Chapelle Sixtine

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Chapelle Sixtine
L'extérieur de la chapelle vue de la coupole de Saint-Pierre (it) (au premier plan, les armes de Pie IX).
L'extérieur de la chapelle vue de la coupole de Saint-Pierre (it) (au premier plan, les armes de Pie IX).
Présentation
Nom local Cappella Sistina (it)
Sacellum Sixtinum (la)
Culte Catholique romain
Type chapelle
Rattachement Saint-Siège
Début de la construction 1477
Fin des travaux 1483
Style dominant Renaissance
Site web mv.vatican.va/3 EN/pages/CSN/CSN Main.html
Géographie
Pays Vatican Vatican
Commune Cité du Vatican
Coordonnées 41° 54′ 11″ N 12° 27′ 16″ E / 41.9030356, 12.4543977 ()41° 54′ 11″ Nord 12° 27′ 16″ Est / 41.9030356, 12.4543977 ()  

Géolocalisation sur la carte : Vatican

(Voir situation sur carte : Vatican)
Chapelle Sixtine

La chapelle Sixtine, appelée originellement chapelle de Sixte, est l'une des salles des palais pontificaux du Vatican. À l'heure actuelle, elle fait partie des musées du Vatican. C'est dans la chapelle Sixtine que, traditionnellement depuis le XVe siècle, les cardinaux réunis en conclave élisent le nouveau pape (des conclaves s'étant tenus également dans la Cappella Parva et le palais du Quirinal), et obligatoirement depuis la constitution apostolique Universi Dominici Gregis édictée par Jean-Paul II en 1996[1].

La plus grande chapelle du Vatican doit son nom au pape Sixte IV, qui la fit bâtir de 1477 à 1483. Elle fut consacrée lors de la fête de l'Assomption, le 15 août 1483. Sa voûte, décorée de fresques achevées par Michel-Ange en quatre ans, fut inaugurée par Jules II le 31 octobre 1512. Le mur du fond comporte une immense fresque illustrant le Jugement dernier, peinte près d'un quart de siècle plus tard par Michel-Ange alors sexagénaire et dévoilée par Paul III, après six ans de travaux, le 1er novembre 1541.

Précédée d'une antichambre (la Sala Regia), la chapelle se situe à l'angle sud-ouest du palais. Elle communique avec les chambres de Raphaël, qui abritent aujourd'hui la collection d'art religieux moderne. Ses architectes présumés sont Baccio Pontelli et Giovannino de' Dolci (it). Elle comprend un souterrain, un entresol et la chapelle proprement dite. Elle est ceinte, en hauteur, d'un chemin de garde défensif.

Son plan est simple : c'est une salle rectangulaire de quelque 40 mètres de long sur 13 mètres de large et 21 mètres de hauteur (on observe que 21 : 13 = 1,61, ce qui correspond au nombre d'or souvent utilisé par les architectes de jadis), coiffée d'une voûte en berceau et éclairée de douze fenêtres cintrées. Le sol est recouvert de marbres polychromes. Une transenne grillagée en marbre, œuvre de Mino da Fiesole, rappelle l'iconostase des orthodoxes ; elle sépare l'espace réservé aux clercs de celui accessible aux laïcs.

La chapelle doit sa célébrité à son exceptionnelle décoration peinte, réalisée par les plus grands artistes de la Renaissance, parmi lesquels Michel-Ange, Le Pérugin, Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio, Cosimo Rosselli et Pinturicchio. Chaque jour, quelques 10 000 touristes la visitent, avec des pointes de 20 000 personnes aux périodes d'affluence. Cette concentration humaine provoque de multiples exhalaisons de gaz carbonique et risque, à terme, d'endommager les peintures[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Reconstitution de l'intérieur de la chapelle Sixtine avant l'intervention de Michel-Ange.

Dès 1368 est mentionnée l'existence d'une chapelle papale, la « Capella magna » (la Cappella Maggiore en italien), destinée à accueillir les célébrations liturgiques ou cérémonielles de la cour pontificale[3] ainsi que les conclaves depuis celui de 1492. Elle est décorée, entre autres, par Giottino, Giovanni da Milano et Fra Angelico[4].

Pendant la papauté d'Avignon, la ville de Rome subit de graves troubles civils. Plusieurs monuments chrétiens sont abandonnés ou tombent en ruines. La « Capella magna » est délabrée, si bien qu'après le retour des papes à Rome en 1455, les conclaves doivent se tenir dans la Cappella Parva[5].

Des travaux de rénovation sont commandés par le pape Sixte IV, lors de son jubilé de 1475. Le projet est confié à deux architectes dont le nom (Baccio Pontelli et Giovannino de' Dolci (it)) a été avancé sans preuve décisive[5]. Ils auraient reproduit les dimensions du temple de Salomon (soit 40,92 mètres de long sur 13,41 mètres de large et 20,69 mètres de haut), en application de la théologie du successionisme (en)[6]. Les travaux débutent en 1477 et sont achevés vers la fin 1480. La chapelle est fortifiée en guise de défense contre de nombreux ennemis potentiels, tels la Seigneurie de Florence ou les Turcs de Mehmed II[7]. Sa structure, recouverte d'une couche de briques, est couronnée d'une voûte en berceau maçonnée remplaçant la précédente construction en bois. Un jubé - ou plus précisément une transenne - divise la chapelle en deux parties. Le sol comprend deux niveaux, dont un étage supérieur percé de douze hautes fenêtres cintrées[8]. Les conclaves pourront s'y dérouler de nouveau à partir du XVIe siècle, les cardinaux siégeant sur des banquettes en pierre qui longent les trois côtés[5].

Les fresques sont réalisées, entre 1481 et 1482, par les meilleurs peintres florentins, ombriens et toscans de l'époque (Domenico Ghirlandaio, Sandro Botticelli, Cosimo Rosselli, Pinturicchio, Luca Signorelli et le Pérugin). Maestro dell'Annunciazione Gardner aurait peint la voûte d'un ciel bleu constellé où de petites boules de cire dorée, collées sur la peinture, représentaient les étoiles. Un tel décor, plus simple à réaliser que des fresques à personnages, était fréquent dans les chapelles contemporaines. Toutefois, les examens effectués lors des dernières restaurations n’ont mis à jour aucune trace de bleu[9]. Sixte IV consacre la nouvelle chapelle, dédiée à Notre-Dame de l’Assomption, le 15 août 1483[6]. Ses emblèmes peints et sculptés (des feuilles de chêne et des glands, armes parlantes de son patronyme Della Rovere, qui signifie du chêne en italien[8]), parsèment le décor[5].

Les murs latéraux[modifier | modifier le code]

Isaïe, par Michel-Ange.

L'intérêt de la chapelle réside non seulement dans les célèbres fresques de sa voûte, dues à Michel-Ange, mais aussi dans les peintures moins connues de ses murs, œuvres d'artistes aussi éminents que Botticelli, le Pérugin, le Pinturicchio ou Domenico Ghirlandaio. On pense que ces scènes ont été commandées par Sixte IV, ou un théologien de la cour pontificale, dans un but politique précis : démontrer la primauté de la papauté et son indépendance face aux monarques de la chrétienté. Ces murs sont divisés horizontalement en trois bandes séparées par des entablements, et verticalement par des lésènes. Le long de la bande inférieure se déploie une rangée de damas peints en trompe-l'oeil, ornés de feuilles de chêne et de glands (armes parlantes expliquées ci-dessus). À la bande médiane sont placées, face à face, des scènes de la vie de Moïse (sur la paroi sud, à gauche lorsqu'on fait face à l'autel) et du Christ (sur la paroi nord, à droite face à l'autel) ; des inscriptions (tituli) expliquent ces correspondances. La bande supérieure montre les portraits des trente-deux premiers papes, insérés dans des niches monochromes[5].

Les scènes de la vie de Moïse et du Christ représentent :

Les artistes se sont amusés à glisser de nombreux clins d'œil dans leurs peintures, et notamment à y cacher des portraits de leurs contemporains [10].

La voûte[modifier | modifier le code]

La voûte.
La Création d'Adam après restauration.
Article détaillé : Plafond de la chapelle Sixtine.

La décoration du plafond de la chapelle Sixtine fut commandée par le pape Jules II, au début de son pontificat (1503-1513), pour remédier aux désordres causés par la construction de la basilique Saint-Pierre et de la tour Borgia, qui avaient déstabilisé la chapelle. En 1504, une longue fissure provoqua des dégâts si importants que le pape chargea Michel-Ange de refaire la décoration de l'édifice[6]. En mai 1508, l'artiste signait le contrat prévoyant la représentation des douze apôtres sur les pendentifs, agrémentée de motifs ornementaux dans les parties restantes. Mais Michel-Ange jugea ce sujet trop pauvre. Sur sa requête, et grâce à l'aide des théologiens de la cour papale, il conçut neuf scènes centrales inspirées du néoplatonisme, représentant des épisodes de la Genèse.

La série commence par la Séparation de la lumière d'avec les ténèbres et se poursuit avec la célèbre Création d'Adam (où Dieu tend la main vers le premier Homme pour lui insuffler la vie), la Tentation puis d'autres épisodes. Ces panneaux sont encadrés de sculpturaux athlètes nus (les célèbres ignudi), qui soutiennent des médaillons en camaïeu d'or illustrant des scènes tirées du Livre des Rois. Critiquée dès l'origine, la présence des ignudi reste, aujourd'hui encore, sujette à discussion : faut-il y voir des éléments païens, sans rapport aucun avec le caractère sacré de la composition ou, au contraire, des anges dépourvus d'ailes, mais faisant partie intégrante du programme iconographique ? À la base de la structure architectonique, douze voyants (sept prophètes et cinq sibylles) siègent sur des trônes monumentaux, au-dessus d'ancêtres du Christ logés sur les voussures ou dans les lunettes (aux parois nord et sud, et sur le mur d'entrée). Enfin, sur les pendentifs des quatre angles, l'artiste a peint des épisodes du salut miraculeux du peuple d'Israël.

Michel-Ange dessina de nombreuses études et cartons préparatoires et conçut des dizaines de personnages aux poses variées. Un travail aussi démesuré ne pouvait qu'affecter sa santé (cf. l'article détaillé et le témoignage de Michel-Ange lui-même). Toutefois, l'image d'un Michel-Ange peignant couché semble tenir de la légende.

Ces représentations impressionnantes, qui démontrent une parfaite maîtrise du mouvement des corps et de l'anatomie humaine, ont radicalement transformé la peinture occidentale. En août 1510, Michel-Ange avait terminé la première moitié de la voûte, du mur d'entrée jusqu'à la Création d’Ève. Les travaux étaient probablement achevés avant le 31 octobre 1512, où Jules II présida les vêpres solennelles de la Toussaint avant de célébrer la messe dès le lendemain[2].

Le Jugement dernier[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Le Jugement dernier (Michel-Ange).
Le Jugement dernier (détail).
Le Christ et la Vierge.
  • En 1532, Michel-Ange revient à Rome après un séjour de plusieurs années à Florence, où il a pris parti contre Clément VII dans le conflit qui l'opposait à l'empereur Charles Quint. Le pape, qui a pardonné, lui demande de remplacer les peintures des deux extrémités de la chapelle Sixtine par deux grandioses représentations : la Chute des anges rebelles et le Jugement dernier. Presque aussitôt, le peintre entame les études nécessaires à ce projet démesuré. En septembre 1534, Clément VII meurt et Michel-Ange espère pouvoir renoncer à cette tâche écrasante pour se remettre au tombeau de Jules II, qu'il regrette de n'avoir pu achever. Mais le nouveau pape Paul III entend que le projet de son prédécesseur soit mené à terme. Par bref apostolique de 1535, il nomme Michel-Ange architecte, peintre et sculpteur du Vatican. Michel-Ange ne peut se dérober. Toutefois seul le Jugement dernier sera exécuté. La Chute des anges rebelles fut confiée à Matteo da Leccio, collaborateur de Michel-Ange, mais le projet n'aboutit pas. Cependant, on peut rêver à ce qu'eût produit le génie d'un Michel-Ange inspiré par un épisode aussi dramatiquement mouvementé...
  • La fresque s'étend sur un vaste mur de 20 mètres de haut sur 10 mètres de large, en forme de double lunette. Michel-Ange y compose une scène saisissante. À la fois ordonnée et bouillonnante, elle offre une vision torturée et douloureuse du jugement dernier, très éloignée de la calme majesté des représentations traditionnelles.
  • La figure du Christ surprend par son apparence inhabituelle de jeune homme viril et athlétique, où Michel-Ange exprime la puissance divine plutôt que sa miséricorde.
  • À l'époque, l'œuvre fait scandale, car ses quelque quatre-cents personnages sont entièrement nus, y compris le Christ. Paul IV envisagera même de détruire la composition, mais il se contentera d'en faire voiler pudiquement certains personnages par Daniele da Volterra, qui y gagnera le surnom d'il braghettone (le culottier). Au XVIIe siècle, Clément XII fera ajouter d'autres voiles. Cette entreprise se poursuivra encore en plein XXe siècle, sous le pontificat de Pie XI.
  • La vision de l'œuvre a été renouvelée par la restauration effectuée de 1981 à 1992.

Polémique sur la restauration[modifier | modifier le code]

Une restauration générale de la chapelle Sixtine a eu lieu de 1981 à 1989. Elle fut financée par la Nippon Television Network Corporation, en échange d'un droit sur les images. À la place des tons sombres et enfumés qui avaient valu à Michel-Ange le surnom de « terrible souverain de l'ombre », on a découvert des couleurs étonnantes - mais néanmoins typiques du maniérisme : de hardis roses pastel, des jaunes citron, des verts acides, des bleus lapis-lazuli, des mauves saturés... Pour traduire la diaprure de certains vêtements, Michel-Ange a utilisé, au plafond, la technique du cangiante, jadis dissimulée par l'encrassement, mais aujourd'hui pleinement mise en évidence. Mais la polémique se poursuit quant au bien-fondé de cette restauration. Elle aurait notamment supprimé des ombres ajoutées par Michel-Ange au noir de charbon, en surface des peintures et non dans leurs pigments.

Galerie d'images[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Cloches et électronique: le conclave nouveau est arrivé », sur La Libre Belgique,‎ 18 avril 2005
  2. a et b « La voûte de la chapelle Sixtine fête ses 500 ans », sur la-croix.com,‎ 31 octobre 2012
  3. Cette cour comportait à l'époque 200 membres (Sacré collège composé de 20 cardinaux, de représentants des ordres religieux et des grandes familles, d'évêques et d'archevêques en visite, d’un ensemble de chanteurs, de plusieurs laïcs et de serviteurs).
  4. (it) Pierluigi De Vecchi, La Cappella Sistina, Rizzoli,‎ 1999 (ISBN 88-17-25003-1), p. 7
  5. a, b, c, d et e Sabine Gignoux, « Au cœur de la chapelle Sixtine », sur la-croix.com,‎ 15 avril 2005
  6. a, b et c Gabriel Racle, « La Chapelle Sixtine : 500 ans d'actualité et de secrets », sur L'Express,‎ septembre 2008
  7. Chapelle Sixtine
  8. a et b Marcia B. Hall, Michel-Ange et la Chapelle Sixtine, Renaissance Du Livre,‎ 2002, p. 7
  9. Sixte IV Della Rovere
  10. Benjamin Blech et Roy Doliner, Les secrets de la chapelle Sixtine, Michel Lafon,‎ 2008, 325 p. (ISBN 2749908469)
  11. Des graffitis de musiciens et l'autographe de Josquin des Prés recouvrent le mur de cette tribune.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guide des musées et de la cité du Vatican, publications du Vatican, 1986