Histoire des Juifs en Iran

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Mausolée de la reine Esther biblique (femme de Xerxès Ier) et de son oncle Mordechaï, à Hamedan, l'un des centres de pèlerinage juif les plus importants en Iran.

La communauté juive en Iran est parmi les plus anciennes du monde ; ses membres descendent des Juifs qui sont restés dans la région après l'exil en Babylone, quand les souverains achéménides du premier empire perse ont permis aux Juifs de retourner à Jérusalem.

Antiquité[modifier | modifier le code]

Le Deuxième livre des Rois, dans les versets (17,6;18;9-12), situe en 622 av J.-C. l'exil de la minorité juive, de Babylone vers l'Empire Mède, par le roi Assurbanipal. Plus tard, Cyrus II, laissera les Juifs retourner à Jérusalem. Les Juifs d'Ispahan, de même que ceux de Médie, ont une tradition orale qui les rattache à l'exil de Babylone[1].

L'empire iranien, créé par Cyrus II (dit Cyrus le Grand) dura plus de mille ans, puis succomba à la conquête arabe en 642 ap. JC. Selon le Livre d'Ezra, Shahin, le poète judéo-perse du XIVe siècle, réécrit en vers la Légende d' Esther et du roi Assuerus. De leur union serait né Cyrus le Grand. Cette légende sera reprise par Tabari. Se succédèrent les dynasties achéménide, séleucide, arsacide et sassanide. La Michna et la Guémara du Talmud de Babylone ont été rédigés principalement sous les Arsacides et les Sassanides. Ce Talmud nous fournit, tout comme le Talmud de Jerusalem mais moins abondamment, de nombreuses informations sur divers aspects de la vie des Juifs de Babylone[2].

Les Arsacides furent assez tolérants envers les Juifs, comme envers les autres minorités. Mais, sous les Sassanides, les conditions furent plus dures, surtout sur le plan religieux. En effet, le zoroastrisme n'était pas particulièrement tolérant envers les autres religions. Ses prêtres persécutèrent les Juifs, comme d'ailleurs les autres minorités tels les chrétiens, les manichéens puis, plus tard, les mazdakistes (sévères décrets).

À l'époque de Péroz Ier (459-484 ap. J.-C.), désigné dans les Écritures juives comme « Péroz le Méchant », pratiquement la moitié des Juifs d'Ispahan et leurs enfants furent enlevés par les zoroastriens. Même Khosro II, qui s'était fait aider par les Juifs pour prendre Jérusalem en 614, les maltraita ensuite[3],[4].

Période islamique[modifier | modifier le code]

Les Juifs accueillirent favorablement les Arabes qui prirent Ispahan en 642. Certains se convertirent à l'islam. Mais la majorité conserva son identité, l'islam tolérant à l'époque le judaïsme. De par le statut de (dhimmi), ils s'engagèrent à payer l'impôt de capitation Jizya, qui fut historiquement institué auparavant dans l'Empire byzantin, quoique sous une forme différente.

Des sectes islamiques et des mouvements de libération nationale apparurent (au Khorassan) à la périphérie du califat arabe. Sous leur influence naquirent des mouvements juifs, qualifiés par certains de "messianiques". Un nom émerge : celui d'Abou Isa d'Ispahan, sans qu'il soit exactement localisé dans le temps. Certains chercheurs pensent qu'il fut actif à l'époque d'Abd Al Malik Ibn Marwan (685-705). D'autres le situent 50 ans plus tard. Il fonda une sorte de secte juive et prit les armes avec ses fidèles pour renverser le régime arabe, comme l'indique l'historien musulman Shahrestani (mort en 1153). Cette secte perdurera après sa mort. En fait, il semble que l'Iran ait constitué un terrain favorable à l'émergence de courants et de sectes islamiques, puis juives. Maïmonide (Ben Maïmon) y fait allusion dans l'Épître aux Juifs du Yémen, envoyée en 1172[5].

Période mongole[modifier | modifier le code]

L'invasion mongole (1219-1223) engendra un bouleversement majeur dans le monde iranien de l'époque. Benjamin de Tudèle, cinquante ans auparavant, rapporte que des centaines de milliers de Juifs vivaient dans le Grand Iran.

Il n'y a pas d'informations détaillées sur le sort des communautés juives spécifiques pendant l'assaut mongol, bien que Ebn Katir (mort en 1373) affirme que les juifs et les chrétiens ont été épargnés lors de la conquête de Bagdad en 1258[6]. Sad Al-Dawlah, médecin juif de la ville d'Abhar, fut nommé grand vizir d'Arghoun (1282-1291). Grâce à lui, l'Iran se renforça et les provinces sous domination ilkhanide s'apaisèrent.
À la période ilkhanide, Shahin, un poète juif du XIVe siècle, élabore son œuvre monumentale, constituée de poèmes épiques, pleins de beauté lyrique. Ils sont rédigés en persan, mais en caractères hébraïques (ce phénomène linguistique juif existe aussi dans des écrits en langue arabe et en ladino)[7].

Période séfévide[modifier | modifier le code]

Selon les historiens iraniens, Ismaïl, fondateur de la dynastie séfévide, occupe une place importante dans l'histoire du peuple iranien. Il prit les armes en 1499 pour lutter contre ses ennemis. C'est la première fois depuis la conquête arabe que l'Iran est uni sur les plans politique et religieux (devient chiite). Les sunnites sont alors combattus sans pitié. Les juifs le sont aussi. Babaï Ben Lutf de Kashan décrit alors dans un manuscrit rédigé en vers (le Ketab Anoussi) les persécutions des juifs d'Iran de 1613 à environ 1662. S'ensuivent alors conversions forcées à l'islam ou exécutions.

Babaï Ben Farhad, lui aussi de Kashan, décrit l'invasion afghane (1722-1730) et les persécutions des juifs (1729-1730). La grande majorité des juifs retourna cependant vers ses racines mais le judaïsme iranien était atteint physiquement, mais aussi sur le plan spirituel et culturel. Partir ou se convertir n'était pas la seule possibilité pour eux. Ils pouvaient rester mais au prix du respect de décrets humiliants (arborer des signes distinctifs sur leurs vêtements, ne pas construire de belles maisons ou synagogues, ne pas porter de beaux habits, mettre des chaussures dépareillées, ne pas témoigner contre des musulmans à des procès...)[8].

Le XXe siècle[modifier | modifier le code]

Un juif d'Iran en train de prier dans une synagogue de Shiraz en 1999

L'Alliance israélite universelle fut le vecteur de l'éducation moderne des juifs d'Iran, jusqu'alors versés dans l'étude de l'hébreu et de la religion juive. La première école de l'Alliance dans la région fut créée à Bagdad (Irak) en 1865. Des contacts s'établirent avec la communauté juive iranienne mais ne furent pas concrétisés.
Le 12 juin 1873, une réunion fut organisée à Paris entre Adolphe Crémieux, Naer Al-Din Shah, Mirza Osayn Khan (premier ministre iranien), Malcolm Khan, représentant plénipotentiaire de l'Iran à Londres et des représentants de l'Alliance israélite universelle[9]. Après échange de lettres, le premier ministre iranien donna suite favorablement à la demande de création d'écoles de l'AIU en Iran[10]. Mais un budget limité et le manque de professeurs ne permirent pas l'ouverture d'une école[11],[12];. Puis, des écoles modernes, suivant le cursus français apparurent sous le règne de Mozaffaredin Shah. La première ouvrit ses portes à Téhéran en 1898. Suivirent celles de Hamadan (1900), Ispahan (1901), puis d'autres... Les professeurs insistaient sur la culture française et perse. Aussi, on assista à la quasi-disparition des études hébraïques[9]. Des enfants musulmans, surtout de la noblesse, fréquentaient ces écoles de l'Alliance qui avaient bonne réputation.

La Première Guerre mondiale et donc la difficulté des communications avec Paris ne favorisèrent pas les conditions de poursuite de cette politique. De plus, les milieux religieux juifs iraniens traditionalistes ne voyaient pas d'un bon œil cette ouverture vers la culture occidentale. Ceci valait également pour d'autres pays orientaux. L'accent était mis sur la langue et la culture française, l'enseignement était dispensé en français, les manuels étaient aussi écrits dans cette langue. Mais les jeunes élèves juifs ne progressaient plus dans les connaissances des cultures perse et hébraïque, ainsi que dans l'étude de leur propre religion. Aussi, une forte contestation s'éleva dans ces milieux traditionalistes, et, vers 1921, l'étude du persan et celle de l'hébreu réapparurent dans le cursus[9]. Sur le plan des libertés, des droits civiques et juridiques commencèrent à être accordés aux juifs, dans le cadre de la Constitution, récemment mise en place sous la pression des intellectuels, du Bazar, et des imams. Ces derniers ne supportaient plus le régime tyrannique de Mozaffaredin Shah(1896-1907). Le Majlis (Parlement), également récent (1909) comptait un représentant juif.

La déclaration Balfour de 1917 éveilla en eux un engouement pour le sionisme. Progressivement, l'immigration vers Israël se faisait et alors qu'en 1917, Jérusalem comptait 1 500 juifs iraniens, en 1925, on en comptait 7 000 dans la Palestine d'alors (surtout à Jérusalem)[8]. Ils avaient conservé la nationalité iranienne et s'étaient organisés en fonction de leur origine géographique : Chiraz, Yazd, Bushehr, Hamadan...

Durant la Seconde Guerre mondiale, environ 1 200 juifs d'Europe se sont vu accorder la nationalité iranienne par le consul iranien de Paris, Abdol Hussein Sardari, pour échapper aux persécutions[13].

Jusqu'au XXe siècle, les Juifs étaient confinés dans leurs propres quartiers. En général, ils étaient une minorité pauvre, leurs occupations étaient restreintes à l'usure, et au travail des métaux précieux. Depuis les années 1920, les Juifs ont eu de plus meilleures perspectives de mobilité sociale et économique. Ils ont reçu de l'assistance de nombreuses communautés juives internationales, qui ont permis d'introduire l'électricité et l'eau courante dans les quartiers juifs. Les Juifs ont, depuis le début de l'ère Pahlavi, gagné de l'importance dans les bazars de Téhéran et des autres villes, et ont pu accéder après la Seconde Guerre mondiale à des professions libérales, notamment la pharmacie et la médecine.

La constitution de 1979 reconnaît les Juifs comme une minorité religieuse et leur accorde un siège réservé au Parlement : c'est aujourd'hui Ciamak Moresadegh, successeur en 2008 de Maurice Motamed, qui occupe ce poste. Comme les chrétiens, les Juifs n'ont pas été persécutés[14]. Cependant, au contraire des chrétiens, ils ont toujours été regardés avec suspicion par le gouvernement de la république islamique, probablement parce que le gouvernement est intensément hostile à l'État d'Israël.

De nombreux Juifs iraniens ont de la famille en Israël et continuent d'avoir des contacts avec eux. Par exemple, Moshe Katsav, président de l'État d'Israël, est originaire de Yazd et environ 45 000 Juifs iraniens ont émigré en Israël entre 1945 et 1977. Depuis 1979, quelques situations ont été constatées dans lesquelles le gouvernement iranien accuse des Juifs d'espionnage (au même titre que des milliers de compatriotes iraniens) et en a même fait exécuter certains [14].

Le recensement estime à 8 756[15] le nombre de Juifs présents aujourd'hui en Iran, alors qu'ils étaient 85 000 en 1978. Au cours des siècles, les Juifs d'Iran sont devenus physiquement, culturellement et linguistiquement indifférenciables des populations non-juives. La très grande majorité des Juifs en Iran ont le persan pour langue maternelle et une très petite minorité parle le kurde. Les Juifs sont majoritairement installés dans les zones urbaines. Dans les années 1970, ils étaient concentrés à Téhéran, avec des communautés plus petites à Shiraz, Isfahan, Hamedan et Kashan et ailleurs.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le Monde sépharade, Shmouël Trigano, Seuil, 2006
  2. Amnon Netzer, p. 493, Le Monde Sépharade, Seuil, 2006
  3. Le Monde sépharade,.... ouvrage cité
  4. HISTOIRE : Sous domination étrangère L'invasion perse de 614 fut soutenue par les juifs inspirés par l'espérance messianique de délivrance. En reconnaissance pour leur aide, ils obtinrent l'administration de Jérusalem, intermède qui ne dura qu'environ trois ans.
  5. Le Monde sépharade..... ouvrage cité
  6. Moshe Gil, Jews in Islamic Countries in the Middle Ages, tr. David Strassler, Leiden and Boston, 2004, p. 241-48, 520-32.
  7. Le Monde sépharade....ouvrage cité
  8. a et b Le Monde sépharade, ouvrage cité
  9. a, b et c Encyclopedia Iranica
  10. Bulletin de l'Alliance israélite universelle, 1873
  11. Anglo-Jewish Association Report, 1875-1876, p. 92
  12. Bulletin de l'Alliance israélite universelle, 1896, p. 68-69
  13. Toutefois, selon Stéphane Amar, Les meilleurs ennemis du monde: Israéliens et Palestiniens, entre voisins, Denoël, 2008, "Selon la commission chargée de faire la lumière sur cet épisode, il semble qu'Abdol Hussein Sardari ait agi conformément aux instructions données par sa hiérarchie et qu'il n'ait sauvé que des Juifs iraniens."; voir aussi Abdol Hossein Sardari
  14. a et b (en) Juifs en Iran, Country studies Iran, Bibliothèque du congrès américain, décembre 1987 (consulté le 1/09/2006)
  15. http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5juj_KhuuT0v7aaT3PPDmJFbQYrtw?docId=CNG.174be06ad8ee4755308494817ef96f0e.781

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Amnon Netzer|article=Esther and Mordechai (voir site Encyclopedia Iranica)

http://www.iranicaonline.org/articles/esther-and-mordechai

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