Jean Lemaire de Belges

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Jean Lemaire, Jean Le Maire ou Jehan Le Maire (1473-1524) est un poète et un chroniqueur hennuyer (c'est-à-dire né dans le Hainaut), d'expression française.

Il serait né en Belgique ; soit à Bavay (où un collège porte son nom), soit à Hargnies, soit à Belges, un hameau du Hainaut, selon les sources.

Il se fera appeler plus tard Jean Lemaire de Belges, en référence au mythique roi gaulois Belgius, supposé fondateur de Bavay.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Ce disciple de Crétin et de Molinet était le neveu du chroniqueur et poète Jean Molinet.

Tous deux furent pris, bien malgré eux, dans une dispute bien oubliée aujourd’hui : la « grande querelle des Rhétoriqueurs » ; Déshonneur suprême, ils furent même traités de « plus Grands rhétoriqueurs » car pour certains : « leur prose surpassent leurs vers ».

Il fait des études brillantes à Valenciennes auprès de son oncle Jean Molinet. À la fin de son cursus, il parle plusieurs langues, et entre en 1498, au service du duc Pierre II de Bourbon en tant que clerc de finances.

En 1503, à l'occasion du décès de son protecteur, il donne le premier de ses poèmes, le Temple d'honneur et des vertus, Panégyrique du duc de Bourbon adressé à sa veuve Anne de Beaujeu ; Poème poignant où il représente par six statues métaphoriques les vertus cardinales du duc ; Beaucoup pensent qu'il a exagéré, pour des raisons conventionnelles, la douleur de la veuve, mais ce poème deviendra une référence rhétorique. La même année, il compose La plainte du désiré où il déplore la mort de Louis de Luxembourg-Ligny. L'année suivante, il reprend le principe de la métaphore et dans son poème la Couronne margaritique, ce sont dix nymphes qui représentent les dix plus grandes qualités de l'épouse (princesse) du duc de Savoie qui venait de mourir.

Il poursuit sa carrière de poète lors du décès de Philibert II de Savoie, en 1504. Cette même année, il se rattache à la maison de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas, dont son oncle était bibliothécaire. Il écrivit en son honneur ses livres des regrets sur la mort du roi d'Espagne, Philippe Ier, frère de Marguerite, et ses deux épîtres de l' « amant vert » (en fait le perroquet favori de Marguerite).

En 1505, il devient historiographe de Philippe le Beau[1].

Les illustrations de Gaule et sĩgularitez de Troye, 1512

À la mort de son oncle Molinet, il hérita de sa charge de bibliothécaire et devint, en 1508, indiciaire de la Maison de Bourgogne et historiographe de Marguerite. C'est alors qu'il commença un ouvrage intitulé L'illustration des Gaules dont la première partie parut en 1509 et la seconde 3 ans après.

Dans l'histoire du terme wallon, il est le premier à différencier la langue romane des Pays-Bas de la langue française et à l'identifier sous le vocable de « vuallon » dans son ouvrage Illustration de Gaule et Singularité de Troie.

Jean s'établit ensuite en France où le roi Louis XII (1462 - 1515) lui offre, en 1513, la place d'historiographe du Roi.
Ce roi le chargea de plusieurs missions en Italie et il prit la plume pour le roi de France contre le pape.

À la mort de Louis XII, il perd sa place d'historiographe et, rejeté par l'Église, il est vite réduit à une vie de misère.

Œuvres[modifier | modifier le code]

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  1. Le Temple d'Honneur et de Vertu, écrit en 1503 à l'occasion de la mort du duc de Bourbon en octobre 1503.
  2. La Plainte du Désiré, deux mois plus tard pour le comte de Ligny (1504).
  3. La Couronne Margaritique (1504, mais publié vers 1549, à Lyon, à la suite de la redécouverte du manuscrit près de Mâcon), consacré à Philibert II de Savoie (mort en 1504) et à sa veuve, Marguerite d'Autriche.
  4. Première Épître de l'Amant vert (1505).
  5. Regrets de la dame infortunée sur le trépas de son très cher frère (1506), consacré à Marguerite d'Autriche.
  6. Les Chansons de Namur (1507), célèbre une victoire de paysans bourguignons sur des chevaliers français.
  7. La Concorde du genre humain, composé pour fêter les traités de Cambrai (décembre 1508) signés pendant les guerres d'Italie par une coalition comprenant le pape Jules II, Maximilien Ier et Ferdinand II le Catholique, ligués contre Venise.
  8. La Légende des Vénitiens, Lyon, 1509, pamphlet contre la République de Venise au profit de Louis XII et de la Ligue de Cambrai. (Édition critique par Anne Schoysman, Académie royale de Belgique, Bruxelles, 1999.)
  9. Les Epîtres de l'Amant vert (1510), les épîtres amoureuses héritées d'Ovide (les Héroïdes) sont à la mode au début du XVIe siècle. Jean Lemaire suppose que le perroquet de Marguerite d'Autriche, dévoré par un chien, s'est en fait suicidé en raison de l'amour désespéré qu'il voue à sa maîtresse.
  10. Le Traité de la différence des schismes et des conciles (1511) est un violent plaidoyer gallican après le retournement du pape contre la France.
  11. Son Illustration de Gaule et Singularité de Troie paraît en 1511 (premier livre) et 1512 (deuxième et troisième livres).
    Il s'agit d'une fresque mythique en prose, qui s'appuie sur des sources considérées comme légendaires par la plupart des historiens, où à la suite d'auteurs médiévaux (dont Jacques de Guyse, il perpétue le récit d'une nation gauloise puis française ayant des troyens comme ascendants des rois belges et des Francs, théorie encore considérée avec sérieux à l'époque. Remontant au Déluge, il cherche à démontrer que les Gaulois descendent directement de Noé et qu'ils sont à l'origine de la fondation de Troie. Les Francs sont selon lui, issus de Francus, fils d'Hector, sauvé de la mort par Jupiter. Francus navigua de Troie jusqu'en Gaule pour fonder une ville nommée Paris, en mémoire de son oncle, le ravisseur d'Hélène. Cette légende racontée dans la Chronique du pseudo-Frédégaire datant du VIIe siècle sera reprise plus tard par Ronsard dans La Franciade en 1572. Illustrations des Gaules et singularitez de Troye (1512) est son œuvre la plus importante. Pasquier en dira : « Je le loue d'avoir enrichi la langue française d'une infinité de beaux traits tant en prose qu'en vers ».
  12. Le Promptuaire des conciles de l'Église catholique (1512).
  13. Conte de Cupido et Atropos (1512), conte moralisateur en vers sur le mal de Naples, la syphilis, que les Français prétendaient avoir rapporté des guerres d'Italie.
  14. Traité de la Concorde des deux langages. Cet essai de philologie en vers et prose annonce les travaux des humanistes du XVIe siècle. Il traite de la rivalité des langues française et italienne, dans un texte composé pour une part de tercets italiens et de l'autre d'alexandrins français qui entend concourir à la bonne entente des deux langues.
  • [1] & [3] ont été rédigés aux fins de glorifier Marguerite d'Autriche.
  • [8] & [10] ont été rédigés, certainement sur commande, contre la Papauté.

Texte[modifier | modifier le code]

Chanson de Galathée, bergère

Arbres feuillus, revêtus de verdure,
Quand l'hiver dure on vous voit désolés,
Mais maintenant aucun de vous n'endure
Nulle laidure, ains vous donne nature
Riche peinture et fleurons à tous lez,
Ne vous branlez, ne tremblez, ne croulez,
Soyez mêlés de joie et flourissance :
Zéphire est sus donnant aux fleurs issance.
Gentes bergerettes,
Parlant d'amourettes
Dessous les coudrettes
Jeunes et tendrettes,
Cueillent fleurs jolies :
Framboises, mûrettes,
Pommes et poirettes
Rondes et durettes,
Fleurons et fleurettes
Sans mélancolie.
Sur les préaux de sinople vêtus
Et d'or battu autour des entellettes
De sept couleurs selon les sept vertus
Seront vêtus. Et de joncs non tordus,
Droits et pointus, feront sept corbeillettes ;
Violettes, au nombre des planètes,
Fort honnêtes mettront en rondelet,
Pour faire à Pan un joli chapelet.
Là viendront dryades
Et hamadryades,
Faisant sous feuillades
Ris et réveillades
Avec autres fées.
Là feront naïades
Et les Oréades,
Dessus les herbades,
Aubades, gambades,
De joie échauffées.
Quand Aurora, la princesse des fleurs,
Rend la couleur aux boutonceaux barbus,
La nuit s'enfuit avecques ses douleurs ;
Ainsi font pleurs, tristesses et malheurs,
Et sont valeurs en vigueur sans abus,
Des prés herbus et des nobles vergiers
Qui sont à Pan et à ses bergiers.
Chouettes s'enfuient,
Couleuvres s'étuient,
Cruels loups s'enfuient,
Pastoureaux les huient
Et Pan les poursuit.
Les oiselets bruyent,
Les cerfs aux bois ruyent
Les champs s'enjolient,
Tous éléments rient
Quand Aurora luit.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Il peut être rattaché aux grands rhétoriqueurs, mais annonce aussi dans une certaine mesure l'humanisme de la Pléiade de par son goût pour l'Antiquité, son souci du rythme et du choix du vocabulaire et son art poétique qui milite pour la langue française.

Son apport[modifier | modifier le code]

Les « pour »[modifier | modifier le code]

  • Pour Pasquier comme pour Joachim du Bellay, il a enrichi la langue française d'une infinité de beaux traits tant en prose qu'en vers.
  • Pour Pierre Larousse : «Les vers de Le Maire sont d'une bonne facture et contiennent d'ingénieuses allégories. Il eut, d’ailleurs le mérite de signaler le mauvais effet des césures tombant sur des syllabes muettes, et Marot, frappé de cette observation, en fit une loi que l'usage a consacrée."

La « querelle des rhétoriqueurs »[modifier | modifier le code]

Ce nom vient de la « seconde rhétorique », qui codifie alors la poésie. On leur reproche d’abord d’être trop proches (et donc trop complaisants) avec les puissants de l’époque : les Princes. Certes, Le Maire, Marot, Molinet, etc. ne sont pas des Villon ou des Abélard… Poètes de cour, ils ne forment pas vraiment une école littéraire, mais, proches du pouvoir, comme diplomates, indiciaires (historiographes) ou secrétaires, ils communiquent entre eux et adoptent des principes d'écriture comparables.

Innovateurs, ils affirment leur virtuosité technique dans des poèmes amples et surchargés, se jouant des mots (et des maux) dans force métaphores et jeux poétiques (acrostiches, palindromes, rimes équivoquées, fatras, coq-à-l'âne…).

Pour certains, cette virtuosité est antonyme de la poésie qui exige avant toute chose, « sincérité et spontaneité ». Mais n’est-ce pas justement cette même virtuosité qui - en explorant les potentialités de la langue française à une période-clé, où celle-ci est juste en cours de se stabiliser – permet à ces poètes d'illustrer cette langue de la plus belle façon et simultanément d’en recueillir l'hoir médiéval venu des Chartier, de Meung, Villon, …? Héritage, que Clément Marot et ses disciples perpétueront et vivifieront à la génération suivante ?[réf. nécessaire]

Envoyés aux « oubliettes de l’histoire littéraire», selon le mot de Sainte-Beuve, les Rhétoriqueurs sont actuellement redécouverts par les chercheurs après avoir été longtemps dédaignés par la critique.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Marcel Francon, « La concorde des deux langages par Jean Lemaire de Belges », dans Modern Language Notes, vol. 64, no 4, avril 1949, p. 280-282
  • Jean Frappier. Les épîtres de l'amant vert par Jean Lemaire de Belges, Paris, Éditions Droz, 1947

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Larousse , Jean Lemaire de Belges

Liens internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]