Ulrich von Hutten

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Ulrich von Hutten

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Ulrich von Hutten (bois gravé d'Erhard Schön, ca. 1522)

Activités chevalier de la Ligue de Souabe
Naissance
château de Steckelberg en Hesse
Décès (à 35 ans)
près de Zurich),
Langue d'écriture néo-latin
Mouvement Humanisme
Genres dialogues satiriques, poèmes

Œuvres principales

  • Ars versificatoria (1511)
  • Epistolæ obscurórum virórum (1514)
  • Phalarismus (1517)
  • Vadiscus (1520)

Ulrich von Hutten, « ex Buchonia » (né le 21 avril 1488 au château de Steckelberg à Schlüchtern en Hesse; † le 29 août 1523 près de Zurich), chevalier d'Empire, fut un humaniste et un des grands propagandistes de la Réforme dans le Saint Empire. Il est également, comme Martin Luther et Conrad Celtis, une figure du premier nationalisme allemand.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il naît au sein d'une pauvre mais distinguée famille de chevaliers. En tant qu'aîné, l'héritage aurait dû lui revenir mais son père le jugeant trop frêle et maladif, préfère le destiner à une vie ecclésiastique. Ainsi, il est envoyé au monastère de Fulda en 1499, où l'âge venu il devait devenir moine. Si ce monastère était réputé pour son éducation et Ulrich y démontre d'indiscutables dons intellectuels, il déteste la vie monastique et éprouvera tout au long de sa vie une rancoeur tenace envers son père autoritaire. Avec l'aide d'un ami, Johann Jäger de Dornheim, il s'évade du monastère en 1505. On le retrouve à l'été 1506 étudiant avec ce même Jäger à l’université d'Erfurt, où il se lie également d'amitié avec le talentueux poète Eoban Hesse. L'hiver suivant, il s'inscrit à l'université Viadrina de Francfort-sur-l'Oder, puis fréquente l'université de Leipzig.

Premiers écrits[modifier | modifier le code]

Au printemps 1509, à Greifswald, alors qu'il se retrouve sans argent, le bourgmestre Lötz et son fils, un chanoine, le prennent en charge. Mais pour une raison mystérieuse, l'amitié tourne à la haine en moins d'un trimestre, au point qu'ils renvoient Hutten au beau milieu d'un hiver rigoureux, le dépouillant jusqu'à sa chemise. À Rostock, Hutten rédige alors sa première œuvre significative, un recueil de Complaintes en deux volumes contre les Lötz.

En 1511, il compose à Wittenberg un Art poétique (Ars versificatoria), qui est promptement adopté dans les universités. Hutten voyage ensuite à Vienne puis en Italie. En 1512 il s'arrête à Venise et Pavie, puis à Bologne. Là il s'inscrit à des cours de droit, afin, par ce choix de profession, de se réconciler avec son père ; mais la guerre et la misère mettent un terme à cette nouvelle tentative. Il souffre d'ailleurs d'une infection du pied.

Retour en Allemagne[modifier | modifier le code]

Il repart pour l'Allemagne en 1514. Sur recommandation d'Eitelwolf von Stein, il entrevoit la possibilité d'entrer au service du nouvel archevêque de Magdebourg et de Mayence, Albert de Brandebourg, mais la mort de son bienfaiteur réduit à nouveau ses espoirs à néant. Dans ces conditions d'extrême dénuement, il parvient pourtant à rédiger la deuxième partie de sa célébrissime parodie en faveur de l'étude des langues anciennes et notamment de Johannes Reuchlin, les « Lettres des hommes obscurs » (Epistolæ obscurórum virórum). Dans cet ouvrage, écrit intentionnellement dans un mauvais latin d'église, il tourne en dérision les Dominicains conservateurs de Cologne et l'attitude des scolastiques en général.

Séjour en Italie[modifier | modifier le code]

Le 7 mai 1515, Hans von Hutten, un fils de Ludwig von Hutten qui est aussi le parrain d'Ulrich von Hutten, est assassiné en fôrêt de Böblingen par son suzerain, le duc Ulrich de Wurtemberg. La rédaction par Ulrich von Hutten de cinq diatribes contre le duc, puis la publication de son dialogue Phalarismus le réconcilient enfin avec sa famille. Cette fois, grâce à la protection de ses proches et de l'archevêque de Mayence, il peut terminer ses études en Italie, et briguer un poste de conseiller princier dans les chancelleries du Saint Empire. En décembre 1515 il séjourne à Rome.

Après avoir défendu avec succès la cause de l'empereur en 1516 contre cinq émissaires français, il se retire pendant l'été à Bologne et y poursuit ses études de droit et de littérature grecque.

La Ligue de Souabe[modifier | modifier le code]

Il parachève ses études à l'université en 1517 mais refuse de passer les examens. De retour en Allemagne, il se voit décerner la couronne des poètes par l'empereur Maximilien Ier, manifestement charmé par ses libelles. En 1519, Ulrich rejoint la Ligue de Souabe qui s'est formée contre Ulrich de Wurtemberg.

Il compose son dialogue satirique Phalarismus au cours de l'hiver 1516-17 : ce dialogues des mort inspiré de Lucien met aux prise le despote Phalaris avec un tyran allemand qui n'est jamais nommé, mais sous les traits duquel il n'est guère difficile de reconnaître Ulrich de Wurtemberg. Le Phalarismus Dialogus Hutenius parut en 1517 en latin.

Ce pamphlet fit son œuvre : avec l'assentiment public, l'empereur frappa le duc Ulrich de mise au ban. À l'issue du procès dit « de la chambre bleue », Hutten obtint un dédommagement de 27 000 florins pour le meurtre de son parent. Il ne toucha une partie de cette somme qu'en 1520, avec laquelle il acquit le château de Frankenberg à l'ouest de la forêt de Steigerwald. Ce château fut aménagé par le chevalier Ludwig von Hutten le jeune (1493-1548), fondateur de la lignée des Frankenberg.

Ulrich von Hutten et la Réforme[modifier | modifier le code]

La luxure, l'avarice et l'ostentation que Hutten reprochait aux prêtres catholiques : les « Trias Romana », allégorie de Matthias Grünewald.

Ulrich von Hutten était un admirateur de Martin Luther, en qui il voyait un héros de l'Allemagne. Luther de son côté le considérait comme l'un des plus efficaces propagandistes de la Réforme, ce qui est d'ailleurs confirmé par la mention de von Hütten aux côtés de Luther dans la bulle d'excommunication du pape Léon X de janvier 1521. Von Hutten parvint d'ailleurs, par ses écrits virulents, à rallier l'influent chevalier Franz von Sickingen au parti de Luther. Il avait publié dès 1520 un écrit intitulé « Vadiscus ou les trois visages de Rome ». Ce Vadiscus en forme de dialogue est composé en triades, dans lesquelles il tourne la papauté en dérision. Cette œuvre inspira par la suite à Matthias Grünewald une planche gravée intitulée « Trias Romana », dans laquelle il représente allégoriquement les péchés capitaux de luxure, d'avarice et l'orgueil formant un pacte avec au-dessus la légende suivante :

Dry ding hand mich gefochten an,
das ich der wält gäb zu verstan,
Was jetz zu Rom wär die losantz
Sprich ich dry ding regierens gantz:
Hoffart, unküschheit vmder gydt

Héraut de la petite noblesse[modifier | modifier le code]

Ulrich Von Hutten appartient à une petite noblesse qui perd progressivement ses terres au profit de la grande noblesse. A cette injustice, il oppose les idées de Martin Luther dans lesquelles il voit un idéal égalitaire. Un groupe se constitue autour du chevalier, on y retrouve notamment Franz von Sickingen. Emportée par un élan nationaliste qui s'appuie sur la foi réformée, la Révolte des Chevaliers éclate en 1522. Mais Luther, homme d'ordre, ne soutient pas ce mouvement. La révolte est alors écrasée par le prince-électeur de Trêves. Sickingen est tué le 7 mai 1523 et Hutten se réfugie en Suisse où il entre au service d'Ulrich Zwingli. Il meurt de syphilis le 29 août 1523 dans l'île d'Ufenau sur le lac de Zurich.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

La devise de l'université Stanford adoptée en 1891 : « Die Luft der Freiheit weht » (Faire souffler un vent de liberté) fait allusion à une expression de von Hutten.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • De guaiaci medicina et morbo gallico liber unus (1521), Bologne, impr. Hieronymus de Benedictis. Ce traité sur la syphilis (le « mal français ») et son traitement à l'aide du bois de gaïac faisait la fierté de son auteur[1], lequel mourut néanmoins de cette maladie.
  • Epistolæ obscurórum virórum (1515), Cologne. Publié sans nom d'auteur, ce recueil de 49 lettres parodiques fut suivi d'un second recueil de 70 lettres. Il connut rapidement plusieurs rééditions (par ex. à Londres en 1519).
  • Beklagung der Freistädte deutscher Nation (Complainte des villes libres de la nation allemande), 1522.
  • Poemata cum corollariis, ed. Eduardus Böcking, Leipzig, Teubner, 1862.
  • Die Schule der Tyrannen. Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt 1997, ISBN 3-534-13315-3
  • L'édition critique des œuvres complètes de Hutten (Ulrichi Hutteni equitis germani opera quæ reperiri potuerunt) a été publiée en 5 volumes et deux "suppléments" dans lesquels se trouvent les Lettres des hommes obscurs, par Eduard Böcking chez Teubner à Leipzig entre 1859 et 1870.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Essais

  • J.-C. Saladin - La bataille du grec à la Renaissance (2000) - éd. Les Belles-Lettres, Paris. ISBN 2-251-38047-7
  • Volker Preß: Ulrich von Hutten. Ein deutscher Held oder gescheiterter Außenseiter?. Hessischer Rundfunk, Frankfurt/M. 1988
  • Günter Scholz (Hrsg.): Ulrich von Hutten (1448-1523). Glanzvoller Humanist, gescheiterter Reichsreformer. Stadtarchiv, Böblingen 1989 (Ausstellungskatalog)

Belles-Lettres

  • Kurt Eggers: Hutten. Roman eines Deutschen.Volkschaft-Verlag, Dortmund 1943
  • Kurt Eggers: Der junge Hutten. Weisse, Berlin 1938
  • Rudolf Gottschall: Ulrich von Hutten. Ein Drama. Theile Verlag, Königsberg 1843
  • Conrad Ferdinand Meyer: Huttens letzte Tage. Reclam, Stuttgart 1988, ISBN 3-15-006942-4
  • Gerd Salmen: Ulrich von Hutten. Ein dramatisches Gedicht. Thalia-Theater-Verlag, Brandenburg/Havel 1997
  • Franz Rueb : Der hinkende Schmiedgott Vilkan, Ulrich von Hutten 1488-1523. Ammann Verlag 1988, ISBN 3-250-10104-4

Traductions en français

  • Ulrich von Hutten, L'expostulation, ou plainte de Ulrich de Hutten contre Erasme de Rotterdam, prêtre et théologien, traduit pour la première fois en français par Alain van Dievoet à partir du numéro 99 de mars 2001 de la revue belge "Anderlechtensia".
  • Ulrich von Hutten, Lettres des hommes obscurs (Epistolæ obscurorum virorum), édition bilingue (latin-français), par Jean-Christophe Saladin, Paris, Les Belles Lettres, 2004, avec une importante introduction expliquant le contexte historique de l'Affaire Reuchlin.

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Saladin, p. 183.