Histoire du peuple juif

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L'histoire du peuple juif est l'histoire des Juifs ou peuple d’Israël qui s'étend sur plus de 3 000 ans, de -1200 à nos jours. La première mention de son existence hors contexte biblique apparait sur la stèle de Mérenptah au XIIIe siècle av. J.-C. Selon la tradition juive ses racines remontent aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob également appelé Israël.

Israël antique[modifier | modifier le code]

Canaan.jpg

Le peuple juif est issu des Israélites qui ont vécu dans la région du Croissant fertile et la côte Est de la Méditerranée et qui commencent à se développer au début de l'âge du Fer. Il émerge au sein des peuples existant entre le Nil, le Tigre et l'Euphrate. Il prend son essor dans le Pays de Canaan région qui qui fut un carrefour de civilisations et correspond plus ou moins aujourd'hui aux territoires couvrant l'État d'Israël, la Cisjordanie, le Sud-Liban et l'Ouest de la Syrie où ont vécu les Cananéens et les Phéniciens. La Bible hébraïque présente les Israélites comme descendants d'une même famille, divisés en douze tribus indépendantes puis fédérés en un royaume unifié qui se scinde ultérieurement en deux royaumes, le royaume d’Israël et le royaume de Juda . L'archéologie tend à situer les débuts de leur histoire aux derniers siècles du IIe millénaire av. J.‑C., après l'effondrement des grands empires égyptien et hittite dominant le Proche-Orient.

Premières traces, -1200 à -880[modifier | modifier le code]

Ostracon de Khirbet Qeiyafa

En archéologie, on désigne par premiers Israélites, la population nommée Israël sur la stèle de Mérenptah. Après l'exil à Babylone, le royaume de Juda devient une province de l'Empire perse, Yehoud : la Judée. Les Israélites sont désormais appelés Yehoudim, les Judéens, ou Juifs. Les prospections archéologiques menées depuis 1990 sur les hautes terres de Canaan ont permis d'établir la présence, à partir de -1 200, de petites communautés de nomades qui se sédentarisent. Selon Pierre de Miroschedji les premiers Israélites sont d'origine cananéenne mais contrairement à leurs voisins ils n'élèvent pas de porc et n'en mangent comme cela est prescrit dans la Torah et leurs habitations sont de forme ovoïde. Ils ne semblent pas avoir été alphabétisés et on ne les connaît que par les écrits d'autres peuples, égyptien et assyrien notamment. La plus ancienne inscription connue en hébreu ancien, bien que cela soit contesté est l'ostracon de Khirbet Qeiyafa trouvé dans une strate datée du Xe siècle av. J.-C (entre -1050 et -970, selon des mesures au carbone 14) près de Bet Shemesh une ville située à environ 30 kilomètres à l'ouest de Jérusalem.

Monarchie unifiée d'Israël et Juda[modifier | modifier le code]

Représentation des territoires des tribus d'Israël (carte de 1759)

Selon la Bible, le Royaume d'Israël, ou Monarchie unifiée d'Israël et Juda est le royaume proclamé par les Israélites. On fixe généralement l'émergence de ce royaume au XIème siècle av. J.-C. La Bible le situe après l'époque des Juges d'Israël. La Bible dit que Saül, issu de la tribu de Benjamin, est désigné roi d'Israël par le prophète Samuel. Saül réunifie les 12 tribus et règne sur le peuple d'Israël. David ne lui succède officiellement qu'à sa mort. Il est issu de la tribu de Juda, et devient roi des douze tribus d'Israël. Ensuite, Salomon, fils de David, est roi d'Israël. La Bible le dépeint comme un roi qui amène le royaume à son apogée dans tous les domaines. Le pays s'enrichit par les échanges régionaux. Sur le plan religieux, Salomon construit le premier Temple de Jérusalem. Après sa mort intervient un schisme qui engendre la création de deux royaumes distincts, les royaumes de Juda et d’Israël.

La majorité des historiens pensent que l'historicité de David est attestée par la stèle de Tel Dan qui mentionne la maison de David, d'où sont issus les rois de Juda. Toutefois, le fait qu'un royaume unifié ait dominé la région du Levant est sérieusement mis en doute par plusieurs d'entre eux, qui voient dans ce récit une image idylique promue par l'entourage du roi Josias[1].

Royaume d’Israël[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Royaume d'Israël.

Toujours selon la Bible, le royaume d'Israël est établi par les Israélites en Samarie. Les historiens situe cela vers -930, et pensent qu'il dure jusque vers -720. Ils le nomment souvent royaume de Samarie ou royaume du Nord pour le différencier du royaume de Juda, au sud. Ce royaume est dirigé par plusieurs dynasties successives. Sa capitale est d'abord Sichem, avant que Jéroboam n'opte pour Tirça. Plus tard, Omri fonde la ville de Samarie qui devient la capitale du royaume jusqu'à sa chute vers -720.

Le premier roi d'Israël dont l'archéologie fait mention est Omri, dont le nom est mentionné dans la stèle de Mesha du VIIIe siècle. Omri a dominé une région plus étendue que le territoire traditionnel des tribus d'Israël. Il a conquis, au moins en partie, Moab[2] et le sud de la Syrie[3]. Finkelstein et Silberman lui attribuent la prospérité du pays et les importantes constructions de Megiddo, Gezer et autres villes que les précédentes théories archéologiques situent à l'époque de Salomon qui n'aurait régné, comme David son père, que sur Juda. Après de nombreux conflits avec ses voisins dont principalement la Syrie et un développement politique, économique et démographique notable (sa population aurait atteint jusqu'à 350 000 habitants[4]), le royaume d'Israël disparaît vers 720 av. J.-C. avec la conquête assyrienne[5].

Royaume de Juda[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Royaume de Juda et Siège de Jérusalem (-586).
Illustration de Jérusalem à l’époque du Temple de Salomon, 1871

Selon la Bible, le royaume de Juda est établi par les Israélites concomitamment avec le royaume d'Israël, et en rivalité avec lui (vers -931). Il est constitué par deux des tribus d’Israël, la tribu de Juda et la tribu de Benjamin sur les territoires autour de Jérusalem et d'Hébron. Sa disparition intervient en -587 lors d'une campagne menée par Nabuchodonosor II contre Jérusalem qu'il assiège. La ville est pillée et les soldats babyloniens incendient le Temple et les édifices de la ville. Le royaume est détruit et toute sa population est déportée vers les différentes régions de l'empire babylonien.

Exil à Babylone, naissance du monothéisme juif, -587 à -517[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Diaspora juive.

Les réfugiés rencontrent à Babylone les zoroastriens monothéistes et ils écrivent la bible composée : de leur propre histoire, des légendes d’un passé glorieux d’un grand royaume, de légendes babyloniennes comme celle du roi Sargon sauvé des eaux. La nouvelle religion reprend le principe zoroastrien d’un dieu unique mais celui-ci a élu un peuple, le peuple juif, et lui ordonne de retourner à Canaan et d’y refonder le temple de Jérusalem[6].

La période du Second Temple[modifier | modifier le code]

Vignette illustrant la déportation à Babylone des Juifs de Jérusalem
Article détaillé : Période du Second Temple.

La période du Second Temple s'étend de 515 AEC (fin de la construction du second Temple) au Ier siècle (destruction du second Temple en 70 de notre ère). 70 ans après le début de l'Exil à Babylone, les Judéens retournent sur leur terre lors du règne de Cyrus II, sous la conduite d'Ezra, Néhémie et Zorobabel, auxquels succèdent la Grande Assemblée. La reconstruction du second Temple de Jérusalem dure de 520 av. J.-C. à 515 av. J.-C.. C'est une période de réformes religieuses et de "purification ethnique" (voir les réformes d'Ezra et la répudiation des épouses cananéennes). Les habitants du royaume nordiste ne sont pas admis dans l'Assemblée, et forment le samaritanisme. La province de Judée passe par plusieurs dominations successives. Plusieurs groupes religieux se font concurrence, tant pour le pouvoir que pour la détermination de l'orthodoxie. Pendant cette époque, un nouveau groupe religieux juif-messianiste voit le jour: les chrétiens[7] qui proclament que Jésus de Nazareth est le Messie. Un courant chrétien, les nazôréens, continue d'observer la Torah et notamment la circoncision, les interdits alimentaires et le sabbat. Ils s'opposent au point de vue de Paul qui pensait nécessaire de propager auprès des non-juifs la foi en la messianité de Jésus. L'histoire ultérieure de ce groupe est obscure.

La Révolte des Maccabées[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Révolte des Maccabées.

La Révolte des Maccabées est à la fois une révolte juive contre la dynastie hellénistique des Séleucides, et un conflit interne au peuple juif opposant des traditionalistes hostiles à l’évolution de la tradition juive au contact de la culture grecque et des Juifs hellénisants plus favorables au métissage culturel. Cet épisode, qui se situe au IIe siècle av. J.-C., entre -175 et -140, est raconté dans les deux premiers livres des Maccabées et a conduit à la fondation de la dynastie des Hasmonéens.

Dynastie des Hasmonéens[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hasmonéens.

Les Hasmonéens sont une dynastie qui parvient au pouvoir en Judée au cours de l'insurrection des Maccabées que Mattathias un prêtre de la lignée sacerdotale de Yehoyarib initie en 168-167 av. J.-C. et auxquels se joignent les hassidéens. Selon Flavius Josèphe, Mattathias, l'instigateur de la Révolte des Maccabées, est descendant d'un certain Hasmonée (Hashmonaï en hébreu) d'où le nom que prend la dynastie. Simon obtient de Démétrios Nicator l'évacuation des dernières troupes séleucides de Jérusalem en -142,c'est avec lui que commence la dynastie hasmonéenne.

La noblesse sacerdotale : Sadducéens et Boéthusiens[modifier | modifier le code]

Les Sadducéens et les Boethusiens, classes sacerdotales disciples du prêtre Sadok et de Boethus, proches du pouvoir, ne reconnaissent d'autre autorité que la Torah, prise à la lettre et tiennent des registres extrêmement précis afin d'étayer les lignées sacerdotales. C'est ce souci généalogique qui a conduit les théoriciens de l'hypothèse documentaire à supputer un rédacteur P (Prêtre).

Les Pharisiens[modifier | modifier le code]

Les Pharisiens, descendants des zougot, s'appuient sur certaines exhortations prophétiques (« Je hais vos fêtes »), pour chercher à appliquer les rites autant dans la lettre que l'esprit, celui-ci ayant parfois préséance. Ils se transmettent pour ce faire une exégèse orale du Tanakh de père à fils et de maître à disciple. Ils reçoivent un large soutien du peuple, et dès l'époque de Shimon ben Sheta'h, dominent la vie religieuse, via le Sanhédrin.

Les Esséniens[modifier | modifier le code]

Les Esséniens, ascètes se repliant dans le désert, prônent une voie de détachement. Ils sont assez proches des Pharisiens, mais développent des idées propres à consonance apocalyptique, parlant, par exemple, d'un combat des fils de la lumière contre ceux de l'obscurité.

Les Zélotes[modifier | modifier le code]

La forteresse de Massada vue de l’est

Les Zélotes (Sicaires), sont également proches des Pharisiens, mais fort portés à la guérilla contre les envahisseurs, surtout Romains. Instigateurs de la révolte contre Rome, leur mouvement disparaît à la suite du siège de Massada. Cette classification est tributaire du récit de Flavius Josèphe et de ses "quatre sectes". Il est toutefois probable que d'autres mouvements existaient, et que l'hégémonie du judaïsme pharisien mettra plusieurs siècles à s'établir.

Exil après la destruction du second Temple[modifier | modifier le code]

Diaspora[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Diaspora juive.

La prise de Jérusalem par Pompée en 63 av JC entraîne l'envoi en esclavage de nombreux prisonniers à Rome[8]. C'est l'élément fondateur de la Diaspora en Occident.

Développement du judaïsme[modifier | modifier le code]

La page de garde du Talmud
Articles détaillés : Judaïsme, Judaïsme rabbinique et Talmud.

Le développement du judaïsme fut progressif et témoigne de paradigmes successifs et parfois opposés. Après le retour des exilés de Babylone, la religion mosaïque se divisa entre Judéens (Juifs) et Samaritains, ces derniers récusant l'interprétation de la Torah que proposent les Prophètes ainsi que la centralité de Jérusalem.
Le judaïsme du Second Temple fut lui-même l'un des plus diversifié de l'histoire juive : outre les groupes les mieux connus (esséniens, zélotes, pharisiens, sadducéens et les Hérodiens), d'autres courants existaient dont nous ne connaissons guère que le nom : nazaréens, gnostiques, ou encore Minim, terme qui désignait probablement les premiers chrétiens. Le Second Temple de Jérusalem et les grands-prêtres, théoriquement autorité centrale dans le judaïsme, furent rejetés par les Juifs d'Éléphantine et les Esséniens. À la suite de la destruction du Second Temple, le judaïsme pharisien devint progressivement majoritaire. Il imposa largement dans le monde juif sa conception de la Torah orale. L'autorité de cette Loi orale fut néanmoins contestée à l'époque des deux Temples successifs par les Sadducéens, puis à partir du VIIIe siècle de l'ère courante par un courant scripturaliste nommé karaïsme. La Torah orale fut par ailleurs également ignorée par des groupes indépendants tels que les Samaritains ou certaines communautés juives éloignées des centres d'enseignement et de diffusion de cette Loi, comme les juifs de Chine et de l'Inde, et les Beta Israël ou falashas d'Éthiopie.

Moyen Âge et Renaissance[modifier | modifier le code]

Antisémitisme et Antijudaisme[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Antisémitisme et Antijudaisme.

Plusieurs formes distinctes d’antisémitisme évoluèrent dans leur conception au cours de l'Histoire. Elles se caractérisent par la discrimination et à l'hostilité manifestées à l'encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux, national ou racial.

La période des Gueonim[modifier | modifier le code]

L'ère des Gueonim s'étend de 589 (4349 dans le calendrier hébraïque), à 1038 (4798).

Au cours du Moyen Âge, l'antijudaïsme se développe chez les chrétiens. Il prend une forme théologique au VIIe siècle, avec l'introduction de la mention « pro perfidis judæis » dans la liturgie du Vendredi saint. Avec le recul, on considère que cela a contribué à légitimer certaines violences ultérieures des chrétiens contre les Juifs. Selon la thèse de David Nirenberg, ces faits de violence rituelle qui se manifestent particulièrement le jour de Pâques s'inscrivent dans le contexte de violence généralisée du Moyen Âge et ont pour objet de souligner l'infériorité de condition des Juifs et la détestation qu'on leur porte mais n'ont pas pour objet d'entraîner à terme l'élimination de la minorité juive d'un contexte social donné[9].

La période des Rishonim[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rishonim.

Les Rishonim sont les Rabbins et Posqim qui vécurent de l'ère comprise entre les Gueonim et le Choulhan Aroukh, c'est-à-dire de 1250 à 1500.

Dans l'Empire romain d'Orient, la culture yévanique des Romaniotes développe et diversifie l'héritage des Gueonim, qui va se diffuser tant en milieu sépharade avec le philosophe Maïmonide, qu'en milieu ashkénaze avec le sage Kalonymos du Rhin. Au XIIe siècle, Juifs, chrétiens et musulmans furent associés dans le vaste mouvement de traduction des œuvres d'Aristote, qui contribua au renouvellement de la pensée occidentale.

Mais l'Empire subit lui aussi l'intolérance chrétienne, et de plus les croisades successives s'accompagnent souvent de violences contre les Juifs. À partir des années 1120, les papes promulguent des textes ayant pour principe de protéger les « Juifs du pape », Jean XXII interrompant cette politique avec la croisade des Pastoureaux, politique plusieurs fois reprise par ses successeurs dans des conjonctures d'accroissement de fiscalité (les Juifs faisant partie des fermiers levant les impôts pontificaux) ou d'antijudaïsme[10]

La pensée juive s'est distinguée au XIIe siècle de l'ère commune avec Maïmonide. Persécuté par le pouvoir almohade d'Andalousie, il doit fuir au Maghreb, puis en Égypte. Au XIIIe siècle, des questions théologiques sont soulevées au sujet du prêt à intérêt, interdit dans le christianisme, mais autorisé alors par les Juifs envers les non Juifs (seulement). Les Juifs sont alors souvent relégués dans des fonctions financières, qui sont interdites aux chrétiens.

Au milieu du XIVe siècle, les Juifs sont souvent rendus responsables des terribles maux qui ravagent l'Europe au cours de ce siècle (dont la peste noire, en réalité apportée de Crimée par une nef génoise). En 1391, deux synagogues sont converties en églises à Séville, et des violences antijuives se développent à Tolède et à Valence notamment.

En France, des mesures d'expulsion frappent les Juifs en 1306, en 1322 et en 1394.

À la fin du XVe siècle, les persécutions atteignent leur paroxysme avec l'Inquisition espagnole, qui met en place un système de pureté du sang (limpieza de sangre), et des mesures contre les Marranes que l'on accuse de poursuivre la pratique du judaïsme.

La période des Rishonim s'achève avec le Choulhan Aroukh, compilation de toutes les lois énoncées par le Talmud, ainsi que des opinions et commentaires des grands légalistes et décisionnaires qui les ont examinées, qui fut écrit par le Rav Yossef Karo.

Le XVIe siècle est marqué par une série d'expulsions des Juifs en Europe. Après l'expulsion d'Espagne en 1492, les Juifs sont expulsés d'Arles (1493), de Sicile et de Sardaigne (1493), de Florence (1494), de Lituanie (1495), du Portugal (1495), de Tarascon (1496), de Provence (1501), du royaume de Naples (1510), de Ratisbonne (1519), de l'Italie méridionale (1541), du Württemberg (1555), de Bavière (1555), de Brandebourg (1573) et de Brunswick (1590).

Le Maghreb (l'Algérie des Zianides, le Maroc des Watassides, la Tunisie des Hafsides) et l'empire ottoman deviennent une terre d'accueil pour certaines de ces communautés juives, notamment à Istanbul, Andrinople, Salonique, Smyrne, Trébizonde, Safed, en Crimée et dans les Principautés danubiennes (Moldavie, Valachie). Elles rejoignent les communautés yévaniques qui y vivaient depuis l'époque de l'empire byzantin, et les ladinisèrent (le judéo-espagnol y supplanta le judéo-grec).

Le judaïsme connait de profondes modifications à partir de 1492. Le judaïsme rabbinique fait de l'unité du peuple juif un point central de la Loi, et de fait, ne connait plus de changements majeurs, à l'exception de variations liturgiques dans les différentes communautés, grâce, entre autres, à la rédaction de codes légaux dont la production culmina avec le Shoulhan Aroukh. Certains prétendants à la messianité, dont Jacob Franck et Sabbataï Tsevi exaltent les foules, entraînant quelques personnes dans des mouvements dissidents qui aboutissent à leur conversion à l'islam ou au christianisme.

Des Lumières à l'entre-deux-guerres[modifier | modifier le code]

Persécutions et pogroms[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Pogrom.
Pogrom de Strasbourg, illustration du XIXe siècle d’Émile Schweitzer

Historiquement les premiers pogroms ont lieu en Rhénanie en 1096, peu avant la première croisade. Il s'agit du début d'une longue série de massacres qui émaille l'Europe pendant tout le Moyen-Age qui prend ses racines dans l'antisémitisme et l'antijudaïsme chrétien. Durant les XIIIe et XIVe siècles Les Juifs bénéficient d'un statut favorable. En 1646, lors du soulèvement des Cosaques zaporogues et de la population ruthène près de 100 000 Juifs périssent dans des massacres. Lors de l'invasion de la Pologne-Lituanie entre 1654 et 1656 ils subissent de nouveaux massacres perpétrés par par les armées tsaristes, puis, après l'annexion d'une grande partie de la Pologne par la Russie. Des violences antisémites se déroulent encore à Odessa en 1821, 1859 et 1871. Le 2 août 1819, débutent les émeutes Hep-Hep à Wurtzbourg en Bavière. Ces émeutes antijuives se propagent en Allemagne durant l’été 1819, pendant lequel la foule pille les maisons et les magasins des Juifs. En France, des pogroms antisémites ont lieu jusqu'en février 1848 date des derniers pogroms qui se sont déroulés à Durmenach et dans le Haut-Rhin.

Entre 1903 et 1906 une vague de pogroms frappe les populations juives entre 1903 et 1906 en Russie dont l'un des plus importants est celui deKichinev le 6 avril 1903. Durant la révolution bolchevique les historiens ont recensé 6 000 morts dans les pogroms anti-juifs en Russie16. En tout, la Russie a été pendant cette période le lieu d’une vingtaine de pogroms majeurs et de 349 mineurs, qui auraient fait 60 000 morts.

En Allemagne, Le Parti nazi d'Hitler institutionnalise les pogroms et autres actes. Les lois de Nuremberg promulguées le 15 septembre 1935 déclarent les Juifs déchus de la nationalité allemande cette politique antisémite est le prélude sera du pogrom de la nuit de Cristal le 9 novembre 1938. Près d'une centaine de Juifs seront tués, une centaine de synagogues brûlées et 7 500 magasins sont pillés.

Dans le monde arabe et musulman, les Juifs qui ont un statut de dhimmi subissent plusieurs pogroms. Celui de Gabès en Tunisie qui fait 200 morts et 2 000 blessés et durant duquel 900 maisons juives ont été détruites. Des femmes et jeunes filles sont violées ou kidnappées, de Chiraz en Iran a été déclenché par une fausse accusation de crime rituel qui fait 12 morts et 50 blessés, les 6 000 Juifs de la ville sont dépouillés de leurs biens, de Tripoli de 1945 dans lequel périssent plus de 140 Juifs.

En Palestine des pogroms ont lieu à Safed qui conduit au massacre d'une partie de la communauté juive de la ville, et ainsi qu'à Hébron dont le plus important en 1929, accompagné de pillages de viols et de destructions fait 67 morts et de nombreux blessés.

Émancipation[modifier | modifier le code]

1806 : Napoléon rétablit le culte juif
Article détaillé : Émancipation des Juifs.

Les Juifs sont reconnus comme citoyens français à la Révolution, à la suite de deux décrets, l'un du 28 janvier 1790 et l'autre du 27 septembre 1791[11], sous l'impulsion de l'abbé Grégoire et d'Adrien Duport. L'émancipation se traduit par une série d'actes législatifs par laquelle les états ont reconnu la citoyenneté aux Juifs. En France, l'égalité de droits a été confirmée sous Napoléon Ier. Ces nouvelles lois françaises permettent aux armées de la République et de l'Empire de faire émanciper les Juifs dans les territoires conquis. Généralement (mais pas en France), cette première émancipation est abrogée à la chute de Napoléon Ier. Ce n'est qu'au cours du XIXe siècle que beaucoup d'États européens accordent la pleine citoyenneté aux Juifs. En France même, le serment more judaico n'est aboli que sous Louis-Philippe.

Dans le reste de l'Europe, l'émancipation qui s'est faite au XIXe siècle, a conduit à la disparition au moins formelle des ghettos et à l'égalité des chances pour les Juifs, en Europe occidentale et en Amérique. Là où elle s'est heurtée à une plus grande opposition, dans l'Empire russe particulièrement, les Juifs se sont plus volontiers tournés vers les mouvements révolutionnaires ou le sionisme. L'émancipation entraîne alors en France mais aussi ailleurs en Europe ou en Amérique, la « confessionnalisation » du judaïsme, c'est-à-dire l'alignement de ses pratiques sur le modèle des confessions chrétiennes : le concept de « nation juive » disparaît[12], les Juifs deviennent des israélites, les schoule deviennent des temples, bâtis sur le modèle des églises[13].

Éveil du sentiment national sioniste[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Sionisme et Aliya.
Arrivée à Haïfa de survivants du camp de concentration de Buchenwald en juillet 1945

La fin du XIXe siècle voit la montée dans les communautés juives d'un sentiment national, le sionisme. Les premiers pionniers, chassés par les pogroms russes et soutenus par de riches donateurs occidentaux, assèchent des zones marécageuses où ils ont pu s'installer, dans la plaine côtière de Palestine, alors sous souveraineté ottomane ; l'Affaire Dreyfus suscite la vocation du journaliste viennois Theodor Herzl. Mais l'émigration en Palestine suscite le scepticisme des Juifs « assimilés » d'Europe occidentale et l'opposition de la plupart des rabbins orthodoxes, sans parler des partisans d'un Nouvel Israël en Amérique du Nord, des juifs socialistes pour lesquels l'émancipation totale ne peut advenir que par la révolution prolétarienne ou des bundistes partisans de l'émancipation au sein des pays où ils résident.

Le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique publie la Déclaration Balfour. En 1922, la Société des Nations confie l'administration de la Palestine (Mandat) au Royaume-Uni. Les convulsions politiques en Europe, consécutives à la dislocation des Empires russe, austro-hongrois, allemand et ottoman, vont bientôt s'exacerber avec la montée des mouvements et des régimes fascistes et antisémites, qui débouche sur la Shoah.

Toutefois, malgré l'atmosphère antisémite qui prédomine alors, c'est en 1936 que Léon Blum devient le premier juif président du conseil de la République Française.

Seconde Guerre mondiale et Shoah[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Shoah.

Le régime nazi, arrivé au pouvoir en 1933, prend dès le début des mesures contre les Juifs.

De 1941 à 1945, la Shoah fait 6 millions de morts et une infinité de traumatismes physiques, psychologiques et familiaux. Le père Patrick Desbois recense un peu moins de 2 millions de juifs morts par ce que l'on appelle la Shoah par balles.

En France, le régime de Vichy établit un statut particulier pour les Juifs, qui les écarte de certaines fonctions, puis collabore à la déportation de 75 000 d'entre eux. René Carmille, chef du service national de la statistique, et de nombreux Français (voir Justes), parviennent à limiter ce nombre de victimes.

Naissance de l'État d'Israël[modifier | modifier le code]

Photo satellite - Israël en janvier 2003.

Le 29 novembre 1947, l'Assemblée générale des Nations unies approuve le Plan de partage de la Palestine en un État juif et un État arabe, la zone de Jérusalem, dénommée corpus separatum, acquérant le statut de ville internationale. La partie juive accepte ce partage territorial mais les autorités palestiniennes et les États arabes les rejettent. Israël est une démocratie parlementaire qui est le seul État au monde où la population est majoritairement juive (75,4 %). La population non juive comprend principalement des Arabes ils représentent 20,6 % de la population : 91 % d'entre eux sont musulmans — parmi lesquels on compte la minorité des Druzes (1,8 % de la population totale)4 et celle des Bédouins — et 9 % sont chrétiens. Depuis son indépendance en 1948, l’État d’Israël s'est retrouvé engagé dans plusieurs conflits armés avec les pays arabes voisins : principalement l'Égypte et la Jordanie avec qui elle a signé des traités de paix mais reste en conflit avec la Syrie et le Liban et les Palestiniens qui ne reconnaissent pas ses frontières ou même son droit à l'existence comme le Hamas ainsi que le mouvement chiite libanais le Hezbollah soutenu par l'Iran.

Le peuple juif au début du XXIe siècle[modifier | modifier le code]

Au début des années 2000, le peuple juif compte deux pôles majeurs, l'État d'Israël et les États-Unis avec respectivement 6 000 000 et un peu plus de 5 000 000 de personnes (voir l'article Juifs pour un décompte par pays). Loin derrière, on trouve l'Europe occidentale où la plus importe communauté juive, celle de France, atteint à peine 500 000 personnes. Les communautés traditionnelles d'Europe de l'Est dont la Russie sont devenues peu nombreuses, celles des pays arabes ont quasiment disparu. Hors d'Israël, les communautés juives sont en voie d'assimilation rapide notamment par mariage mixte. Un autre facteur de diminution peut être l'émigration vers Israël dans les pays où réapparaissent des signes d'antisémitisme.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Finkelstein et Silberman 2002, p. 149-174 ; plus développé dans I. Finkelstein et N. A. Silberman, Les Rois sacrés de la Bible : à la recherche de David et Salomon, Paris, 2006. Liverani 2003, p. 88-113 peut également être rattaché à ce courant.
  2. BD, page 221
  3. BD, page 223
  4. BD, page 242
  5. BD, page 254
  6. Méditerranée, mythes et grands textes fondateurs
  7. Lors du Ier siècle, le christianisme s'inscrit toujours dans le judaïsme.
  8. Heinrich Graetz, « Histoire des Juifs, Deuxième époque, chapitre XI »
  9. (en) David Nirenberg, Violence et minorités au Moyen Âge, Presses Universitaires de France,‎ 1996, 351 p.
  10. René Moulinas, Les Juifs du pape en France. Les communautés d'Avignon et du Comtat Venaissin aux XVIIe et XVIIIe siècles, Privat,‎ 1981, 586 p.
  11. Émancipation au début de la révolution
  12. Par exemple, Cerf Beer est jusqu'à la Révolution préposé général de la nation juive en Alsace, disposant de ses propres tribunaux et soumise à des impôts spécifiques.
  13. Jarassé 1997, p. 17

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]