Oblast autonome juif

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Oblast autonome juif
(ru) Еврейская автономная область
(yi) ייִדישע אווטאָנאָמע געגנט
Armoiries de l'oblast autonome juif
Armoiries de l'oblast autonome juif
Drapeau de l'oblast autonome juif
Drapeau de l'oblast autonome juif
Oblast autonome juif
Administration
Pays Drapeau de la Russie Russie
Région économique Extrême-Orient
District fédéral Extrême-oriental
Statut politique Oblast autonome
Création 7 mai 1934
Capitale Birobidjan
Chef de l'administration Alexandre Vinnikov
Démographie
Population 190 915 hab. (2002)
Densité 5,3 hab./km2
Géographie
Superficie 36 000 km2
Autres informations
Langue(s) officielle(s) Russe
Fuseau horaire UTC+11
Code OKATO 99
Code ISO 3166 RU-YEV
Immatriculation 79
Liens
Site web http://www.eao.ru

L'oblast autonome juif (en russe : Евре́йская автоно́мная о́бласть, Evreïskaïa avtonomnaïa oblast ; en yiddish : ייִדישע אווטאָנאָמע געגנט, yidishe avtonome gegnt) est un sujet de la Fédération de Russie situé en Sibérie (Extrême-Orient russe), à la frontière chinoise. Il est souvent nommé, en français uniquement, Birobidjan, selon sa capitale.

Cet oblast a été fondé à l’initiative de Staline en 1934, avec le yiddish comme langue officielle. Il a peu attiré de juifs à sa création et d'autant moins à la création de l'État d'Israël. Il a conservé le statut de terre d'accueil pour les Juifs de Russie.

Géographie[modifier | modifier le code]

L'oblast de 36 000 km² se trouve sur la rive gauche du fleuve Amour qui marque une part importante de la frontière russo-chinoise, directement en amont de ville de Khabarovsk. Le fleuve marque également la limite entre l'oblast avec le Kraï de Khabarovsk qui l'enveloppe au nord et à l'est, tandis qu'à l'ouest se situe l'Oblast d'Amour.

Démographie[modifier | modifier le code]

Selon le recensement de 2010 en Russie, le groupe ethnique le plus important de l'oblast est constitué par les Russes (92,7 %), suivis des Ukrainiens (2,8 %) et des Juifs (1 %)[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Le problème de la répartition[modifier | modifier le code]

Après la révolution russe de 1917, la Déclaration des droits des peuples de Russie proclame « l'égalité et la souveraineté des peuples de Russie ». Les Juifs sont reconnus comme une nationalité au sein de l'URSS, mais alors que la Constitution fédérale du garantit un territoire à chaque nationalité soviétique, aucune région ne leur est attribuée. En effet, il n'existe aucun territoire de l'URSS où les juifs représentent une majorité de la population, contrairement aux autres minorités nationales. Une forte minorité juive existe cependant à l'ouest de l'Union, sur les anciens territoires de la Pologne, de l'Ukraine et de la Biélorussie.

Idéologie et assimilation[modifier | modifier le code]

Durant les années 1920, on tente de détourner les Juifs d'URSS de leurs métiers traditionnels de petits commerçants, de prêteurs et de manufacturiers, jugés absolument contraires à l'idéologie communiste[2]. Depuis la fin du XIXe siècle, les tsars tentent d'organiser, sans succès, un retour des juifs vers l'agriculture. L'URSS poursuivra cette œuvre avec un succès relatif lors des années 1920. Cependant, les paysans déjà présents n'apprécient guère de voir leurs terres spoliées par ces nouveaux venus, ce qui cause des tensions. Il faut donc trouver une terre pour les Juifs, alors que l'émigration vers la Palestine prend de l'ampleur.

La création du Birobidjan[modifier | modifier le code]

La place centrale de Birobidjan.

Dès 1928, la région du Birobidjan est réservée par décret à l'établissement des Juifs[3]. Ils sont encouragés à s'installer dans ce territoire, et le décret propose la création d'une « entité administrative territoriale nationale juive » si l'expérience est un succès. C'est chose faite à l'initiative de Joseph Staline, qui crée une « Région autonome juive » en 1934, à Birobidjan à l'extrémité orientale de la Russie, à la frontière avec la Chine. Des primes incitatives sont données aux Juifs afin qu'ils partent s'installer dans cette région peu peuplée située à plus de 5 000 kilomètres de Moscou. Au début, la région autonome accueille des milliers d'individus, qui devaient y organiser une certaine vie nationale juive. L'oblast a une langue officielle : le yiddish, l'hébreu étant alors une langue liturgique, interdite par le régime soviétique[réf. nécessaire], hostile aux religions et donc à la religion juive. La vie culturelle en yiddish se développe progressivement : un théâtre juif est créé en 1934, et un journal en yiddish, « L'étoile du Birobidjan » parait régulièrement. Des écoles en yiddish se développent pour faire face à l'afflux de nombreux colons avec enfants.

Les raisons de la création de l'oblast sont multiples, et ont été exposées notamment par l'historien Nikolaï Bougaï dans ses nombreux articles et ouvrages sur les déplacements et la déportation des peuples d'URSS :

  • La volonté de permettre aux Juifs soviétiques de disposer d'un territoire pour pouvoir s'y exprimer en tant que nationalité soviétique. Ce projet était conçu comme une alternative au sionisme jugé « nationaliste-bourgeois ». Mais la population juive ne sera jamais majoritaire dans cette Région autonome qui fut une « entité » politique communiste « pour le peuple juif », à l'opposé du projet officialisé en Palestine par le mandat de la SdN de 1922, sur des bases « capitalistes » (voir histoire du sionisme). La politique des nationalités de l'URSS « prouvait » ainsi que le régime pouvait répondre aux aspirations juives sans soutenir un mouvement que le communisme soviétique réprouvait.
  • Volonté de « renforcer » la zone autour du fleuve Amour, dans l'Extrême-Orient soviétique, historiquement contestée par la Chine. Et donc volonté de peupler cette région de la Sibérie supposée riche en ressources naturelles (bois, charbon, graphite).
  • Volonté d'« éloigner en douceur » les intellectuels juifs du centre de la Russie, communistes ou ralliés, mais jugés peu fiables et « cosmopolites »[réf. nécessaire].

Ce projet politique se poursuit après la création d'Israël en 1948 : on comptait alors 30 000 Juifs dans l'oblast. Dès la mort de Staline le , la population juive du territoire ne devait cesser de décroître, tant sous Khrouchtchev que sous Brejnev et en 1959, elle n'était plus que de 9 %, chutant même à 7 % en 1970.

Les limites et les failles du projet[modifier | modifier le code]

Le projet de la République autonome juive contenait, dès son départ, de nombreux points faibles, dont les autorités soviétiques étaient plus ou moins conscientes. Premièrement, la région était très éloignée des lieux historiques de peuplement de la communauté juive russe. Il fallait donc effectuer une transplantation « à froid » du peuple et de sa culture.
Deuxièmement, du fait de son éloignement, la région et sa capitale (Birobidjan) étaient quasiment dépourvues d'infrastructures. L'afflux massif de colons prit de court les autorités locales, dépassées. L'insalubrité s'installe dans la capitale, qui n'aura pas d'égouts avant la seconde guerre mondiale. Le long de la rue principale en terre battue s'alignent des baraquements en bois mal étayés qui servent de maisons aux nombreux Juifs ayant choisi de vivre dans un environnement urbain. En effet, le projet de retour à la terre avait lui aussi partiellement échoué : en 1939, seuls 25 % des Juifs[4]de la R.A.J. habitaient à la campagne, car un grand nombre de sols s'étaient révélés marécageux et/ou impropres à la culture. Les colons, issus pour la plupart des villes, rechignaient en outre à apprendre un nouveau métier dans un environnement hostile, préférant se concentrer dans la capitale. De plus, la mystique du retour des juifs à la terre perdit de son importance quand les plans quinquennaux se tournèrent vers l'industrialisation de l'URSS. Ce n'est donc pas étonnant si, en 1939, la population juive ne correspond qu'à 18 000 des 109 000 habitants de la région. Comme le reste de l'URSS, la région souffrit des Grandes Purges décidées par Staline, puis du nationalisme patriotique qui s'empara de la Russie durant la Seconde Guerre mondiale.

Le chant du cygne[modifier | modifier le code]

Ce sont paradoxalement la Shoah et les ravages causés par la Seconde Guerre mondiale qui redonnèrent vie au projet de la R.A.J. En effet, entre 1945 et 1948, de nombreux Juifs soviétiques qui avaient fui l'avancée allemande ou tout perdu durant la guerre immigrèrent dans cette terre promise soviétique. Près de dix mille d'entre eux s'installèrent dans cette région en trois ans, de 1945 à 1948. Les habitants et les responsables politiques reprenaient espoir de voir la R.A.J. remplir son rôle. Mais la création de l'État d’Israël fit l'effet d'une bombe dans tout l'espace soviétique. Le projet Birobidjan perdit son élan, cette fois définitivement. L'Alya allait commencer, et le Birobidjan se viderait lentement de ses Juifs.

Depuis 1991[modifier | modifier le code]

Malgré des tentatives d'aide financière sous Gorbatchev, la majorité des Juifs qui restaient dans l'oblast émigra après la chute de l'URSS en 1991. Les traces du judaïsme y sont aujourd'hui bien maigres : en 2002, il ne restait que 2 327 Juifs sur une population de 190 915 habitants, une synagogue, quelques inscriptions et un journal régional en yiddish : Birobidjanèr chtern ou étoile du Birobidjan (ביראָבידזשאנער שטערן, bjraobjdzšan‘r štern)[5].

En 1991, l'oblast est passé de la juridiction du Kraï de Khabarovsk à la juridiction de la Fédération.

Depuis le recensement russe de 2010, sa population est russe à 92 % et il ne reste qu'1 % de Juifs[6].

Divisions administratives[modifier | modifier le code]

Les 5 raïons de l'oblast.

L'oblast autonome juif est divisé en 5 raïons, et une ville indépendante :

  1. raïon Birobidjanski, chef-lieu Birobidjan ;
  2. raïon Leninski, chef-lieu Léninskoïé (ru) ;
  3. raïon Obloutchenski, chef-lieu Obloutchyé (ru) ;
  4. raïon Oktiabrski, chef-lieu Amourzet (ru) ;
  5. raïon Smidovitchski, chef-lieu Smidovitch (ru).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (ru) « Всероссийская перепись населения 2010 года. Том 1 », Федеральная служба государственной статистики,‎ 2011.
  2. Le Birobidjan, 1928-1996 : l'histoire oubliée de l'État juif fondé par Staline
  3. Fondation du Birobidjan juif, sur le site Hérodode
  4. Le Birobidjan, 1928-1996 : l'histoire oubliée de l'État juif fondé par Staline p 48
  5. Bienvenue chez nos cousins du Birobidjan, Gérard Xavier, sur le site genami
  6. (ru) Информационные материалы об окончательных итогах Всероссийской переписи населения 2010 года

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]