Cheikh Raymond

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Cheikh Raymond

Nom de naissance Raymond Raoul Leyris
Naissance 27 juillet 1912
Constantine, Algérie
Décès 22 juin 1961 (à 48 ans)
Constantine, Algérie
Genre musical Musique arabo-andalouse
Instruments Oud
Années actives 1937-1961

Cheikh Raymond, né Raymond Raoul Leyris le 27 juillet 1912 à Constantine et tué le 22 juin 1961 à Constantine, est un chanteur et oudiste français d'Algérie.

Maître de la musique arabo-andalouse, cet artiste juif chante en arabe[1]. Il est respecté aussi bien par les Juifs que par les musulmans d'Algérie, qui l'appellent dès le milieu des années 1930 « Cheikh Raymond » en signe de respect[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils illégitime d'un commerçant juif[3] originaire de Batna et d'une Française, il est abandonné par cette dernière, après la mort en 1915 de son père durant la Première Guerre mondiale. Il est adopté par une famille juive très pauvre[4],[5],[6] et élevé dans l'observance hébraïque[3].

Il apprend le malouf grâce aux Cheikhs Omar Chaklab et Abdelkrim Bestandji[5]. Il se produit durant des fêtes familiales, juives ou musulmanes, et dans des concerts ; il bénéficie d'une émission hebdomadaire à la radio et d'une émission régulière à la télévision[2]. Cheikh Raymond enregistre une trentaine de 33 tours entre 1956 et 1961 en plus de nombreux 78 tours[5]. Son orchestre compte alors Nathan Bentari, Haïm Benbala, Larbi Belamri, Abdelhak, mais aussi le violoniste Sylvain Ghrenassia et son fils Gaston, guitariste qui épouse plus tard sa fille Suzy et devient célèbre sous le nom d'Enrico Macias[6],[7].

Il est abattu d'une balle dans la nuque, le 22 juin 1961, au souk El Acer de Constantine[7], place Négrier, sous les yeux de sa fille[4] Viviane. Sa mort est perçue comme un avertissement pour la communauté juive constantinoise et marque le début de son émigration[4],[7]. L'assassinat n'a jamais été revendiqué[7] et aucun témoignage direct ou indirect ne l'a expliqué[3]. Selon Bertrand Dicale, biographe de Cheikh Raymond, seule l'ouverture des archives du FLN pourrait l'élucider[3].

Héritage[modifier | modifier le code]

La musique de Cheikh Raymond est préservée grâce à l'action de son fils Jacques Leyris, d'Enrico Macias et du professeur Raphaël Draï[8] qui, dans les années 1970, est le premier à faire revivre sa mémoire[9]. Le musicien et musicologue Taoufik Bestandji, petit-fils du Cheikh Abdelkrim Bestandji, a par ailleurs étudié ses enregistrements conservés par son père[8].

En 1999, Enrico Macias lui rend hommage sur scène[3], au Centre culturel algérien de Paris et au Printemps de Bourges, avec un orchestre mené par Bestandji[10]. La même année, Denis Amar l'évoque dans le documentaire Dans le monde pied-noir[11], notamment à travers le témoignage de ses filles racontant la disparition de leur père ; Enrico Macias y décrit également son adolescence au sein de son orchestre[9]. En 2004, il lui consacre un album hommage[7].

En 2011, Bertrand Dicale publie une biographie de Cheikh Raymond, complétée par une anthologie de ses morceaux sortie par Universal[7],[1], le principal enregistrement disponible jusque-là étant celui d'un concert donné en 1954 à l'Université populaire de Constantine, sorti en 1994 sur le label Al Sur[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Cheikh Raymond - Une histoire algérienne par Bertrand Dicale (Centre français des musiques juives)
  2. a et b François Bensignor, « Cheikh Raymond Leyris : la renaissance d'un maître du malouf », Hommes et migrations, no 1185, mars 1995, p. 58-59
  3. a, b, c, d, e et f François-Xavier Gomez, « Cheikh Raymond, Constantine noble », Next Libération, 17 octobre 2011
  4. a, b et c Jean-Luc Allouche, « Dans un nouveau CD resurgit la magie du chanteur algérien assassiné en 1961. Raymond, chœur de Constantine », Libération, 14 juillet 1998
  5. a, b et c Rabah Mezouane, « Un livre sur Cheikh Raymond », Mondomix, 20 novembre 2011
  6. a et b [PDF] Biographie de Cheikh Raymond Leyris (Hall de la Chanson)
  7. a, b, c, d, e et f Francis Dordor, « Cheikh Raymond : tragique et magique », Les Inrocks, 16 mars 2012
  8. a et b Bruno Étienne et Raphaël Draï, « Le non-voyage d'Enrico Macias en Algérie », La pensée de midi, no 2009/4 (hors série), 2009, p. 115-122
  9. a et b Abdi Nidam, « Cheikh Raymond, le martyr du Maalouf. L'assassinat du chanteur constantinois en 1961 évoqué par ses proches », Libération, 5 février 2000
  10. Hélène Hazera et Jean-Luc Allouche, « Musique. Le Centre culturel algérien rendait hommage au maître du malouf. Cheikh Raymond, mémoire d'Algérie », Libération, 19 mars 1999
  11. « Dans le monde pied-noir », film de Denis Amar, Image et Compagnie, Boulogne-Billancourt, 1999

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]