en premier lieu parmi les lots de textes scolaires de la « Colline aux tablettes » de Nippur et les résidences de prêtres d'Ur[138]. Les scribes sumériens avaient mis par écrit des listes d'ouvrages qui indiquent que le corpus littéraire de cette période était largement plus fourni que ce qui nous est parvenu[139]. Il est donc impossible de reconstituer un tableau complet de la littérature sumérienne telle qu'elle se présentait pour les savants qui l'ont fait vivre. Les historiens ont dû procéder à la reconstitution et la traduction des textes découverts, dont l'état souvent fragmentaire empêche de connaître l'intégralité de certaines œuvres, leur donner un titre qu'ils n'avaient pas dans l'Antiquité puisqu'on les qualifiait alors par leurs premiers mots (leur incipit), tenter de les classer dans des genres qui sont généralement empruntés aux textes bibliques (sagesses, lamentations) ou à la littérature de l'Antiquité classique (épopées, mythes, hymnes). On redécouvre ainsi des pans majeurs de la pensée de la civilisation sumérienne, concernant l'idéologie politique, les croyances religieuses, ou la morale.

Les listes lexicales

Le plus ancien genre de texte non administratif qui soit connu est celui des listes lexicales, caractéristiques du milieu lettré mésopotamien depuis ses débuts. Il s'agit de longues listes classant des signes et termes par thèmes, souvent employées dans un but pédagogique : listes de signes pour apprendre à écrire le cunéiforme, listes thématiques regroupant des termes d'un même domaine, par exemple une liste des métiers ou une autre regroupant les objets de la vie quotidienne, animaux, végétaux, etc. Ces classifications reflètent la façon dont les savants Sumériens concevaient le monde et tentaient de le mettre en ordre par écrit pour mieux le comprendre[140].

Fragment de l'inscription commémorative de la Stèle des vautours, Girsu, musée du Louvre.
Les inscriptions royales

Les inscriptions à but commémoratif écrites à l'initiative des souverains (ou de membres de la cour) et destinées avant tout à un auditoire divin constituent un corpus très important du point de vue quantitatif. Il s'agissait souvent de dédicaces simples portées sur de petits objets, comportant simplement l'identité du dédicant (avec sa fonction, souvent le nom d'un ou deux ancêtres), du dieu invoqué et de l'acte accompli et commémoré (offrande, construction de temple, victoire militaire). Avec le temps, ces textes s'allongèrent et devinrent de plus en plus détaillés sur le contexte des actions commémorée. Ils concernent surtout des actes pieux comme des offrandes, des restaurations de temples parfois présentées très longuement comme sur les deux cylindres de Gudea détaillant comment le dieu Ningirsu lui était apparu en rêve pour lui ordonner de construire son grand temple, puis décrivant la construction du temple et les festivités d'accueil des divinités du royaume dans le sanctuaire. Les actes militaires étaient également rapportés, par exemple sur le texte de la Stèle des vautours d'E-anatum et le Cône d'En-metena relatant les conflits entre Lagash et Umma. Plus rarement, c'était le rôle du roi en tant que garant de la justice qui était célébré : les textes des « réformes » d'Urukagina dans lesquels ce roi dit avoir restauré la justice sociale et l'ordre voulu par les dieux dans son royaume, et les deux « codes de lois » sumérien, le Code d'Ur-Nammu d'Ur et le Code de Lipit-Ishtar d'Isin, qui sont en fait des textes à la gloire du souverain dans lesquels sont détaillées les décisions de justice qu'il a prises (les « lois »). Ces textes visaient à faire passer à la postérité les accomplissements dont les souverains étaient les plus fiers, suivant l'idéologie politique de l'époque[141].

Historiographie

Les scribes sumériens étaient allés plus loin en développant des textes de nature historiographique revenant sur des événements antérieurs et les réinterprétant suivant leur vision de l'histoire. C'est le cas de la Liste royale sumérienne, dont la première mouture date au moins de la période d'Ur III, qui présentait l'histoire de la royauté en Mésopotamie depuis que celle-ci a été transmise aux hommes par les dieux (depuis qu'elle était « venue du Ciel » suivant l'expression du texte) : elle passe successivement à plusieurs dynasties choisies par les dieux qui exercent la royauté jusqu'à ce que les faveurs divines passent à un rival, pour des raisons qui n'y sont pas développées. Ce texte met ainsi de côté le fait que durant une large partie de son histoire le pays de Sumer avait été divisé politiquement, et laisse dans l'ombre des royaumes importants comme celui de Lagash. Les moments où le pouvoir se perd pour une dynastie avant de passer à une autre avait été l'objet de réflexions plus poussées, qui avaient abouti à la rédaction de textes détaillés. La Malédiction d'Akkad revient sur la chute de l'empire d'Akkad, et en donne sans doute la version officielle des rois d'Ur III au moment où ils avaient repris le flambeau de la royauté et cherchaient à légitimer leur position : le roi Naram-Sin d'Akkad aurait perdu les faveurs du grand dieu Enlil avant de l'outrager en détruisant son temple, ce qui aurait déchaîné sur lui et son empire la vengeance divine par le biais des Gutis, peuple barbare qui saccagea alors la Mésopotamie. Ce genre d'explication fut reprise par les successeurs des rois d'Ur, notamment les rois d'Isin, pour expliquer leur chute, évoquée dans plusieurs textes dits de Lamentations, qui racontent comme les dieux, en premier lieu Enlil, avaient cessé de soutenir Ur et laissé les grandes villes sumériennes être dévastées par des ennemis étrangers[142].

Épopées

Les textes de glorification des souverains renvoient à des textes qualifiés d'« épiques » par les spécialistes modernes, en premier lieu le cycle des rois semi-légendaires d'Uruk, qui fut sans doute été couché par écrit à partir de sources plus anciennes durant l'époque des rois d'Ur III, eux-mêmes originaires d'Uruk et présentés comme appartenant à la même lignée que les anciens rois glorieux de cette cité. Le premier groupe de texte concerne la rivalité entre les rois d'Uruk Enmerkar et Lugalbanda et la cité d'Aratta, située quelque part dans les montagnes iraniennes, et contre laquelle ils triomphent toujours grâce à leur intelligence ; un de ces récits donne d'ailleurs une version sumérienne de l'invention de l'écriture. L'autre roi d'Uruk célébré par plusieurs textes épiques est Gilgamesh. La tradition le concernant est plus complexe, puisque ce personnage est également vu comme un dieu des Enfers. Les textes le concernant en tant que roi d'Uruk évoquent sa rivalité contre les rois de Kish ou encore ses combats épiques dans lesquels il triomphe du monstre Huwawa et du Taureau céleste avec l'aide de son acolyte Enkidu, qui ont par la suite été repris par les scribes akkadiens pour composer l’Épopée de Gilgamesh[143].

Tablette d'un hymne dédié au roi Ur-Nammu, v. 2100 av. J.-C., musée du Louvre.
Hymnes et prières

Un dernier type de texte de glorification des rois et des dieux est celui des « hymnes », compositions de nature poétique sans doute destinées à être chantées avec un accompagnement musical (qui est impossible à restituer). Les plus anciens hymnes connus ne sont pas destinés aux dieux, mais à leurs temples dont la majesté est célébrée. Les hymnes divins sont nombreux et variés, vantant la splendeur des grands dieux et leurs qualités. Les souverains firent également l'objet de telles célébrations, en particulier quand ils ont commencé à vouloir accéder à la divinité : les rois d'Ur III ont fait l'objet de nombreux hymnes consacré à leur charisme, leur beauté, leurs accomplissements ; ceux destinés à Shu-Sîn ont la particularité d'avoir une tonalité érotique, sans doute en lien avec le rituel du Mariage sacré. Le genre des prières royales, cherchant à attirer les bonnes grâces des dieux sur les monarques, est apparenté à celui des hymnes[144]. Certains des textes hymniques et des lamentations sont écrits dans une variante spécifique du sumérien appelée EMESAL (quelque chose comme « langue raffinée »), apparue au début du IIe millénaire et pratiquée jusqu'à la fin du Ier millénaire, ce qui en fait la forme de littérature sumérienne attestée le plus tardivement[145].

Mythes

Les textes de nature mythologique sont centrés sur les dieux. Ils visent à expliquer l'organisation du monde telle que la concevaient les prêtres sumériens. Ils sont aussi bien consacrés aux origines du monde qu'à celles de l'homme, et à la mise en ordre de celui-ci, la transmission des techniques aux hommes par les divinités, au premier rang desquels se trouve le dieu sage Enki (Enki et Ninmah, Enki et l'ordre du monde). Certains s'intéressent aux relations entre les divinités, comme les récits sur les amours tumultueuses de la déesse Inanna et du dieu Dumuzi (en particulier la Descente d'Inanna aux Enfers). Un autre, le Lugal-e, relate le combat du dieu guerrier Ninurta contre le démon Asag[146].

Sagesses

Enfin, il convient d'évoquer ici le genre des textes de « sagesses ». Sous cette appellation est regroupé un ensemble hétéroclite de texte à but moralisant, présentant généralement une vision conservatrice et prudente de l'action humaine : respect des dieux, des aînés, de la famille, modération dans les actes, etc. Il s'agit de textes de conseils d'un père à son fils (Instructions de Shuruppak), de collections de proverbes et de fables courtes, de satires, de contes moraux et de tensons, joutes verbales opposant deux entités (Houe et Charrue, Argent et Cuivre, Brebis et Grain), l'une étant déclarée vainqueur à la fin[147].

Les sciences[modifier | modifier le code]

La nature des « sciences » sumériennes

Les savants Sumériens ont laissé peu de textes que l'on qualifierait de « scientifiques » au regard des critères modernes, les savoirs techniques se transmettant alors surtout oralement. L'étude des sources disponibles montre pourtant qu'ils disposaient de connaissances dans divers domaines qui avaient dû nécessiter des observations, des réflexions puis des mises en pratique élaborées, et qu'ils en savaient donc sans doute plus qu'on ne pourra le découvrir. Leurs accomplissements dans des domaines comme la métallurgie, la teinture, l'artisanat du parfum, ou encore l'architecture et l'irrigation démontre qu'ils avaient des savoirs avancés dans le domaine de la chimie ou des sciences physiques. Les listes lexicales indiquent pour leur part que les lettrés avaient observé et analysé les éléments zoologiques, botaniques et minéralogiques qui les entouraient, en cherchant à les regrouper par catégories. Mais ils n'avaient pas développé de savoir théorique écrit dans ces matières, la finalité de ces connaissances étant pratique[148]. Du reste, ils ont privilégié des réflexions de type « scientifique » reposant sur la tentative de tirer des leçons de ce qu'ils observaient dans leur monde pour des domaines qui nous paraissent irrationnels comme la divination, plus importantes dans les conceptions des savants de l'époque, qui étaient avant tout des membres du clergé (devins, exorcistes)[149].

Remèdes médicaux

Un premier domaine documenté par un texte technique est celui de la pharmacologie. Un long traité de pharmacopée en sumérien fut couché par écrit durant la période d'Ur III. Il comprend une liste de remèdes élaborés à partir de substances végétales, animales et minérales : onguents, remèdes obtenus par décoction, potions à ingérer souvent obtenues par une poudre médicinale dissoute dans de la bière. Mais il n'y a pas de tablette de la même époque documentant les maladies pour lesquelles étaient prescrits les remèdes dont la recette était fournie, laissant ainsi tout un pan de la médecine sumérienne en dehors du champ de nos connaissances[150].

Numération et mathématiques
Article détaillé : Numération mésopotamienne.

Le domaine des mathématiques est bien mieux documenté, par le biais de ses applications pratiques et non pas par ses aspects théoriques. La documentation sur cette discipline étant abondante pour la première moitié du IIe millénaire, on a longtemps vu cette période comme celle de l'essor des mathématiques mésopotamiens, la période sumérienne étant vue comme relativement pauvre de ce point de vue. Les analyses récentes ont réévalué la dette que les mathématiques antiques devaient aux Sumériens. Les systèmes numériques et métrologiques, bien documentés depuis les débuts de l'écriture, ont fait l'objet de nombreuses études. Les systèmes mesures n'étaient pas unifiés : les poids, superficies, longueurs, capacités, etc. avaient leurs propres unités avec des rapports entre elles qui ne correspondaient pas à ceux employés dans les autres systèmes de mesure. Nombreux à l'origine, ils furent peu à peu simplifiés, sans jamais être uniformisés pour autant. Pour les convertir, les scribes avaient élaboré un système de conversion de type sexagésimal (de base 60) qui devint la caractéristique du système numérique mésopotamien. La notation positionnelle se développa à partir de la fin de la période d'Uruk pour triompher à la période d'Ur III. De cette dernière période date également la plus ancienne table de réciproques de base 60 connue, servant à faciliter les calculs. Les tablettes d'exercices mathématiques connues pour le IIIe millénaire confirment que ces connaissances avaient un but pratique : il s'agit d'exercices de calcul de surfaces de champs, de constructions, etc. Ces connaissances sont souvent présentées comme essentiellement algébriques, mais en fait leur finalité est souvent géométrique. Il importait en effet aux gestionnaires des domaines des institutions de pouvoir évaluer les capacités de production des terres agricoles en mesurant les surfaces de différentes formes (carrés, rectangles, quadrilatères irréguliers, etc.), la quantité de grain à ensemencer et la récolte attendue, les besoins en matières premières pour la transformation alimentaire (les quantités de malt et d'orge nécessaires pour produire une quantité désirée de bière) ou les constructions, etc. C'est sur ces bases que l'essor des mathématiques mésopotamiens put s'accomplir au début du IIe millénaire[151].

Arts[modifier | modifier le code]

Glyptique[modifier | modifier le code]

Les sceaux-cylindres, développés à partir du milieu du IVe millénaire, étaient un objet caractéristique de la civilisation mésopotamienne[152]. Il s'agissait, comme leur nom l'indique, de petits cylindres ayant pour fonction d'identifier leur détenteur sur des documents, en étant déroulés sur une surface d'argile sur laquelle leur décor était imprimé. Ils étaient généralement taillés dans de la pierre. Bien que leur fonction fut avant tout juridique et administrative, leur apparition participant au développement des outils de comptabilité durant la période d'Uruk, ils furent également un support majeur de l'expression iconographique sumérienne. Leur déroulement offrait aux graveurs la possibilité de représenter des scènes complexes, parfois sur deux registres, qui pouvaient être reproduites à l'infini. De nombreux sceaux-cylindres nous sont parvenus parce qu'ils étaient enterrés avec leurs détenteurs qui leur attribuaient sans doute une fonction symbolique ou bien les voyaient comme une sorte d'amulette protectrice. Le décor d'un plus grand nombre encore nous est parvenu par le biais des tablettes sur lesquelles ils avaient été imprimés, même si l'objet a disparu.

Les spécialistes de la glyptique mésopotamienne (l'art de graver les sceaux) ont distingué plusieurs phases d'évolution du répertoire iconographique des sceaux-cylindres depuis leur origine jusqu'à la fin de la période sumérienne. Les sceaux de la période d'Uruk, les plus anciens, étaient marqués par l'esprit « humaniste » de l'époque : ils représentaient des scènes de la vie quotidienne des hommes (travaux agricoles, artisanat), le roi dans l'aspect symbolique de sa fonction (notamment en train de nourrir des animaux) ; des animaux, réels ou imaginaires (hybrides) étaient également souvent mis en scène. Au IIIe millénaire av. J.‑C., les thèmes mythologiques et cultuels prirent le devant. Durant la période des dynasties archaïques, le thème du héros maîtrisant des animaux sauvages ou hybrides était très diffusé ; les représentations de dieux, caractérisés par leur tiare à cornes connurent un essor ; les scènes de banquet cultuel étaient également très courantes. Durant la période d'Akkad, les divinités étaient très couramment représentées, dans des scènes mythologiques relativement homogènes dont le sens exact nous échappe car elles n'avaient pas de parallèle dans la documentation écrite. Cette époque et surtout celle d'Ur III virent également le développement des « scènes de présentation », représentant un homme introduit par sa divinité protectrice devant une divinité ou un souverain, qui furent très populaires durant les siècles suivants[153].

Exemples de la glyptique sumérienne.

Sculpture[modifier | modifier le code]

De nombreuses statues ont été exhumées sur des sites sumériens, et malgré l'état fragmentaire de bon nombre d'entre elles il est possible de dégager des grandes tendances d'évolution. Les sculpteurs sumériens réalisaient des œuvres en ronde-bosse que des bas-reliefs. Ils privilégiaient comme sujets la glorification de leurs souverains et de leurs dieux.

Des périodes d'Uruk et de Djemdet Nasr datent plusieurs statues en ronde-bosse exhumées à Uruk, dont la tête en calcaire de la « Dame d'Uruk »[154], ainsi que des sculptures sur bas-reliefs, comme la « stèle de la chasse » représentant un souverain en train de chasser des animaux[155], et le grand vase sculpté, figurant sur plusieurs registres une procession portant des offrandes à une déesse, sans doute Inanna[156].

Pour la période des dynasties archaïques, les sites du pays de Sumer (et ceux aussi de la Diyala et la Syrie) ont livré des statues d'humains en position d'orants ou de prière, qui avaient été déposées dans des temples pour obtenir des faveurs de la part des dieux. Les personnages masculins portent souvent une jupe désignée par le terme grec kaunakès, qui peut être unie ou avec des franges. Le matériau privilégié pour ces sculptures est l'albâtre[157]. De la même période datent des bas-reliefs remarquables. La « stèle des vautours » retrouvée à Girsu, sculptée sur deux faces de plusieurs registres, commémorait la victoire de Lagash sur sa voisine et rivale Umma, mais est dans un état très fragmentaire qui ne permet que d'en imaginer la qualité originelle ; un des aspects les plus remarquables de cette œuvre est l'association qu'elle fait entre les images et le texte qui y fut inscrit, une première dans l'histoire de l'art sumérien, montrant le développement de la narration historiographique[158]. Le site de Girsu a également livré plusieurs bas-reliefs exécutés sur des plaques quadrangulaires perforées en leur centre, qui devaient avoir une fonction votive ; les thèmes des scènes représentées renvoient à celles de la glyptique et des autres formes d'art contemporaines : scènes de culte à des divinités, animaux mythiques comme l'aigle léontocéphale, célébration du souverain[159].

Sculptures des périodes de Djemdet Nasr et des dynasties archaïques.

Les artistes de l'empire d'Akkad reprirent les formes de sculpture héritées des dynasties archaïques, notamment les stèles sculptées sur plusieurs registres, célébrant en premier lieu les exploits guerriers des souverains. Cela reflète peut-être une tradition qui devait plus aux ateliers des pays sémites (autour de Kish) que ceux des villes de Sumer. Une des œuvres les plus remarquables de l'art mésopotamien, la stèle de victoire du roi Naram-Sin, comporte des innovations caractéristiques de l'esprit des œuvres de cette période : elle choisit une disposition verticale, symbolisant la volonté du roi de s'élever au-dessus des autres humains, pour accéder à la divinité ; le rendu des personnages insiste plus sur leur beauté physique et leur force (musculature, cheveux). La statuaire en métal connut un développement remarquable durant cette période, grâce à l'utilisation de la technique de la cire perdue, attestée par la tête de statue retrouvée à Ninive représentant un souverain de la période[160].

Après la chute d'Akkad, une école de sculpture de haute volée s'épanouit à Lagash autour du roi Gudea. Elle est surtout connue par les nombreuses statues de ce souverain réalisées dans la diorite noire importée de la péninsule Arabique déjà très appréciée par les rois akkadiens. La précision du rendu anatomique de ces statues, qui poussaient plus loin l'aspect « réaliste » des œuvres de la période précédente, a contribué à leur donner une place majeure dans les histoires de l'art mésopotamien. Là encore pourtant, les proportions du corps ne sont pas respectées, les sculpteurs ayant exagéré la taille des mains en position de prière, des yeux grand ouverts, ce qui était peut-être lié au fait qu'elles célébraient la dévotion du roi envers les dieux. Des stèles de la même période représentaient des scènes cultuelles. En ce qui concerne la sculpture en métal, on réalisait également des clous de fondation en cuivre inscrits et enterrés sous les constructions des souverains de façon à assurer la pérennité de leur œuvre, qui se terminaient en statuette de forme humaine[161].

La période d'Ur III est moins bien connue du point de vue artistique, mais les quelques informations que l'on peut glaner indiquent que les évolutions furent peu marquées, les sculpteurs réalisant encore des statues en diorite proches de celle de l'époque de Gudea ainsi que des stèles. La mieux connue est la « stèle d'Ur-Nammu », sculptée sur du calcaire et aujourd'hui en état très fragmentaire. Il est possible de deviner qu'elle célébrait la construction du temple du dieu Nanna par le souverain ; une de ses parties les mieux conservées représente d'ailleurs ce dernier en train de faire une libation devant le dieu. Les rois d'Ur III firent également exécuter des clous de fondation en cuivre, certains les représentant portant un panier à briques, célébrant leur fonction de roi-bâtisseur[162].

Sculptures des derniers siècles du IIIe millénaire av. J.‑C.

Vaisselle de luxe, bijoux et ornements[modifier | modifier le code]

Reconstitution des parures de la Dame Pu-abi retrouvées dans sa tombe à Ur, v. 2500 av. J.-C., British Museum.
Vase en argent dédié par En-metena, roi de Lagash, au dieu Ningirsu. Découvert à Tello, ancienne cité de Girsu. Musée du Louvre.

Les artisans sumériens confectionnaient des objets luxueux mobilisant leur savoir-faire en matière de métallurgie, d'orfèvrerie, d'ornementation. La découverte des tombes royales d'Ur en 1927 fournit une documentation de premier plan sur ces réalisations.

Parmi la vaisselle de luxe, les sépultures d'Ur ont livré de la vaisselle en or, en cuivre et également en argent, de très bonne facture[163]. Mais le plus beau vase en métal issu des ateliers sumériens qui nous soit parvenu provient de Girsu : il s'agit du vase en argent dédié par le roi En-metena de Lagash au dieu Ningirsu. Il est formé dans une fine feuille d'argent sur laquelle est gravée l'inscription dédicatoire du souverain ainsi qu'une représentation de l'aigle léontocéphale Imdugud, prenant entre ses serres des lions et d'autres animaux[164].

Les bijoux et ornements sont essentiellement documentés par les tombes d'Ur. Un des principaux défunts de la nécropole, le roi Meskalamdug, disposait ainsi d'un casque en or finement gravé. Une dague d'or a également été mise au jour dans cet ensemble de trouvailles. La parure de la Dame Pu-abi reste l'ensemble le plus remarquable : des colliers et pendentifs composés de perles d'or, lapis-lazuli, cornaline et agate, des épingles d'or, un diadème constitué de feuilles et de fleurs d'or, etc.[163]

Divers autres objets pouvaient se voir ornés méticuleusement avec des feuilles d'or ou du lapis-lazuli et de la nacre, collés à une armature en bois avec du bitume, comme le montrent là encore divers objets provenant des sépultures royales d'Ur. C'est le cas de l'« étendard d'Ur », panneau à fonction énigmatique[165], de la statuette de bouquetin couvert de lapis-lazuli et de dorures se nourrissant d'un arbuste plaqué en or, et du « jeu royal d'Ur », plateau de jeu en bois couvert d'une mosaïque de lapis-lazuli, cornaline et nacre. Les instruments de musique retrouvés dans ces tombes avaient des décorations similaires[163]. Des éléments de mobilier retrouvés à Girsu et la « frise à la laiterie » d'el-Obeid montrent que l'art de l'incrustation devait être très répandu à Sumer à l'époque des dynasties archaïques (sans doute pour des éléments de meubles), même s'il reste peu attesté et disparut durant les périodes suivantes de l'histoire mésopotamienne[166]. Certains objets du « trésor d'Ur » de Mari furent peut-être été réalisés à Sumer, ou du moins ils témoignent d'une forte influence sumérienne ; parmi les objets les plus notables figure une statuette d'aigle léontocéphale en lapis-lazuli, cuivre et or[167].

Musique[modifier | modifier le code]

Joueur de lyre sumérienne décorée d'une tête de taureau, détail de l'étendard d'Ur.

Au-delà des arts plastiques, il est difficile d'approcher les réalisations sumériennes dans les domaines du chant et de la musique, même si nos sources montrent sans doute possible qu’ils accordaient de l'importance à ces formes d'art. Il était courant de trouver un chef des musiciens (NAR.GAL) dans les cours royales voire dans les provinces à la période d'Ur III. Dans l'iconographie, des musiciens accompagnent des banquets. Durant les cérémonies religieuses (les rituels sacrificiels), des personnages comme les chantres/musiciens (NAR), lamentateurs (GALA), mais aussi des danseurs et des acrobates intervenaient, la performance devant enchanter les dieux tant par ses aspects sonores que visuels. Les hymnes connus par des textes devaient être chantés voire accompagnés de musique et de danse, de même que d'autres types de textes comme des récits mythologiques qui sont qualifiés de « chants » (ŠIR). En dehors du milieu des élites et du clergé, les pratiques de chant et de musique sont bien moins attestées, mais sans doute elles étaient tout aussi importantes ; on connait par exemple des comptines pour enfants[168].

L'importance de la musique pour les élites sumériennes transparaît dans un hymne à la gloire de Shulgi, qui glorifie la remarquable maîtrise de cet art à laquelle avait accédé ce souverain. C'est aussi un catalogue instructif sur les types de chants exécutés et les instruments employés à cette époque, même s'il est difficile de savoir avec précision ce qui se cache derrière certains termes : sont évoqués différents types de harpes, de lyres, de luths, de clarinettes[169]. Les tombes royales d'Ur (milieu du IIIe millénaire) ont fourni une dizaine d'instruments richement décorés en nacre, lapis-lazuli et or. L'iconographie des sceaux-cylindres de la même nécropole complète la documentation. Les instruments à corde sont les mieux documentés : il s'agissait de harpes, de forme triangulaire avec des cordes fixées de façon oblique, et de lyres, quadrangulaires, les cordes étant tendues entre la barre verticale supérieure et le bas ; la base de ces instruments était une caisse de résonance, décorée d'une tête de taureau dans les exemplaires des sépultures d'Ur. Ces tombes ont par ailleurs livré deux flûtes en argent, percées de plusieurs trous. L'iconographie représente également des luths, ainsi que divers instruments à percussion (tambourins, cymbales, claquoirs)[168].

Postérité[modifier | modifier le code]

Sumer a vu : l'émergence d'une première société urbaine, avec des types d'architecture monumentale et domestique servant par la suite de modèles ; le développement de l'écriture et de ses usages, aussi bien administratifs que savants, et son corollaire le système éducatif ; la mise en place de systèmes politiques, d'institutions reprises par la suite, avec leur système de gestion, et aussi la mise en place d'une organisation juridique et de textes législatifs ; la mise en place d'un système numérique à base sexagésimale ; la constitution d'un corpus littéraire très varié ; l'élaboration de techniques servant de base au développement de l'agriculture et de l'artisanat, notamment potier, métallurgiste et textile. Cette période fut donc fondamentale dans le développement de la civilisation mésopotamienne, et cet héritage fut repris par la suite à Babylone et en Assyrie[170].

Comme cela a été vu, il est assez difficile de dire quelle part ont eu exactement les « Sumériens » dans ces innovations, tellement les différentes composantes ethniques de l'ancienne Mésopotamie sont difficiles à définir, et de ce fait élusives, surtout pour la période d'Uruk qui fut sans doute la plus novatrice. Il est désormais considéré comme évident que le Sud mésopotamien a été multiethnique dès les débuts des périodes historiques et qu'il y avait aux côtés des locuteurs de la langue sumérienne d'autres groupes de population ayant participé au développement de la civilisation de Sumer[171]. De plus, la meilleure connaissance de la Mésopotamie du Nord et de la Syrie contemporaines de la période sumérienne a montré que ces régions étaient également peuplées par des sociétés très avancées. Il n'empêche que le rôle joué par les Sumériens a sans doute été majeur dans bien des domaines, car une partie du vocabulaire sumérien relatif à de nombreuses activités et institutions fut préservé par leurs successeurs ; dans le domaine religieux et littéraire, fut poursuivit jusqu'aux débuts de notre ère l'usage du sumérien, signe de la déférence dans laquelle était tenue la tradition sumérienne. Néanmoins, la transmission de cette tradition littéraire fut limitée : à partir de la période de la première dynastie de Babylone (surtout au XVIIe siècle), les scribes babyloniens élaborèrent de nouvelles œuvres exclusivement en akkadien, s'inspirant souvent de récits sumériens qui furent oubliés par la suite. C'est notamment le cas des mythes sumériens sur Gilgamesh en partie repris dans l’Épopée de Gilgamesh, ou de la version akkadienne de la Descente d'Inanna aux Enfers[172].

Plus largement, c'est l'influence des Sumériens dans tout le monde antique et au-delà qui peut être questionnée. Dans L'histoire commence à Sumer, Samuel Noah Kramer a recherché dans les textes sumériens les « premières fois » de différentes pratiques, croyances et institutions, couvrant les domaines intellectuel, littéraire, religieux, social, juridique, etc.[173] En fait ce sont surtout les premières fois (avec l’Égypte) que tout cela est couché par écrit et donc accessible aux historiens comme le révèle le titre du livre. C'est plus largement toute l'influence qu'a eue la civilisation mésopotamienne sur ses voisines qui est impliquée dans cette problématique, puisque c'est à travers elle que l'héritage sumérien a été transmis[174].

On a beaucoup parlé d'une l'influence sumérienne dans la Bible, en raison de plusieurs parallèles frappants (récits sur les origines, déluge, réflexions sur la place de l'homme face au divin, hymnes, etc.), sans doute de façon excessive[172]. S'il y a eu une influence sumérienne sur les textes bibliques, elle ne peut de toute manière n'avoir été qu'indirecte, par le biais des textes babyloniens auxquels ont vraisemblablement eu accès les rédacteurs de plusieurs passages de la Bible. Du reste, il ne faut pas systématiquement voir dans ces similitudes la manifestation d'une dépendance de la tradition biblique envers Sumer et la Mésopotamie : elles reflètent souvent des traditions communes à de nombreux peuples du Proche-Orient ancien et n'ont donc pas eu besoin d'un seul foyer émetteur pour se retrouver dans plusieurs écrits de cette aire culturelle[175].

Références[modifier | modifier le code]

  1. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 82-84 ; Black et al. 2004, p. li-liv
  2. a et b Ph. Abrahami, « Un système d'idéogrammes : « sumérien ou rien » ? », dans B. Lion et C. Michel (dir.), Les écritures cunéiformes et leur déchiffrement, Paris, 2008, p. 111-128
  3. a et b J.-L. Huot dans Sumer 1999-2002, col. 93-95
  4. Ur 2012, p. 535-536
  5. Postgate 1992, p. 66-70 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 139-149
  6. Par exemple (en) S. N. Kramer, The Sumerians : their history, culture, and character, Chicago, 1963, p. 290-299
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  8. a et b K. A. Wittfogel, Le Despotisme oriental, Étude comparative du pouvoir total, Paris, 1964
  9. Sur les évolutions historiographiques, voir M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 354-358 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 125-129 et 149-151 ; Black et al. 2004, p. lx-lxii
  10. http://etcsl.orinst.ox.ac.uk/
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  15. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 78-82 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 151-153 ; M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. ?
  16. P. Sanlaville et R. Dalongeville, « L'évolution des espaces littoraux du golfe Persique et du golfe d'Oman depuis la phase finale de la transgression post-glaciaire », dans Paléorient 31/1, 2005, p. 9-26
  17. a et b J.-L. Huot dans Sumer 1999-2002, col. 98-99. (en) J. R. Pournelle, « Physical Geography », dans Crawford (dir.) 2013, p. 13-32. Pour une présentation plus développée des traits géographiques de cette région à l'époque contemporaine, correspondant sans doute en gros à ceux de la période antique, voir P. Sanlaville, Le Moyen-Orient arabe, Le milieu et l'homme, Paris, 2000, p. 101-103 et 183-187.
  18. (en) D. O. Edzard, Sumerian Grammar, Leyde, 2003, est la meilleure synthèse sur l'état de connaissance de cette langue parue à ce jour. (en) P. Michalovski, « Sumerian », dans R. D. Woodard (dir.), The Cambridge Encyclopedia of the World's Ancient Languages, Cambridge, 2004, p. 19–59 propose une présentation plus concise. Voir aussi B. Lafont, « Sumérien », dans Joannès (dir.) 2001, p. 799-801
  19. (en) Th. Jacobsen, « The Assumed Conflict between Sumerians and Semites in Early Mesopotamian History », dans Journal of the American Oriental Society 59,/4, 1939, p. 485-495
  20. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 149-151 ; Black et al. 2004, p. lvi-lvii ; M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 349-352
  21. Par exemple Crawford (dir.) 2013, p. 1, qui préfère parler de « Sumerian world ».
  22. P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 108-109 ; M. Sauvage, « Obeid (période) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 597-598 ; Huot 2004, p. 57-66
  23. P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 109-112 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 132-135 ; M. Sauvage, « Uruk (période) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 887-890 ; Huot 2004, p. 79-93
  24. a, b et c (en) R. K. Englund, « Texts from the late Uruk period », dans J. Bauer, R. K. Englund et M. Krebernik, Mesopotamien, Späturuk-Zeit und Frühdynastische Zeit, Fribourg et Groningue, 1998, p. 16-233
  25. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 85-86 ; M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 339-340
  26. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 86 ; J.-L. Huot dans Sumer 1999-2002, col. 97-98 ; M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 340-341
  27. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 135-137
  28. P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 112-113
  29. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 138-139
  30. M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 342-343
  31. P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 113-114 ; F. Joannès et B. Lafont, « Sumériens archaïques (rois) », dans Joannès (dir.) 2001, p. 801-803. Inscriptions royales de cette période traduites et commentées dans (en) D. Frayne, The Royal inscriptions of Mesopotamia : Early periods, vol. 3/1, Presargonic Period (2700–2350 BC), Toronto, 2008.
  32. P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 114-118 ; B. Lafont et B. Lion, « Akkad », dans Joannès (dir.) 2001, p. 22-26
  33. M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 347-349
  34. Sur cette période, voir (en) A. Westenholz, « The Old Akkadian Period: History and Culture », dans W. Sallaberger et A. Westenholz, Mesopotamien, Akkade-Zeit und Ur III-Zeit, Fribourg, 1999, p. 17-118
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  36. (en) D. Frayne, The Royal inscriptions of Mesopotamia, Early periods, vol. 3/2, Ur III period (2112-2004 BC), Toronto, 1993. (de) W. Sallaberger, « Ur-III Zeit », dans W. Sallaberger et A. Westhenholz, Mesopotamien, Akkade-Zeit und Ur III-Zeit, Fribourg-Göttingen, 1999, p. 121-377.
  37. M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 351-352
  38. M.-J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 353-354
  39. Black et al. 2004, p. lv-lvi
  40. Pour une présentation de ce phénomène, voir A. Jacquet, « Des exilés de Sumer en Babylonie », dans Guerres antiques et impériales en Orient, Dossiers d'Archéologie n°300, février 2005, p. 18-25.
  41. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 157-159 ; Wilcke 2003, p. 145-146
  42. a et b Postgate 1992, p. 260-274 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 157-160 ; F. Joannès, « Roi », dans Joannès (dir.) 2001, p. 729-733 ; Charvát 2007, p. 251-255
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  44. « (en) Tablette MSVO 3,12 /BM 140855 : description sur CDLI. »
  45. Ur 2012, p. 544-545 souligne d'ailleurs qu'on ne peut pas considérer qu'il y avait une « bureaucratie » à proprement parler à cette période.
  46. Wilcke 2003, p. 147-151 ; Lafont et Westbrook 2003, p. 188-193
  47. Lafont et Westbrook 2003, p. 189 et 191-192 pour le cas d'Ur III. Selon (en) M. Van de Mieroop, The Ancient Mesopotamian City, Oxford, 1997, p. 138-139, le fait que le pouvoir central soit plus éloigné des cités dans les États de grande taille joua en faveur des autonomies locales ; il s'oppose donc à l'idée de Th. Jacobsen selon qui le pouvoir royal mésopotamien devint de plus en plus autocratique au fil du temps, alors qu'à l'origine aurait existé une « démocratie primitive » dont la réalité n'a jamais été démontrée, cf. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 156-157.
  48. Voir par exemple les réflexions de (en) A. Mc Mahon, « The Akkadian Period: Empire, Environment, and Imagination », dans D. T. Potts (dir.), A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, Malden et Oxford, 2012, p. 666-667 et P. Michalowski dans Sumer 1999-2002, col. 122, qui tendent à privilégier les causes internes pour expliquer les chutes d'Akkad et d'Ur.
  49. Ur 2012, p. 545
  50. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 178 et 183-187
  51. Postgate 1992, p. 109-136 ; F. Joannès, « Administration des temples », dans Joannès (dir.) 2001, p. 9-11 ; Lafont et Westbrook 2003, p. 190-191
  52. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 160-162
  53. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 193-196 ; Wilcke 2003, p. 143-144 et 165-167
  54. F. Joannès, « Hiérarchie sociale », dans Joannès (dir.) 2001, p. 384-385
  55. Charvát 2007, p. 255-257
  56. a et b B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 187-193
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  58. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 192-193 ; Wilcke 2003, p. 158-160 ; Lafont et Westbrook 2003, p. 198-200
  59. J.-L. Huot, J.-P. Thalmann et D. Valbelle, La naissance des cités, Paris, 1990 est une synthèse utile sur les débuts de l'urbanisation.
  60. Ur 2012, p. 536-546 ; (en) Id., « Patterns of Settlement in Sumer and Akkad », dans Crawford (dir.) 2013, p. 131-155
  61. a et b J. Margueron, « Sanctuaires sémitiques », dans Supplément au Dictionnaire de la Bible fasc. 64 B-65, 1991, col. 1119-1172 ; Crawford 2004, p. 70-93
  62. Crawford 2004, p. 60-66 ; (en) E. C. Stone, « The organisation of a sumerian town: The physical remains of ancient social systems », dans Crawford (dir.) 2013, p. 156-178
  63. a et b Huot 2004, p. 89-93 et 112-114 ; Crawford 2004, p. 60-66 ; (en) P. Collins, « Archaeology of the Sumerian home: Reconstructing Sumerian daily life », dans Crawford (dir.) 2013, p. 345-358
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  65. Lafont et Westbrook 2003, p. 208
  66. Lafont et Westbrook 2003, p. 204
  67. Wilcke 2003, p. 157 ; Lafont et Westbrook 2003, p. 198
  68. (en) B. Lafont, « Women economic activities at home and outside home during the Ur III period », sur REFEMA,‎ 16 avril 2013 (consulté le 13 octobre 2013)
  69. (en) M. Van De Mieroop, Cuneiform Texts and the Writing of History, Londres et New York, 1999, p. 141-142 (voir aussi p. 153-158).
  70. Wilcke 2003, p. 163-165 ; Lafont et Westbrook 2003, p. 206-209
  71. Lafont et Westbrook 2003, p. 204-205
  72. M. J. Geller dans Sumer 1999-2002, col. 275-276
  73. On trouvera plusieurs textes liés à ce thème dans Black et al. 2004, p. 188-209.
  74. Huot 1989, p. 82-83
  75. Postgate 1992, p. 173-183
  76. Huot 1989, p. 92-98
  77. Postgate 1992, p. 188-190 ; B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 196-197
  78. Voir à ce sujet les différentes communications de la revue Annales, Histoire, Sciences Sociales 57/3, 2002, intitulée Politiques et contrôle de l'eau dans le Moyen-Orient ancien, qui dépassent le seul cadre sumérien.
  79. Postgate 1992, p. 167-170
  80. Postgate 1992, p. 170-172
  81. a et b (en) H. Limet, « The Cuisine of Ancient Sumer », dans The Biblical archaeologist 50/3, 1987, p. 132-147
  82. Postgate 1992, p. 159-166
  83. B. Lion, « Chasse », dans Joannès (dir.) 2001, p. 179-180 ; B. Lion et C. Michel, « Pêche », dans Joannès (dir.) 2001, p. 638-640
  84. M. Sauvage, « Roseau », dans Joannès (dir.) 2001, p. 735-736
  85. Postgate 1992, p. 225-240
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  88. M. Sauvage, «Brique », dans Joannès (dir.) 2001, p. 144-145
  89. M. Sauvage, « Matériaux de construction », dans Joannès (dir.) 2001, p. 509-512
  90. F. Joannès, « Tissage », dans Joannès (dir.) 2001, p. 854-856 ; Id., « Laine », dans Joannès (dir.) 2001, p. 456-458
  91. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 184-185 et 188-189
  92. C. Michel, « Habillement », dans Joannès (dir.) 2001, p. 357-360 ; (en) I. Good, « Textiles », dans D. T. Potts (dir.), A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, Malden et Oxford, 2012, p. 336-346
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  94. (en) R. Prentice, The Exchange of Goods and Services in Pre-Sargonic Lagash, Münster, 2010
  95. Lafont 1999, col. 184
  96. Postgate 1992, p. 202-203 ; C. Michel, « Moyens de paiement », dans Joannès (dir.) 2001, p. 542 ; C. Michel et J. Ritter, « Poids et mesures », dans Joannès (dir.) 2001, p. 664 ; J.-J. Glassner, « Peut-on parler de monnaie en Mésopotamie au IIIe millénaire avant notre ère ? », dans A. Testart (dir.), Aux origines de la monnaie, Paris, 2001, p. 61-71.
  97. Postgate 1992, p. 216-219 ; C. Michel, « Commerce international », dans Joannès (dir.) 2001, p. 197 ; (en) H. Crawford, « Trade in the Sumerian world », dans Crawford (dir.) 2013, p. 447-461
  98. B. Lyonnet, « Véhicules », dans Joannès (dir.) 2001, p. 905-906
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  101. Black et al. 2004, p. lix
  102. J. Bottéro et S. N. Kramer, Lorsque les Dieux faisaient l'Homme, Paris, 1989, p. 81. Cet ouvrage comprend les traductions et les présentations les plus exhaustives des mythes mésopotamiens en français.
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  105. M. G. Masetti-Rouault, « Du bon usage de la mythologie mésopotamienne », dans X. Faivre, B. Lion et C. Michel (dir.), Et il y eut un esprit dans l'Homme, Jean Bottéro et la Mésopotamie, Paris, 2009, p. 19-29
  106. Black et Green 1998, p. 14-15
  107. Kramer 1994, p. 102-111 ; Bottéro 1998, p. 162-185
  108. Bottéro 1998, p. 198-208
  109. Kramer 1994, p. 101-132 ; Bottéro 1998, p. 127-161
  110. F. Joannès, « Panthéon », dans Joannès (dir.) 2001, p. 630-632
  111. (en) G. Selz, « Studies in Early Syncretism: The Development of the Pantheon in Lagaš, Examples for Inner-Sumerian Syncretism », dans Acta Sumerologica 12, 111–142
  112. Bottéro 1998, p. 101-126. Black et Green 1998 et « List of deities », sur Ancient Mesopotamian Gods and Goddesses (consulté le 25 novembre 2014) (projet de l'Université de Cambridge) comportent des entrées sur les principales divinités mésopotamiennes.
  113. Bottéro 1998, p. 249-261 ; Black et Green 1998, p. 158-159 ; F. Joannès, « Sacrifice », dans Joannès (dir.) 2001, p. 743-744 et id., « Offrandes », dans Joannès (dir.) 2001, p. 601-603
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  117. J.-J. Glassner dans Sumer 1999-2002, col. 335
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  132. J.-J. Glassner, Écrire à Sumer : L'invention du cunéiforme, Paris, 2000, p. 113-137 et 279-293 ; (en) C. Woods, « The Earliest Mesopotamian Writing », dans C. Woods (dir.), Visible Language: Inventions of Writing in the Ancient Middle East and Beyond, Chicago, 2010, p. 43-45. Position plus nuancée dans (en) J. Taylor, « Administrators and Scholars: The First Scribes », dans Crawford (dir.) 2013, p. 292-293.
  133. (de) C. Wilcke, Wer las und schrieb in Babylonien und Assyrien, Überlegungen zur Literalität im Alten Zweistromland, Munich, 2000 ; D. Charpin, Lire et écrire à Babylone, Paris, 2008, p. 31-60 sont très instructifs sur ce point, même s'ils dépassent largement le cadre chronologique sumérien et situent plutôt l'essor de la maîtrise de l'écriture dans les premiers siècles du IIe millénaire av. J.‑C.
  134. Par exemple « A praise poem of Shulgi (Shulgi B) », sur ETCSL (consulté le 24 mars 2014) (lignes 11-20)
  135. J.-J. Glassner, « En-hedu-Ana, une femme auteure en pays de Sumer au IIIe millénaire ? », dans F. Briquel-Chatonnet, S. Farès, B. Lion et C. Michel (dir.) Femmes, cultures et sociétés dans les civilisations méditerranéennes et proche-orientales de l’Antiquité, Topoi supplément 10, 2009, p. 219–231 ; (en) B. Lion, « Literacy and Gender », dans K. Radner et E. Robson (dir.), The Oxford Handbook of Cuneiform Culture, Oxford, 2011, p. 90-112
  136. Black et al. 2004, p. 275-296
  137. D. Charpin dans Sumer 1999-2002, col. 215-226
  138. Pour un classement des textes littéraires connus par période, consulter le site (en) « Diachronic Corpus of Sumerian Literature ».
  139. Par exemple Black et al. 2004, p. 301-304.
  140. A. Cavigneaux, « Lexicalische Listen », dans Reallexicon der Assyriologie 6, 1980-83, p. 609-641
  141. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 226-239. On trouvera des traductions de ces inscriptions dans E. Sollberger et J.-R. Kupper, Inscriptions royales sumériennes et akkadiennes, Paris, 1971 et surtout la série des Royal Inscriptions of Mesopotamia, Early Periods, 5 volumes.
  142. J. S. Cooper dans Sumer 1999-2002, col. 239-248
  143. P. Michalovski dans Sumer 1999-2002, col. 249-255 ; Black et al. 2004, p. 3-40
  144. P. Michalovski dans Sumer 1999-2002, col. 255-262 ; Black et al. 2004, p. 245-274
  145. B. Lafont, « EMESAL », dans Joannès (dir.) 2001, p. 281-282
  146. J. Bottéro et S. N. Kramer, Lorsque les Dieux faisaient l'Homme, Paris, 1989 offre des traductions et des analyses de nombreux textes mythologiques mésopotamiens.
  147. B. Alster dans Sumer 1999-2002, col. 283-301 ; id., Wisdom of Ancient Sumer, Bethesda, 2005
  148. M. A. Powell dans Sumer 1999-2002, col. 301-310
  149. Cf. à ce sujet l'article fondateur de J. Bottéro, « Symptômes, signes, écritures en Mésopotamie ancienne », dans J.-P. Vernant (dir.), Divination et rationalité, Paris, 1974, p. 70-197, puis Id., Mésopotamie, l'écriture, la raison et les dieux, Paris, 1987, notamment p. 133-223. Voir aussi J. Ritter, « Babylone - 1800 », dans M. Serres (dir.), Éléments d'histoire des sciences, Paris, 1989, p. 16-37
  150. Kramer 1994, p. 86-91 ; M. A. Powell dans Sumer 1999-2002, col. 308
  151. M. A. Powell dans Sumer 1999-2002, col. 310-312 ; (en) E. Robson, Mathematics in ancient Iraq: a social history, Princeton, 2008, p. 27-84
  152. D. Charpin, « Sceaux », dans Joannès (dir.) 2001, p. 761-763
  153. (en) H. Pittman, « Seals and sealing in the Sumerian world », dans Crawford (dir.) 2013, p. 319-342
  154. Benoit 2003, p. 212-213
  155. Benoit 2003, p. 196-197
  156. Benoit 2003, p. 208-211
  157. Aruz (dir.) 2003, p. 58-65 ; Benoit 2003, p. 218-219 ; Huot 2004, p. 118-120
  158. Benoit 2003, p. 224-227
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  160. (en) D. P. Hansen dans Aruz (dir.) 2003, p. 191-197 ; Benoit 2003, p. 260–261
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  163. a, b et c Huot 2004, p. 131-132 ; Benoit 2003, p. 72-73 ; Aruz (dir.) 2003, p. 93-132
  164. Benoit 2003, p. 228-229
  165. Benoit 2003, p. 234-237
  166. Benoit 2003, p. 73 et 76 ; Aruz (dir.) 2003, p. 90-92
  167. Aruz (dir.) 2003, p. 139-147
  168. a et b Voir les différents articles réunis dans La musique au Proche-Orient ancien, Dossiers d'archéologie no 310, février 2006, en particulier les articles de D. Collon (p. 6-14), D. Shehata (p. 16-22) et D. Charpin (p. 56-59).
  169. « A praise poem of Shulgi (Shulgi B) », sur ETCSL (consulté le 19 octobre 2013) (lignes 154-174)
  170. M. J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 338-339
  171. B. Lafont dans Sumer 1999-2002, col. 149-151
  172. a et b M. J. Seux dans Sumer 1999-2002, col. 354-358
  173. Kramer 1994, p. 86-91
  174. Voir à ce sujet les contributions réunies dans (en) S. Dalley (dir.), The Legacy of Mesopotamia, Oxford, 1998
  175. Voir en ce sens l'approche de (en) W. W. Hallo (dir.), The Context of Scripture, Leyde et Boston, 2003

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Outils de travail[modifier | modifier le code]

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  • (en) Eric M. Meyers (dir.), Oxford Encyclopaedia of Archaeology in the Near East, 5 vol., Oxford et New York, Oxford University Press,‎ 1997 (ISBN 0-19-506512-3)

Généralités[modifier | modifier le code]

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  • Jean-Louis Huot, Les Sumériens, entre le Tigre et l'Euphrate, Paris,‎ 1989
  • Paul Garelli, Jean-Marie Durand, Hatice Gonnet et Catherine Breniquet, Le Proche-Orient asiatique, tome 1 : Des origines aux invasions des peuples de la mer, Paris, Presses Universitaires de France, coll. « La Nouvelle Clio »,‎ 1997
  • Samuel N. Kramer, L'histoire commence à Sumer, Paris, Flammarion,‎ 1994
  • (en) Harriet Crawford, Sumer and the Sumerians, Cambridge,‎ 2004
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  • (en) Harriet Crawford (dir.), The Sumerian World, Londres et New York, Routledge,‎ 2013

Société et économie[modifier | modifier le code]

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  • (en) Bertrand Lafont et Raymond Westbrook, « Neo-Sumerian Period (Ur III) », dans Raymond Westbrook (dir.), A History of Ancient Near Eastern Law vol. 1, Leyde, Brill, coll. « Handbuch der Orientalistik »,‎ 2003, p. 183-226
  • (en) Petr Charvát, « Social configurations in Early Dynastic Babylonia », dans Gwendolyn Leick (dir.), The Babylonian World, Londres et New York, Routledge,‎ 2007, p. 251-264

Art et archéologie[modifier | modifier le code]

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  • Agnès Benoit, Art et archéologie : les civilisations du Proche-Orient ancien, Paris, RMN, coll. « Manuels de l'école du Louvre »,‎ 2003
  • Jean-Louis Huot, Une archéologie des peuples du Proche-Orient : t.I, Des peuples villageois aux cités-États (Xe-IIIe millénaire av. J.-C.), Paris, Errances,‎ 2004
  • (en) Jason Ur, « Southern Mesopotamia », dans Daniel T. Potts (dir.), A Companion to the Archaeology of the Ancient Near East, Malden et Oxford, Blackwell Publishers, coll. « Blackwell companions to the ancient world »,‎ 2012, p. 533-555

Littérature[modifier | modifier le code]

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  • (en) Jeremy Black, Graham Cunningham, Eleanor Robson et Gábor Zólyomi, Literature of Ancient Sumer, Oxford, Oxford University Press,‎ 2004
  • Jean Bottéro et Samuel N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient l'Homme, Paris, Gallimard, coll. « NRF »,‎ 1989
  • (en) William W. Hallo (dir.), The Context of Scripture, Leyde et Boston, Brill,‎ 2003

Religion[modifier | modifier le code]

  • Jean Bottéro, Mésopotamie : l'écriture, la raison et les dieux, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire, » (no 81),‎ 1997, 550 p. (ISBN 2-07-070879-9)
  • Jean Bottéro, La plus vieille religion : en Mésopotamie, Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire »,‎ 1998
  • (en) Jeremy Black et Anthony Green, Gods, Demons and Symbols of Ancient Mesopotamia, Londres, British Museum Press,‎ 1998
  • (en) Graham Cunningham, « Sumerian Religion », dans Michele Renee Salzman et Marvin A. Sweeney (dir.), The Cambridge History of Religions in the Ancient World. Volume I: From the Bronze Age to the Hellenistic Age, Cambridge, Cambridge University Press,‎ 2013

Articles connexes[modifier | modifier le code]