Alejandro Jodorowsky

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Alejandro Jodorowsky

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Alejandro Jodorowsky en 2006

Naissance 7 février 1929 (85 ans)
Tocopilla (Chili)
Nationalité Chilien, Français
Profession réalisateur, romancier, poète, scénariste de bande dessinée

Alejandro (ou Alexandro[1]) Jodorowsky, dit « Jodo », né le 7 février 1929[2] à Tocopilla (Chili), est un réalisateur, acteur, auteur d’une poignée de films ésotériques, surréalistes et provocateurs ; il est également auteur de « performances » Panique (groupe actionniste qu’il crée avec Roland Topor et Fernando Arrabal), mime, romancier, essayiste, poète et prolifique scénariste de bande dessinée, chilien et français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Alejandro Jodorowsky est né le 7 février 1929 d'une famille juive originaire de Iekaterinoslav (actuellement Dnipropetrovsk), d'Elisavetgrad (actuellement Kirovohrad) ainsi que d'autres cités ukrainiennes de l'Empire russe, réfugiée au Chili pour fuir les pogroms[3].

À l'âge de quatre ans, le premier mot qu'il a lu est « œil ». À partir de cet âge-là, il sait parfaitement lire et à 9 ans, il a fini de lire toute la bibliothèque municipale, surtout les romans d'aventures. À 19 ans, il découvre Franz Kafka et Fiodor Dostoïevski[4].

Il crée ensuite un théâtre de marionnettes et fait le clown dans un cirque[4].

Son père voulait qu'il devienne médecin mais en 1953, il quitte le Chili pour Paris, et travaille avec le mime Marceau pour lequel il écrit Le fabricant de masques[4]. Il met ensuite en scène Maurice Chevalier[4].

En 1962, il crée le groupe Panique avec Roland Topor et Fernando Arrabal, en réaction au mouvement surréaliste.

En 1965, il fonde au Mexique le théâtre d’avant-garde de Mexico. Il y tourne trois films, Fando et Lis, El Topo et La Montagne sacrée, ce dernier inspiré du Mont Analogue de René Daumal.

À partir des années 1980, il anime dans divers lieux de Paris (comme une université, un bar ou un dojo) une réunion ouverte hebdomadaire, intitulée « Le Cabaret mystique », où il témoigne — dans l’esprit d’une agora ouverte à ses auditeurs — de thèmes touchant à l’éveil intérieur comme la pratique du zen (qu’il étudia avec Ejo Takata), les arts martiaux, la tradition chilienne, l’héritage spirituel de l’humanité, le massage, la « sagesse des blagues », la psychanalyse, Carlos Castaneda

Les univers qu’il développe sont en général des univers de science-fiction, voire des mondes fantastiques. Ses histoires se caractérisent par la présence de nombreuses métaphores et symboles, auxquels il mêle souvent une description sociale ; l’on pense par exemple aux révoltes contre la dictature dans L'Incal, la reconstitution de la colonisation du Mexique par les conquistadores (des crapauds dans La Montagne sacrée) ou encore la description des bas-fonds d’une grande ville et des religions populaires dans Santa sangre.

Son parcours singulier est retracé dans deux ouvrages autobiographiques, Le Théâtre de la guérison et La Danse de la réalité (Albin Michel).

Études et travaux sur le tarot[modifier | modifier le code]

Jodorowsky est également connu dans sa pratique du tarot divinatoire, pour lequel il a une approche plus jungienne, psychologique ou « psycho magique » qu’occultiste ou ésotériste.

Son travail autour du Tarot dit de Marseille englobe de nombreuses conférences depuis les années 1980, et plusieurs ouvrages parmi lesquels on peut notamment citer La Voie du Tarot, en coécriture avec Marianne Costa. En outre il a créé – avec Philippe Tourrasse, dit Philippe Camoin (descendant de Jean-Baptiste Camoin, qui avait en partie hérité par mariage et en partie racheté la fabrique des héritiers du célèbre cartier Nicolas Conver) – une version modifiée et modernisée du tarot de Nicolas Conver à la fin des années 1990. La Voie du Tarot de Jodorowsky, éditions Albin Michel et la notice du Tarot de Marseille Jodorowsky-Camoin, éditions Camoin et Cie[5], précisent quelques détails sur la création de ce jeu de tarot : entièrement redessiné informatiquement sur la base d'un tarot de Nicolas Conver pour modèle, avec des ajouts de détails provenant de divers autres jeux de tarots dit de Marseille, de Besançon et autres, ainsi que l'ajout de couleurs modernisées, ce jeu de tarot viserait – aux dires des auteurs – à « reconstituer le tarot tel qu'il était à son origine », mais cette affirmation ne cadre pas du tout avec l'état actuel des connaissances historiques sur les tarots. En effet, le modèle de Conver est une version assez tardive du motif dit de Marseille, les nouvelles couleurs utilisées par Jodorowsky et Camoin ne sont pas retrouvées sur les tarots anciens, des détails inédits ou issus de divers jeux ont été introduits, etc.

Cinéma[modifier | modifier le code]

La carrière cinématographique de Jodorowsky commenca en 1957, avec La Cravate, un court-métrage muet adapté d'une nouvelle, où Raymond Devos apparait . Il réalisa ensuite Fando et Lis en 1967, adaptant cette fois une pièce de théâtre de Fernando Arrabal, autre membre du mouvement Panique. Jodorowsky avait lui-même joué dans la pièce de théâtre au Mexique. Ce premier film, une adaptation très personnelle, levait le voile sur l'univers complexe du chilien. Fando et Lis projeté au festival du film d'Acapulco en 1968 provoqua une émeute où Alejandro Jodorowsky failli être lynché. Ce premier accueil annoncait une carrière atypique.

La dimension « mystique » grandissante de son œuvre lui apporta une certaine renommée. Ainsi, El Topo en 1970, sorte de western métaphysique, puis La Montagne sacrée en 1973 — très librement inspirée du Mont Analogue de René Daumal — allaient devenir des « films culte ». L'aura mystique unique d'El Topo attirait tous les soirs à minuit des spectateurs fervents, l'appellation de «Midnight movie» fut même créée pour El Topo. Le bouche à oreille fonctionna tellement bien que des stars comme John Lennon ou Andy Warhol vinrent voir le film à l'Elgin Theater. Allen Klein, le manager des Beatles en 1970, fut d'ailleurs le producteur de La Montagne Sacrée. Le film fut projeté au festival de Cannes en 1973 mais hors de la compétition officielle car aucun pays n'était attribué au film. Le tournage de La Montagne Sacrée au Mexique connut d'ailleurs les pires difficultés avec le gouvernement mexicain, qui demanda à Jodorowsky de ne pas mettre en scène une représentation quelconque de l'État ou de l'Église. Cette censure obligea Jodorowsky à fuir le Mexique pour les États-Unis.

En 1975, Jodorowsky commenca à travailler l'adaptation du roman Dune de Frank Herbert. Le projet comportait la participation d’Orson Welles, les décors de Mœbius et d'H.R. Giger, et des musiques de Pink Floyd, Tangerine Dream et Magma. Salvador Dalí avait accepté de jouer le rôle de l’empereur Padisha Shaddam IV. Malheureusement le projet tourna court quand les producteurs lâchèrent Jodorowsky. Quelques années plus tard, David Lynch tourna son propre Dune sans lien avec le projet de Jodorowsky[6].

Après Tusk (1978) et l’échec de l’adaptation de Dune, Jodorowsky s’éloigna du cinéma, réservant sa créativité pour la bande dessinée. Plus tard Santa Sangre (1989) et Le Voleur d'arc en ciel (1992, avec Peter O'Toole et Omar Sharif) lui permirent de renouer avec le cinéma et une nouvelle reconnaissance.

Au début des années 2000, Jodorowsky, qui n’avait pas tourné depuis près de dix ans, tenta de donner une suite à El Topo : Les Fils d'El Topo (The Sons of El Topo). Suite à des problèmes juridiques avec le producteur Allen Klein, le projet fut renommé AbelCain. Le réalisateur a affirmé plusieurs fois son intention de mener le projet à terme, mais on ignore si ce sera effectif. Dans la même période, Jodorowsky commença un autre projet, Triptyque (Tryptych), encore inabouti.

Un film coproduit par David Lynch, King Shot (en), était annoncé pour 2010. Marilyn Manson, Asia Argento et Nick Nolte étaient pressentis, mais, par manque de financement, le projet avorta [7].

Alejandro Jodorowsky et l'écrivain espagnol Diego Moldes, Paris, 2008

En 2012, Jodorowsky fit un appel à dons par internet afin de produire un film autobiographique. La danza de la realidad, tourné dans son village natal, Tocopilla, sortit en septembre 2013, dans les circuits classiques de diffusion[8].

Théâtre[modifier | modifier le code]

Le théâtre fut pour Alejandro Jodorowsky une véritable école, tout comme la pantomime et les marionnettes. Longtemps acteur avant d'être réalisateur, il interprèta le rôle principal de son second film El Topo et le rôle du maître alchimiste dans La Montagne Sacrée.

Après avoir vécu à Paris, Jodorowsky vécut dans les années 1960 au Mexique, où il réalisa la majeure partie de ses films. Il y développa notamment le théâtre d'avant-garde de Mexico avec son ami Fernando Arrabal, complice du mouvement Panique dont il adapta la pièce Fando Y Lis à l'écran, y créant des pièces de Samuel Beckett ou d'Eugène Ionesco.

En 2001 Jodorowsky revint au théâtre, à la fois acteur, auteur et metteur en scène de son Opéra panique. En 2008 il écrivit L’École des ventriloques pour la Compagnie Point Zéro (le spectacle est créé à Bruxelles en 2008 dans une mise en scène de Jean-Michel d'Hoop), et en 2009, pour son fils Brontis, Le Gorille, monologue inspiré de Communication à une académie de Franz Kafka, dont il assura la mise en scène (création à Bruxelles en mai 2009).

Bande dessinée[modifier | modifier le code]

Jodorowsky fit une première incursion dans la bande dessinée en 1966 avec Anibal 5, une saga illustrée par Moro. Mais c'est surtout dans les années 1980 que Jodorowsky travailla des scénarios de bande dessinée, principalement la série L'Incal, dessinée par Mœbius rencontré en 1975, avec lequel il travailla sur l’ébauche avortée de Dune. Associé au dessinateur Juan Giménez, il produisit La Caste des Méta-Barons, vaste saga du même monde que L’Incal, il y donne libre cours à ses théories sur l’importance de la lignée, le rôle de la paternité et de l’union entre deux amants. Une autre série, Les Technopères, en collaboration avec le dessinateur Zoran Janjetov (avec lequel il a déjà collaboré sur la série Avant l'Incal), reprend et développe ses mythes personnels. Il scénarise également la série Juan Solo, sorte de thriller où un jeune homme vit un parcours initiatique à travers la violence et l’immoralité dans une ville corrompue d’Amérique du Sud. Jodorowsky et Mœbius se retrouvèrent en 2000 pour réaliser Après l'Incal, qui aurait dû constituer le début de l’histoire de la troisième série dans la chronologie de L’Incal, mais qui reste inachevé avec un seul album Le Nouveau Rêve. Finalement, c'est en 2008 que Jodorowsky créa la dernière partie du triptyque de L'Incal, avec le premier tome de la série Final Incal dessinée par José Ladrönn. Il a été également le scénariste de la série du Lama Blanc dessiné par George Bess, racontant le parcours extraordinaire d'un enfant blanc, réincarnation du Grand Lama.

Il a aussi collaboré avec François Boucq sur les séries Face de Lune et Bouncer ainsi qu’avec Arno, Covial et Marco Nizzoli sur deux séries – Les Aventures d'Alef-Thau et Le Monde d'Alef-Thau – dont le personnage principal, né enfant-tronc sans bras ni jambes, acquerra, au fur et à mesure des épisodes, une intégrité physique et spirituelle. De la collaboration avec le dessinateur Silvio Cadelo sont nés les deux volumes de la « saga d’Alandor », Le Dieu jaloux et l’Ange carnivore, combinant univers de fantasy baroque et quête spirituelle.

Liste des œuvres[modifier | modifier le code]

Bandes dessinées[modifier | modifier le code]

Séries[modifier | modifier le code]

Dramaturgie[modifier | modifier le code]

  • Opéra Panique, Métailié (Suites, 42), Paris, 2001 (ISBN 2-86424-388-1). Pièce contemporaine illustrant l’humour noir du mouvement Panique.
  • L'École des ventriloques. Farce anarchiste et conte philosophique, écrit pour acteurs et marionnettes, pantins ou mannequins. Avant même la parution du texte en français (éd. Maëlstrom, Bookleg), la pièce fut jouée en 2008 à Bruxelles au théâtre de la Balsamine (bande annonce) par la compagnie Point Zéro, dans une mise en scène de Jean-Michel d'Hoop, avec Natacha Belova à la création des costumes et marionnettes.
  • Les Trois Vieilles, créé au Festival de Spa en 2009, mise en scène de Jean-Michel d'Hoop, avec Natacha Belova à la création des costumes et marionnettes.

De nombreux textes pour le théâtre dont Jodorowsky est l’auteur n’ont été à ce jour ni traduits ni édités en français.

Littérature[modifier | modifier le code]

Fables[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Poésie[modifier | modifier le code]

Essais[modifier | modifier le code]

Autobiographie[modifier | modifier le code]

Sur le tarot[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Réalisateur[modifier | modifier le code]

Courts métrages[modifier | modifier le code]

Longs métrages[modifier | modifier le code]

Acteur[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Prix[modifier | modifier le code]

  • Éléphant d’Or 2003 : Prix du meilleur album de l’année et Prix du public pour Bouncer T2, La Pitié des bourreaux (Les Humanoïdes Associés)
  • Prix Albert-Uderzo 2006 : Sanglier du meilleur dessin pour Bouncer T4, La Vengeance du manchot (Les Humanoïdes Associés)

Bibliographie et documentaires sur Alejandro Jodorowsky[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

  • Cobb, Ben (2007). Anarchy and Alchemy: The Films of Alejandro Jodorowsky (Persistence of Vision 6), ed. Louise Brealey, pref. de Alan Jones, introduction de Stephen Barber. London, 2007 / New York, 2007, Creation Books.(ISBN 1-84068-145-4)
  • Coillard, Jean-Paul (2009), De la cage au grand écran. Entretiens avec Alejandro Jodorowsky, Paris. K-Inite éditions. (ISBN 2-915551-09-X)
  • Chignoli, Andrea (2009), Zoom back, Camera! El cine de Alejandro Jodorowsky, Santiago de Chile, Uqbar Editores.
  • Domínguez Aragonés, Edmundo (1980). Tres extraordinarios: Luis Spota, Alejandro Jodorowsky, Emilio “Indio” Fernández; Mexicali, Meexico DF, Juan Pablos Editor. p. 109-146.
  • González, Házael (2011), Alejandro Jodorowsky: Danzando con la realidad, Palma de Mallorca, Dolmen Editorial.
  • Larouche, Michel (1985). Alexandre Jodorowsky, cinéaste panique, Paris, ça cinéma, Albatros. (ISBN 2-7606-0661-9)
  • Moldes, Diego (2012). Alejandro Jodorowsky, Col. Signo e Imagen / Cineastas, Ediciones Cátedra, Madrid. Prol. de A. Jodorowsky. (ISBN 978-84-376-3041-0)
  • Monteleone, Massimo (1993). La Talpa e la Fenice. Il cinema di Alejandro Jodorowsky, Bologna, Granata Press.

Documentaires consacrés à Jodorowsky[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. On retrouve les deux graphies. Son site officiel choisit « Alejandro ».
  2. Ou le 7 ou le 17 février 1929, les sources sont contradictoires sur ce point. Jacques Zimmer indique pour sa part 1930 dans La Revue du cinéma (no 281, février 1974, p. 109)
  3. Dans son film La danza de la realitad, le commerce paternel est baptisé "Casa Ukraina" en référence à ces origines.
  4. a, b, c et d Emmanuelle Mahoudeau, « Alejandro Jodorowsky "Le Méta-Baron, c'est moi" », Parallèles - Précis de l'imaginaire, no 9,‎ janvier 1999, p. 24-32 (ISSN 1255-7447)
  5. Camoin et Cie, société de commerce de détail de jeux et jouets sur societe.com
  6. Jodorowsky, Moebius et Christopher Foss, « Dune le film que vous ne verrez jamais », Métal hurlant, no 107,‎ janvier 1985, p. 116 (lire en ligne)
  7. Steve Rose, « Lennon, Manson and me: the psychedelic cinema of Alejandro Jodorowsky », sur The Guardian,‎ 14 novembre 2009
  8. « Danza de la Realidad », sur Danza de la Realidad

Voir aussi[modifier | modifier le code]

  • (261690) Jodorowsky, un astéroïde nommé en 2013 en hommage à l'auteur et réalisateur chilien.

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Liens externes[modifier | modifier le code]