Histoire du peuple juif

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L'histoire du peuple juif s'étend sur 3 000 ans. En revanche, bon nombre d'historiens font remonter la naissance du judaïsme au roi Josias en 640 av. JC.
Comme il est courant pour une religion, le judaïsme a connu différents courants ou schismes. Le peuple juif se distingue d'autres peuples par sa répartition dans le monde, son unité autour de la transmission de valeurs culturelles par les livres religieux (Torah, Talmud) et par des pratiques rituelles communes (Shabbat, Pessa'h, Yom Kippour, cacheroute...).

Pour une histoire des Juifs relative à un pays particulier, on pourra se reporter aux articles spécialisés (Histoire juive).

Formation du peuple juif et de sa religion[modifier | modifier le code]

Premières traces, -1200 à -880[modifier | modifier le code]

Les premiers Israélites ne semblant pas alphabétisés (voir Données archéologiques sur les premiers écrits en hébreu ancien), on ne les connaît que par les écrits d'autres peuples, égyptien et assyrien notamment. Il s'agirait d'un peuple d’origine cananéenne habitant les hautes terres de Canaan (Cisjordanie actuelle). La partie nord (Samarie actuelle) plus irriguée et plus accessible se développe plus vite que la partie sud (Judée actuelle). Deux signes distinctifs le caractérisent : les habitations sont de forme ovoïde et on ne trouve pas de trace de porcs dans les élevages et la nourriture.

Premiers États centralisés : les deux royaumes, -880 à –722[modifier | modifier le code]

Deux royaumes distincts semblent se revendiquer du même peuple :

Ils sont polythéistes mais, comme beaucoup de peuples de la région, avec un dieu principal. Cette variante du polythéisme s'appelle une monolâtrie.

Comme l'écrit Jean Soler[1]: « les Israélites, à l’exemple des Assyriens et des Babyloniens, avaient d’autres dieux, notamment Baal, et même une déesse, compagne de Iahvé, Ashera, comme semble en témoigner la Bible et certaines inscriptions découvertes récemment en Israël, qui parlent de " Iahvé et son Ashera »[2]

Prémices de la religion juive : la monolâtrie de Yavhé, -722 à - 587[modifier | modifier le code]

Au nord, le royaume d’Israel est détruit en -722 par les Assyriens. Les habitants se réfugient au sud dont la capitale Jérusalem connaît alors un développement important. C’est sous le règne de Josias, semble-t-il, autour de 620, que l’idée a prévalu, dans l’espoir d’empêcher Jérusalem de subir le sort de Samarie, que Iahvé était un dieu « jaloux » : qui ne tolérait pas de rivaux dans la vénération qu’il exigeait des Israélites – ce qui prouve d’ailleurs que le culte de Yahvé avait cohabité jusqu’alors avec celui d’autres dieux, comme c’était courant, dans la monolâtrie des dieux nationaux au Proche-Orient. La monolâtrie n’est que l’une des modalités de la croyance polythéiste et la réforme de Josias, qui exigeait que le peuple adore le seul Iahvé, en un seul lieu de surcroît, le temple de Jérusalem, n’est qu’une variante apportée à la forme antérieure de monolâtrie. Le roi Josias (- 640 - 609), que bon nombre d'historiens considèrent à ce titre comme le véritable créateur de la nouvelle religion, est donc le premier à établir les ébauches de règles de la religion juive en proclamant que :

  • Il existe de nombreux dieux mais parmi eux, il ne faut adorer que Yaveh
  • les 2 populations forment un même peuple avec le même dieu principal
  • il ne doit y avoir qu’un seul lieu de commémoration de ce dieu

La Samarie appartient à ce peuple autant que la Judée et doit donc être reconquise sur les Assyriens. La légende d’un ancien grand royaume unifié allant de Damas à la Mer Rouge, fondé par son ancêtre David, fut probablement développée vers le même moment pour appuyer cette revendication.

Josias, sentant l’empire assyrien vaciller, souhaite se tourner vers les Égyptiens, ses adversaires, mais l’accord échoue et il est tué par eux en 609 av. J.-C. L’empire assyrien est par la suite écrasé par les Babyloniens qui s’emparent aussi de Jérusalem en -587 et exilent une petite partie de la population, son élite intellectuelle, dans leur capitale Babylone[3].

Exil à Babylone, naissance du monothéisme juif, -587 à -517[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Diaspora juive.

Les réfugiés rencontrent à Babylone les zoroastriens monothéistes et ils écrivent la bible composée : de leur propre histoire, des légendes d’un passé glorieux d’un grand royaume, de légendes babyloniennes comme celle du roi Sargon sauvé des eaux. La nouvelle religion reprend le principe zoroastrien d’un dieu unique mais celui-ci a élu un peuple, le peuple juif, et lui ordonne de retourner à Canaan et d’y refonder le temple de Jérusalem[4].

L'ère du second Temple 515 av. J.-C. à 70 ap. J.-C.[modifier | modifier le code]

Cette période s'étend de 515 AEC (fin de la construction du second Temple) à l'an 70 de notre ère (destruction du second Temple). 70 ans après le début de l'Exil à Babylone, les Judéens retournent sur leur terre lors du règne de Cyrus II (Koresh), sous la conduite d'Ezra, Néhémie et Zorobabel, auxquels succèdent la Grande Assemblée. La reconstruction du second Temple de Jérusalem dure de 520 av. J.-C. à 515 av. J.-C.. C'est une période de réformes religieuses et de "purification ethnique" (voir les réformes d'Ezra et la répudiation des épouses cananéennes). Les habitants du royaume nordiste ne sont pas admis dans l'Assemblée, et forment le samaritanisme. La province de Judée passe par plusieurs dominations successives. Plusieurs groupes religieux se font concurrence, tant pour le pouvoir que pour la détermination de l'orthodoxie. Pendant cette époque, un nouveau groupe religieux juif-messianiste voit le jour: les chrétiens[5] qui proclament que Jésus de Nazareth est le Messie. Un courant chrétien, les nazôréens, continue d'observer la Torah et notamment la circoncision, les interdits alimentaires et le sabbat. Ils s'opposent au point de vue de Paul qui pensait nécessaire de propager auprès des non-juifs la foi en la messianité de Jésus. L'histoire ultérieure de ce groupe est obscure.

La noblesse sacerdotale : Sadducéens et Boéthusiens[modifier | modifier le code]

Les Sadducéens et les Boethusiens, classes sacerdotales disciples de Sadok le Prêtre et Boethus, proches du pouvoir, ne reconnaissent d'autre autorité que la Torah, prise à la lettre et tiennent des registres extrêmement précis afin d'étayer les lignées sacerdotales. C'est ce souci généalogique qui a conduit les théoriciens de l'hypothèse documentaire à supputer un rédacteur P (Prêtre).

Les Pharisiens[modifier | modifier le code]

Les Pharisiens, descendants des zougot, s'appuient sur certaines exhortations prophétiques (« Je hais vos fêtes »), pour chercher à appliquer les rites autant dans la lettre que l'esprit, celui-ci ayant parfois préséance. Ils se transmettent pour ce faire une exégèse orale du Tanakh de père à fils et de maître à disciple. Ils reçoivent un large soutien du peuple, et dès l'époque de Shimon ben Sheta'h, dominent la vie religieuse, via le Sanhédrin.

Les Esséniens[modifier | modifier le code]

Les Esséniens, ascètes se repliant dans le désert, prônent une voie de détachement. Ils sont assez proches des Pharisiens, mais développent des idées propres à consonance apocalyptique, parlant, par exemple, d'un combat des fils de la lumière contre ceux de l'obscurité.

Les Zélotes[modifier | modifier le code]

Les Zélotes (Sicaires), sont également proches des Pharisiens, mais fort portés à la guérilla contre les envahisseurs, surtout Romains. Instigateurs de la révolte contre Rome, leur mouvement disparaît à la suite du siège de Massada. Cette classification est tributaire du récit de Flavius Josèphe et de ses "quatre sectes". Il est toutefois probable que d'autres mouvements existaient, et que l'hégémonie du judaïsme pharisien mettra plusieurs siècles à s'établir.

Le judaïsme hellénistique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Judaïsme hellénistique.

Les Juifs de Palestine deviennent nettement minoritaires dans le judaïsme global, largement répandu à travers le Moyen-Orient et en Égypte, où les communautés juives hellénisées prospèrent. La définition strictement nationale du « peuple Juif » (une langue, un territoire, une direction politique) s'estompe. Les Sadducéens se montrent ouverts à la culture dominante, que les Pharisiens se font un point d'honneur de refuser. Après la traduction dite des Septante, c'est ce judaïsme parlant et pensant en grec, sous la dynastie hasmonéenne, qui compose des livres apocryphes d'inspiration juive qui seront rejetés du Tanakh : Livre d'Hénoch, Jubilés, Livre de Tobie, Premier livre des Macchabées et Deuxième livre des Macchabées, Livre de la Sagesse, Ecclésiastique (Siracide), Livre de Baruch, Manuscrits de la mer Morte, Passages grecs du Livre d'Esther et du Livre de Daniel, etc. Ses plus illustres représentants sont Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe[6]

Dans l'exil[modifier | modifier le code]

La rédaction du Talmud et le judaïsme rabbinique[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Talmud et Judaïsme rabbinique.

Après la destruction du second Temple (70 ap. J.-C.), les Sadducéens, Esséniens et autres sectes juives s'évanouissent ou deviennent judéo-chrétiennes ou judéo-nazarénnes. Les rabbins pharisiens restent seuls en lice, et leur vision du judaïsme devient la norme. Ils commencent la rédaction du Talmud, forme écrite de la Loi orale reçue selon la tradition par Moïse en même temps que la loi écrite du Pentateuque. Les mishnayot (pluriel de mishna) sont mises à l'écrit par Rabbi Yéhouda HaNassi (le prince).

La rédaction du Talmud fut une entreprise collective qui dura jusqu'au VIe siècle. Il y eut plusieurs étapes, le midrash, la Mishna (en hébreu, rédigée au IIe siècle de l'ère commune) et la Gémara (commentaire de la Mishna, écrite en araméen). Il existe deux versions de la Gémara, correspondant aux deux diasporas juives les plus importantes, celle de Galilée, et celle de Mésopotamie. Le Talmud proprement dit est constitué de la Mishna hébraïque et de la Gémara araméenne. Comme il existe deux Gémara, il existe aussi deux versions du Talmud, le Talmud de Jérusalem (IVe siècle de l'ère commune), et le Talmud de Babylone (VIe siècle de l'ère commune).

Le Talmud apporte des innovations sur l'organisation sociale, en particulier les taux d'intérêt, l'usage des lettres de change, et les limites du profit (notion de prix juste), que la civilisation chrétienne ne découvrira que plus tard.

Le karaïsme[modifier | modifier le code]

Selon la tradition karaïte, le karaïsme naît à Babylone entre le septième et le huitième siècle EC, lorsqu'un jeune érudit persan d'ascendance davidique, Anan ben David, se proclame anti-exilarque à la suite d'un désaccord plus politique qu'idéologique, et décide de ne trancher les questions de Halakha (cf.infra) qu'en fonction la Loi écrite, au détriment total de la Loi orale. En ces temps troublés de conquête musulmane et de remise en question religieuse, cette atteinte au monopole des Gueonim, directeurs des académies talmudiques de Babylone, sur la vie juive est bien accueillie.

Toutefois, des sources karaïtes du XXe siècle (les livres de Ya'acov Al-Qirqisani) tendent à suggérer qu'Anan ben David ne fonda "que" l'ananisme, qui différait sensiblement du karaïsme et ne le rejoignit que dans les siècles qui suivirent. Ya'acov Al-Qirqisani mentionne aussi le courant benjaminite qui, bien que se basant sur la lettre plutôt que l'esprit du Texte, ne rompt pas aussi formellement avec le pharisaïsme, devenu la judaïsme rabbinique, et est donc compté comme initialement distinct du karaïsme.

Le karaïsme dépendant de l'exégèse personnelle, d'autres courants ont vu le jour, notamment l'ashérisme et, plus récemment le talmidisme.

Les communautés karaïtes les plus importantes se trouvaient en Crimée et en Égypte. Elles se trouvent actuellement aux États-Unis et en Israël (à Ramla), après avoir été chassées d'Égypte vers les années 1952-1956. Quelques groupes réduits demeurent en Lituanie.

Le Moyen Âge[modifier | modifier le code]

La période des Gueonim[modifier | modifier le code]

L'ère des Gueonim s'étend de 589 (4349 dans le calendrier hébraïque), à 1038 (4798).

Au cours du Moyen Âge, l'antijudaïsme se développe chez les chrétiens. Il prend une forme théologique au VIIe siècle, avec l'introduction de la mention « pro perfidis judæis » dans la liturgie du Vendredi saint. Avec le recul, on considère que cela a contribué à légitimer certaines violences ultérieures des chrétiens contre les Juifs. Selon la thèse de David Nirenberg, ces faits de violence rituelle qui se manifestent particulièrement le jour de Pâques s'inscrivent dans le contexte de violence généralisée du Moyen Âge et ont pour objet de souligner l'infériorité de condition des Juifs et la détestation qu'on leur porte mais n'ont pas pour objet d'entraîner à terme l'élimination de la minorité juive d'un contexte social donné[7].

L'ère des Rishonim[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rishonim.

Les Rishonim sont les Rabbins et Posqim qui vécurent de l'ère comprise entre les Gueonim et le Choulhan Aroukh, c'est-à-dire de 1250 à 1500.

Dans l'Empire romain d'Orient, la culture yévanique des Romaniotes développe et diversifie l'héritage des Gueonim, qui va se diffuser tant en milieu sépharade avec le philosophe Maïmonide, qu'en milieu ashkénaze avec le sage Kalonymos du Rhin. Au XIIe siècle, Juifs, chrétiens et musulmans furent associés dans le vaste mouvement de traduction des œuvres d'Aristote, qui contribua au renouvellement de la pensée occidentale.

Mais l'Empire subit lui aussi l'intolérance chrétienne, et de plus les croisades successives s'accompagnent souvent de violences contre les Juifs. À partir des années 1120, les papes promulguent des textes ayant pour principe de protéger les « Juifs du pape », Jean XXII interrompant cette politique avec la croisade des Pastoureaux, politique plusieurs fois reprise par ses successeurs dans des conjonctures d'accroissement de fiscalité (les Juifs faisant partie des fermiers levant les impôts pontificaux) ou d'antijudaïsme[8]

La pensée juive s'est distinguée au XIIe siècle de l'ère commune avec Maïmonide. Persécuté par le pouvoir almohade d'Andalousie, il doit fuir au Maghreb, puis en Égypte. Au XIIIe siècle, des questions théologiques sont soulevées au sujet du prêt à intérêt, interdit dans le christianisme, mais autorisé alors par les Juifs envers les non Juifs (seulement). Les Juifs sont alors souvent relégués dans des fonctions financières, qui sont interdites aux chrétiens.

À la fin du XIVe siècle, les Juifs sont souvent rendus responsables des terribles maux qui ravagent l'Europe au cours de ce siècle (dont la peste noire, en réalité apportée de Crimée par une nef génoise). En 1391, deux synagogues sont converties en églises à Séville, et des violences antijuives se développent à Tolède et à Valence notamment.

En France, des mesures d'expulsion frappent les Juifs en 1306, en 1322 et en 1394.

À la fin du XVe siècle, les persécutions atteignent leur paroxysme avec l'Inquisition espagnole, qui met en place un système de pureté du sang (limpieza de sangre), et des mesures contre les Marranes que l'on accuse de poursuivre la pratique du judaïsme.

La période des Rishonim s'achève avec le Choulhan Aroukh, compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, ainsi que des opinions et commentaires des grands légalistes et décisionnaires qui les ont examinées, qui fut écrit par le Rav Yossef Karo.

Le XVIe siècle est marqué par une série d'expulsions des Juifs en Europe. Après l'expulsion d'Espagne en 1492, les Juifs sont expulsés d'Arles (1493), de Sicile et de Sardaigne (1493), de Florence (1494), de Lituanie (1495), du Portugal (1495), de Tarascon (1496), de Provence (1501), du royaume de Naples (1510), de Ratisbonne (1519), de l'Italie méridionale (1541), du Württemberg (1555), de Bavière (1555), de Brandebourg (1573) et de Brunswick (1590).

Le Maghreb (l'Algérie des Zianides, le Maroc des Watassides, la Tunisie des Hafsides) et l'empire ottoman deviennent une terre d'accueil pour certaines de ces communautés juives, notamment à Istanbul, Andrinople, Salonique, Smyrne, Trébizonde, Safed, en Crimée et dans les Principautés danubiennes (Moldavie, Valachie). Elles rejoignent les communautés yévaniques qui y vivaient depuis l'époque de l'empire byzantin, et les ladinisèrent (le judéo-espagnol y supplanta le judéo-grec).

Le judaïsme connait de profondes modifications à partir de 1492. Le judaïsme rabbinique fait de l'unité du peuple juif un point central de la Loi, et de fait, ne connait plus de changements majeurs, à l'exception de variations liturgiques dans les différentes communautés, grâce, entre autres, à la rédaction de codes légaux dont la production culmina avec le Shoulhan Aroukh. Certains prétendants à la messianité, dont Jacob Franck et Sabbataï Tsevi exaltent les foules, entraînant quelques personnes dans des mouvements dissidents qui aboutissent à leur conversion à l'islam ou au christianisme.

Des Lumières à l'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Émancipations[modifier | modifier le code]

Le judaïsme ashkénaze est à nouveau sujet à polémique à l'avènement des Lumières, qui entraînent de vives controverses de la Haskala, exacerbant la querelle entre Hassidim et Mitnagdim (opposants) en Europe de l'Est que cherchent à apaiser les « modérés », les « intermédiaires », comme le Rav Samson Raphaël Hirsch dont la devise est Torah ou Madah (« Torah et science »).

Les Juifs sont reconnus comme citoyens français à la Révolution, à la suite de deux décrets, l'un du 28 janvier 1790 et l'autre du 27 septembre 1791[9], sous l'impulsion de l'abbé Grégoire et d'Adrien Duport.

Ces nouvelles lois françaises permettent aux armées de la République et de l'Empire de faire émanciper les Juifs dans les territoires conquis. Généralement (mais pas en France), cette première émancipation est abrogée à la chute de Napoléon Ier. Ce n'est qu'au cours du XIXe siècle que beaucoup d'États européens accordent la pleine citoyenneté aux Juifs. En France même, le serment more judaico n'est aboli que sous Louis-Philippe.

L'émancipation entraîne alors en France mais aussi ailleurs en Europe ou en Amérique, la « confessionnalisation » du judaïsme, c'est-à-dire l'alignement de ses pratiques sur le modèle des confessions chrétiennes : le concept de « nation juive » disparaît[10], les Juifs deviennent des israélites, les schoule deviennent des temples, bâtis sur le modèle des églises[11].

Diversification du judaïsme rabbinique au XIXe siècle[modifier | modifier le code]

Famille juive ashkénaze (frontière germano-polonaise), XIXe siècle.

Le judaïsme rabbinique s'est construit historiquement autour des rabbins, spécialistes de la loi orale. Il s'est cependant diversifié au XIXe siècle et on a vu apparaître une relative contradiction dans les termes : des rabbins ne suivant pas strictement la loi orale.

  • Le judaïsme orthodoxe place la halakha au centre de son système de valeurs. Est juif orthodoxe celui qui reconnaît devoir se conduire selon la Halakha (corpus de règles établies par la tradition orale, depuis le Talmud jusqu'à aujourd'hui).

Au fur et à mesure du temps, la Halakha a été codifiée par des recueils de lois faisant autorité pour les générations futures.

Exemple : le Rambam (Maïmonide) écrivit un code de Lois appelé Michné Torah, qui fut, avec les œuvres du Roch (acronyme du sage Rabbénou Acher) et du Rif (Rabbi Itzhak Elfassi), un des piliers du Choulkhan Aroukh. Le Choulkhan Aroukh, écrit par Rabbi Yosef Caro au XVIe siècle marque un jalon important dans l'élaboration de la halakha. En effet, après le Choulkhan Aroukh, il devient difficile d'aller à l'encontre de décisions considérées comme les synthèses ultimes en matière de halakha.

Difficile ne veut pas dire impossible : dans de nombreux cas des grands maîtres de la Tradition juive (Gaon de Vilna, Hafets Hayim) ont tout de même tranché différemment du Choulkhan Aroukh.

Cependant, un juif orthodoxe reconnaît cette chaîne de transmission de la halakha dans son intégralité, au contraire des juifs libéraux (qui ne lui accordent pas d'importance majeure) et des Massorti (qui s'autoriseront à remonter à une décision du Talmud remise ensuite en cause par la chaîne des Maîtres de la tradition orale pour justifier une pratique plus conforme aux mœurs de l'époque contemporaine).

Le judaïsme orthodoxe met donc particulièrement l'accent sur l'adhésion à la Loi, de la Torah à la Halakha, et au respect des traditions établies.

Les orthodoxes considèrent comme non valables les décisions prises par les autres courants, les conversions au judaïsme qu'ils réalisent et l'autorité de leurs rabbins.

Si le respect dû à la Halakha est primordial pour les orthodoxes, le paysage juif orthodoxe est cependant très coloré en fonction de l'importance donnée à l'étude, à la vie communautaire, aux études profanes ou à l'importance de la Terre d'Israël.

Les Hassidim, les sionistes-religieux, les modern-orthodox aux États-Unis ou les 'Harédim en Israël sont tous des Juifs orthodoxes.

  • Le judaïsme réformé apparaît en Allemagne dans la première moitié du XIXe siècle, se basant sur les idées de Moïse Mendelssohn. Ardemment défendu par le Rav Abraham Geiger et combattu par l'orthodoxie, il reste centré sur les rabbins, mais remet assez largement en cause la Torah orale, nie son origine divine, en admettant toutefois qu'elle ait pu être inspirée (mais non codifiée, encore moins rédigée) par Dieu. La halakha est donc sujette au choix personnel du fidèle.

Initialement conçu pour « ramener les Juifs à la synagogue » en « modernisant » la religion, le judaïsme réformé a connu un grand succès aux États-Unis, mais demeure beaucoup plus modeste dans le reste du monde.
En France, il connaît un moindre succès que le judaïsme orthodoxe, une grande partie de la population juive étant sépharade et assez encline à conserver ses traditions.

Judaïsme « libéral » et « réformé » ne sont pas forcément synonymes : il existe deux communautés distinctes en Angleterre, et bien que la base théorique soit la même, les « réformés » sont beaucoup plus traditionalistes que les « libéraux ».

Courant médian, attaché aux traditions, il regroupe des éléments "orthodoxisants" comme le Rav Abraham Joshua Heschel, et des tendances libérales.
Comme le judaïsme réformé, le judaïsme conservative est surtout présent aux USA. Il connaît également un certain succès en Israël.

Voir infra.

Fin du XIXe siècle - Entre-deux-guerres : montée du sionisme[modifier | modifier le code]

Juives mizrahim du Caucase-Est, 1913

La fin du XIXe siècle voit la montée du sionisme : les premiers pionniers, chassés par les pogroms russes et soutenus par de riches donateurs occidentaux, assèchent des zones marécageuses où ils ont pu s'installer, dans la plaine côtière de Palestine, alors sous souveraineté ottomane ; l'Affaire Dreyfus suscite la vocation du journaliste viennois Theodor Herzl. Mais l'émigration en Palestine suscite le scepticisme des Juifs « assimilés » d'Europe occidentale et l'opposition de la plupart des rabbins orthodoxes, sans parler des partisans d'un Nouvel Israël en Amérique du Nord, des juifs socialistes pour lesquels l'émancipation totale ne peut advenir que par la révolution prolétarienne ou des bundistes partisans de l'émancipation au sein des pays où ils résident.

Le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique publie la Déclaration Balfour. En 1922, la Société des Nations confie l'administration de la Palestine (Mandat) au Royaume-Uni. Les convulsions politiques en Europe, consécutives à la dislocation des Empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman, vont bientôt s'exacerber avec la montée des mouvements et des régimes fascistes et antisémites, qui débouche sur la Shoah.

Toutefois, malgré l'atmosphère antisémite qui prédomine, c'est à cette époque que Léon Blum devient le premier juif président du conseil de la République Française.

Depuis la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Mesures antijuives en Allemagne et Shoah[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Shoah.

Le régime nazi, arrivé au pouvoir en 1933, prend dès le début des mesures contre les Juifs.

De 1941 à 1945, la Shoah fait 6 millions de morts et une infinité de traumatismes physiques, psychologiques et familiaux. Le père Patrick Desbois recense un peu moins de 2 millions de juifs morts par ce que l'on appelle la Shoah par balles.

En France, le régime de Vichy établit un statut particulier pour les Juifs, qui les écarte de certaines fonctions, puis collabore à la déportation de 75 000 d'entre eux. René Carmille, chef du service national de la statistique, et de nombreux Français (voir Justes), parviennent à limiter ce nombre de victimes.

Naissance de l'État d'Israël[modifier | modifier le code]

Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies approuve le Plan de partage de la Palestine en un État juif et un État arabe, la zone de Jérusalem, dénommée corpus separatum, acquérant le statut de ville internationale. La partie juive accepte ce partage territorial mais les autorités palestiniennes et les États arabes les rejettent. La Guerre de Palestine de 1948 éclate marqués par des affrontements entre les communautés juives et arabes palestiniennes puis par l'intervention des armées arabes après la proclamation de l'État d'Israël le 14 mai 1948.

Judaïsme reconstructionniste[modifier | modifier le code]

Le judaïsme reconstructionniste, fondé par le Rav Mordekhaï Kaplan, est une branche du judaïsme rabbinique née aux États-Unis en 1968, qui a fait scission du judaïsme traditionaliste.

Né comme une tendance philosophique naturaliste, il croit en un Dieu plus proche de Plotin que de la Torah, à laquelle il dénie tout caractère sacré. Parfois soupçonné d'athéisme, il insiste tout de même sur les traditions, mais donne la prérogative à la communauté pour définir quelle tradition est à respecter.

Révision de la position de l'Église sur le judaïsme[modifier | modifier le code]

La Shoah fit prendre conscience aux Chrétiens de certaines de leurs responsabilités sur un plan historique dans le génocide, à travers l'antijudaïsme propagé par l'Église depuis le IVe siècle environ. Sous l'impulsion de personnalités juives, protestantes, et catholiques eut d'abord lieu une conférence à Seelisberg, pour tirer les conséquences de ce drame. La révision de la position de l'Église par rapport à la liturgie catholique prit encore quelques années. Grâce à Jean XXIII, la liturgie du Vendredi saint fut modifiée, avec la suppression de la mention « pro perfidis judaeis », puis la déclaration Nostra Ætate à la fin du concile Vatican II (1965) définit les relations avec le judaïsme notamment.

Entre 1997 et l'an 2000, l'Église fit plusieurs déclarations de repentance, dont deux furent spécifiques au judaïsme : 1997 pour l'Église de France, et 1998 pour Rome.

Pour plus de détails, voir l'article Peuple déicide.

Le judaïsme aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Courants actuels du judaïsme[modifier | modifier le code]

De nos jours, si l'antagonisme Hassidim/Mitnagdim a disparu, celui entre Juifs « laïcs » et « religieux » reste d'actualité et a pris une nouvelle tournure en Israël où les partis de gauche sont plus rarement religieux que ceux de droite. En Diaspora coexistent le judaïsme réformé, judaïsme orthodoxe en Europe de l'Ouest, auxquels s'ajoute le judaïsme conservateur aux États-Unis.

Dénominations juives en Israël[modifier | modifier le code]

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Article détaillé : Judaïsme en Israël.

Bien que les précédentes dénominations soient connues des Israéliens, ceux-ci tendent à classer la judéité de l'individu en fonction de son observance religieuse[12].

  • La plupart des Juifs Israéliens d'origine occidentale se classifient comme "hilonim" (profanes, séculiers). Leur judaïté peut être un facteur important dans leur vie, mais ils la distinguent soigneusement des croyances et pratiques religieuses traditionnelles. Cette portion de la population ignore largement toute vie religieuse organisée, que ce soit celle du rabbinat israélien, de mouvance orthodoxe affirmée, ou celle des mouvements progressistes de la Diaspora. Ils répondent au téléphone lors de l'office du Shabbat, auquel ils n'assistent qu'à la Bar Mitzva du petit cousin, parlent au rabbin comme au voisin, fêtent les grandes commémorations en allant pique-niquer, mais n'en restent pas moins profondément conscients de leurs "appartenances".
  • La plupart des Juifs d'origine "orientale" (méditerranéenne, moyen-orientale ou d'Asie Centrale) se définissent comme massortim (traditionnels), ce qui n'a rien à voir avec le mouvement du même nom.

Les termes "profane" et "traditionnel" sont particulièrement ambigus en Israël, et se chevauchent souvent. On est souvent le "traditionnel" ou le "profane" de quelqu'un.

  • Le terme "Orthodoxe" (Ortodoxi) est fort déprécié par la population israélienne, laïque comme religieuse. Néanmoins, le spectre couvert par cette dénomination en Diaspora se retrouve en Israël, avec quelques variations. Ils représentent un pourcentage plus important dans la population israélienne que dans le monde, mais il y a une forte controverse quant à l'estimation de leur importance réelle. Aucune méthode de recensement, y compris le nombre de membres religieux siégeant à la Knesset, n'a réellement fait ses preuves.

Le terme "Orthodoxe" est remplacé en Israël par dati (religieux, croyant, fidèle) ou haredi (tremblant—devant Dieu). Le terme dati englobe la communauté qu'on appelle "sioniste religieuse", ou "religieuse nationale", ainsi que ceux des membres de la communauté haredite qu'on connaît depuis le début de la décennie précédente comme les haredim-leumim (Haredi national, ou nationaliste, abrégé en "Hardal", qui, en Hébreu, signifie aussi "moutarde"), lesquels combinent un mode de vie largement haredi avec une idéologie nationaliste.

Les Haredim peuvent être grosso modo divisés en trois populations, d'ethnie et de lignée idéologique fort différentes:

  1. Les Haredim "Lituaniens" (non-Hassidiques), d'origine Ashkénaze.
  2. Les Hassidim, également Ashkénazes, bien que le mouvement remporte un succès croissant parmi la population sépharade.
  3. Les Haredim sépharades ou Juifs mizrahim (à ne pas confondre avec le parti politique du même nom). Ce groupe est le plus important, tant par sa taille que par son impact sur la vie politique, particulièrement depuis le début des années 1990.
  • Aujourd'hui le nombre de mouvements de jeunesse juifs ne serait-ce qu'en France reflète bien cette diversité dans le monde juif :
  1. le "Betar"(abréviation de brit yossef trombeldore), Tagar de France (mouvement des étudiants sionistes) est un des principaux mouvement pour l'alyah des jeunes.Mouvement d'extrême droite ; introduit en France en 1985, il n'y est plus présent à cause de ses idées trop extrémiste ;
  2. le "Bné Akiva" (fils d'Akiva) est le mouvement religieux des Juifs de France. Mouvement mondial, il fut créé au lendemain de la seconde guerre mondiale ; l'ensemble de l'activité du Bné Akiva est centralisé à Jérusalem ;
  3. le D.E.J.J.(département éducatif de la jeunesse juive) est un mouvement centriste où tous les avis religieux et sioniste sont admis. Le D.E.J.J. est créé au Maroc dans le courant de l'année 1948 et est amené en France. Le D.E.J.J. se base sur trois concepts inscrits dans "les maximes des pères" : le peuple d'Israel, la terre d'Israel et la Torah d'Israel ;
  4. les E.I.(éclaireurs israèlites), créé en France en 1923, est lui aussi un mouvement sioniste mais n'oblige pas l'alya contrairement à d'autres. Ce mouvement, c'est l'apprentissage simple de la prise de responsabilité, du respect et des engagements communautaire par des colonies de scout. Il est également le pecpteur du D.E.J.J.
  5. L'Habonim Dror (batisseur de liberté) est un mouvement mondial présent dans 25 pays. Son secrétariat mondial se trouve à Tel-Aviv. La lutte contre l'assimilation est le combat premier du Dror. Les jeunes de ce mouvement partagent la solidarité, la tolérance, le partage, l'amitié, les divertissements, les chansons, le théâtre, les responsabilités et les transmissions. Sur le tableau politique israélien le Dror se trouve à gauche.
  6. L'Hachomer Hatzaïr est un des plus vieux mouvements de jeunesse se plaçant à l'extreme gauche dans l'échiquier politique israélien. De ce mouvement sioniste, hah'aloutsim, humaniste et socialiste est sorti l'une des grandes figures de l'histoire juive : Mordéhai Anilévitch, chef de l'insurrection du ghetto de Varsovie.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jean Soler: POURQUOI LE MONOTHEISME
  2. Cf. notamment Amihai Mazar, Archaelogy of the land of the Bible, 10,000 – 586 B.C.E., New York, 1990.
  3. Le Point - Naissance du Monothéisme
  4. Méditerranée, mythes et grands textes fondateurs
  5. Lors du Ier siècle, le christianisme s'inscrit toujours dans le judaïsme.
  6. Voir Hellenistisches_Judentum et Hellenistic Judaism
  7. (en) David Nirenberg, Violence et minorités au Moyen Âge, Presses Universitaires de France,‎ 1996, 351 p.
  8. René Moulinas, Les Juifs du pape en France. Les communautés d'Avignon et du Comtat Venaissin aux XVIIe et XVIIIe siècles, Privat,‎ 1981, 586 p.
  9. Émancipation au début de la révolution
  10. Par exemple, Cerf Beer est jusqu'à la Révolution préposé général de la nation juive en Alsace, disposant de ses propres tribunaux et soumise à des impôts spécifiques.
  11. Jarassé 1997, p. 17
  12. La partie qui suit confondant aisément religion et appartenance politique, on peut se reporter avec intérêt à Une histoire moderne d'Israël, d'Elie Barnavi, Flammarion, 1988 (ISBN 2-08-081246-7) qui aborde à la fois l'importante diversité des partis politiques en Israël, et le problème naissant entre la laïcité et la religion.

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