Histoire des Juifs en Biélorussie

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Cet article présente des faits de l'histoire des Juifs en Biélorussie relatifs à leur installation, au développement de leur population et à leur quasi-disparition à la suite de leur déportation dans les Ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah.

Synagogue de Slonim.Vue actuelle

Histoire[modifier | modifier le code]

Établissement des Juifs dans le Grand-duché de Lituanie[modifier | modifier le code]

Les premiers Juifs du Grand-duché de Lituanie (qui comprenait alors la Biélorussie) semblent être des marchands venus d'Occident au XIVe siècle pour s'établir à Brest-Litovsk[1]. Les premiers documents attestant de l'installation de Juifs sur le territoire de l'actuelle Biélorussie remonte au 24 juin 1388, quand le prince lituanien Vytautas le Grand publia à Loutsk[2] un décret accordant aux Juifs de Brest-Litovsk le droit d'encourager l'immigration. C'était un décret semblable à celui édicté par le prince Boleslas le Pieux en 1264. Mais celui de Vytautas le Grand posait les principes de l'installation à demeure des Juifs dans le Grand-duché de Lituanie. Pour le meurtre d'un Juif, il fixait une peine identique à celle du meurtre d'un membre de l'Aristocratie polonaise. Le décret autorisait les Juifs à pratiquer leurs rites librement, à s'occuper d'opérations financières et de prêts sur gage. Il leur était permis de s'occuper de tout bien meuble, à l'exception des objets des cultes chrétiens et ceux liés au sang (appartenant aux morts)[pas clair]. De plus, suivant en cela les instructions du pape, Vytautas le Grand interdisait par son décret de calomnier les Juifs sur base d'accusation de meurtre rituel. Ce décret instaurait aussi l'autonomie des communautés juives et leur protection[3].

Le 18 juin 1389 un décret fut également édicté pour les Juifs de Grodno. Ce document établissait les frontières dans lesquelles les communautés juives pouvaient s'installer, exonérait d'impôts foncier les Synagogues et les cimetières, et organisait légalement les relations commerciales dans la ville[3]. Beaucoup de Juifs installés dans le territoire de la Biélorussie avaient été bannis des régions d'Europe occidentale. Le plus souvent ils étaient par tradition, artisans, mais s'occupaient aussi de science et de l'art de guérir. Ils travaillaient aussi dans la sphère des services. Mais en 1495, les Juifs refusant la conversion au christianisme sont expulsés de Lituanie... pour y être rappelés dès 1503[4]. D'autres communautés se créent au XVe siècle en Biélorussie à Grodno (1436), Novogrudok (1445), Kobrin (1456), Minsk (1489) et Pinsk (1506)[5].

La communauté se développe au XVIe siècle sous l'administration polonaise mais la soulèvement de Khmelnytsky et les guerres du XVIIe siècle mettent fin à cette prospérité. En 1760, 62 800 Juifs vivent en Biélorussie[4].

C'est en Biélorussie que naît au XVIIIe siècle un mouvement hassidique particulier, le hassidisme Haba'd ou Loubavitch. Les Hassidim se heurtent à l'opposition des Mitnagdim, proches du Gaon de Vilna opposé au mysticisme hassidique. Dans les petits bourgs de Biélorussie apparaît alors un style de vie particulier, avec ses traditions propres et son dialecte, le yiddish du nord-est.

Établissement des juifs de Biélorussie à demeure dans la zone de résidence[modifier | modifier le code]

En 1791, quand se produisit l'incorporation de la Biélorussie dans l'Empire russe, fut créée la zone de résidence, instituant l'obligation pour les Juifs de vivre uniquement dans les régions des « gouvernements » (Goubernia) occidentaux. Ceux-ci se situaient à l'ouest de la Russie proprement dite dans laquelle les juifs ne pouvaient pénétrer que moyennant des conditions particulières ( passeport par exemple). Cela privait entr'autre les étudiants de l'accès aux hautes écoles de Moscou et Saint-Pétersbourg sauf obtention d'un passe-droit. Malgré la pauvreté qui frappaient les Juifs de l'Empire russe, leur population en Biélorussie a continué à croître. Ils sont au nombre de 725 548 en 1897[1]. Les Juifs constituaient alors dans toutes les villes et villages de la Biélorussie une part importante de la population. Selon le Recensement de l'Empire russe (1897), se déclaraient comme de confession juive :

  • dans le Gouvernement de Wilna — 204 686 personnes sur un total de 1,591,207 habitants ce gouvernement[6], c'est-à-dire 12,8%
  • dans le Gouvernement (Goubernia) de Grodno — 280 489 des 1 603 409[8], c'est-à-dire 17,5%.

Situation des Juifs durant la période soviétique[modifier | modifier le code]

Restauration de la Grande synagogue chorale de Hrodna en 2012

En 1920 et au début des années 1930, le yiddish fut une des quatre langues officielles de l'État en République socialiste soviétique de Biélorussie avec les langues russe, biélorusse et polonaise. Il existait des écoles juives, la culture était diffusée en yiddish. À l'Institut biélorusse de la culture (devenu plus tard : Académie des sciences de Biélorussie), il existait une section yiddish.

La population juive représentait une minorité importante en Biélorussie en 1939 : lors de la réunion de la partie polonaise à l'URSS, (à la suite au pacte germano-soviétique), la population totale des deux parties du pays (orientale et occidentale) représentait environ 9 050 000 habitants[11]. Les populations juives représentaient pour la partie occidentale environ 550 000 habitants et pour la partie orientale 400 000 habitants[12]. Les juifs représentaient donc 10,5% de la population totale soit 950 000 habitants sur un total de 9 050 000[13]. À cause des changements de frontières, des nombreux réfugiés venus de Pologne, de la fuite d'autres vers la Russie, ces chiffres sont approximatifs.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Le 22 juin 1941, la Biélorussie est envahie très rapidement par les Allemands. La Seconde Guerre mondiale est pour le pays un terrible désastre ; la population, qui inclut une forte minorité juive, est décimée à 25 % et les grandes villes sont presque entièrement détruites. Le nombre des victimes varie selon les sources : 620 000 morts militaires et 1 670 000 morts civils en Biélorussie[14], soit au total 2 290 000 morts pour une population de 9 050 000 pour toute la Biélorussie pour Vadim Erlikman; ce qui représente 8,6% par rapport à l'ensemble des morts de la population de l'URSS pendant la guerre, soit 26 600 000 personnes; un million de civils tués et 700 000 prisonniers de guerres soviétiques pour le dictionnaire de la Shoah[15].

Entre 500 000 et 800 000 Juifs moururent pendant la guerre dans les Ghettos de Biélorussie pendant la Seconde Guerre mondiale suite à la faim, aux conditions d'hygiènes, aux fusillades, aux déportations en vue de massacres organisés dans ces ghettos par les nazis.

Les massacres de juifs[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce qu'il s'est passé en Ukraine, il n'y a pratiquement pas eu de pogrom anti-juifs de la part des populations locales à l'arrivée des Allemands. Les premières exécutions de masse sont dues à l'Einsatzgruppen B. Elles commencent à la fin du mois de juillet 1941. Entre le 5 et le 8 aout 10 000 juifs sont massacrés à Pinsk. A la fin du mois d'aout les massacres s'intensifient autour de Moguilev, de Minsk et dans la région de Vitebsk[16].

En mars 1942, une nouvelle vague de massacres est déclenchée. Elle continue jusqu'au mois d'aout et coûte la vie à plus de 110 000 juifs. Entre septembre et octobre 1942, presque tous les juifs du sud-ouest de la Biélorussie sont assassinés dans une vague d'exécution de grande ampleur[17]

Les ghettos de Biélorussie[modifier | modifier le code]

Dès la mi-juillet 1941, une partie de la population juive est regroupée dans des ghettos. Le Ghetto de Minsk était un des plus grands ghettos juifs de la Seconde Guerre mondiale. Dès le mois d'octobre, le ghettos à l'arrière des troupes armées allemandes sont détruits. Il accueillit jusqu'à 100 000 Juifs. Environ 80 000 Juifs de Minsk et des environs moururent dans ce Ghetto de Minsk au cours de la guerre[18],[19],[20]. La majorité des juifs des ghettos de la région de Bialystok, soit environ 100 000 personnes est déportée vers Auschwitz et Treblinka en novembre 1942.

L'attitude des populations est un élément important qui permet d'expliquer la réussite de l'entreprise d'extermination des Juifs. Le transfert des Juifs dans les ghettos a eu pour corollaire le pillage des maisons qu'ils avaient laissées derrière eux. Les populations locales étaient peu enclines à les aider. Leur retour signifiait l'éventuelle demande de restitution de leurs biens. Or, sans l'aide des populations, les Juifs ne pouvaient survivre longtemps dans les forêts, quand ils parvenaient à s'enfuir du ghetto[21].

Résistance et collaboration[modifier | modifier le code]

Raul Hilberg signale qu'en Biéllorussie, l'Einsatzgruppe B observa que la population n'était tout simplement pas en état d'agir de son propre gré contre les Juifs. Il existait bien des sentiments de haine et de colère, mais pas d'antisémitisme déclaré[22].

Néanmoins, certains Biélorusses, réunis dans la collaboration biélorusse pendant la Seconde Guerre mondiale soutiennent l'envahisseur et une 30e division SS de grenadiers est même créée le 18 août 1944. Elle réunit certains habitants du pays souhaitant contrer la libération du pays par les Soviétiques.

Toutefois la résistance aux nazis était organisée. Ainsi les Partisans Bielski, par exemple, une des plus importantes organisations juives de résistance étaient aidés par des parachutages soviétiques de matériel et ils collaborèrent avec les unités soviétiques dispersées dans les forêts pendant plusieurs années[23]. Cette organisation parvint à faire s'échapper 1 200 Juifs du Ghetto de Novogroudok et du Ghetto de Lida.

Minsk est libérée le 13 juillet 1944 par les Soviétiques et l'ouest de la Biélorussie peu de temps après, lors de l'opération Bagration.

Après la Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Statistiques sur la population de Minsk[modifier | modifier le code]

En 1959, les Biélorusses représentaient 63,3 % des habitants de Minsk, la capitale du pays. Venaient ensuite les Russes (22,8 %), les Juifs (7,8 %), les Ukrainiens (3,6 %), les Polonais (1,1 %) et les Tatares (0,4 %).Le nombre de Juis était de 38 842 sur une population totale de 509 667 habitants. L'exode rural des Biélorusses changea beaucoup ces données et ils représentaient 68,4 % des Minskois en 1979. Les populations russes et ukrainiennes augmentèrent très rapidement durant les années 1980, mais beaucoup décidèrent de retourner dans leur pays d'origine après l'indépendance de la Biélorussie. Les Juifs, autrefois très nombreux, sont estimés actuellement à 10 000 habitants pour l'ensemble du pays dont la moitié dans la capitale. Nombre d'entre eux ont émigré en Israël, aux États-Unis ou encore en Allemagne. Le recensement de 1999 révèle que, cette année, les Biélorusses représentaient 79,3 % des habitants de Minsk. Suivaient les Russes (15,7 %), les Ukrainiens (2,4 %), les Polonais (1,1 %) et les Juifs (0,6 %)(soit :10 141 habitants juifs).

Le recensement de 2009 révèle que, cette année, les Biélorusses représentaient 85,73 % des habitants de Minsk. Suivaient les Russes (10.8 %), les Ukrainiens (1.6 %), les Polonais (0.7 %) et les Juifs (0,3 %).Les Juifs sont totalisés pour 5 187 habitants de Minsk sur un total de 1 697 340 habitants[24]

Les Juifs biélorusses depuis l'indépendance[modifier | modifier le code]

En Biélorussie[modifier | modifier le code]

Nombre de Juifs en Biélorussie suivant recensement

Depuis les années 1990 et l’indépendance du Bélarus, on observe en même temps un renouvellement de la vie juive (arrivée d'un premier rabbin en 1992, ouverture d'écoles juives, réappropriation de synagogues)[5] et une diminution du nombre de juifs suite à l'émigration en Israël, mais aussi aux États-Unis et dans d'autres régions d'Europe ou de Russie. Le nombre des Juifs diminue et de 135 000 en 1979 ils sont passés à 112 000 en 1989. C'est surtout au moment de l'indépendance du pays : en 1999 ils sont passés à 28 000 personnes soit quatre fois moins que dix ans auparavant[25], et en 2009 le chiffre a encore diminué jusqu'à 12 926 habitants juifs[26].

En Israël[modifier | modifier le code]

En même temps, le nombre des biélorusses s'accroît, dans l'association des rapatriés Alya en Israël : de source gouvernementale biélorusse, environ 130 000 personnes d'origine biélorusse vivent en Israël[27]. Selon des informations provenant de la communauté juive, les Juifs estiment le nombre des biélorusses d'origine à un chiffre variant de 30 000 à 50 000. Toutefois la grande majorité des Juifs ne semblent pas être des pratiquants religieux réguliers[28]. Certaines sources citent toutefois des chiffres plus élevés en ce qui concerne les pratiquants d'origine biélorusse allant jusqu'à 60 000 personnes[29].

Lieux du culte[modifier | modifier le code]

Il existe 6 synagogues dont 2 à Minsk, et 19 ministres du culte les desservent. Le plus grand nombre d'entre eux vit à Minsk et dans les régions centrales de la république mais encore à Baranavitchy, Babrouïsk, Mazyr, Pinsk et Polotsk. Les Juifs de Bielorussie ne vivent pas seulement dans le pays même mais aussi dans le monde entier, appartenant à plusieurs tendances du judaïsme.

Dans la république une Union des Juifs existe, avec à sa tête, Léonide Levine, et une Union religieuse juive dirigée par Youri Dorne. Cette association maintient des liens étroits avec le « Centre Israélien de la culture » et l' American Jewish Joint Distribution Committee.

Liens[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raul Hilberg : "La destruction des Juifs d'Europe I" .Editions Gallimard. 2006. (ISBN 978-2-07-030984-9).
  • Peter Duffy : les frères Bielski traduit par Oristelle Bonis de l'américain ( préface de Simone Veil)- Belfon .Paris .2004.ISBN 978-2 7144-3849-2.
  • Ivan Jablonka et Annette Wieviorka : Nouvelles perspectives sur la Shoah. Idées PUF. 2013 . page 88. ISBN 978-2-13-061927-7.
  • Virginie Symaniec et Alexandra Goujon :«Parlons biélorussien-Langues et culture», Virginie Symaniec et Alexandra Goujon, Édition l'Harmattan, Paris 1997 ISBN 2-7384-5844-0
  • Henry Bogdan, «Histoire des peuples de l'Ex-Urss» ed.Perrin, 1993 ISBN 2-262-0094-06
  • Vadim Erlikman : Poteri narodanasiliniia v XX veke ; spravotchnik-Moscou-2004 ISBN 5-93165-107-1.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (en)« Belarus », sur Jewish Virtual Library
  2. Шуман А. Ашкеназскія габрэі як адзін з карэнных народаў Беларусі // Arche, 2009
  3. a et b Лазутка С. Привилегия-судебник 1388 года евреям великого князя Литовского Витаутаса // История евреев в России. Проблемы источниковедения и историографии: сборник научных трудов. — Серия «История и этнография». — Вып.1. — Modèle:СПб., 1993.
  4. a et b (en)Nathan Michael Gelber, « Brest-Litovsk », sur Jewish Virtual Library
  5. a et b (en)« Belarus Jewish History », sur le site de la communauté juive de Belarus
  6. Первая всеобщая перепись населения Российской Империи 1897 г. Распределение населения по вероисповеданиям и регионам. Виленская губерния
  7. там же - Витебская губерния
  8. там же - Гродненская губерния
  9. там же - Минская губерния
  10. там же - Могилёвская губерния
  11. Henry Bogdan, « Histoire des peuples de l'Ex-Urss » ed.Perrin, 1993, p. 238
  12. Virginie Symaniec et Alexandra Goujon, op.cit.p. 38
  13. Vadim Erlikman : Poteri narodanasiliniia v XX veke ; spravotchnik-Moscou-2004 p : 23-25
  14. Vadim Erlikman : Poteri narodanasiliniia v XX veke ; spravotchnik-Moscou-2004 p. 23-25
  15. (en) Georges Bensoussan (dir.), Jean-Marc Dreyfus (dir.), Édouard Husson (dir.) et al., Dictionnaire de la Shoah, Paris, Larousse, coll. « À présent »,‎ 2009, 638 p. (ISBN 978-2-035-83781-3), p. 135
  16. Dictionnaire de la Shoah, p 136
  17. Dictionnaire de la Shoah, p 137
  18. Государственный архив Минской области, ф. 623, оп. 1, д. 68
  19. Национальный архив Республики Беларусь (НАРБ). — ф. 861, оп. 1, д. 8, л. 24-29
  20. Государственный архив Российской Федерации (ГАРФ). — ф. 7021, оп. 87, д. 123, л. 13
  21. Ivan Jablonka et Annette Wieviorka : Nouvelles perspectives sur la Shoah.Idées PUF.2013 page 88 ISBN 978-2-13-061927-7
  22. Raul Hilberg : "La destruction des Juifs d'Europe I". Éditions Gallimard. 2006. p. 557 et p. 558
  23. Peter Duffy : les frères Bielski traduit par Oristelle Bonis de l'américain (préface de Simone Veil) Belfon .Paris .2004.p. 172
  24. http://belstat.gov.by/homep/ru/perepic/2009/vihod_tables/5.8-5.pdf
  25. Национальный статистический комитете Республики Беларусь. Перепись населения 1999 года. Национальный состав населения.
  26. Перепись населения Республики Беларусь 2009 года. Население по национальности и родному языку
  27. Как живешь, белорусская диаспора?
  28. Государственный департамент США. Доклад о свободе религии 2010 (составлен 17 ноября 2010 года).Modèle:Ref-en
  29. NationMaster database: Belarusian religion stats Modèle:Ref-en